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spinoza

  • Ils ont dit, au sujet de la liberté et de ses dangers

    "Heureux sont les hommes libres et libres sont les hommes courageux." [Périclès]

    "Dans une cité démocratique tu entendras dire que c'est le plus beau de tous les biens, ce pourquoi un homme né libre ne saura habiter ailleurs que dans cette cité... Or, (...) n'est-ce pas le désir insatiable de ce bien, et l'indifférence pour tout le reste, qui change ce gouvernement et le met dans l'obligation de recourir à la tyrannie ?" [Platon]

    "On ne devrait pas abandonner à la masse des citoyens la haute main sur les élections de magistrats." [Aristote]

    "D'où vient, dis-je, cette libre faculté arrachée au destin, qui nous fait aller partout où la volonté nous mène ?" [Lucrèce]

    "L’esclave souhaite aussitôt d’être affranchi et libre. Pourquoi ? Croyez-vous que c’est par désir de donner de l’argent aux fermiers de l’impôt du vingtième ? Non, mais parce qu’il s’imagine mener une vie contrainte et malheureuse tant qu’il n’aura pas obtenu la liberté." [Épictète]

    "Si, par conséquent, tu t’attaches à quelqu’une de ces choses comme à un objet personnel, tu recevras le châtiment que mérite celui qui désire ce qui lui est étranger. Telle est la route qui conduit à la liberté : la seule qui délivre de l’esclavage." [Épictète]

    "La liberté, c'est l'indépendance de la pensée." [Épictète]

    "La vraie liberté est de pouvoir toute chose sur soi." [Montaigne]

    "L'indifférence me semble signifier proprement l'état dans lequel se trouve la volonté lorsqu'elle n'est pas poussée d'un côté plutôt que de l'autre par la perception du vrai ou du bien ; et c'est en ce sens que je l'ai prise lorsque j'ai écrit que le plus bas degré de la liberté est celui où nous nous déterminons aux choses pour lesquelles nous sommes indifférents." [René Descartes]

    "L'homme raisonnable est plus libre dans la cité où il vit sous la loi commune que dans la solitude où il n'obéit qu'à lui-même." [Baruch Spinoza]

    "Nous ne sommes pas du tout libres à l'égard des choses que nous désirons vivement et qui ne peut être apaisé par le souvenir d'une autre chose." [Baruch Spinoza]

    ""Le mot liberté désigne proprement l’absence d’opposition (par opposition, j’entends les obstacles au extérieurs au mouvement), et peut être appliqué aux créatures sans raison ou inanimées aussi bien qu’aux créatures raisonnables." [Thomas Hobbes]

    "Comment être libre, alors que n'importe qui peut vous imposer ses caprices ?" [John Locke]

    "Le droit est l'ensemble des conditions qui permettent à la liberté de chacun de s'accorder à la liberté de tous." [Emmanuel Kant]

    "Une volonté libre et une volonté soumise à des lois morales sont par conséquent une seule et même chose." [Emmanuel Kant]

    "On dit, il est vrai, que la liberté de parler ou d’écrire peut nous être ôtée par une puissance supérieure, mais non pas la liberté de penser... Aussi bien, l’on peut dire que cette puissance extérieure qui enlève aux hommes la liberté de communiquer publiquement, leur ôte également la liberté de penser." [Emmanuel Kant]

    "La liberté est le droit de faire ce que les lois permettent." [Montesquieu]

    "Il n’y a point de plus cruelle tyrannie que celle que l’on exerce à l’ombre des lois et avec les couleurs de la justice, lorsqu’on va, pour ainsi dire, noyer des malheureux sur la planche même sur laquelle ils s’étaient sauvés." [Montesquieu]

    "La nature commande à tout animal, et la bête obéit. L’homme éprouve la même impression, mais il se reconnaît libre d’acquiescer, ou de résister ; et c’est surtout dans la conscience de cette liberté que se montre la spiritualité de son âme." [Jean-Jacques Rousseau]

    "On pourrait sur ce qui précède ajouter à l’acquis de l’état civil la liberté morale, qui seule rend l’homme vraiment maître de lui ; car l’impulsion du seul appétit est esclavage, et l’obéissance à la loi qu’on s’est prescrite est liberté." [Jean-Jacques Rousseau]

    "l’État et la société sont précisément les conditions dans lesquelles la liberté se réalise." [Hegel]

    "Le déterministe, le fataliste sont des désespérés, qui ont perdu leur moi, parce qu'il n'y a plus pour eux que de la nécessité." [Søren Kierkegaard]

    "Que les gens sont absurdes ! Ils ne se servent jamais des libertés qu'ils possèdent, mais réclament celles qu'ils ne possèdent pas ; ils ont la liberté de pensée, ils exigent la liberté de parole." [Søren Kierkegaard]

    "Les gens exigent la liberté d’expression pour compenser la liberté de pensée qu’ils préfèrent éviter." [Søren Kierkegaard]

    "À la vérité, le règne de la liberté commence seulement à partir du moment où cesse le travail dicté par la nécessité et les fins extérieures." [Karl Marx]

    "Tout ce qui augmente la liberté augmente la responsabilité." [Victor Hugo]

    "Sauvons la liberté, la liberté sauve le reste." [Victor Hugo]

    "C’est par la grâce de Dieu que nous avons ces trois précieuse choses : la liberté de parole, la liberté de penser et la prudence de n’exercer ni l’une ni l’autre." [Mark Twain]

    "Nous n’avons maintenant plus aucune indulgence pour la notion de "libre arbitre"; nous ne savons que trop ce que c’est." [Friedrich Nietzsche]

    "La liberté, c'est toujours la liberté de l'autre." [Rosa Luxembourg]

    "Le peuple n'a pas besoin de liberté, car la liberté est une des formes de la dictature bourgeoise..." [Lénine]

    "Que préfères-tu, celui qui veut te priver de pain au nom de la liberté ou celui qui veut t’enlever ta liberté pour assurer ton pain ?" [Albert Camus]

    "Sans une vie publique politiquement garantie, il manque à la liberté l’espace mondain où faire son apparition... La liberté comme fait démontrable et la politique coïncident et sont relatives l’une à l’autre comme deux côtés d’une même chose." [Hannah Arendt]

    "La liberté appartient à ceux qui l’ont conquise." [André Malraux]

    "En fait, nous sommes une liberté qui choisit, mais nous ne choisissons pas d'être libres : nous sommes condamnés à la liberté." [Jean-Paul Sartre]

    "Et, quand nous disons que l'homme est responsable de lui-même, nous ne voulons pas dire que l'homme est responsable de sa stricte individualité, mais qu'il est responsable de tous les hommes." [Jean-Paul Sartre]

    "Quand nous disons que l'homme se choisit, nous entendons que chacun d'entre nous se choisit, mais par là nous voulons dire aussi qu'en se choisissant il choisit tous les hommes." [Jean-Paul Sartre]

    "Dostoïevski avait écrit : « Si Dieu n’existait pas tout serait permis. » C’est là le point de départ de l’existentialisme. En effet, tout est permis si Dieu n’existe pas, et par conséquent l’homme est délaissé, parce qu’il ne trouve ni en lui, ni hors de lui une possibilité de s’accrocher." [Jean-Paul Sartre]

    "Une liberté qui ne s'emploie qu'à nier la liberté doit être niée." [Simone de Beauvoir]

    "La liberté ne peut pas être une institution. La liberté n'existe que dans le mouvement de conquête de la liberté." [Alain Robbe-Grillet]

    "Il faut tout dire. La première des libertés est la liberté de tout dire." [Maurice Blanchot]

    "On appellera émancipation la différence maintenue des deux rapports, l’acte d’une intelligence qui n’obéit qu’à elle-même, lors même que la volonté obéit à une autre volonté." [Jacques Rancière]

    "On a un peu vécu dans l’illusion que la liberté d’expression, sinon la liberté sexuelle, était acquise une bonne fois pour toutes." [Catherine Millet]

    "La liberté d'expression peut être une liberté d'offenser." [Fleur Pellerin]

    "Quand je suis faible je réclame la liberté au nom de vos principes ; quand je suis fort je vous la refuse au nom des miens." [Fernando Savater]

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  • Spinoza : L'illusion de la liberté (2)

    "J'en conviens, les affaires humaines iraient beaucoup mieux s'il était également au pouvoir de l'homme de se taire ou de parler. Mais l'expérience montre assez − et au-delà − que les hommes n'ont rien moins en leur pouvoir que leur langue, et qu'ils ne peuvent rien moins que de régler leurs désirs ; d'où vient que la plupart croient que nous n'agissons librement qu'à l'égard des choses que nous désirons modérément, parce que le désir de ces choses peut être facilement contrarié par le souvenir d'une autre chose dont nous nous souvenons souvent ; mais que nous ne sommes pas du tout libres à l'égard des choses que nous désirons vivement et qui ne peut être apaisé par le souvenir d'une autre chose. Mais, en vérité, s'ils ne savaient par expérience que nous accomplissons plus d'un acte dont nous nous repentons ensuite, et que souvent − par exemple quand nous sommes partagés entre des sentiments contraires − nous voyons le meilleur et suivons le pire, rien ne les empêcherait de croire que nous agissons toujours librement. C'est ainsi qu'un petit enfant croit désirer librement le lait, un jeune garçon en colère vouloir se venger, et un peureux s'enfuir. Un homme ivre aussi croit dire d'après un libre décret de l'esprit ce que, revenu à son état normal, il voudrait avoir tu ; de même le délirant, la bavarde, l'enfant et beaucoup de gens de même farine croient parler selon un libre décret de l'esprit, alors que pourtant ils ne peuvent contenir leur envie de parler.

    L'expérience elle-même n'enseigne donc pas moins clairement que la raison qu'ils sont conscients de leurs actions et ignorants des causes par lesquelles ils sont déterminés ; elle montre en outre que les décrets de l'esprit ne sont rien en dehors des appétits mêmes, et sont par conséquent variables selon l'état variable du corps. Chacun, en effet, règle tout suivant son sentiment, et ceux qui, de plus, sont partagés entre des sentiments contraires ne savent pas ce qu'ils veulent ; quant à ceux qui n'en ont point, ils sont tiraillés de-ci de-là par le plus léger motif."

    Baruch Spinoza, L'Ethique (1677, posth.)

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  • Compte-rendu du débat "Suis-je l'auteur de ma propre vie ?"

    Le café philosophique de Montargis se réunissait le 24 mars 2017 à la Brasserie du Centre commercial de la Chaussée pour une séance portant sur cette question : "Suis-je l'auteur de ma propre vie ?" Environ 80 personnes étaient présentes pour cette 64e soirée de l'animation de la Chaussée.

    À partir de cette question, d'autres interrogations peuvent être formulées : qu'est-ce que j'entends par vie ? Puis-je être à la fois acteur et auteur de ma propre vie, faire comme si je pouvais en être spectateur et observateur ? La question de la conscience est également au cœur de ce sujet. Le sujet de ce soir n'est-il pas présomptueux ? se demandent les organisateurs du café philo. Pourquoi ne pas s'arrêter sur le terme de "vie" ? La "vie", à l'époque médiévale, c'est la vita, c'est-à-dire la vie des saints, ces hagiographies écrites par une personne tiers. Or, la question "Suis-je l'auteur de ma propre vie ?" peut s'appréhender sous cet angle. Je pourrais être moi-même l'auteur d'une vie (une vita), une création dont je serais sujet autant que créateur extérieur. Est-ce possible ?

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  • Ils ont dit, au sujet de ma liberté

    " Nous délibérons sur les choses qui dépendent de nous et que nous pouvons réaliser." [Aristote]

    "La liberté, c'est l'indépendance de la pensée." [Épictète]

    "La vraie liberté est de pouvoir toute chose sur soi." [Montaigne]

    "Au reste, il est si évident que nous avons une volonté libre, qui peut donner son consentement ou ne pas le donner, quand bon lui semble." [René Descartes]

    "La liberté est le droit de faire ce que les lois permettent." [Montesquieu]

    "J'appelle libre une chose qui est et agit par la seule nécessité de sa nature ; contrainte, celle qui est déterminée par une autre chose à exister et à agir d'une certaine façon déterminée." [Baruch Spinoza]

    "Telle est cette liberté humaine que tous se vantent de posséder et qui consiste en cela seul que les hommes ont conscience de leurs appétits et ignorent les causes qui les déterminent." [Baruch Spinoza]

    "Les hommes se trompent en ce qu'ils pensent être libres." [Baruch Spinoza]

    “Que les gens sont absurdes ! Ils ne se servent jamais des libertés qu'ils possèdent, mais réclament celles qu'ils ne possèdent pas ; ils ont la liberté de pensée, ils exigent la liberté de parole.” [Sören Kierkegaard]

    "Je est un autre. Si le cuivre s’éveille clairon, il n’y a rien de sa faute. Cela m’est évident : j’assiste à l’éclosion de ma pensée : je la regarde, je l’écoute : je lance un coup d’archet : la symphonie fait son remuement dans les profondeurs, ou vient d’un bond sur la scène." [Arthur Rimbaud]

    “C’est par la grâce de Dieu que nous avons ces trois précieuse choses : la liberté de parole, la liberté de penser et la prudence de n’exercer ni l’une ni l’autre.” [Mark Twain]

    "Le domaine de la liberté commence là où s’arrête le travail déterminé par la nécessité." [Karl Marx]

    "On ne peut enfermer un homme dans ses actes, ni dans ses oeuvres ; ni même dans ses pensées, où lui-même ne peut s'enfermer, car nous savons par expérience propre et continuelle que ce que nous pensons et faisons à chaque instant n'est jamais exactement nôtre ; mais tantôt un peu plus, tantôt un peu moins." [Paul Valéry]

    "Dans le cours des siècles, la science a infligé à l'égoïsme naïf de l'humanité deux graves démentis. La première fois, ce fut lorsqu'elle a montré que la terre, loin d'être le centre de l'univers, ne forme qu'une parcelle insignifiante du système cosmique dont nous pouvons à peine nous représenter la grandeur. Cette première démonstration se rattache pour nous au nom de Copernic, bien que la science alexandrine ait déjà annoncé quelque chose de semblable. Le second démenti fut infligé à l'humanité par la recherche biologique, lorsqu'elle a réduit à rien les prétentions de l'homme à une place privilégiée dans l'ordre de la création, en établissant sa descendance du règne animal et en montrant l'indestructibilité de sa nature animale. Cette dernière révolution s'est accomplie de nos jours, à la suite des travaux de Ch. Darwin, de Wallace et de leurs prédécesseurs, travaux qui ont provoqué la résistance la plus acharnée des contemporains. Un troisième démenti sera infligé à la mégalomanie humaine par la recherche psychologique de nos jours qui se propose de montrer au moi qu'il n'est seulement pas maître dans sa propre maison." [Sigmund Freud]

    "Le dandy se rassemble, se forge une unité, par la force même du refus. Dissipé en tant que personne privée de règle, il sera cohérent en tant que personnage." [Albert Camus]

    “Que préfères-tu, celui qui veut te priver de pain au nom de la liberté ou celui qui veut t’enlever ta liberté pour assurer ton pain ?" [Albert Camus]

    "L’idée qui sort de ces contes, c’est la prédestination, que des théologiens mirent plus tard en doctrine ; et cela s’exprime ainsi : la destinée de chacun est fixée quoi qu’il fasse. Ce qui n’est point scientifique du tout." [Alain]

    "C’est ainsi que nous vivons ; à chaque instant nous échappons à un malheur parce que nous le prévoyons ; ainsi ce que nous prévoyons, et très raisonnablement, n’arrive pas." [Alain]

    "Je n’espère rien, je ne crains rien, je suis libre" [Níkos Kazantzákis]

    "Quand un homme se sacrifie lui-même, il dépasse en grandeur la Divinité, car comment Dieu, infini et tout-puissant, pourrait-il faire le sacrifice de Lui-même? Tout au plus peut-il sacrifier son Fils Unique." [Somerset Maugham]

    "En fait, nous sommes une liberté qui choisit, mais nous ne choisissons pas d'être libres : nous sommes condamnés à la liberté.” [Jean-Paul Sartre]

    "Il y a au moins un être chez qui l'existence précède l'essence, un être qui existe avant de pouvoir être défini par un aucun concept... Et cet être c'est l'homme." [Jean-Paul Sartre]

    "En me choisissant, je choisis l'homme." [Jean-Paul Sartre]

    "La première démarche de l’existentialisme est de mettre l'homme en possession de ce qu'il est et de faire reposer sur lui la responsabilité totale de l’existence." [Jean-Paul Sartre]

    "Un homme n'est rien d'autre qu'une série d'entreprises... Il est la somme, l'organisation, l'ensemble des relations qui constituent ces entreprises." [Jean-Paul Sartre]

    "La liberté est une, mais elle se manifeste diversement selon les circonstances. A tous les philosophes qui s'en font les défenseurs, il est permis de poser une question préalable : à propos de quelle situation privilégiée avez-vous fait l'expérience de votre liberté ? C'est une chose, en effet, d'éprouver qu'on est libre sur le plan de l'action, de l'entreprise sociale ou politique, de la création dans les arts, et autre chose de l'éprouver dans l'acte de comprendre et de découvrir." [Jean-Paul Sartre]

    "Une liberté qui ne s'emploie qu'à nier la liberté doit être niée.” [Simone de Beauvoir]

    "J’ai traité le déterminisme physique de cauchemar. C’est un cauchemar parce qu’il affirme que le monde entier, avec tout ce qu’il contient est un gigantesque automate, et que nous ne sommes rien d’autre que des petits rouages, ou des sous-automates dans le meilleur des cas." [Karl Popper]

    "Nous naissons déterminés et nous avons une petite chance de devenir libres" [Pierre Bourdieu]

    "Mais que peut valoir la vie, si la première répétition de la vie est déjà la vie même ? C'est ce qui fait que la vie ressemble toujours à une esquisse." [Milan Kundera]

    "La liberté de pensée est absolue ou elle n'est rien." [Luc Ferry]

    "L'homme est cet être qui peut se résumer lui-même après s'être formé en jouant avec le hasard." [Peter Sloterdijk]

    "Quiconque dit "je" cherche à s'illusionner sur lui-même." [Peter Sloterdijk]

    "Nous sommes des produits pédagogiques semi-finis qui doivent mener seuls leur production à son terme." [Peter Sloterdijk]

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  • Spinoza : La liberté grâce à la seule nécessité

    "J'appelle libre une chose qui est et agit par la seule nécessité de sa nature ; contrainte, celle qui est déterminée par une autre chose à exister et à agir d'une certaine façon déterminée. Dieu, par exemple, existe librement bien que nécessairement parce qu'il existe par la seule nécessité de sa nature. De même aussi Dieu se connaît lui-même librement parce qu'il existe par la seule nécessité de sa nature. De même aussi Dieu se connaît lui-même et connaît toues choses librement, parce qu'il suit de la seule nécessité de sa nature, que Dieu connaisse toutes les choses. Vous le voyez bien, je ne fais pas consister la liberté dans un libre décret mais dans une libre nécessité."

    Baruch Spinoza, Lettre 58 à Schuller (XVIIe s.)

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  • Spinoza : cette liberté humaine

    spinoza"Pour ma part, je dis que cette chose est libre qui existe et agit par la seule nécessité de sa nature, et contrainte cette chose qui est déterminée par une autre à exister et à agir selon une modalité précise et déterminée... Vous voyez donc que je ne situe pas la liberté dans un libre décret, mais dans une libre nécessité... Pour le comprendre clairement, prenons un exemple très simple. Une pierre reçoit d'une cause extérieure qui la pousse une certaine quantité de mouvement, par laquelle elle continuera nécessairement de se mouvoir après l'arrêt de l'impulsion externe. Cette permanence de la pierre dans son mouvement est une contrainte, non pas parce qu'elle est nécessaire, mais parce qu'elle doit être définie par l'impulsion des causes externes; et ce qui est vrai de la pierre, l'est aussi de tout objet singulier, quelle qu'en soit la complexité et quel que soit le nombre de ses possibilités : tout objet singulier, en effet, est nécessairement déterminé par quelque cause extérieure à exister et à agir selon une loi précise et déterminée.

    Concevez maintenant, si vous voulez bien, que la pierre, tandis qu'elle continue de se mouvoir, sache et pense qu'elle fait tout l'effort possible pour continuer de se mouvoir. Cette pierre, assurément, puisqu'elle n'est consciente que de son effort, et qu'elle n'est pas indifférente, croira être libre et ne persévérer dans son mouvement que par la seule raison qu'elle le désire. Telle est cette liberté humaine que tous les hommes se vantent d'avoir et qui consiste en cela seul que les hommes sont conscients de leurs désirs et ignorants des causes qui les déterminent.

    C'est ainsi qu'un enfant croit désirer librement le lait, et un jeune garçon irrité vouloir se venger s'il est irrité, mais fuir s'il est craintif. Un ivrogne croit dire par une décision libre ce qu'ensuite il aurait voulu taire. De même un dément, un bavard, et de nombreux cas de ce genre croient agir par une libre décision de leur esprit, et non pas portés par une impulsion. Et, comme ce préjugé est inné en tous les hommes, ils ne s'en libèrent pas facilement.

    L'expérience nous apprend assez qu'il n'est rien dont les hommes soient moins capables que de modérer leurs passions, et que, souvent, aux prises avec des passions contraires, ils voient le meilleur et font le pire : ils se croient libres cependant, et cela parce qu'ils n'ont pour un objet qu'une faible passion, à laquelle ils peuvent facilement s'opposer par le fréquent rappel du souvenir d'un autre objet."

    Baruch Spinoza, Lettre 58 à Schuller (XVIIe s.)

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  • Ils ont dit, au sujet de l'échec

    "On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve." [Héraclite]

    "Un voyage de mille lieues commence par un pas." [Lao Tseu]

    "L'échec est au fondement de la réussite." [Lao Tseu]

    “La hâte est la mère de l'échec. ” [Hérodote]

    "La chute n'est pas un échec, l'échec est de rester là où nous sommes tombés." [Socrate]

    “C'est le fait d'un ignorant d'accuser les autres de ses propres échecs ; celui qui a commencé de s'instruire s'en accuse soi-même ; celui qui est instruit n'en accuse ni autrui ni soi-même.” [Épictète]

    "Ce qui dépend de toi c'est d'accepter ou non ce qui ne dépend pas de toi." [Épictète]

    "Se rendre ferme comme le roc que les vagues ne cessent de battre. Il demeure immobile, et l'écume de l'onde tourbillonne à ses pieds. "Ah! quel malheur pour moi, dis-tu, que cet accident me soit arrivé !" Tu te trompes." [Marc Aurèle]

    "Nous savons que l'erreur dépend de notre volonté." [René Descartes]

    "Car tous les hommes désirent d’être heureux ; cela est sans exception. Quelques différents moyens qu’ils y emploient, ils tendent tous à ce but." [Blaise Pascal]

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  • Ils ont dit, au sujet de l'ordre et du désordre dans la société

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    "C'est l'Intelligence qui a tout mis en ordre, c'est elle qui est la cause de toutes choses… Une telle cause fit ma joie" [Socrate]

    "La loi, au contraire, est faite par les faibles et par le grand nombre. C'est donc par rapport à eux-mêmes et en vue de leur intérêt personnel qu'ils font la loi et qu'ils décident de l'éloge et du blâme." [Platon]

    "Un acte de justice et de douceur a souvent plus de pouvoir sur le cœur des hommes que la violence et la barbarie." [Nicolas Machiavel]

    "Là où l'homme aperçoit un tout petit peu d'ordre, il en suppose immédiatement beaucoup trop." [Francis Bacon]

    "S'il était aussi facile de commander aux esprits qu'aux langues, aucun gouvernement ne se trouverait jamais en péril et aucune autorité n'aurait besoin de s'exercer par des moyens violents." [Baruch Spinoza]

    "Ce n’est pas pour tenir l’homme par la crainte et faire qu’il appartienne à un autre, que l’Etat est institué; au contraire, c’est pour libérer l’individu de la crainte, pour qu’il vive autant que possible en sécurité." [Baruch Spinoza]

    "Ainsi apparaît le grand Léviathan ou, si l'on préfère, le Dieu mortel à qui seul (...) nous devons la paix et la protection" [Thomas Hobbes]

    "De la sorte, nous pouvons trouver dans la nature humaine trois causes principales de querelles: premièrement, la rivalité; deuxièmement, la méfiance; troisièmement, la fierté... Dans le premier cas ils usent de violence pour se rendre maîtres de la personne d'autres hommes, de leurs femmes, de leurs enfants, de leurs biens." [Thomas Hobbes]

    "Pour qu’on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir." [Montesquieu]

    "L'aliénation totale de chaque associé avec tous ses droits à toute la communauté. Car, premièrement, chacun se donnant tout entier, la condition est égale pour tous, et la condition étant égale pour tous, nul n'a intérêt de la rendre onéreuse aux autres." [Jean-Jacques Rousseau]

    "Au lieu de détruire l’égalité naturelle, le pacte fondamental substitue, au contraire, une égalité morale et légitime à ce que la nature avait pu mettre d’inégalité physique entre les hommes, et que, pouvant être inégaux en force ou en génie, ils deviennent tous égaux par convention et de droit." [Jean-Jacques Rousseau]

    "L'ordre social ne vient pas de la nature ; il est fondé sur des conventions." [Jean-Jacques Rousseau]

    "L’homme veut vivre à son aise et plaisamment, mais la nature veut qu’il soit dans l’obligation de se précipiter hors de son indolence et de sa tempérance inactive dans le travail et les efforts, pour aussi, en revanche, trouver en retour le moyen de s’en délivrer sagement." [Emmanuel Kant]

    "On se fait une idée précise de l'ordre, mais non pas du désordre." [Jacques-Henri Bernardin de Saint-Pierre]

    "L'état de nature est l'état de rudesse, de violence et d'injustice. Il faut que les hommes sortent de cet état pour constituer une société qui soit État." [GWF Hegel]

    "Le progrès est le développement de l’ordre." [Auguste Comte]

    "Quoique très ami de l’ordre, je suis anarchiste." [Pierre-Joseph Proudhon]

    "La plus haute perfection de la société se trouve dans l'union de l'ordre et de l'anarchie." [Pierre-Joseph Proudhon]

    "Être gouverné : c’est être gardé à vue, inspecté, espionné, dirigé, légiféré, réglementé, parqué, endoctriné, prêché, contrôlé, estimé, apprécié, censuré, commandé, par des êtres qui n’ont ni le titre, ni la science, ni la vertu." [Pierre-Joseph Proudhon]

    "Là, tout n’est qu’ordre et beauté, Luxe, calme et volupté." [Charles Baudelaire]

    "La violence joue encore dans l'histoire un autre rôle, un rôle révolutionnaire; que selon les paroles de Marx, elle soit l'accoucheuse de toute vieille société qui en porte une nouvelle dans ses flans; qu'elle soit l'instrument grâce auquel le mouvement social l'emporte et met en pièces des formes politiques figées et mortes." [Friedrich Engels]

    "L'ordre, et l'ordre seul, fait en définitive la liberté. Le désordre fait la servitude." [Charles Péguy]

    "Le commandement "Aime ton prochain comme toi-même" est la défense la plus forte contre l’agression humaine et un excellent exemple de la démarche non psychologique du sur-moi-de-la-culture. Le commandement est impraticable." [Sigmund Freud

    "Le désordre est simplement l’ordre que nous ne cherchons pas." [Henri Bergson]

    "L’ordre pour l’ordre châtre l’homme de son pouvoir essentiel, qui est de transformer et le monde et soi-même." [Antoine de Saint-Exupéry]

    "Quand l'ordre est injustice, le désordre est déjà un commencement de justice." [Romain Rolland]

    "Deux dangers ne cessent de menacer le monde ; l'ordre et le désordre." [Paul Valéry]

    "Un révolutionnaire est celui qui désire mettre au rancart l'ordre social existant, afin d'en essayer un autre." [George Bernard Shaw]

    "Dans le règne du contrat, le citoyen, à chaque opération d'échange, est présent dans un intérêt bien personnel et bien réel; l'ordre est sa mesure, il est à hauteur de l'ordre, l'ordre collectif n'est que sa volonté répétée à l'infini: toute hétéronomie est exclue de la société." [Emmanuel Mounier]

    "Côté gouvernés, le pouvoir abêtit, dans toute la mesure où il établit un clivage entre des éléments actifs et des individus à peu près passifs, dont l'obéissance devient simple exécution mécanique… Côté gouvernants, comme dit Alain, le pouvoir rend fou. C'est un des leitmotiv de l'anarchie, à l'adresse des semi-libéraux et de tous les anarchistes; mais, qu'on ne fait pas, dans son cœur, au pouvoir sa part; que toujours, quelle que soit son origine et quelle que soit sa forme, il tend au despotisme." [Emmanuel Mounier]

    "C'est toujours par l'ennui et ses folies que l'ordre social est rompu." [Alain]

    "Résistance et obéissance, voilà les deux vertus du citoyen. Par l'obéissance il assure l'ordre ; par la résistance, il assure la liberté." [Alain]

    "C'est un genre de force, mais passionnée et qui vise à briser la résistance par la terreur. La violence définit le crime, lorsqu'elle s'exerce contre la personne humaine. Et la loi des punitions est au contraire qu'elles soient entièrement purifiées de violence." [Alain]

    "Le désordre est le meilleur serviteur de l’ordre établi." [Jean-Paul Sartre]

    "La société se fout de votre bonheur, elle est pour l’ordre" [Jean-Louis Bory]

    "L'incohérence n'existe pas, le désordre n'est qu'un ordre différent." [Robert Malaval]

    "Il y a toujours mort d'homme à l'origine de l'ordre culturel." [René Girard]

    "Au principe du déterminisme généralisé, on devrait substituer un principe qui conçoit une relation entre l’ordre, le désordre et l’organisation." [Edgar Morin]

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  • Spinoza : La fin de l’État est la liberté

    510_spinoza.jpg.pagespeed.ce.SdXBh7MxYF.jpg"Ce n’est pas pour tenir l’homme par la crainte et faire qu’il appartienne à un autre, que l’Etat est institué; au contraire, c’est pour libérer l’individu de la crainte, pour qu’il vive autant que possible en sécurité, c’est-à-dire conserve aussi bien qu’il se pourra, sans dommage pour autrui, son droit naturel d’exister et d’agir. Non, je le répète, la fin de l’Etat n’est pas de faire passer les hommes de la condition d’êtres raisonnables à celles de brutes ou d’automates, mais au contraire, il est institué pour que leur âme et leur corps s’acquittent en sûreté de toutes leurs fonctions, pour qu’eux-mêmes usent d’une raison libre, pour qu’ils ne luttent point de haine, de colère ou de ruse, pour qu’ils se supportent sans malveillance les uns les autres. La fin de l’Etat est donc en réalité la liberté."

    Baruch Spinoza, Traité Théologico-politique (1670)

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  • Compte-rendu du Café philo : "Peut-on rire de tout ?"

    Thème du débat : "Peut-on rire de tout?" 

    Date : 1er avril 2016 à la Brasserie du centre commercial de la Chaussée

    démocrite,bergson,aristoteLe café philosophique de Montargis du 1er avril 2016 était consacrée, date oblige, au rire, avec ce sujet : "Peut-on rire de tout ?"

    La séance commence par une question posée à l’assistance : "Qu’est-ce qui vous fait rire et qu’est-ce qui ne vous fait pas rire ?" Face aux réponses obtenues, Bruno constate la diversité des réactions par rapport à ce qui nous fait rire. Le rire est connu de tous, universel et humain (Alphonse Allais avait eu son bon mot : "Le rire est à l’homme ce que la bière est à la pression"), mais le rire est aussi à géométrie variable. Mais il n’est pas partagé de la même manière. Ce comportement n’est pas uniforme. Ainsi les hommes politiques peuvent autant faire rire que l’inverse.

    Par rapport à la question de ce soir, "Peut-on rire de tout ?", d’emblée elle pourrait se lire ainsi : peut-on rire à tout moment de la journée dès que je me lève, tel Démocrite qui s’amusait de chaque instant, ou, d’autre part, est-ce que tous les sujets sont propre à faire rire ?

    Pour un participant, le rire est inattendu, un comportement subi qui provoque l’hilarité même dans les moments les plus inattendus – un colloque sérieux, un enterrement ou une chute par exemple, comme le dit Henri Bergson. Pour une autre participante, il existe aussi des situations où l’on force le rire jusqu’au fou rire. Il y a des écoles du rire, des thérapies grâce à ce comportement qui n’en est plus un : on provoque le rire artificiellement. Bruno parle du rire comme d’un comportement culturel mais aussi comme d’un comportement naturel, avec par exemple une expérience sur des singes pouvant être capable d’émettre ce que l’on peut qualifier de rires.

    Le rire peut avoir plusieurs fonctions, dit une participante : un exutoire, une manière de prendre du recul par rapport à une situation, une défense face à une difficulté, un moyen de désamorcer une situation, l’expression d’une joie, rire pour ne pas se dévoiler, un lien entre personnes, une expression de la nervosité. Le rire a des fonctions sociales.

    démocrite,bergson,aristote,spinozaLe rire est une rupture, dit un intervenant : on se met dans une situation incongrue ou on dit le contraire de ce que notre discours pourrait prétendre. Le rire est une cassure du sérieux, ce qui peut être reproché aux comiques lorsqu’ils brocardent les hommes politiques dits "sérieux". Le rire a cette étiquette de ne pas être "raisonnable", au contraire du sérieux. Pour un intervenant, une satire répétée finit par perdre de son comique pour devenir une charge blessante. Claire souligne que la caricature a beau être drôle ou non, elle ne retire en tout cas de la liberté à personne. Je peux dessiner un prophète, cela n’empêchera pas des croyants de pratiquer leur religion. Par contre, si j’attaque un caricaturiste pour blasphème à ma religion, je restreint sa liberté d’expression.

    Est-ce que tout prête à rire ? est-il demandé en cours de débat. Le rire est communicatif, répond un intervenant, si bien que l’on peut rire de rien et de tout, en fonction de l’environnement. Un autre intervenant revient sur la question et s’interroge sur son ambiguïté : "Est-ce que l’on parle d’un rire spontané, d’un rire immédiat ou d’un rire provoqué par une situation ?" Un rire serait "un décalage" : je marche dans la rue très fière et, d’un coup, je m’entrave et moi, l’homme digne, je deviens comme une poupée mécanique. De là viendrait la situation risible, ce que Bergson montre en parlant du rire comme "d’une mécanique plaquée sur du vivant". Tout est-il à sujet à rire ? L’autre question derrière le titre du débat de ce soir est celle-ci : "Peut-on se moquer de tout ?" Peut-on se moquer de la misère, de la maladie, de la religion comme le fait Charlie Hebdo ? Ce rire intellectuel et ironique semblerait être "un rire d’exclusion" mais aussi un rire qui peut être "sain et nécessaire". C’est un rire qui a un côté discriminant, qui n’a pas ce côté spontané et universel. Une autre intervenante parle de ces rires néfastes, ceux des cours de récréation où le rire est un rire agressif et moqueur, qui peut d’ailleurs être contraint par la morale et la loi qui aurait tendance à dire que l’on ne peut pas rire de tout.

    Le rire peut en effet être jugé moralement en fonction de ce qui le motive, dit Claire. On est tous en capacité de rire de tout. "C’est une capacité humaine qui fait resplendir notre liberté d’expression". Spinoza faisait une distinction nette entre le rire pur plaisir et anodin et le rire découlant de la haine, de la méchanceté. Par exemple, je peux rire des handicapés, ce ne sera pas forcément motivé par la moquerie et la méchanceté. Le "mauvais rire" est celui, pervers, qui provoque le plaisir à faire souffrir l’autre. Or, se rend-on compte lorsque l’on fait souffrir les autres ? Est-ce que l’humour noir est motivé par ce désir de faire souffrir ? C’est peu probable. D’autre part, si rire est propre à l’homme (Aristote), est-ce que nous devrions restreindre tel ou tel à rire ? Claire souligne que si rire est le propre de l’humain, Bergson a souligné que l’homme rit de ce qui lui est propre : un paysage peut être laid ou beau, pour autant il ne sera pas risible ; par contre on peut rire d’un animal s’il présente des caractéristiques et/ou un comportement humain. On peut rire d’un objet, d’un chapeau par exemple, mais on ne rira pas du tissu de feutre mais de la forme que l’humain lui aura donné. Au final on rit toujours de l’humain, ce qui implique que tout le monde pourra se sentir jugé, que ce soit volontairement ou non. Un autre intervenant souligne que l’autodérision est peu répandue, sans doute parce qu’on se riant de nos problèmes on les dédramatise.

    démocrite,bergson,aristote,spinozaPeut-on nous imposer des sujets délicats qui seraient risibles? Nous rions toujours aux dépends de quelqu’un. La personne caricaturée est à la fois la personne que nous connaissons et aussi un personnage que nous découvrons dont les traits ont été exagérés. Ce qui me fait rire ne fera pas forcément rire mon voisin. Il est là question de différences culturelles et de civilisations. Il est aussi question d’éducation qui peut diverger d’une personne à une autre même si le rire est a priori universel.

    Le sujet aussi, dit Bruno réside dans l’intention du rire. Quoi de commun entre les sketchs sur la Shoah par Pierre Desproges et les calembours de Jean-Marie Le Pen sur les chambres à gaz ? Ce qui est en jeu n’est pas en soi le rire ou son objet mais l’intention qu’on lui prête. Il est dit que le handicap peut tout à fait être traité avec humour, ne serait-ce par une personne elle-même handicapée. Mais rien n’empêche n’importe qui de faire de l’humour sur ce sujet lorsque cela est fait sans intention de blesser ou d’avilir. Cela peut aussi avoir pour objet de dédramatiser certains sujets, quand cela n’a pas une vocation de catharsis.

    Le rire pourrait aussi une manière autant élégante que pertinente d’aborder ces fameux sujets graves dont nous parlions : "Je me presse de rire de tout, de peur d’être obligé d’en pleurer" disait Beaumarchais. Charlie Chaplin a montré dans son œuvre cinématographique que son rire – accompagné bien souvent des larmes – avait la capacité de traiter et de sublimer des sujets importants. Un participant souligne qu’une société qui entend baliser voire restreindre le rire montre sans doute sa propre fragilité.

    Il semblerait qu’il y ait un rapport étroit entre le rire et le drame. "Peut-on rire de tout ?" Si l’on répond par la négative, on s’interdit de traiter de certains sujets de telle ou telle manière – la mort, le handicap, et cetera. Or c’est autour de ces choses graves et taboues que le rire surgit. Et ce sont ces sujets qui a priori prêteraient le plus à rire. Tout sujet est certes propre à rire, à la condition, dit une personne du public, que cela soit fait sans intention de nuire, de blesser. Mais est-ce possible ? Un humoriste est potentiellement visible par des millions de personnes, a fortiori avec les réseaux sociaux : tout sujet propre à rire seraient aussi susceptibles de blesser. N’est-ce pas se mettre des barrières lorsque l’on dit : "Je ne veux pas blesser" ?

    Il y a aussi la question publique ou privée : je peux m’autoriser dans l’intimité à rire de tout mais une fois dans une sphère publique, je vais cependant me refuser à exprimer mon hilarité sur tel ou tel sujet. Un intervenant s’interroge cependant : "Peut-on rire réellement tout seul ?" Le rire charrie avec lui une valeur essentielle : le partage. Pas de rire sans public – même s’il s’agit d’un public restreint ? "Le rire rassemble", réagit une personne du public.

    démocrite,bergson,aristote,spinozaÀ l’exemple des primates, le rire a certainement une fonction sociale, réagit Bruno. Une étude de l’université de Portsmouth en 2003 sur 60 chimpanzés a établi que le rire simiesque était apparenté à un "outil de métacommunication, qui donne une information sur la relation [entre les singes]", par exemple signifier que si les coups sont échangés, c’est pour jouer, pas pour agresser" (Le Monde, 25 mars 2011). Le rire peut aussi avoir pour moyen, dit Claire, d’obtenir des hommes une conduite souhaitable car personne n’a envie d’être ridicule ni d’être l’objet de la risée de chacun. Le rire peut être aussi quelque part un moyen de "contrôle social", un ciment social pour contrôler la population.

    À ce sujet, le rire peut-il être militant ? Et qu’est-ce que ce "rire militant" ? Ce serait un un rire qui entendrait dénoncer, apporter un message, enlever le masque des hypocrites ou caricaturer les rois, les présidents et les puissants. C’est le rire du bouffon comme le rire des comiques modernes engagés. Gilles souligne que le rire a toujours gêné les religions. Dans la religion catholique, le rire a été longtemps proscrit, "car Jésus ne riait pas" (Umberto Eco). Les autorités laïques en sont venues à s’opposer aux ecclésiastiques jusqu’à s’entourer de bouffons, parfois célèbres : Triboulet sous Louis XII et François Ier, puis Brusquet ou Chico sous Henri III et Henri IV. Il y avait aussi une "école des fous" qui était une institution tout à fait sérieuse. Le rire trivial ou la satire avait une double fonction : amuser, distraire mais aussi révéler. Sans doute était-ce une forme de rire militant qui n’était d’ailleurs pas sans danger pour ces amuseurs publics (Brusquet n’a pas pu terminer sa carrière). Gilles signale qu’à Montargis, il y avait un bouffon célèbre de la cour de Renée de France, Pietro Gonella qui est mort de peur en simulant sa propre exécution.

    Le rire peut faire passer un message, est-il encore dit. L’humour peut être une arme pour attaquer et là est la limite avec la loi. Le problème de Dieudonné est celui non de l’humour mais de l’injure publique. Il est bien question d’intention dans le rire. Un autre humoriste peut nous éclairer : Pierre Desproges. Lorsqu’il fait son sketch sur les juifs ("On me dit que des juifs se sont glissés dans la salle… Ils peuvent rester…"), pourquoi ce sketch sarcastique a-t-il été accepté ? Parce que le public était averti. Desproges passait "un pacte humoristique" avec son public qui savait qu’il allait parler au deuxième degré. Il avait payé sa place pour rire. Par contre, lorsqu’Alain Soral, le militant d’extrême-droite, reprend ce sketch sur son site Internet, il le reprend au premier degré pour son public, dans une intention toute autre.

    Derrière la question "Peut-on rire de tout ?", il est question du pouvoir, de la capacité et de la censure. La question pourrait être celle-ci : "Rit-on de tout ?" On aurait envie de rire mais on s’autocensure : d’abord parce que le législateur contrôle le rire comme il nous contrôle en tant que citoyen. Pour contourner cette législation, nous avons mis en place plusieurs formes de rires : rires jaunes, rires francs, rires amers, et cetera.

    Dans la question "Peut-on rire de tout ?", il est question de légitimité. La liberté d’expression et de pensée – y compris dans le rire – est fondamentale. L’humour, par nature, est subversif et peut heurter les sensibilités. Or, quel est le rôle de la loi ? Est-il de protéger la liberté ou la servitude ? Puis-je interdire mon voisin de rire parce qu’il ne rit pas de la même chose que nous ? Une question se pose d’emblée : "Suis-je responsable de mon rire ?"

    Rire de tout, dit intervenant, dépend du lieu, de l’idéologie politique ou doxa dominante dans laquelle on se trouve (en France, la laïcité, le libéralisme économique et la démocratie) mais aussi le climat social. La question qui se pose à ce sujet est de savoir si l’on est "à cran ou pas à cran". La mauvaise répartition des richesses, la pauvreté ou les suicides des agriculteurs mettent des tensions dans le rire. La désinvolture peut-être la règle dans des milieux "protégés" mais ces aspects ne sont pas à négliger. Le rire peut amener des troubles à l’ordre public mais présumer des troubles potentiels jusqu’à interdire une représentation pose problème. Ce dont il est question est ici encore l’intention, mais comment prouver cette intention ? Qui décrète les intentions de Desproges, Dieudonné – ou des autres ? Il y a certes le talent de faire rire mais il y a aussi le talent de rire de tout. Tout est propre à rire, sans quoi le risque serait de brider notre liberté d’expression. Albert Pike disait : "La liberté d’opinion, la liberté d’expression, ne permettent pas que l’on interdise quoique ce soit même si cela nous heurte et froisse nos conviction ou si cela nous apparaît intolérable ou monstrueux. Sinon, la liberté n’excuse plus, elle disparaît. La dictature commence là où la liberté catégorielle ou sélective s’installe."

    A nous de ne pas brider le rire et au contraire de préférer au rire impertinent le rire pertinent et la raison dans le rire.

    La soirée se termine par le choix du sujet de la séance suivante, le 27 mai 2016. Quatre sujets sont proposés : "Aujourd’hui, ne faut-il s’étonner de rien ?", "Est-il bon de s’ennuyer ?", "L’homme est-il un loup pour l’homme ?" et "L’humanité est-elle vouée à disparaître ?" Le sujet choisi est : "Est-il bon de s’ennuyer ?" (titre définitif : "L’ennui : vice ou vertu ?")

     

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  • Ils ont dit, au sujet du rire

    36398-eclats-de-rire_christophel.jpg"Ne faites pas rire au point de prêter à rire." [Héraclite]

    "Quoi de plus agréable que de rire aux dépens d'un ennemi ?" [Sophocle]

    "La comédie est, comme nous l'avons dit, l'imitation du mauvais ; non du mauvais pris dans toute son étendue, mais de celui qui cause la honte et constitue le ridicule." [Aristote]

    "La province convenable du rire est restreinte aux questions qui sont en quelque mesure soit indignes soit difformes. Car la cause principale sinon unique du rire est le genre de remarques qui relèvent ou désignent, d’une façon qui n’est pas en soi inconvenante, quelque chose qui est en soi inconvenant ou indigne." [Cicéron]

    "Et vous n'entendez pas cet anathème de Jésus-Christ : « Malheur à ceux qui rient, parce qu'ils pleureront ! »" [Jean Chrysostome]

    "Quand on a la compréhension, on doit rire ; on ne doit pas pleurer…" [Xue Tao]

    "Rire de tout ce qui se fait ou se dit est sot, ne rire de rien est imbécile." [Erasme]

    "Le rire ne paraît que dans l’humanité, et il est toujours un signe d’une certaine jovialité et gaieté que nous éprouvons intérieurement dans notre esprit." [Baldassare Castiglione]

    "À chaque fois que nous rions, nous nous moquons de et nous méprisons toujours quelqu’un, nous cherchons toujours à railler et à nous moquer des vices." [[Baldassare Castiglione]

    " C’est lorsque les gens fanfaronnent et se vantent et qu’ils ont des manières orgueilleuses et hautaines que nous avons raison de nous moquer d’eux et de les mépriser pour faire rire." [Baldassare Castiglione]

    "Rire est le propre de l'homme." [François Rabelais]

    "Or encore qu’il semble que le Rire soit l’un des principaux signes de la Joie, elle ne peut toutefois le causer que lorsqu’elle est seulement médiocre et qu’il y a quelque admiration ou quelque haine mêlée avec elle." [René Descartes]

    "La dérision ou moquerie est une espèce de joie mêlée de haine, qui vient de ce qu'on aperçoit quelque petit mal en une personne qu'on pense en être digne." [René Descartes]

    "Deux visages semblables, dont aucun ne fait rire en particulier, font rire ensemble par leur ressemblance." [Blaise Pascal]

    "Entre la moquerie et le rire, je fais une grande différence. Car le rire, tout comme la plaisanterie, est une pure joie ; et par suite, à condition qu'il ne soit pas excessif, il est bon par lui-même." [Baruch Spinoza]

    "Il faut rire avant d’être heureux, de peur de mourir sans avoir ri" [Jean de La Bruyère]

    " La passion du rire n’est rien d’autre qu’une gloire soudaine, et dans ce sentiment de gloire, il est toujours question de se glorifier par rapport à autrui, de sorte que lorsqu’on rit de vous, on se moque de vous, on triomphe de vous et on vous méprise." [Thomas Hobbes]

    "Il est une passion qui n’a pas de nom, mais dont le signe est cette distorsion du visage que nous appelons rire… Mais à quoi nous pensons et de quoi nous triomphons quand nous rions n’a encore été déclaré par aucun philosophe." [Thomas Hobbes]

    "Que le rire soit le signe de la joie comme les pleurs sont le symptôme de la douleur, quiconque a ri n’en doute pas. Ceux qui cherchent des causes métaphysiques au rire ne sont pas gais : ceux qui savent pourquoi cette espèce de joie qui excite le ris retire vers les oreilles le muscle zygomatique, l’un des treize muscles de la bouche, sont bien savants. Les animaux ont ce muscle comme nous ; mais ils ne rient point de joie, comme ils ne répandent point de pleurs de tristesse." [Voltaire]

    "Que le rire soit le signe de la joie comme les pleurs sont le symptôme de la douleur, quiconque a ri n’en doute pas." [Voltaire]

    "Toute joie ne fait pas rire, les grands plaisirs sont très sérieux." [Voltaire]

    "Ceux qui cherchent des causes métaphysiques au rire ne sont pas gais." [Voltaire]

    "Je me presse de rire de tout, de peur d’être obligé d’en pleurer." [Beaumarchais]

    "Faire rire, c'est faire oublier. Quel bienfaiteur sur la terre qu'un distributeur d'oubli !" [Victor Hugo]

    "Le rire de la joie, à l'encontre du rire de l'amusement, est en pleine harmonie avec la vie intérieure." [Lewis Caroll]

    "L'homme souffre si profondément qu'il a dû inventer le rire." [Friedrich Nietzsche]

    "Rire, c'est se réjouir d'un préjudice, mais avec bonne conscience." [Friedrich Nietzsche]

    "Le rire est à l’homme ce que la bière est à la pression." [Alphonse Allais]

    "Celui qui est absorbé dans des pensées sérieuses est hors d'état de témoigner, par sa réaction à la plaisanterie, que la plaisanterie a su sauvegarder le plaisir de jouer avec les mots." [Sigmund Freud]

    "On se fait rarement rire seul parce qu'on se surprend difficilement soi-même." [Paul Valéry]

    "Sage, le sourire est sensible ; Fou, le rire est insensible." [Alain]

    "Le rire est le propre de l’homme, car l’esprit s’y délivre des apparences." [Alain]

    "Qui n'a jamais été ridicule ne sait point rire." [Alain]

    "Il n'y a qu'un pouvoir, qui est militaire. Les autres pouvoirs font rire et laissent rire." [Alain]

    "Il n’y a pas de comique en dehors de ce qui est proprement humain." [Henri Bergson]

    " Pour comprendre le rire, il nous faut le remettre dans son environnement naturel, qui est la société, et surtout, nous devons déterminer son utilité, qui est sociale. Telle sera l’idée directrice de toutes nos investigations. Le rire doit répondre à certaines exigences de la vie en commun. Il doit avoir une signification sociale." [Henri Bergson]

    "Le rire châtie certains défauts à peu près comme la maladie châtie certains excès." [Henri Bergson]

    "Il n’y a pas de comique en dehors de ce qui est proprement humain." [Henri Bergson]

    "On peut rire de tout, mais pas avec tout le monde." [Pierre Desproges]

    "Le rire est la faiblesse, la corruption, la fadeur de notre chair. C'est l'amusette pour le paysan, la licence pour l'ivrogne." [Umberto Eco]

    "Ici on renverse la fonction du rire, on l'élève à un art, on lui ouvre les portes du monde des savants, on en fait un objet de philosophie, et de perfide théologie." [Umberto Eco]

    "J'avais un considérable sens de la plaisanterie...mes blagues manquaient par trop de sérieux." [Milan Kundera]

    "Si tu t'obstinais à lui dire la vérité en face, ça voudrait dire que tu le prends au sérieux. Et prendre au sérieux quelque chose d'aussi peu sérieux, c'est perdre soi-même tout son sérieux. Moi, je dois mentir pour ne pas prendre au sérieux des fous et ne pas devenir moi-même fou." [Milan Kundera]

    "Le rire aristocratique restait à sa manière un rire communautaire (produit et consommé à l’intérieur d’un groupe social très homogène et uni par des liens de connivence très étroits). Au contraire, le rire de la France révolutionnée est désormais à la destination d’un public par définition hétéroclite et aléatoire." [Alain Vaillant]

    "Peut-être enfin que le rire n’est pas une création de Dieu, mais Dieu une création du rire ?" [Michel Onfray]

     

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  • Spinoza : rire et moquerie

    goya-16.jpg"Entre la moquerie et le rire, je fais une grande différence. Car le rire, tout comme la plaisanterie, est une pure joie ; et par suite, à condition qu'il ne soit pas excessif, il est bon par lui-même. Et ce n'est certes qu'une sauvage et triste superstition qui interdit de prendre du plaisir. Car, en quoi convient-il mieux d'apaiser la faim et la soif que de chasser la mélancolie ? Tels sont mon argument et ma conviction. Aucune divinité, ni personne d'autre que l'envieux ne prend plaisir à mon impuissance et à ma peine et ne nous tient pour vertu les larmes, les sanglots, la crainte, etc., qui sont signes d'une âme impuissante. Au contraire, plus nous sommes affectés d'une plus grande joie, plus nous passons à une perfection plus grande, c'est-à-dire qu'il est d'autant plus nécessaire que nous participions de la nature divine. C'est pourquoi, user des choses et y prendre plaisir autant qu'il se peut (non certes jusqu'au dégoût, car ce n'est plus y prendre plaisir) est d'un homme sage. C'est d'un homme sage, dis-je, de se réconforter et de réparer ses forces grâce à une nourriture et des boissons agréables prises avec modération, et aussi grâce aux parfums, au charme des plantes verdoyantes, de la parure, de la musique, des jeux du gymnase, des spectacles, etc., dont chacun peut user sans faire tort à autrui. Le corps humain, en effet, est composé d'un très grand nombre de parties de nature différente, qui ont continuellement besoin d'une alimentation nouvelle et variée, afin que le corps dans sa totalité soit également apte à tout ce qui peut suivre de sa nature, et par conséquent que l'esprit soit aussi également apte à comprendre plusieurs choses à la fois. C'est pourquoi cette ordonnance de la vie est parfaitement d'accord et avec nos principes et avec la pratique commune."

    Baruch Spinoza, Ethique (1677)

     

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  • Spinoza : "la fin de l’État est en réalité la liberté"

    Suite aux attentats de Paris du 13 novembre, avec les explosions autour du Stade de France, les mitraillages dans les rues de Paris et l'attaque contre le Bataclan, il nous paraissait que ce texte de Spinoza donnait un éclairage philosophique aux événements que nous vivons.

    2048x1536-fit_place-republique-paris-16-novembre-2015.jpg"Ce n’est pas pour tenir l’homme par la crainte et faire qu’il appartienne à un autre, que l’Etat est institué; au contraire, c’est pour libérer l’individu de la crainte, pour qu’il vive autant que possible en sécurité, c’est-à-dire conserve aussi bien qu’il se pourra, sans dommage pour autrui, son droit naturel d’exister et d’agir. Non, je le répète, la fin de l’Etat n’est pas de faire passer les hommes de la condition d’êtres raisonnables à celles de brutes ou d’automates, mais au contraire, il est institué pour que leur âme et leur corps s’acquittent en sûreté de toutes leurs fonctions, pour qu’eux-mêmes usent d’une raison libre, pour qu’ils ne luttent point de haine, de colère ou de ruse, pour qu’ils se supportent sans malveillance les uns les autres. La fin de l’Etat est donc en réalité la liberté."

    Baruch Spinoza, Traité Théologico-politique (1670)

     

     

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  • Compte-rendu du café philosophique de Montargis : "De quoi sommes-nous responsables ?"

    Thème du débat : "De quoi sommes-nous responsables?" 

    Date : 2 octobre 2015 à la Brasserie du centre commercial de la Chaussée

    Responsabilite_image.jpgBruno commence cette soirée et cette 51e séance par présenter aux 80 personnes présentes la nouvelle équipe qui s'est constituée après le départ de Claire Durand pour raisons personnelles. Bruno présente les deux animateurs qui vont l'accompagner pour cette première séance : d'abord, Gilles Poirier, un des plus fidèles du café philo, qui a suivi les séances depuis sa création. L'autre personne qui animera le premier débat de cette septième saison est Claire Bailly, qui a découvert récemment l'animation de la Chaussée et s'est lancée dans cette aventure. Pascal Weber, toujours fidèle au café philo, complète l'équipe de ce soir.

    Pour lancer le débat, un premier participant parle du titre de la séance "De quoi sommes-nous responsables ?" Cette question en appelle d'autres : "Comment philosopher et comment relativiser ? Comment définir la philosophie que l'on emprunte ? Comment définir le champ d'idée ?" Pour aller plus loin, un autre intervenant souhaite poser la question de la responsabilité d'un individu vis-à-vis d'une société avec ses lois ou vis-à-vis de son éthique propre.

    A ce sujet, Claire souhaite faire une distinction entre responsabilité civile et responsabilité morale. La responsabilité civile a ses limites, vis-à-vis de la loi : ce qui est légal et ce qui ne l'est pas. Il s'agit d'une responsabilité unique. La responsabilité morale est une notion abstraite car elle est propre à chaque individu. Elle déborde sur le champ de la conscience : quelqu'un va se sentir responsable d'un acte alors qu'une autre personne face à un même acte, ne se sentira pas responsable car elle n'a ni la même conscience, ni les mêmes valeurs.

    no-yolo-11-other-life-lessons-from-the-twilight-zone-source-twilightzone2frame-tumblr-483308.jpgGilles souhaite s'arrêter sur les définitions de la responsabilité (Le Robert) : "Qui doit réparer les dommages qu'il a causés par sa faute... Qui doit subir le châtiment par la loi". Responsable est à la fois un substantif et un adjectif. La deuxième acception est : "Qui doit rendre des comptes de ses actes ou de ceux d'autrui en vertu de la morale admise" La troisième signification est :"Qui est auteur, qui est la cause volontaire de quelque chose et en porte la responsabilité morale." La quatrième variante : celui qui est "chargé de", celui qui prend les décisions dans une organisation. La cinquième acception : "Qui est la cause et la raison suffisante de quelque chose". Et la sixième, qui est plus récente, est issue du terme anglais "responsible", à savoir "raisonnable", "réfléchi, "qui mesure les conséquences de ses actes, qui a une attitude raisonnable."

    Dans la notion de responsabilité il pourrait également être question d'instinct. Mes comportements pourraient être conditionnés par ces instincts qui mettent d'emblée la question de la responsabilité en questionnement. 

    Nous pourrions être responsables de tout ce que nous entreprenons, est-il encore dit. Nous sommes à 100 % responsables de ce que nous entreprenons si nous entreprenons à 100 % cette chose. Je peux être responsable d'un examen que je passe mais je ne suis pas à 100 % responsable de son résultat. Certains critères m'échappent qui sont de la responsabilité d'une tierce personne. Un autre exemple est pris : celui des accidents de la route qui peuvent être autant dû à des négligences et une forme d'irresponsabilité qu'à des facteurs autres qui me dédouaneraient, ou bien me donneraient quelques circonstances atténuantes. Pour cet intervenant, "tout le malheur du monde est le manque d'auto-responsabilité", à force de toujours chercher "les limites vis-à-vis d'autrui". Le contournement de la loi et le judiciaire utilisé à mauvais escient aurait tendance à permettre à tel ou tel de se déresponsabiliser vis-à-vis de la loi commune à tous.

    obsolete_man_twilight.pngÀ travers ces interventions, dit Bruno, il apparaît que la notion de responsabilité est une notion vaste et sinueuse qui nous amène dans beaucoup de directions différentes : responsabilités vis-à-vis des autres, vis-à-vis de soi-même. Bruno revient au cœur de la question posée ce soir. La phrase "De quoi sommes-nous responsables ?" nous met en accusation. C'est une notion injonctive : la responsabilité a beaucoup à voir avec le pénal, alors que la responsabilité est beaucoup plus vaste. Bruno cite l'exemple d'une œuvre marquante de la littérature : Le Procès de Franz Kafka, dans lequel le personnage principal, Joseph K. (que l'on peut du reste identifier à l'auteur) est accusé de quelque chose dont le lecteur ne saura rien (voir cet extrait). Désigné responsable (puis coupable), un procès se déroule dans une ambiance mystérieuse, procès qui aboutira à une fin tragique. La responsabilité est là : c'est une notion forte et écrasante. Or, il apparaît qu'aujourd'hui nous sommes responsables de tout et de rien. La responsabilité est très vaste, illimitée, mais en même temps, nous pouvons nous sentir à maints égards irresponsables de ce qui peut nous arriver. Un participant cite l'exemple de la famille qui induit une responsabilité à l'égard de ses enfants, de ses proches, de ses parents. La responsabilité est engagée dès lors qu'il y a un conflit. Les enjeux sociaux nous engagent, jusqu'au conflit : "Nous avons la responsabilité d'être un être humain". Mais être responsable, dans l'acception courate, c'est assumer sa liberté même si cela peut être difficile voire "chiant" ! Être responsable, ce serait "répondre" en conscience – plutôt que "réagir" – à une situation, fruit certainement d'un héritage plus ou moins imposant. 

    La responsabilité a souvent avoir, dit une intervenante, avec la notion de responsabilité civile et la notion de culpabilité. Or, être responsable ce n'est pas forcément être coupable (voir ce lien). Cela pervertit même le sens de responsabilité, qui doit contenir une acception "civilisatrice", tel le Petit Prince qui doit être responsable de sa rose car il l'a apprivoisée (Saint-Exupéry). Dans l'étymologie, le mot responsabilité vient de l'expression "répondre à" : on répond de nos choix plutôt qu'on les assume. C'est une philosophie personnelle qui nous engage face aux autres.

    9-21.jpgEncore faut-il que nous soyons de fait en état d'être responsables. Bruno évoque à ce sujet la psychanalyse. L'inconscient peut nous dicter via des lapsus, des actes manqués, des vérités qui nous dépassent. La psychanalyse tend depuis Freud à baliser le champ de cet inconscient qui nous contraint ("Le Moi n'est plus maître dans sa propre maison"). 

    L'homme a une conscience réfléchie, dit une autre intervenante, et la notion de choix est capitale pour comprendre celle de responsabilité. Il n'y a pas de responsabilité s'il n'y a pas de liberté et de choix. Claire fait un point étymologique sur le mot "responsabilité" qui vient du latin "respondere" qui veut dire "se porter garant de" et du mot "sponsio" qui veut dire "promesse". Donc, au final, la responsabilité est littéralement "assumer ses choix". Pour qu'il y ait responsabilité, il faut qu'il y ait deux fondements : la liberté et la conscience. Je dois donc me poser cette double question : est-ce que je suis libre de mon choix et est-ce que je suis conscient de mon choix ? Claire prend l'exemple de l'ivrogne et du somnambule. L'un et l'autre sont dans la rue, l'un est endormi et l'autre est ivre. Or, chacun fait tomber par inadvertance une personne dans l'eau qui se noie. La question à se poser est : sont-ils responsables ? Les deux personnes sont toutes les deux inconscientes, l'un à cause du sommeil, l'autre à cause de l'alcool. Or, c'est là que la notion de liberté prend son sens : l'ivrogne avait le choix de cette inconscience alors que le somnambule ne l'était pas. Parler de liberté nous renvoie à Sartre : L'homme est "condamné à être libre". Cette phrase apparaît de manière négative. La liberté n'est pas si douce. Elle est une angoisse d'avoir des choix constants à faire et de ne pas être acteurs des événements qui nous contraignent. N'être pas passifs nous impose. Nous sommes libres de faire nos choix. On ne naît pas libre, réagit une personne du public, mais nous avons la possibilité de le devenir. 

    Un intervenant intervient sur cette notion de responsabilité qui peut être à la fois enivrante (être responsable d'une entreprise, par exemple) et parfois vaine ("on n'est responsables de rien"), tant le déterminisme nous contraint. Nous agissons face à, la nécessité (Spinoza), en accord avec la mouvance sociale autour de nous, de notre passé et de notre héritage, d'autrui également. La responsabilité est une question dialectique.

    burgess-meredith-twilight-zone.pngBruno cite Épictète : "Il y a ce qui dépend de nous, il y a ce qui ne dépend pas de nous. Dépendent de nous l’opinion, la tendance, le désir, l’aversion, en un mot toutes nos œuvres propres ; ne dépendent pas de nous le corps, la richesse, les témoignages de considération, les hautes charges, en un mot toutes les choses qui ne sont pas nos œuvres propres." Bruno revient sur la notion de responsabilité juridique, déjà débattue : un tribunal civil ou pénal punit un acte commis, plutôt que putatif, comme le disait Hans Jonas : un acte doit être exécuté pour être puni.

    Pour un autre intervenant, l'histoire impose que la notion de responsabilité ait évolué avec te temps, en plus d'être tributaire de cultures différentes : on a pu parler de responsabilité imposée par le cosmos, puis sous l'angle des religions, avant d'apporter la conscience et la connaissance humaine avec la démocratie et le droit positif. Un intervenant parle de la notion d'héritage. Il se pourrait aussi que nous devions répondre de nos actions devant deux sortes de tribunaux : le civil (mais quelle est la légitimité d'un village mettant en accusant tel ou tel, comme dans le film Coup de Chaud ?) et notre conscience morale, si tant est que celle-ci n'a pas été "dégénérée", à l'exemple de ces marchands d'arme continuant leurs affaires sans état d'âme.

    Aux propos d'une dame parlant de la notion de responsabilité historique de la seconde guerre mondiale pesant sur les épaules des jeunes générations allemandes, Bruno pose la question de savoir si on peut différencier responsabilité individuelle et responsabilité collective. Pour un intervenant, les deux termes sont en interaction entre le je et le tu ou entre le nous et le vous. Cette notion de culpabilité collective, voire de péché originel, semblerait peser lourdement dans les consciences, comme si la culpabilité de nos aïeux devait être portée par les générations suivantes. Bruno cite le film Amnesia, qui raconte l'histoire d'une femme allemande qui refuse son passé, sa langue et sa culture, en raison de cette responsabilité collective insupportable. Or, cette notion semblerait inadéquate. Hannah Arendt, qui a suivi le procès d'Adolf Eichmann, établit que la responsabilité collective n'a aucun sens, et en tout cas elle n'est pas moralement établie si je n'ai pas accompli d'actes : "Deux conditions doivent être présentes pour qu'il y ait responsabilité collective : je dois être tenu pour responsable de quelque chose que je n'ai pas fait et la raison expliquant ma responsabilité doit être ma participation à un groupe (un collectif) qu'aucun acte volontaire de ma part ne peut dissoudre, c'est-à-dire une participation qui n'a rien à voir avec un partenariat commercial, que je peux dissoudre à volonté. La question de la "faute en groupe par complicité" doit être laissée en suspens parce que toute participation est déjà non déléguée. Cette forme de responsabilité est selon moi toujours politique, qu'elle prenne la forme ancienne où toute une communauté se juge responsable de ce que l'un de ses membres a fait ou bien si une communauté est tenue pour responsable de ce qui a été fait en son nom.

    Bm9rg7yCMAA9CXo.jpgClaire revient sur la responsabilité civile qui a pour principe de mettre une limite à nos actes afin de maintenir une certaine cohésion sociale, avec le risque de se déresponsabiliser en pointant du doigt autrui ou un groupe. Sartre disait ceci : "L'homme qui se croit déterminé se masque sa responsabilité". Comment alors, se demande Bruno, être responsable dans un monde complexe, multi-connecté avec beaucoup de choses qui nous échappent ? Pour une participante, le degré de responsabilisation n'est pas uniforme d'un individu à un autre, surtout dans un monde de plus en plus vaste, et avec des élites de plus en plus puissantes et souvent impunies. La contrainte sociale semblerait nous déresponsabiliser : "Soyez le changement que vous voudriez voir dans le monde" invitait Gandhi pour une prise de conscience générale. Seulement, "comment aimer un monde qui n'est pas aimable" et comment imposer sa responsabilité dans des sociétés où l'individu a du mal à se faire entendre ?

    De là, Gilles évoque le danger d'une déresponsabilisation sociale due à un amoncellement de lois. Le philosophe, sociologue et historien Cornelius Castoriadis (voir aussi ce lien) ne dit pas autre chose lorsqu'il stigmatise ce déficit en responsabilisation : "Il y a donc une contre-éducation politique. Alors que les gens devraient s’habituer à exercer toutes sortes de responsabilités et à prendre des initiatives, ils s’habituent à suivre ou à voter pour des options que d’autres leur présentent. Et comme les gens sont loin d’être idiots, le résultat, c’est qu’ils y croient de moins en moins et qu’ils deviennent cyniques." Le cynisme semblerait être un aboutissement à cette déresponsabilisation. Bruno rappelle que le cynisme vient du grec kunikos, chien : "ceux qui déchiquettent les opinions", qui se mettent à l'écart de la société - tel Diogène - par déception, indignation et apathie. 

    En tout état de cause, avance un autre intervenant, il semblerait que ce soit la responsabilité qui structure l'être humain, avec une obligation morale d'assumer ses actes. À ce sujet, un proverbe portugais dit ceci : "Nos malheurs entrent toujours par des portes que nous ouvrons". La notion de liberté et de choix est toujours présente. Cependant, penser que tous nos actes nous engagent et engagent la vie peut vite "rendre la vie impossible", et cela pourrait nous tétaniser. La philosophie pratique ne devrait-elle pas nous imposer une ataraxie, à la manière d’Épicure ? Sans doute, faudrait-il plutôt tenter de ne pas créer de malheur. "Un homme ça s'empêche" disait Albert Camus : pourquoi ne chercherions-nous pas, modestement, "à éviter de faire plutôt qu'à chercher à faire" ? 

    time-enough.pngUne personne du public revient sur l'acception religieuse de la responsabilité, en rappelant qu'il a été un moment question de péché originel. Elle fait référence à l'encyclique Laudato Si du pape François sur l'environnement et sur les conséquences de nos actions, et de celles des entreprises prévaricatrices du milieu naturel - non sans notre complicité. L'homme n'a pas à être un pion irresponsable, dit-elle encore, mais un "maillon intégré dans le système" pour évaluer le bout de la chaîne, qui sont les milliards d'êtres humains qui n'ont ni eau, ni nourriture, ni électricité. Ces propos, dit Bruno, font écho au philosophe Hans Jonas qui a écrit un ouvrage de référence, Le Principe Responsabilité (voir aussi ce lien)Jonas répondait, en quelque sorte, à cette citation provocatrice de David Hume : "Je peux préférer la destruction du monde à une égratignure sur mon doigt". Jonas pose le principe de responsabilité devant la nature, avec une nouvelle éthique. Le philosophe nous met face à des choix moraux. Devant le futur (même si le terme de "génération future" est mis à toutes les sauces), Jonas nous parle de la nécessité d'avoir peur. Une peur non pas aliénante mais qui devient valeur positive, source de connaissance plutôt que d'aveuglément (car "nous sommes responsables de notre ignorance", comme le dit un autre intervenant). Jonas parle de nouveaux impératifs catégoriques de la responsabilité : "Agis de telle sorte que les effets de ton action soient compatibles avec la permanence d'une vie authentiquement humaine sur terre ; agis de telle sorte que les effets de ton action ne soient pas des destructeurs pour la possibilité future d'une telle vie ; Ne compromet pas les conditions de la survie indéfinie de l'humanité sur terre..." Nous sommes face à une responsabilité individuelle pour faire des choix qui engagent l'humanité toute entière, en sachant que nous pouvons être responsables de nos inactions et de nos silences. L'injonction kantienne "Tu peux donc tu dois" se transforme chez Jonas en un "Tu dois donc tu peux"! (voir aussi ce lien)

    960.jpgL'engagement, on le voit, est au centre de cette notion de responsabilité. Gilles cite à ce sujet Toni Negri, qui s'adresse à chacun d'entre nous : "Chaque fois que l'on fait quelque chose, on en accepte la responsabilité. Cette action vit pour toujours dans l'éternité. Il n'y a pas de renvoi de responsabilité. Chacun de nous est responsable de sa singularité, de son présent, de l'intensité de sa vie, de la jeunesse et de la vieillesse qu'il y investit. Et c'est l'unique moyen d'éviter la mort. Il faut saisir le temps, le tenir, le remplir de responsabilité."

    Bruno considère en conclusion que derrière chaque responsabilité, il y a un acte, un choix, de courtes décisions que l'on prend à certains moments de notre vie. Ce sont des décisions pour autant capitales car elles mettent en jeu notre passé, celui de nos aïeux, celui de notre inconscient (assez peu évoqué au cours de cette séance), notre monde et autrui (l'existentialisme). Et ces enjeux nous conduisent à nous porter vers le monde, vers la transformation du monde, voire à le réparer comme le conceptualise la philosophie du Care (Carol Giligan, Michael Slote ou Sandra Laugier). La réparation est souvent évoquée dans le cadre judiciaire. Elle peut l'être dans le cadre environnemental, sociétal ou économique. C'est de l'ordre de notre responsabilité individuelle, l'individu étant devenue la norme dans nos sociétés car "de notre position de sujet, nous sommes toujours responsables" (Jacques Lacan). Êtres fondamentalement libres, nous sommes invités à nous engager, ce qui est une responsabilité écrasante, comme on peut le voir dans Le Procès de Kafka ou chez un personnage comme Hamlet. Pour autant qu'elle soit lourde, cette responsabilité est noble : "La responsabilité demande du courage parce qu'elle nous place à la pointe extrême de la décision agissante" (Vladimir Jankélévitch).

    La séance suivante aura lieu le vendredi 6 novembre à 19 heures. Il s'agira d'une séance exceptionnelle puisque le débat intitulé "Œil pour œil, dent pour dent", sur le thème de la vengeance, sera co-animé en présence de Catherine Armessen

     

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  • Compte-rendu de la 50e séance : "la philosophie a-t-elle une quelconque utilité?"

    Thème du débat : "La philosophie a-t-elle une quelconque utilité ?" 

    Date : 19 juin 2015 à la Brasserie du centre commercial de la Chaussée

    montaigne,socrate,onfray,platon,sartre,descartes,camus,hegel,wittgenstein,aristote,locke,bacon,foucault,arendt,heidegger,freud,spinoza,nietzsche,sade,husserlLe vendredi 19 juin 2015, le café philosophique de Montargis se réunissait à la Brasserie du Centre commercial de la Chaussée pour sa 50e séance, et aussi la dernière de sa saison 6. À cette occasion, le débat proposé, et choisi par les participants de la séance précédente, portait sur cette question: "La philosophie a-t-elle une quelconque utilité ?"

    Au préalable, Bruno rappelle la genèse et les grands événements qui ont marqué les six années et les 50 séances du café philo. Il insiste sur la naissance mouvementée de l'animation de la Chaussée, ses débuts difficiles, les sujets polémiques qui ont émaillé son histoire (Dieu, la mort ou... le Père Noël), la fierté des animateurs et médiateurs de voir l'engouement autour du café philo mais aussi les émissions de radio "La Philosophie au Comptoir" (en 2014) qui ont marqué le café philosophique de Montargis.  

    Pour lancer le débat, outre le sujet du débat de ce soir, "La philosophie a-t-elle une quelconque utilité ?" Bruno pose aux participants deux autres questions : "Fait-on de la philosophie lors d'un café philo ?" et "Que venez-vous faire ici, au café philo ?"

    montaigne,socrate,onfray,platon,sartre,descartes,camus,hegel,wittgenstein,aristote,locke,bacon,foucault,arendt,heidegger,freud,spinoza,nietzsche,sade,husserlUn premier intervenant réagit en citant Michel de Montaigne pour justifier l'utilité de la philosophie : "Philosopher c'est apprendre à mourir". Pour lui, alors que le débat sur la la fin de vie fait des remous, la philosophie semble avoir une très grande utilité. Claire rebondit sur cette intervention. Il y a une distinction entre utilité et nécessité, dit-elle, car, souvent, on a tendance à commettre un abus de langage : on considère comme utile ce qui est nécessaire, or ce n'est pas le cas. L'utilité vise "l'outil". La question peut donc se poser ainsi : est-ce que la philosophie mène à quelque chose ? Et si la philosophie est un outil, quelle est sa finalité ?   

    Pour un autre intervenant, la philosophie a une utilité indéniable ; encore faut-il savoir de quelle philosophie l'on parle : il peut y avoir autant des courants de pensées hermétiques peu appréciés que des pratiques philosophiques, plus terre-à-terre, pragmatiques et qui peuvent intéresser tout un chacun. Finalement, cette dernière intervention pose cette question : la philosophie est un moyen pour faire quoi ? La philosophie, qui est étymologiquement l'amour de la sagesse, trouve sa finalité dans l'apprentissage de la mort et dans l'orientation de ses actions pratiques afin de réfléchir à certains sujets pour ensuite les vivre, et vivre mieux ("Nous vivre mieux") . L'amour de la sagesse n'est pas l'amour du savoir. Le sage n'est pas celui qui sait tout mais plutôt "celui qui ne sait rien" (Socrate). Dès lors, philosopher c'est sans doute commencer à s'interroger et remettre en question ce qui fait notre existence et notre identité. Au sein du café philo, chacun réfléchit à comment agir, avec la morale, à l'orientation pratique de notre vie, de nos actions, ici et maintenant.

    montaigne,socrate,onfray,platon,sartre,descartes,camus,hegel,wittgenstein,aristote,locke,bacon,foucault,arendt,heidegger,freud,spinoza,nietzsche,sade,husserlAu sein du café philo, la question est bien de savoir si dans le cadre des débats on est dans un moyen d'atteindre ces objectifs philosophiques. Michel Onfray refuse par exemple d'admettre que l'on philosophe au sein d'un café philosophique. Une intervenante réagit en regrettant la durée des séances : souvent, un deuxième débat pourrait être utile, remarque-t-elle, tant les questions appellent d'autres questions et aussi des demandes d'approfondissements. Bruno ajoute toutefois que les animateurs sont là pour susciter des questions et pas d'apporter des réponses comme le feraient des gourous de sectes ! Philosopher, comme le dit une participante, "c'est exploiter la capacité que l'humain a de se poser des questions auxquelles il ne peut pas répondre". C'est aussi un échappatoire à l'uniformité des discussions triviales, afin d'éviter "la stagnation de l'esprit".

    La philosophie ne consiste pas à apporter des solutions abouties à des questions posées, réagit un participant. Pour Claire, les philosophes dits "systématiques" ont pour rôle de répondre à des questions. Le café philo, dans ce sens, est "non-philosophique", dans le sens où le café philo n'apporte pas des éléments pour répondre à des questions. Pour autant, nous pourrions dire qu'au sein du café philo nous pratiquons un "philosopher", dans le sens où le café philo sert à cheminer dans une pensée. Certaines interventions nous renvoient d'autres pensées. "La pratiques collective" de la réflexion est en effet un élément capital, réagit une autre personne du public car cela peut peut permettre d'approfondir des sujets. Par toutes nos expériences, réagit une autre participante, par nos différences, "mettre en commun nos idées, les confronter à l'exemple de la maïeutique (Platon), ce n'est pas nous permettre d'avoir tous la même mais d'avoir tous la nôtre."

    montaigne,socrate,onfray,platon,sartre,descartes,camus,hegel,wittgenstein,aristote,locke,bacon,foucault,arendt,heidegger,freud,spinoza,nietzsche,sade,husserlUne participante s'exprime ainsi : "La philo n'est ni dans l'action ni dans la morale mais Jean-Paul Sartre a dit qu'elle nous apprenait à être libre et responsable de nos actes". La philosophie a bien une utilité, affirme un intervenant : même si elle n'est pas poussée, elle nous permet de côtoyer des gens différents, de s'exprimer, d'échanger dans le respect, de se frotter à la réalité et d'affiner ses opinions au contact des autres. La philosophie antique, dans l'agora, est, quelque part, ressuscitée au sein des cafés philos – qui pourraient aussi bien se passer dans d'autres lieux publics.   

    La réflexion collective permettrait de passer de l'opinion, qui est de l'ordre de la représentation individuelle, à l'idée, qui est collective. L'idée est forte de justification et l'altérité, en apportant la contradiction à notre opinion, permet d'asseoir notre jugement grâce aux arguments et presque en savoir. Claire rappelle que la différence entre le croire et le savoir n'est pas tant la véracité de la représentation mais c'est dans le fait que le croire est une représentation qui est tenue pour vraie sans capacité de la justifier alors que le savoir implique qu'une représentation est tenue pour vraie car il existe des justifications, des raisons d'être. On peut se sentir un peu plus fort de ses principes si un philosophe vient à notre rescousse ("Descartes l'a dit...") ou si la confrontation avec les idées collectives et les opinions d'autrui viennent appuyer ce que je peux penser. "Les débats philosophiques permettent de s'enrichir au niveau de l'être.

    montaigne,socrate,onfray,platon,sartre,descartes,camus,hegel,wittgenstein,aristote,locke,bacon,foucault,arendt,heidegger,freud,spinoza,nietzsche,sade,husserlL'utilité cathartique du café philo est également avérée : prendre la parole, s'approprier un micro ("un bâton de parole") et confronter ses idées avec celles des autres est au cœur de nos débats. Le café philo peut être aussi une pratique de la démocratie, dans un cercle de citoyens différents, de tous âges. Jean-Pierre Vernant affirme d'ailleurs que la raison naît dans le cadre de la naissance de la première cité démocratique grecque. Or, dans cette société, deux groupes de pensées s'opposent : les "instituteurs de la République" – les sophistes – qui visent à apprendre aux citoyens à parler et qui visent l'utilisation d'un langage pour s'exprimer. Dès lors, l'objectif pour ces sophistes est d'apprendre à parler bien plutôt que de parler vrai. Or, contre eux, les philosophes vont s'insurger, et parmi eux, Socrate. Pour ces philosophes, parler bien c'est utiliser le langage en l'enlevant de sa sa valeur. Celui qui ne chercher que la communication et la beauté le rend caduc car l'homme doué de langage se doit de chercher la vérité. Le philosophe ne va pas chercher de réponse mais il va s'interroger sans cesse pour nuancer et s'approcher de la réalité et de la vérité.  

    Un participant nuance ces propos : est-ce que pour parler vrai il ne faut pas parler bien ? Cette question fait aussi référence à un précédent débat : "Le langage trahit-il la pensée ?" Pour Michel Onfray, justement, dans la philosophie il y a une forme d'académisme et d'exigence. Michel Onfray ne dénie pas l'utilité démocratique des cafés mais ils sont pour lui plus "citoyens" que "philosophiques". Philosopher implique des bases, des lectures, des connaissances, l'acquisition de lettres de noblesse (parler correctement). Certains philosophes inaccessibles peuvent du reste se targuer d'être inaccessibles. Certains auteurs peuvent être lisibles et claires (Albert Camus) ; d'autres hermétiques (Critique de la Raison Pure de Hegel ou L'Être et le Néant de Sartre). Ces problèmes de compréhension apparaissent comme susceptible de dénaturer la pensée philosophique affirme Ludwig Wittgenstein ("Ce dont on  ne peut pas parler, il faut le taire"). Il y a aussi cette idée que la philosophie touche aux hautes sphères de l'intellect (la métaphysique par exemple) et peut donc faire fuir une grande partie de la population. Le café philosophique de Montargis a, par contre, eut très vite pour ambition d'amener la philosophie dans la Cité et de la rendre accessible 

    montaigne,socrate,onfray,platon,sartre,descartes,camus,hegel,wittgenstein,aristote,locke,bacon,foucault,arendt,heidegger,freud,spinoza,nietzsche,sade,husserlUn participant rappelle l'étymologie de "philosophie", qui est "l'amour de la vérité". On est philosophe non pas quand on détient la vérité mais lorsqu'on la recherche. Au sein, Un café philosophique qui a pour objectif de rechercher – avec curiosité – la vérité fait donc, n'en déplaise à Michel Onfray, de la philosophie.   

    Claire conclut cet échange par deux citations. La première est de Platon : "Sans raisonnement, tu mèneras l'existence non pas d'un homme mais d'une éponge ou de ces êtres marins qui habitent dans des coquillages" (Philète). Descartes, lui, affirmait dans Principes de la Philosophie (Préface) : "C'est précisément avoir les yeux fermés, sans jamais tâcher de les ouvrir, que de vivre sans philosopher."  

    La seconde partie de ce 50e café philosophique est consacré à un blind-test, un jeu proposé à l'assistance que le café philo avait proposé par le passé :

    - Qu'est-ce que la maïeutique ? Réponse : l'art d'accoucher les esprits, les âmes (Socrate)

    - Qui a écrit le Tractatus logico-philosophicus ? Réponse : Ludwig Wittgenstein

    - Pourquoi appelle-t-on les disciples d'Aristote les Péripatéticiens ? Réponse : parce que dans le peripatos grec, le "promenoir" littéralement, les philosophes du Lycée d'Aristote philosophaient en marchant. On les appelait donc les péripatéticiens.

    - Qui a parlé de l'homme comme d'"une invention récente" ? Réponse : Michel Foucault

    - Quand on traite de la philosophie, on dit que l'une des formules principales du philosopher est "gnoti seauton". Qu'est-ce que ça signifie ? Réponse : "Connais-toi toi-même

    - Qui est le concepteur de la dialectique du maître et de l'esclave ? Réponse : Hegel

    - Qu'est-ce qu'une tautologie ? Réponse : "Dire deux fois la même chose", la répétition de deux expressions signifiant une chose identique

    - La philosophe Hannah Arendt a été la maîtresse d'un philosophe controversé. Qui est-il?  Réponse : Martin Heidegger 

    - Qu'est ce que l'ataraxie. Réponse : "La paix de l'âme"

    - Quel philosophe anglais est l'auteur de La Nouvelle Atlantide, roman sur l'île utopique Bensalem ?  Réponse : Francis Bacon

    - De quel philosophe anglais se sont inspirés les auteurs de la série Lost pour la création de l'un de leur personnage ? Réponse : John Locke

    - Qui a parlé de la religion comme d'une "névrose obsessionnelle de l'Humanité ?"  Réponse : Sigmund Freud

    - Quel philosophe est tourné en dérision dans Les Nuées ?  Réponse : Socrate

    - Qui a dit : "Les hommes se trompent en ce qu'ils se pensent être libres ?"  Réponse : Baruch Spinoza

    - Qui est l'auteur de la Lettre à Newcastle ?  Réponse : Descartes

    - Que signifie "Sapere aude" ? Réponse : "Aie le courage de te servir de ton propre entendement"

    - Avec quel compositeur et ami Friedrich Nietzsche s'est-il brouillé dans les dernières années de sa vie ?  Réponse : Richard Wagner

    - Quel philosophe français, romancier et homme politique révolutionnaire est l'auteur de l'ouvrage "Français, encore un effort !si vous voulez être Républicains" ?  Réponse : Le Marquis de Sade

    - Quel philosophe tchèque est le fondateur de la phénoménologie contemporaine et le concepteur de l'intentionnalité ?  Réponse : Edmund Husserl

    - Quel compositeur français est l'auteur de l'ouvrage lyrique Socrate ?  Réponse : Erik Satie

    - De qui d'Aristote a-t-il été le précepteur ?  Réponse : Alexandre Le Grand ?

    montaigne,socrate,onfray,platon,sartre,descartes,camus,hegel,wittgenstein,aristote,locke,bacon,foucault,arendt,heidegger,freud,spinoza,nietzsche,sade,husserlExceptionnellement, aucun sujet n'est proposé pour la prochaine séance.

    Claire remercie chaleureusement les personnes présentes et exprime sa fierté d'avoir pu participer avec Bruno à cette belle aventure du café philosophique de Montargis. Ce dernier remercie à son tour Claire pour son travail et son implication au sein du café philo.

    La première séance de la saison 7 sera fixée ultérieurement en septembre ou octobre 2015.

     

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"L'homme raisonnable est plus libre dans la cité où il vit sous la loi commune que dans la solitude où il n'obéit qu'à lui-même." [Baruch Spinoza]