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  • Spinoza :"Il n’est pas d’hommes qu’on juge moins propres à gouverner l’État que les philosophes"

    Les philosophes conçoivent les affections qui se livrent bataille en nous, comme des vices dans lesquels les hommes tombent par leur faute, c’est pourquoi ils ont accoutumé de les tourner en dérision, de les déplorer, de les réprimander, ou, quand ils veulent paraître plus moraux, de les détester. Ils croient ainsi agir divinement et s’élever au faîte de la sagesse, prodiguant toutes sortes de louanges à une nature humaine qui n’existe nulle part, et flétrissant par leurs discours celle qui existe réellement. Ils conçoivent les hommes en effet, non tels qu’ils sont, mais tels qu’eux-mêmes voudraient qu’ils fussent : de là cette conséquence, que la plupart, au lieu d’une éthique, ont écrit une satire, et n’ont jamais eu en politique de vues qui puissent être mises en pratique, la politique, telle qu’ils la conçoivent, devant être tenue pour une chimère, ou comme convenant soit au pays d’Utopie, soit à l’âge d’or, c’est-à-dire à un temps où nulle institution n’était nécessaire. Entre toutes les sciences, donc, qui ont une application, c’est la politique où la théorie passe pour différer le plus de la pratique, et il n’est pas d’hommes qu’on juge moins propres à gouverner l’État, que les théoriciens, c’est-à-dire les philosophes.

    Baruch Spinoza, Traité politique (1677)

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  • Compte-rendu du débat: "Les hommes ont-ils besoin d’être gouvernés?"

    Le café philosophique de Montargis se réunissait le 14 juin 2019 pour un débat portant sur le sujet : "Les hommes ont-ils besoin d’être gouvernés ?" La soirée commence par la diffusion d’un extrait du Seigneur des Anneaux ("Un anneau pour les gouverner tous").

    Un premier participant s’arrête sur quelques termes de ce sujet, a priori "sans objet" pour lui. Le terme "d’hommes", pour lui, est une traduction sujette à caution puisque les Anglais parlent de "human beings". Du reste, pourquoi ne pas parler aussi de "femmes", relate un animateur, en écho aux réactions qu’il a pu entendre. La question de l’espèce homo sapiens, qui a une dimension dans le temps et l’espace, laisse apparaître, dit ce premier intervenant, que l’homme a produit des systèmes sans gouvernement. Ou plutôt des êtres humains avec des modèles imparfaits. Que signifie gouverner ? Ne confond-on pas gouvernance et gouvernement ? La gestion ne l’est pas tout autant. Que signifie le gouvernement ? Est-il question de gouvernance étatique, de pouvoir ou d’autorité ? L’autorité peut aussi qualifier cette autorité qu’un homme de savoir peut avoir et qui peut m’être utile.
    Derrière ce sujet, il y a en effet, dit un animateur, la distinction entre gouverner et gérer, entre gouvernement et gouvernance. Étant donné que dans l’histoire il y a eu des communautés humaines qui ont semblé être sans gouvernement, la question interroge : ces communautés ne semblent pas vouées à disparaître ou à retourner dans un mode d’existence soumis à un certain gouvernement. N’y aurait-il besoin que ces communautés aient besoin d’une forme de gouvernement, après un passage accidentel et temporaire sans gouvernement. La question du débat de ce soir, assez classique philosophiquement, est en réalité intéressante car pleine de présupposés et de possibilités de discussions.

    Une participante parle de ce terme de besoin et de la forme passive du verbe gouverner ("être gouverné"), ce qui présuppose une forme de soumission (que notamment les femmes, ajoute-t-elle, ne veulent surtout plus !). Qu’en est-il du besoin ? Parle-t-on d’un besoin naturel ? 

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  • Compte-rendu du débat: "Le désir n'est-il que le manque?"

    Le café philo de Montargis se réunissait au Belman le vendredi 18 janvier 2019 pour un débat portant sur cette question : "Le désir n’est-il que le manque ?"

    Le désir, est-il dit pour commencer, est une forme d’idéalisation. Il naîtrait d’un fantasme et d’un inconscient qui pourrait nous commander. Le désir procéderait d’une tension et se porte sur un objet. Mais de quel objet parle-t-on ? D’une personne, d’un bien matériel ? En quoi donc, le désir viendrait-il d’un manque ?

    Une personne parle d’amour, "d’élégance dans son mode de vie", d’affection dans son environnement et de milliers de choses définissables. Des désirs sont atteignables, d’autres non. Certains sont raisonnables, ou pas. Parfois, nous pouvons être dans un prisme déformant, et le désir, par le manque qu’il provoque, nous rend vide, tendu et frustré. "Ce qu'on n'a pas, ce qu'on n'est pas, ce dont on manque, voilà l'objet du désir" écrivait Platon.
    Certains désirs pourraient-il être moins orientés sur le manque, qui seraient donc maîtrisés ? Cela peut être un désir sublimé.

    Beaucoup de désirs peuvent être une volonté orientée, par exemple dans le cadre d’un projet que l’on a souhaité mener. Cela peut être un désir intellectualisé, dans le domaine artistique par exemple.

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  • Compte-rendu du débat: "Tout doit-il être fait par passion?"

    Environ 40 participants étaient présents pour la séance du 23 mars au Belman, "Tout doit-il être fait par passion ?"

    La séance commence par la diffusion d’un court extrait de l’émission de Raphaël Enthoven, Philo, portant sur les passions. La séance commence par une question ouverte sur le thème du débat de ce soir mais aussi sur des exemples de passions. Finalement qu’est-ce qu’être passionné ? Un premier intervenant parle de ses passions pour les sciences astronomiques, physiques, électroniques, informatiques ou en intelligence artificielle. Être passionné c’est aller très loin dans ses actes et dans ses réflexions, dans tous les domaines. Il serait difficile d’avoir plusieurs passions dans sa vie, et toute sa vie. Cette personne parle de "beauté" en évoquant ses passions.

    Il y aurait plusieurs objets de passions, mais une forme d’"unité" dans cette passion. Ce dont il est question est bien de savoir si l’enjeu n’est pas dans l’objet de la passion. D’autre part, dans la question "Tout doit-il être fait par passion ?", il y a ce fameux "tout" globalisant à la fois notre énergie, notre temps et aussi, quelque part, cette multiplicité des passions, passées ou en devenir et comme autant de "champs de bataille à conquérir", comme l’a montré le premier intervenant.

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  • Compte-rendu de la séance "Ma liberté est-elle en danger?"

    Le café philo se réunissait le 15 décembre pour une séance qui portait sur le thème : "Ma liberté est-elle en danger ?" La séance se déroulait au café Le Belman.

    La liberté est un thème général, mais aussi un concept moderne. La séance commence par la diffusion d'un court extrait vidéo sur ce thème, un extrait mis en ligne sur ce lien.

    La définition de la liberté (de libertas, en latin) définit qu'est libre celui qui est non-esclave (emancipare) d'un autre. On est donc privés de liberté lorsque l'on est esclave. Par ailleurs, nous serions libres lorsque nous pourrions agir contre ce qui nous détermine. L'indépendance est également un concept-clé, tout comme le libre-arbitre et la volonté. L'autre liberté la plus visible est le libéralisme économique, qui permet de créer des richesses par-delà les frontières. La liberté de conscience, qui avait été décrit par Martin Luther, permet d'annoncer le libre examen des écritures de la Bible. La liberté morale est aussi le pouvoir de juger et d'apprécier. Il est rappelé que dans l'Antiquité, la liberté était vue comme quelque chose de collectif et non pas individuel. Il y a aussi ces notions de liberté d'ordre publique. Or, face à un Léviathan (Thomas Hobbes) chargé de protéger une collectivité, n'y a-t-il pas un viol de nos libertés ? La liberté ne serait-elle pas conditionnelle ?

    Après ce tour d'horizon rapide de cette notion de liberté, un premier participant reprend la question de départ : "Ma liberté est-elle en danger ?" Il apparaîtrait que la liberté, tout comme les notions d'égalité et de fraternité mises au fronton des mairies, seraient bien en danger et toujours à défendre. À la question de savoir qui met en danger ma liberté, s’en ajoute une autre : Comment savoir où s’arrête ma liberté ?

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    Lien permanent Catégories : =>Saison 9, Comptes-rendus des débats, [68] "Ma liberté est-elle en danger?", [71] Café philo à la médiathèque : Penser la mort Imprimer 0 commentaire Pin it!
  • Compte-rendu du débat "Suis-je l'auteur de ma propre vie ?"

    Le café philosophique de Montargis se réunissait le 24 mars 2017 à la Brasserie du Centre commercial de la Chaussée pour une séance portant sur cette question : "Suis-je l'auteur de ma propre vie ?" Environ 80 personnes étaient présentes pour cette 64e soirée de l'animation de la Chaussée.

    À partir de cette question, d'autres interrogations peuvent être formulées : qu'est-ce que j'entends par vie ? Puis-je être à la fois acteur et auteur de ma propre vie, faire comme si je pouvais en être spectateur et observateur ? La question de la conscience est également au cœur de ce sujet. Le sujet de ce soir n'est-il pas présomptueux ? se demandent les organisateurs du café philo. Pourquoi ne pas s'arrêter sur le terme de "vie" ? La "vie", à l'époque médiévale, c'est la vita, c'est-à-dire la vie des saints, ces hagiographies écrites par une personne tiers. Or, la question "Suis-je l'auteur de ma propre vie ?" peut s'appréhender sous cet angle. Je pourrais être moi-même l'auteur d'une vie (une vita), une création dont je serais sujet autant que créateur extérieur. Est-ce possible ?

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  • Compte-rendu du Café philo : "Peut-on rire de tout ?"

    Thème du débat : "Peut-on rire de tout?" 

    Date : 1er avril 2016 à la Brasserie du centre commercial de la Chaussée

    Le café philosophique de Montargis du 1er avril 2016 était consacrée, date oblige, au rire, avec ce sujet : "Peut-on rire de tout ?"

    La séance commence par une question posée à l’assistance : "Qu’est-ce qui vous fait rire et qu’est-ce qui ne vous fait pas rire ?" Face aux réponses obtenues, Bruno constate la diversité des réactions par rapport à ce qui nous fait rire. Le rire est connu de tous, universel et humain (Alphonse Allais avait eu son bon mot : "Le rire est à l’homme ce que la bière est à la pression"), mais le rire est aussi à géométrie variable. Mais il n’est pas partagé de la même manière. Ce comportement n’est pas uniforme. Ainsi les hommes politiques peuvent autant faire rire que l’inverse.

    Par rapport à la question de ce soir, "Peut-on rire de tout ?", d’emblée elle pourrait se lire ainsi : peut-on rire à tout moment de la journée dès que je me lève, tel Démocrite qui s’amusait de chaque instant, ou, d’autre part, est-ce que tous les sujets sont propre à faire rire ?

    Pour un participant, le rire est inattendu, un comportement subi qui provoque l’hilarité même dans les moments les plus inattendus – un colloque sérieux, un enterrement ou une chute par exemple, comme le dit Henri Bergson. Pour une autre participante, il existe aussi des situations où l’on force le rire jusqu’au fou rire. Il y a des écoles du rire, des thérapies grâce à ce comportement qui n’en est plus un : on provoque le rire artificiellement. Bruno parle du rire comme d’un comportement culturel mais aussi comme d’un comportement naturel, avec par exemple une expérience sur des singes pouvant être capable d’émettre ce que l’on peut qualifier de rires.

    Le rire peut avoir plusieurs fonctions, dit une participante : un exutoire, une manière de prendre du recul par rapport à une situation, une défense face à une difficulté, un moyen de désamorcer une situation, l’expression d’une joie, rire pour ne pas se dévoiler, un lien entre personnes, une expression de la nervosité. Le rire a des fonctions sociales.

    Le rire est une rupture, dit un intervenant : on se met dans une situation incongrue ou on dit le contraire de ce que notre discours pourrait prétendre. Le rire est une cassure du sérieux, ce qui peut être reproché aux comiques lorsqu’ils brocardent les hommes politiques dits "sérieux". Le rire a cette étiquette de ne pas être "raisonnable", au contraire du sérieux. Pour un intervenant, une satire répétée finit par perdre de son comique pour devenir une charge blessante. Claire souligne que la caricature a beau être drôle ou non, elle ne retire en tout cas de la liberté à personne. Je peux dessiner un prophète, cela n’empêchera pas des croyants de pratiquer leur religion. Par contre, si j’attaque un caricaturiste pour blasphème à ma religion, je restreint sa liberté d’expression.

    Est-ce que tout prête à rire ? est-il demandé en cours de débat. Le rire est communicatif, répond un intervenant, si bien que l’on peut rire de rien et de tout, en fonction de l’environnement. Un autre intervenant revient sur la question et s’interroge sur son ambiguïté : "Est-ce que l’on parle d’un rire spontané, d’un rire immédiat ou d’un rire provoqué par une situation ?" Un rire serait "un décalage" : je marche dans la rue très fière et, d’un coup, je m’entrave et moi, l’homme digne, je deviens comme une poupée mécanique. De là viendrait la situation risible, ce que Bergson montre en parlant du rire comme "d’une mécanique plaquée sur du vivant". Tout est-il à sujet à rire ? L’autre question derrière le titre du débat de ce soir est celle-ci : "Peut-on se moquer de tout ?" Peut-on se moquer de la misère, de la maladie, de la religion comme le fait Charlie Hebdo ? Ce rire intellectuel et ironique semblerait être "un rire d’exclusion" mais aussi un rire qui peut être "sain et nécessaire". C’est un rire qui a un côté discriminant, qui n’a pas ce côté spontané et universel. Une autre intervenante parle de ces rires néfastes, ceux des cours de récréation où le rire est un rire agressif et moqueur, qui peut d’ailleurs être contraint par la morale et la loi qui aurait tendance à dire que l’on ne peut pas rire de tout.

    Le rire peut en effet être jugé moralement en fonction de ce qui le motive, dit Claire. On est tous en capacité de rire de tout. "C’est une capacité humaine qui fait resplendir notre liberté d’expression". Spinoza faisait une distinction nette entre le rire pur plaisir et anodin et le rire découlant de la haine, de la méchanceté. Par exemple, je peux rire des handicapés, ce ne sera pas forcément motivé par la moquerie et la méchanceté. Le "mauvais rire" est celui, pervers, qui provoque le plaisir à faire souffrir l’autre. Or, se rend-on compte lorsque l’on fait souffrir les autres ? Est-ce que l’humour noir est motivé par ce désir de faire souffrir ? C’est peu probable. D’autre part, si rire est propre à l’homme (Aristote), est-ce que nous devrions restreindre tel ou tel à rire ? Claire souligne que si rire est le propre de l’humain, Bergson a souligné que l’homme rit de ce qui lui est propre : un paysage peut être laid ou beau, pour autant il ne sera pas risible ; par contre on peut rire d’un animal s’il présente des caractéristiques et/ou un comportement humain. On peut rire d’un objet, d’un chapeau par exemple, mais on ne rira pas du tissu de feutre mais de la forme que l’humain lui aura donné. Au final on rit toujours de l’humain, ce qui implique que tout le monde pourra se sentir jugé, que ce soit volontairement ou non. Un autre intervenant souligne que l’autodérision est peu répandue, sans doute parce qu’on se riant de nos problèmes on les dédramatise.

    Peut-on nous imposer des sujets délicats qui seraient risibles? Nous rions toujours aux dépends de quelqu’un. La personne caricaturée est à la fois la personne que nous connaissons et aussi un personnage que nous découvrons dont les traits ont été exagérés. Ce qui me fait rire ne fera pas forcément rire mon voisin. Il est là question de différences culturelles et de civilisations. Il est aussi question d’éducation qui peut diverger d’une personne à une autre même si le rire est a priori universel.

    Le sujet aussi, dit Bruno réside dans l’intention du rire. Quoi de commun entre les sketchs sur la Shoah par Pierre Desproges et les calembours de Jean-Marie Le Pen sur les chambres à gaz ? Ce qui est en jeu n’est pas en soi le rire ou son objet mais l’intention qu’on lui prête. Il est dit que le handicap peut tout à fait être traité avec humour, ne serait-ce par une personne elle-même handicapée. Mais rien n’empêche n’importe qui de faire de l’humour sur ce sujet lorsque cela est fait sans intention de blesser ou d’avilir. Cela peut aussi avoir pour objet de dédramatiser certains sujets, quand cela n’a pas une vocation de catharsis.

    Le rire pourrait aussi une manière autant élégante que pertinente d’aborder ces fameux sujets graves dont nous parlions : "Je me presse de rire de tout, de peur d’être obligé d’en pleurer" disait Beaumarchais. Charlie Chaplin a montré dans son œuvre cinématographique que son rire – accompagné bien souvent des larmes – avait la capacité de traiter et de sublimer des sujets importants. Un participant souligne qu’une société qui entend baliser voire restreindre le rire montre sans doute sa propre fragilité.

    Il semblerait qu’il y ait un rapport étroit entre le rire et le drame. "Peut-on rire de tout ?" Si l’on répond par la négative, on s’interdit de traiter de certains sujets de telle ou telle manière – la mort, le handicap, et cetera. Or c’est autour de ces choses graves et taboues que le rire surgit. Et ce sont ces sujets qui a priori prêteraient le plus à rire. Tout sujet est certes propre à rire, à la condition, dit une personne du public, que cela soit fait sans intention de nuire, de blesser. Mais est-ce possible ? Un humoriste est potentiellement visible par des millions de personnes, a fortiori avec les réseaux sociaux : tout sujet propre à rire seraient aussi susceptibles de blesser. N’est-ce pas se mettre des barrières lorsque l’on dit : "Je ne veux pas blesser" ?

    Il y a aussi la question publique ou privée : je peux m’autoriser dans l’intimité à rire de tout mais une fois dans une sphère publique, je vais cependant me refuser à exprimer mon hilarité sur tel ou tel sujet. Un intervenant s’interroge cependant : "Peut-on rire réellement tout seul ?" Le rire charrie avec lui une valeur essentielle : le partage. Pas de rire sans public – même s’il s’agit d’un public restreint ? "Le rire rassemble", réagit une personne du public.

    À l’exemple des primates, le rire a certainement une fonction sociale, réagit Bruno. Une étude de l’université de Portsmouth en 2003 sur 60 chimpanzés a établi que le rire simiesque était apparenté à un "outil de métacommunication, qui donne une information sur la relation [entre les singes]", par exemple signifier que si les coups sont échangés, c’est pour jouer, pas pour agresser" (Le Monde, 25 mars 2011). Le rire peut aussi avoir pour moyen, dit Claire, d’obtenir des hommes une conduite souhaitable car personne n’a envie d’être ridicule ni d’être l’objet de la risée de chacun. Le rire peut être aussi quelque part un moyen de "contrôle social", un ciment social pour contrôler la population.

    À ce sujet, le rire peut-il être militant ? Et qu’est-ce que ce "rire militant" ? Ce serait un un rire qui entendrait dénoncer, apporter un message, enlever le masque des hypocrites ou caricaturer les rois, les présidents et les puissants. C’est le rire du bouffon comme le rire des comiques modernes engagés. Gilles souligne que le rire a toujours gêné les religions. Dans la religion catholique, le rire a été longtemps proscrit, "car Jésus ne riait pas" (Umberto Eco). Les autorités laïques en sont venues à s’opposer aux ecclésiastiques jusqu’à s’entourer de bouffons, parfois célèbres : Triboulet sous Louis XII et François Ier, puis Brusquet ou Chico sous Henri III et Henri IV. Il y avait aussi une "école des fous" qui était une institution tout à fait sérieuse. Le rire trivial ou la satire avait une double fonction : amuser, distraire mais aussi révéler. Sans doute était-ce une forme de rire militant qui n’était d’ailleurs pas sans danger pour ces amuseurs publics (Brusquet n’a pas pu terminer sa carrière). Gilles signale qu’à Montargis, il y avait un bouffon célèbre de la cour de Renée de France, Pietro Gonella qui est mort de peur en simulant sa propre exécution.

    Le rire peut faire passer un message, est-il encore dit. L’humour peut être une arme pour attaquer et là est la limite avec la loi. Le problème de Dieudonné est celui non de l’humour mais de l’injure publique. Il est bien question d’intention dans le rire. Un autre humoriste peut nous éclairer : Pierre Desproges. Lorsqu’il fait son sketch sur les juifs ("On me dit que des juifs se sont glissés dans la salle… Ils peuvent rester…"), pourquoi ce sketch sarcastique a-t-il été accepté ? Parce que le public était averti. Desproges passait "un pacte humoristique" avec son public qui savait qu’il allait parler au deuxième degré. Il avait payé sa place pour rire. Par contre, lorsqu’Alain Soral, le militant d’extrême-droite, reprend ce sketch sur son site Internet, il le reprend au premier degré pour son public, dans une intention toute autre.

    Derrière la question "Peut-on rire de tout ?", il est question du pouvoir, de la capacité et de la censure. La question pourrait être celle-ci : "Rit-on de tout ?" On aurait envie de rire mais on s’autocensure : d’abord parce que le législateur contrôle le rire comme il nous contrôle en tant que citoyen. Pour contourner cette législation, nous avons mis en place plusieurs formes de rires : rires jaunes, rires francs, rires amers, et cetera.

    Dans la question "Peut-on rire de tout ?", il est question de légitimité. La liberté d’expression et de pensée – y compris dans le rire – est fondamentale. L’humour, par nature, est subversif et peut heurter les sensibilités. Or, quel est le rôle de la loi ? Est-il de protéger la liberté ou la servitude ? Puis-je interdire mon voisin de rire parce qu’il ne rit pas de la même chose que nous ? Une question se pose d’emblée : "Suis-je responsable de mon rire ?"

    Rire de tout, dit intervenant, dépend du lieu, de l’idéologie politique ou doxa dominante dans laquelle on se trouve (en France, la laïcité, le libéralisme économique et la démocratie) mais aussi le climat social. La question qui se pose à ce sujet est de savoir si l’on est "à cran ou pas à cran". La mauvaise répartition des richesses, la pauvreté ou les suicides des agriculteurs mettent des tensions dans le rire. La désinvolture peut-être la règle dans des milieux "protégés" mais ces aspects ne sont pas à négliger. Le rire peut amener des troubles à l’ordre public mais présumer des troubles potentiels jusqu’à interdire une représentation pose problème. Ce dont il est question est ici encore l’intention, mais comment prouver cette intention ? Qui décrète les intentions de Desproges, Dieudonné – ou des autres ? Il y a certes le talent de faire rire mais il y a aussi le talent de rire de tout. Tout est propre à rire, sans quoi le risque serait de brider notre liberté d’expression. Albert Pike disait : "La liberté d’opinion, la liberté d’expression, ne permettent pas que l’on interdise quoique ce soit même si cela nous heurte et froisse nos conviction ou si cela nous apparaît intolérable ou monstrueux. Sinon, la liberté n’excuse plus, elle disparaît. La dictature commence là où la liberté catégorielle ou sélective s’installe."

    A nous de ne pas brider le rire et au contraire de préférer au rire impertinent le rire pertinent et la raison dans le rire.

    La soirée se termine par le choix du sujet de la séance suivante, le 27 mai 2016. Quatre sujets sont proposés : "Aujourd’hui, ne faut-il s’étonner de rien ?", "Est-il bon de s’ennuyer ?", "L’homme est-il un loup pour l’homme ?" et "L’humanité est-elle vouée à disparaître ?" Le sujet choisi est : "Est-il bon de s’ennuyer ?" (titre définitif : "L’ennui : vice ou vertu ?")

     

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  • Spinoza : "la fin de l’État est en réalité la liberté"

    Suite aux attentats de Paris du 13 novembre, avec les explosions autour du Stade de France, les mitraillages dans les rues de Paris et l'attaque contre le Bataclan, il nous paraissait que ce texte de Spinoza donnait un éclairage philosophique aux événements que nous vivons.

    2048x1536-fit_place-republique-paris-16-novembre-2015.jpg"Ce n’est pas pour tenir l’homme par la crainte et faire qu’il appartienne à un autre, que l’Etat est institué; au contraire, c’est pour libérer l’individu de la crainte, pour qu’il vive autant que possible en sécurité, c’est-à-dire conserve aussi bien qu’il se pourra, sans dommage pour autrui, son droit naturel d’exister et d’agir. Non, je le répète, la fin de l’Etat n’est pas de faire passer les hommes de la condition d’êtres raisonnables à celles de brutes ou d’automates, mais au contraire, il est institué pour que leur âme et leur corps s’acquittent en sûreté de toutes leurs fonctions, pour qu’eux-mêmes usent d’une raison libre, pour qu’ils ne luttent point de haine, de colère ou de ruse, pour qu’ils se supportent sans malveillance les uns les autres. La fin de l’Etat est donc en réalité la liberté."

    Baruch Spinoza, Traité Théologico-politique (1670)

     

     

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  • Compte-rendu du café philosophique de Montargis : "De quoi sommes-nous responsables ?"

    Thème du débat : "De quoi sommes-nous responsables?" 

    Date : 2 octobre 2015 à la Brasserie du centre commercial de la Chaussée

    Bruno commence cette soirée et cette 51e séance par présenter aux 80 personnes présentes la nouvelle équipe qui s'est constituée après le départ de Claire Durand pour raisons personnelles. Bruno présente les deux animateurs qui vont l'accompagner pour cette première séance : d'abord, Gilles Poirier, un des plus fidèles du café philo, qui a suivi les séances depuis sa création. L'autre personne qui animera le premier débat de cette septième saison est Claire Bailly, qui a découvert récemment l'animation de la Chaussée et s'est lancée dans cette aventure. Pascal Weber, toujours fidèle au café philo, complète l'équipe de ce soir.

    Pour lancer le débat, un premier participant parle du titre de la séance "De quoi sommes-nous responsables ?" Cette question en appelle d'autres : "Comment philosopher et comment relativiser ? Comment définir la philosophie que l'on emprunte ? Comment définir le champ d'idée ?" Pour aller plus loin, un autre intervenant souhaite poser la question de la responsabilité d'un individu vis-à-vis d'une société avec ses lois ou vis-à-vis de son éthique propre.

    A ce sujet, Claire souhaite faire une distinction entre responsabilité civile et responsabilité morale. La responsabilité civile a ses limites, vis-à-vis de la loi : ce qui est légal et ce qui ne l'est pas. Il s'agit d'une responsabilité unique. La responsabilité morale est une notion abstraite car elle est propre à chaque individu. Elle déborde sur le champ de la conscience : quelqu'un va se sentir responsable d'un acte alors qu'une autre personne face à un même acte, ne se sentira pas responsable car elle n'a ni la même conscience, ni les mêmes valeurs.

    Gilles souhaite s'arrêter sur les définitions de la responsabilité (Le Robert) : "Qui doit réparer les dommages qu'il a causés par sa faute... Qui doit subir le châtiment par la loi". Responsable est à la fois un substantif et un adjectif. La deuxième acception est : "Qui doit rendre des comptes de ses actes ou de ceux d'autrui en vertu de la morale admise" La troisième signification est :"Qui est auteur, qui est la cause volontaire de quelque chose et en porte la responsabilité morale." La quatrième variante : celui qui est "chargé de", celui qui prend les décisions dans une organisation. La cinquième acception : "Qui est la cause et la raison suffisante de quelque chose". Et la sixième, qui est plus récente, est issue du terme anglais "responsible", à savoir "raisonnable", "réfléchi, "qui mesure les conséquences de ses actes, qui a une attitude raisonnable."

    Dans la notion de responsabilité il pourrait également être question d'instinct. Mes comportements pourraient être conditionnés par ces instincts qui mettent d'emblée la question de la responsabilité en questionnement. 

    Nous pourrions être responsables de tout ce que nous entreprenons, est-il encore dit. Nous sommes à 100 % responsables de ce que nous entreprenons si nous entreprenons à 100 % cette chose. Je peux être responsable d'un examen que je passe mais je ne suis pas à 100 % responsable de son résultat. Certains critères m'échappent qui sont de la responsabilité d'une tierce personne. Un autre exemple est pris : celui des accidents de la route qui peuvent être autant dû à des négligences et une forme d'irresponsabilité qu'à des facteurs autres qui me dédouaneraient, ou bien me donneraient quelques circonstances atténuantes. Pour cet intervenant, "tout le malheur du monde est le manque d'auto-responsabilité", à force de toujours chercher "les limites vis-à-vis d'autrui". Le contournement de la loi et le judiciaire utilisé à mauvais escient aurait tendance à permettre à tel ou tel de se déresponsabiliser vis-à-vis de la loi commune à tous.

    À travers ces interventions, dit Bruno, il apparaît que la notion de responsabilité est une notion vaste et sinueuse qui nous amène dans beaucoup de directions différentes : responsabilités vis-à-vis des autres, vis-à-vis de soi-même. Bruno revient au cœur de la question posée ce soir. La phrase "De quoi sommes-nous responsables ?" nous met en accusation. C'est une notion injonctive : la responsabilité a beaucoup à voir avec le pénal, alors que la responsabilité est beaucoup plus vaste. Bruno cite l'exemple d'une œuvre marquante de la littérature : Le Procès de Franz Kafka, dans lequel le personnage principal, Joseph K. (que l'on peut du reste identifier à l'auteur) est accusé de quelque chose dont le lecteur ne saura rien (voir cet extrait). Désigné responsable (puis coupable), un procès se déroule dans une ambiance mystérieuse, procès qui aboutira à une fin tragique. La responsabilité est là : c'est une notion forte et écrasante. Or, il apparaît qu'aujourd'hui nous sommes responsables de tout et de rien. La responsabilité est très vaste, illimitée, mais en même temps, nous pouvons nous sentir à maints égards irresponsables de ce qui peut nous arriver. Un participant cite l'exemple de la famille qui induit une responsabilité à l'égard de ses enfants, de ses proches, de ses parents. La responsabilité est engagée dès lors qu'il y a un conflit. Les enjeux sociaux nous engagent, jusqu'au conflit : "Nous avons la responsabilité d'être un être humain". Mais être responsable, dans l'acception courate, c'est assumer sa liberté même si cela peut être difficile voire "chiant" ! Être responsable, ce serait "répondre" en conscience – plutôt que "réagir" – à une situation, fruit certainement d'un héritage plus ou moins imposant. 

    La responsabilité a souvent avoir, dit une intervenante, avec la notion de responsabilité civile et la notion de culpabilité. Or, être responsable ce n'est pas forcément être coupable (voir ce lien). Cela pervertit même le sens de responsabilité, qui doit contenir une acception "civilisatrice", tel le Petit Prince qui doit être responsable de sa rose car il l'a apprivoisée (Saint-Exupéry). Dans l'étymologie, le mot responsabilité vient de l'expression "répondre à" : on répond de nos choix plutôt qu'on les assume. C'est une philosophie personnelle qui nous engage face aux autres.

    Encore faut-il que nous soyons de fait en état d'être responsables. Bruno évoque à ce sujet la psychanalyse. L'inconscient peut nous dicter via des lapsus, des actes manqués, des vérités qui nous dépassent. La psychanalyse tend depuis Freud à baliser le champ de cet inconscient qui nous contraint ("Le Moi n'est plus maître dans sa propre maison"). 

    L'homme a une conscience réfléchie, dit une autre intervenante, et la notion de choix est capitale pour comprendre celle de responsabilité. Il n'y a pas de responsabilité s'il n'y a pas de liberté et de choix. Claire fait un point étymologique sur le mot "responsabilité" qui vient du latin "respondere" qui veut dire "se porter garant de" et du mot "sponsio" qui veut dire "promesse". Donc, au final, la responsabilité est littéralement "assumer ses choix". Pour qu'il y ait responsabilité, il faut qu'il y ait deux fondements : la liberté et la conscience. Je dois donc me poser cette double question : est-ce que je suis libre de mon choix et est-ce que je suis conscient de mon choix ? Claire prend l'exemple de l'ivrogne et du somnambule. L'un et l'autre sont dans la rue, l'un est endormi et l'autre est ivre. Or, chacun fait tomber par inadvertance une personne dans l'eau qui se noie. La question à se poser est : sont-ils responsables ? Les deux personnes sont toutes les deux inconscientes, l'un à cause du sommeil, l'autre à cause de l'alcool. Or, c'est là que la notion de liberté prend son sens : l'ivrogne avait le choix de cette inconscience alors que le somnambule ne l'était pas. Parler de liberté nous renvoie à Sartre : L'homme est "condamné à être libre". Cette phrase apparaît de manière négative. La liberté n'est pas si douce. Elle est une angoisse d'avoir des choix constants à faire et de ne pas être acteurs des événements qui nous contraignent. N'être pas passifs nous impose. Nous sommes libres de faire nos choix. On ne naît pas libre, réagit une personne du public, mais nous avons la possibilité de le devenir. 

    Un intervenant intervient sur cette notion de responsabilité qui peut être à la fois enivrante (être responsable d'une entreprise, par exemple) et parfois vaine ("on n'est responsables de rien"), tant le déterminisme nous contraint. Nous agissons face à, la nécessité (Spinoza), en accord avec la mouvance sociale autour de nous, de notre passé et de notre héritage, d'autrui également. La responsabilité est une question dialectique.

    Bruno cite Épictète : "Il y a ce qui dépend de nous, il y a ce qui ne dépend pas de nous. Dépendent de nous l’opinion, la tendance, le désir, l’aversion, en un mot toutes nos œuvres propres ; ne dépendent pas de nous le corps, la richesse, les témoignages de considération, les hautes charges, en un mot toutes les choses qui ne sont pas nos œuvres propres." Bruno revient sur la notion de responsabilité juridique, déjà débattue : un tribunal civil ou pénal punit un acte commis, plutôt que putatif, comme le disait Hans Jonas : un acte doit être exécuté pour être puni.

    Pour un autre intervenant, l'histoire impose que la notion de responsabilité ait évolué avec te temps, en plus d'être tributaire de cultures différentes : on a pu parler de responsabilité imposée par le cosmos, puis sous l'angle des religions, avant d'apporter la conscience et la connaissance humaine avec la démocratie et le droit positif. Un intervenant parle de la notion d'héritage. Il se pourrait aussi que nous devions répondre de nos actions devant deux sortes de tribunaux : le civil (mais quelle est la légitimité d'un village mettant en accusant tel ou tel, comme dans le film Coup de Chaud ?) et notre conscience morale, si tant est que celle-ci n'a pas été "dégénérée", à l'exemple de ces marchands d'arme continuant leurs affaires sans état d'âme.

    Aux propos d'une dame parlant de la notion de responsabilité historique de la seconde guerre mondiale pesant sur les épaules des jeunes générations allemandes, Bruno pose la question de savoir si on peut différencier responsabilité individuelle et responsabilité collective. Pour un intervenant, les deux termes sont en interaction entre le je et le tu ou entre le nous et le vous. Cette notion de culpabilité collective, voire de péché originel, semblerait peser lourdement dans les consciences, comme si la culpabilité de nos aïeux devait être portée par les générations suivantes. Bruno cite le film Amnesia, qui raconte l'histoire d'une femme allemande qui refuse son passé, sa langue et sa culture, en raison de cette responsabilité collective insupportable. Or, cette notion semblerait inadéquate. Hannah Arendt, qui a suivi le procès d'Adolf Eichmann, établit que la responsabilité collective n'a aucun sens, et en tout cas elle n'est pas moralement établie si je n'ai pas accompli d'actes : "Deux conditions doivent être présentes pour qu'il y ait responsabilité collective : je dois être tenu pour responsable de quelque chose que je n'ai pas fait et la raison expliquant ma responsabilité doit être ma participation à un groupe (un collectif) qu'aucun acte volontaire de ma part ne peut dissoudre, c'est-à-dire une participation qui n'a rien à voir avec un partenariat commercial, que je peux dissoudre à volonté. La question de la "faute en groupe par complicité" doit être laissée en suspens parce que toute participation est déjà non déléguée. Cette forme de responsabilité est selon moi toujours politique, qu'elle prenne la forme ancienne où toute une communauté se juge responsable de ce que l'un de ses membres a fait ou bien si une communauté est tenue pour responsable de ce qui a été fait en son nom.

    Claire revient sur la responsabilité civile qui a pour principe de mettre une limite à nos actes afin de maintenir une certaine cohésion sociale, avec le risque de se déresponsabiliser en pointant du doigt autrui ou un groupe. Sartre disait ceci : "L'homme qui se croit déterminé se masque sa responsabilité". Comment alors, se demande Bruno, être responsable dans un monde complexe, multi-connecté avec beaucoup de choses qui nous échappent ? Pour une participante, le degré de responsabilisation n'est pas uniforme d'un individu à un autre, surtout dans un monde de plus en plus vaste, et avec des élites de plus en plus puissantes et souvent impunies. La contrainte sociale semblerait nous déresponsabiliser : "Soyez le changement que vous voudriez voir dans le monde" invitait Gandhi pour une prise de conscience générale. Seulement, "comment aimer un monde qui n'est pas aimable" et comment imposer sa responsabilité dans des sociétés où l'individu a du mal à se faire entendre ?

    De là, Gilles évoque le danger d'une déresponsabilisation sociale due à un amoncellement de lois. Le philosophe, sociologue et historien Cornelius Castoriadis (voir aussi ce lien) ne dit pas autre chose lorsqu'il stigmatise ce déficit en responsabilisation : "Il y a donc une contre-éducation politique. Alors que les gens devraient s’habituer à exercer toutes sortes de responsabilités et à prendre des initiatives, ils s’habituent à suivre ou à voter pour des options que d’autres leur présentent. Et comme les gens sont loin d’être idiots, le résultat, c’est qu’ils y croient de moins en moins et qu’ils deviennent cyniques." Le cynisme semblerait être un aboutissement à cette déresponsabilisation. Bruno rappelle que le cynisme vient du grec kunikos, chien : "ceux qui déchiquettent les opinions", qui se mettent à l'écart de la société - tel Diogène - par déception, indignation et apathie. 

    En tout état de cause, avance un autre intervenant, il semblerait que ce soit la responsabilité qui structure l'être humain, avec une obligation morale d'assumer ses actes. À ce sujet, un proverbe portugais dit ceci : "Nos malheurs entrent toujours par des portes que nous ouvrons". La notion de liberté et de choix est toujours présente. Cependant, penser que tous nos actes nous engagent et engagent la vie peut vite "rendre la vie impossible", et cela pourrait nous tétaniser. La philosophie pratique ne devrait-elle pas nous imposer une ataraxie, à la manière d’Épicure ? Sans doute, faudrait-il plutôt tenter de ne pas créer de malheur. "Un homme ça s'empêche" disait Albert Camus : pourquoi ne chercherions-nous pas, modestement, "à éviter de faire plutôt qu'à chercher à faire" ? 

    Une personne du public revient sur l'acception religieuse de la responsabilité, en rappelant qu'il a été un moment question de péché originel. Elle fait référence à l'encyclique Laudato Si du pape François sur l'environnement et sur les conséquences de nos actions, et de celles des entreprises prévaricatrices du milieu naturel - non sans notre complicité. L'homme n'a pas à être un pion irresponsable, dit-elle encore, mais un "maillon intégré dans le système" pour évaluer le bout de la chaîne, qui sont les milliards d'êtres humains qui n'ont ni eau, ni nourriture, ni électricité. Ces propos, dit Bruno, font écho au philosophe Hans Jonas qui a écrit un ouvrage de référence, Le Principe Responsabilité (voir aussi ce lien)Jonas répondait, en quelque sorte, à cette citation provocatrice de David Hume : "Je peux préférer la destruction du monde à une égratignure sur mon doigt". Jonas pose le principe de responsabilité devant la nature, avec une nouvelle éthique. Le philosophe nous met face à des choix moraux. Devant le futur (même si le terme de "génération future" est mis à toutes les sauces), Jonas nous parle de la nécessité d'avoir peur. Une peur non pas aliénante mais qui devient valeur positive, source de connaissance plutôt que d'aveuglément (car "nous sommes responsables de notre ignorance", comme le dit un autre intervenant). Jonas parle de nouveaux impératifs catégoriques de la responsabilité : "Agis de telle sorte que les effets de ton action soient compatibles avec la permanence d'une vie authentiquement humaine sur terre ; agis de telle sorte que les effets de ton action ne soient pas des destructeurs pour la possibilité future d'une telle vie ; Ne compromet pas les conditions de la survie indéfinie de l'humanité sur terre..." Nous sommes face à une responsabilité individuelle pour faire des choix qui engagent l'humanité toute entière, en sachant que nous pouvons être responsables de nos inactions et de nos silences. L'injonction kantienne "Tu peux donc tu dois" se transforme chez Jonas en un "Tu dois donc tu peux"! (voir aussi ce lien)

    L'engagement, on le voit, est au centre de cette notion de responsabilité. Gilles cite à ce sujet Toni Negri, qui s'adresse à chacun d'entre nous : "Chaque fois que l'on fait quelque chose, on en accepte la responsabilité. Cette action vit pour toujours dans l'éternité. Il n'y a pas de renvoi de responsabilité. Chacun de nous est responsable de sa singularité, de son présent, de l'intensité de sa vie, de la jeunesse et de la vieillesse qu'il y investit. Et c'est l'unique moyen d'éviter la mort. Il faut saisir le temps, le tenir, le remplir de responsabilité."

    Bruno considère en conclusion que derrière chaque responsabilité, il y a un acte, un choix, de courtes décisions que l'on prend à certains moments de notre vie. Ce sont des décisions pour autant capitales car elles mettent en jeu notre passé, celui de nos aïeux, celui de notre inconscient (assez peu évoqué au cours de cette séance), notre monde et autrui (l'existentialisme). Et ces enjeux nous conduisent à nous porter vers le monde, vers la transformation du monde, voire à le réparer comme le conceptualise la philosophie du Care (Carol Giligan, Michael Slote ou Sandra Laugier). La réparation est souvent évoquée dans le cadre judiciaire. Elle peut l'être dans le cadre environnemental, sociétal ou économique. C'est de l'ordre de notre responsabilité individuelle, l'individu étant devenue la norme dans nos sociétés car "de notre position de sujet, nous sommes toujours responsables" (Jacques Lacan). Êtres fondamentalement libres, nous sommes invités à nous engager, ce qui est une responsabilité écrasante, comme on peut le voir dans Le Procès de Kafka ou chez un personnage comme Hamlet. Pour autant qu'elle soit lourde, cette responsabilité est noble : "La responsabilité demande du courage parce qu'elle nous place à la pointe extrême de la décision agissante" (Vladimir Jankélévitch).

    La séance suivante aura lieu le vendredi 6 novembre à 19 heures. Il s'agira d'une séance exceptionnelle puisque le débat intitulé "Œil pour œil, dent pour dent", sur le thème de la vengeance, sera co-animé en présence de Catherine Armessen

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  • Compte-rendu de la 50e séance : "la philosophie a-t-elle une quelconque utilité?"

    Thème du débat : "La philosophie a-t-elle une quelconque utilité ?" 

    Date : 19 juin 2015 à la Brasserie du centre commercial de la Chaussée

    Le vendredi 19 juin 2015, le café philosophique de Montargis se réunissait à la Brasserie du Centre commercial de la Chaussée pour sa 50e séance, et aussi la dernière de sa saison 6. À cette occasion, le débat proposé, et choisi par les participants de la séance précédente, portait sur cette question: "La philosophie a-t-elle une quelconque utilité ?"

    Au préalable, Bruno rappelle la genèse et les grands événements qui ont marqué les six années et les 50 séances du café philo. Il insiste sur la naissance mouvementée de l'animation de la Chaussée, ses débuts difficiles, les sujets polémiques qui ont émaillé son histoire (Dieu, la mort ou... le Père Noël), la fierté des animateurs et médiateurs de voir l'engouement autour du café philo mais aussi les émissions de radio "La Philosophie au Comptoir" (en 2014) qui ont marqué le café philosophique de Montargis.  

    Pour lancer le débat, outre le sujet du débat de ce soir, "La philosophie a-t-elle une quelconque utilité ?" Bruno pose aux participants deux autres questions : "Fait-on de la philosophie lors d'un café philo ?" et "Que venez-vous faire ici, au café philo ?"

    Un premier intervenant réagit en citant Michel de Montaigne pour justifier l'utilité de la philosophie : "Philosopher c'est apprendre à mourir". Pour lui, alors que le débat sur la la fin de vie fait des remous, la philosophie semble avoir une très grande utilité. Claire rebondit sur cette intervention. Il y a une distinction entre utilité et nécessité, dit-elle, car, souvent, on a tendance à commettre un abus de langage : on considère comme utile ce qui est nécessaire, or ce n'est pas le cas. L'utilité vise "l'outil". La question peut donc se poser ainsi : est-ce que la philosophie mène à quelque chose ? Et si la philosophie est un outil, quelle est sa finalité ?   

    Pour un autre intervenant, la philosophie a une utilité indéniable ; encore faut-il savoir de quelle philosophie l'on parle : il peut y avoir autant des courants de pensées hermétiques peu appréciés que des pratiques philosophiques, plus terre-à-terre, pragmatiques et qui peuvent intéresser tout un chacun. Finalement, cette dernière intervention pose cette question : la philosophie est un moyen pour faire quoi ? La philosophie, qui est étymologiquement l'amour de la sagesse, trouve sa finalité dans l'apprentissage de la mort et dans l'orientation de ses actions pratiques afin de réfléchir à certains sujets pour ensuite les vivre, et vivre mieux ("Nous vivre mieux") . L'amour de la sagesse n'est pas l'amour du savoir. Le sage n'est pas celui qui sait tout mais plutôt "celui qui ne sait rien" (Socrate). Dès lors, philosopher c'est sans doute commencer à s'interroger et remettre en question ce qui fait notre existence et notre identité. Au sein du café philo, chacun réfléchit à comment agir, avec la morale, à l'orientation pratique de notre vie, de nos actions, ici et maintenant.

    Au sein du café philo, la question est bien de savoir si dans le cadre des débats on est dans un moyen d'atteindre ces objectifs philosophiques. Michel Onfray refuse par exemple d'admettre que l'on philosophe au sein d'un café philosophique. Une intervenante réagit en regrettant la durée des séances : souvent, un deuxième débat pourrait être utile, remarque-t-elle, tant les questions appellent d'autres questions et aussi des demandes d'approfondissements. Bruno ajoute toutefois que les animateurs sont là pour susciter des questions et pas d'apporter des réponses comme le feraient des gourous de sectes ! Philosopher, comme le dit une participante, "c'est exploiter la capacité que l'humain a de se poser des questions auxquelles il ne peut pas répondre". C'est aussi un échappatoire à l'uniformité des discussions triviales, afin d'éviter "la stagnation de l'esprit".

    La philosophie ne consiste pas à apporter des solutions abouties à des questions posées, réagit un participant. Pour Claire, les philosophes dits "systématiques" ont pour rôle de répondre à des questions. Le café philo, dans ce sens, est "non-philosophique", dans le sens où le café philo n'apporte pas des éléments pour répondre à des questions. Pour autant, nous pourrions dire qu'au sein du café philo nous pratiquons un "philosopher", dans le sens où le café philo sert à cheminer dans une pensée. Certaines interventions nous renvoient d'autres pensées. "La pratiques collective" de la réflexion est en effet un élément capital, réagit une autre personne du public car cela peut peut permettre d'approfondir des sujets. Par toutes nos expériences, réagit une autre participante, par nos différences, "mettre en commun nos idées, les confronter à l'exemple de la maïeutique (Platon), ce n'est pas nous permettre d'avoir tous la même mais d'avoir tous la nôtre."

    Une participante s'exprime ainsi : "La philo n'est ni dans l'action ni dans la morale mais Jean-Paul Sartre a dit qu'elle nous apprenait à être libre et responsable de nos actes". La philosophie a bien une utilité, affirme un intervenant : même si elle n'est pas poussée, elle nous permet de côtoyer des gens différents, de s'exprimer, d'échanger dans le respect, de se frotter à la réalité et d'affiner ses opinions au contact des autres. La philosophie antique, dans l'agora, est, quelque part, ressuscitée au sein des cafés philos – qui pourraient aussi bien se passer dans d'autres lieux publics.   

    La réflexion collective permettrait de passer de l'opinion, qui est de l'ordre de la représentation individuelle, à l'idée, qui est collective. L'idée est forte de justification et l'altérité, en apportant la contradiction à notre opinion, permet d'asseoir notre jugement grâce aux arguments et presque en savoir. Claire rappelle que la différence entre le croire et le savoir n'est pas tant la véracité de la représentation mais c'est dans le fait que le croire est une représentation qui est tenue pour vraie sans capacité de la justifier alors que le savoir implique qu'une représentation est tenue pour vraie car il existe des justifications, des raisons d'être. On peut se sentir un peu plus fort de ses principes si un philosophe vient à notre rescousse ("Descartes l'a dit...") ou si la confrontation avec les idées collectives et les opinions d'autrui viennent appuyer ce que je peux penser. "Les débats philosophiques permettent de s'enrichir au niveau de l'être.

    L'utilité cathartique du café philo est également avérée : prendre la parole, s'approprier un micro ("un bâton de parole") et confronter ses idées avec celles des autres est au cœur de nos débats. Le café philo peut être aussi une pratique de la démocratie, dans un cercle de citoyens différents, de tous âges. Jean-Pierre Vernant affirme d'ailleurs que la raison naît dans le cadre de la naissance de la première cité démocratique grecque. Or, dans cette société, deux groupes de pensées s'opposent : les "instituteurs de la République" – les sophistes – qui visent à apprendre aux citoyens à parler et qui visent l'utilisation d'un langage pour s'exprimer. Dès lors, l'objectif pour ces sophistes est d'apprendre à parler bien plutôt que de parler vrai. Or, contre eux, les philosophes vont s'insurger, et parmi eux, Socrate. Pour ces philosophes, parler bien c'est utiliser le langage en l'enlevant de sa sa valeur. Celui qui ne chercher que la communication et la beauté le rend caduc car l'homme doué de langage se doit de chercher la vérité. Le philosophe ne va pas chercher de réponse mais il va s'interroger sans cesse pour nuancer et s'approcher de la réalité et de la vérité.  

    Un participant nuance ces propos : est-ce que pour parler vrai il ne faut pas parler bien ? Cette question fait aussi référence à un précédent débat : "Le langage trahit-il la pensée ?" Pour Michel Onfray, justement, dans la philosophie il y a une forme d'académisme et d'exigence. Michel Onfray ne dénie pas l'utilité démocratique des cafés mais ils sont pour lui plus "citoyens" que "philosophiques". Philosopher implique des bases, des lectures, des connaissances, l'acquisition de lettres de noblesse (parler correctement). Certains philosophes inaccessibles peuvent du reste se targuer d'être inaccessibles. Certains auteurs peuvent être lisibles et claires (Albert Camus) ; d'autres hermétiques (Critique de la Raison Pure de Hegel ou L'Être et le Néant de Sartre). Ces problèmes de compréhension apparaissent comme susceptible de dénaturer la pensée philosophique affirme Ludwig Wittgenstein ("Ce dont on  ne peut pas parler, il faut le taire"). Il y a aussi cette idée que la philosophie touche aux hautes sphères de l'intellect (la métaphysique par exemple) et peut donc faire fuir une grande partie de la population. Le café philosophique de Montargis a, par contre, eut très vite pour ambition d'amener la philosophie dans la Cité et de la rendre accessible 

    Un participant rappelle l'étymologie de "philosophie", qui est "l'amour de la vérité". On est philosophe non pas quand on détient la vérité mais lorsqu'on la recherche. Au sein, Un café philosophique qui a pour objectif de rechercher – avec curiosité – la vérité fait donc, n'en déplaise à Michel Onfray, de la philosophie.   

    Claire conclut cet échange par deux citations. La première est de Platon : "Sans raisonnement, tu mèneras l'existence non pas d'un homme mais d'une éponge ou de ces êtres marins qui habitent dans des coquillages" (Philète). Descartes, lui, affirmait dans Principes de la Philosophie (Préface) : "C'est précisément avoir les yeux fermés, sans jamais tâcher de les ouvrir, que de vivre sans philosopher."  

    La seconde partie de ce 50e café philosophique est consacré à un blind-test, un jeu proposé à l'assistance que le café philo avait proposé par le passé :

    - Qu'est-ce que la maïeutique ? Réponse : l'art d'accoucher les esprits, les âmes (Socrate)

    - Qui a écrit le Tractatus logico-philosophicus ? Réponse : Ludwig Wittgenstein

    - Pourquoi appelle-t-on les disciples d'Aristote les Péripatéticiens ? Réponse : parce que dans le peripatos grec, le "promenoir" littéralement, les philosophes du Lycée d'Aristote philosophaient en marchant. On les appelait donc les péripatéticiens.

    - Qui a parlé de l'homme comme d'"une invention récente" ? Réponse : Michel Foucault

    - Quand on traite de la philosophie, on dit que l'une des formules principales du philosopher est "gnoti seauton". Qu'est-ce que ça signifie ? Réponse : "Connais-toi toi-même

    - Qui est le concepteur de la dialectique du maître et de l'esclave ? Réponse : Hegel

    - Qu'est-ce qu'une tautologie ? Réponse : "Dire deux fois la même chose", la répétition de deux expressions signifiant une chose identique

    - La philosophe Hannah Arendt a été la maîtresse d'un philosophe controversé. Qui est-il?  Réponse : Martin Heidegger 

    - Qu'est ce que l'ataraxie. Réponse : "La paix de l'âme"

    - Quel philosophe anglais est l'auteur de La Nouvelle Atlantide, roman sur l'île utopique Bensalem ?  Réponse : Francis Bacon

    - De quel philosophe anglais se sont inspirés les auteurs de la série Lost pour la création de l'un de leur personnage ? Réponse : John Locke

    - Qui a parlé de la religion comme d'une "névrose obsessionnelle de l'Humanité ?"  Réponse : Sigmund Freud

    - Quel philosophe est tourné en dérision dans Les Nuées ?  Réponse : Socrate

    - Qui a dit : "Les hommes se trompent en ce qu'ils se pensent être libres ?"  Réponse : Baruch Spinoza

    - Qui est l'auteur de la Lettre à Newcastle ?  Réponse : Descartes

    - Que signifie "Sapere aude" ? Réponse : "Aie le courage de te servir de ton propre entendement"

    - Avec quel compositeur et ami Friedrich Nietzsche s'est-il brouillé dans les dernières années de sa vie ?  Réponse : Richard Wagner

    - Quel philosophe français, romancier et homme politique révolutionnaire est l'auteur de l'ouvrage "Français, encore un effort !si vous voulez être Républicains" ?  Réponse : Le Marquis de Sade

    - Quel philosophe tchèque est le fondateur de la phénoménologie contemporaine et le concepteur de l'intentionnalité ?  Réponse : Edmund Husserl

    - Quel compositeur français est l'auteur de l'ouvrage lyrique Socrate ?  Réponse : Erik Satie

    - De qui d'Aristote a-t-il été le précepteur ?  Réponse : Alexandre Le Grand ?

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    Claire remercie chaleureusement les personnes présentes et exprime sa fierté d'avoir pu participer avec Bruno à cette belle aventure du café philosophique de Montargis. Ce dernier remercie à son tour Claire pour son travail et son implication au sein du café philo.

    La première séance de la saison 7 sera fixée ultérieurement en septembre ou octobre 2015.

     

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  • LES SUJETS DE PHILOSOPHIE PROPOSÉS CETTE ANNÉE AU BAC

    tocqueville,cicéron,spinozaLes sujets du bac S

    - "Une œuvre d'art a-t-elle toujours un sens ?"

    - "La politique échappe-t-elle à une exigence de vérité ?"

    Les élèves ont aussi été invités à réfléchir sur un texte de Cicéron :

    "Comment peut-on prévoir un événement dépourvu de toute cause ou de tout  indice qui explique qu'il se produira ? Les éclipses du soleil et de la lune sont  annoncées avec beaucoup d'années d'anticipation par ceux qui étudient à l'aide de calculs les mouvements des astres. De fait, ils annoncent ce que la loi naturelle réalisera. Du mouvement invariable de la lune, ils déduisent à quel moment la lune, à l'opposé du soleil, entre dans l'ombre de la terre, qui est un cône de ténèbres, de telle sorte qu'elle s'obscurcit nécessairement. Ils savent aussi quand la même lune en passant sous le soleil et en s'intercalant entre lui et la terre, cache la lumière du soleil à nos yeux, et dans quel signe chaque planète se trouvera à tout moment, quels seront le lever ou le coucher journaliers des différentes constellations. Tu vois quels sont les raisonnements effectués par ceux qui prédisent ces événements.

    Ceux qui prédisent la découverte d'un trésor ou l'arrivée d'un héritage, sur quel indice se fondent-ils ? Ou bien, dans quelle loi naturelle se trouve-t-il que cela arrivera ? Et si ces faits et ceux du même genre sont soumis à pareille nécessité, quel est l'événement dont il faudra admettre qu'il arrive par accident ou par pur hasard ? En effet, rien n'est à ce point contraire à la régularité rationnelle que le hasard, au point que même un dieu ne possède pas à mes yeux le privilège de savoir ce qui se produira par hasard ou par accident. Car s'il le sait, l'événement arrivera certainement ; mais s'il se produit certainement, il n'y a plus de hasard ; or le hasard existe : par conséquent, il n'y a pas de prévision d'événements fortuits."

    Cicéron, De la divination (Ier siècle avant J.-C.)

    Les sujets du bac ES

    - "La conscience de l'individu n'est-elle que le reflet de la société à laquelle il appartient?"

    - "L'artiste donne-t-il quelque chose à comprendre ?"

    Le commentaire de texte porte sur un extrait de Spinoza :

    "Dans un Etat démocratique, des ordres absurdes ne sont guère à craindre, car il est presque impossible que la majorité d’une grande assemblée se mette d’accord sur une seule et même absurdité. Cela est peu à craindre, également, à raison du fondement et de la fin de la démocratie, qui n’est autre que de soustraire les hommes à la domination absurde de l’appétit et à les maintenir, autant qu’il est possible, dans les limites de la raison, pour qu’ils vivent dans la concorde et dans la paix. Ôté ce fondement, tout l’édifice s’écroule aisément. Au seul souverain, donc, il appartient d’y pourvoir ; aux sujets, il appartient d’exécuter ses commandements et de ne reconnaître comme droit que ce que le souverain déclare être le droit. Peut-être pensera-t-on que, par ce principe, nous faisons des sujets des esclaves ; on pense en effet que l’esclave est celui qui agit par commandement et l’homme libre celui qui agit selon son caprice. Cela cependant n’est pas absolument vrai ; car en réalité, celui qui est captif de son plaisir, incapable de voir et de faire ce qui lui est utile, est le plus grand des esclaves, et seul est libre celui qui vit, de toute son âme, sous la seule conduite de la raison."

    Baruch Spinoza, Traité théologico-politique (1670)

    Les sujets du bac L

    - "Respecter tout être vivant, est-ce un devoir moral ?"

    - "Suis-je ce que mon passé a fait de moi ?"

    Le commentaire de texte porte sur un extrait de Alexis de Tocqueville :

    "Les croyances dogmatiques sont plus ou moins nombreuses, suivant les temps. Elles naissent de différentes manières et peuvent changer de forme et d’objet ; mais on ne saurait faire qu’il n’y ait pas de croyances dogmatiques, c’est-à-dire d’opinions que les hommes reçoivent de confiance et sans les discuter. Si chacun entreprenait lui-même de former toutes ses opinions et de poursuivre isolément la vérité dans des chemins frayés par lui seul, il n’est pas probable qu’un grand nombre d’hommes dût jamais se réunir dans aucune croyance commune. 

    Or, il est facile de voir qu’il n’y a pas de société qui puisse prospérer sans croyances semblables, ou plutôt il n’y en a point qui subsistent ainsi ; car, sans idées communes, il n’y a pas d’action commune, et, sans action commune, il existe encore des hommes, mais non un corps social. Pour qu’il y ait société, et, à plus forte raison, pour que cette société prospère, il faut donc que tous les esprits des citoyens soient toujours rassemblés et tenus ensemble par quelques idées principales ; et cela ne saurait être, à moins que chacun d’eux ne vienne quelquefois puiser ses opinions à une même source et ne consente à recevoir un certain nombre de croyances toutes faites. 

    Si je considère maintenant l’homme à part, je trouve que les croyances dogmatiques ne lui sont pas moins indispensables pour vivre seul que pour agir en commun avec ses semblables."

    Alexis de Tocqueville, De la Démocratie en Amérique (1840)

    Le café philosophique que l'un de nos derniers débats s'intéressait lui aussi à l'un des sujets proposés : "Suis-je ce que le passé fait de moi ?" Voir le compte-rendu de cette séance ici.

     

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  • COMPTE-RENDU DE LA SÉANCE : "FAUT-IL TOUT FAIRE POUR ÊTRE HEUREUX ?"

    Thème du débat : "Faut-il tout faire pour être heureux ?" 

    Date : 12 décembre 2014 à la Brasserie du centre commercial de la Chaussée

    Le café philosophique de Montargis se réunissait le 12 décembre 2014 pour un débat portant sur cette question : "Doit-on tout faire pour être heureux ?" Une centaine de personnes était présente pour cette 45e séance.

    Claire commence par préciser qu'il s'agissait d'un sujet proposé, en juin 2014, pour l'épreuve de philosophie du baccalauréat (section Littéraire).  

    Un premier participant problématise cette question : est-il question d'une obligation ? Qu'est-ce qu'être heureux (biens matériels, comportements, etc.) ? Quel est le rapport entre la notion de bonheur et celle de plaisir ("la récompense") ? Le "tout faire" pourrait impliquer que ce chemin vers le bonheur se ferait "au détriment des autres". La répartition des biens et des richesses en est une illustration, ajoute ce participant. La cupidité et la rapacité se font au détriment d'une immense majorité de personnes pauvres ou modestes (il est cité l'exemple des notaires – "pas forcément dans le besoin" – manifestant cette semaine pour conserver leur niveau de vie...). À l'inverse, certaines personnes altruistes sont heureuses lorsqu'elles apportent un peu de bien aux autres. Bruno rebondit en citant l'exemple de Fritz Zorn, Mars : le narrateur, issu d'un milieu bourgeois et aisé, trouve son salut – et une forme de bonheur – grâce à la maladie qui l'accable.


    Pour un autre intervenant : "Il faut tout faire pour être heureux, parce que la vie est courte (... ), mais dans la limite du raisonnable". La question soulevée par une participante est celle de quantifier le bonheur : quand est-on heureux ? La réponse peut être dans une forme de comparaison. Une intervenante se demande si le bonheur ne résiderait pas dans l'absence de malheur, une optique dans laquelle s'engouffre le domaine pharmaceutique et les mises à disposition de psychotropes. Lorsque tout va bien, dit Claire, nous pouvons être dans un état d'allégresse, de joie, de spontanéité qui n'est sans doute pas à proprement parlé du bonheur. Par contre, c'est sans doute dans le malheur et dans les témoignages d'amour et de soutien que l'on pourrait retrouver la trace de ce bonheur.  

    Pour une participante, le bonheur est une exigence autant qu'un état personnel, lié à l'éducation, avec certainement une part génétique voire neurologique. Aux notions de bien et de mal, peut s'ajouter les notions de "bien vivre" et de "mal vivre". Tout faire pour être heureux semblerait ne pas vraiment avoir de sens, dit encore cette participante, car le bonheur semblerait être un état naturel ("On ne peut pas se forcer à être heureux : on l'est ou on l'est pas"). Par contre, ajoute-t-elle, certaines personnes, peuvent rendre malheureux les autres. 

    Pour une autre intervenante, le bonheur est souvent associé à quelque chose d'extérieur à soi que que l'on posséderait : la santé, l'amour, une famille, les biens matériels, etc. "Une récompense", est-il encore dit au cours de la soirée. L'autre remarque de cette intervenante réside autour de cette question : "Est-ce qu'il est obligatoire de faire quelque chose pour être heureux ?" Ne pourrait-on pas être heureux dans la quiétude épicurienne évoquée par Claire : accepter et ne rien faire. En un mot : le lâcher prise ?

    Tout faire pour être heureux pose la question de l'âge : la jeunesse, remarque une personne de l'assistance, recherche le bonheur dans l'action, alors qu'avec l'âge cet état résiderait plutôt dans l'évitement de la douleur : l'ataraxie.  

    Claire revient sur cette notion de bonheur et d'obligation, évoquées plus haut : "Il y a la notion d'obligation mais aussi la notion de devoir". Le "tout faire" et le "doit-on" peuvent se regrouper autour de la notion de devoir. Autrement dit, je pourrais pratiquer un hédonisme tel que, par définition, je me devrais, pour être un homme, d'être heureux envers et contre tous. Du coup, peut-on et comment arriver à l'état de plénitude – qui est l'état du bonheur  ? Car il s'agit bien de cela, ajoute Claire : le bonheur est cet état de plénitude, sans manque ni désir. On est heureux lorsque l'on satisfait ses désirs. Le bonheur résiderait dans l'avoir et la possession, l'assouvissement de ses désirs et donc, quelque part, dans l'accomplissement de soi. 

    La notion de devoir est importante, ajoute Claire, dans le sens où cela sous-entend une une forme d'exigence. Car, a contrario, si la finalité de la vie humaine n'est pas le bonheur, quelle est-elle ? La vérité ? La santé ? Autre chose ? Si l'on abandonne l'exigence du bonheur, peut-on mener une existence pertinente ? Pour une participante, la réponse est positive : on peut se contenter d'un "semi-bonheur" car, suite à ce semi-bonheur, "le reste arrivera" sans doute...

    Est-ce que le bonheur ne résiderait pas plutôt dans l'ataraxie, l'absence de troubles de l'âme ? À ce sujet, Épicure dit que le plaisir est le commencement et la fin de toute vie heureuse. Mais dans sa Lettre à Ménécée, il précise que tous les plaisirs ne sont pas à rechercher ni toutes les douleurs à éviter. Par là, l'épicurisme n'est pas cette doctrine philosophique souvent caricaturée d'une invitation à "brûler la vie par les deux bouts" : Épicure recherche plutôt l'ataraxie, la quiétude, la sérénité. On peut penser qu'un bonheur ne peut s'atteindre si l'on est en conflit avec autrui. Mais donc ce cas, peut-on être heureux tout seul ? Et peut-on être heureux si l'on est malgré tout dans "l'attentat" envers son proche et son prochain ?  

    Claire réagit en précisant qu'étymologiquement, le "bon heur" est la "chance". Par exemple, les eudémonistes, qui sont ces philosophes qui cherchent à comprendre le bonheur et les moyens d'y accéder, ne parlent pas de "bon heur", tant cette notion de chance et de fortune (fortuna) nous échappe. Mais par contre, ils parlent du Souverain Bien (Aristote ou Épicure). Nous ne sommes plus alors dans l'action mais plutôt dans le délaissement. On va à l'essentiel et à ce qui nous caractérise singulièrement, ce qui fait que nous sommes nous-même et pas un autre, y compris dans le corps politique (polis). Le bonheur se situe dans le respect de soi-même et de l'autre. Nous sommes alors dans la dimension éthique du Souverain Bien.  

    Une participante remarque que ce débat sur le bonheur semble être très occidental, même si cette notion reste universelle. La France, pays développé et riche, fait partie de ces contrées dont les habitants sont les plus insatisfaits et les plus "malheureux" au monde. C'est aussi là, précise un autre intervenant, que se consomme le plus de psychotropes (du "bonheur de substitution"). Cette notion de bonheur est très relative et peut être mise en relief avec d'autres cultures, par exemple le Bouthan qui a remplacé le PNB (Produit National Brut) par le BNB (Bonheur National Brut). Un intervenant relativise cette posture : le BNB interdisait l'alcool, interdiction qui, par la suite a été levée, ce qui amis un sérieux coup de canif dans l'idéal de ce BNB !

    Un autre intervenant parle de techniques modernes pour accéder au bonheur (la méditation de pleine conscience de Christophe André), de notions psychologiques ou psychiatriques (la résilience de Boris Cyrulnik) qui tendent à nous emmener vers une forme de bonheur immatériel : être en paix avec soi-même. Paul Watzlawick, de l'école de Palo Alto, dans l'ouvrage Faites-vous même votre Malheur, démontre comment certaines personnes s'enfoncent dans leur malheur, le ruminent et n'ont simplement jamais conscience de se sentir bien. 

    Un nouveau participant reprend la question d'origine : "Doit-on tout faire pour être heureux ?" Si l'on répond par la négative, on se place d'emblée dans le camp de ceux pour qui bonheur ou malheur laisse indifférent. Je me place en position de désintérêt par rapport à la vie et à ma propre existence, - voire, ajoute-t-il, dans un "état suicidaire". La recherche du bonheur (même s'il s'agit, comme dit plus haut d'un "demi bonheur"), est, selon lui, une nécessité absolue, tout en sachant qu'il sera difficilement accessible, notamment pour les personnes vivant dans le dénuement et le désœuvrement le plus total. Pour une autre personne du public, le bonheur peut s'organiser (il cite l'importance des vacances ou de sorties en groupes) : "Il faut se battre pour être heureux !" autant que donner. Mais tout en gardant en tête, ajoute une intervenante, l'impératif de la morale : "Pas de bonheur sans morale !"  Et pas de bonheur sans autrui, est-il également dit au cours de ce débat.

    Pour un autre intervenant, la condition fondamentale du bonheur est celle de la liberté. L'accès au bonheur semblerait bien être l'objectif que tout un chacun souhaite atteindre. Seulement, présenté par les eudémonistes comme le Souverain Bien, il s'agit d'un idéal et en tant qu'idéal il est inatteignable : "Le concept du bonheur est un concept si indéterminé, que, malgré le désir qu’a tout homme d’arriver à être heureux, personne ne peut jamais dire en termes précis et cohérents ce que véritablement il désire et il veut", écrivait Emmanuel Kant. Jean Anouilh disait, de son côté : "Il ne faut pas croire exagérément au bonheur."

    Pour Claire, il y a une nette distinction entre l'injonction "Je dois tout faire pour être heureux" par l'action d'une part et le travail sur soi afin d'acquérir une forme de sérénité d'autre part. Il est sans doute important de faire en sorte de donner un sens à sa vie (Sartre) ; a contrario, pour beaucoup de philosophes, si le bonheur se situe dans un état de projection, on perd tout car, par définition, s'évertuer à dire que l'on est heureux c'est oublier qu'on l'est déjà ! La philosophie stoïcienne dit par exemple qu'il y a ce qui dépend de moi et ce qui n'en dépend pas ; tout ce qui ne dépend pas de moi, je dois m'en détacher et tout ce qui dépend de moi, je dois l'apprécier. Pour Blaise Pascal, l'homme sera d'autant plus heureux lorsqu'il arrêtera de chercher à se divertir, le divertissement n'étant rien d'autre que la projection vers un bonheur illusoire, au risque d'oublier l'instant présent : la méditation et la contemplation, là, maintenant, serait préférable à la nostalgie comme à une recherche vaine vers un bonheur futur et hypothétique. Un participant cite à ce sujet Bouddha : "La joie se cueille, le plaisir se ramasse et le bonheur se cultive." Ce sont les petits bonheurs et les petits malheurs qui permettent d'accueillir la vie : "Goûtez tous les plaisirs et souffrez tous les maux / Et dites : c'est beaucoup et c'est l'ombre d'un rêve" (Jean Moréas), cite un participant.

    Pour aller plus loin, la morale devrait-elle toujours prévaloir dans cette "construction du bonheur". Pascal dit : "Tous les hommes recherchent d’être heureux. Cela est sans exception, quelques différents moyens qu’ils y emploient. Ils tendent tous à ce but" (Pensée 138). Mais à le rechercher sans relâche, on oublie de vivre de manière pertinente, on s'oublie soi-même, si bien que "le présent ne nous satisfaisant jamais, l’espérance nous séduit, et, de malheur en malheur, nous mène jusqu’à la mort, qui en est le comble éternel". Une telle posture pose une question morale : s'accomplir soi-même vient en contradiction avec nos impératifs sociaux. Nous ne sommes sans doute jamais à notre place dans notre vie, la recherche du bonheur venant se heurter à une vie qui nous oblige. Le "connais-toi toi-même" socratique nous interpelle : est-ce que je suis à ma place ? Tout cela est une histoire d'appropriation.

    Le bonheur, dit une autre intervenante, pourrait n'être qu'un fantasme. Un fantasme que de grandes  idéologies du XXe siècle ont utilisé à des fins politiques, à décréter. Le bonheur ne serait pas à prendre d'un bloc mais comme une accumulation de petits événements ou de micro comportements à goûter ("Le bonheur est dans le pré ; cours-y vite cours-y vite ; le bonheur est dans le pré ; Cours y vite il va filer" dit une comptine célèbre). Bruno rebondit sur cette question de "bonheur collectif". Un bonheur collectif qui, depuis la fin du XXe siècle, n'existe plus et a été remplacé par le concept de bonheur individuel (thérapies de groupe, cours de sophrologie, etc.).

    Parler du bonheur implique la nécessité et la capacité à le reconnaître lorsqu'il se présente à nous, réagit une nouvelle participante. Or, parfois, cette capacité nous ne l'avons pas. Le bonheur est aussi le fait d'appréhender le monde d'une certaine façon afin de "le rendre heureux". Lors d'une introspection, lors de mauvaises expériences, nous pouvons en tirer des conclusions et des leçons bénéfiques ("positiver les choses"). 

    Ce qui est également en jeu à travers la question du bonheur est celle de la mort et de notre rapport à elle. Une intervenante cite l'Inde. Dans ce pays, la mort n'est pas taboue. Elle est présente de manière moins tragique que dans nos sociétés occidentales. Claire met en avant notre rapport moderne à la mort. Aucune mort n'est naturelle et tout décès est hasardeux, "alors que, dit Claire, la mort n'est pas un hasard ; c'est la vie qui en est un". Dans nos sociétés modernes, la mort, la vieillesse et le passé sont mises de côté. Seuls comptent le présent et le futur. On est dans la création. Le bonheur semblerait avoir un lien avec l'idée de sens : quelle orientation dois-je choisir de donner à ma vie.? Or, n'est-il par perdu d'avance de chercher à se construire dans un avenir hypothétique ? "L'homme avide est borné" disait Jean-Jacques Rousseau.

    Dans le doit-on tout faire pour être heureux, peut-on choisir son malheur, quitte à faire souffrir aujourd'hui ? Ou bien mon bonheur ne devra-t-il passer que par l'acceptation d'autrui ? Ce qui se pose ici est celle d'une morale qui viendrait borner notre recherche du bonheur.  

    "Il y a une intelligence du bonheur", juge également un membre du public : certaines personnes ont plus d'aptitudes au bonheur que d'autres. Partant de cela, réagit un autre participant, "ceux qui n'en ont pas doivent aller chercher des astuces" pour être meilleur et heureux. Mais une telle considération sur "l'intelligence du bonheur" n'est-elle pas contredite par l'expression populaire "Espèce d'imbécile heureux !" ? Être trop intelligent ne serait-ce pas un frein à ce bonheur tant désiré. Ne faut-il pas revendiquer une certaine bêtise, à la manière de Candide ou l'Optimiste (Voltaire) ? Or, si l'on parle d'intelligence dans le bonheur, il ne s'agit pas d'une intelligence scientifique ou intellectuelle. Des peuplades reculées, dénuées de tout confort matériel, vivant parfois dans l'intelligence, peuvent être dans une parfaite harmonie et avec un détachement heureux. "Une puissance de vie", précise une participante.

    Cela voudrait-il dire que le progrès et l'intelligence seraient un frein au bonheur ? Quelqu'un dans l'assistance répond par la négative : croire que la pauvreté permettraient de se raccrocher à l'essentiel est profondément illusoire. La construction d'une route, l'installation de l'électricité ou la mise en place d'écoles pour tous dans des régions reculées du monde peuvent participer d'un mouvement altruiste. La science, l'imagerie médicale, l'atterrissage d'un satellite artificiel sur une lointaine comète peuvent susciter une forme de bonheur, qui serait un bonheur collectif, une fierté pour le genre humain et le progrès qui a un certain sens.  

    Aujourd'hui, il y a bien une injonction à être heureux. Le "mal heureux" n'est pas bien considéré dans nos sociétés. Il gêne. Doit-on absolument être heureux ? Cette question, réagit un intervenant, peut ne pas se poser. Hannah Arendt, dans la Crise de la Culture (1961), revient sur la période de la résistance au cours de laquelle la question du bonheur individuel ne se posait pas, au contraire du bonheur collectif et de la recherche de la liberté. Spinoza parlait de la question du travail comme souffrance, mais ce travail, s'il est sublimé, peut devenir un plaisir. Or, le bonheur est cet effort (conatus) pour entrer dans cette obligation de vivre et de persévérer dans l'être ce qui nous procure la joie.

    Mais  comment construire un monde pour le bonheur des autres et de nos descendants ? La vitesse des sociétés occidentales peut nous mener vers une voie où le bonheur paraît factice dans une société compartimentée et modelée par la consommation. Un intervenant considère que le bonheur est une idée neuve... depuis 200 ans et se félicite qu'aujourd'hui chacun puisse prétendre au bonheur.

    Bruno conclut ce débat par les paroles d'une chanson de Berry : "Le trésor n'est pas caché / Il est juste là / À nos pieds dévoilés / Il nous ferait presque tomber" (Le Bonheur). "Peut-être, ajoute-t-il, que le bonheur est là et peut-être ne le savons-nous pas". Alain disait également : "Le bonheur est une récompense qui vient à ceux qui ne l'ont pas cherché."

    Trois sujets sont mis au vote pour la séance du 30 janvier 2015 : "L'enfer est-il pavé de bonnes intentions ?", "Autrui, antidote à la solitude ?" et "Le langage trahit-il la pensée ?" C'est ce dernier sujet qui est élu par la majorité des participants. Rendez-vous est pris à la Brasserie du centre commercial de la Chaussée pour le vendredi 30 janvier.

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  • LE CAFÉ PHILO CITÉ PAR UN SITE NÉERLANDAIS

    spinoza.JPGAprès les attentats survenus à Paris, le site du café philosophique de Montargis avait manifesté sa solidarité en citant un texte de Spinoza, extrait du Traité des Autorités théologiques et politiques (voir ce post ici).

    Le site néerlandais http://spinoza.blogse.nl a presque immédiatement réagi par un article soulignant l'importance de Spinoza dans la notion de liberté, tout en citant notre blog.

    Vous pouvez retrouver cet article sur ce lien. Pour en avoir une traduction française (même approximative...), faites un clic droit sur le texte et choisissez "Traduire en français".

    Un grand merci à Spinoza.blogse pour ce coup de projecteur... européen. 

      

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  • COMPTE-RENDU DE LA SÉANCE "MÉMOIRE, MÉMOIRES..."

    Thème du débat : "Mémoire, mémoires... Cette mémoire qui nous construit, cette mémoire qui nous détruit" 

    Date : 30 novembre 2012 à la Brasserie du centre commercial de la Chaussée.

    brainphysiology.jpgPour ce café philosophique spécial intitulé "Mémoire, mémoires… Cette mémoire qui nous construit, cette mémoire qui nous détruit" entre 80 et 90 personnes étaient présentes. Pour l’occasion, Claire et Bruno étaient accompagnés de Jean-Dominique Paoli. 

    Bruno le présente : Jean-Dominique Paoli, ancien professeur agrégé en économie et gestion, consacre depuis plusieurs années son temps libre dans l’étude de la mémoire et dans son entraînement quotidien. Il précise qu’il n’est certes pas spécialiste mais qu’il souhaite partager ses connaissances et son expérience sur les formidables capacités cognitives du cerveau. Notre invité entend faire de cette séance du café philosophique de Montargis un moyen de montrer que n’importe qui peut "muscler" son cerveau (quoique le terme de "muscle" n’est pas approprié pour cette partie du corps humain) et que, surtout, les petits accidents de la vie quotidienne (la perte d’un trousseau de clés ou celle d’un nom) ne sont pas dramatiques. Il s’agit également, ajoute Bruno, d’un café philo qui entendra rendre hommage au cerveau, mal connu, de taille modeste (1 % environ de la masse corporelle) mais puissamment irrigué : 20 à 25 % de notre sang passe par le cerveau !

    Puisque nous sommes dans le cadre d’une animation philosophique, en ce début de séance, Claire propose au public de faire fonctionner ses méninges en citant de mémoire une liste de vingt philosophes qu’ils ont pu retenir. Cette liste est inscrite sur un tableau: 

    Nietzsche (n°1), Platon (n°2), Spinoza (n°3), Bergson (n°4), Kierkegaard (n°5), Schopenhauer (n°6), Descartes (n°7), Lavarède (sic) (n°8), Pascal (n°9), Kant (n°10), Teilhard de Chardin (n°11), Épicure (n°12), Sartre (n°13), Husserl (n°14), Socrate (n°15), Confucius (n°16), Alain (n°17), Marx (n°18), Montaigne (n°19), Lao Tseu (n°20).

    Jean-Dominique Paoli mémorise pendant quelques minutes cette liste tout en continuant de converser avec les participants - ce qui rend l'exercice particulièrement difficile. Puis le tableau est retourné et caché. 

    IMG_2337.JPGJean-Dominique ne cache pas que l’utilisation de nos jours de la mémoire pose problème : alors que les maladies invalidantes – type Alzheimer – ont tendance à nous inquiéter, tout se passe comme si nous nous désintéressions de nos capacités mnémoniques. Il y a une explication à cela : notre vie quotidienne est de plus en plus riche d’instruments qui facilitent notre vie quotidienne – téléphones portables, Internet, moteurs de recherche, répertoires électroniques, etc. – au risque de rendre notre cerveau dépendant de ces machines. Combien sommes-nous à ignorer jusqu’à notre propre numéro de téléphone ? L’objet de cette séance sera donc nous ouvrir les yeux sur l’importance de cette mémoire. 

    Il est d’ailleurs remarquable de constater que même chez étudiants et les adolescents, les plus à même d’utiliser la mémoire – voire de bien l’utiliser étant donné les qualités optimales de leur cerveau à leur âge –, cette faculté est inhibée. Qui n’a pas connu, les veilles d’examens, l’expérience de l’angoisse à l’idée que toutes les connaissances que l’on a mémorisées vont disparaître devant une copie blanche ? Il existe pourtant des moyens de gérer sa mémoire, réagit Jean-Dominique Paoli, tout en concédant que le stress (bien compréhensible dans le cas d’un examen) est délétère pour le cerveau. Ce dernier n’est jamais aussi efficace que lorsqu’il travaille dans le plaisir et le "politiquement incorrect". À ce sujet, il est frappant, remarque notre intervenant non sans humour, que parmi les premiers mots appris par les jeunes enfants figurent en bonne place le "vocabulaire du "pipi-caca" !

    Rebondissant sur l’intervention d’une participante, il est entendu, dit Claire, que le sujet de ce soir entend parler de la mémoire personnelle, même si les concepts de mémoire historique ou de mémoire familiale ne sont pas déconnectés du sujet qui nous occupe, sujet qui mériterait à lui seul bien d’autres débats...

    IMG_2332.JPGJean-Dominique Paoli définit la mémoire en la montrant comme multiple et plurielle. Une différence est faite entre mémoire rétrograde et de mémoire antérograde (la mémoire antérograde est la mémoire qui acquiert les informations nouvelles alors que la mémoire rétrograde celle qui a conservé les informations passées).

    Maintenir ces souvenirs acquis n’est cependant pas garantir leur perpétuation intacte et exacte. Nous nous construisons grâce à notre passé autant que nous reconstruisons ce passé ! Nos souvenirs sont perpétuellement revus, réexaminés, voire "reliftés". Bruno prend pour exemple une anecdote tragique narrée par Boris Cyrulnik dans son autobiographie récente Sauve-toi, la vie t’appelle (éd. Odile Jacob, 2012). Ce spécialiste de la résilience garde le souvenir de son arrestation avec ses parents le 18 juillet 1942. Alors qu’il n’a que cinq ans, il est enfermé dans la synagogue de Bordeaux. Une infirmière le dissimule sous un matelas où gît déjà une femme mourante, ce qui le sauvera de la mort. Or, la mémoire de l’enfant conserve le souvenir d’un soldat allemand entrant dans la synagogue. Pendant des années, Boris Cyrulnik a été persuadé que ce militaire avait vu le petit garçon mais qu’il n’avait rien dit pour ne pas le dénoncer – par humanité. Ce n’est que plus tard qu’il apprendra la vérité crue : le "soldat bienveillant" n’a en réalité pas vu l’enfant mais, tombant sur la femme mourante, il lui a lancé : "Qu’elle crève ici ou ailleurs, ce qui compte c’est qu’elle crève". Tout se passe comme si la mémoire du jeune enfant avait reconstruit un souvenir afin de rendre son passé plus supportable. Sa santé psychique était sans doute à ce prix. 

    Même s’il est peu abordé au cours de cette séance, l’oubli fait partie de nos capacités cognitives : "Il est possible de vivre presque sans souvenir et de vivre heureux, comme le démontre l'animal, mais il est impossible de vivre sans oublier" affirme Nietzsche. Plus tard, Sigmund Freud a démontré que l’oubli est indispensable pour rendre notre vie psychique saine et stable. Parmi ces oublis, étudiés par le plus célèbre des psychanalystes, figurent en bonne place les actes manqués et les lapsus.

    Parler de mémoire, dit Jean-Dominique Paoli, c’est avoir en tête que sa compréhension est relativement récente. Pendant très longtemps, son étude s’est cantonnée aux réflexions de philosophes (Cicéron, s. Augustin ou Malebranche pour ne citer qu’eux). Est-ce à dire que cette faculté a été déconsidérée ? Non : pendant des centaines d’années, l’ars memoriae faisait partie des matières enseignées sous l’Antiquité (chez Platon ou Cicéron par exemple, cf. cet extrait de texte de Platon) comme sous l’époque médiévale (pour aller plus loin, lire ce document en ligne).

    IMG_2339.JPG

    Depuis trente ans environ, l’arrivée et le développement de l’imagerie médicale (nombre de personnes se souviennent de l’événement que constituait il y a quelques années l’investissement dans tel ou tel hôpital d’un appareil IRM) a bouleversé notre connaissance du cerveau. Aujourd’hui, il est possible de suivre en temps réel l’activité du cerveau, ce qui laisse augurer pour les années à venir des progrès fulgurants dans la connaissance de cet organe hors du commun.

    Qu’est-ce que la mémoire ? Blaise Pascal résume en disant qu’"elle est nécessaire à toutes les opérations de l’esprit". Et pas seulement de l’esprit : elle régit notre motricité ("Les jambes, les bras sont pleins de souvenirs engourdis" dit Marcel Proust) autant que nos capacités cognitives, y compris celles les plus enfouies. D’emblée, pour un tel sujet, on se situe dans un vocabulaire en miroir : 

    Mémoire / cerveau

    |

    Psychisme / physiologique

    |

    Conscient / inconscient

    La mémoire à court terme est chargée de trier des informations provenant des cinq sens : visuelles, auditives, olfactives, gustatives et tactiles. Ce tri est constant et quasi instantané. Sans cesse renouvelé, il est nécessaire au bon fonctionnement de notre psychisme. J’ai un numéro de téléphone à composer. Mon cerveau enregistre ce numéro momentanément. À peine tapé au clavier, j’ai déjà oublié ce numéro, du moins si sa mémorisation ne m’est pas utile. C’est l’hippocampe qui gère ce tri et qui procède soit à l’élimination, soit à la conservation de cette information. Dans ce cas, celle-ci est en quelque sorte étiquetée et rangée à l’intérieur de mon cerveau pour une éventuelle réutilisation.

    Qui décide du tri ? En principe, dit encore Jean-Dominique Paoli, l’inconscient décide de ce qui doit être éliminé ; le conscient décide de son côté ce que l’on doit conserver dans la mémoire à long terme.

    Il y a cependant une nuance de taille : l’inconscient peut décider seul de conserver l’information lorsqu’elle s’accompagne d’une émotion. L’amygdale, structure par laquelle toutes les émotions passent, donne alors une injonction à l’hippocampe. L’inconscient joue son rôle à plein, au point que la personne ignore cette conservation d’information.

    Ce n’est que fortuitement que ce souvenir pourra se réveiller et se révéler à la personne. Claire cite Henri Bergson, théoricien de la mémoire involontaire : "La mémoire (...) n’est pas une faculté de classer des souvenirs dans un tiroir ou de les inscrire sur un registre... En réalité le passé se conserve de lui-même, automatiquement."

    Mais, ajoute notre invité, qui mieux que Marcel Proust a parlé de notre mémoire dans son œuvre fleuve À la Recherche du Temps perdu ? La "madeleine de Proust" est l’exemple parfait pour parler de cette procédure mentale de mémoire involontaire :

    "Et tout d'un coup le souvenir m'est apparu. Ce goût c'était celui du petit morceau de madeleine que le dimanche matin à Combray (parce que ce jour-là je ne sortais pas avant l'heure de la messe), quand j'allais lui dire bonjour dans sa chambre, ma tante Léonie m'offrait après l'avoir trempé dans son infusion de thé ou de tilleul. La vue de la petite madeleine ne m'avait rien rappelé avant que je n'y eusse goûté ; peut-être parce que, en ayant souvent aperçu depuis, sans en manger, sur les tablettes des pâtissiers, leur image avait quitté ces jours de Combray pour se lier à d'autres plus récents ; peut-être parce que de ces souvenirs abandonnés si longtemps hors de la mémoire, rien ne survivait, tout s'était désagrégé ; les formes - et celle aussi du petit coquillage de pâtisserie, si grassement sensuel, sous son plissage sévère et dévot - s'étaient abolies, ou ensommeillées, avaient perdu la force d'expansion qui leur eût permis de rejoindre la conscience. Mais, quand d'un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l'odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l'édifice immense du souvenir." (Proust, Du côté de chez Swann, 1913)

    Ce célèbre texte lu par Bruno rend compte de manière admirable comment un souvenir peut rester à jamais enfoui dans la mémoire si rien ne vient le réveiller. 

    IMG_2325.JPGUn aspect important à souligner est encore le rôle de la mémoire dans la compréhension du langage. La mémoire à court terme permet de mémoriser le début d’une phrase de manière à ce que l’on en comprenne la fin.

    En fin de compte, que deviennent ces informations une fois stockées ? Nous avons dit qu’elles pouvaient passer dans la mémoire à long terme soit grâce à un acte conscient de la mémorisation, soit suite à une procédure inconsciente en présence d’une émotion. Elles peuvent aussi disparaître purement et simplement. Toutefois, on pourra les retrouver en reconstituant le contexte. Là encore, la notion de tri est centrale car il faut laisser la place aux millions d’informations qui assaillent la mémoire à court terme.

    S’agissant des petits troubles de la mémoire, faut-il s’en inquiéter ? Où sont mes clés ? Mes lunettes ? Que suis-je venu faire dans cette pièce ? Si je refais le chemin géographique, trouverai-je la réponse ? Rien n’est moins sûr… Suis-je en train de perdre la mémoire ? C’est grave, docteur ? Ce sont autant de situations – les plaintes mnésiques – qui inquiètent. Il convient de se rassurer : les professionnels consultés au sujet de la mémoire considèrent que tant qu’il y a plainte mnésique il n’y a pas de réel problème puisque la personne est consciente de ses défaillances.   

    Ces oublis, certes gênants dans la vie quotidienne, ne sont que des problèmes mineurs liés au fonctionnement de la mémoire à court terme d’une part et à un manque de concentration et à des gestes machinaux d’autre part : lorsque l’on pose ses clés, un geste machinal, la mémoire à court terme élimine l’information dans les secondes qui suivent. Cela n’a a priori pas de rapport avec une maladie neurodégénérative.

    À ce stade du débat et après près d’une heure d’explication, Bruno propose de mettre Jean-Dominique Paoli à l’épreuve. Les participants avaient en début de séance listé 20 noms de philosophes. Ces noms, Jean-Dominique parvient devant le public à les retrouver, qui plus est dans l’ordre où ils ont été donnés :

    Nietzsche (n°1), Platon (n°2), Spinoza (n°3), Bergson (n°4), Kierkegaard (n°5), Schopenhauer (n°6), Descartes (n°7), Lavarède (n°8), Pascal (n°9), Kant (n°10), Teilhard de Chardin (n°11), Épicure (n°12), Sartre (n°13), Husserl (n°14), Socrate (n°15), Confucius (n°16), Alain (n°17), Marx (n°18), Montaigne (n°19), Lao Tseu (n°20). 

    Il a suffi d’une poignée de minutes à notre invité pour mémoriser – dans l’ordre et sans avoir cessé son intervention ! – cette liste ardue, composée qui plus de noms peu courants. Ce travail de mémorisation s’appuie sur des aides mnémotechniques : des personnages facilement identifiables (les Chinois Confucius ou Lao Tseu ou bien encore Montaigne, le plus célèbre des Bordelais), de noms mis en scène ("Platon assiste à un banquet"), d’anecdotes sur tel ou tel personnage (Nietzsche, ses relations avec Richard Wagner et le dévoiement de certaines de ses théories – le Surhomme – récupérées par l’idéologie nazie) ou de jeux de mots (chope-> Schopenhauer !)... N’oublions pas que le cerveau n’aime rien de mieux que le politiquement incorrect ! L’intervenant précise l’importance, à la condition d’être en état de relâchement, du travail de son inconscient, lequel a enregistré les informations en arrière-plan et les restitue de manière quasi automatique. (Claire et Bruno témoignent d’ailleurs que bien après cette séance, jusqu’à trois jours plus tard, cette liste a pu être récitée parfaitement par notre intervenant, la mémoire s’étant consolidée). 

    IMG_2328.JPGJean-Dominique Paoli tient à montrer que cette performance n'est pas exceptionnelle et que tout un chacun peut parvenir à entraîner sa mémoire de la même façon. Une condition essentielle est d’adopter un mode de vie saine, en incluant le sport (la marche quotidienne pour notre invité) et en excluant drogues et alcool. Celui-ci insiste également sur une autre notion, que viennent corroborer plusieurs participants du public (dont un médecin) : l’importance du lâcher prise que nos sociétés contemporaines tendent à gommer. L’utilisation de plus en plus fréquente de la sophrologie – si elle est bien pratiquée par des personnes compétentes et qualifiées – peut être un outil intéressant d’aide à ce lâcher prise. (pour en savoir plus, rendez-vous sur cette page consacrée à la sophrologie). Il existe enfin des procédés mnémotechniques connus et facilement trouvables sur l’Internet.

    La séance se termine par la communication de l’adresse mail de Jean-Dominique Paoli. Il se déclare prêt à renseigner les personnes qui sont intéressées. Claire et Bruno le remercient une nouvelle fois pour son intervention brillante au cours de cette séance spéciale du café philosophique qui aura été, pour l’occasion, moins riche en débat mais particulièrement instructive.  

    Claire et Bruno fixent rendez-vous pour le prochain débat qui aura lieu le 21 décembre 2012. Des mouvements apocalyptiques ayant fixé la fin du monde à cette date, ce n’est pas sans malice que le café philosophique de Montargis a choisi de consacrer sa prochaine séance à ce sujet : "Catastrophe ! La fin du monde ? La peur peut-elle être bonne conseillère ?" Il ne reste plus qu’à espérer, conclut Bruno, que ce jour-là nous serons suffisamment de survivants – et nous le fêterons devant un verre ! – pour mener notre débat sur ce sentiment ancestral et universel qu’est la peur…

    Pour aller plus loin dans ce débat, lire aussi l'interview de Jean-Dominique Paoli.

    Pour en savoir plus sur la mémoire, voir cette bibliographie

    Photos de Bernard Croissant, avec son aimable autorisation


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  • COMPTE-RENDU DE LA SÉANCE "LA VÉRITÉ EST-ELLE TOUJOURS BONNE À DIRE?"

    Thème du débat : "La vérité est-elle toujours bonne à dire ?" 

    Date : 19 octobre 2012 à la Brasserie du centre commercial de la Chaussée.

    Pour cette séance du 19 octobre 2012, intitulée "La vérité est-elle toujours bonne à dire ?", le café philosophique de Montargis a connu une affluence particulière : plus de 100 personnes étaient présentes à la Brasserie du centre commercial de la Chaussée. Un record pour cette 26ème séance : bravo et merci à tous les participants !

    Comme de coutume, ce nouveau rendez-vous commence par la présentation de la séance suivante, prévue le vendredi 30 novembre 2012. Bruno la décrit comme une séance atypique – un "café philo autant qu’un café psycho" – puisqu’elle aura pour thème la mémoire ("Mémoire, mémoires : cette mémoire qui nous construit, cette mémoire qui nous détruit"). Pour l’occasion, Claire et Bruno seront assistés exceptionnellement d’un troisième co-animateur, Jean-Dominique Paoli. Ce dernier vient parler en quelques mots de cette séance en insistant sur l’utilisation de moins en moins fréquente de notre mémoire en raison d’outils de plus en plus sophistiqués (Internet, moteurs de recherche, encyclopédies en ligne, répertoires électroniques de téléphones, etc.). Or, ce désintérêt pour la mémoire se heurte au contraire à une peur commune de maladies invalidantes et dégénératives, a fortiori dans nos populations modernes de plus en plus vieillissantes. Jean-Dominique Paoli présente ce futur débat autant comme une démonstration des capacités de notre mémoire qu’un moment de discution philosophique sur ce qu’est la mémoire.

    Après cette introduction, le débat de ce mois d’octobre sur la vérité est lancé. 

    Le début de la séance est largement consacré à la notion de vérité. "Il faut savoir ce que l’on entend par "vérité" dit un premier participant. "Ne pourrait-on pas parler de "vérités" au pluriel ?" Il apparaît rapidement que ce vocable de "vérité" est à géométrie variable : vérité d’une situation passée, vérité scientifique, vérité édictée par la justice, vérité historique (que l’on pense à cette reconnaissance récente par le Président de la République des violences commises par la police lors de la manifestation du 17 octobre 1961, cf. ce lien ici), etc. Finalement, n’y aurait-il pas autant de vérités que de points de vue ? Comme le rappelle une participante, citant Blaise Pascal, "Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà."

    Dans ce cas, dit un autre participant, "dire la vérité" c’est d’abord "dire sa vérité" : je peux être convaincu du bien-fondé de ce qui m’apparaît vrai (par exemple que les émissions de téléréalité particulièrement populaires sont néfastes à plus d’un titre) et en même temps comprendre autrui lorsqu’il se montre en désaccord avec ce que je crois bien fondé. Accepter qu’il n’y a pas une vérité mais des vérités c’est ouvrir vers l’autre un dialogue et le champ des possibles mais c’est aussi, dit Bruno, dénaturer l’idée même de vérité : "Voilà ma vérité" proclament, en guise de défense ou de justification, des témoignages singulièrement polémiques après tel ou tel événement. Prenons pour exemple le témoignage de Leïla Ben Ali, la femme du dictateur tunisien dans son récent essai opportunément intitulé Ma Vérité. (pour en savoir plus, cliquez ici). Dire "sa vérité" c’est déjà accepter qu’elle soit susceptible d’être battue en brèche. C’est encore accepter de composer avec "une autre vérité". "À chacun sa vérité" comme le disait l’homme de théâtre italien Luigi Pirandello.

    Parler de vérités c’est aussi prendre en compte le facteur "temps", perpétuel acteur et façonneur de nouveaux paradigmes : la terre fut plate et au centre de l’univers pendant des siècles avant que cette "vérité" ne devienne grâce aux avancées scientifiques un fourvoiement de la pensée. Au contraire, ce qui était considéré comme une aberration (le globe terrestre et l’héliocentrisme) est devenue cette vérité universelle enseignée. 

    Dans notre vie quotidienne, l’énonciation – ou pas – de la vérité participe de l’époque dans laquelle nous vivons. Faut-il dire, par exemple, la vérité aux enfants adoptés, s’interroge un autre intervenant ? Sans nul doute, dit Bruno, pendant des années il fallait taire à ces enfants victimes d’un traumatisme sans égal cette réalité douloureuse. La vérité cachée devait leur permettre de se construire une vie dite "normale", comme si rien ne s’était passé. Aujourd’hui, cette ancienne évidence (l’evidence anglaise, la "preuve") est largement remise en cause. Un nouveau paradigme est apparu au sujet de ces enfants adoptés : la vérité ne peut être que bonne à dire, nombre de spécialistes considérant que plus cette vérité est dite tôt, meilleure sera la situation de l’enfant par la suite… (pour en savoir plus, lire cet article) Cet exemple n’est pas sans susciter l’étonnement de personnes de ce café philo, preuve s’il en est que là comme souvent la vérité n’est jamais figée comme une idole taboue !

    Un nouvel intervenant évoque cette vérité scientifique évoquée plus haut : non, la vérité scientifique n’existe pas ! La science n’avance pas à coups de certitudes ex nihilo mais pas à pas, à l’aide d’hypothèses et d’intuitions savamment étudiées. C’est sur ces a priori que se construit ensuite un cheminement intellectuel, des expérimentations précises et une méthodologie rationnelle jusqu’à aboutir à l’énoncé non d’une vérité mais d’une affirmation admise par la majorité du corps scientifique ("Cette vieille erreur, qu'il n'y a de parfaitement vrai que ce qui est prouvé, et que toute vérité repose sur une preuve, quand, au contraire, toute preuve s'appuie sur une vérité indémontrée" affirme Arthur Schopenhauer). Finalement, dire la vérité scientifique, vertu capitale dans nos sociétés, n’est-ce pas avant tout chercher à enseigner et divulguer un savoir à l’ensemble de la population ? Pour aller plus loin, rendez-vous sur ce lien au sur le dernier essai de Bruno Latour.  

    La notion évanescente de la vérité, parfois érigée en totem, la rend difficile à définir. Comment connaître ce qui est vrai, demande une participante? La réponse est d’autant plus insoluble dans une société gavée d’informations contradictoires, convient l’ensemble de l’assistance. Il est d’ailleurs paradoxal de constater qu’alors que les tribunaux utilisent avec solennité l’expression "Je jure de dire la vérité, toute la vérité, rien que la vérité", c’est dans ces lieux que la vérité, discutée, débattu, analysée, reste insaisissable… Et pourtant, dans cette situation, l’expression "à chacun sa vérité" est insoutenable ! Trouver et énoncer LA vérité c’est faire lumière sur. 

    Pourquoi ne pas considérer que la vérité, telle que nous pourrions la concevoir, est cet accord, cette adéquation entre l’idée que nous nous faisons d’une chose et cette chose? C’est ce jugement qui colle à la réalité, comme le disait Heidegger. Spinoza dit également ceci: "On appelle idée vraie celle qui montre une chose comme elle est en elle-même ; fausse, celle qui montre une chose autrement qu’elle n’est en réalité". De là vient l’impression que ces vérités ne sont ni plus ni moins que des opinions, partagées ou non.

    Énoncer ou pas "sa" vérité à autrui ne se conçoit qu’à l’aune d’une vérité fluctuante. Ceci étant dit, ne pas dire le vrai – ou ce qui nous paraît tel quel – peut-il être moralement tenable? Un participant répond par l’affirmatif : entre le mensonge et la vérité brutale, il y a l’entre-deux, le compromis : le silence. Je connais une réalité douloureuse mais je choisis de la taire, ce que la pensée chrétienne a traduit comme "mensonge par omission". "Se taire, ne rien dire qui pourrait blesser, ce n’est pas vraiment mentir" ajoute ce participant. La morale est-elle sauve pour autant, demande Claire ? Ce paravent du silence n’est-il pas une mesure facile pour ne pas m’engager ? N’est-ce pas cacher un voile pudique et me mentir à moi-même? Ce mensonge par omission fait assurément débat et entre de plain-pied dans un problème d’éthique.

    Lorsque tel(le) ou tel(le) choisit au contraire de ne pas garder le silence, qu’est-ce qui peut me pousser à cacher la vérité ? Cela peut être pour des raisons égoïstes (cacher un méfait) mais cela aussi peut être pour ne pas blesser autrui. Le mensonge se pare alors de vertu. Moralement, je choisis de protéger autrui qui, je le sais, sera blessé par l’annonce d’une nouvelle. L’exemple médical est cité: tel(le) ou tel(le) pourra ne pas être tenu au courant de son propre état de santé par son médecin. Ce dernier prendra en main le soin de son patient ou de sa patiente en lui cachant tout ou partie de la vérité : à quoi bon faire souffrir moralement un patient lorsque cacher la réalité paraît si commode ? Concevoir ainsi les relations malade/médecin n’est pas sans susciter un vif débat. Une participante rétorque que cette attitude est condamnable. Pour prendre cet exemple, conclut-elle, un patient doit connaître la vérité, fusse-t-elle difficile à accepter ! Cet exemple permet ainsi de s’interroger sur le pouvoir de la vérité. Peut-on s’octroyer le droit de garder une telle emprise sur autrui ?

    Une intervention vient appuyer cet impératif de dire le vrai : de quel droit devrais-je m’arroger le droit de décider si telle ou telle vérité doit être dévoilé, sous le prétexte que je me dois de protéger autrui ? Le connais-je suffisamment pour augurer de sa réaction ? Pour les meilleures raisons du monde, je peux estimer qu’il ne sert à rien de faire souffrir autrui en lui dévoilant une situation ; cependant, qui peut me certifier que ce dévoilement ne va pas être finalement bénéfique (que l’on se réfère à la métaphore de la Caverne de Platon, cf. lien) ?

    Une participante ajoute, non sans malice, que la posture des plus petits peut être exemplaire : ne dit-on pas que la "vérité sort de la bouche des enfants" ?

    Ne pas dire la vérité à tout prix, dit encore Claire, c’est se placer dans une posture plus ambiguë qu’il n’y paraît. C’est affirmer une emprise, un pouvoir sur autrui, tant il est vrai que le savoir (celui du scientifique ou du professeur par exemple) est sensé apporter une autorité certaine. Lorsque autrui est un proche, un ami, suis-je prêt à prendre le risque de dénaturer mes relations avec lui en me plaçant en situation de supériorité morale ? De la même manière, autrui à qui je "dis ses quatre vérités" est-il prêt à accepter mon emprise sur lui, jusqu’à m’être redevable de lui avoir ouvert les yeux ? Le Président de la République qui vient énoncé "la vérité du 17 octobre 1961" (cf. plus haut) ne se place-t-il pas d’emblée dans une situation d’autorité, contestée ou non ?

    C’est sous l’angle du problème de du pouvoir que se place ensuite le débat. Plus précisément, c’est l’autorité tyrannique qui nous met en face des contradictions s’agissant de l’impératif de la vérité. Oui, affirment plusieurs participants, on peut mentir pour des raisons morales ! Je suis même en droit, comme le dit John Locke, de tuer le tyran qui me gouverne ! L’histoire de l’Humanité est riche de ces moments où le mensonge s’invite à la table de l’humanité et de la fraternité. Un participant évoque à ce sujet l’exemple des Justes qui, pendant la seconde guerre mondiale, ont accueilli et protégé des personnes pourchassées jusqu’au péril de leur vie. Par ces actes, ils ont non seulement contesté l’autorité considérée à l’époque comme légale mais encore utilisé le mensonge comme moyen de résistance. Par un retournement de l’Histoire, le mensonge est devenu une arme au service d’une action morale ; au contraire, les citoyens qui ont suivi l’autorité tyrannique sans rien lui cacher ont reçu l’opprobre pour ne pas dire la condamnation de l’Histoire.

    Le bouquin du mois :

    C’est l’opportunité pour Claire de présenter le livre d’Emmanuel Kant, D’un prétendu Droit de mentir par Humanité (1785). (cf. lien).

    La position de Kant a suscité une controverse avec Benjamin Constant, dans son ouvrage La France, publié en 1797. Pour en savoir plus sur la polémique entre Emmanuel Kant et Benjamin Constant, rendez-vous sur ce lien.

    Claire résume ainsi la position de Kant : s’intéressant au "mensonge généreux", Kant  prend pour exemple un pouvoir tyrannique accusant mon ami d’un crime, crime qui condamne assurément cet ami. Celui-ci se réfugie chez moi et s’y cache. La police vient frapper à ma porte et me demande de la renseigner sur le fugitif. Quelle doit être ma position ? Dois-je ou non dire la vérité ? Le mensonge n’a-t-il pas toute sa justification morale, comme en conviennent nombre de participants du café philo ? C’est la position de Benjamin Constant qui affirme que "nul d’a droit à la vérité qui nuit à autrui." Or, dit Claire, Kant place la vérité au dessus de toute considération : même dans ce cas de figure, le mensonge ne m’est pas permis moralement, aussi choquante que soit cette assertion dans un cas aussi exceptionnel ! En mentant, je me rends responsables de cet acte et j’en porte l’entière responsabilité quelles qu’en soient les conséquences. Au contraire, la justice publique ne peut s’en prendre à moi si je dis la vérité. 

    Pour protéger cet ami pourchassé par un pouvoir criminel que je honnis, le mensonge n’est-il pas la solution idéale pour qu’une morale soit sauve ? Non, répond Kant ainsi : "Il est possible qu’après que vous avez loyalement répondu oui au meurtrier [les policiers aux ordres du pouvoir tyrannique] qui vous demandait si son ennemi [cet ami en fuite] était dans la maison, celui-ci en sorte inaperçu et échappe ainsi aux mains de l’assassin, de telle sorte que le crime n’ait pas lieu ; mais, si vous avez menti en disant qu’il n’était pas à la maison et qu’étant réellement sorti (à votre insu) il soit rencontré par le meurtrier, qui commette son crime sur lui, alors vous pouvez être justement accusé d’avoir causé sa mort. En effet, si vous aviez dit la vérité, comme vous la saviez, peut-être le meurtrier, en cherchant son ennemi dans la maison, eût-il été saisi par des voisins accourus à temps, et le crime n’aurait-il pas eu lieu."

    Le mensonge porte en lui une atteinte à l’ordre sacré et à l’Humanité. Ne pas dire la vérité c’est dénaturer en profondeur le sens de la parole. En mentant, je fais en sorte "que les déclarations ne trouvent en général aucune créance, et que par conséquent aussi tous les droits, qui sont fondés sur des contrats, s’évanouissent et perdent leur force, ce qui est une injustice faite à l’humanité en général… C’est donc un ordre sacré de la raison, un ordre qui n’admet pas de condition, et qu’aucun inconvénient ne saurait restreindre, que celui qui nous prescrit d’être véridiques (loyaux) dans toutes nos déclarations."

    Cette séance du café philosophique de Montargis se termine par le rappel du prochain débat, le vendredi 30 novembre (même lieu, même heure) : "Mémoire, mémoires…" avec la participation de Jean-Dominique Paoli.

     

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  • COMPTE RENDU DE LA DERNIÈRE SÉANCE

    Thème du débat : "Mes passions sont-elles des entraves à ma liberté?"

    Date : 4 novembre 2011 à la Brasserie du centre commercial de la Chaussée.

    De 45 à 50 personnes étaient présentes pour ce café philosophique consacré aux passions.

    Claire et Bruno commencent cette séance par un tour de table et poser cette double question : qui a une passion et cette passion peut-elle être un obstacle à la liberté individuelle ? Deux participants interviennent et évoquent leur passion respective. L’un des deux considère que sa passion peut devenir chronophage si l’on n’y prend pas garde. La liberté de s’adonner à une activité "passionnante" peut du même coup nous enferrer et condamner tout autre aspect de la vie. En ce sens, la passion devient aliénante et devient un obstacle à notre liberté. Une participante insiste sur le fait que la passion est ce qui nous construit. S’y consacrer librement c’est choisir de donner un sens à notre vie. Elle peut aussi être un moyen de dépassement : "Rien de grand dans le monde ne s’est accompli sans passion." (Hegel). Un participant considère à son tour sa passion comme un aspect constructif de son existence mais aussi comme un extrême danger pour sa vie personnelle et pour sa liberté individuelle. La passion peut assurément détruire et mettre en danger des couples et des familles. Par ailleurs, il convient de prendre à contre-pied la posture traditionnelle qui considère la passion comme une force d’inertie. Au contraire, il apparaît que la passion n’a rien de passive : elle agit et motive l’action (Kant, Anthropologie, §80). Elle est le fruit de l’intellect. Rappelons que les animaux n’ont pas de passion.

    Dans la droite lignée de cette réflexion une question apparaît : peut-on n’avoir aucune passion ? Est-ce possible et souhaitable ? Une participante répond par l’affirmatif : son absence de passion ne l’empêche pas de se sentir pleinement en accord avec elle-même. Si elle n’a pas à proprement parlé de passions, ses centres d’intérêts sont par contre nombreux. Une autre personne abonde dans ce sens, ajoutant que faute de passion, tel(le) ou tel(le) s’ouvrira librement – et plus librement sans doute que certains passionnés – vers des centres d’intérêt variés. Plus tard dans la séance, l’accent sera mis sur cette notion de centre d’intérêt parfois confondu avec la notion de passion, la passion se caractérisant, selon Bruno, par la notion d’intensité. L’absence de passion est d’emblée une affirmation et une posture surprenante, pour ne pas dire provocatrice. La passion semble être devenu un fait majeur de nos sociétés occidentales. Une opinion courante semble imposer que tout un chacun règle sa vie à ce diapason : on doit être passionné dans sa vie amoureuse, dans sa vie professionnelle (n’est-ce pas un non-sens ?) et cultiver ses passions : qui vit sans passion "n’est pas digne de vivre" pour paraphraser Molière (Don Juan)

    Un participant objecte que si la passion est importante dans notre société c’est qu’elle est un puissant indicateur de la valeur potentielle d’un individu, dans une entreprise par exemple. Pour preuve, les CV contiennent une rubrique "centre d’intérêt" (où, d’ailleurs, singulièrement, les "passions" trouveront leur place) destinée à décrire les potentielles passions du candidat. Cette rubrique est si peu anecdotique que les jeunes diplômés sont très souvent jugés d’après celle-ci. Sans nul doute, la passion façonne un individu autant qu’elle est un marqueur social.

    Une autre question est de savoir si une passion peut se choisir ou si elle nous choisit. Claire propose de revenir à la définition stricto sensu de ce terme. La passion (du latin passio ; pathos - πάθος - en grec) évoque la souffrance (la "Passion du Christ"). Il y a derrière cette acception quelque chose de mystique dans la passion. La liberté, au contraire, est de l’ordre du rationnel et de l’intentionnel. N’est-ce pas antinomique ? Or, ce serait aller vite en besogne que de restreindre la passion à un concept indépendant de notre volonté, de notre liberté. En effet, le désir (de sidus, "l’astre perdu") de la passion, contingent par nature, est de l’ordre de l’élection, s’oppose au besoin à satisfaire, nécessaire et dont font partie le boire ou le manger. Ce qui ne veut pas dire que la passion ne soit pas ressentie comme un "besoin" presque vital, comme une pulsion psychique qui nous déborde. Les théories de Freud peuvent nous aider à comprendre la puissance de ces forces.  

    Oui, la passion semble, aux dires des participants, nous tomber dessus ! D’ailleurs, le propre du pathos est d’être subi. Peut-on comprendre autrement que le crime passionnel soit en général moins sévèrement puni ? La notion de responsabilité – et, par là, de liberté – se pose. La passion nous submergerait comme elle accapare le tueur en série (Dexter !), incapable de lutter. Cet exemple extrême cache mal le bonheur que tel ou tel ressent lorsqu’il découvre sa passion (ou ses passions) et s’y adonne corps et âmes. La déception peut bien entendu être au rendez-vous, tels ces "artistes du dimanche" enthousiastes mais peu doués à qui l’on souhaiterait conseiller d’abandonner cette voie, mus par une pulsion parfois indicible.

    "Le passionné est-il fatalement chiant ?"

    Car le passionné, qui peut susciter admiration et fascination, est parfois ce personnage hors de la société, obnubilé par cette activité qui guide sa vie. "Le passionné est-il fatalement chiant ?" Ou bien n’est-ce pas d’abord qu’une question de personnalité ? La personne timide ou réservée va avoir tendance à taire ce qui meut sa vie ; cela n’augure pas la force de sa passion. 

    Un participant souhaite catégoriser la passion en deux grands types : la passion assumée telle quelle, comme un choix. Ce sera l’artisan ne comptant pas ses heures ou bien la passionnée d’animaux choisissant de consacrer sa vie professionnelle à une activité en rapport avec eux. D’autre part, il y a la passion aliénante : ce coup de foudre qui vous frappe, source de bonheur autant que de souffrance. De telles passions regorgent dans la littérature et le cinéma (un exemple ici). Une question est posée : il semblerait que la passion ait suscité la méfiance, pour ne pas dire la défiance ; en a-t-il été autrement ? Bruno répond que malgré les propos sévères de certains penseurs – tel Alain qui a une mauvaise opinion de l’amour et de la passion qui n’engendrerait que mesquinerie et médiocrité – certains philosophes se sont fait les défenseurs de la passion : Hegel par exemple. Pour en savoir plus, cliquez ici.

    Si la passion peut être une contrainte à notre liberté, la solution ne pourrait-elle pas être de la maîtriser, la contraindre dans des bornes ? Véronique Ovaldé, écrivain, a dit, par exemple, qu’elle avait aménagé chez elle un minuscule bureau sous un escalier et travaillait à sa passion la nuit, en dehors de son travail pour un important éditeur. Pour la plupart des gens présents, la passion doit s’appréhender de cette manière, en la contenant dans des bornes spatiales et/ou temporelles, afin qu’elle ne vampirise pas le passionné et/ou ses proches. Une participante objecte que si la passion est maîtrisée, elle perd du même coup sa faculté de passion. L’est-elle toujours ? Voire. La passion, rappelle-t-elle, est souffrance. Une passion réfrénée aurait tendance à s’édulcorer et à ne devenir qu’un centre d’intérêt plus ou moins vif. Faute d’intensité, sans doute la passion perd-elle de sa nature ; peut-être même en perd-elle même la nature.

    Pour conclure, Bruno insiste sur le fait que les passions, non content d’être intimement liées à la liberté individuelle, nous construisent personnellement. Existe-t-il de bonnes ou de mauvaises passions ? La question n’a pas de sens car les passions sont avant tout un mouvement. D’ailleurs, si l’on va sur ce chemin, la classification des passions n’est qu’historique (cf. Barthes : "Ce n’est plus le sexuel qui est indécent, mais le sentimental", Roland Barthes, Fragments d’un Discours amoureux). Les passions sont donc toutes bonnes par nature comme le dit Descartes. Finalement, rejeter la passion n’a pas de sens car cela équivaudrait à adopter à son tour une attitude passionnée à leur encontre ! Il convient de dédramatiser les passions et de les comprendre. Les penser. Les rationaliser afin qu'elles ne soient pas un obstacle à notre liberté. Ce faisant, cela implique de rattacher nos passions à la nécessité comme le dit Spinoza. C’est comprendre leur origine, être capable de les prévoir et de les maîtriser. Nos passions deviennent alors des actions que nous cessons de subir. Pour Hegel, la passion en soi n’a pas d’intérêt : elle n’est qu’un instrument, certes parfois magnifié. La passion doit être l’instrument de la raison !

    Le débat se termine par le choix du sujet suivant. La majorité de l’assistance vote pour le sujet "Les riches le méritent-ils ?" Rendez-vous est pris le vendredi 9 décembre, même lieu, même heure.

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  • ARTE PASSE LE BAC

    RE.jpgEn prévision des épreuves du baccalauréat, la chaîne franco-allemande Arte proposera les 5 et 12 juin à 13H30 deux numéros du magazine "Philosophie" spécialement dédiés aux lycéens qui vont plancher sur le précieux sésame. Au programme de ces "révisions", la première émission sera consacrée à Descartes et le second à Spinoza. Ces émissions seronte ensuite consultables sur le site Internet Arte+7.

     

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  • COMPTE RENDU DE LA DERNIÈRE SÉANCE

    Thème du débat : « FAUT-IL BRÛLER FREUD ? »

    Date : 3 juillet 2010 à la Brasserie du centre commercial de la Chaussée.

    Il s'agit de la 7ème séance du Café Philosophique de Montargis. Une vingtaine de personnes étaient présentes pour cette séance (ce qui correspond grosso modo à la moyenne des personnes présentes cette saison).

    La Brasserie du Centre commercial de la Chaussée accueillait une vingtaine de personnes pour débattre de la question de savoir s'il fallait « brûler Sigmund  Freud », c'est-à-dire l'œuvre du père de la psychanalyse.

    Il a avant tout été question de faire un petit bilan sur la séance précédente, laquelle avait vu plusieurs élèves de Gien participer. Nous nous étions alors interrogés sur les causes et finalité du travail et avions proposé un plan dialectique correspondant à ceux attendus à l'épreuve du bac de philo (cf. cliquez sur ce lien). Malheureusement, le travail n'a pas été proposé à la session 2010. Il demeure qu'au delà du fond, la forme possède une importance conséquente en philosophie. Les élèves et apprentis philosophes « bloquent » souvent sur les exigences méthodologiques. Être philosophe n'est-ce pas au départ, la remise en question, l'apprentissage, bref, le cheminement d'une pensée qui se veut et se fait autonome, davantage que des doctrines classiques et attendues, à coucher sur le papier ou à exposer à l'écrit ?

    N'hésitez pas à vous exercer philosophe ! Les sujets proposés au bac 2010 sont disponibles sur notre blog (cf. ce lien).

    Pourquoi ce sujet : « Faut-il brûler Freud ? ». Au cours de cette première saison, il a été, à plusieurs reprises, question d'Inconscient, d'inconscience, d'irresponsabilité, de connaissance de soi, tant au sein même des débats, qu'à travers des sujets proposés par les participants (ceux-ci proposaient « l'inconscient existe-t-il ? »).  D'autre part, la sortie du brûlot de Michel Onfray (Le Crépuscule d'une idole, l'affabulation freudienne) met ce sujet au cœur de l'actualité. Cliquez ici pour en savoir plus.

    Il s'est agi pour Bruno de faire une rapide biographie de Sigmund  Freud, en précisant les rencontres scientifiques dont il a été l'acteur et qui lui ont permis de s'acheminer vers la psychologie. Cf. Ce lien pour en savoir plus sur sa biographie. Il en profite pour ajouter un élément au débat du Freud : les références dune critique du livre dOnfray par Serafino Malaguarnera, Critique du Crépuscule d'une Idôle par M. Onfray. Cliquez ici.

    En réalité, il est très vite mis en exergue que Freud ne s'est jamais pensé psychologue mais scientifique et thérapeute. En effet, Freud définit la psychanalyse comme une science à part – et à part entière – qui n'a rien à envier aux autres disciplines scientifiques. Le psychanalyste est un scientifique et un médecin. Ce médecin soigne les maladies psychiques enfouies sous un tas de symptômes que n'arrivent pas à décrypter les autres médecines. Freud prétend ainsi (cf. notamment Introduction à la psychanalyse) expliquer ce qui jusqu'à lui était inexplicable, soigner l'incurable.

    C'est donc une réelle fracture dans l'histoire de la pensée, et surtout dans celle de la définition de l'homme, que crée Freud. Jusqu'alors en effet l'homme est d'abord un être conscient, que la raison (principe des Lumières) définit : un individu sujet et non objet de ses actes, et par là acteur de l'histoire et responsable de celle-ci. Freud lui impose donc une humiliation conséquente lorsqu'il affirme que « le moi n'est pas maître dans sa propre maison », ce à quoi il ajoute que la conscience, qui jusque là nous permettait de savoir ce que nous faisions et qui nous étions, n'en est tenue qu'à des renseignements rares et fragmentaires de ce que nous sommes et de ce que nous voulons. Si Leibniz et Spinoza avaient commencé à mettre à mal l'omnipotence de l'homme, Sigmund Freud inflige donc une humiliation conséquente à l'individu. Après Copernic (lhomme nest pas au centre de lunivers) et Darwin (lhomme nest pas au centre de lévolution naturelle), il se dit lui même opposer « la troisième humiliation » au genre humain. La conscience n'est qu'une infime partie du psychisme qui veut et agit. Nous ne savons pas qui nous sommes vraiment, et parfois pouvons être réduits à des pantins guidés par les pulsions, dire le contraire c'est se mentir à soi-même.

    Cette découverte est en effet à considérer comme historique, voire magique pour la pensée. Avec la psychanalyse, Freud ouvre des champs immenses à explorer, ce qui d'ailleurs est souligné par les nombreuses recherches perdurant à ce jour. « Freud et l'Inconscient » représentent pour beaucoup un moment unique ; à leur découverte nous devenons autres et remettons tout en question. Onfray  lui-même affirme en début de l'œuvre citée ci-avant que la lecture de Freud a été très importante et conséquente dans sa philosophie, dans sa vie d'homme. Freud explique tout et autrement, en insérant vices et pulsions, immoralité et sexualité exacerbée en nous. Et en plus cela marche ! En effet, il est rappelé que les topiques sont les résultats de thérapies. C'est à travers le soin de ses patients que le psychanalyste postule l'existence des première puis deuxième topiques. Freud insère dès lors bon nombre de « cas » qu'il conte telles des histoires magiques, dans ses œuvres. Ces cas sont souvent présentés comme énigmatiques et surtout désespérés ! Mais Freud amène son patient à trouver la clé de ses maux, le traumatisme refoulé qui a tout déclenché...

    Toutefois, ces topiques ne sont que postulat inobservable et surtout irréfutable. C'est pourquoi Onfray accuse Freud de s'être pris pour celui qu'il n'était pas, et en cela pouvoir être dit usurpateur. Comme Popper avant lui, le philosophe français taxe en effet Freud de faux scientifique : l'Inconscient ne rentre en rien dans les exigences qu'un objet scientifique se doit de tenir.

    De plus, la cure psychanalytique semble elle aussi être un écran de fumée. Fondée sur la parole de l'unique analysé, celle-ci dure très longtemps et ne tient qu'à un fil, celui de la confiance de l'analysé pour l'analyste. Au fil des séances, l'analysé se soigne tout seul en parlant. Onfray accuse cette méthode d'être usurpatrice autant que destructrice.

    Si plusieurs participants sont en complet désaccord avec cette accusation, il est rappelé que l'efficacité d'une psychanalyse a été fortement mise à mal par l'OMS qui la place en deçà d'autres méthodes, telles les TCC (Thérapies Comportementales et Cognitives). De plus, deux points intéressants sont mis en exergue : tout d'abord le prix conséquent d'une analyse (Attention ! Pour Freud car c'est bien de Freud que nous traitons et non des psychanalystes dans leur ensemble). Le père de la psychanalyse affirme que le prix accordé à son analyse représente la volonté de l'analysé de se soigner, en donnant de l'argent il donne de sa personne...

    Un participant affirme, contre un autre, que la psychanalyse peut faire du mal dans le sens où l'analysé est persuadé de se soigner, en toute confiance qu'il est dans sa relation avec son analyste, et reste parfois plusieurs années sans aucune amélioration alors que manifestement cette cure ne lui convient pas. Que penser d'une thérapie lorsqu'un homme aux douleurs inexpliquées, en dépression certaine, donne des sommes assez considérables à son « médecin » durant des années sans toutefois aller mieux ?

    Un débattant affirme alors que Freud n'a jamais prétendu soigner les névroses mais les psychoses, et réduit par là le champ de son intervention. Il ajoute que l'important est de trouver une méthode qui nous aide à ne pas aller plus mal car « on ne guérit de rien (...) même pas d'une angine ».

    La question est posée par Bruno de savoir si le conflit entre la psychanalyse et les TCC ne marque pas une opposition culturelle entre l'Europe et les États-Unis. Il est répondu que non étant donné que l'on trouve plusieurs groupes importants de la psychanalyse aux États-Unis notamment.

    Le café philo conclut sur un bilan très positif de cette première saison à Montargis, ce qui nétait pas gagné au départ. Nous nous félicitons du succès de cette animation. Depuis le début en effet, le café philosophique attire une vingtaine de personnes, en dépit d'horaires peu pratiques (et qui seront sans doute changées à partir de la rentrée prochaine).

    Il est rappelé que la philosophie ne donne pas de réponse, et un participant affirme qu'il s'attache à venir se remettre en question en toute humilité. C'est sans doute ce que nous retenons en clôturant cette première saison : peu importe le point sur lequel se termine un café philo, c'est sans doute la ou les réflexions et doutes qu'il a fait naitre qui sont importants. Venir avec des idées arrêtées et préconçues ne sert à rien, nous savons tous recopier ce que nous lisons ou entendons, mais il est plus difficile de devenir autonome...

    Claire attendant un enfant, l'ouverture de la nouvelle saison se fera soit en octobre, soit en novembre, sans doute sur la question de la place de la philosophie...

    Plusieurs thèmes sont demandés pour cette prochaine saison, la politique et l'art en tête.

    Nous promettons d'y travailler et avons déjà hâte d'en débattre !

    De bonnes vacances sont souhaitées.

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