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  • Compte-rendu du débat "La société est-elle menacée par l'ordre ou le désordre?"

    Le vendredi 23 septembre 2016, le café philosophique de Montargis se réunissait pour sa 8e saison et sa 59e séance à la Brasserie du centre commercial de la Chaussée. La séance portait sur cette question : "La société est-elle menacée par l’ordre ou le désordre ?"

    Pour cette séance, Bruno est accompagné de Claire, maintenant bien rompue à cet exercice, ainsi que de Micheline qui officie pour la première fois comme co-animatrice.

    Un premier participant s’interroge sur le sens du mot ordre. Chaque société s’organise sur des règles – des lois – qui vont être basées sur une culture dont les bases sont humaines, morales, religieuses ou idéologiques. Or, dit-il, certaines organisations sociales sont incompatibles avec d’autres. Donc, chaque structure créé un ordre avec son corollaire, le désordre, qui doit s’adapter à cette situation.

    Pour Claire, l’ordre et le désordre peuvent être comparés à un mouvement dialectique (ordre/thèse, désordre/antithèse et renaissance d’un nouvel ordre/synthèse). À partir de ce mouvement, le désordre a priori menaçant la société, peut être une charnière pour relever la nécessité de l’ordre. Le désordre est une période transitoire permettant de faire renaître un nouvel ordre depuis un ancien ordre aboli. "Ordo ab chao" résume un participant.

    Pour autant, encore faudrait-il savoir l’origine de ce désordre (climatique, économique, et cetera). Qu’est-ce qui peut mettre en péril une société, en sachant que chaque société possède une âme, un logiciel commun pour tous les sujets d’un État – religion, idéologie, et cetera. Le métissage de cultures d’horizons différents pourrait donc, dans cette optique apporter des mariages heureux comme des conflits.

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  • Ils ont dit, au sujet de l'ordre et du désordre dans la société

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    "C'est l'Intelligence qui a tout mis en ordre, c'est elle qui est la cause de toutes choses… Une telle cause fit ma joie" [Socrate]

    "La loi, au contraire, est faite par les faibles et par le grand nombre. C'est donc par rapport à eux-mêmes et en vue de leur intérêt personnel qu'ils font la loi et qu'ils décident de l'éloge et du blâme." [Platon]

    "Un acte de justice et de douceur a souvent plus de pouvoir sur le cœur des hommes que la violence et la barbarie." [Nicolas Machiavel]

    "Là où l'homme aperçoit un tout petit peu d'ordre, il en suppose immédiatement beaucoup trop." [Francis Bacon]

    "S'il était aussi facile de commander aux esprits qu'aux langues, aucun gouvernement ne se trouverait jamais en péril et aucune autorité n'aurait besoin de s'exercer par des moyens violents." [Baruch Spinoza]

    "Ce n’est pas pour tenir l’homme par la crainte et faire qu’il appartienne à un autre, que l’Etat est institué; au contraire, c’est pour libérer l’individu de la crainte, pour qu’il vive autant que possible en sécurité." [Baruch Spinoza]

    "Ainsi apparaît le grand Léviathan ou, si l'on préfère, le Dieu mortel à qui seul (...) nous devons la paix et la protection" [Thomas Hobbes]

    "De la sorte, nous pouvons trouver dans la nature humaine trois causes principales de querelles: premièrement, la rivalité; deuxièmement, la méfiance; troisièmement, la fierté... Dans le premier cas ils usent de violence pour se rendre maîtres de la personne d'autres hommes, de leurs femmes, de leurs enfants, de leurs biens." [Thomas Hobbes]

    "Pour qu’on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir." [Montesquieu]

    "L'aliénation totale de chaque associé avec tous ses droits à toute la communauté. Car, premièrement, chacun se donnant tout entier, la condition est égale pour tous, et la condition étant égale pour tous, nul n'a intérêt de la rendre onéreuse aux autres." [Jean-Jacques Rousseau]

    "Au lieu de détruire l’égalité naturelle, le pacte fondamental substitue, au contraire, une égalité morale et légitime à ce que la nature avait pu mettre d’inégalité physique entre les hommes, et que, pouvant être inégaux en force ou en génie, ils deviennent tous égaux par convention et de droit." [Jean-Jacques Rousseau]

    "L'ordre social ne vient pas de la nature ; il est fondé sur des conventions." [Jean-Jacques Rousseau]

    "L’homme veut vivre à son aise et plaisamment, mais la nature veut qu’il soit dans l’obligation de se précipiter hors de son indolence et de sa tempérance inactive dans le travail et les efforts, pour aussi, en revanche, trouver en retour le moyen de s’en délivrer sagement." [Emmanuel Kant]

    "On se fait une idée précise de l'ordre, mais non pas du désordre." [Jacques-Henri Bernardin de Saint-Pierre]

    "L'état de nature est l'état de rudesse, de violence et d'injustice. Il faut que les hommes sortent de cet état pour constituer une société qui soit État." [GWF Hegel]

    "Le progrès est le développement de l’ordre." [Auguste Comte]

    "Quoique très ami de l’ordre, je suis anarchiste." [Pierre-Joseph Proudhon]

    "La plus haute perfection de la société se trouve dans l'union de l'ordre et de l'anarchie." [Pierre-Joseph Proudhon]

    "Être gouverné : c’est être gardé à vue, inspecté, espionné, dirigé, légiféré, réglementé, parqué, endoctriné, prêché, contrôlé, estimé, apprécié, censuré, commandé, par des êtres qui n’ont ni le titre, ni la science, ni la vertu." [Pierre-Joseph Proudhon]

    "Là, tout n’est qu’ordre et beauté, Luxe, calme et volupté." [Charles Baudelaire]

    "La violence joue encore dans l'histoire un autre rôle, un rôle révolutionnaire; que selon les paroles de Marx, elle soit l'accoucheuse de toute vieille société qui en porte une nouvelle dans ses flans; qu'elle soit l'instrument grâce auquel le mouvement social l'emporte et met en pièces des formes politiques figées et mortes." [Friedrich Engels]

    "L'ordre, et l'ordre seul, fait en définitive la liberté. Le désordre fait la servitude." [Charles Péguy]

    "Le commandement "Aime ton prochain comme toi-même" est la défense la plus forte contre l’agression humaine et un excellent exemple de la démarche non psychologique du sur-moi-de-la-culture. Le commandement est impraticable." [Sigmund Freud

    "Le désordre est simplement l’ordre que nous ne cherchons pas." [Henri Bergson]

    "L’ordre pour l’ordre châtre l’homme de son pouvoir essentiel, qui est de transformer et le monde et soi-même." [Antoine de Saint-Exupéry]

    "Quand l'ordre est injustice, le désordre est déjà un commencement de justice." [Romain Rolland]

    "Deux dangers ne cessent de menacer le monde ; l'ordre et le désordre." [Paul Valéry]

    "Un révolutionnaire est celui qui désire mettre au rancart l'ordre social existant, afin d'en essayer un autre." [George Bernard Shaw]

    "Dans le règne du contrat, le citoyen, à chaque opération d'échange, est présent dans un intérêt bien personnel et bien réel; l'ordre est sa mesure, il est à hauteur de l'ordre, l'ordre collectif n'est que sa volonté répétée à l'infini: toute hétéronomie est exclue de la société." [Emmanuel Mounier]

    "Côté gouvernés, le pouvoir abêtit, dans toute la mesure où il établit un clivage entre des éléments actifs et des individus à peu près passifs, dont l'obéissance devient simple exécution mécanique… Côté gouvernants, comme dit Alain, le pouvoir rend fou. C'est un des leitmotiv de l'anarchie, à l'adresse des semi-libéraux et de tous les anarchistes; mais, qu'on ne fait pas, dans son cœur, au pouvoir sa part; que toujours, quelle que soit son origine et quelle que soit sa forme, il tend au despotisme." [Emmanuel Mounier]

    "C'est toujours par l'ennui et ses folies que l'ordre social est rompu." [Alain]

    "Résistance et obéissance, voilà les deux vertus du citoyen. Par l'obéissance il assure l'ordre ; par la résistance, il assure la liberté." [Alain]

    "C'est un genre de force, mais passionnée et qui vise à briser la résistance par la terreur. La violence définit le crime, lorsqu'elle s'exerce contre la personne humaine. Et la loi des punitions est au contraire qu'elles soient entièrement purifiées de violence." [Alain]

    "Le désordre est le meilleur serviteur de l’ordre établi." [Jean-Paul Sartre]

    "La société se fout de votre bonheur, elle est pour l’ordre" [Jean-Louis Bory]

    "L'incohérence n'existe pas, le désordre n'est qu'un ordre différent." [Robert Malaval]

    "Il y a toujours mort d'homme à l'origine de l'ordre culturel." [René Girard]

    "Au principe du déterminisme généralisé, on devrait substituer un principe qui conçoit une relation entre l’ordre, le désordre et l’organisation." [Edgar Morin]

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  • Rousseau : l'état de société et l'état naturel

    1002883-Jean-Jacques_Rousseau.jpg"Il y a dans l'état de nature une égalité de fait réelle et indestructible, parce qu'il est impossible dans cet état que la seule différence d'homme à homme soit assez grande pour rendre l'un dépendant de l'autre. Il y a dans l'état civil une égalité de droit chimérique et vaine, parce que les moyens destinés à la maintenir servent eux-mêmes à la détruire, et que la force publique ajoutée au plus fort pour opprimer le faible rompt l'espèce d'équilibre que la nature avait mis entre eux (1). De cette première contradiction découlent toutes celles qu'on remarque dans l'ordre civil entre l'apparence et la réalité. Toujours la multitude sera sacrifiée au petit nombre, et l'intérêt public à l'intérêt particulier; toujours ces noms spécieux de justice et de subordination serviront d'instruments à la violence et d'armes à l'iniquité: d'où il suit que les ordres distingués qui se prétendent utiles aux autres ne sont en effet utiles qu'à eux-mêmes aux dépens des autres."

    Jean-Jacques Rousseau, L'Émile (1762)

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  • Ils ont dit, au sujet de la pauvreté

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    "Sous un bon gouvernement, la pauvreté est une honte ; sous un mauvais gouvernement, la richesse est aussi une honte." [Confucius]

    "Pauvreté et richesse sont des noms par lesquels on désigne le besoin et la satiété. Donc celui qui ressent le besoin n’est pas riche et celui qui ne connaît pas le besoin n’est pas pauvre... " [Démocrite]

    "Supporter avec dignité la pauvreté est signe d’empire sur soi-même." [Démocrite]

    "Si un État veut éviter la désintégration civile, il ne faut pas permettre à la pauvreté et à la richesse extrêmes de se développer dans aucune partie du corps civil." [Platon]

    "L'égalité veut que les pauvres n'aient pas plus de pouvoir que les riches, qu'ils ne soient pas seuls souverains, mais que tous le soient dans la proportion même de leur nombre ; on ne trouve pas de moyen plus efficace de garantir à l'État l'égalité et la liberté." [Aristote]

    "Si les caractères de l'oligarchie sont la naissance, la richesse, l'instruction, ceux de la démocratie seront la roture, la pauvreté, l'exercice d'un métier." [Aristote]

    "[Comment devenir riche ?] Ce n’est pas en augmentant les biens, mais en diminuant les besoins." [Épicure]
    "La pauvreté mesurée selon la fin de la nature est une grande richesse. Une richesse qui ne connaît pas de limite est une grande pauvreté." [Épicure]

    "La belle chose, que le contentement dans la pauvreté !" [Épicure]

    "La fortune a peu d’emprise sur le sage, c’est sa raison qui règle les chose les plus grandes et les plus importantes durant toute la durée de la vie." [Épicure]

    "Ce que tu cherches, n'est-ce pas, ce que tu veux gagner par tes retards, c'est de n'avoir point la pauvreté à craindre. Et s'il te faut la désirer ! Pour combien d'hommes les richesses furent un obstacle à la philosophie !" [Sénèque]

    "J'aime la pauvreté parce qu'il l'a aimée. J'aime les biens parce qu'ils me donnent le moyen d'en assister les misérables." [Blaise Pascal]

    "Passer de l'appauvrissement à la pauvreté, comme on va de l'humiliation à l'humilité." [Blaise Pascal]

    "Si la pauvreté est la mère des crimes, le défaut d'esprit en est le père." [Jean de La Bruyère]

    "Il est très surprenant que les richesses des gens d’Église aient commencé par le principe de pauvreté." [Montesquieu]

    "L'effet des richesses d'un pays, c'est de mettre de l'ambition dans tous les cœurs. L'effet de la pauvreté est d'y faire naître le désespoir. La première s'irrite par le travail ; l'autre se console par la paresse." [Montesquieu]

    "On fait tout pour s'enrichir, mais c'est pour être considéré qu'on veut être riche." [Jean-Jacques Rousseau]

    "Il ne dépend pas de nous de n'être pas pauvres, mais il dépend toujours de nous de faire respecter notre pauvreté." [Voltaire]

    "Il n’est vertu que pauvreté ne gâte." [Chamfort]

    "Ce qui est bon pour la classe dominante doit être bon pour toute la société avec laquelle s'identifie la classe dominante. Donc, plus la civilisation progresse, plus elle est obligée de couvrir avec le manteau de la charité les maux qu'elle a nécessairement engendrés, de les farder ou de les nier, bref, d'instituer une hypocrisie conventionnelle que ne connaissaient ni les formes de société antérieures, ni même les premiers stades de la civilisation." [Friedrich Engels]

    "La pauvreté est le lien passif qui fait que l’homme éprouve le besoin de la plus grande des richesses : autrui." [Karl Marx]

    "L'existence et la domination de la classe bourgeoise ont pour condition essentielle l'accumulation de la richesse aux mains des particuliers, la formation et l'accroissement du Capital; la condition d'existence du capital, c'est le salariat. Le salariat repose exclusivement sur la concurrence des ouvriers entre eux." [Karl Marx]

    "La simple chasse à la richesse n'est pas le destin final de l'humanité." [Lewis Henry Morgan]

    "L'argent permet de jouir de la vie. Sans argent, on jouit... de la pauvreté." [Lao She]

    "Voyez-vous, je divise les hommes en trois catégories : ceux qui ont beaucoup d'argent, ceux qui n'en n'ont point du tout et ceux qui en ont un peu. Les premiers veulent garder ce qu'ils ont : leur intérêt c'est de maintenir l'ordre ; les seconds veulent prendre ce qu'ils n'ont pas : leur intérêt c'est de détruire l'ordre actuel et d'en établir un autre qui leur soit profitable. Les uns et les autres sont des réalistes, des gens avec qui on peut s'entendre. Les troisièmes veulent renverser l'ordre social pour prendre ce qu'ils n'ont pas, tout en le conservant pour qu'on ne leur prenne pas ce qu'ils ont. Alors, ils conservent en fait ce qu'ils détruisent en idée, ou bien ils détruisent en fait ce qu'ils font semblant de conserver. Ce sont eux les idéalistes." [Jean-Paul Sartre]

    "Les individus, familles ou groupes de la population peuvent être considérés en état de pauvreté quand ils manquent des ressources nécessaires pour obtenir l'alimentation type, la participation aux activités, et pour avoir les conditions de vie et les commodités qui sont habituellement ou sont au moins largement encouragées ou approuvées dans les sociétés auxquelles ils appartiennent." [Peter Townsend]

    "Chaque personne doit avoir un droit égal au système le plus étendu de libertés de base égales pour tous, compatible avec le même système pour les autres." [John Rawls]

    "Les hommes sont comme les lions, comme toutes les bêtes, comme tous les êtres vivants. La faim les rend féroces. Et qu'est-ce que la pauvreté, sinon une faim généralisée ?" [Michel Tournier]

    "Il est facile à tout homme de reconnaître et de glorifier les richesses du monde, dit-il en cherchant du regard les visages noyés d'ombre, mais seul un pauvre peut connaître la richesse qu'est la pauvreté.Seul un pauvre peut connaître la richesse qu'est la souffrance..." [Dominique Lapierre]

    "Il est facile à tout homme de reconnaître et de glorifier les richesses du monde, mais seul un pauvre peut connaître la richesse qu'est la pauvreté." [Dominique Lapierre]

     

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  • Rousseau : La Richesse

    lf0065-01_figure_002.jpg"C'est une des singularités du cœur humain que malgré le penchant qu'ont tous les hommes à juger favorablement d'eux-mêmes, il y a des points sur lesquels ils s'estiment encore plus méprisables qu'ils ne sont en effet. Tel est l'intérêt qu'ils regardent comme leur passion dominante, quoiqu'ils en aient une autre plus forte, plus générale, et plus facile à rectifier, qui ne se sert de l'intérêt que comme d'un moyen pour se satisfaire, c'est l'amour des distinctions. On fait tout pour s'enrichir, mais c'est pour être considéré qu'on veut être riche. Cela se prouve en ce qu'au lieu de se borner à cette médiocrité qui constitue le bien-être chacun veut parvenir à ce degré de richesse qui fixe tous les yeux, mais qui augmente les soins et les peines et devient presque aussi à charge que la pauvreté même. Cela se prouve encore par l'usage ridicule que les riches font de leurs biens. Ce ne sont point eux qui jouissent de leurs profusions et elles ne sont faites que pour attirer les regards et l'admiration des autres. Il est assez évident que le désir de se distinguer est la seule source du luxe de magnificence, car quant à celui de mollesse il n'y a qu'un bien petit nombre de voluptueux qui sachent le goûter et lui laisser la douceur et toute la simplicité dont il est susceptible. C'est donc ainsi qu'on voit par le même principe toutes les familles travailler sans cesse à s'enrichir et à se ruiner alternativement. C'est Sisyphe qui sue sang et eau pour porter au sommet d'une montagne le rocher qu'il en va faire rouler le moment d'après."

    Jean-Jacques Rousseau, Fragments politiques

     

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  • Ils ont dit, au sujet de la responsabilité

    orsay20.jpg"J'apparais aujourd'hui ce que je suis en fait : un criminel , issu de criminels" [Sophocle]

    "En menant une existence relâchée les hommes sont personnellement responsables d'être devenus eux-mêmes relâchés, ou d'être devenus injustes ou intempérants" [Aristote]

    "Il y a aussi, semble-t-il bien, une différence entre agir par ignorance et accomplir un acte dans l'ignorance" [Aristote]

    "Il y a ce qui dépend de nous, il y a ce qui ne dépend pas de nous. Dépendent de nous l’opinion, la tendance, le désir, l’aversion, en un mot toutes nos œuvres propres ; ne dépendent pas de nous le corps, la richesse, les témoignages de considération, les hautes charges, en un mot toutes les choses qui ne sont pas nos œuvres propres" [Épictète]

    "- Qui t’as dit que c’était ton affaire de pouvoir te promener sans en être empêché ? C’est ta volonté seule dont je dis qu’elle n’est pas empêchée ; mais dès que l’on a besoin du corps et de son concours, tu as depuis longtemps appris que ce n’était pas ton affaire. Soit encore cela. Quelqu’un peut-il te forcer à désirer contre ton gré ? – Personne" [Épictète]

    "Renoncer à sa liberté c’est renoncer à sa qualité d’homme, aux droits de l’humanité, même à ses devoirs" [Jean-Jacques Rousseau]

    "Agis de telle sorte que tu traites l'humanité aussi bien dans ta personne que dans la personne de tout autre toujours en même temps comme une fin, et jamais simplement comme un moyen" [Emmanuel Kant]

    "Devoir ! nom sublime et grand, toi qui ne renfermes rien en toi d'agréable, rien qui implique insinuation, mais qui réclames la soumission" [Emmanuel Kant]

    "Si les circonstances ne sont pas celles dont l'individu avait conscience et si l'objectivité comporte d'autres déterminations que celles qu'il prévoyait, l'homme moderne n'accepte pas l'entière responsabilité de ce qu'il a fait, il désavoue une partie de ce qu'il a réalisé, parce que, du fait de l'ignorance où il était des circonstances ou du fait de leur fausse appréciation, cette partie de son activité n'a pas été comme il la voulait, et il ne s'impute que ce qu'il savait et que ce qu'il a accompli intentionnellement en se basant sur ce savoir" [Hegel]

    "On dit volontiers : ma volonté a été déterminée par ces mobiles, circonstances, excitations et impulsions. Cette formule implique que je me suis comporté de façon passive. Mais, en réalité, mon comportement n'a pas été seulement passif : il a été actif aussi, et de façon essentielle, car c'est ma volonté qui assume telles ou telles circonstances comme mobiles, qui les fait valoir comme mobiles" [Hegel]

    "Tout ce qui augmente la liberté augmente la responsabilité" [Victor Hugo

    "Mais ces personnes n'interviennent ici que comme personnification de catégories économiques, comme porteurs de rapports de classe et d'intérêts déterminés" [Karl Marx]

    "Société : système ingénieux pour obtenir des bénéfices individuels sans responsabilité individuelle.” [Ambrose Bierce]

    "On peut dire qu'il y a trois qualités déterminantes qui font l'homme politique : la passion - le sentiment de la responsabilité - le coup d’œil" [Max Weber]

    "Socrate et Platon ont raison : quoi que l'homme fasse, il fait toujours le bien, c'est-à-dire ce qui lui semble bon (utile) suivant son degré d'intelligence, son niveau actuel de raison" [Friedrich Nietzsche]

    "Les profondes lois de la conservation et de la croissance exigent le contraire: que chacun s'invente sa vertu, son impératif catégorique" [Friedrich Nietzsche]

    "On voit donc à quel point la notion de responsabilité repose sur celle de causalité, c'est-à-dire de conformité à des lois (Gesetzmässigkeit) de nos actes volontaires" [Moritz Schlick]

    "Responsabilité. Une faute est ce qui est enfin puni. La conséquence mauvaise est la marque de la faute. L'homme qui manque du pied pèche contre son rythme, choit et se blesse" [Paul Valéry]

    “Presque toujours, la responsabilité confère à l’homme de la grandeur.” [Stefan Zweig]

    "Si un homme est conduit, par les lois de la nature, à faire ce qu'il fait, nous ne pouvons ni l'en approuver ni le blâmer, pas davantage que nous ne pouvons reprocher à une montre d'être en avance ou en retard" [Albert Camus]

    "Dans la vie, bien souvent, les responsabilités nous échappent, comme l'eau qu'on puise avec un panier percé." [Lao She]

    "C'est justement pour préserver ce qui est neuf et révolutionnaire dans chaque enfant que l'éducation doit être conservatrice, c'est-à-dire assurer “la continuité du monde" [Hannah Arendt]

    "J'ignore quand le terme de « responsabilité collective » est apparu pour la première fois, mais je crois pouvoir affirmer avec certitude que non seulement le terme mais aussi les problèmes qu'il implique doivent leur pertinence et l'intérêt général qu'ils attirent à des situations qui sont politiques, et non juridiques ou morales" [Hannah Arendt]

    "Quand quelqu'un dit qu'il se sent coupable non de ce qu'il a fait mais des actes de son père ou de son peuple, c'est en un sens seulement métaphorique et non en un sens personnel. (Moralement parlant, il est presque aussi mal de se sentir coupable quand on n'a rien fait de précis, que de se sentir innocent quand on est réellement coupable.)" [Hannah Arendt]

    "L'homme qui se croit déterminé se masque sa responsabilité." [Jean-Paul Sartre]

    "L'existentialiste ne croit pas à la puissance de la passion. Il ne pensera jamais qu'une belle passion est un torrent dévastateur qui conduit fatalement l'homme à certains actes, et qui, par conséquent, est une excuse. Il pense que l'homme est responsable de sa passion. L'existentialiste ne pensera pas non plus que l'homme peut trouver un secours dans un signe donné, sur terre, qui l'orientera ; car il pense que l'homme déchiffre lui- même le signe comme il lui plaît." [Jean-Paul Sartre]

    "Ce qui compte, c'est l'engagement total, et ce n'est pas un cas particulier, une action particulière, qui vous engage totalement" [Jean-Paul Sartre]

    "Ah monstre que je suis ! infortunées victimes ! est-il possible que j'aye fait cela, non ce n'est qu'un rêve ! ah ce n'est que trop vrai !" [Michel Foucault/Pierre Rivière]

    "Brusquement ce qui est tout bonnement donné, ce qui est pris comme allant de soi, ce à quoi on ne réfléchit jamais dans le but de l'action : qu'il y ait des hommes, qu'il y ait la vie, qu'il y ait un monde fait pour cela, se trouve placé sous l'éclairage orageux de la menace émanant de l'agir humain" [Hans Jonas]

    "La condition de la responsabilité est le pouvoir causal. L'acteur doit répondre de son acte : il est tenu responsable de ses conséquences et le cas échéant on lui en fait porter la responsabilité" [Hans Jonas]

    "Personne ne doit des comptes pour l'imagination impuissante des méfaits les plus atroces et les sentiments de culpabilité qui surgissent éventuellement ici sont tout aussi privés que le délit psychologique. Un acte doit avoir été exécuté ou du moins commencé à avoir été commis dans le monde (comme dans le complot). Et il reste vrai que l'acte réussi pèse plus lourd que l'acte raté" [Hans Jonas]

    "Le problème de la responsabilité, ce sont des suites qui n'ont pas encore fait leurs effets mais que l'on peut évaluer. Là intervient la deuxième idée de Jonas, à savoir qu'il faut tenir compte non seulement des dangers probables, mais aussi des dangers possibles" [Paul Ricoeur]

    "La désobéissance civile est une forme de responsabilité et appelle à davantage de responsabilités" [André Glucksmann]

     

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  • Rousseau : liberté, devoir et responsabilité

    AVT_Jean-Jacques-Rousseau_4452.jpeg"Renoncer à sa liberté c’est renoncer à sa qualité d’homme, aux droits de l’humanité, même à ses devoirs. Il n’y a nul dédommagement possible pour quiconque renonce à tout. Une telle renonciation est incompatible avec la nature de l’homme, et c’est ôter toute moralité à ses actions que d’ôter toute liberté à sa volonté. Enfin c’est une convention vaine et contradictoire de stipuler d’une part une autorité absolue et de l’autre une obéissance sans bornes. N’est-il pas clair qu’on n’est engagé à rien envers celui dont on a droit de tout exiger, et cette seule condition, sans équivalent, sans échange n’entraîne-t-elle pas la nullité de l’acte ? Car quel droit mon esclave aurait-il contre moi, puisque tout ce qu’il a m’appartient, et que son droit étant le mien, ce droit de moi contre moi-même est un mot qui n’a aucun sens." 

    Jean-Jacques Rousseau

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  • ILS ONT DIT, AU SUJET DE LA PHILOSOPHIE

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    "L'homme est la mesure de toute chose." [Protagoras

    "Dans tous les cas, mariez-vous. Si vous tombez sur une bonne épouse, vous serez heureux ; et si vous tombez sur une mauvaise, vous deviendrez philosophe, ce qui est excellent pour l’homme." [Socrate]

    "Le philosophe désire la sagesse car il ne la possède pas." [Platon]

    "La philosophie est une activité libre et gratuite de la pensée dont la raison d'être est la recherche de la connaissance par des hommes conscients de leur ignorance." [Aristote]

    "C’est, en effet, l’étonnement qui poussa, comme aujourd’hui, les premiers penseurs aux spéculations philosophiques." [Aristote]

    "[La philosophie] doit être la science théorétique des premiers principes et des premières causes." [Aristote]

    "Philosopher c’est apprendre à mourir." [Cicéron]

    "La philosophie, activité de la raison, est la seule voix qui permet d'accéder à la vérité." [Épictète]

    "Il faut que le jeune homme aussi bien que le vieillard cultivent la philosophie." [Épictète]

    "Ce que l'on doit faire on le sait bien mieux que les philosophes." [Épictète]

    "La sagesse consiste pour l'homme à se soumettre à la fatalité naturelle dont il prend connaissance grâce à l'exercice de sa raison." [Marc-Aurèle]

    "La philosophie consiste à veiller sur le dieu intérieur." [Marc-Aurèle]

    "Je pense donc je suis." [René Descartes

    "La philosophie est avant tout un acte personnel qui ne doit jamais être délégué car il constitue la pensée même." [René Descartes]

     "J’aurais voulu premièrement y expliquer ce que c’est que la philosophie, en commençant par les choses les plus vulgaires, comme sont : que ce mot philosophie signifie l’étude de la sagesse, et que par la sagesse on n’entend pas seulement la prudence dans les affaires mais une parfaite connaissance de toutes les choses que l’homme peut savoir, tant pour la conduite de sa vie que pour la conservation de sa santé et 1’invention de tous les arts." [René Descartes]

    "Se moquer de la philosophie, c’est vraiment philosopher." [Blaise Pascal]

    "Les philosophes qui se sont mêlés de traiter les sciences se partageaient en deux classes, à savoir : les empiriques et les dogmatiques. L’empirique, semblable à la fourmi, se contente d’amasser et de consommer ensuite ses provisions. Le dogmatique, tel que l’araignée, tisse des toiles dont la matière est extraite de sa propre substance." [Francis Bacon]

    "Les philosophes conçoivent les affections qui se livrent bataille en nous, comme des vices dans lesquels les hommes tombent par leur faute, c'est pourquoi ils ont accoutumé de les tourner en dérision, de les déplorer, de les réprimander, ou, quand ils veulent paraître plus moraux, de les détester." [Baruch Spinoza]

    "Soyez philosophe ; mais, au milieu de toute votre philosophie, soyez toujours un homme." [David Hume]

    "Il se livrait au trafic d’opinions : il était professeur de philosophie." [Georg Christoph Lichtenberg]

    "La philosophie sert a penser de manière autonome, responsable et universelle." [Jean-Jacques Rousseau]

    "La philosophie est le seul remède au fanatisme car ce dernier est l'expression d'un esprit malade, incapable de penser." [Voltaire]

    "La philosophie est la science du rapport de toute connaissance avec le but ultime de la raison humaine, a savoir comprendre ce qu'est l'homme." [Emmanuel Kant]

    "On ne peut pas apprendre la Philosophie, mais on doit apprendre a philosopher." [Emmanuel Kant]

    "On déclame contre les passions sans songer que c'est à leur flambeau que la philosophie allume le sien." [Marquis de Sade]

    "La liberté civile est une condition a la philosophie." [Hegel]

    "Ma philosophie ne m'a rien rapporté, mais elle m'a beaucoup épargné." [Arthur Schopenhauer]

    "Les philosophes n'ont fait qu'interpréter diversement le monde, il s'agit maintenant de le transformer." [Karl Marx]

    "On ne reste philosophe qu'en se taisant." [Friedrich Nietzsche]

    "Pour vivre seul, il faut être une bête, ou un dieu, dit Aristote. Reste un troisième cas, il faut être les deux à la fois : philosophe." [Friedrich Nietzsche]

    "La philosophie n'est pas réservée a une élite, mais est accessible a tous a condition de faire l'effort d'exercer son esprit critique." [Antonio Gramasci]

    "Penser, c'est nier ce que l'on sait déjà. Cet esprit critique est la condition de toute réflexion personnelle et véritable." [Alain]

    "La valeur de la philosophie doit en réalité surtout résider sans son caractère incertain." [Bertrand Russell]

    "Dans la mesure où l'homme existe advient, d'une certaine manière, le philosopher. La philosophie — ce qu'ainsi nous appelons — est la mise en marche de la métaphysique." [Martin Heidegger]

    "La philosophie antique nous apprenait à accepter notre mort. La philosophie moderne, la mort des autres." [Michel Foucault]

    "Une chose en tout cas est certaine : c'est que l'homme n'est pas le plus vieux problème ni le plus constant qui se soit posé au savoir humain." [Michel Foucault]

    "Philosopher, c'est se comporter vis-à-vis de l'univers comme si rien n'allait de soi." [Vladimir Jankélévitch]

    “Les philosophes croient faire leur miel de tout, mais ce n'est que de la cire." [Alain Touraine

    "Quand un homme se met à raisonner, il puise en lui-même les réponses." [Jostein Gaarder

    "Si l’on demande à quoi sert la philosophie, la première réponse qui vient à l’esprit est : à rien !" [André Comte-Sponville]

    "La philosophie n’est ni science ni religion : chacun y cherche une vérité mais ne trouve jamais que la sienne, qu’il confronte à celle des autres. " [André Comte-Sponville]

     

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  • COMPTE-RENDU DE LA SÉANCE "SUIS-JE CE QUE MON PASSÉ FAIT DE MOI?"

    Thème du débat : "Suis-je ce que mon passé fait de moi?" 

    Date : 17 avril 2015 à la Brasserie du centre commercial de la Chaussée

    rousseau,kant,hegel,sartre,cyrulnik ,freudLe vendredi 17 avril 2015, environ 120 personnes étaient présentes pour la séance du café philosophique de Montargis dont le débat portait sur cette question : "Suis-je ce que mon passé fait de moi ?"

    Une première participante réagit ainsi : "Oui et non. Non car c'est dans l'instant présent que je peux exister et faire des choix. [Oui car] je suis conditionné culturellement par mon passé." Pour une autre intervenante, le passé nous construit indubitablement, grâce à nos expériences, notre vécu. D'ailleurs, ajoute aussi Claire, "quelle tragédie si je deviens amnésique !"  

    Pour un autre intervenant, on dépend culturellement de son passé et on a du mal à échapper à sa spatio-temporalité. Par contre, chacun peut se projeter par ses envies, ses rêves. On peut en sortir si l'on veut. "L'avenir est la seule chose qui m'intéresse, car je compte bien y passer les prochaines années" disait Woody Allen

    rousseau,kant,hegel,sartre,cyrulnik ,freudPour Claire, il est déjà question de deux passés : un passé culturel, au sens de situation culturelle et sociale ("On est d'abord un être en situation"), c'est un passé historique, regroupant une histoire filiale, familiale, générationnelle ; et d'autre part le passé en tant que vécu personnel ("Ce que j'ai fait avant"). Dans ce dernier cas, puis-je me choisir vraiment ? Ma vie est-elle mon œuvre ? Finalement, la question de savoir si je résulte de mon passé ne se pose pour ainsi dire pas si ce passé est honorifique ; par contre, la question devient aporitique lorsque mon passé me colle à la peau et que je souhaiterais m'en défaire.

    Pour un autre intervenant, notre vie est un "immense apprentissage" (gestes, mouvements, etc.). D'ailleurs le sujet de ce débat porte sur une expression importante : "Suis-je...". Le "Je suis" regroupe mon corps, mes comportements, mes paroles, l'apprentissage, la mémoire, l'inconscient, etc. Le passé est ce qui peut nous revenir violemment : des faits, des colères, des émotions, comme le disait Marcel Proust : "Mais, quand d’un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l’odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l’édifice immense du souvenir.

    rousseau,kant,hegel,sartre,cyrulnik ,freudPour une autre participante l'aspect psychologique est importante dans un tel sujet. Pour elle, à l'âge de trois ans, la majorité des dés sont jetés. Chacun part avec ce capital plus ou moins riche et chaque individu ne peut échapper à l'une des cinq blessures que l'on traîne toute notre vie : la trahison, le rejet, l'humiliation, l'abandon et l'injustice. On est issu de ce passé là et la majorité de nos réactions vient de ces cinq blessures originelles. 

    Pour un autre intervenant, la question "Suis-je ce que mon passé fait de moi ?" induit une question bien plus fondamentale : est-ce que je suis capable de savoir que je suis le résultat de mon passé ? Cela voudrait dire que je me souviens exactement de mon propre passé et que je suis capable de repérer dans celui-ci ce qui me détermine. Répondre à cette question est d'une infinie complexité ! Et si je cherche à lire dans ce passé qui me détermine, sans doute vais-je forcément trouver quelque chose ; par contre, est-ce réellement cette chose qui me détermine ? Ou bien n'y a-t-il pas le risque que j'interprète ou surinterprète une notion, un acte ou une parole ? Cela renvoie en tout cas autant à la notion de mémoire qu'à celle de liberté. 

    En parlant de mémoire, un nouvel intervenant parle de la mémoire familiale et des secrets de famille (la psychogénéalogie) qui sembleraient avoir des influences considérables sur la vie de chacun. Les non-dits reproduisent de manière similaires ou quasi-similaires les traumatismes. Freud, dit Claire, met en avant l'aspect scientifique de la psychanalyse tout en précisant que c'est l'une des seules sciences qui ne peut recevoir de lois car un traumatisme ne sera pas reçu de la même manière par telle ou telle catégorie de gens (voir aussi ce texte). Freud fait le lien avec la littérature. Zola théorisait le conditionnement du milieu ; d'autres philosophes, au contraire, considèrent que les individus réagissent différemment parce qu'ils ne reçoivent pas la situation  de la même manière. Boris Cyrulnik parle, lui, de résilients pouvant échapper aux conséquences de situations catastrophiques, situations qui ont pourtant provoqué l'effondrement d'autres personnes  avant eux. Il y a une histoire de volonté derrière cet échappatoire salutaire. La question est de savoir qui est à même de s'autoriser à en rêver et à s'en sortir ? Face à un choc traumatique – et quelque soit sa puissance – certains résilients ont la volonté de se construire envers et contre tout. Au contraire, d'autres personnes, qui ont acquis une éducation "sécure", se refuseront de croire en eux. Il semblerait qu'il n'existe pas de lois figées ni de théories.

    rousseau,kant,hegel,sartre,cyrulnik ,freudUn autre exemple est cité : celui de la gémellité. Les jumeaux, êtres génétiquement identiques, restent des êtres uniques, justement parce que, malgré les caractéristiques et les passés communs, chacun porte un regard singulier sur l'un comme sur l'autre, même si l'amour donné et l'éducation sont a priori identiques.    

    Le passé doit être tenu comme ce qu'il est : un ensemble d'événements révolus, dus au hasard ou non. La solution serait d'essayer de s'y confronter, de l'affronter (dans le cadre de la psychanalyse, par exemple) mais aussi pratiquer une forme d'amnésie volontaire. Certains peuvent aussi choisir de partir sans laisser d'adresse. La question est de savoir comment je peux me défaire de mon passé. Est-ce que je fais toujours les mêmes erreurs, à l'image du personnage principale de Camille Redouble ? Comme le dit Claire, j'ai été "informé" depuis l'enfance – au sens de "donner forme" – et il semblerait que cette forme soit reproduite. Dit autrement, est-ce que l'existence précède l'essence (Sartre) ? Voir aussi ce texte.

    Pour un intervenant, ce débat prend une tournure très négative dans le sens où la question qui pourrait nous être posée serait celle-ci : comment ne pas subir ce passé ? Or, il pourrait tout aussi bien prendre un tour plus positif. L'histoire humaine semblerait bien ne pas se répéter. Mieux, si l'on peut considérer être le résultat de notre passé, force est de constater qu'à titre collectif la richesse humaine s'est considérablement accumulée à travers l'Histoire. Je peux considérer que je peux bénéficier de cette richesse culturelle. Le passé est un héritage et la leçon de toutes les civilisations qui m'ont précédé est de savoir comment profiter de ces apports.

    rousseau,kant,hegel,sartre,cyrulnik ,freudClaire s'interroge sur la notion de progrès – positif ou négatif – qui semble être apposé à celui de l'Histoire. Certains historiens prônent le mythe de l'éternel retour. L'histoire serait cyclique, avec un certain déterminisme catégorique (Cf. texte de Mircéa Eliade). Cependant, réagit un participant, intuitivement, cette notion de progrès – matérielle ou non – semblerait être réelle : nous lisons Kant au contraire de nombre de nos aïeux, la peine de mort  tend à devenir moins pratiquée dans le monde qu'il y a seulement un siècle et les supplices tendent à disparaître au fur et à mesure des siècle. Cela n'empêche pas l'homme de ne pas tirer les leçons passées et de faire le choix de violences à travers le monde (un intervenant rappelle que le cerveau de l'artiste qui a peint la Grotte Chauvet est le même que celui de l'homme moderne). Se rappeler de son passé pour se tourner vers l'avenir (le "devoir de mémoire") implique que l'on doive en tirer les leçons. Claire cite Emmanuel Kant : " L’homme veut la concorde, mais la nature sait mieux que lui ce qui est bon pour son espèce : elle veut la discorde. Il veut vivre commodément et à son aise ; mais la nature veut qu’il soit obligé de sortir de son inertie et de sa satisfaction passive, de se jeter dans le travail et dans la peine pour trouver en retour les moyens de s’en libérer sagement" (Kant, Idée d'une Histoire universelle du Point de vue cosmopolitique, §8). 

    rousseau,kant,hegel,sartre,cyrulnik ,freudLe vrai sujet est qu'aujourd'hui notre civilisation a tendance à oublier la notion de passé pour privilégier la notion de performance immédiate et la maîtrise d'un futur qui lui échappe de toute manière. Il semblerait, dit encore cet intervenant, que chacun doive s'interroger sur cette question : qu'est-ce que j'hérite de mon passé commun et comment je m'enrichis grâce à lui ? Et, ajoute ce participant, interpréter ce passé à l'échelle individuelle et psychanalytique est une "perversion" et le "dévoie" totalement !

    Hegel affirme dans La Raison dans l'Histoire, dit que l'homme individuellement est emprunt de passion. Mais, à l'échelle de l'Humanité, on est dans un progrès de la Raison qui donne sens à tout cela. On va vers une évolution pour davantage de rationalité. C'est directement mis en avant par Jean-Jacques Rousseau qui dit que l'homme est perfectible. L'homme, dit-il, peut être dans un rapport mimétique au monde ou bien il peut le dépasser par la création. Contre cette théorie, Nietzsche puis les philosophes existentialistes croient en la faculté positive de l'oubli : laissons derrière nous, dit le "Philosophe au Marteau", ces héritages de sens – car le sens ne s'hérite pas : il se créé. Et Sartre dit qu'à situation similaire, réception différente parce que l'homme est libre – et condamné à être libre. Cette façon singulière de recevoir un stimulus afin d'écrire "son histoire", qui sera jugée à l'aune de l'Humanité. Le lâche n'est pas lâche du fait de son passé : il est lâche car il a décidé, un moment donné, de se comporter comme un lâche et "son sens lui colle à la peau".  

    Une participante évoque le concept de socialisation, élaboré par Émile Durkheim. Ce principe d'éducation admet que ce que l'on reçoit de nos parents de la société qui, de manière consciente ou non, forme nos manières d'agir, de réagir, nos contenus mentaux. Les successeurs de Durkheim, dont Maurice Halbwachs, insisteront sur le fait que la socialisation influe sur la manière dont on donne sens au monde qui nous entoure. Selon les milieux sociaux, les personnes n'ont pas les mêmes réactions face à telle ou telle situation. Cette intervenante parle des inégalités perpétuées au sein de l'école. Raymond Boudon parle en 1973, dans L'Inégalité des Chances, "d'individualisme éthologique". Les individus n'ont pas les mêmes réactions et font des choix hérités du passé et des aïeux, alors que la démocratisation scolaire est avancée : études courtes, diplômes moins prestigieux, écoles modestes. Claire rebondit en constatant que cette "inégalité des chances" est plus vraie en 2015 qu'en 1973. François Lenglet, dans un cours sur les inégalités, met en évidence que les grandes écoles françaises se renouvellent au sein d'une même classe sociale. Il y a aussi une forme d'alimentation de cette inégalité, par une sorte de fatalisme. Cette répétition du passé, jusque dans les élites ("je suis polytechnicien parce que mon père l'était") est sans doute aussi, réagit un participant, une forme de ratage de carrière, de sa vie ("l'inculture... de ces polytechniciens formatés" est sévèrement stigmatisée !) et de ses aspirations vers le bonheur. 

    Bruno considère qu'il existe un autre frein : la nostalgie, qui peut être un facteur limitant. 

    rousseau,kant,hegel,sartre,cyrulnik ,freudLa question ambitieuse est de savoir, si l'on n'a pas à reproduire les mêmes mécanismes sociaux, comment se défaire d'un passé qui ne nous convient pas, qui nous empêche de nous exprimer et de nous épanouir ? Dans ce cas, la tâche à accomplir pas s'avérer ardue comme le montrent quelques destins atypiques (le cuisinier Thierry Marx, par exemple). Finalement, réagit un autre participant, "les gens diffèrent plus par leur volonté que par leur intelligence". Le déterminisme est une chose ("à trois ans tout est fini" ?), dit un autre intervenant, mais le libre-arbitre en est une autre. La raison nous interroge : puis-je me contenter de mon passé ou bien est-ce que j'aspire à autre chose afin de ne pas subir ? Dans ce cas, la connaissance et la volonté sont des armes, sauf si la volonté "est barrée par des croyances limitantes" (évoquées autrement plus haut), facteurs d'une forme de déterminisme social. Ces dernières sont inscrites profondément et inconsciemment en nous et il est très difficile d'en sortir. Pour lutter contre ce déterminisme, la clé serait le rêve, dû souvent à des personnes qui s'autorisent à créer et agir pour faire changer leur monde et le monde. Pour preuve, l'artiste, capable de dépasser l'académisme – et souvent après avoir assimilé le passé – pour créer leur propre univers.

    Un participant évoque la question du passé, non pas de soi, mais de l'autre. Ce qui peut nous faire sortir de notre passé c'est la séduction d'un passé qui nous est étranger mais qui nous touche par l'universalité et la beauté. Le rôle de l'artiste, par exemple, nous permet de nous échapper de notre propre passé qui pourrait nous débloquer.  

    Un participant évoque en fin de débat cette allégorie : le passé serait cette petite barque naviguant au fil de l'eau mais construite au fur et à mesure. Au fur et à mesure de notre voyage, nous intégrons à cette barque des débris – plus ou moins lourds – que nous rencontrons. Nous tentons de donner un cap à notre bateau grâce à notre raisonnement, en sachant que nous devons faire avec les vents dominants comme avec les tempêtes. Au final, nous essayons sans doute de trouver l'équilibre en pleine mer. Certains, que nous pouvons croiser sur notre route, peuvent essayer de nous pousser dans une  direction initiale mais c'est à nous d'influer le cap et de suivre notre propre boussole. 

    Finalement, nous devons nous autoriser à dépasser notre passé et à rêver, pour aller vers un avenir – mais sans "se divertir" (Pascal), sans courir vers quelque chose qui n'existe pas. 

    Pour clôture la séance, quatre sujets (et non pas trois, comme de coutume) sont mis au vote pour la séance suivante, le 22 mai 2015 : "Y a-t-il des civilisations supérieures à d'autres ?", "Doit-on prendre ses rêves pour la réalité ?", "Doit-on mourir pour une cause ?" et "Est-il raisonnable de croire en Dieu ?" C'est ce dernier sujet qui est élu par la majorité des participants.    

    Philo-galerie

    Illustrations:  Gustav Klimt

     

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  • ILS ONT DIT, AU SUJET DE LA SOLITUDE

     

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    "Même dans la solitude, ne dis ni ne fais rien de blâmable. Apprends à te respecter beaucoup plus devant ta propre conscience que devant autrui." [Démocrite]

    "Or, puisque nous entreprenons de vivre seuls et de nous passer de compagnie, faisons que notre contentement dépende de nous." [Michel de Montaigne]

    "De là vient que les hommes aiment tant le bruit et le remuement ; de là vient que la prison est un supplice si horrible ; de là vient que le plaisir de la solitude est une chose incompréhensible." [Blaise Pascal

    "La parfaite solitude est peut-être la plus grande punition que nous puissions souffrir." [David Hume]

    "En sortant d'une longue et douce rêverie, en me voyant entouré de verdure, de fleurs, d'oiseaux et laissant errer mes yeux au loin sur les romanesques rivages qui bordaient une vaste étendue d'eau claire et cristalline, j'assimilais à mes fictions tous ces aimables objets ; et me trouvant enfin ramené par degrés à moi-même et à ce qui m'entourait, je ne pouvais marquer le point de séparation des fictions aux réalités ; tant tout concourait également à me rendre chère la vie recueillie et solitaire que je menais dans ce beau séjour." [Jean-Jacques Rousseau

    "Qui vient ? qui m'appelle ? / - Personne. / Je suis seul ; c'est l'heure qui sonne ; / Ô solitude ! Ô pauvreté !" [Alfred de Musset]

    "On ne peut être vraiment soi qu'aussi longtemps qu'on est seul ; qui n'aime donc pas la solitude n'aime pas la liberté, car on n'est libre qu'étant seul." [Arthur Schopenhauer]

    "La solitude offre à l'homme intellectuellement haut placé un double avantage : le premier, d'être avec soi-même, et le second de n'être pas avec les autres." [Arthur Schopenhauer

    "La solitude est très belle... quand on a près de soi quelqu'un à qui le dire." [Gustavo Adolfo Bécquer

    "Plus j'aime l'humanité en général et moins j'aime les gens en particulier." [Fiodor Dostoïevski]

    "Lorsque Zarathoustra eut atteint sa trentième année, Il quitta sa patrie et le lac de sa patrie et s'en alla dans la montagne. Là il jouit de son esprit et de sa solitude et ne s'en lassa point durant dix années." [Friedrich Nietzsche]     

    "Le défaut le plus répandu de notre type de formation et d’éducation : personne n'apprend, personne n'aspire, personne n'enseigne... à supporter la solitude." [Friedrich Nietzsche

    "L'intellectualité supérieure et indépendante, la volonté de solitude, la grande raison apparaissent comme des dangers." [Friedrich Nietzsche

    "Une seule chose est nécessaire : la solitude. La grande solitude intérieure. Aller en soi-même et ne rencontrer pendant des heures personne, c'est à cela qu'il faut parvenir. Etre seul, comme l'enfant est seul." [Rainer Maria Rilke

    "Il est bon de redire que l'homme ne se forme jamais par l'expérience solitaire." [Alain

    "Ma parole est recoupée par celle d'autrui : je m'entends en autrui et il parle en moi." [Maurice Merleau-Ponty

    "La solitude rend sensible, non étranger à autrui." [Mika Waltari]

    "Dans l'amour, chaque conscience cherche à mettre son être-pour-autrui dans la liberté de l'autre." [Jean-Paul Sartre]  

    "La femme postmoderne, interrogée par des sondeurs, s’estime être seule car elle est souvent condamnée à un enfermement intérieur qui lui interdit la rencontre avec un homme." [Simone de Beauvoir]

    "Incapable de s'accomplir dans la solitude, l'homme dans ses rapports avec ses semblables est sans cesse en danger : sa vie est une entreprise difficile dont la réussite n'est jamais assurée." [Simone de Beauvoir]

    "Dans la proximité, l'absolument autre, l'Étranger que "je n'ai ni conçu ni enfanté" je l'ai déjà sur les bras, déjà je le porte... En être réduit à recourir à moi, c'est déjà l'apatridie ou l'étranger du prochain. Elle m'incombe." [Emmanuel Lévinas]   

    "Le tort des théories philosophiques c'est de [réduire autrui] tantôt à un objet particulier, tantôt à un autre sujet... Mais autrui n'est ni un objet dans le champ de ma perception, ni un sujet qui me perçoit : c'est d'abord une structure du champ perceptif, sans laquelle ce champ dans son ensemble ne fonctionnerait pas comme il le fait." [Gilles Deleuze

    "La solitude. Elle est mon moteur, mais aussi une malédiction. Je rencontre peu de gens. Je ne sors presque jamais. J’ai trop de soucis." [Yves Saint Laurent

    "Solitude : douce absence de regards." [Milan Kundera

    "Être seul, c'est être soi, rien d'autre. Comment serait-on autre chose ? Personne ne peut vivre à notre place ni mourir à notre place, ni souffrir à notre place, et c'est ce qu'on appelle la solitude : ce n'est qu'un autre nom pour l'effort d'exister." [André Comte-Sponville

    "Le langage, loin de combler l’abîme qui sépare les êtres, creuse la distance, il met en évidence la solitude et l’impossibilité de communiquer." [Michel Onfray

     

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  • ROUSSEAU : LE BONHEUR D’ÊTRE SEUL

    141206_Mr_Turner5.jpg"Je suis en racontant mes voyages comme j'étais en les faisant: je ne saurais arriver. Le cœur me battait de joie en approchant de ma chère maman, et je n'en allais pas plus vite. J'aime à marcher à mon aise, et m'arrêter quand il me plaît. La vie ambulante est celle qu'il me faut. Faire route à pied par un beau temps, dans un beau pays, sans être pressé, et avoir pour terme de ma course un objet agréable, voilà de toutes les manières de vivre celle qui est le plus de mon goût. Au reste, on sait déjà ce que j'entends par un beau pays. Jamais pays de plaine, quelque beau qu'il fût, ne parut tel à mes yeux. Il me faut des torrents, des rochers, des sapins, des bois noirs, des montagnes, des chemins raboteux à monter et à descendre, des précipices à mes côtés, qui me fassent bien peur. J'eus ce plaisir, et je le goûtai dans tout son charme, en approchant de Chambéri. Non loin d'une montagne coupée qu'on appelle le Pas de l'Échelle, au-dessous du grand chemin taillé dans le roc, à l'endroit appelé Chailles, court et bouillonne dans des gouffres affreux une petite rivière qui paraît avoir mis à les creuser des milliers de siècles. On a bordé le chemin d'un parapet, pour prévenir les malheurs: cela faisait que je pouvais contempler au fond, et gagner des vertiges tout à mon aise; car ce qu'il y a de plaisant dans mon goût pour les lieux escarpés est qu'ils me font tourner la tête; et j'aime beaucoup ce tournoiement, pourvu que je sois en sûreté. Bien appuyé sur le parapet, j'avançais le nez, et je restais là des heures entières, entrevoyant de temps en temps cette écume et cette eau bleue dont j'entendais le mugissement à travers les cris des corbeaux et des oiseaux de proie qui volaient de roche en roche, et de broussaille en broussaille, à cent toises au- dessous de moi. Dans les endroits où la pente était assez unie et la broussaille assez claire pour laisser passer des cailloux, j'en allais chercher au loin d'aussi gros que je les pouvais porter, je les rassemblais sur le parapet en pile; puis, les lançant l'un après l'autre, je me délectais à les voir rouler, bondir et voler en mille éclats, avant que d'atteindre le fond du précipice."

    Jean-Jacques Rousseau, Les Confessions (1765-1770)

     

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  • ILS ONT DIT, AU SUJET DU LANGAGE

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    "Ne sachant pas écouter, ils ne savent pas non plus parler." [Héraclite]

    "Sans langage commun les affaires ne peuvent être conclues." [Confucius]

    "Je veux dire le pouvoir de persuader par ses discours les juges au tribunal, les sénateurs dans le Conseil, les citoyens dans l'assemblée du peuple et dans toute autre réunion qui soit une réunion de citoyens. Avec ce pouvoir, tu feras ton esclave du médecin, ton esclave du pédotribe et, quant au fameux financier, on reconnaîtra que ce n'est pas pour lui qu'il amasse de l'argent, mais pour autrui, pour toi qui sais parler et persuader les foules." [Platon]

    "Seul entre les animaux, l'homme à l'usage de la parole." [Aristote]

    "Le langage de la vérité est simple." [Sénèque]

    "L'Un est antérieur au quelque chose. C'est pourquoi, en vérité, il est ineffable." [Plotin

    "« Il n'est mouvement qui ne parle." [Montaigne]

    "Je fais dire aux autres ce que je ne puis si bien dire tantôt par faiblesse de mon langage, tantôt par faiblesse de mes sens. Je ne compte pas mes emprunts, je les pèse." [Montaigne]

    "Ce qui me semble un très fort argument pour prouver que ce qui fait que les bêtes ne parlent point comme nous, est qu'elles n'ont aucune pensée, et non point que les organes leur manquent." [René Descartes]

    "Exprimer pour le sujet parlant, c'est prendre conscience : il n'exprime pas seulement pour les autres, il exprime pour savoir lui-même ce qu'il vise." [René Descartes]

    "Tous les hommes les plus stupides et les plus insensés, ceux mêmes qui sont privés des organes de la langue et de la parole, se servent de signes, au lieu que les bêtes ne font rien de semblable, ce que l'on peut prendre pour la véritable différence entre l'homme et la bête." [René Descartes]

    "Les yeux sont les interprètes du coeur, mais il n'y a que celui qui y a intérêt qui entend leur langage." [Blaise Pascal]

    "Dieu, ayant fait l'homme pour être une créature sociable, lui a non seulement inspiré le désir et l'a mis dans la nécessité de vivre avec ceux de son espèce, mais lui a donné aussi la faculté de parler, qui devait être le grand instrument et le lien commun de cette société." [GW Leibniz]

    "La langue de convention n'appartient qu'à l'homme. Voilà pourquoi l'homme fait des progrès, soit en bien, soit en mal, et pourquoi les animaux n'en font point." [Jean-Jacques Rousseau

    "Le langage fabrique les gens bien plus que les gens ne fabriquent le langage." [Johann Wolfgang von Goethe]

    "C'est dans les mots que nous pensons" [GWF Hegel

    "Le langage est-il l'expression adéquate de toutes les réalités ?" [Friedrich Nietzsche]

    "Le signe linguistique est arbitraire." [Ferdinand de Saussure

    "Il est évident que, lorsque je commets un lapsus, celui-ci peut revêtir mille formes différentes ; je puis prononcer, à la place du mot juste, mille mots inappropriés, imprimer au mot juste mille déformations. Et lorsque, dans un cas particulier, je ne commets, de tous les lapsus possibles, que tel lapsus déterminé, y a-t-il à cela des raisons décisives, ou ne s’agit-il là que d’un fait accidentel, arbitraire, d’une question qui ne comporte aucune réponse rationnelle ?" [Sigmund Freud

    "Nous tendons instinctivement à solidifier nos impressions, pour les exprimer par le langage." [Henri Bergson]

    "Quelle est la fonction primitive du langage ? C'est d'établir une communication en vue d'une coopération." [Henri Bergson]

    "On peut, si on veut, ramener tout l'art de vivre à un bon usage du langage." [Simone Weil]

    "La langue est un instrument à penser." [Alain

    "Les limites de mon langage signifient les limites de mon propre monde." [Ludwig Wittgenstein]

    "C'est une erreur de penser que le philosophe se réfère à une langue idéale, différente de la langue commune. On pourrait croire ainsi que la langue ordinaire peut être améliorée. Mais la langue ordinaire est parfaite." [Ludwig Wittgenstein]

    "Le langage travestit la pensée. Et notamment de telle sorte que d’après la forme extérieure du vêtement l’on ne peut conclure à la forme de la pensée travestie; pour la raison que la forme extérieure du vêtement vise à tout autre chose qu’à permettre de reconnaître la forme du corps." [Ludwig Wittgenstein]

    "Ce dont on ne peut parler, il faut le taire." [Ludwig Wittgenstein]

    "Notre vue sur l'homme restera superficielle tant que nous ne remonterons pas à cette origine, tant que nous ne retrouverons pas, sous le bruit des paroles, le silence primordial, tant que nous ne décrirons pas le geste qui rompt ce silence. La parole est un geste et sa signification un monde." [Maurice Merleau-Ponty]

    "Il y a donc une opacité du langage : nulle part il ne cesse pour laisser place à du sens pur, il n'est jamais limité que par du langage encore et le sens ne paraît en lui que serti dans les mots." [Maurice Merleau-Ponty]

    "Le langage est aux postes de commande de l'imagination." [Gaston Bachelard

    "Je me reproche d'avoir dit trop de choses à dire et pas assez de choses à ne pas dire" [Jean Cocteau]

    "Le langage reproduit le monde, mais en le soumettant à son organisation propre." [Émile Benveniste]

    "Le langage est une peau : je frotte mon langage contre l’autre. " [Roland Barthes]

    "Ce que cache mon langage, mon corps le dit. Mon corps est un enfant entêté, mon langage est un adulte très civilisé… " [Roland Barthes]

    "Le désir s’exprime par la caresse comme la pensée par le langage." [Jean-Paul Sartre]

    "Les poètes sont des hommes qui refusent d'utiliser le langage... Le poète est hors du langage, il voit les mots à l'envers, comme s'il n'appartenait pas à la condition humaine et que, venant vers les hommes, il rencontrât d'abord la parole comme une barrière." [Jean-Paul Sartre]

    "La véritable création commence où finit le langage." [Arthur Koestler]

    "Le langage est un ensemble de citations." [Jorge Luis Borges]

    "Une monstrueuse aberration fait croire aux hommes que le langage est né pour faciliter leurs relations mutuelles." [Michel Leiris]

    "Une langue est un prisme à travers lequel ses usagers sont condamnés à voir le monde ; et (...) notre vision du monde est donc déterminée, prédéterminée même, par la langue que nous parlons." [Georges Mounin]  

    "On peut aussi traiter le langage comme condition de la culture, et à un double titre : diachronique, puisque c'est surtout au moyen du langage que l'individu acquiert la culture de son groupe ; on instruit, on éduque l'enfant par la parole ; on le gronde ; on le flatte avec des mots." [Claude Lévi-Strauss

    "Le langage, loin de combler l’abîme qui sépare les êtres, creuse la distance, il met en évidence la solitude et l’impossibilité de communiquer." [Michel Onfray]

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  • COMPTE-RENDU DE LA SÉANCE : "FAUT-IL TOUT FAIRE POUR ÊTRE HEUREUX ?"

    Thème du débat : "Faut-il tout faire pour être heureux ?" 

    Date : 12 décembre 2014 à la Brasserie du centre commercial de la Chaussée

    watzlawick,andré,épicure,spinoza,cyrulnik,eudémonistes,aristote,rousseau,bouddha,pascal,socrate,arendtLe café philosophique de Montargis se réunissait le 12 décembre 2014 pour un débat portant sur cette question : "Doit-on tout faire pour être heureux ?" Une centaine de personnes était présente pour cette 45e séance.

    Claire commence par préciser qu'il s'agissait d'un sujet proposé, en juin 2014, pour l'épreuve de philosophie du baccalauréat (section Littéraire).  

    Un premier participant problématise cette question : est-il question d'une obligation ? Qu'est-ce qu'être heureux (biens matériels, comportements, etc.) ? Quel est le rapport entre la notion de bonheur et celle de plaisir ("la récompense") ? Le "tout faire" pourrait impliquer que ce chemin vers le bonheur se ferait "au détriment des autres". La répartition des biens et des richesses en est une illustration, ajoute ce participant. La cupidité et la rapacité se font au détriment d'une immense majorité de personnes pauvres ou modestes (il est cité l'exemple des notaires – "pas forcément dans le besoin" – manifestant cette semaine pour conserver leur niveau de vie...). À l'inverse, certaines personnes altruistes sont heureuses lorsqu'elles apportent un peu de bien aux autres. Bruno rebondit en citant l'exemple de Fritz Zorn, Mars : le narrateur, issu d'un milieu bourgeois et aisé, trouve son salut – et une forme de bonheur – grâce à la maladie qui l'accable.


    watzlawick,andré,épicure,spinoza,cyrulnik,eudémonistes,aristote,rousseau,bouddha,pascal,socrate,arendtPour un autre intervenant : "Il faut tout faire pour être heureux, parce que la vie est courte (... ), mais dans la limite du raisonnable". La question soulevée par une participante est celle de quantifier le bonheur : quand est-on heureux ? La réponse peut être dans une forme de comparaison. Une intervenante se demande si le bonheur ne résiderait pas dans l'absence de malheur, une optique dans laquelle s'engouffre le domaine pharmaceutique et les mises à disposition de psychotropes. Lorsque tout va bien, dit Claire, nous pouvons être dans un état d'allégresse, de joie, de spontanéité qui n'est sans doute pas à proprement parlé du bonheur. Par contre, c'est sans doute dans le malheur et dans les témoignages d'amour et de soutien que l'on pourrait retrouver la trace de ce bonheur.  

    Pour une participante, le bonheur est une exigence autant qu'un état personnel, lié à l'éducation, avec certainement une part génétique voire neurologique. Aux notions de bien et de mal, peut s'ajouter les notions de "bien vivre" et de "mal vivre". Tout faire pour être heureux semblerait ne pas vraiment avoir de sens, dit encore cette participante, car le bonheur semblerait être un état naturel ("On ne peut pas se forcer à être heureux : on l'est ou on l'est pas"). Par contre, ajoute-t-elle, certaines personnes, peuvent rendre malheureux les autres. 

    Pour une autre intervenante, le bonheur est souvent associé à quelque chose d'extérieur à soi que que l'on posséderait : la santé, l'amour, une famille, les biens matériels, etc. "Une récompense", est-il encore dit au cours de la soirée. L'autre remarque de cette intervenante réside autour de cette question : "Est-ce qu'il est obligatoire de faire quelque chose pour être heureux ?" Ne pourrait-on pas être heureux dans la quiétude épicurienne évoquée par Claire : accepter et ne rien faire. En un mot : le lâcher prise ?

    Tout faire pour être heureux pose la question de l'âge : la jeunesse, remarque une personne de l'assistance, recherche le bonheur dans l'action, alors qu'avec l'âge cet état résiderait plutôt dans l'évitement de la douleur : l'ataraxie.  

    watzlawick,andré,épicure,spinoza,cyrulnik,eudémonistes,aristote,rousseau,bouddha,pascal,socrate,arendtClaire revient sur cette notion de bonheur et d'obligation, évoquées plus haut : "Il y a la notion d'obligation mais aussi la notion de devoir". Le "tout faire" et le "doit-on" peuvent se regrouper autour de la notion de devoir. Autrement dit, je pourrais pratiquer un hédonisme tel que, par définition, je me devrais, pour être un homme, d'être heureux envers et contre tous. Du coup, peut-on et comment arriver à l'état de plénitude – qui est l'état du bonheur  ? Car il s'agit bien de cela, ajoute Claire : le bonheur est cet état de plénitude, sans manque ni désir. On est heureux lorsque l'on satisfait ses désirs. Le bonheur résiderait dans l'avoir et la possession, l'assouvissement de ses désirs et donc, quelque part, dans l'accomplissement de soi. 

    La notion de devoir est importante, ajoute Claire, dans le sens où cela sous-entend une une forme d'exigence. Car, a contrario, si la finalité de la vie humaine n'est pas le bonheur, quelle est-elle ? La vérité ? La santé ? Autre chose ? Si l'on abandonne l'exigence du bonheur, peut-on mener une existence pertinente ? Pour une participante, la réponse est positive : on peut se contenter d'un "semi-bonheur" car, suite à ce semi-bonheur, "le reste arrivera" sans doute...

    Est-ce que le bonheur ne résiderait pas plutôt dans l'ataraxie, l'absence de troubles de l'âme ? À ce sujet, Épicure dit que le plaisir est le commencement et la fin de toute vie heureuse. Mais dans sa Lettre à Ménécée, il précise que tous les plaisirs ne sont pas à rechercher ni toutes les douleurs à éviter. Par là, l'épicurisme n'est pas cette doctrine philosophique souvent caricaturée d'une invitation à "brûler la vie par les deux bouts" : Épicure recherche plutôt l'ataraxie, la quiétude, la sérénité. On peut penser qu'un bonheur ne peut s'atteindre si l'on est en conflit avec autrui. Mais donc ce cas, peut-on être heureux tout seul ? Et peut-on être heureux si l'on est malgré tout dans "l'attentat" envers son proche et son prochain ?  

    Claire réagit en précisant qu'étymologiquement, le "bon heur" est la "chance". Par exemple, les eudémonistes, qui sont ces philosophes qui cherchent à comprendre le bonheur et les moyens d'y accéder, ne parlent pas de "bon heur", tant cette notion de chance et de fortune (fortuna) nous échappe. Mais par contre, ils parlent du Souverain Bien (Aristote ou Épicure). Nous ne sommes plus alors dans l'action mais plutôt dans le délaissement. On va à l'essentiel et à ce qui nous caractérise singulièrement, ce qui fait que nous sommes nous-même et pas un autre, y compris dans le corps politique (polis). Le bonheur se situe dans le respect de soi-même et de l'autre. Nous sommes alors dans la dimension éthique du Souverain Bien.  

    watzlawick,andré,épicure,spinoza,cyrulnik,eudémonistes,aristote,rousseau,bouddha,pascal,socrate,arendtUne participante remarque que ce débat sur le bonheur semble être très occidental, même si cette notion reste universelle. La France, pays développé et riche, fait partie de ces contrées dont les habitants sont les plus insatisfaits et les plus "malheureux" au monde. C'est aussi là, précise un autre intervenant, que se consomme le plus de psychotropes (du "bonheur de substitution"). Cette notion de bonheur est très relative et peut être mise en relief avec d'autres cultures, par exemple le Bouthan qui a remplacé le PNB (Produit National Brut) par le BNB (Bonheur National Brut). Un intervenant relativise cette posture : le BNB interdisait l'alcool, interdiction qui, par la suite a été levée, ce qui amis un sérieux coup de canif dans l'idéal de ce BNB !

    Un autre intervenant parle de techniques modernes pour accéder au bonheur (la méditation de pleine conscience de Christophe André), de notions psychologiques ou psychiatriques (la résilience de Boris Cyrulnik) qui tendent à nous emmener vers une forme de bonheur immatériel : être en paix avec soi-même. Paul Watzlawick, de l'école de Palo Alto, dans l'ouvrage Faites-vous même votre Malheur, démontre comment certaines personnes s'enfoncent dans leur malheur, le ruminent et n'ont simplement jamais conscience de se sentir bien. 

    Un nouveau participant reprend la question d'origine : "Doit-on tout faire pour être heureux ?" Si l'on répond par la négative, on se place d'emblée dans le camp de ceux pour qui bonheur ou malheur laisse indifférent. Je me place en position de désintérêt par rapport à la vie et à ma propre existence, - voire, ajoute-t-il, dans un "état suicidaire". La recherche du bonheur (même s'il s'agit, comme dit plus haut d'un "demi bonheur"), est, selon lui, une nécessité absolue, tout en sachant qu'il sera difficilement accessible, notamment pour les personnes vivant dans le dénuement et le désœuvrement le plus total. Pour une autre personne du public, le bonheur peut s'organiser (il cite l'importance des vacances ou de sorties en groupes) : "Il faut se battre pour être heureux !" autant que donner. Mais tout en gardant en tête, ajoute une intervenante, l'impératif de la morale : "Pas de bonheur sans morale !"  Et pas de bonheur sans autrui, est-il également dit au cours de ce débat.

    watzlawick,andré,épicure,spinoza,cyrulnik,eudémonistes,aristote,rousseau,bouddha,pascal,socrate,arendtPour un autre intervenant, la condition fondamentale du bonheur est celle de la liberté. L'accès au bonheur semblerait bien être l'objectif que tout un chacun souhaite atteindre. Seulement, présenté par les eudémonistes comme le Souverain Bien, il s'agit d'un idéal et en tant qu'idéal il est inatteignable : "Le concept du bonheur est un concept si indéterminé, que, malgré le désir qu’a tout homme d’arriver à être heureux, personne ne peut jamais dire en termes précis et cohérents ce que véritablement il désire et il veut", écrivait Emmanuel Kant. Jean Anouilh disait, de son côté : "Il ne faut pas croire exagérément au bonheur."

    Pour Claire, il y a une nette distinction entre l'injonction "Je dois tout faire pour être heureux" par l'action d'une part et le travail sur soi afin d'acquérir une forme de sérénité d'autre part. Il est sans doute important de faire en sorte de donner un sens à sa vie (Sartre) ; a contrario, pour beaucoup de philosophes, si le bonheur se situe dans un état de projection, on perd tout car, par définition, s'évertuer à dire que l'on est heureux c'est oublier qu'on l'est déjà ! La philosophie stoïcienne dit par exemple qu'il y a ce qui dépend de moi et ce qui n'en dépend pas ; tout ce qui ne dépend pas de moi, je dois m'en détacher et tout ce qui dépend de moi, je dois l'apprécier. Pour Blaise Pascal, l'homme sera d'autant plus heureux lorsqu'il arrêtera de chercher à se divertir, le divertissement n'étant rien d'autre que la projection vers un bonheur illusoire, au risque d'oublier l'instant présent : la méditation et la contemplation, là, maintenant, serait préférable à la nostalgie comme à une recherche vaine vers un bonheur futur et hypothétique. Un participant cite à ce sujet Bouddha : "La joie se cueille, le plaisir se ramasse et le bonheur se cultive." Ce sont les petits bonheurs et les petits malheurs qui permettent d'accueillir la vie : "Goûtez tous les plaisirs et souffrez tous les maux / Et dites : c'est beaucoup et c'est l'ombre d'un rêve" (Jean Moréas), cite un participant.

    Pour aller plus loin, la morale devrait-elle toujours prévaloir dans cette "construction du bonheur". Pascal dit : "Tous les hommes recherchent d’être heureux. Cela est sans exception, quelques différents moyens qu’ils y emploient. Ils tendent tous à ce but" (Pensée 138). Mais à le rechercher sans relâche, on oublie de vivre de manière pertinente, on s'oublie soi-même, si bien que "le présent ne nous satisfaisant jamais, l’espérance nous séduit, et, de malheur en malheur, nous mène jusqu’à la mort, qui en est le comble éternel". Une telle posture pose une question morale : s'accomplir soi-même vient en contradiction avec nos impératifs sociaux. Nous ne sommes sans doute jamais à notre place dans notre vie, la recherche du bonheur venant se heurter à une vie qui nous oblige. Le "connais-toi toi-même" socratique nous interpelle : est-ce que je suis à ma place ? Tout cela est une histoire d'appropriation.

    watzlawick,andré,épicure,spinoza,cyrulnik,eudémonistes,aristote,rousseau,bouddha,pascal,socrate,arendtLe bonheur, dit une autre intervenante, pourrait n'être qu'un fantasme. Un fantasme que de grandes  idéologies du XXe siècle ont utilisé à des fins politiques, à décréter. Le bonheur ne serait pas à prendre d'un bloc mais comme une accumulation de petits événements ou de micro comportements à goûter ("Le bonheur est dans le pré ; cours-y vite cours-y vite ; le bonheur est dans le pré ; Cours y vite il va filer" dit une comptine célèbre). Bruno rebondit sur cette question de "bonheur collectif". Un bonheur collectif qui, depuis la fin du XXe siècle, n'existe plus et a été remplacé par le concept de bonheur individuel (thérapies de groupe, cours de sophrologie, etc.).

    Parler du bonheur implique la nécessité et la capacité à le reconnaître lorsqu'il se présente à nous, réagit une nouvelle participante. Or, parfois, cette capacité nous ne l'avons pas. Le bonheur est aussi le fait d'appréhender le monde d'une certaine façon afin de "le rendre heureux". Lors d'une introspection, lors de mauvaises expériences, nous pouvons en tirer des conclusions et des leçons bénéfiques ("positiver les choses"). 

    Ce qui est également en jeu à travers la question du bonheur est celle de la mort et de notre rapport à elle. Une intervenante cite l'Inde. Dans ce pays, la mort n'est pas taboue. Elle est présente de manière moins tragique que dans nos sociétés occidentales. Claire met en avant notre rapport moderne à la mort. Aucune mort n'est naturelle et tout décès est hasardeux, "alors que, dit Claire, la mort n'est pas un hasard ; c'est la vie qui en est un". Dans nos sociétés modernes, la mort, la vieillesse et le passé sont mises de côté. Seuls comptent le présent et le futur. On est dans la création. Le bonheur semblerait avoir un lien avec l'idée de sens : quelle orientation dois-je choisir de donner à ma vie.? Or, n'est-il par perdu d'avance de chercher à se construire dans un avenir hypothétique ? "L'homme avide est borné" disait Jean-Jacques Rousseau.

    Dans le doit-on tout faire pour être heureux, peut-on choisir son malheur, quitte à faire souffrir aujourd'hui ? Ou bien mon bonheur ne devra-t-il passer que par l'acceptation d'autrui ? Ce qui se pose ici est celle d'une morale qui viendrait borner notre recherche du bonheur.  

    watzlawick,andré,épicure,spinoza,cyrulnik,eudémonistes,aristote,rousseau,bouddha,pascal,socrate,arendt"Il y a une intelligence du bonheur", juge également un membre du public : certaines personnes ont plus d'aptitudes au bonheur que d'autres. Partant de cela, réagit un autre participant, "ceux qui n'en ont pas doivent aller chercher des astuces" pour être meilleur et heureux. Mais une telle considération sur "l'intelligence du bonheur" n'est-elle pas contredite par l'expression populaire "Espèce d'imbécile heureux !" ? Être trop intelligent ne serait-ce pas un frein à ce bonheur tant désiré. Ne faut-il pas revendiquer une certaine bêtise, à la manière de Candide ou l'Optimiste (Voltaire) ? Or, si l'on parle d'intelligence dans le bonheur, il ne s'agit pas d'une intelligence scientifique ou intellectuelle. Des peuplades reculées, dénuées de tout confort matériel, vivant parfois dans l'intelligence, peuvent être dans une parfaite harmonie et avec un détachement heureux. "Une puissance de vie", précise une participante.

    Cela voudrait-il dire que le progrès et l'intelligence seraient un frein au bonheur ? Quelqu'un dans l'assistance répond par la négative : croire que la pauvreté permettraient de se raccrocher à l'essentiel est profondément illusoire. La construction d'une route, l'installation de l'électricité ou la mise en place d'écoles pour tous dans des régions reculées du monde peuvent participer d'un mouvement altruiste. La science, l'imagerie médicale, l'atterrissage d'un satellite artificiel sur une lointaine comète peuvent susciter une forme de bonheur, qui serait un bonheur collectif, une fierté pour le genre humain et le progrès qui a un certain sens.  

    Aujourd'hui, il y a bien une injonction à être heureux. Le "mal heureux" n'est pas bien considéré dans nos sociétés. Il gêne. Doit-on absolument être heureux ? Cette question, réagit un intervenant, peut ne pas se poser. Hannah Arendt, dans la Crise de la Culture (1961), revient sur la période de la résistance au cours de laquelle la question du bonheur individuel ne se posait pas, au contraire du bonheur collectif et de la recherche de la liberté. Spinoza parlait de la question du travail comme souffrance, mais ce travail, s'il est sublimé, peut devenir un plaisir. Or, le bonheur est cet effort (conatus) pour entrer dans cette obligation de vivre et de persévérer dans l'être ce qui nous procure la joie.

    watzlawick,andré,épicure,spinoza,cyrulnik,eudémonistes,aristote,rousseau,bouddha,pascal,socrate,arendtMais  comment construire un monde pour le bonheur des autres et de nos descendants ? La vitesse des sociétés occidentales peut nous mener vers une voie où le bonheur paraît factice dans une société compartimentée et modelée par la consommation. Un intervenant considère que le bonheur est une idée neuve... depuis 200 ans et se félicite qu'aujourd'hui chacun puisse prétendre au bonheur.

    Bruno conclut ce débat par les paroles d'une chanson de Berry : "Le trésor n'est pas caché / Il est juste là / À nos pieds dévoilés / Il nous ferait presque tomber" (Le Bonheur). "Peut-être, ajoute-t-il, que le bonheur est là et peut-être ne le savons-nous pas". Alain disait également : "Le bonheur est une récompense qui vient à ceux qui ne l'ont pas cherché."

    Trois sujets sont mis au vote pour la séance du 30 janvier 2015 : "L'enfer est-il pavé de bonnes intentions ?", "Autrui, antidote à la solitude ?" et "Le langage trahit-il la pensée ?" C'est ce dernier sujet qui est élu par la majorité des participants. Rendez-vous est pris à la Brasserie du centre commercial de la Chaussée pour le vendredi 30 janvier.

    Philo-galerie

    Illustrations de ce compte-rendu : Jean-Honoré Fragonard, Roy Liechtenstein, John Russel, Léon-François Commerre, William Bouguereau et Enrique Simonet et Germaine Pichot.

     

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  • ROUSSEAU : L'ORIGINE DU LANGAGE

    camus3-450x253-bw.jpg"L'invention de l'art de communiquer nos idées dépend moins des organes qui nous servent à cette communication, que d'une faculté propre à l'homme, qui lui fait employer ses organes à cet usage et qui, si ceux là lui manquaient, lui en feraient employer d'autres à la même fin.

    Donnez à l'homme une organisation tout aussi grossière qu'il vous plaira : sans doute il acquerra moins d'idées ; mais, pourvu qu'il y ait entre lui et ses semblables quelque moyen de communication par lequel l'un puisse agir et l'autre sentir, ils parviendront à se communiquer enfin tout autant d'idées qu'ils en auront.

    Les animaux ont pour cette communication une organisation plus que suffisante, et jamais aucun d'eux n'en fait usage (...). ceux d'entre eux qui travaillent et vivent en commun, les castors, les fourmis, les abeilles, ont quelque langue naturelle pour s'entre communiquer, je n'en fais aucun doute. Il y a même lieu de croire que la langue des castors et celle des fourmis est dans le geste et parle seulement aux yeux.

    Quoi qu'il en soit, par cela même que les unes et les autres de ces langues sont naturelles, elles ne sont pas acquises ; les animaux qui les parlent les ont en naissant ; ils les ont tous, et partout la même ; ils n'en changent point et n'y font aucun progrès. La langue de convention n'appartient qu'à l'homme. Voilà pourquoi l'homme fait des progrès, soit en bien, soit en mal, et pourquoi les animaux n'en font point."

    Jean-Jacques Rousseau, Essai sur l'Origine des Langues (1781, posth.)

     

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  • ILS ONT DIT, AU SUJET DU BONHEUR

    Socrate,aristote,épictète,freud,saint augustin,alain,bruckner,sade,rousseau,kant,nietzsche,machiavel,pascal,spinoza,Schopenhauer,mill,épicure"Le bonheur c'est le plaisir sans remords." [Socrate]

    "Le bonheur n’est jamais choisi en vue de ces biens, ni d’une manière générale en vue d’autre chose que lui-même." [Aristote]

    "[L]e bien pour l’homme consiste dans une activité de l’âme en accord avec la vertu, et, au cas de pluralité de vertus, en accord avec la plus excellente et la plus parfaite d’entre elles. Mais il faut ajouter : « et cela dans une vie accomplie jusqu’à son terme », car une hirondelle ne fait pas le printemps, ni non plus un seul : et ainsi la félicité et le bonheur ne sont pas davantage l’œuvre d’une seule journée, ni d’un bref espace de temps." [Aristote]

    "Le dernier degré du bonheur est l'absence de tout mal." [Épicure]  

    "Sur les flots, sur les grands chemins, nous poursuivons le bonheur. Mais il est ici, le bonheur." [Horace

    "Ne cherche pas à ce que les événements arrivent comme tu veux, mais veuille que les événements arrivent comme ils arrivent, et tu seras heureux." [Épictète

    "Le bonheur, c’est de continuer à désirer ce qu’on possède." [Saint Augustin]  

    "Le philosophe tend à la félicité, et celui qui aime Dieu est heureux en jouissant de Dieu." [Saint Augustin]

    "Je conclus donc que, la fortune étant variable et les hommes obstinés dans leurs façons, ils sont heureux tant qu’ils s’accordent ensemble et, dès qu’ils discordent, malheureux." [Nicolas Machiavel]

    "Nous ne nous tenons jamais au temps présent. Nous anticipons l’avenir comme trop lent à venir, comme pour hâter son cours." [Blaise Pascal]

    "Toute notre félicité et notre misère dépendent de la qualité de l’objet que nous aimons. Ainsi l’amour d’une chose éternelle et infinie nourrit l’âme d’une joie sans mélange et sans tristesse." [Baruch Spinoza]

    "La Béatitude n'est pas la récompense de la Vertu, mais la Vertu même." [Baruch Spinoza]

    "On n'est jamais si heureux ni si malheureux qu'on s'imagine." [François de La Rochefoucauld

    "Le parfait bonheur ne consiste qu'à rendre les hommes heureux." [Jean-Jacques Rousseau]  

    "Le concept du bonheur est un concept si indéterminé, que, malgré le désir qu’a tout homme d’arriver à être heureux, personne ne peut jamais dire en termes précis et cohérents ce que véritablement il désire et il veut." [Emmanuel Kant

    " Tout le bonheur des hommes est dans l'imagination." [Marquis de Sade]  

    "Le désir est long, et ses exigences tendent à l’infini ; la satisfaction est courte, et elle est parcimonieusement mesurée." [Arthur Schopenhauer]  

    "Incontestablement, l’être dont les facultés de jouissance sont d’ordre inférieur a les plus grandes chances de les voir pleinement satisfaites ; tandis qu’un être d’aspirations élevées sentira toujours que le bonheur qu’il peut viser, quel qu’il soit – le monde étant fait comme il est – est un bonheur imparfait." [John Stuart Mill

    "Que doit-on préférer : un bonheur facile ou des souffrances élevées ?" [Fiodor Dostoïevski]

    "Formule de mon bonheur : un "oui", un "non", une ligne droite, un but..." [Friedrich Nietzsche]

    "On ne devrait pas vivre que pour le plaisir. Rien ne vieillit comme le bonheur." [Oscar Wilde

    "De bons amis, de bons livres et la conscience somnolente, voilà le secret du bonheur." [Mark Twain]

    "Le bonheur est un rêve d'enfant réalisé dans l'âge adulte." [Sigmund Freud

    "Il me parut que le meilleur et plus sûr moyen de répandre autour de soi le bonheur était d'en donner soi-même l'image, et je résolus d'être heureux." [André Gide

    "On n’aime guère un bonheur qui vous tombe ; on veut l’avoir fait." [Alain]  

    "Il ne faut pas croire exagérément au bonheur." [Jean Anouilh]   

    "L’idée du bonheur est le type même du malentendu. Pourquoi le bonheur ? Pourquoi faudrait-il que nous soyons heureux ? De quoi pourrait bien se nourrir un sentiment si général, si abstrait, et pourtant si lié à la vie quotidienne ?" [JMG Le Clézio

    "Enfin, il est peut-être temps de dire que le "secret" d’une bonne vie, c’est de se moquer du bonheur : ne jamais le chercher en tant que tel, l’accueillir sans se demander s’il est mérité ou contribue à l’édification du genre humain." [Pascal Bruckner]  

     

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