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"Autrui, antidote à la solitude ?"

  • Bilan de la saison 6 en attendant la saison 7

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    Alors que la 7ème saison du café philosophique de Montargis se profile, un bilan de la saison 6 s'impose. Pour l'année 2014-2015, l'animation de la Chaussée a confirmé son succès. Avec huit séances, de septembre 2014 à juin 2015, totalisant en tout 740 personnes, en moyenne les débats du café philo ont réuni plus de 90 personnes (contre 75, pour la saison précédente).

    Rappelons que les séances du café philosophique de Montargis sont gratuites et ouvertes à tous. 

    Le café philosophique de Montargis proposait huit débats : "Existe-t-on quand personne ne nous regarde ?" (le 27 septembre 2014, avec 75 participants), "Le monstre est-il parmi nous?" (le 14 novembre 2014, avec 65 participants), "Doit-on tout faire pour être heureux ?" (le 12 décembre 2014,  100 participants), "Le langage trahit-il la pensée ?" (le 30 janvier 2015, 80  participants), "Autrui, antidote à la solitude ?" (le 20 mars 2015, 80 participants), "Suis-je ce que mon passé fait de moi?" (le 17 avril 2015, 120  participants), "Est-il raisonnable de croire en Dieu ?" (le 22 mai 2015, 130 participants) et "La philosophie a-t-elle une quelconque utilité ?" (le 19 juin 2015, avec 90  participants).

    Contrairement aux saisons précédentes, Claire et Bruno n'ont pas proposé de séances exceptionnelles, mise à part la dernière séance, la 50e, sur laquelle nous reviendrons.

    Lors des années précédentes, le café philo avait pris pour habitude d'ouvrir les soirées philosophiques vers des thèmes et des intervenants exceptionnelles (la non-violence en 2010, les sectes en 2011, la mémoire en 2012 ou la manipulation en 2013. De même, en 2013, le café philo s'était délocalisé à l'AGART d'Amilly pour une séance sur l'art ("Un bon artiste est-il le Surhomme ?"). Rien de tel lors de cette saison 6, avec un café philo qui n'a pas dérogé à son fonctionnement classique : des débats ouverts au plus grand nombre.

    Une séance particulière a cependant été organisée, et pas n'importe laquelle. Pour marquer la 50e séance du café philosophique de Montargis, créé en octobre 2009 par Claire Durand et Bruno Chiron, les deux animateurs ont voulu marquer le coup : pour débattre du sujet qui avait été opportunément choisi par les participants, "La philosophie a-t-elle une quelconque utilité ?", un blind-test exceptionnel et des remerciements ont marqué la soirée. Une soirée qui a également été ponctuée par l'annonce de changements. Claire annonçait en effet qu'en raison d'un déménagement imminent, elle n'allait pas pouvoir poursuivre l'animation du café philo. De chaleureux remerciements, amis aussi des regrets, ont répondu à cette annonce. Claire a cependant précisé qu'elle restait très attachée à ce café philo construit avec Bruno et qu'elle suivrait avec intérêt son développement futur.

    Dès la rentrée 2015, le café philo va entamer une nouvelle étape avec une nouvelle équipe, un nouveau fonctionnement et avec, espérons-le, toujours la même fidélité des Montargois pour une animation qui a réussi à s'imposer au cours de ses six ans d'existence.

    Bientôt, sur ce site, vous retrouverez plus d'informations sur cette future saison 7 et sur le premier débat qui devrait avoir lieu courant octobre 2015.

     

    Lien permanent Catégories : "Autrui, antidote à la solitude ?", "Doit-on tout faire pour être heureux ?", "Est-il raisonnable de croire en Dieu?", "Existe-t-on quand personne ne nous regarde?", "L'éducation à la non-violence...", "La philosophie a-t-elle une quelconque utilité ?", "Le langage trahit-il la pensée?", "Le monstre est-il parmi nous?", "Manipulation dans le couple...", "Mémoire, mémoires...", "Pensées sectaires : Où s'arrête ma liberté?", "Suis-je ce que mon passé fait de moi?", "Un bon artiste est-il le Surhomme?", => Saison 1, => Saison 2, =>Saison 4, =>Saison 5, =>Saison 6, =>Saison 7 Imprimer
  • COMPTE-RENDU DE LA SÉANCE : "AUTRUI, ANTIDOTE À LA SOLITUDE ?"

    Thème du débat : "Autrui, antidote à la solitude ?" 

    Date : 20 mars 2015 à la Brasserie du centre commercial de la Chaussée

    descartes,sartre,beauvoir,calderon,Klinenberg,freud,berger,nietzsche,hegel,schopenhauer,alain,jollien,althusser,Le café philosophique de Montargis se réunissait le 20 mars 2015 à la Brasserie du centre commercial de la Chaussée pour un débat intitulé : "Autrui, antidote à la solitude?" 

    Un premier participant réagit au mot "antidote", lourd de sens. L'antidote est étymologiquement "un médicament agissant contre une substance toxique" ou encore "un remède contre un mal psychologique". Cela voudrait donc dire que la solitude est connotée de manière négative, comme un mal. Le mot "antidote" serait-il donc le plus adapté ?    

    Pour un autre participant, souhaitant s'arrêter sur le terme d'autrui, ce mot conduit à nous interroger sur ce qu'est justement autrui : un compagnon ou une compagne, un conjoint ou bien un individu dans un groupe, ou bien un ami, y compris "un ami Facebook" (en référence aussi à un sketch des Bodin's). Comment dois-je définir autrui ? S'interroge Claire. Doit-il celui ou celle grâce à qui je me nourris ?  Est-il un moyen ou une fin ? Est-ce que mon alter ego doit être l'antidote de quelque chose ? Puis-je m'en défaire complètement ? Est-ce que je dois entendre son jugement lorsqu'il porte un regard différent du mien ? Ou bien dois-je rompre avec lui à partir du moment où je défends ma singularité ? 

    Autrui condamne à la solitude selon un autre participant car, dès qu'il me quitte, il me contraint à l'isolement social. "Il me condamne aussi car il a sa complétude que je n'ai pas et, de ce point de vue, la solitude est un poison pour moi. Et en tant que poison, autrui en fait partie. Il n'est pas un antidote et il ne peut pas l'être. Voire, il ne veut pas l'être : "Ce qui ennuie autrui est de nous apporter quelque chose...

    descartes,sartre,beauvoir,calderon,Klinenberg,freud,berger,nietzsche,hegel,schopenhauer,alain,jollien,althusser,Claire s'interroge : y a-t-il une solitude irréductible, voire une espèce de solipsisme, au sens cartésien du terme ? Il y a l'idée, selon Descartes, que nous sommes enfermés perpétuellement dans une forme de solitude. Autrui n'aurait donc pas d'existence proprement dite qui me permettrait d'échanger, de partager. Il semblerait qu'une communion avec mon "alter ego" soit de l'ordre de l'impossible. La communication, de la même manière, reste difficile, y compris avec la personne qui m'accompagne et qui ne peut pas, de fait, souffrir avec moi ce que j'endure. De ce point de vue aussi, la solitude serait irréductible. Mais dans ce cas, quel rôle doit jouer, dans mon existence, l'autre qui est mon ami ou mon compagnon ? Devrait-il me porter à bout de bras ou bien me renverrait-il fatalement à cette solitude et donc face à moi-même.  

    Une participante témoigne que la solitude n'est, selon elle, ni une maladie ni un poison ; elle est au contraire un bienfait – et aussi "un besoin", rajoute une autre personne. En dehors de la compagnie des hommes, il y a la possibilité de s'accomplir, dans les endroits déserts – comme, paradoxalement, dans des foules aliénantes (le terme de "méditation" est employé au cours de la soirée).  La solitude est aussi la manifestation de la singularité, ce qui ne veut pas dire que l'on dénigre la différence.

    Face à l'altérité, ne sommes nous pas ramenés à notre solitude ? Ou au contraire nous renvoie-t-elle moins péjorativement à la singularité ? Le regard de l'autre joue un regard fondamental. Claire cite l'exemple de l'exclusion honteuse, de l'isolement imposé (l'étranger ou bien les quartiers de haute-sécurité en prison) ou bien du monstre, qui avait été discuté lors d'un café philosophique précédent. J'apparais tel qu'autrui me regarde, comme le dit Sartre. Autrui peut certes jouer un effet miroir, commente un participant ; encore faut-il que ce ne soit pas un "miroir déformant" ! Claire cite une anecdote racontée par Jean-Paul Sartre : un jour, le philosophe s'incruste discrètement dans un groupe en train de discuter – un groupe où, du reste, se trouve Simone de Beauvoir. Et il se trouve que ce groupe parle de Sartre lui-même, sans avoir remarqué sa présence. Le philosophe existentialiste avoue par la suite s'être trouvé "en flagrant délit d'existence". Dépasser le miroir déformant ("L'enfer c'est les autres" dit la fameuse citation sartrienne) est un obstacle terrible. De la même manière, l'indifférence de l'autre peut nous détruire.   

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    Autrui n'est pas un poison pour un autre intervenant ; il se pourrait même qu'il soit une solution. Ainsi, pour prendre un exemple concret, toute œuvre d'art se fait dans le cadre d'un groupe social, plus ou moins important, que ce soit dans ses sources, sa culture, ses acquis, sa reconnaissance, etc. "La solitude créé un vide qui appelle un comblement" et ce comblement peut se faire en partie avec les autres et en partie seul : "on se nourrit dans la solitude". Chez l'enfant, la gestion de l'ennui et de la solitude aide à la construction de la personnalité. C'est aussi une manière de se ressourcer chez l'adulte, ajoute un autre participant (cette fameuse "méditation", évoquée précédemment).

    Un autre intervenant souligne par contre que certaines personnes – par exemple de grands malades – sont contraintes à l'isolement et à la solitude. Si elle est contrainte, celle-ci est néfaste pour l'homme (capacités cognitives, mémoire, etc.) : "Nous sommes faits pour vivre avec autrui... qui peut nous apporter énormément". "Il n'est pas bon que l'homme reste seul" dit encore la Genèse. Or, précise Bruno, socialement la solitude a le vent en poupe : 39 % de la population est célibataire en France et ce chiffre atteint les 50 % aux États-Unis, qui donnent souvent le la des évolutions futures en Europe. La solitude est-elle le mal absolu ? Le sociologue américain Eric Klinenberg considère que le solitaire urbain est celui qui, statistiquement et de fait, va plus s'investir dans des associations ou des ONG et... avoir une vie sociale ("Dans le sociétés les plus riches, les gens emploient une part considérable de l'argent qu'ils gagnent à s'offrir la solitude"). 

    descartes,sartre,beauvoir,calderon,Klinenberg,freud,berger,nietzsche,hegel,schopenhauer,alain,jollien,althusser,Si l'on s'intéresse à la philosophie proprement dite, il faut ajouter que les philosophes ont souvent vécu et travaillé seuls : Nietzsche, Hegel ou Schopenhauer. Ce même Schopenhauer considérait d'ailleurs que la solitude était une disposition de l'esprit, demandant un certain courage pour bénéficier d'un "remplissage de soi-même", bénéfique pour l'esprit : "La solitude offre à l'homme intellectuellement haut placé un double avantage : le premier, d'être avec soi-même, et le second de n'être pas avec les autres", disait-il. Il écrivait également ceci : "On ne peut être vraiment soi qu'aussi longtemps qu'on est seul ; qui n'aime donc pas la solitude n'aime pas la liberté, car on n'est libre qu'étant seul". Selon un participant, Schopenhauer est un pragmatique qui parle de la solitude comme inévitable lorsque la vieillesse est là : on doit finir seul, dit-il en substance. Il considère que de ce point de vue la caractéristique du vieillissement est la fatigue croissante, rendant la communication devenue de plus en plus difficile : on a de moins en moins à dire et, partant, on est de plus en plus seul. Bruno considère que chez Schopenhauer il y a une contrainte de la solitude en même temps qu'une recherche de cette solitude, en tant qu'accomplissement de soi. 

    "Est-ce que l'autre ? L'alter ego nous altère-t-il ?" s'interroge un autre intervenant. Autrui pourrait prendre de notre essence. Il nous aliénerait. Freud explique que le cerveau de l'enfant est achevé par la relation à la mère : autrui répondrait donc à un besoin physiologique. Dans le même ordre d'idée, ajoute ce participant, la solitude peut rendre fou, comme peuvent le montrer des expériences dans l'espace. L'absence d'autrui altère nos fonctions cognitives et peut nous atteindre durablement. Claire prend pour exemple la série Rectify relatant la sortie d'un homme des couloirs de la mort. Cet ancien condamné à mort retrouve la société et la liberté mais est devenu en raison de son isolement carcéral "posthume à lui-même" (expression sartrienne). Michel Tournier relate dans Vendredi ou les Limbes du Pacifique l'aventure d'un homme seul sur une île, pouvant survivre mais incapable d'affronter l'idée que le monde entier le croit mort. 

    descartes,sartre,beauvoir,calderon,Klinenberg,freud,berger,nietzsche,hegel,schopenhauer,alain,jollien,althusser,Pour une personne de l'assistance, cet autre pouvant nous aider à vivre debout (Alain) pourrait aussi bien être cette personne qui nous dissout. "À cause de l'autre, j'existe moins". En partageant, j'enlève une partie de moi-même qui me rendait heureux car c'est cet ego qui permet mon accomplissement. Comment répondre à cette "mutilation ? Par une forme d'altruisme : "Ce que je demande à la "non-solitude" c'est "l'autre-présent" : et me voilà heureux !" Sommes-nous prêts à accepter cette dissolution ? Rien n'est moins sûr. Le partage n'est pas évident, le sacrifice de soi non plus ! S'exposer dans sa faiblesse c'est accepter un abandon dévastateur autant que le jugement : "- Ça va ? - Oui, ça va. Car si ça ne va pas, cela peut gêner l'autre !", commente Claire. Je peux tout à fait choisir de protéger ma singularité plutôt que de m'exposer : "Mon jardin secret est une prison" disait Gaston Berger. On porte sans doute des masques (Calderón) afin de se mouvoir dans la société, tout en se protégeant. Sauf à "prendre le risque" de faire confiance à l'autre. Réagissant à ce pari de s'affronter à l'autre, Claire s'interroge : "Est-ce qu'en disant le mal je me dis vraiment ?" Est-ce que je peux avec des mots dire ma singularité ? cf. débat du café philo "Le langage trahit-il la pensée ?" Est-ce que je doit m'interdire de laisser l'occasion à l'autre de pouvoir m'abandonner et prendre une partie de moi ? Ou bien n'est-ce qu'un "associé" qui n'a pas vocation à être un antidote à ma solitude ? 

    Partager son for-intérieur, répond un intervenant, peut se traduire par un "besoin d'être ensemble", comme nous l'ont montré les manifestations du 11 janvier dernier suite aux attentats de Charlie Hebdo et de l'épicerie Casher. Claire rebondit par ce constat que l'interdépendance est omniprésente. Certes, un groupe ne suffit pas à faire une société mais "je ne peux pas vivre sans l'autre". L'échange peut se faire économiquement mais il y a également des causes communes et des valeurs : faire le bien, dit un nouvel intervenant, prenant l'exemple de Alexandre Jollien. Dans mon existence même, autrui peut apparaître comme le médiateur entre moi et moi-même, comme le disait Sartre. Autrui est le témoin de mon existence, comme le constatait douloureusement Robinson ou bien le personnage en rupture de ban du film Into The Wild.

    descartes,sartre,beauvoir,calderon,Klinenberg,freud,berger,nietzsche,hegel,schopenhauer,alain,jollien,althusser,Un participant constate que le débat porte sur des idées élevées qui se nomment confiance, dissolution, réflexion sur la l'isolement sociétal, aliénation, construction ou préservation de soi et "grande solitude". Pourquoi ne pas s'arrêter sur quelque chose de plus terre à terre, à savoir cette première strate de la solitude, une strate presque prosaïque ? Les conversations simples de la vie quotidienne, "sur des bouts de chiffons" ou des sottises, suffisent à chasser cette "stupide solitude". Ces hommes et ces femmes qui discutent de choses simples, de réflexions insensées ou de bêtises permettent de faire changer quelque chose. Ce n'est pas rien ! Grâce à ces petits événements de la vie quotidienne, "on est déjà à la porte de la solitude". Les conversations qui n'ont pas de sens en ont justement un : la fin de la solitude. 

    Ces conversations peuvent aussi être, dit un autre intervenant, le temps de la confiance trouvée ou retrouvée. C'est un temps permettant de trouver le ton juste, de s'ajuster, même s'il peut être long. La notion de temporalité apporte la connaissance de l'autre et cette justesse, au sens "d'ajuster" (Louis Althusser). Cela conduit à s'interroger sur la régulation, la bienveillance, l'accueil de l'autre et l'acceptation.    

    Claire conclut en rappelant que cette lutte contre la solitude est également au coeur des discussions au sein de nos café philosophiques, lieux d'échanges autant que lieux de rencontre. Elle termine par par une citation du philosophe Alain : "Je puis vouloir une éclipse, ou simplement un beau soleil qui sèche ce grain, au lieu de cette tempête grondeuse et pleureuse ; je puis, à force de vouloir, espérer et croire enfin que les choses iront comme je veux ; mais elles vont leur train. D'où je vois bien que ma prière est d'un nigaud. Mais quand il s'agit de mes frères les hommes, ou de mes sœurs les femmes, tout change. Ce que je crois finit souvent par être vrai. Si je me crois haï, je serai haï ; pour l'amour, de même. Si je crois que l'enfant que j'instruis est incapable d'apprendre, cette croyance écrite dans mes regards et dans mes discours le rendra stupide ; au contraire, ma confiance et mon attente est comme un soleil qui mûrira les fleurs et les fruits du petit bonhomme. Je prête, dites-vous, à la femme que j'aime, des vertus qu'elle n'a point ; mais si elle sait que je crois en elle, elles les aura. Plus ou moins ; mais il faut essayer ; il faut croire. Le peuple, méprisé, est bientôt méprisable ; estimez-le, il s'élèvera. La défiance a fait plus d'un voleur ; une demi-confiance est comme une injure ; mais si je savais la donner toute, qui donc me tromperait ? Il faut donner d'abord."

    Trois sujets sont proposés au vote pour la séance du 17 avril 2015 : "Y a-t-il une morale politique ?",  "Y a-t-il des civilisations supérieures à d'autres ?" et "Suis-je ce que mon passé fait de moi ?" C'est ce dernier sujet qui est choisi par la majorité des personnes présentes.   

    Philo-galerie

    Les illustrations de ce compte-rendu sont d'Edward Hopper, le "peintre de la solitude".

     

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  • MERCI AUX PARTICIPANTS DE LA SÉANCE DU 20 MARS 2015

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    Le café philosophique de Montargis réunissait pour sa séance du 30 janvier 2015 environ 80 personnes. Le débat s'intitulait : "Autrui, antidote à la solitude ?

    Bientôt, sur ce site, vous retrouverez le compte-rendu de cette séance.

    La prochaine séance du café philosophique de Montargis aura lieu le vendredi 17 avril 2015 à 19 heures, à la Brasserie du Centre commercial de la Chaussée pour un débat intitulé : "Suis-je ce que mon passé fait de moi ?

     

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  • ALAIN : IL FAUT DONNER D'ABORD

    donner.jpg"Je puis vouloir une éclipse, ou simplement un beau soleil qui sèche ce grain, au lieu de cette tempête grondeuse et pleureuse ; je puis, à force de vouloir, espérer et croire enfin que les choses iront comme je veux ; mais elles vont leur train. D'où je vois bien que ma prière est d'un nigaud. Mais quand il s'agit de mes frères les hommes, ou de mes sœurs les femmes, tout change. Ce que je crois finit souvent par être vrai. Si je me crois haï, je serai haï ; pour l'amour, de même. Si je crois que l'enfant que j'instruis est incapable d'apprendre, cette croyance écrite dans mes regards et dans mes discours le rendra stupide ; au contraire, ma confiance et mon attente est comme un soleil qui mûrira les fleurs et les fruits du petit bonhomme. Je prête, dites-vous, à la femme que j'aime, des vertus qu'elle n'a point ; mais si elle sait que je crois en elle, elles les aura. Plus ou moins ; mais il faut essayer ; il faut croire. Le peuple, méprisé, est bientôt méprisable ; estimez-le, il s'élèvera. La défiance a fait plus d'un voleur ; une demi-confiance est comme une injure ; mais si je savais la donner toute, qui donc me tromperait ? Il faut donner d'abord."

    Alain, Propos d'un Normand (1952)

     

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  • CAFÉ PHILOSOPHIQUE DE MONTARGIS : "AUTRUI, ANTIDOTE À LA SOLITUDE ?"

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    La prochaine séance du café philosophique de Montargis aura lieu le vendredi 20 mars 2015 (ET NON PAS LE 13 MARS : CHANGEMENT DE DATE !) à 19 heures, à la Brasserie du Centre commercial de la Chaussée.

    Le débat sera intitulé : "Autrui, antidote à la solitude ?"

     
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  • ILS ONT DIT, AU SUJET D'AUTRUI (RAPPEL)

    Vous pouvez retrouver sur ce lien des citations au sujet d'autrui, un thème abordé lors du café philosophique "Existe-t-on quand personne ne nous regard ?".

     

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  • ILS ONT DIT, AU SUJET DE LA SOLITUDE

     

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    "Même dans la solitude, ne dis ni ne fais rien de blâmable. Apprends à te respecter beaucoup plus devant ta propre conscience que devant autrui." [Démocrite]

    "Or, puisque nous entreprenons de vivre seuls et de nous passer de compagnie, faisons que notre contentement dépende de nous." [Michel de Montaigne]

    "De là vient que les hommes aiment tant le bruit et le remuement ; de là vient que la prison est un supplice si horrible ; de là vient que le plaisir de la solitude est une chose incompréhensible." [Blaise Pascal

    "La parfaite solitude est peut-être la plus grande punition que nous puissions souffrir." [David Hume]

    "En sortant d'une longue et douce rêverie, en me voyant entouré de verdure, de fleurs, d'oiseaux et laissant errer mes yeux au loin sur les romanesques rivages qui bordaient une vaste étendue d'eau claire et cristalline, j'assimilais à mes fictions tous ces aimables objets ; et me trouvant enfin ramené par degrés à moi-même et à ce qui m'entourait, je ne pouvais marquer le point de séparation des fictions aux réalités ; tant tout concourait également à me rendre chère la vie recueillie et solitaire que je menais dans ce beau séjour." [Jean-Jacques Rousseau

    "Qui vient ? qui m'appelle ? / - Personne. / Je suis seul ; c'est l'heure qui sonne ; / Ô solitude ! Ô pauvreté !" [Alfred de Musset]

    "On ne peut être vraiment soi qu'aussi longtemps qu'on est seul ; qui n'aime donc pas la solitude n'aime pas la liberté, car on n'est libre qu'étant seul." [Arthur Schopenhauer]

    "La solitude offre à l'homme intellectuellement haut placé un double avantage : le premier, d'être avec soi-même, et le second de n'être pas avec les autres." [Arthur Schopenhauer

    "La solitude est très belle... quand on a près de soi quelqu'un à qui le dire." [Gustavo Adolfo Bécquer

    "Plus j'aime l'humanité en général et moins j'aime les gens en particulier." [Fiodor Dostoïevski]

    "Lorsque Zarathoustra eut atteint sa trentième année, Il quitta sa patrie et le lac de sa patrie et s'en alla dans la montagne. Là il jouit de son esprit et de sa solitude et ne s'en lassa point durant dix années." [Friedrich Nietzsche]     

    "Le défaut le plus répandu de notre type de formation et d’éducation : personne n'apprend, personne n'aspire, personne n'enseigne... à supporter la solitude." [Friedrich Nietzsche

    "L'intellectualité supérieure et indépendante, la volonté de solitude, la grande raison apparaissent comme des dangers." [Friedrich Nietzsche

    "Une seule chose est nécessaire : la solitude. La grande solitude intérieure. Aller en soi-même et ne rencontrer pendant des heures personne, c'est à cela qu'il faut parvenir. Etre seul, comme l'enfant est seul." [Rainer Maria Rilke

    "Il est bon de redire que l'homme ne se forme jamais par l'expérience solitaire." [Alain

    "Ma parole est recoupée par celle d'autrui : je m'entends en autrui et il parle en moi." [Maurice Merleau-Ponty

    "La solitude rend sensible, non étranger à autrui." [Mika Waltari]

    "Dans l'amour, chaque conscience cherche à mettre son être-pour-autrui dans la liberté de l'autre." [Jean-Paul Sartre]  

    "La femme postmoderne, interrogée par des sondeurs, s’estime être seule car elle est souvent condamnée à un enfermement intérieur qui lui interdit la rencontre avec un homme." [Simone de Beauvoir]

    "Incapable de s'accomplir dans la solitude, l'homme dans ses rapports avec ses semblables est sans cesse en danger : sa vie est une entreprise difficile dont la réussite n'est jamais assurée." [Simone de Beauvoir]

    "Dans la proximité, l'absolument autre, l'Étranger que "je n'ai ni conçu ni enfanté" je l'ai déjà sur les bras, déjà je le porte... En être réduit à recourir à moi, c'est déjà l'apatridie ou l'étranger du prochain. Elle m'incombe." [Emmanuel Lévinas]   

    "Le tort des théories philosophiques c'est de [réduire autrui] tantôt à un objet particulier, tantôt à un autre sujet... Mais autrui n'est ni un objet dans le champ de ma perception, ni un sujet qui me perçoit : c'est d'abord une structure du champ perceptif, sans laquelle ce champ dans son ensemble ne fonctionnerait pas comme il le fait." [Gilles Deleuze

    "La solitude. Elle est mon moteur, mais aussi une malédiction. Je rencontre peu de gens. Je ne sors presque jamais. J’ai trop de soucis." [Yves Saint Laurent

    "Solitude : douce absence de regards." [Milan Kundera

    "Être seul, c'est être soi, rien d'autre. Comment serait-on autre chose ? Personne ne peut vivre à notre place ni mourir à notre place, ni souffrir à notre place, et c'est ce qu'on appelle la solitude : ce n'est qu'un autre nom pour l'effort d'exister." [André Comte-Sponville

    "Le langage, loin de combler l’abîme qui sépare les êtres, creuse la distance, il met en évidence la solitude et l’impossibilité de communiquer." [Michel Onfray

     

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  • "LA TRISTE VERITE AU SUJET DE L'AMOUR (ET DE LA SOLITUDE)"

    The Darkest Truth About Love from Hannah Jacobs on Vimeo.

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  • PROUST : ALBERTINE DISPARUE

    Proust-allo-cine.jpg"On ne s'afflige pas plus d'être devenu un autre, les années ayant passé et dans l'ordre de la succession des temps, qu'on ne s'afflige, à une même époque, d'être tour à tour les êtres contradictoires, le méchant, le sensible, le délicat, le mufle, le désintéressé, l'ambitieux qu'on est tour à tour à chaque journée."

    Marcel ProustAlbertine disparue (1925)

     

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  • PROCHAIN CAFÉ PHILO : AUTRUI, ANTIDOTE À MA SOLITUDE ?

    chop-suey-19294.jpgLe café philosophique de Montargis proposera sa prochaine séance le vendredi 20 mars 2015, à partir de 19 heures, à la Brasserie du centre commercial de la Chaussée, à Montargis. Le débat proposé portera sur cette question : "Autrui, antidote à la solitude ?"

    "Rien ne peut être fait dans la solitude" affirme Picasso. Dès lors, l'homme est-il un animal politique ? La présence d'autrui, mon alter ego, me permet elle de ne pas me sentir, de ne pas être seul ? Qu'est-ce que la solitude et faut-il la refuser ? Mon semblable peut-il en être l'antidote ?

    Ce sont autant de questions qui pourront être échangés le vendredi 20 mars, à 19 heures, à la brasserie du centre commercial de la chaussée.

    La participation sera libre et gratuite.

     

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  • LES AMIS FACEBOOK : "FACE DE BOUC POUR LES NULS"

    Lien externe

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  • TOURNIER : "QUELQU'UN, GRANDS DIEUX, QUELQU'UN !"

    135438.jpg"La solitude n'est pas une situation immuable où je me trouverais plongé depuis le naufrage de la Virginie. C'est un milieu corrosif qui agit sur moi lentement, mais sans relâche et dans un sens purement destructif. Le premier jour, je transitais entre deux sociétés humaines également imaginaires: l'équipage disparu et les habitants de l'île, car je la croyais peuplée. J'étais encore tout chaud de mes contacts avec mes compagnons de bord. Je poursuivais imaginairement le dialogue interrompu par la catastrophe. Et puis elle s'est révélée déserte. J'avançai dans un paysage sans âme qui vive. Derrière moi, le groupe de mes malheureux compagnons s'enfonçait dans la nuit. Leurs voix s'étaient tues depuis longtemps, quand la mienne commençait seulement à se fatiguer de son soliloque. Dès lors je suis avec une horrible fascination le processus de déshumanisation dont je sens en moi l'inexorable travail.

    Je sais maintenant que chaque homme porte en lui et comme au-dessus de lui un fragile et complexe échafaudage d'habitudes, réponses, réflexes, mécanismes, préoccupations, rêves et implications qui s'est formé et continue à se transformer par les attouchements perpétuels de ses semblables. Privée de sève, cette délicate efflorescence s'étiole et se désagrège. Autrui, pièce maîtresse de mon univers... Je mesure chaque jour ce que je lui devais en enregistrant de nouvelles fissures dans mon édifice personnel. Je sais ce que je risquerais en perdant l'usage de la parole, et je combats de toute l'ardeur de mon angoisse cette suprême déchéance. Mais mes relations avec les choses se trouvent elles-mêmes dénaturées par ma solitude. Lorsqu'un peintre ou un graveur introduit des personnages dans un paysage ou à proximité d'un monument, ce n'est pas par goût de l'accessoire. Les personnages donnent l'échelle et, ce qui importe davantage encore, ils constituent des points de vue possibles, qui ajoutent au point de vue réel de l'observateur d'indispensables virtualités.

    A Speranza, il n'y a qu'un point de vue, le mien, dépouillé de toute virtualité. Et ce dépouillement ne s'est pas fait en un jour. Au début, par un automatisme inconscient, je projetais des observateurs possibles des paramètres au sommet des collines, derrière tel rocher ou dans les branches de tel arbre. L'île se trouvait ainsi quadrillée par un réseau d'interpolations et d'extrapolations qui la différenciait et la douait d'intelligibilité. Ainsi fait tout homme normal dans une situation normale. Je n'ai pris conscience de cette fonction comme de bien d'autres qu'à mesure qu'elle se dégradait en moi. Aujourd'hui, c'est chose faite. Ma vision de file est réduite à elle-même. Ce que je n'en vois pas est un inconnu absolu... Partout où je ne suis pas actuellement règne une nuit insondable...

    Je sais maintenant que la terre sur laquelle mes deux pieds appuient aurait besoin pour ne pas vaciller que d'autres que moi la foulent. Contre l'illusion d'optique, le mirage, l'hallucination, le rêve éveillé, le fantasme, le délire, le trouble de l'audition... le rempart le plus sûr, c'est notre frère, notre voisin, notre ami ou notre ennemi, mais quelqu'un, grands dieux, quelqu'un !"

    Michel TournierVendredi ou les Limbes du Pacifique (1967)

     

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  • LA SOLITUDE CHEZ LA FEMME ET DANS LE COUPLE

    essais-etrangers.jpg"La femme postmoderne, interrogée par des sondeurs, s’estime être seule car elle est souvent condamnée à un enfermement intérieur qui lui interdit la rencontre avec un homme. Cet enfermement développe plus précocement sa vie intérieure et lui donne l’amour des grandes promenades qui lui révèlent, précisément, la solitude d’une âme que personne ne pourrait comprendre. Se sentant dans l’impossibilité d’exprimer sa spécificité à soi-même et à l’autre, la femme se replie sur elle-même et ce repli accroît ainsi la solitude qui est sienne : de morale, elle devient physique, puis elle nourrit le sentiment de solitude et ce, à l’infini.

    Mais que dissimule cette solitude de l’âme ? Celle-ci proviendrait peut-être d’une relation au sexe, c’est ce qu’écrit Beauvoir lorsqu’elle indique que :

    "La vie sexuelle de la fillette a toujours été clandestine ; quand son érotisme se transforme et envahit toute sa chair, le mystère devient angoissant ; elle subit le trouble comme une maladie honteuse."

    La solitude serait donc ici l’effet d’une rencontre impossible avec un homme à qui la jeune femme réclamerait à la fois une domination, tout en refusant totalement celle-ci.

    Lorsque le couple se constitue, rien n’est réglé, car la solitude peut devenir solitude à deux. La relation crée souvent deux êtres qui partagent une même couche mais qui ne se comprennent plus ou qui ne se sont jamais compris.

    La coupure s’installe alors et, ne pouvant exprimer la spécificité de sa sexualité ni l’épanouir, la femme se replie sur des tâches qui l’isolent encore plus, telles parfois les tâches ménagères ; tâches qu’elle sent ingrates et qui la coupent bien souvent de son entourage immédiat.

    La solitude, de repli, se transforme parfois en impasse de l’isolement absolu car, en effet, la femme pourrait sortir de cette solitude à deux en quittant l’homme avec qui elle vit et à qui elle reproche tant de choses contradictoires, mais cette rupture se fait rarement, car être femme et vivre seul n’est pas toujours bien perçu.

    Cette vie d’enfermement en soi, de reproches fréquents, aggrave ainsi la solitude dans la famille même où le lien qui brise les solitudes et permet la rencontre ne se fait plus. Enjointe, en effet, d’être à la fois belle et ménagère, la femme peut se faire parfois repoussante tant à l’égard de son mari, que de ses enfants. Beauvoir remarque ainsi :

    "On sait combien de jeunes mères repoussent avec colère l’enfant émerveillé par la robe de bal (en disant) : ne me touche pas, tu as les mains moites tu vas me salir. La coquette oppose les mêmes rebuffades aux empressements du mari ou de l’amant. Comme on couvre les meubles sous les housses."

    La sortie du cercle vicieux de l’isolement pourrait alors peut-être s’opérer par des liens tissés et des relations sociales..."

    Jean-Jacques Sarfati, "La philosophie, la femme de la postmodernité
    et la solitude
    "

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