Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Café philosophique de Montargis

  • Merci aux participants de la séance du 24 mars

    applause.jpgLe café philosophique de Montargis se réunissait le vendredi 24 mars 2017 pour un débat qui portait autour de ce sujet : "Suis-je l'auteur de ma propre vie ?

    Environ 80 personnes étaient présentes pour ce débat. Un grand merci à tous pour leur participation. Bientôt, sur ce site, vous pourrez retrouver le compte-rendu de cette séance.

    Le café philo donne rendez-vous pour son débat suivant le vendredi 12 mai 2017, pour ce sujet, élu par le public du 20 janvier : "L'État a-t-il tous les droits ?"

     

    Lien permanent Catégories : "L'État a-t-il tous les droits ?" [À venir], "Suis-je l'auteur de ma propre vie?", =>Saison 8 Imprimer
  • Prochain débat le 24 mars : "Suis-je l'auteur de ma propre vie ?"

    Affiche Suis je l'auteur de ma propre vie.png

    Le café philosophique de Montargis proposera sa prochaine séance le vendredi 24 mars 2017 à la Brasserie du Centre commercial de la Chaussée. 

    Le débat de cette séance sera intitulé : "Suis-je l'auteur de ma propre vie ?"

    Lien permanent Catégories : "Suis-je l'auteur de ma propre vie?", =>Saison 8 Imprimer
  • Bachelard : Une indétermination objective

    bachelard"Le conflit entre le déterminisme et l'indéterminisme scientifiques était en quelque manière assoupi quand la révolution de Heisenberg est venue remettre tout en cause. Cette révolution ne tend à rien moins qu'à établir une indétermination objective. Jusqu'à Heisenberg, les erreurs sur les variables indépendantes étaient postulées comme indépendantes. Chaque variable pouvait donner lieu séparément à une étude de plus en plus précise ; l'expérimentateur se croyait toujours capable d'isoler les variables, d'en perfectionner l'étude individuelle ; il avait foi en une expérience abstraite où la mesure ne rencontrait d'obstacle que dans l'insuffisance des moyens de mesure. Or avec le principe d'incertitude de Heisenberg, il s'agit d'une corrélation objective des erreurs. Pour trouver la place d'un électron, il faut l'éclairer par un photon. La rencontre du photon et de l'électron modifie la place de l'électron ; elle modifie d'ailleurs la fréquence du photon. En microphysique, il n'y a donc pas de méthode d'observation sans action des procédés de la méthode sur l'objet observé. Il y a donc une interférence essentielle de la méthode et de l'objet."

    Gaston Bachelard, Le Nouvel Esprit scientifique (1934)

    Lien permanent Catégories : "Suis-je l'auteur de ma propre vie?", =>Saison 8, Compilation de textes, Documents, Livres Imprimer
  • Épictète : Mépriser la mort m'appartient

    "- Choisir ce que tu ne veux pas, est-il quelqu'un qui puisse t'y contraindre ?

    - Oui. S'il me menace de mort, ou des fers, il me contraint de choisir ce qu'il veut.

    - Mais si tu méprises la mort, ou les fers, lui es-tu encore soumis ?

    - Non.

    - Or, mépriser la mort t'appartient-il à toi ?

    - Il m'appartient à moi.

    - Il t'appartient aussi, par conséquent, de choisir ou non telle conduite."

    Épictète, Entretiens, IV (IIe siècle ap. JC)

    Lien permanent Catégories : "Suis-je l'auteur de ma propre vie?", =>Saison 8, Compilation de textes, Documents, Livres Imprimer
  • Sartre : L'homme est condamné à être libre

    "Dostoïevski avait écrit : "Si Dieu n'existait pas, tout serait permis." C'est là le point de départ de l'existentialisme. En effet, tout est permis si Dieu n'existe pas, et par conséquent l'homme est délaissé, parce qu'il ne trouve ni en lui, ni hors de lui, une possibilité de s'accrocher. Il ne trouve d'abord pas d'excuses. Si, en effet, l'existence précède l'essence, on ne pourra jamais l'expliquer par référence à une nature humaine donnée et figée ; autrement dit, il n'y a pas de déterminisme, l'homme est libre, l'homme est liberté. Si d'autre part, Dieu n'existe pas, nous ne trouvons pas en face de nous des valeurs ou des ordres qui légitimeront notre conduite. Ainsi, nous n'avons ni derrière nous ni devant nous, dans le domaine lumineux des valeurs, des justifications ou des excuses. Nous sommes seuls, sans excuses. C'est ce que j'exprimerai en disant que l'homme est condamne a être libre.Si j'ai supprimé Dieu le père, il faut bien quelqu'un pour inventer les valeurs. Il faut prendre les choses comme elles sont. Et par ailleurs, dire que nous inventons les valeurs ne signifie pas autre chose que ceci : la vie n'a pas de sens, a priori. Avant que vous ne viviez, la vie, elle, n'est rien, mais c'est à vous de lui donner un sens, et la valeur n'est pas autre chose que ce sens que vous choisissez."

    Jean-Paul Sartre, L'Existentialisme est un humanisme (1946)

    Lien permanent Catégories : "Suis-je l'auteur de ma propre vie?", =>Saison 8, Compilation de textes, Documents, Livres Imprimer
  • Épictète : "Homme, tu possèdes par nature une volonté qui ne connaît ni obstacles ni contrainte"

    Je vais donc à mon exégète, à mon sacrificateur, et je lui demande d’examiner pour moi ces entrailles et de me dire ce qu’elles signifient. Il les prend, il les déploie, et me les explique en ces termes : « Homme, tu possèdes par nature une volonté qui ne connaît ni obstacles ni contrainte : voilà ce qui est écrit ici dans ces entrailles. Je te le ferai voir d’abord à propos de l’assentiment. y a-t-il quelqu’un qui puisse t’empêcher d’adhérer à la vérité ? Personne. Et quelqu’un qui puisse te forcer d’admettre l’erreur ? Personne ; tu vois bien que, en cette matière, ta volonté ne rencontre ni obstacle, ni contraintes, ni empêchement. Et bien ! en est-il autrement dans le cas des désirs et des tendances ? Qui peut vaincre une tendance, sinon une autre tendance ? un désir ou une aversion, sinon un autre désir ou une autre aversion ? Si l’on me menace de mort, dis-tu, on me contraint ? Ce n’est pas cette menace qui te contraint d’agir, c’est l’opinion que tel ou tel acte est préférable à la mort ; c’est donc bien encore ton jugement qui t’y oblige ; c’est la volonté qui oblige la volonté. Si cette partie de nous-même, que Dieu a émise de lui pour nous la donner, avait été rendue par lui sujette aux obstacles et aux contraintes venus de lui ou d’un autre être, il ne serait plus dieu, il ne serait plus pour nous l’être providentiel qu’il doit être. Voilà ce que je trouve dans les victimes ; voilà les signes qu’elles donnent. Su tu le veux, tu es libre ; si tu le veux, tu n’auras ni reproche ni réprimande à adresser à personne ; tout sera selon ta volonté, qui est aussi celle de Dieu."

    Épictète, Manuel (Ier s. ap. JC)

    Lien permanent Catégories : "Suis-je l'auteur de ma propre vie?", =>Saison 8, Compilation de textes, Documents, Livres Imprimer
  • Ils ont dit, au sujet de ma liberté

    " Nous délibérons sur les choses qui dépendent de nous et que nous pouvons réaliser." [Aristote]

    "La liberté, c'est l'indépendance de la pensée." [Épictète]

    "La vraie liberté est de pouvoir toute chose sur soi." [Montaigne]

    "Au reste, il est si évident que nous avons une volonté libre, qui peut donner son consentement ou ne pas le donner, quand bon lui semble." [René Descartes]

    "La liberté est le droit de faire ce que les lois permettent." [Montesquieu]

    "J'appelle libre une chose qui est et agit par la seule nécessité de sa nature ; contrainte, celle qui est déterminée par une autre chose à exister et à agir d'une certaine façon déterminée." [Baruch Spinoza]

    "Telle est cette liberté humaine que tous se vantent de posséder et qui consiste en cela seul que les hommes ont conscience de leurs appétits et ignorent les causes qui les déterminent." [Baruch Spinoza]

    "Les hommes se trompent en ce qu'ils pensent être libres." [Baruch Spinoza]

    “Que les gens sont absurdes ! Ils ne se servent jamais des libertés qu'ils possèdent, mais réclament celles qu'ils ne possèdent pas ; ils ont la liberté de pensée, ils exigent la liberté de parole.” [Sören Kierkegaard]

    "Je est un autre. Si le cuivre s’éveille clairon, il n’y a rien de sa faute. Cela m’est évident : j’assiste à l’éclosion de ma pensée : je la regarde, je l’écoute : je lance un coup d’archet : la symphonie fait son remuement dans les profondeurs, ou vient d’un bond sur la scène." [Arthur Rimbaud]

    “C’est par la grâce de Dieu que nous avons ces trois précieuse choses : la liberté de parole, la liberté de penser et la prudence de n’exercer ni l’une ni l’autre.” [Mark Twain]

    "Le domaine de la liberté commence là où s’arrête le travail déterminé par la nécessité." [Karl Marx]

    "On ne peut enfermer un homme dans ses actes, ni dans ses oeuvres ; ni même dans ses pensées, où lui-même ne peut s'enfermer, car nous savons par expérience propre et continuelle que ce que nous pensons et faisons à chaque instant n'est jamais exactement nôtre ; mais tantôt un peu plus, tantôt un peu moins." [Paul Valéry]

    "Dans le cours des siècles, la science a infligé à l'égoïsme naïf de l'humanité deux graves démentis. La première fois, ce fut lorsqu'elle a montré que la terre, loin d'être le centre de l'univers, ne forme qu'une parcelle insignifiante du système cosmique dont nous pouvons à peine nous représenter la grandeur. Cette première démonstration se rattache pour nous au nom de Copernic, bien que la science alexandrine ait déjà annoncé quelque chose de semblable. Le second démenti fut infligé à l'humanité par la recherche biologique, lorsqu'elle a réduit à rien les prétentions de l'homme à une place privilégiée dans l'ordre de la création, en établissant sa descendance du règne animal et en montrant l'indestructibilité de sa nature animale. Cette dernière révolution s'est accomplie de nos jours, à la suite des travaux de Ch. Darwin, de Wallace et de leurs prédécesseurs, travaux qui ont provoqué la résistance la plus acharnée des contemporains. Un troisième démenti sera infligé à la mégalomanie humaine par la recherche psychologique de nos jours qui se propose de montrer au moi qu'il n'est seulement pas maître dans sa propre maison." [Sigmund Freud]

    "Le dandy se rassemble, se forge une unité, par la force même du refus. Dissipé en tant que personne privée de règle, il sera cohérent en tant que personnage." [Albert Camus]

    “Que préfères-tu, celui qui veut te priver de pain au nom de la liberté ou celui qui veut t’enlever ta liberté pour assurer ton pain ?" [Albert Camus]

    "L’idée qui sort de ces contes, c’est la prédestination, que des théologiens mirent plus tard en doctrine ; et cela s’exprime ainsi : la destinée de chacun est fixée quoi qu’il fasse. Ce qui n’est point scientifique du tout." [Alain]

    "C’est ainsi que nous vivons ; à chaque instant nous échappons à un malheur parce que nous le prévoyons ; ainsi ce que nous prévoyons, et très raisonnablement, n’arrive pas." [Alain]

    "Je n’espère rien, je ne crains rien, je suis libre" [Níkos Kazantzákis]

    "Quand un homme se sacrifie lui-même, il dépasse en grandeur la Divinité, car comment Dieu, infini et tout-puissant, pourrait-il faire le sacrifice de Lui-même? Tout au plus peut-il sacrifier son Fils Unique." [Somerset Maugham]

    "En fait, nous sommes une liberté qui choisit, mais nous ne choisissons pas d'être libres : nous sommes condamnés à la liberté.” [Jean-Paul Sartre]

    "Il y a au moins un être chez qui l'existence précède l'essence, un être qui existe avant de pouvoir être défini par un aucun concept... Et cet être c'est l'homme." [Jean-Paul Sartre]

    "En me choisissant, je choisis l'homme." [Jean-Paul Sartre]

    "La première démarche de l’existentialisme est de mettre l'homme en possession de ce qu'il est et de faire reposer sur lui la responsabilité totale de l’existence." [Jean-Paul Sartre]

    "Un homme n'est rien d'autre qu'une série d'entreprises... Il est la somme, l'organisation, l'ensemble des relations qui constituent ces entreprises." [Jean-Paul Sartre]

    "La liberté est une, mais elle se manifeste diversement selon les circonstances. A tous les philosophes qui s'en font les défenseurs, il est permis de poser une question préalable : à propos de quelle situation privilégiée avez-vous fait l'expérience de votre liberté ? C'est une chose, en effet, d'éprouver qu'on est libre sur le plan de l'action, de l'entreprise sociale ou politique, de la création dans les arts, et autre chose de l'éprouver dans l'acte de comprendre et de découvrir." [Jean-Paul Sartre]

    "Une liberté qui ne s'emploie qu'à nier la liberté doit être niée.” [Simone de Beauvoir]

    "J’ai traité le déterminisme physique de cauchemar. C’est un cauchemar parce qu’il affirme que le monde entier, avec tout ce qu’il contient est un gigantesque automate, et que nous ne sommes rien d’autre que des petits rouages, ou des sous-automates dans le meilleur des cas." [Karl Popper]

    "Nous naissons déterminés et nous avons une petite chance de devenir libres" [Pierre Bourdieu]

    "Mais que peut valoir la vie, si la première répétition de la vie est déjà la vie même ? C'est ce qui fait que la vie ressemble toujours à une esquisse." [Milan Kundera]

    "La liberté de pensée est absolue ou elle n'est rien." [Luc Ferry]

    "L'homme est cet être qui peut se résumer lui-même après s'être formé en jouant avec le hasard." [Peter Sloterdijk]

    "Quiconque dit "je" cherche à s'illusionner sur lui-même." [Peter Sloterdijk]

    "Nous sommes des produits pédagogiques semi-finis qui doivent mener seuls leur production à son terme." [Peter Sloterdijk]

    Lien permanent Catégories : "Suis-je l'auteur de ma propre vie?", =>Saison 8, Citations, Documents Imprimer
  • Marx : Le règne de la liberté

    Le-capital.png"À la vérité, le règne de la liberté commence seulement à partir du moment où cesse le travail dicté par la nécessité et les fins extérieures ; il se situe donc, par sa nature même, au-delà de la sphère de la production matérielle proprement dite. Tout comme l'homme primitif, l'homme civilisé est forcé de se mesurer avec la nature pour satisfaire ses besoins, conserver et reproduire sa vie ; cette contrainte existe pour l'homme dans toutes les formes de la société et sous tous les types de production. Avec son développement, cet empire de la nécessité naturelle s'élargit parce que les besoins se multiplient ; mais, en même temps, se développe le processus productif pour les satisfaire. Dans ce domaine, la liberté ne peut consister qu'en ceci : les producteurs associés - l'homme socialisé - règlent de manière rationnelle leurs échanges organiques avec la nature et les soumettent à leur contrôle commun au lieu d'être dominés par la puissance aveugle de ces échanges ; et ils les accomplissent en dépensant le moins d'énergie possible, dans les conditions les plus dignes, les plus conformes à leur nature humaine. Mais l'empire de la nécessité n'en subsiste pas moins. C'est au-delà que commence l'épanouissement de la puissance humaine qui est sa propre fin, le véritable règne de la liberté qui, cependant, ne peut fleurir qu'en se fondant sur ce règne de la nécessité. La réduction de la journée de travail est la condition fondamentale de cette libération."

    Karl Marx, Le Capital (1867)

    Lien permanent Catégories : "Suis-je l'auteur de ma propre vie?", =>Saison 8, Compilation de textes, Documents, Livres Imprimer
  • Sartre : L'homme se choisit

    "Quand nous disons que l'homme se choisit, nous entendons que chacun d'entre nous se choisit, mais par là nous voulons dire aussi qu'en se choisissant il choisit tous les hommes. En effet, il n'est pas un de nos actes qui, en créant l'homme que nous voulons être, ne crée en même temps une image de l'homme tel que nous estimons qu'il doit être. Choisir d'être ceci ou cela, c'est affirmer en même temps la valeur de ce que nous choisissons, car nous ne pouvons jamais choisir le mal ; ce que nous choisissons, c'est toujours le bien, et rien ne peut être bon pour nous sans l'être pour tous. Si l'existence, d'autre part, précède l'essence et que nous voulions exister en même temps que nous façonnons notre image, cette image est valable pour tous et pour notre époque tout entière. Ainsi, notre responsabilité est beaucoup plus grande que nous ne pourrions le supposer, car elle engage l'humanité entière. Si je suis ouvrier, et si je choisis d'adhérer à un syndicat chrétien plutôt que d'être communiste, si, par cette adhésion, je veux indiquer que la résignation est au fond la solution qui convient à l'homme, que le royaume de l'homme n'est pas sur la terre, je n'engage pas seulement mon cas : je veux être résigné pour tous, par conséquent ma démarche a engagé l'humanité tout entière. Et si je veux, fait plus individuel, me marier, avoir des enfants, même si ce mariage dépend uniquement de ma situation, ou de ma passion, ou de mon désir, par là j'engage non seulement moi-même, mais l'humanité tout entière sur la voie de la monogamie. Ainsi je suis responsable pour moi-même et pour tous, et je crée une certaine image de l'homme que je choisis ; en me choisissant, je choisis l'homme...

    s'il est impossible de trouver en chaque homme une essence universelle qui serait la nature humaine, il existe pourtant une universalité humaine de condition. Ce n'est pas par hasard que les penseurs d'aujourd'hui parlent plus volontiers de la condition de l'homme que de sa nature. Par condition ils entendent avec plus ou moins de clarté l'ensemble des limites a priori qui esquissent sa situation fondamentale dans l'univers. Les situations historiques varient : l'homme peut naître esclave dans une société païenne ou seigneur féodal ou prolétaire. Ce qui ne varie pas, c'est la nécessité pour lui d'être dans le monde, d'y être au travail, d'y être au milieu d'autres et d'y être mortel. Les limites ne sont ni subjectives ni objectives, ou plutôt elles ont une face objective et une face subjective. Objectives parce qu'elles se rencontrent partout et sont partout reconnaissables, elles sont subjectives parce qu'elles sont vécues et ne sont rien si l'homme ne les vit, c'est-à-dire ne se détermine librement dans son existence par rapport à elles. Et bien que les projets puissent être divers, au moins aucun ne me reste-t-il tout à fait étranger parce qu'ils se présentent tous comme un essai pour franchir ces limites ou pour les reculer ou pour les nier ou pour s'en accommoder. En conséquence, tout projet, quelque individuel qu'il soit, a une valeur universelle. Tout projet, même celui du Chinois, de l'Indien ou du nègre, peut être compris par un Européen. Il peut être compris, cela veut dire que l'Européen de 1945 peut se jeter, à partir d'une situation qu'il conçoit, vers ses limites de la même manière, et qu'il peut refaire en lui le projet du Chinois, de l'Indien ou de l'Africain. Il y a universalité de tout projet en ce sens que tout projet est compréhensible pour tout homme. Ce qui ne signifie nullement que ce projet définisse l'homme pour toujours, mais qu'il peut être retrouvé. Il y a toujours une manière de comprendre l'idiot, l'enfant, le primitif ou l'étranger, pourvu qu'on ait les renseignements suffisants. En ce sens nous pouvons dire qu'il y a une universalité de l'homme ; mais elle n'est pas donnée, elle est perpétuellement construite. Je construis l'universel en me choisissant ; je le construis en comprenant le projet de tout autre homme, de quelque époque qu'il soit. Cet absolu du choix ne supprime pas la relativité de chaque époque. Ce que l'existentialisme a à cœur de montrer, c'est la liaison du caractère absolu de l'engagement libre, par lequel chaque homme se réalise en réalisant un type d'humanité, engagement toujours compréhensible à n'importe quelle époque et par n'importe qui, et la relativité de l'ensemble culturel qui peut résulter d'un pareil choix."

    Jean-Paul Sartre, L'Existentialisme est un humanisme (1946)

    Lien permanent Catégories : "Suis-je l'auteur de ma propre vie?", =>Saison 8, Compilation de textes, Documents, Livres Imprimer
  • Camus : la révolte du dandy

    "Le dandy crée sa propre unité par des moyens esthétiques. Mais C'est une esthétique de la singularité et de la négation. "Vivre et mourir devant un miroir", telle était, selon Baudelaire, la devise du dandy. Elle est cohérente, en effet. Le dandy est par fonction un oppositionnel. Il ne se maintient que dans le défi. La créature, jusque-là, recevait sa cohérence du créateur. À partir du moment où elle consacre sa rupture avec lui, la voilà livrée aux instants, aux jours qui passent, à la sensibilité dispersée. Il faut donc qu'elle se reprenne en mains. Le dandy se rassemble, se forge une unité, par la force même du refus. Dissipé en tant que personne privée de règle, il sera cohérent en tant que personnage. Mais un personnage suppose un public ; le dandy ne peut se poser qu'en s'opposant. Il ne peut s'assurer de son existence qu'en la retrouvant dans le visage des autres. Les autres sont le miroir. Miroir vite obscurci, il est vrai, car la capacité d'attention de l'homme est limitée. Elle doit être réveillée sans cesse, éperonnée par la provocation. Le dandy est donc forcé d'étonner toujours. Sa vocation est dans la singularité, son perfectionnement dans la surenchère. Toujours en rupture, en marge, il force les autres à le créer lui-même, en niant leurs valeurs. Il joue sa vie, faute de pouvoir la vivre. Il la joue jusqu'à la mort, sauf aux instants où il est seul et sans miroir. Être seul pour le dandy revient à n'être rien. Les romantiques n'ont parlé si magnifiquement de la solitude que parce qu'elle était leur douleur réelle, celle qui ne peut se supporter. Leur révolte s'enracine a un niveau profond, mais du Cleveland de l'abbé Prévost, jusqu'aux dadaïstes, en passant par les frénétiques de 1830, Baudelaire et les décadents de 1880, plus d'un siècle de révolte s'assouvit à bon compte dans les audaces de "l'excentricité". Si tous ont su parler de la douleur, c'est que, désespérant de jamais la dépasser autrement que par de vaines parodies, ils éprouvaient instinctivement qu'elle demeurait leur seule excuse, et leur vraie noblesse...

    Dans ses formes conventionnelles, le dandysme avoue la nostalgie d'une morale. Il n'est qu'un honneur dégradé en point d'honneur. Mais il inaugure en même temps une esthétique qui règne encore sur notre monde, celle des créateurs solitaires, rivaux obstinés d'un Dieu qu'ils condamnent. À partir du romantisme, la tâche de l'artiste ne sera plus seulement de créer un monde, ni d'exalter la beauté pour elle seule, mais aussi de définir une attitude. L'artiste devient alors modèle, il se propose en exemple : l'art est sa morale. Avec lui commence l'âge des directeurs de conscience. Quand les dandys ne se tuent pas ou ne deviennent pas fous, ils font carrière et posent pour la prospérité. Même lorsqu'ils crient, comme Vigny, qu'ils vont se taire, leur silence est fracassant."

    Albert Camus, L'Homme révolté (1951)

    Lien permanent Catégories : "Suis-je l'auteur de ma propre vie?", =>Saison 8, Compilation de textes, Documents, Livres Imprimer
  • Wilde : Quel est notre fil conducteur ?

    "- Je crois en notre race ! s'écria-t-elle
    - Elle consacre la survie du plus entreprenant.
    - Elle a un avenir de progrés devant elle.
    - La décadence me fascine plus.
    - Que pensez vous de l'art ? demanda-t-elle
    - C'est une maladie.
    - L'amour ?
    - Une illusion.
    - La religion ?
    - Un substitut élégant pour la foi.
    - Vous êtes un sceptique.
    - Nullement ! Le scepticisme est un début de croyance.
    - Qu'êtes-vous donc ?
    - Définir, c'est limiter.
    - Donnez moi un fil conducteur.
    - Les fils cassent. Vous vous perdriez dans le labyrinthe.
    - Vous me désorientez."

    Oscar Wilde, Le Portrait de Dorian Gray (1890)

    Lien permanent Catégories : "Suis-je l'auteur de ma propre vie?", =>Saison 8, Compilation de textes, Documents, Livres Imprimer
  • Kundera : La vie n'est-elle pas une expérience continuelle ?

    "Il s'accablait de reproches, mais il finit par se dire que c'était au fond bien normal qu'il ne sût pas ce qu'il voulait : On ne peut jamais savoir ce qu'il faut vouloir car on n'a qu'une vie et on ne peut ni la comparer à des vies antérieures ni la rectifier dans des vies ultérieures.

    Vaut-il mieux être avec Tereza ou rester seul ? Il n'existe aucun moyen de vérifier quelle décision est la bonne car il n'existe aucune comparaison. Tout est vécu tout de suite pour la première fois et sans préparation. Comme si un acteur entrait en scène sans avoir jamais répété.

    Mais que peut valoir la vie, si la première répétition de la vie est déjà la vie même ? C'est ce qui fait que la vie ressemble toujours à une esquisse. Mais même "esquisse" n'est pas le mot juste, car une esquisse est toujours l'ébauche de quelque chose, la préparation d'un tableau, tandis que l'esquisse qu'est notre vie n'est l'esquisse de rien, une ébauche sans tableau. Tomas se répète le proverbe allemand : einmal ist keinmal, une fois ne compte pas, une fois c'est jamais. Ne pouvoir vivre qu'une vie, c'est comme ne pas vivre du tout."

    Milan Kundera, L'Insoutenable légèreté de l'Être (1982)

    Lien permanent Catégories : "Suis-je l'auteur de ma propre vie?", =>Saison 8, Compilation de textes, Documents, Livres Imprimer