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24/06/2016

LES MOTS SONT-ILS DES ARMES ?

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La prochaine séance du café philosophique de Montargis aura lieu le vendredi 24 juin 2016 à 19 heures, à la Brasserie du Centre commercial de la Chaussée.

Le débat de cette séance sera intitulé : "Les mots sont-ils des armes?"

 

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PLATON : GORGIAS, UN SOPHISTE

AVT_Platon_4949.jpegSOCRATE - Réponds-moi de même, Gorgias. La rhétorique est un de ces arts qui achèvent et exécutent tout par le discours, n'est-ce pas ? 

GORGIAS - Cela est vrai.

SOCRATE - Dis-moi donc quel est le sujet auquel se rapportent ces discours dont la rhétorique fait usage.

GORGIAS - Ce sont les plus grandes de toutes les affaires humaines, Socrate, et les plus importantes.

Platon, Gorgias (Ve s. av JC)

 

23/06/2016

ILS ONT DIT, AU SUJET DES MOTS ET DES ARMES

platon,saussure,voltaire,sartre,mounin,etchegoyen,weil

"Quelle sorte d'homme suis-je ? De ceux qui ont plaisir à être réfutés, si je dis quelque chose qui n'est pas vrai, mais qui ont plaisir à réfuter si un autre dit une chose qui n'est pas vraie, et qui n'ont pas moins de plaisir à être réfutés qu'à réfuter." [Platon]

"En général, il est de droit naturel de se servir de sa plume comme de sa langue, à ses périls, risques et fortune. Je connais beaucoup de livres qui ont ennuyé, je n’en connais point qui aient fait de mal réel." [Voltaire]

"Les mots sont bien sur la plus puissante des drogues de l’humanité" [Rudyard Kipling]

"Le lien unifiant le signifiant et le signifié est arbitraire, ou encore, puisque nous entendons par signe le total résultant de l'association d'un signifiant à un signifié, nous pouvons dire plus simplement : le signe linguistique est arbitraire." [Ferdinand de Saussure]

"Les mots sont comme des boulets de canon" [Jean Cocteau]

"L'affiche est un slogan graphique. "Un raccourci saisissant et clair", avec pour but avoué "un dessin sans légende ne prêtant pas à confusion" utilisant "un vocabulaire qui doit tendre à l'universel: l'évidence." [Roland Barthes]

"Les mots sont des pistolets chargés." [Brice Parain]

"Quand on n'est pas du même avis, il faut se mettre d'accord ou se battre jusqu'à ce que l'une des thèses disparaisse avec celui qui l'a défendue. [...] Concrètement parlant, quand il n'est pas un jeu, le dialogue porte, en dernier ressort, toujours sur la façon selon laquelle on doit vivre." [Éric Weil]

"L’écrivain engagé sait que les mots sont comme des pistolets chargés. S’il tire, il tue." [Jean-Paul Sartre]

"Puisque l’écrivain n’a aucun moyen de s’évader, nous voulons qu’il embrasse étroitement son époque ; elle est sa chance unique : elle s’est faite pour lui et il est fait pour elle... L’écrivain est en situation dans son époque : chaque parole a des retentissements." [Jean-Paul Sartre]

"La fonction de l’écrivain est de faire en sorte que nul ne puisse ignorer le monde et que nul ne puisse s’en dire innocent." [Jean-Paul Sartre]

"Tout le monde est d'accord sur ce point : la fonction communicative est la fonction première, originelle et fondamentale du langage, dont toutes les autres ne sont que des aspects ou des modalités non nécessaires." [Georges Mounin]

"Loin de dire ce que nous pensons, nous pensons ce que nous disons. En effet, nous ne pensons pas en dehors des mots." [Alain Etchegoyen]

 

SARRAUTE : POUR UN OUI OU POUR UN NON

pourunoui2.jpg"H.1 Essaie quand même...
H.2 Oh non... je ne veux pas...
H.1 Pourquoi? Dis-moi pourquoi?
H.2 Non, ne me force pas...
H.1 C'est donc si terrible?
H.2 Non, pas terrible... ce n'est pas ça...
H.1 Mais qu'est-ce que c'est, alors?
H.2 : C'est... c'est plutôt que ce n'est rien... ce qui s'appelle rien... ce qu'on appelle ainsi... en parler seulement, évoquer ça... ça peut vous entraîner... de quoi on aurait l'air? Personne, du reste... personne ne l'ose... on n'en entend jamais parler...
H.1 : Eh bien, je te demande au nom de tout ce que tu prétends que j'ai été pour toi... au nom de ta mère... de nos parents... je t'adjure solennellement, tu ne peux plus reculer... Qu'est-ce qu'il y a eu? Dis-le... tu me dois ça...
H.2, piteusement : je te dis : ce n’est rien qu’on puisse dire... rien dont il soit permis de parler...
H.1 Allons, vas-y...
H. 2 Eh bien, c'est juste des mots...
H.1 Des mots? Entre nous? Ne me dis pas qu'on a eu des mots... ce n'est pas possible... et je m'en serais souvenu...
H.2 Non, pas des mots comme ça... d'autres mots... pas ceux dont on dit qu'on les a “eus”... Des mots qu'on n'a pas “eus”, justement... On ne sait pas comment ils vous viennent..."

Nathalie Sarraute, Pour un Oui ou pour un Non (1981)

 

LA TOUR DE BABEL

784985.jpg"Toute la terre avait une seule langue et les mêmes mots. Comme ils étaient partis de l'orient, ils trouvèrent une plaine au pays de Schinear, et ils y habitèrent. Ils se dirent l'un à l'autre: Allons! faisons des briques, et cuisons-les au feu. Et la brique leur servit de pierre, et le bitume leur servit de ciment. Ils dirent encore: Allons! bâtissons-nous une ville et une tour dont le sommet touche au ciel, et faisons-nous un nom, afin que nous ne soyons pas dispersés sur la face de toute la terre.

Le Seigneur descendit pour voir la ville et la tour que bâtissaient les fils des hommes.

Et le Seigneur dit: "Voici, ils forment un seul peuple et ont tous une même langue, et c'est là ce qu'ils ont entrepris; maintenant rien ne les empêcherait de faire tout ce qu'ils auraient projeté. Allons! descendons, et là confondons leur langage, afin qu'ils n'entendent plus la langue, les uns des autres."

Et le Seigneur les dispersa loin de là sur la face de toute la terre; et ils cessèrent de bâtir la ville.

C'est pourquoi on l'appela du nom de Babel, car c'est là que le Seigneur confondit le langage de toute la terre, et c'est de là que le Seigneur les dispersa sur la face de toute la terre."

Genèse, 11, 1-32

"LA VÉRITÉ"

LA ROCHEFOUCAULD : MAXIMES

220px-François_de_La_Rochefoucauld.jpg[1] Ce que nous prenons pour des vertus n’est souvent qu’un assemblage de diverses actions et de divers intérêts, que la fortune ou notre industrie savent arranger ; et ce n’est pas toujours par valeur et par chasteté que les hommes sont vaillants, et que les femmes sont chastes.

[2] L’amour-propre est le plus grand de tous les flatteurs.

[3] Quelque découverte que l’on ait faite dans le pays de l’amour-propre, il y reste encore bien des terres inconnues.

[4] L’amour-propre est plus habile que le plus habile homme du monde.

[5] La durée de nos passions ne dépend pas plus de nous que la durée de notre vie.

[6] La passion fait souvent un fou du plus habile homme, et rend souvent les plus sots habiles.

[7] Ces grandes et éclatantes actions qui éblouissent les yeux sont représentées par les politiques comme les effets des grands desseins, au lieu que ce sont d’ordinaire les effets de l’humeur et des passions. Ainsi la guerre d’Auguste et d’Antoine, qu’on rapporte à l’ambition qu’ils avaient de se rendre maîtres du monde, n’était peut-être qu’un effet de jalousie.

François de La Rochefoucauld, Maximes et Réflexions morales (1664)

DES MOTS POUR DÉNONCER

4950219_6_a157_la-campagne-de-medecins-du-monde-a-debute-le_6f9ab9b675768b474d9f0c164a3ba0c7.png

22/06/2016

MOUNIN : LES FONCTIONS DU LANGAGE

efaa4c98-f84e-11e2-82c1-4ee973353dc9.JPG"Une des conquêtes de la linguistique actuelle est d'avoir aperçu et soigneusement distingué plusieurs fonctions du langage: sa fonction de communication interhumaine immédiate, d'abord. Puis une fonction expressive (ou émotive, chez quelques auteurs), celle par laquelle le locuteur manifeste son affectivité, volontairement, à travers ce qu'il dit - grâce au débit, à l'intonation, au rythme de ce qu'il dit. Puis encore, selon certains, une fonction appellative (ou conative), distincte de la précédente, celle par laquelle le locuteur cherche à provoquer chez son auditeur certaines tonalités affectives sans les partager lui-même (cas du menteur, de l'hypocrite, de l'acteur et de l'orateur qui jouent ou parlent "à froid", cas du "chef", etc). Puis encore une fonction (c'était la première aperçue par les Grecs, mais elle n'est première ni historiquement sans doute, ni fonctionnellement) d'élaboration de la pensée; puis enfin une fonction esthétique (ou poétique). Jakobson attribue même au langage une fonction métalinguistique, celle par où le langage sert à parler du langage lui-lême (quand nous disons : "Napoléon est un nom propre", "Rouge est un adjectif qualificatif", ou bien "Le barracuda est un poisson" etc.). Et finalement, une fonction phatique, celle grâce à laquelle le langage semble ne servir qu'à maintenir entre les interlocuteurs une sensation de contact acoustique ("Allô!") ou de contact psychologique de proximité agréable dans le bavardage social à vide ou la conversation d'amoureux, diseurs de rien, par exemple.

Quoiqu'il en soit de la réalité linguistique ou psychologique de certaines au moins de ces fonctions, tout le monde est d'accord sur ce point : la fonction communicative est la fonction première, originelle et fondamentale du langage, dont toutes les autres ne sont que des aspects ou des modalités non nécessaires."

Georges Mounin, Les Fonctions du Langage (1968)

 

PLATON : DISCUTER C'EST ACCEPTER D'AVOIR TORT

10-bonnes-raisons-de-discuter-encore-plus_width620.jpgSOCRATE. - Je pense, Gorgias, que tu as l'expérience de nombreuses discussions et que tu as remarqué ceci : ce n'est pas sans mal que les interlocuteurs définissent les uns les autres les sujets sur lesquels ils engagent une discussion, et parviennent à quitter un entretien en ayant appris quelque chose et en s'étant instruits eux-mêmes; si, au contraire, ils sont en désaccord sur une chose et que l'un refuse d'admettre que l'autre ait raison ou se soit exprimé clairement, alors ils se fâchent et soupçonnent l'autre de malveillance, plus enclins qu'ils sont à avoir le dessus qu'à examiner ce qui fait l'objet de la discussion. Il y en a même qui finissent par se séparer de la façon la pus moche, en se faisant insulter, après y avoir dit et entendu sur leur propre compte de telles horreurs que même les gens présents à la discussion s'en veulent d'avoir jugé bon d'être les auditeurs de tels individus.

Pourquoi je te dis cela ? Parce que tu me parais dire à présent des choses qui ne sont plus en accord et en harmonie avec de que tu disais sur la rhétorique en commençant. J'hésite dans ces conditions à te réfuter, de peur que tu aies dans l'idée que je cherche à avoir le dessus dans la discussion, sans viser la question pour la rendre plus claire, mais en te visant toi. Moi, en tout cas, si tu es de ces gens qui sont comme moi, c'est avec plaisir que je t'interrogerai; sinon, je devrais renoncer. Quelle sorte d'homme suis-je ? De ceux qui ont plaisir à être réfutés, si je dis quelque chose qui n'est pas vrai, mais qui ont plaisir à réfuter si un autre dit une chose qui n'est pas vraie, et qui n'ont pas moins de plaisir à être réfutés qu'à réfuter. (...) Si tu prétends toi aussi avoir cette tournure d'esprit, poursuivons la discussion; mais si tu crois qu'il faut l'abandonner, tenons-nous-en là et mettons fin à la discussion.

Platon, Gorgias (Ve s. av JC)

WEIL : SE METTRE D'ACCORD OU SE BATTRE

Charles-Charlemont-contre-Victor-Casteres---Boxe-francai.png"Le problème qui se pose à celui qui cherche la nature du dialogue n'est nul autre que celui de la violence et de la négation de celle-ci. Car que faut-il pour qu'il puisse y avoir dialogue ? La logique ne permet qu'une chose, à savoir, que le dialogue, une fois engagé, aboutisse, que l'on puisse dire lequel des interlocuteurs a raison, plus exactement, lequel des deux a tort : car s'il est certain que celui qui se contredit a tort, il n'est nullement prouvé que celui qui l'a convaincu de ce seul crime contre la loi du dialogue ne soit pas également fautif, avec ce seul avantage, tout temporaire, qu'il n'en a pas encore été convaincu.[...] Mais pourquoi l'homme accepte-t-il une situation dans laquelle il peut être confondu?

Il l'accepte, parce que la seule autre issue est la violence : quand on n'est pas du même avis, il faut se mettre d'accord ou se battre jusqu'à ce que l'une des thèses disparaisse avec celui qui l'a défendue. [...] Concrètement parlant, quand il n'est pas un jeu, le dialogue porte, en dernier ressort, toujours sur la façon selon laquelle on doit vivre."

Éric Weil, Logique de la Philosophie (1950)

 

PEIRCE : ICÔNE, INDICE ET SYMBOLE

cgs.gif"247. Un Icone est un signe qui fait référence à l'Objet qu'il dénote simplement en vertu de ses caractères propres, lesquels il possède, qu'un tel Objet existe réellement ou non. (...) N'importe quoi, que ce soit une qualité, un existant individuel, ou une loi, est un icone de n'importe quoi, dans la mesure ou il ressemble à cette chose et en est utilisé comme le signe.

248. Un Indice est un signe qui fait référence à l'Objet qu'il dénote en vertu du fait qu'il est réellement affecté par cet Objet. (...) Dans la mesure où l'Indice est affecté par l'Objet, il a nécessairement certaines qualités en commun avec cet Objet, et c'est sous ce rapport qu'il réfère à l'Objet. Il implique, par conséquent, une certaine relation iconique à l'Objet, mais un icone d'un genre particulier; et ce n'est pas la simple ressemblance à son Objet, même sous ces rapports, qui en font un signe mais les modifications réelles qu'il subit de la part de l'Objet.

249. Un Symbole est un signe qui se réfère à l'Objet qu'il dénote en vertu d'une loi, habituellement une association générale d'idées, qui provoque le fait que le Symbole est interprété comme référant à l'Objet."

Charles Sanders Peirce, Elements of Logic (1903)

BARTHES : LES AFFICHES DE SAVIGNAC

Slap-Trouville-Savignac-Monsavon.jpg"Le dessin est le langage même de la pensée: à ce titre, les idéogrammes chinois sont exemplaires; c'est un peu des idéogrammes que j'essaie de faire quand je crée mes affiches", dit Savignac. L'affiche est un slogan graphique. "Un raccourci saisissant et clair", avec pour but avoué "un dessin sans légende ne prêtant pas à confusion" utilisant "un vocabulaire qui doit tendre à l'universel: l'évidence...

(Au sujet de la vache Monsavon). "Je vais mettre du temps à ne pas me satisfaire de la bonne idée qui consiste à représenter une vache à côté d'un savon pour faire comprendre aux populations que ce dernier est au lait (...). C'est une image morte qui ne provoque pas de mouvement. Tandis qu'une vache qui produit elle-même le savon est une image vivante, dynamique ...

Une autre affiche particulièrement réussie de Savignac est celle qu'il a conçue pour le Comité de Sauvegarde du site de Notre-Dame, créé pour lutter contre un projet de construction d'une voie express sur berge qui aurait mis en péril le site de Notre-Dame de Paris.

C'est un cri de détresse lancé aux amoureux des bords de la seine" (p. 214), dit Savignac. Savignac avait d'abord pensé faire traverser Notre-Dame par un flot de voitures. Mais le péril de Notre-Dame n'aurait pas été directement évident dans cette image. Savignac eut alors l'idée "d'incliner Notre-Dame, comme si elle était emportée par une marée de voiture qui bousculait tout sur son passage". Des tours de la cathédrale, il fit des manches dont sortaient "des mains qui appelaient au secours, à l'image d'une personne qui va se noyer"

Roland Barthes, Défense d'afficher (1972)

 

21/06/2016

ETCHEGOYEN : LES MOTS

etchegoyen.jpgLa plupart du temps, nous croyons avec sincérité que nous exprimons notre pensée à l’aide de mots que nous choisissons. Ainsi, les mots nous permettraient de dire ou d’écrire ce que nous pensons. Nous avons le sentiment d’une juste adéquation entre la pensée d’un côté, et la langue d’un autre. Il nous arrive même de rechercher le bon mot qui exprimera le mieux telle ou telle idée.

Observons cependant notre expression orale : les mots divers, verbes, noms, prépositions, adverbes s’enchaînent dans un automatisme qui nous échappe en grande partie. Notre pensée ne peut s’arrêter à chaque séquence de notre discours. Dans l’écriture, le mécanisme est moins frappant car le souci de l’orthographe et le rythme de la main ralentissent l’expression et nous font davantage séjourner dans les mots, voire dans les lettres elles-mêmes.
Mais dans tous les cas, de l’expression écrite apparemment plus contrôlée à l’expression orale moins maîtrisée, des mots s’imposent à notre conscience que nous prenons ici et là : extraits de nos lectures, repris de notre éducation, captés dans l’environnement immédiat, ils nous échappent en partie. Notre époque est caractérisée par une multiplicité de flux et d’échanges qui nous privent d’une concentration sur les mots que nous utilisons et d’une suspension en conscience pour les utiliser à bon escient.

C’est pourquoi, très souvent, le processus s’inverse : loin de dire ce que nous pensons, nous pensons ce que nous disons. En effet, nous ne pensons pas en dehors des mots. Comme nous ne prenons plus le temps de nous arrêter sur leur sens, de disséquer leurs contenus, d’analyser leurs usages, les mots prennent le pouvoir sur notre pensée.

L’Institut de la Qualité de l’Expression a cette ambition : aider chacun à penser la langue et ses éléments pour qu’ils n’aliènent pas notre pensée mais lui permette au contraire de retrouver son authenticité.

Alain Etchegoyen

20/06/2016

"SLOGAN"