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29/03/2015

"MON ENFANCE" (BARBARA)

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28/03/2015

NIETZSCHE : LE BESOIN DU PASSÉ ET DE L'HISTOIRE

le-temps-qui-passe.jpg"Nous avons besoin de l’histoire pour vivre et pour agir, et non point pour nous détourner nonchalamment de la vie et de l’action, ou encore pour enjoliver la vie égoïste et l’action lâche et mauvaise. Nous voulons servir l’histoire seulement en tant qu’elle sert la vie. Mais il y a une façon d’envisager l’histoire et de faire de l’histoire grâce à laquelle la vie s’étiole et dégénère. C’est là un phénomène qu’il est maintenant nécessaire autant que douloureux de faire connaître, d’après les singuliers symptômes de notre temps...

Un homme qui voudrait ne sentir que d’une façon purement historique ressemblerait à quelqu’un que l’on aurait forcé de se priver de sommeil, ou bien à un animal qui serait condamné à ruminer sans cesse les mêmes aliments. Il est donc possible de vivre sans presque se souvenir, de vivre même heureux, à l’exemple de l’animal, mais il est absolument impossible de vivre sans oublier. Si je devais m’exprimer, sur ce sujet, d’une façon plus simple encore, je dirais : il y a un degré d’insomnie, de rumination, de sens historique qui nuit à l’être vivant et finit par l’anéantir, qu’il s’agisse d’un homme, d’un peuple ou d’une civilisation.

Pour pouvoir déterminer ce degré et, par celui-ci, les limites où le passé doit être oublié sous peine de devenir le fossoyeur du présent, il faudrait connaître exactement la force plastique d’un homme, d’un peuple, d’une civilisation, je veux dire cette force qui permet de se développer hors de soi-même, d’une façon qui vous est propre, de transformer et d’incorporer les choses du passé, de guérir et de cicatriser des blessures, de remplacer ce qui est perdu, de refaire par soi-même des formes brisées...

La culture historique par contre, n’est bienfaisante et pleine de promesses pour l’avenir que lorsqu’elle côtoie un puissant et nouveau courant de la vie, une civilisation en train de se former, donc uniquement lorsqu’elle est dominée et conduite par une puissance supérieure et qu’elle ne domine et ne conduit pas elle-même.[...] La question de savoir jusqu’à quel point la vie a besoin, d’une façon générale, des services de l’histoire, c’est là un des problèmes les plus élevés, un des plus grands intérêts de la vie, car il s’agit de la santé d’un homme, d’un peuple, d’une civilisation. Quand l’histoire prend une prédominance trop grande, la vie s’émiette et dégénère et, en fin de compte, l’histoire elle-même pâtit de cette dégénérescence."

Friedrich Nietzsche, Seconde Considération intempestive (1873-1876)

 

24/03/2015

PROUST : LA MADELEINE

cq5dam.web.1280.1280.jpeg"Et tout d'un coup le souvenir m'est apparu. Ce goût, c'était celui du petit morceau de madeleine que le dimanche matin à Combray (parce que ce jour-là je ne sortais pas avant l'heure de la messe), quand j'allais lui dire bonjour dans sa chambre, ma tante Léonie m'offrait après l'avoir trempé dans son infusion de thé ou de tilleul. La vue de la petite madeleine ne m'avait rien rappelé avant que je n'y eusse goûté ; peut-être parce que, en ayant souvent aperçu depuis, sans en manger, sur les tablettes des pâtissiers, leur image avait quitté ces jours de Combray pour se lier à d'autres plus récents ; peut-être parce que, de ces souvenirs abandonnés si longtemps hors de la mémoire, rien ne survivait, tout s'était désagrégé ; les formes — et celle aussi du petit coquillage de pâtisserie, si grassement sensuel sous son plissage sévère et dévot — s'étaient abolies, ou, ensommeillées, avaient perdu la force d'expansion qui leur eût permis de rejoindre la conscience. Mais, quand d'un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l'odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l'édifice immense du souvenir."

Marcel Proust, À la Recherche du Temps perdu, Du Côté de chez Swann (1913) 

 

22/03/2015

CAFÉ PHILOSOPHIQUE DE MONTARGIS : "SUIS-JE CE QUE MON PASSÉ FAIT DE MOI ?"

Affiche Suis je ce que mon passé fait de moi.png

La prochaine séance du café philosophique de Montargis aura lieu le vendredi 17 avril 2015 à 19 heures, à la Brasserie du Centre commercial de la Chaussée.

Le débat sera intitulé : "Suis-je ce que mon passé fait de moi ?"

 

Écrit par Claire et Bruno dans "Suis-je ce que mon passé fait de moi ?" [à venir], =>Saison 6 | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer | | | |  Facebook | | Pin it! |

21/03/2015

MERCI AUX PARTICIPANTS DE LA SÉANCE DU 20 MARS 2015

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Le café philosophique de Montargis réunissait pour sa séance du 30 janvier 2015 environ 80 personnes. Le débat s'intitulait : "Autrui, antidote à la solitude ?

Bientôt, sur ce site, vous retrouverez le compte-rendu de cette séance.

La prochaine séance du café philosophique de Montargis aura lieu le vendredi 17 avril 2015 à 19 heures, à la Brasserie du Centre commercial de la Chaussée pour un débat intitulé : "Suis-je ce que mon passé fait de moi ?

 

TOUTES NOS AFFICHES

Saison 6

"Suis-je ce que mon passé fait de moi ?" (séance du 17 avril 2015)

"Autrui, antidote à ma solitude ?" (séance du 20 mars 2015)

"Le langage trahit-il la pensée ?" (séance du 30 janvier 2015)

"Autrui, antidote à la solitude ?" (séance du 13 mars 2015)

"Doit-on tout faire pour être heureux ?" (séance du 12 décembre 2014)

"Le monstre est-il parmi nous ?" (séance du 14 novembre 2014)

"Existe-t-on quand personne ne nous regarde?" (séance du 26 septembre 2014)

Saison 5

"Avons-nous ce que nous méritons ?" (séance du 13 juin 2014)

"Faut-il trouver un sens à chaque chose ?" (séance du 9 mai 2014)

"Famille(s) je vous aime, famille(s) je vous hais" (séance du 28 mars 2014)

"La raison a-t-elle à s'occuper de l'irrationnel ?" (séance du 14 février 2014)

"L'utopie est-elle dénuée de toute valeur ?" (séance du 10 janvier 2014)  

"Un bon artiste est-il le Surhomme ?" (séance du 29 novembre 2013), à l'AGART d'Amilly 

"Qu'est-ce que l'amitié ?" (séance du 8 novembre 2013)  

"Justice : surveiller, punir ou guérir ?" (séance du 27 septembre 2013) 

Saison 4

"Qu'est-ce qu'une vie réussie ?" (séance du 28 juin 2013) 

"Manipulation dans le couple : pourquoi rester ? Comment partir ?" (séance du 7 juin 2013)

"Puis-je faire ce que je veux de mon corps ?" (séance du 22 mars 2013)

"Puis-je savoir qui je suis ?" (séance du 1er mars 2013)

"Oser la gentillesse : est-ce encore possible ?" (séance du 1er février 2013)

"Catastrophe ! La fin du monde ? La peur peut-elle être bonne conseillère ?" (séance du 21 février 2012)

"Mémoire, mémoires..." (séance du 30 novembre 2012)

"La vérité est-elle toujours bonne à dire ?" (séance du 19 octobre 2012)

"Prendre son temps est-ce le perdre ?" (séance du 28 septembre 2012)

Saison 3

"Peut-on vraiment être en vacances ?" (séance du 6 juillet 2012)

"Qu'est-ce qu'un bon Président ?" (séance du 20 avril 2012)

"Peut-on être jeune et heureux ?" (séance du 30 mars 2012)

"L'école sert-elle à enseigner ou à éduquer ?" (séance du 24 février 2012)

"Vivre seul(e) ou mal accompagné(e)" (séance du 27 janvier 2012)

"Les riches le méritent-ils ?" (séance du 9 décembre 2011) 

"Mes passions sont-elles des entraves à ma liberté ?" (séance du 4 novembre 2011)

"La vie n'est-elle qu'une suite de hasards ?" (séance du 30 septembre 2011)

Saison 2

"Qui dit "jeune" dit-il forcément "con"?" (séance du 22 juillet 2011)

"Pensées sectaires : Où s'arrête ma liberté?" (séance du 24 juin 2011)

"Le café philo passe le bac : Qu’attendons-nous pour être heureux ?" (séance du 27 mai 2011)

"Parlons sérieux, parlons rire" (séance du 1er avril 2011)

"L’art : à quoi ça sert ?"  (séance du 18 février 2011)

"Indignez-vous (?)" (séance du 28 janvier 2011)

"Le Père Noël est-il un imposteur ?"  (séance du 17 décembre 2010)

"Engagement(s) ! - Philosophie de l’engagement et engagements du philosophe"
(séance du 26 novembre 2010)
"Cela a-t-il encore un sens de philosopher aujourd’hui ?" (séance du 29 octobre 2010)

Saison 1

"Faut-il brûler Freud ?" (séance du 3 juillet 2010)

"Qu'attendons-nous pour être heureux ? (le café philo passe le bac)" (séance du 12 juin 2010)

"L'éducation à la non-violence est-elle garante de la paix ?" (séance du 6 mars 2010)

"Y a-t-il un humanisme aujourd'hui ?" (séance du 16 janvier 2010)

"A-t-on le droit de mourir ?" (séance du 5 décembre 2009)

"Religion = opium du peuple ?" (séance du 7 novembre 2009)

"Autrui, obstacle à ma liberté ?" (séance du 3 octobre 2009)

20/03/2015

TOUTES NOS SÉANCES

Saison 6

À VENIR Débat 48 [Saison 6] - Vendredi 17 avril 2015 : "Suis-je ce que mon passé fait de moi ?"

Débat 47 [Saison 6] - Vendredi 20 mars 2015 : "Autrui, antidote à la solitude?"

Débat 46 [Saison 6] - Vendredi 30 janvier 2015 : "Le langage trahit-il la pensée ?"

Débat 45 [Saison 6] - Vendredi 12 décembre 2014 : "Doit-on tout faire pour être heureux?"

Débat 44 [Saison 6] - Vendredi 14 novembre 2014 : "Le monstre est-il parmi nous?"

Débat 43 [Saison 6] - Vendredi 26 septembre 2014 : "Existe-t-on quand personne ne nous regarde ?"

Saison 5

Débat 42 [Saison 5] - Vendredi 13 juin 2014 : "Avons-nous ce que nous méritons?"

Débat 41 [Saison 5] - Vendredi 9 mai 2014 : "Faut-il trouver un sens à chaque chose ?" Café philo spécial co-animé avec des élèves de Terminale littéraire

Débat 40 [Saison 5] - Vendredi 28 mars 2014 : "Famille(s) je vous aime, famille(s) je vous hais" 

Débat 39 [Saison 5] - Vendredi 14 février 2014 : "La raison a-t-elle à s'occuper de l'irrationnel ?"

Débat 38 [Saison 5] - Vendredi 10 janvier 2014 : "L'utopie est-elle dénuée de toute valeur ?"

Débat 37 [Saison 5] - Vendredi 29 novembre 2013 : "Un bon artiste est-il le Surhomme ?" Café philo exceptionnel à l'AGART d'Amilly

Débat 36 [Saison 5] - Vendredi 8 novembre 2013 : "Qu'est-ce que l'amitié"?"

Débat 35 [Saison 5] - Vendredi 27 septembre 2013 : "Justice : surveiller, punir ou guérir ?"

Saison 4

Débat 34 [Saison 4] - Vendredi 28 juin 2013 : "Qu'est-ce qu'une vie réussie ?"

Débat 33 [Saison 4] - Vendredi 7 juin 2013 : "Manipulation dans le couple : Pourquoi rester ? Comment partir ?Avec la participation de Catherine Armessen, médecin et auteur de La Marionnette (éd. Feuillage)

Débat 32 [Saison 4] - Vendredi 3 mai 2013 : "L'amour peut-il se passer de normes?"

Débat 31 [Saison 4] - Vendredi 22 mars 2013 : "Puis-je faire ce que je veux de mon corps ?Café philo spécial co-animé avec des élèves de Terminale littéraire

Débat 30 [Saison 4] - Vendredi 1er mars 2013 : "Puis-je savoir qui je suis?"

Débat 29 [Saison 4] - Vendredi 1er février 2013 : "Oser la gentillesse : est-ce encore possible ?"

Débat 28 [Saison 4] - Vendredi 21 décembre 2012 : "Catastrophe ! la fin du monde? La peur peut-elle être bonne conseillère?"

Débat 27 [Saison 4] - Vendredi 30 novembre 2012 : "Mémoire, mémoires...  : Cette mémoire qui nous construit, cette mémoire qui nous détruitCafé philo spécial avec la participation de Jean-Dominique Paoli

Débat 26 [Saison 4] - Vendredi 19 octobre 2012 : "La vérité est-elle toujours bonne à dire ?"

Débat 25 [Saison 4] - Vendredi 28 septembre 2012 : "Prendre son temps est-ce le perdre ?"

Saison 3

Débat 24 [Saison 3] - Vendredi 6 juillet 2012 : "Peut-on vraiment être en vacances?"

Débat 23 [Saison 3] - Vendredi 20 avril 2012 : "Qu'est-ce qu'un bon Président ?" Spécial Elections présidentielle

Débat 22 [Saison 3] - Vendredi 30 mars 2012 : "Peut-on être jeune et heureux ?Café philo spécial co-animé avec des élèves de Terminale littéraire

Débat 21 [Saison 3] - Vendredi 24 février 2012 : "L'école sert-elle à enseigner ou à éduquer ?"

Débat 20 [Saison 3] - Vendredi 27 janvier 2012 : "Vivre seul(e) ou mal accompagné(e) ?" Débat autour de cette question : "La vie est-elle trop courte pour s'ennuyer avec quelqu'un qui n'en vaut pas la peine ?"

Débat 19 [Saison 3] - Vendredi 9 décembre 2011 : "Les riches le méritent-ils ?" Café Philo spécial Fêtes de fin d'année

Débat 18 [Saison 3] - Vendredi 4 novembre 2011 : "Mes passions sont-elles des entraves à ma liberté ?"

Débat 17 [Saison 3] - Vendredi 30 septembre 2011 : "La vie n'est-elle qu'une suite de hasards ?"

Saison 2

Débat 16 [Saison 2] - Vendredi 22 juillet 2011 : "Qui dit "jeune" dit-il forcément "con"?"

Débat 15 [Saison 2] - Vendredi 24 juin 2011 : "Pensées sectaires : Où s'arrête ma liberté?" Café philo avec la participation de Catherine Armessen, médecin et auteur de Manipulation, éd. Cheminements (Prix Littré 2008)

Débat 14 [Saison 2] - Vendredi 27 mai 2011 : "Le café philo passe le bac : Qu’attendons-nous pour être heureux ?" Café philo spécial Bac

Débat 13 [Saison 2] - Vendredi 1er avril 2011 : "Parlons sérieux, parlons rire"Café Philo spécial 1er avril

Débat 12 [Saison 2] - Vendredi 18 février 2011 : "L’art : à quoi ça sert ?"

Débat 11 [Saison 2] - Vendredi 28 janvier 2011 : "Indignez-vous (?)"

Débat 10 [Saison 2] - Vendredi 17 décembre 2010 : "Le Père Noël est-il un imposteur ?Café Philo spécial Noël

Débat 9 [Saison 2] - Vendredi 26 novembre 2010 : "Engagement(s) ! - Philosophie de l’engagement et engagements du philosophe"

Débat 8 [Saison 2] - Vendredi 29 octobre 2010 : "Cela a-t-il encore un sens de philosopher aujourd’hui ?"

Saison 1

Débat 7 [Saison 1] - Samedi 3 juillet 2010 : "Faut-il brûler Freud ?"

Débat 6 [Saison 1] - Samedi 12 juin 2010 : "Le café philo passe le bac : Pourquoi travaille-t-on ?" Café philo spécial Bac

Débat 5 [Saison 1] - Samedi 6 mars 2010 : "L’éducation à la non-violence est-elle garante de la paix ?" Café philo spécial, avec l’intervention de Vincent Roussel, membre de la Coordination française pour la Décennie

Débat 4 [Saison 1] - Samedi 16 janvier 2010 : "Y a-t-il un Humanisme aujourd’hui ?" Café philo "supplément d'AME" (service culturel de l'Agglomération Montargoise Et rives du Loing), dans le cadre des représentations du Neveu de Rameau de Diderot (Pannes, 21-22 janvier 2010) 

Débat 3 [Saison 1] - Samedi 5 décembre 2009 : "A-t-on le droit de mourir ?"

Débat 2 [Saison 1] - Samedi 7 novembre 2009 : "Religion = opium du peuple ?"

Débat 1 [Saison 1] - Samedi 3 octobre 2009 : "Autrui, obstacle à ma liberté ?"

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Album photo du café philo ici

 

ALAIN : IL FAUT DONNER D'ABORD

donner.jpgJe puis vouloir une éclipse, ou simplement un beau soleil qui sèche ce grain, au lieu de cette tempête grondeuse et pleureuse ; je puis, à force de vouloir, espérer et croire enfin que les choses iront comme je veux ; mais elles vont leur train. D'où je vois bien que ma prière est d'un nigaud. Mais quand il s'agit de mes frères les hommes, ou de mes sœurs les femmes, tout change. Ce que je crois finit souvent par être vrai. Si je me crois haï, je serai haï ; pour l'amour, de même. Si je crois que l'enfant que j'instruis est incapable d'apprendre, cette croyance écrite dans mes regards et dans mes discours le rendra stupide ; au contraire, ma confiance et mon attente est comme un soleil qui mûrira les fleurs et les fruits du petit bonhomme. Je prête, dites-vous, à la femme que j'aime, des vertus qu'elle n'a point ; mais si elle sait que je crois en elle, elles les aura. Plus ou moins ; mais il faut essayer ; il faut croire. Le peuple, méprisé, est bientôt méprisable ; estimez-le, il s'élèvera. La défiance a fait plus d'un voleur ; une demi-confiance est comme une injure ; mais si je savais la donner toute, qui donc me tromperait ? Il faut donner d'abord.

Alain, Propos d'un Normand (1952)

 

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19/03/2015

CAFÉ PHILOSOPHIQUE DE MONTARGIS : "AUTRUI, ANTIDOTE À LA SOLITUDE ?"

Affiche Autrui, antidote à la solitude.png

La prochaine séance du café philosophique de Montargis aura lieu le vendredi 20 mars 2015 (ET NON PAS LE 13 MARS : CHANGEMENT DE DATE !) à 19 heures, à la Brasserie du Centre commercial de la Chaussée.

Le débat sera intitulé : "Autrui, antidote à la solitude ?"

 

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QU'EST-CE QU'UN HOMME SEUL ?

 

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18/03/2015

ILS ONT DIT, AU SUJET D'AUTRUI (RAPPEL)

Vous pouvez retrouver sur ce lien des citations au sujet d'autrui, un thème abordé lors du café philosophique "Existe-t-on quand personne ne nous regard ?".

 

ILS ONT DIT, AU SUJET DE LA SOLITUDE

 

montaigne,démocrite,hume,pascal,rousseau,shopenhauer,nietszche,merleau-ponty,sartre,beauvoir,kundera,deleuze,lévinas,onfray,comte-sponville

"Même dans la solitude, ne dis ni ne fais rien de blâmable. Apprends à te respecter beaucoup plus devant ta propre conscience que devant autrui." [Démocrite]

"Or, puisque nous entreprenons de vivre seuls et de nous passer de compagnie, faisons que notre contentement dépende de nous." [Michel de Montaigne]

"De là vient que les hommes aiment tant le bruit et le remuement ; de là vient que la prison est un supplice si horrible ; de là vient que le plaisir de la solitude est une chose incompréhensible." [Blaise Pascal

"La parfaite solitude est peut-être la plus grande punition que nous puissions souffrir." [David Hume]

"En sortant d'une longue et douce rêverie, en me voyant entouré de verdure, de fleurs, d'oiseaux et laissant errer mes yeux au loin sur les romanesques rivages qui bordaient une vaste étendue d'eau claire et cristalline, j'assimilais à mes fictions tous ces aimables objets ; et me trouvant enfin ramené par degrés à moi-même et à ce qui m'entourait, je ne pouvais marquer le point de séparation des fictions aux réalités ; tant tout concourait également à me rendre chère la vie recueillie et solitaire que je menais dans ce beau séjour." [Jean-Jacques Rousseau

"Qui vient ? qui m'appelle ? / - Personne. / Je suis seul ; c'est l'heure qui sonne ; / Ô solitude ! Ô pauvreté !" [Alfred de Musset]

"On ne peut être vraiment soi qu'aussi longtemps qu'on est seul ; qui n'aime donc pas la solitude n'aime pas la liberté, car on n'est libre qu'étant seul." [Arthur Schopenhauer]

"La solitude offre à l'homme intellectuellement haut placé un double avantage : le premier, d'être avec soi-même, et le second de n'être pas avec les autres." [Arthur Schopenhauer

"La solitude est très belle... quand on a près de soi quelqu'un à qui le dire." [Gustavo Adolfo Bécquer

"Plus j'aime l'humanité en général et moins j'aime les gens en particulier." [Fiodor Dostoïevski]

"Lorsque Zarathoustra eut atteint sa trentième année, Il quitta sa patrie et le lac de sa patrie et s'en alla dans la montagne. Là il jouit de son esprit et de sa solitude et ne s'en lassa point durant dix années." [Friedrich Nietzsche]     

"Le défaut le plus répandu de notre type de formation et d’éducation : personne n'apprend, personne n'aspire, personne n'enseigne... à supporter la solitude." [Friedrich Nietzsche

"L'intellectualité supérieure et indépendante, la volonté de solitude, la grande raison apparaissent comme des dangers." [Friedrich Nietzsche

"Une seule chose est nécessaire : la solitude. La grande solitude intérieure. Aller en soi-même et ne rencontrer pendant des heures personne, c'est à cela qu'il faut parvenir. Etre seul, comme l'enfant est seul." [Rainer Maria Rilke

"Il est bon de redire que l'homme ne se forme jamais par l'expérience solitaire." [Alain

"Ma parole est recoupée par celle d'autrui : je m'entends en autrui et il parle en moi." [Maurice Merleau-Ponty

"La solitude rend sensible, non étranger à autrui." [Mika Waltari]

"Dans l'amour, chaque conscience cherche à mettre son être-pour-autrui dans la liberté de l'autre." [Jean-Paul Sartre]  

"La femme postmoderne, interrogée par des sondeurs, s’estime être seule car elle est souvent condamnée à un enfermement intérieur qui lui interdit la rencontre avec un homme." [Simone de Beauvoir]

"Incapable de s'accomplir dans la solitude, l'homme dans ses rapports avec ses semblables est sans cesse en danger : sa vie est une entreprise difficile dont la réussite n'est jamais assurée." [Simone de Beauvoir]

"Dans la proximité, l'absolument autre, l'Étranger que "je n'ai ni conçu ni enfanté" je l'ai déjà sur les bras, déjà je le porte... En être réduit à recourir à moi, c'est déjà l'apatridie ou l'étranger du prochain. Elle m'incombe." [Emmanuel Lévinas]   

"Le tort des théories philosophiques c'est de [réduire autrui] tantôt à un objet particulier, tantôt à un autre sujet... Mais autrui n'est ni un objet dans le champ de ma perception, ni un sujet qui me perçoit : c'est d'abord une structure du champ perceptif, sans laquelle ce champ dans son ensemble ne fonctionnerait pas comme il le fait." [Gilles Deleuze

"La solitude. Elle est mon moteur, mais aussi une malédiction. Je rencontre peu de gens. Je ne sors presque jamais. J’ai trop de soucis." [Yves Saint Laurent

"Solitude : douce absence de regards." [Milan Kundera

"Être seul, c'est être soi, rien d'autre. Comment serait-on autre chose ? Personne ne peut vivre à notre place ni mourir à notre place, ni souffrir à notre place, et c'est ce qu'on appelle la solitude : ce n'est qu'un autre nom pour l'effort d'exister." [André Comte-Sponville

"Le langage, loin de combler l’abîme qui sépare les êtres, creuse la distance, il met en évidence la solitude et l’impossibilité de communiquer." [Michel Onfray

 

17/03/2015

COMPTE-RENDU DE LA SÉANCE : "LE LANGAGE TRAHIT-IL LA PENSÉE ?"

Thème du débat : "Le langage trahit-il la pensée ?" 

Date : 30 janvier 2015 à la Brasserie du centre commercial de la Chaussée

descartes,freud,saussure,gleason,chomsky,berger,wittgenstein,bergson,héraclite,hegelLe vendredi 30 janvier 2015, le café philosophique de Montargis se réunissait pour un débat intitulé "Le langage trahit-il la pensée ?"

Un premier participant s'interroge au préalable sur l'intitulé de ce sujet : parle-t-on du langage des mots ou bien cela inclut-il d'autres langages (des matériaux, des signes, des arts, etc.) ? Claire répond que par définition le langage désigne un ensemble de signes ou de symboles, "socialement institués et stables". Le langage artistique, par exemple, peut entrer dans ce cadre si l'on peut entrer en relation au travers de ces signes ou symboles. Encore faut-il,ajoute Claire, qu'ils puissent traduire et non pas trahir notre pensée. Descartes dit que ce qui distingue l'automate ou l'animal de l'être humain c'est le langage car, a contrario d'un perroquet, l'homme est capable d'utiliser des mots, des signes, des symboles ou autres pour dire quelque chose de lui-même qui pourra être traduit par l'autre et échangé. On ne se contente pas de répéter des choses : on leur donne du sens. Or, la question est de savoir si ce sens, comme il est conformé autour d'un certains nombre de symboles, est fidèle à la réalité qu'il désigne. Quant on parle, par exemple, est-on fidèle à ce que l'on veut dire ? N'y a-t-il pas trahison dans la compréhension de ce que je peux dire ? Ne dit-on, pas dans le langage courant, "je te donne ma parole" pour désigner un serment solide ?

Pour un autre participant, la question autour de ce sujet porte sur la notion de "pensée". Quand je pense, je serais sans doute dans une "sorte de nuage, d'un rêve indéterminé, avec des formes, des couleurs..." Il y a une sorte d'abstraction du langage, à l'image de l'abstraction de la pensée. Claire rebondit sur cette intervention : dès la naissance de la philosophie, il y a cette question de la définition de la pensée. Peut-on appeler une pensée un  mot, un sens, etc. Une pensée pourrait être caractérisée par un ensemble de flux intérieurs qui peut aussi désigner des sentiments, confus, dispersés. On peut réellement parler d'affrontement : beaucoup de philosophes, dont Hegel ou Wittgenstein, disent que ce qui se conçoit bien s'énonce clairement : toute pensée qui n'arrive pas à se dire est une pensée obscure. Au contraire, le langage viendrait officialiser et encadrer quelque chose qu'on n'arriverait pas correctement à signifier.

descartes,freud,saussure,gleason,chomsky,berger,wittgenstein,bergson,héraclite,hegelEncore faudrait-il, ajoute quelqu'un de l'assistance, que je puisse disposer d'un vocabulaire et d'une syntaxe suffisamment riche pour refléter mes pensées, si encore je peux trouver des mots adéquats. Une question pourrait se poser : peut-il y avoir une pensée sans langage ? D'emblée, Claire distingue le langage de la langue. C'est Montaigne qui dit que l'on habite une nation et que l'on appartient à un peuple lorsque l'on sait s'exprimer dans la langue de ce pays. La langue, avec toutes ses imperfections, nous informe comme nous forme de ce sens. D'ailleurs, au sujet de cette formation, Bruno souligne que l'enfant, cet être encore en devenir est, par définition l'infans, en latin, c'est à dire "celui qui ne parle pas." Pour l'auteur des Essais, le langage n'est rien ; pourtant, il n'y a rien d'autre qui compte davantage, y compris dans nos relations à autrui, pour le meilleur et pour le pire – donner sa parole à autrui ou lui mentir ! 

Est-ce que la réalité est sensée au départ ? Le langage est-il capable de vérité ? L'épistémologie s'interroge sur ces questions. Claire la repose lors de cette séance. Un participant répond que le langage, "assurément", trahit la pensée. En effet, une personne, un "émetteur", qui encode sa pensée grâce au langage, transmis à un récepteur, qui doit, ensuite décoder le langage, le comprendre, et manifester un feed-back, via un ré encodage qui sera ensuite codé à nouveau. Il y a donc "de la perte en, ligne", en sachant qu'il n'y pas un encodage identique à 100 %, chaque mot pouvant être différent d'une personne à une autre (en raison de la culture, du passé de chacun, etc.). L'actualité, même récente, nous apprend les malentendus quotidiennement. À ce sujet, Claire évoque Ludwig Wittgenstein, qui s'interrogeait sur la restitution fidèle d'une langue. Le philosophe essayait, dans son Tractatus logico-philosophicus de parvenir à une vérité universelle mais il avouait, à la fin de son ouvrage, n'y être pas parvenu. Il énonçait, en conclusion, cette pensée : "Ce dont on ne peut parler, il faut le taire."  

descartes,freud,saussure,gleason,chomsky,berger,wittgenstein,bergson,héraclite,hegelLe langage, selon une participante, serait une interprétation du monde, à l'exemple du langage scientifique. Ce dernier tente d'approcher la vérité universelle. Au contraire, le langage poétique aurait d'autres fins. N'y aurait-il pas plusieurs strates dans le langage, selon les besoins ? Claire évoque à ce sujet Henri Bergson qui dit qu'à côté de la science et de la philosophie, il y a la vie. On utilise nos différents médias selon ce que nous faisons : nous nous bornons à lire les étiquettes collés sur les choses ; par contre, un philosophe ou un scientifique tente d"intuitionner" la réalité, c'est-à dire enlever le filtre du langage, qui vient déformer cette réalité. Héraclite disait que l'on ne se baigne jamais dans le même fleuve ; pour autant, il faut bien l'appeler ainsi, ce fleuve-là ! Dans la vie, dit Bergson, on conforme la réalité dans des cadres de pensées, des normes, des concepts, au risque d'être à la surface de ceux-ci. 

Pour un participant, il y a deux sens dans le concept de "trahison de la pensée" : la trahison comme comme impossibilité et impuissance à exprimer la pensée (le fameux "traduire c'est trahir") et la trahison, souvent non-verbale (gestuelle, mimiques, onomatopées, lapsus, actes manqués, etc.), qui survient sans que je l'aie désirée. Claire précise d'ailleurs à ce sujet que toute la cure psychanalytique est fondée sur cela. Freud montre bien toute la richesse et la densité des rêves : une scène d'un rêve désigne littéralement un roman. 

Le langage, même imparfaitement, même avec ses limites, est au centre de mes tentatives d'énoncer mes pensées, au risque de laisser se dresser une barrière entre moi et l'humanité et les autres : "Mon jardin secret est une prison" disait Peter L. Berger. Un participant s'interroge au sujet de cette trahison non désirée, en rapport avec un inconscient qui nous dépasserait : peut-on dans ce cas parler de trahison puisque cet inconscient, justement, ne m'est pas accessible ? Un acte manqué ne serait pas à proprement parlé une trahison. D'autant plus que penser, ajoute une autre personne, est un acte réfléchi : "Penser est un verbe d'action", au contraire de la réflexion. Tel un homme face à un miroir, la réflexion me rend plus passif, alors que dans la pensée, je dois mâcher et digérer des choses pour en faire quelque chose d'unique : on pense contre, on se frotte au monde.          

descartes,freud,saussure,gleason,chomsky,berger,wittgenstein,bergson,héraclite,hegelUne autre intervenante se demande si le langage des signes ne trahit pas la pensée, ce langage étant une identité propre. Une personne de l'assistante, pratiquant cette langue, répond que le langage des signes est un de ces langages qui "trahit le moins la pensée" : il s'agit d'un langage très concis et très précis, tout en étant capable d'abstraction. 

Qui dit langage, dit une autre personne, dit aussi disposition à accueillir le langage de tel ou tel autre ou bien une œuvre d'art – qui peut nous parler tel ou tel jour, alors que ce n'était pas le cas quelques temps plus tôt. Le problème du langage, ajoute un autre intervenant, a remué les courants artistiques au XXe siècle : le surgissement du conceptuel a pu avoir lieu pour appréhender de manière plus objective la réalité. Cette idée se retrouve en philosophie, ajoute Claire : pourquoi nombre de philosophes sont grecs ou allemands ? Cette question n'est ni anodine ni provocatrice : la langue allemande permet d'exprimer facilement des concepts, alors que les néologismes français ont très vite leurs limites. Et en grec, le mot logos a vingt sens différents (le langage, la raison, le fait de coucher, de rassembler, etc.). Chaque mot est polysémique. On considère le mot comme une richesse et les différents tons que l'on peut lui donner permet d'aller vers la nuance, ce que font les poètes et les écrivains. Cite l'exemple de la pièce Un Mot pour un Autre de Jean Tardieu, avec des dialogues et des polylogues dans lesquels les mots sont utilisés à la place d'autres, sans que le texte soit incompréhensible, cf. cet extrait

De quoi parle-t-on ? Et pourquoi parle-t-on ? Peut-être pour se différencier des animaux qui ne vivent que pour se nourrir et pour chasser. Notre humanité est en jeu dans ce langage comme reflet de notre pensée. La pensée et le langage sont intimement liés, dit une autre participante. Ils se nourrissent l'un l'autre, est-il également dit. Au point que l'on peut se poser cette question : est-ce que l'on pense mal si l'on parle mal ? Si qui ne se dirait pas n'aurait pas de consistance. Ce dont il est question est la pauvreté du vocabulaire qui est un frein à l'expression de la pensée ("Si vous saviez comme ça tourne là-haut ! Si vous saviez comme j'ai envie de dire ce que j'ai dans la tête... mais je n'y arrive pas !"). La communication est d'ailleurs au centre de notre société, notamment chez les adolescents d'aujourd'hui, via les réseaux sociaux et le besoin de s'exprimer n'est pas amoindri. Et sans doute, dit un participant, que la jeunesse d'aujourd'hui est en train de nous faire grandir : "les enfants parlent mieux en l'absence de leurs parents", même s'il peut y avoir "perte d'informations" ! Il est dit que le langage n'est pas une question d'âge, mais plutôt de culture ; par ailleurs, le langage ne peut être considéré comme un outil pouvant mesurer l'intelligence d'une personne (par exemple, certains autistes). 

descartes,freud,saussure,gleason,chomsky,berger,wittgenstein,bergson,héraclite,hegelLa rhétorique permet d'enrichir le langage, dit un autre participant, au risque de trahir la pensée. Claire évoque cette question de la rhétorique, à l'origine du premier grand conflit entre philosophes grecs. Il y a d'un côté Platon qui dit qu'il faut utiliser le langage pour faire comprendre aux Athéniens la richesse de la pensée ; et de l'autre côté, il y a les sophistes, des "instituteurs de la République", mandatés pour faire apprendre aux citoyens grecs un langage unique afin qu'ils se comprennent et communiquent entre eux. Pour Platon, les sophistes inculquent aux citoyens athéniens la manière de parler "bellement" de choses "laides". Les sophistes d'aujourd'hui sont sans nul doute les avocats et les hommes politiques – hommes politiques qui sont d'ailleurs souvent des avocats ! La langue peut être maniée afin d'amener l'assentiment général. A contrario, celui qui n'arriverait pas à s'exprimer correctement – que ce soit avec des mots ou avec des signes – ne pourrait pas amener une pensée remplie de sens. 

Jean Berko Gleason et Noam Chomsky disent à ce sujet que dans les langues, par exemple dans les langages africains, le découpage de la langue découpe aussi la réalité. Le botaniste s'arrache les cheveux dans ces pays lorsqu'il est question de définir telle ou telle couleur.. Pour le coup, derrière le mot, il y a la réalité, même si Ferdinand de Saussure assure que ce n'est pas le mot qui compte mais la structure du langage. Mais derrière la langage et sa structure, on compartimente et on informe de la réalité. Des textes d'épistémologies parlent de ces étudiants en médecine qui découvrent pour la première fois la radiographie. Au départ, ces jeunes gens jugent leur professeur comme un "fou dingue" bâtissant "tout un roman" à partir de quelque chose qui n'existe pas – du noir. Sauf qu'en interprétant ce noir, et en "nommant" les choses, un nouveau monde surgit, fascinant.  La réalité semblerait donc exister à partir du moment où elle est arrêtée par un signe.

descartes,freud,saussure,gleason,chomsky,berger,wittgenstein,bergson,héraclite,hegelD'après un participant, il y a une réelle difficulté dans le passage de la pensée à l'écriture. Cette dernière est non seulement plus lente mais aussi moins fidèle que la pensée. Par ailleurs, si je sais que l'autre va être témoin, il peut y avoir blocage parce qu'appréhension du jugement d'autrui. La facilité de l'écriture est une réelle richesse mais elle n'est pas généralisée : coucher sur le papier ou parler lorsque tout le monde nous regarde n'est pas évident. La richesse du langage est décrite par cet intervenant comme la manifestation d'une synergie entre la pensée et le langage : "quand on veut être précis dans son langage, quand on veut chercher le mot adéquat, forcément on est en contact de sa pensée. On est en train de la vivre. Et quand on est en train de la vivre, on n'est plus réel et du coup on arrive à mieux transcrire sa pensée. Et on s'oblige à le faire... Il y a une synergie, il y a quelque chose qui se créée qui fait que je pense encore plus parce que je je dois m'exprimer mieux." Ce participant ajoute que l'expression est un exutoire par la parole (tel un citron que l'on presse) et s'il n'y a pas cet exutoire oral, comment la pensée va-t-elle pouvoir sortir et se densifier ? La parole, même si elle n'est pas fidèle à la pensée, améliore en tout cas la pensée : pour preuve, ces formateurs en entreprise qui, de retour à leur poste de travail après avoir transmis leurs connaissances, s'en trouvent changés : ils ont la rhétorique pour eux et en eux.

Dans communiquer, il y a deux sens : faire passer un message et être en relation, telles deux pièces qui communiquent l'une à l'autre. Faire passer un message est capital et donc, la forme du langage est importante pour rester à l'écoute. Ainsi, la provocation peut être utile pour des gens qui se connaissent mais elle peut aussi être dangereuse. Cela n'exclut pas, dit Claire, que le langage puisse évoluer, s'enrichir, se différencier, via par exemple de nouvelles expressions, des néologismes, etc. S'exprimer, s'affirmer, c'est aussi afficher sa singularité et aussi s'engager. Dès lors, lorsque l'on est exposé, on peut davantage recevoir des coups, que ce soit verbaux ou autres. N'oublions pas, précise un intervenant, que dans l'Histoire, le barbare est, par définition, celui qui s'exprime en faisant "ba ba", c'est-à-dire celui que l'on ne comprend pas.  

Bruno conclut ce débat par deux citations : Alain qui disait : "La langue est un instrument à penser" et  Roland Barthes qui affirmait ceci : "Le langage est une peau : je frotte mon langage contre l’autre."

En fin de séance, trois sujets sont proposés pour la séance suivante, fixée le vendredi 20 mars 2015 (et non pas le 13 comme annoncé à l'origine) : "Vox populi, vox dei ?", "Y a-t-il une morale politique ?" et "Autrui, antidote à la solitude ?" C'est ce dernier sujet qui est élu par les participants.

 

16/03/2015

PROUST : ALBERTINE DISPARUE

Proust-allo-cine.jpg"On ne s'afflige pas plus d'être devenu un autre, les années ayant passé et dans l'ordre de la succession des temps, qu'on ne s'afflige, à une même époque, d'être tour à tour les êtres contradictoires, le méchant, le sensible, le délicat, le mufle, le désintéressé, l'ambitieux qu'on est tour à tour à chaque journée."

Marcel ProustAlbertine disparue (1925)

 

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15/03/2015

PROCHAIN CAFÉ PHILO : AUTRUI, ANTIDOTE À MA SOLITUDE ?

chop-suey-19294.jpgLe café philosophique de Montargis proposera sa prochaine séance le vendredi 20 mars 2015, à partir de 19 heures, à la Brasserie du centre commercial de la Chaussée, à Montargis. Le débat proposé portera sur cette question : "Autrui, antidote à la solitude ?"

"Rien ne peut être fait dans la solitude" affirme Picasso. Dès lors, l'homme est-il un animal politique ? La présence d'autrui, mon alter ego, me permet elle de ne pas me sentir, de ne pas être seul ? Qu'est-ce que la solitude et faut-il la refuser ? Mon semblable peut-il en être l'antidote ?

Ce sont autant de questions qui pourront être échangés le vendredi 20 mars, à 19 heures, à la brasserie du centre commercial de la chaussée.

La participation sera libre et gratuite.

 

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