Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

nietzsche

  • Ils ont dit, au sujet du désir

    "Mieux vaut l’ordre de l’âme que les désirs insatiables opposés à la raison." [Platon]

    "quiconque éprouve le désir de quelque chose, désire ce dont il ne dispose pas et ce qui n’est pas présent." [Platon]

    "L'homme aux tonneaux pleins n'a plus aucun plaisir, et c'est justement là ce que j'appelais tout à l'heure vivre à la façon d'une pierre : une fois les tonneaux remplis, on n'a plus ni joie ni peine." [Platon]

    "Le désir est l’appétit de l’agréable." [Aristote]

    "Il faut se rendre compte que parmi nos désirs les uns sont naturels, les autres vains, et que, parmi les désirs naturels, les uns sont nécessaires et les autres naturels seulement." [Épicure] 

    "Parmi les choses, les unes dépendent de nous, les autres n’en dépendent pas." [Épictète] 

    "Ce n'est pas par la satisfaction du désir que s'obtient la liberté, mais par la destruction du désir." [Épictète] 

    "Il faut changer ses désirs plutôt que l’ordre du monde." [René Descartes]

    "Le désir est l’appétit accompagné de la conscience de lui-même." [Baruch Spinoza]

    "Le désir qui naît de la joie est plus fort que le désir qui naît de la tristesse." [Baruch Spinoza]

    "Les hommes sont conscients de leurs désirs et ignorants des causes qui les déterminent." [Baruch Spinoza]

    "Nous ne désirons aucune chose parce que nous la trouvons bonne mais, au contraire, nous jugeons qu’une chose est bonne parce que nous la désirons." [Baruch Spinoza]

    "Les hommes sont conduits plutôt par le désir aveugle que par la raison." [Baruch Spinoza]

    "Malheur à qui n'a plus rien à désirer ! Il perd pour ainsi dire tout ce qu'il possède. On jouit moins de ce qu'on obtient que de ce qu'on espère et l'on n'est heureux qu'avant d'être heureux." [Jean-Jacques Rousseau] 

    "L’homme est conscience de soi et capacité de dire « Je »." [Emmanuel Kant]

    "L’homme se définit comme désir négateur, lequel permet d’accéder à la conscience de soi." [Emmanuel Kant]

    "Ce n'est pas dans la jouissance que consiste le bonheur, c'est dans le désir, c'est à briser les freins qu'oppose à ce désir." [Sade]

    "L’homme est conscience de soi, cette conscience est déchirée." [Hegel]

    "L’homme vacille ainsi entre peine et souffrance." [Arthur Schopenhauer]

    "Le désir est énergie mais aussi vie dans l’instant pur." [Soren Kierkegaard]

    "Le désir est signe de guérison ou d'amélioration." [Friedrich Nietzsche]

    "Nous n'arrivons pas à changer les choses suivant notre désir, mais peu à peu notre désir change." [Marcel Proust]

    "Par source de la pulsion, on entend le processus somatique qui est localisé dans un organe ou une partie du corps et dont l'excitation est représentée dans la vie psychique par la pulsion." [Sigmund Freud]

    "Le rêve est la satisfaction d’un désir." [Sigmund Freud]

    "“L'homme est une création du désir, non pas une création du besoin." [Gaston Bachelard]

    "Le désir est manque et dépassement de son manque." [Jean-Paul Sartre]

    "Le désir est une conduite d'envoûtement." [Jean-Paul Sartre]

    "Tout désir naît d’un manque et représente un cycle sans fin." [Jean-Paul Sartre]

    "L’homme doit assumer son désir et agir en conformité avec lui." [Jacques Lacan]

    "Le désir est inextinguible." [Jacques Lacan]

    "Tout se réduit en somme au désir et à l’absence de désir. Le reste est nuance." [Emil Cioran]

    "Peut-être aucun autre type de société n'a jamais accumulé, et dans une histoire relativement si courte, une telle quantité de discours sur le sexe. De lui, il se pourrait bien que nous parlions plus que de toute autre chose." [Michel Foucault]

    Photo : Pexels – Marcela Oliveira

    Lien permanent Catégories : =>Saison. 13, Citations, Documents, [94] "Sait-on ce que l'on désire?" Imprimer 0 commentaire Pin it!
  • Ils ou elles ont dit au sujet du passé

    "Laissons le passé être le passé." [Homère]

    "Ne demeure pas dans le passé, ne rêve pas du futur, concentre ton esprit sur le moment présent."
     [Bouddha]

    "Qu'est-ce donc que le temps ? Si personne ne me le demande, je le sais : mais que je veuille l'expliquer à la demande, je ne le sais pas ! Et pourtant - je le dis en toute confiance - je sais que si rien ne se passait il n'y aurait pas de temps passé, et si rien n'advenait, il n'y aurait pas d'avenir, et si rien n'existait, il n'y aurait pas de temps présent." [s. Augustin]

    "Quelle force dans la mémoire ! C'est un je ne sais quoi, digne d'inspirer un effroi sacré, ô mon Dieu, que sa profondeur, son infinie multiplicité ! Et cela, c'est mon esprit ; et cela, c'est moi-même !" [s. Augustin]

    "Le passé et le présent sont nos moyens ; le seul avenir est notre fin." [Blaise Pascal]

    "Nous ne nous tenons jamais au temps présent. Nous anticipons l'avenir comme trop lent à venir, comme pour hâter son cours ; ou nous rappelons le passé pour l'arrêter comme trop prompt." [Blaise Pascal]

    "Nous­-mêmes pendant la plus grande partie de notre vie ne réflé­chissons pas sur notre soi passé, mais nous dirigeons notre attention vers nos pensées présentes." [John Locke] 

    "Il est impossible que le temps puisse jamais se présenter ou que l'esprit le perçoive isolément." [David Hume]

    "La vie doit être vécue en regardant vers l’avenir, mais elle ne peut être comprise qu’en se retournant vers le passé." [Sören Kierkegaard]

    "L’Homme qui possède un seul souvenir est plus riche que s’il possédait le monde entier" [Sören Kierkegaard]

    "Féconder le passé en engendrant l'avenir, tel est le sens du présent." [Friedrich Nietzsche]

    "L'homme s'adosse à la charge toujours plus grande du passé : elle l'écrase ou le fait verser, elle alourdit sa marche comme un ballot invisible et sombre." [Friedrich Nietzsche]

    "Qu'il s'agisse du plus petit ou du plus grand, il est toujours une chose par laquelle le bonheur devient le bonheur : la faculté d'oublier." [Friedrich Nietzsche]

    "Le passé ne peut renaître." [Alain-Fournier] 

    "Ne perdons rien du passé. Ce n'est qu'avec le passé qu'on fait l'avenir." [Anatole France]

    "La rationalité, la légitimité du souvenir est secrètement empruntée à la force de la perception." [Edmund Husserl]

    "on voit nettement que cette sujétion au passé a un caractère nettement pathologique." [Sigmund Freud]

    "La mémoire par quoi le souvenir revient est involontaire. On sait qu'il est des souvenirs obsédants, apparaissant comme des fragments du passé, flottant en nous et revenant d'eux-mêmes, s'imposant à notre conscience qu'ils semblent hanter. "Souvenir, souvenir, que me veux-tu ?" demande Verlaine à un semblable souvenir." [Ferdinand Alquié]

    "La distinction entre le passé, le présent, le futur n'est qu'une illusion, aussi tenace soit-elle." [Albert Einstein]

    "Le temps pur est bien mal connu." [Gaston Bachelard]

    "Le temps n'a qu'une réalité, celle de l'Instant" [Gaston Bachelard]

    "Les racines de nos fautes plongent dans le passé." [Agatha Christie]

    "Prévoir consiste à projeter dans l'avenir ce qu'on a perçu dans le passé." [Henri Bergson]

    "Nous ne percevons, pratiquement, que par le passé, le présent pur étant l’insaisissable progrès du passé rongeant l’avenir." [Henri Bergson]

    "Le passé tend à reconquérir son influence perdue en s'actualisant." [Henri Bergson]

    "Encore le passé où nous remontons ainsi est‑il glissant, toujours sur le point de nous échapper." [Henri Bergson]

    "Le présent serait plein de tous les avenirs, si le passé n’y projetait déjà une histoire." [André Gide]

    "L'Histoire est une projection dans le passé, de l'avenir que s'est choisi l'homme." [Martin Heidegger]

    "En d'autres termes, il est assez vrai que le passé nous hante ; c'est d'ailleurs la fonction du passé de nous hanter, nous qui sommes présents et souhaitons vivre dans le monde tel qu'il est réellement." [Hannah Arendt]

    "Il est bien entendu que pour n'importe quel peintre, ce qui compte de l'art du passé est présent…" [André Malraux]

    "Le futur n'est que l'aspect aberrant que prend le passé aux yeux de l'homme." [Jean-Paul Sartre]

    "La signification du passé est étroitement dépendante de mon projet présent." [Jean-Paul Sartre]

    "Et même si les habitants de la planète oubliaient tous ensemble que la chose a eu lieu, la chose éternellement et universellement oubliée n'en subsisterait pas moins, indépendamment de moi et de toi." [Vladimir Jankélévitch]

    "Connaître le passé est une manière de s'en libérer." [Raymond Aron]

    "Quand on aime la vie, on aime le passé, parce que c’est le présent tel qu’il a survécu dans la mémoire humaine." [Marguerite Yourcenar]

    "Possible ou impossible, le pardon nous tourne vers le passé. Il y a aussi de l'à-venir dans le pardon." [Jacques Derrida]

    "On ne veut être maître de l'avenir que pour pouvoir changer le passé." [Milan Kundera]

    "Le passé, c’est une ombre qui reste attachée à vous." [Wong Kar-wai] 

    "Quand on mémorise un souvenir, on encode également son contexte" [Francis Eustache]

    "Nous ne choisissons pas de nous souvenir, pas plus que nous choisissons d’oublier." [Charles Pépin]

    Photo : George Milton – Pexels.com

    Lien permanent Catégories : =>Saison. 13, Citations, Documents, [92] "Peut-on se libérer de son passé ?" Imprimer 0 commentaire Pin it!
  • "L'oubli", épisode de France Culture, épisode 1

    Oubli1.jpg

    Lien permanent Catégories : =>Saison. 13, Documents, Radio et podcasts, [92] "Peut-on se libérer de son passé ?" Imprimer 0 commentaire Pin it!
  • Nietzsche : la continuelle dépendance envers le passé

    719p45arOGL.jpgConsidère le troupeau qui paît auprès de toi : il ne sait ce que c'est qu'hier ni aujourd'hui, il bondit çà et là, il bâfre, se repose, rumine, refait des bonds et ce, du matin jusqu'au soir et jour après jour, attaché serré par son plaisir et son déplaisir au pieu de l'instant, ce qui lui évite tristesse et lassitude. Cette vision est difficile à soutenir pour l'homme, car, s'il se targue de son humanité face à l'animal, il louche quand même avec envie sur son bonheur, car, ce qu'il veut à l'instar de l'animal -vivre sans tristesse ni lassitude -, lui seul le veut, et, s'il le veut, c'est en vain, puisqu'il ne le veut pas au sens de l'animal. Voici qu'un beau jour l'homme lui demanda : pourquoi ne me parles-tu pas de ton bonheur, au lieu de rester à me regarder ? L'animal aurait bien voulu répondre en disant : cela tient à ce que j'oublie toujours à l'instant même ce que je voulais dire -mais il oublia jusqu'à cette réponse, et il se tut : si bien que l'homme commença à se poser des questions.

    Mais il s'en pose tout autant sur sa propre incapacité à apprendre l'oubli, sur sa continuelle dépendance envers le passé : il a beau courir plus loin, plus vite, la chaîne court avec. C'est un sortilège : l'instant qui, en un éclair, est là et n'y est plus, qui est un rien juste avant et juste après, revient pourtant comme un spectre et dérange la quiétude de l'instant suivant. Sans cesse se détache un feuillet au rouleau du temps, il tombe et s'envole, et lui retombe brusquement sur ses genoux d'homme. L'homme dit alors " je me souviens " et envie l'animal qui oublie aussitôt et voit chaque instant vraiment mourir, sombrer dans le brouillard et la nuit et disparaître à jamais. Donc l'animal vit anhistoriquement : car il se résout dans le présent comme un nombre sans reste irrationnel, il ne sait se régler, ne dissimule rien et apparaît à chaque moment pour ce qu'il est purement et simplement, et ne peut faire autrement qu'être lui-même. Par contre, l'homme s'adosse à la charge toujours plus grande du passé : elle l'écrase ou le fait verser, elle alourdit sa marche comme un ballot invisible et sombre, qu'il peut faire semblant de nier et ne nie que trop volontiers dans le commerce de ses semblables : pour susciter leur envie.

    Nietzsche Nietzsche, Seconde considération inactuelle (1873)

    Lien permanent Catégories : =>Saison. 13, Documents, Textes et livres, [92] "Peut-on se libérer de son passé ?" Imprimer 0 commentaire Pin it!
  • Nietzsche : oubli et "inertia"

    nietzscheL'oubli n'est pas simplement une vis inertiae, comme le croient les esprits superficiels, mais plutôt une faculté de rétention active, positive au sens le plus rigoureux, à laquelle il faut attribuer le fait que tout ce que nous vivons, éprouvons, ce que nous absorbons, accède aussi peu à la conscience dans l'état de digestion (on pourrait l’appeler « absorption spirituelle ») que tout le processus infiniment complexe, selon lequel se déroule notre alimentation physique, ce qu'on appelle l’« assimilation ». Fermer de temps à autre les portes et les fenêtres de la conscience; rester indemne du bruit et du conflit auxquels se livre, dans leur jeu réciproque, le monde souterrain des organes à notre service; faire un peu silence, ménager une tabula rasa de la conscience, de façon à redonner de la place au nouveau, surtout aux fonctions et fonctionnaires les plus nobles, au gouvernement, à la prévoyance, à la prédiction (car notre organisme est organisé d'une manière oligarchique), voilà l'utilité de ce que j'ai appelé l'oubli actif, qui, pour ainsi dire, garde l'entrée, maintient l'ordre psychique, la paix, l'étiquette : ce qui permet incontinent d'apercevoir dans quelle mesure, sans oubli, il ne saurait y avoir de bonheur, de belle humeur, d'espérance, de fierté, de présent. L'homme chez qui cet appareil de rétention est endommagé et se bloque est comparable à un dyspeptique (et ce n'est pas qu'une comparaison) - il n'en a jamais « fini ».

    Friedrich Nietzsche, Généalogie de la morale (1887)

    Lien permanent Catégories : =>Saison. 13, Documents, Textes et livres, [92] "Peut-on se libérer de son passé ?" Imprimer 0 commentaire Pin it!
  • Nietzsche : la faculté d'oublier

    nietzscheQu'il s'agisse du plus petit ou du plus grand, il est toujours une chose par laquelle le bonheur devient le bonheur : la faculté d'oublier ou bien, en termes plus savants, la faculté de sentir les choses, aussi longtemps que dure le bonheur, en dehors de toute perspective historique. Celui qui ne sait pas s'installer au seuil de l'instant, en oubliant tout le passé, celui qui ne sait pas, telle une déesse de la victoire, se tenir debout sur un seul point, sans crainte et sans vertige, celui-là ne saura jamais ce qu'est le bonheur, pis encore : il ne fera jamais rien qui rende les autres heureux. Représentez-vous, pour prendre un exemple extrême, un homme qui ne posséderait pas la force d'oublier et serait condamné à voir en toute chose un devenir : un tel homme ne croirait plus à sa propre existence, ne croirait plus en soi, il verrait tout se dissoudre en une multitude de points mouvants et perdrait pied dans ce torrent du devenir : en véritable disciple d'Héraclite[1], il finirait par ne même plus oser lever un doigt. Toute action exige l'oubli, de même que toute vie organique exige non seulement la lumière, mais aussi l'obscurité. Un homme qui voudrait sentir les choses de façon absolument et exclusivement historique ressemblerait à quelqu'un qu'on aurait contraint à se priver de sommeil ou à un animal qui ne devrait vivre que de ruminer continuellement les mêmes aliments. Il est donc possible de vivre, et même de vivre heureux, presque sans aucune mémoire, comme le montre l'animal ; mais il est absolument impossible de vivre sans oubli. Ou bien, pour m'expliquer encore plus simplement sur mon sujet : il y a un degré d'insomnie, de rumination, de sens historique, au-delà duquel l'être vivant se trouve ébranlé et finalement détruit, qu'il s'agisse d'un individu, d'un peuple ou d'une civilisation.

    Friedrich Nietzsche, Considérations inactuelles (1874)

    Lien permanent Catégories : =>Saison. 13, Documents, Textes et livres, [92] "Peut-on se libérer de son passé ?" Imprimer 0 commentaire Pin it!
  • Ils ou elles ont dit, au sujet de la réussite

    "On ne devient pas soudain un taureau ou un homme d’élite, il y faut de l’exercice, de la préparation. Et ne pas se lancer à l’aveugle dans des entreprises qui ne sont pas à notre portée." [Épictète]

    " Les hommes − il ne faut pas s’en étonner − paraissent concevoir le bien et le bonheur d’après la vie qu’ils mènent." [Aristote] 

    "Puisque toute connaissance et toute décision librement prise vise quelque bien, quel est le but que nous assignons à la politique et quel est le souverain bien de notre activité ? Sur son nom du moins il y a assentiment presque général : c'est le bonheur." [Aristote]

    "Prends le jour qui s'offre, ne fais pas crédit à demain." [Horace]

    "Il faut retrancher ses deux choses : la crainte de l’avenir, le souvenir des maux anciens. Ceux-ci ne me concernent plus et l’avenir ne me concerne pas encore." [Sénèque]

    "Nul n’est heureux s’il ne jouit de ce qu’il aime." [Saint Augustin]

    "Il ne faut juger notre heur qu’après notre mort." [Montaigne]
     
    "Qui commence par les certitudes finira par le doute. Mais qui s’éveille au doute trouvera les certitudes." [Francis Bacon] 

    "Tous les hommes  recherchent d’être heureux. Ceci est sans exception, quelques différents moyens qu’ils y emploient." [Pascal]

    "On n’est jamais si heureux ni si malheureux qu’on s’imagine." [La Rochefoucauld]

    "Cultive tes facultés mentales et corporelles pour les rendre aptes à toutes les fins qui peuvent se présenter à toi, ignorant quelles seront celles qui seront les tiennes." [Emmanuel Kant]

    "Être heureux est nécessairement le désir de tout être raisonnable mais fini (…), c’est un problème qui nous est posé par la nature finie elle-même car nous avons des besoins et ces besoins concernent la matière de notre faculté de désirer." [Emmanuel Kant]

    "“Adieu, tâche de t'en sortir... Moi, j'ai raté ma vie.”" [Émile Zola] 

    "Tu dois devenir qui tu es." [Friedrich Nietzsche]

    "La grandeur de l’homme, c’est qu’il est un pont et non une fin." [Friedrich Nietzsche]

    "Fuis, mon ami, fuis dans ta solitude, là−haut où souffle un vent rude et fort. Ce n’est pas ta destinée d’être un chasse−mouches." [Friedrich Nietzsche]

    "L’homme qui manque de maturité veut mourir noblement pour une cause. L’homme qui a atteint la maturité veut vivre humblement pour une cause." [Wilhelm Steket]

    "Il faut suivre sa pente, mais en montant." [André Gide]

    "Le miracle de la liberté consiste dans ce pouvoir-commencer". [Hanna Arendt]

    "Chaque homme est en lui-même un nouveau commencement". [Hanna Arendt]

    "Contre l'imprévisibilité, contre la chaotique incertitude de l'avenir, le remède se trouve dans la faculté de faire et de tenir des promesses." [Hanna Arendt]

    "Le temps d’apprendre à vivre, il est déjà trop tard." [Aragon]

    "Cet échec vers lequel tu cours, c’est un genre d’échec particulier, et horrible." [JD Salinger] 

    "Je crois que l'on devient ce que notre père nous a enseigné dans les temps morts, quand il ne se souciait pas de nous éduquer. On se forme sur des déchets de sagesse." [Umberto Eco]

    Photo - Andrea Piacquadio - Pexels

    Lien permanent Catégories : =>Saison. 12, Citations, Documents, [91] "Peut-on réussir sans effort ni talent ?" Imprimer 0 commentaire Pin it!
  • Nietzsche : L'activité du génie

    L'activité du génie ne paraît pas le moins du monde quelque chose de foncièrement différent de l'activité de l'inventeur en mécanique, du savant astronome ou historien, du maître en tactique. Toutes ces activités s'expliquent si l'on se représente des hommes dont la pensée est active dans une direction unique, qui utilisent tout comme matière première, qui ne cessent d'observer diligemment leur vie intérieure et celle d'autrui, qui ne se lassent pas de combiner leurs moyens. Le génie ne fait rien que d'apprendre d'abord à poser des pierres, ensuite à bâtir, que de chercher toujours des matériaux et de travailler toujours à y mettre la forme. Toute activité de l'homme est compliquée à miracle, non pas seulement celle du génie mais aucune n'est un "miracle."

    D'où vient donc cette croyance qu'il n'y a de génie que chez l'artiste, l'orateur et le philosophe ? Qu'eux seuls ont une "intuition" ? (Mot par lequel on leur attribue une sorte de lorgnette merveilleuse avec laquelle ils voient directement dans "l'être" !) Les hommes ne parlent intentionnellement de génie que là où les effets de la grande intelligence leur sont le plus agréables et où ils ne veulent pas d'autre part éprouver d'envie. Nommer quelqu'un « divin », c'est dire : "ici nous n'avons pas à rivaliser." En outre tout ce qui est fini, parfait, excite l'étonnement, tout ce qui est en train de se faire est déprécié. Or personne ne peut voir dans l'œuvre de l'artiste comment elle s'est faite ; c'est son avantage, car partout où l'on peut assister à la formation, on est un peu refroidi. L'art achevé de l'expression écarte toute idée de devenir, il s'impose tyranniquement comme perfection actuelle. Voilà pourquoi ce sont surtout les artistes de l'expression qui passent pour géniaux, et non les hommes de science. En réalité cette appréciation et cette dépréciation ne sont qu'un enfantillage de la raison.

    Friedrich Nietzsche, Humain trop humain (1878)

     

    Lien permanent Catégories : =>Saison. 12, Documents, Textes et livres, [91] "Peut-on réussir sans effort ni talent ?" Imprimer 0 commentaire Pin it!
  • Il ont dit, au sujet de la réussite

    "On ne devient pas soudain un taureau ou un homme d’élite, il y faut de l’exercice, de la préparation. Et ne pas se lancer à l’aveugle dans des entreprises qui ne sont pas à notre portée." [Épictète]

    " Les hommes − il ne faut pas s’en étonner − paraissent concevoir le bien et le bonheur d’après la vie qu’ils mènent." [Aristote] 

    "Puisque toute connaissance et toute décision librement prise vise quelque bien, quel est le but que nous assignons à la politique et quel est le souverain bien de notre activité ? Sur son nom du moins il y a assentiment presque général : c'est le bonheur." [Aristote]

    "Prends le jour qui s'offre, ne fais pas crédit à demain." [Horace]

    "Il faut retrancher ses deux choses : la crainte de l’avenir, le souvenir des maux anciens. Ceux-ci ne me concernent plus et l’avenir ne me concerne pas encore." [Sénèque]

    "Nul n’est heureux s’il ne jouit de ce qu’il aime." [Saint Augustin]

    "Il ne faut juger notre heur qu’après notre mort." [Montaigne]

    "Qui commence par les certitudes finira par le doute. Mais qui s’éveille au doute trouvera les certitudes." [Francis Bacon]

    "Tous les hommes recherchent d’être heureux. Ceci est sans exception, quelques différents moyens qu’ils y emploient." [Pascal]

    "On n’est jamais si heureux ni si malheureux qu’on s’imagine." [La Rochefoucauld]

    "Cultive tes facultés mentales et corporelles pour les rendre aptes à toutes les fins qui peuvent se présenter à toi, ignorant quelles seront celles qui seront les tiennes." [Emmanuel Kant]

    "Être heureux est nécessairement le désir de tout être raisonnable mais fini (…), c’est un problème qui nous est posé par la nature finie elle-même car nous avons des besoins et ces besoins concernent la matière de notre faculté de désirer." [Emmanuel Kant]

    "“Adieu, tâche de t'en sortir... Moi, j'ai raté ma vie.”" [Émile Zola] 

    "Tu dois devenir qui tu es." [Friedrich Nietzsche]

    "La grandeur de l’homme, c’est qu’il est un pont et non une fin." [Friedrich Nietzsche]

    "Fuis, mon ami, fuis dans ta solitude, là−haut où souffle un vent rude et fort. Ce n’est pas ta destinée d’être un chasse−mouches." [Friedrich Nietzsche]

    "L’homme qui manque de maturité veut mourir noblement pour une cause. L’homme qui a atteint la maturité veut vivre humblement pour une cause." [Wilhelm Steket]

    "Il faut suivre sa pente, mais en montant." [André Gide]

    "Le miracle de la liberté consiste dans ce pouvoir-commencer". [Hanna Arendt]

    "Chaque homme est en lui-même un nouveau commencement". [Hanna Arendt]

    "Contre l'imprévisibilité, contre la chaotique incertitude de l'avenir, le remède se trouve dans la faculté de faire et de tenir des promesses." [Hanna Arendt]

    "Le temps d’apprendre à vivre, il est déjà trop tard." [Aragon]

    "Cet échec vers lequel tu cours, c’est un genre d’échec particulier, et horrible." [JD Salinger] 

    "Je crois que l'on devient ce que notre père nous a enseigné dans les temps morts, quand il ne se souciait pas de nous éduquer. On se forme sur des déchets de sagesse." [Umberto Eco]

    Photo - Stikkerphoto - Pexels

    Lien permanent Catégories : =>Saison. 12, Citations, Documents, [91] "Peut-on réussir sans effort ni talent ?" Imprimer 0 commentaire Pin it!
  • Ils ont dit, au sujet du féminisme et de la femme

    "Primitivement, il y avait trois espèces d'hommes, les uns tout hommes, les autres tout femmes, les troisièmes homme et femme, les Androgynes, espèce tout à fait inférieure aux deux premières." [Platon]

    "Les hommes nés des hommes doubles s'aiment entre eux, comme les femmes nées des femmes doubles s'aiment entre elles, comme les femmes nées des Androgynes aiment les hommes, et comme les hommes nés de ces mêmes Androgynes ont de l'amour pour les femmes." [Platon]

    "Malheureuse, tu as crié « ma belle ». Tu aurais fait du joli si tu avais dit ça à l’assemblée !" [Aristophane]

    "La femme est un être occasionnel et accidentel" [Thomas d'Aquin]

    "Je réponds qu'il était nécessaire qu’une femme soit faite, ainsi que le disent les Écritures, une aide pour l’homme ; en réalité pas comme une compagne aidant à d’autres travaux, car on dit que l’homme peut être plus efficacement aidé par un autre homme dans d’autres travaux ; mais elle est une aide au travail de reproduction." [Thomas d'Aquin]

    "Par le mariage la femme devient libre, par lui, l’homme perd sa liberté." [Emmanuel Kant]

    "Il n’y a que les femmes qui sachent aimer; les hommes n’y entendent rien." [Denis Diderot]

    "Le seul aspect de la femme révèle qu’elle n’est
 destinée ni aux grands travaux de l’intelligence, ni aux
 grands travaux matériels. Elle paie sa dette à la vie non
 par l’action mais par la souffrance, les douleurs de l’enfantement, les soins inquiets de l’enfance ; elle doit
 obéir à l’homme, être une compagne patiente qui le 
rassérène." [Arthur Schopenhauer]

    "En tout cas, puisque les lois ont accordé aux femmes les mêmes droits qu’aux hommes, elles auraient bien dû aussi leur conférer une raison virile." [Arthur Schopenhauer]

    "Une moitié de l’espèce humaine est hors de l’égalité, il faut l’y faire rentrer : donner pour contrepoids au droit de l’homme le droit de la femme." [Victor Hugo]

    "Ce qui dans la femme inspire le respect et bien souvent la crainte, c’est sa nature, plus « naturelle » que celle de l’homme (...) [et] le caractère insaisissable (...) de ses désirs et de ses vertus." [Friedrich Nietzsche]

    "A supposer que la vérité soit femme, n’a-t-on pas lieu de soupçonner que tous les philosophes, pour autant qu’ils furent dogmatiques, n’entendent pas grand-chose aux femmes ?" [Friedrich Nietzsche]

    "On ne fonde pas le mariage sur « l’amour », on le fonde sur l’instinct de l’espèce, sur l’instinct de propriété (la femme et les enfants étant des propriétés), sur l’instinct de la domination qui sans cesse s’organise dans la famille en petite souveraineté." [Friedrich Nietzsche]

    "Tout homme porte en soi l’image de la femme qui lui vient de sa mère. C’est elle qui le détermine à respecter les femmes en général ou bien à les mépriser ou bien à ne sentir pour toutes qu’indifférence." [Friedrich Nietzsche]

    "L’amour devient immense, nous ne songeons pas combien la femme réelle y tient peu de place." [Marcel Proust]

    "De tout temps les hommes se sont creusé la tête sur l’énigme de la féminité... Vous aussi, vous ne vous êtes sans doute pas exclus de cette réflexion ; dans la mesure où vous êtes des hommes ; on ne l’attend pas des femmes qui se trouvent parmi vous, elles sont elles-mêmes cette énigme." [Sigmund Freud]

    "Il nous faut maintenant reconnaître que la petite fille est un petit homme." [Sigmund Freud]

    "Les femmes, c'est le continent noir." [Sigmund Freud]

    "Après trente ans passés à étudier la psychologie féminine, je n’ai toujours pas trouvé de réponse à la grande question: Que veulent-elles au juste?" [Sigmund Freud]

    "Appeler les femmes “le sexe faible” est une diffamation ; c’est l’injustice de l’homme envers la femme. Si la non-violence est la loi de l’humanité, l’avenir appartient aux femmes." [Gandhi]

    "Le masculin et le féminin sont les créations culturelles d’une société fondée, entre autres hiérarchies, sur une hiérarchie de genre." [Pierre Bourdieu]

    "On ne naît pas femme : on le devient." [Simone de Beauvoir]

    "La passivité qui caractérisera essentiellement la femme "féminine" est un trait qui se développe en elle dès ses premières années. Mais il est faux de prétendre que c'est là une donnée biologique ; en vérité, c'est un destin qui lui est imposé par ses éducateurs et par la société." [Simone de Beauvoir]

    "[L'homosexualité est] pour la femme une manière parmi d'autres de résoudre les problèmes posés par sa condition en général, par sa situation érotique en particulier." [Simone de Beauvoir]

    "Les femmes se forgent à elles-mêmes les chaînes dont l’homme ne souhaite pas les charger." [Simone de Beauvoir]

    Les droits abstraits sont bien loin d'être partout intégralement reconnus aux femmes : en Suisse, elles ne votent pas encore ; en France la loi de 1942 maintient sous une forme atténuée les prérogatives de l'époux. Et les droits abstraits, nous venons de le dire, n'ont jamais suffi à assurer à la femme une prise concrète sur le monde : entre les deux sexes, il n'y a pas aujourd'hui encore de véritable égalité." [Simone de Beauvoir]

    "On persuade l'enfant que c'est à cause de la supériorité des garçons qu'il leur est demandé davantage ; pour l'encourager dans le chemin difficile qui est le sien, on lui insuffle l'orgueil de sa virilité." [Simone de Beauvoir]

    "Les femmes : j'aimais les couleurs de leurs vêtements ; leur démarche ; la cruauté de certains visages ; de temps en temps, la beauté presque parfaite d'un autre visage, totalement et superbement féminin." [Charles Bukowski]

    "Aliénant et culpabilisant pour les femmes, le mythe de l'instinct maternel se révèle ravageur pour les enfants, et en parti[culier pour les fils." [Élisabeth Badinter]

    "L'amour maternel est infiniment complexe et imparfait. Loin d'être un instinct, il faut plutôt un petit miracle pour que cet amour soit tel qu'on nous le décrit." [Élisabeth Badinter]

    Il faut être ignorant des problèmes identitaires pour croire qu'une même génération d'hommes, élevée dans l'ancien modèle, réussirait d'un coup le triple saut périlleux : la remise en question d'une virilité ancestrale, l'acceptation d'une féminité redoutée et l'invention d'une autre masculinité compatible avec elle." [Élisabeth Badinter]

    Bander est le symbole de sa puissance et le pénis est une arme, disent les radicales américaines, dont l'homme se sert pour posséder et rabaisser la femme." [Élisabeth Badinter]

    "Nous avons rappelé qu’une femme n’est pas femme du fait de sa nature biologique, mais d’abord du fait de sa place dans le système symbolique qui organise les sociétés et les lois de la parole et du langage." Markos Zafiropoulos]

    "Penser la différence sexuelle, c’est jeter le doute, et permettre de libérer la phrase de la pensée. Libérer la pensée de la pensée." [Mireille Calle-Gruber]

    "Cette affirmation de supériorité liée à des métaphores viriles, transparaît assez constamment dans les œuvres de la tradition philosophique." [Michèle Le Doeuff]

    "Je dis "vagin" parce que je veux que cessent ces horreurs." [Eve Ensler]

    "Nous n'avons jamais une relation simple, transparente, indéniable au sexe biologique." [Judth Butler]

    "Nous ne pouvons pas ignorer la sédimentation des normes sexuelles. Nous avons besoin de normes pour que le monde fonctionne, mais nous pouvons chercher des normes qui nous conviennent mieux." [Judth Butler]

    Photo : Elina Krima - Pexels

    Lien permanent Catégories : =>Saison. 11, Citations, Documents, [89] "La femme est-elle un homme les autres? 2" Imprimer 0 commentaire Pin it!
  • Nietzsche : Vérité, mensonge et morale

    Le menteur utilise les désignations pertinentes, les mots, pour faire paraître réel l’irréel ; il dit par exemple : "Je suis riche", alors que pour qualifier son état c’est justement "pauvre" qui serait la désignation correcte. Il fait un mauvais usage des conventions établies en opérant des substitutions arbitraires ou même en inversant les noms. S’il agit ainsi de façon intéressée et de plus préjudiciable, la société ne lui fera plus confiance et par là même l’exclura. En l’occurrence, les hommes fuient moins le mensonge que le préjudice provoqué par un mensonge. Fondamentalement, ils ne haïssent pas l’illusion mais les conséquences fâcheuses et néfastes de certains types d’illusions. C’est seulement dans ce sens ainsi restreint que l’homme veut la vérité. Il désire les suites favorables de la vérité, celles qui conservent l’existence ; mais il est indifférent à l’égard de la connaissance pure et sans conséquence, et il est même hostile aux vérités qui peuvent être préjudiciables ou destructrices.

    Friedrich Nietzsche, Vérité et mensonge au sens extra-moral (1873)

    Lien permanent Catégories : =>Saison. 11, Documents, Textes et livres, [88] "Peut-on mentir?" Imprimer 0 commentaire Pin it!
  • Nietzsche : "La volonté m'apparaît avant tout comme une chose complexe"

    Les philosophes ont coutume de parler de la volonté comme si c'était la chose la mieux connue du monde ; Schopenhauer a même laissé entendre que la volonté était la seule chose qui nous fût réellement connue, entièrement et totalement connue, sans surplus et sans reste ; mais il me semble toujours que Schopenhauer, dans ce cas comme dans d'autres, n'a fait que ce que font d'habitude les philosophes : il a adopté et poussé à l'extrême un préjugé populaire. La volonté m'apparaît avant tout comme une chose complexe, une chose qui n'a d'unité que son nom, et c'est dans cette unicité du nom que réside le préjugé populaire qui a trompé la vigilance toujours en défaut des philosophes. Pour une fois, soyons donc plus circonspects, soyons moins philosophes, disons que dans toute volonté il y a d'abord une pluralité de sentiments, le sentiment de l'état dont on veut sortir, celui de l'état où l'on tend, le sens de ces directions elles-mêmes, "à partir d'ici", "pour aller là-bas", enfin une sensation musculaire accessoire qui même sans que nous remuions bras ni jambes, entre en jeu comme machinalement sitôt que nous nous mettons à vouloir. De même que le sentir, et un sentir multiple, est évidemment l'un des ingrédients de la volonté, elle contient aussi un penser ; dans tout acte volontaire, il y a une pensée qui commande ; et qu'on ne croit pas pouvoir isoler cette pensée du vouloir pour obtenir un précipité qui serait encore de la volonté . En troisième lieu, la volonté n'est pas uniquement un complexe de sentir et de penser, mais encore et avant tout un état affectif, l'émotion de commander dont nous avons parlé plus haut. Ce qu'on appelle le "libre arbitre" est essentiellement le sentiment de supériorité qu'on éprouve à l'égard d'un subalterne. "Je suis libre, c'est à lui d'obéir", voilà ce qu'il y a au fond de toute volonté, avec cette attention tendue, ce regard direct fixé sur une seule chose, ce jugement absolu : "A présent, ceci est nécessaire, et rien d'autre", la certitude qu'on sera obéi, et tout ce qui constitue encore l'état d'âme de celui qui commande. Vouloir, c'est commander en soi à quelque chose qui obéit ou dont on se croit obéi.

    Mais que l'on considère à présent l'essence la plus singulière de la volonté, cette chose si complexe pour laquelle le vulgaire n'a qu'un seul nom : s'il arrive que dans un cas donné nous soyons à la fois celui qui commande et celui qui obéit, nous avons en obéissant l'impression de nous sentir contraints, poussés, pressés de résister, de nous mouvoir, impressions qui suivent immédiatement la volition ; mais dans la mesure où nous avons d'autre part l'habitude de faire abstraction de ce dualisme, de nous tromper à son sujet grâce au concept synthétique du "moi" toute une chaîne de conclusions erronées et par suite de fausses évaluations de la volonté elle-même viennent encore s'accrocher au vouloir. Si bien que celui qui veut, croit de bonne foi qu'il suffit de vouloir pour agir.

    Comme, dans la plupart des cas, on s'est contenté de vouloir et qu'on a pu aussi s'attendre à l'effet de l'ordre donné, c'est-à-dire à l'obéissance, à l'accomplissement de l'acte prescrit, l'apparence s'est traduite par le sentiment que l'acte devait nécessairement se produire ; bref, celui qui "veut" croit avec un certain degré de certitude que vouloir et agir ne font qu'un, en un certain sens. Il attribue la réussite, l'exécution du vouloir au vouloir lui-même, et cette croyance renforce en lui le sentiment de puissance qu'apporte le succès. Le "libre arbitre", tel est le nom de cet état de plaisir complexe de l'homme qui veut, qui commande, et qui en même temps se confond avec celui qui exécute, et goûte ainsi le plaisir de surmonter des obstacles tout en estimant à part soi que c'est sa volonté qui a triomphé des résistances.

    Dans l'acte volontaire, s'ajoute ainsi au plaisir de donner un ordre le plaisir de l'instrument qui l'exécute avec succès ; à la volonté s'ajoutent des volontés subalternes des âmes subalternes et dociles, notre corps n'étant que l'édifice collectif de plusieurs âmes. L'effet, c'est moi ; il se passe ici ce qui se passe dans toute collectivité heureuse et bien organisée ; la classe dirigeante s'identifie aux succès de la collectivité. Dans tout vouloir il s'agit simplement de commander et d'obéir à l'intérieur d'une structure collective complexe, faite, comme je l'ai dit, de plusieurs âmes ; c'est pourquoi un philosophe devrait pouvoir se permettre de considérer le vouloir sous l'angle de la morale, la morale conçue comme la science d'une hiérarchie dominatrice, d'où naît le phénomène de la vie.

    Friedrich Nietzsche, Par-delà le Bien et le Mal (1876)

    Lien permanent Catégories : =>Saison. 11, Documents, Textes et livres, [87] "Peut-on faire le bonheur des autres..." Imprimer 0 commentaire Pin it!
  • Nietzsche : "Le bonheur est un bonheur"

    Dans le plus petit comme dans le plus grand bonheur, il y a toujours quelque chose qui fait que le bonheur est un bonheur : la possibilité d'oublier, ou pour dire en termes plus savants, la faculté de se sentir pour un temps en dehors de l'histoire. L'homme qui est incapable de s'asseoir au seuil de l'instant en oubliant tous les événements passés, celui qui ne peut pas, sans vertige et sans peur se dresser un instant tout debout comme une victoire, ne saura jamais ce qu'est un bonheur et ce qui est pareil ne fera jamais rien pour donner du bonheur aux autres. Imaginez l'exemple extrême: un homme qui serait incapable de rien oublier et qui serait condamné à ne voir partout qu'un devenir; celui la ne croirait plus en soi il verrait tout se dissoudre en une infinité de points mouvants et finirait par se perdre dans ce torrent du devenir. Finalement en vrai disciple d'Héraclite il n'oserait même plus bouger un doigt. Tout acte exige l'oubli comme la vie des êtres organiques exige non seulement la lumière mais aussi l'obscurité. Un homme qui ne voudrait rien voir qu'historiquement serait pareil à celui qu'on forcerait à s'abstenir de sommeil ou à l'animal qui ne devrait vivre que de ruminer et de ruminer sans fin. Donc, il est possible de vivre presque sans souvenir et de vivre heureux, comme le démontre l'animal mais il est impossible de vivre sans oublier. Ou plus simplement encore, il y a un degré d'insomnie, de rumination, de sens historique qui nuit au vivant et qui finit par le détruire, qu'il s'agisse d'un homme d'une nation ou d'une civilisation.

    Friedrich Nietzsche, Secondes considérations intempestives (1873-1876)

    Lien permanent Catégories : =>Saison. 11, Documents, Textes et livres, [87] "Peut-on faire le bonheur des autres..." Imprimer 0 commentaire Pin it!
  • Nietzsche : "Le bonheur général des troupeaux sur le paturage"

    Ce à quoi ils tendent de toutes leurs forces, c'est le bonheur général des troupeaux sur le paturage, avec la securité, le bien être et l'allègement de l'existence pour tout le monde. Les deux rengaines qu'ils chantent le plus souvent sont égalités des droits et pitié pour tout ce qui souffre, et ils considèrent la souffrance elle-même comme quelque chose qu'il faut supprimer. Nous, qui voyons les choses sous une autre face, nous qui avons ouvert notre esprit à la question de savoir ou et comment la plante « homme » s'est developpée le plus vigoureusement jusqu'ici [...], nous pensons que la dureté, la violence, l'esclavage le péril dans l'âme et dans la rue, que la dissimulation, le stoicisme, les artifices et les diableries de toutes sortes, que tout ce qui est mauvais, terrible, tyrannique, tout ce qui tiens de la bête de proie et du serpent sert tout aussi bien à l'élévation du type homme qu'à son contraire.

    Friedrich Nietzsche, Par-delà le Bien et le Mal (1886)

    Lien permanent Catégories : =>Saison. 11, Documents, Textes et livres, [87] "Peut-on faire le bonheur des autres..." Imprimer 0 commentaire Pin it!
  • Ils ont dit, au sujet de l'art

    "Muse, chante la colère du fils de Pélée." [Homère]

    "C'est chose légère que le poète, ailée, sacrée: il n'est pas en état de créer avant d'être inspiré par un dieu, hors de lui, et de n'avoir plus sa raison; tant qu'il garde cette faculté, tout être humain est incapable de faire oeuvre poétique et de chanter des oracles." [Platon]

    "La tragédie est imitation." [Aristote]

    "S'il ne sent point du ciel l'influence secrète / Si son astre en naissant ne l'a formé poète, / Sans son génie étroit, il est toujours captif." [Boileau]

    "Le génie n’est autre chose qu’une grande aptitude à la patience." [Buffon]

    "En peinture, il n’y a pas de règle plus raisonnable que l’équilibre des formes : il faut les placer avec la plus grande précision sur leur propre centre de gravité. Une forme mal équilibrée est disgracieuse ; elle provoque en effet l’idée de sa chute et celle de dommage et de douleur, ce sont des idées pénibles quand par sympathie elles acquièrent quelque degré de force et de vivacité." [David Hume]

    "Est beau ce qui plaît universellement, sans concept." [Emmanuel Kant]

    "Le génie est le talent de produire ce dont on ne peut donner de règle déterminée, et non pas l'habileté qu'on peut montrer en faisant ce qu'on peut apprendre suivant une règle ; par conséquent, l'originalité est sa première qualité." [Emmanuel Kant]

    "Quand je me sens bien et que je suis de bonne humeur […], les pensées me viennent en foule et le plus aisément du monde. D’où et comment m’arrivent-elles ? Je n’en sais rien, je n’y suis pour rien." [Wolfgang Amadeus Mozart]

    "Clos ton œil physique afin de voir d’abord ton tableau avec l’œil de ton esprit." [C.D. Friedrich]

    " Pour acquérir en ce domaine un parfait savoir-faire, ce n'est pas l'inspiration qui peut être d'un quelconque secours, mais seulement la réflexion, l'application et une pratique assidue." [GWF Hegel]

    "Ce n'est que par la pure contemplation… que sont appréhendées les Idées et la nature du génie consiste précisément dans la capacité par excellence à une telle contemplation … ce qui exige un oubli complet de notre propre personne." [Arthur Schopenhauer]

    "[Le génie] atteint un but que les autres ne peuvent même pas voir." [Arthur Schopenhauer]

    "L’art sauvera le monde." [Fiodor Dostoïevski]

    "Un formidable esprit descend dans sa pensée/ Sa parole luit comme un feu / Et son front porte tout un Dieu." [Victor Hugo]

    "Le goût se trouve partout où la pureté des lignes est présente." [Ledoux]

    "Pas d’idées ! Surtout, pas d’idées !" [W. Bouguereau]

    "Nous avons l’art afin de ne pas mourir de la vérité." [Friedrich Nietzsche]

    "Tous les grands hommes sont de grands travailleurs, infatigables non seulement à inventer, mais encore à rejeter, passer au crible, modifier, arranger. [De là] les magnifiques mélodies de Beethoven […] triées d’ébauches multiples." [Friedrich Nietzsche]

    "Je vous enseigne le Surhumain. L'homme est quelque chose qui doit être surmonté." [Friedrich Nietzsche]

    "Le surhumain est le sens de la terre. Que votre volonté dise : que le surhumain soit le sens de la terre !" [Friedrich Nietzsche]

    "Vous les solitaires d'aujourd'hui, vous qui demeurez à l'écart, vous serez un peuple un jour : de vous qui vous êtes vous-mêmes élus naîtra un peuple élu – et de lui naîtra le surhumain." [Friedrich Nietzsche]

    "Qu'est-ce que le singe pour l'homme ? Un objet de risée ou une honte douloureuse. Et c'est exactement cela que l'homme doit être pour le surhumain : un objet de risée ou une honte douloureuse." [Friedrich Nietzsche]

    "L'artiste a le pouvoir de réveiller la force d'agir qui sommeille dans d'autres âmes." [Friedrich Nietzsche]

    "L'art étant surhumain, il cultive l'élément surhumain en l'homme et se trouve être, par conséquent, un moyen d'évolution de l'humanité au même titre que la religion." [Piet Mondrian]

    "L'art ne reproduit pas le visible, il rend visible." [Paul Klee]

    "[L’art] c’est la seule chose qui résiste à la mort." [André Malraux]

    " "Si nos écrivains et artistes venus des milieux intellectuels veulent que leurs oeuvres soient bien accueillies par les masses, il faut que leurs pensées et leurs sentiments changent, il faut qu'ils se rééduquent..." [Mao Zedong]

    "Mais c'est expressément à Manet que nous devons attribuer d'abord la naissance de cette peinture sans autre signification que l'art de peindre qu'est la "peinture moderne" [George Bataille]

    "La main du poète-scribe n'est qu'un appareil enregistreur, un marteau sans maître." [René Char]

    "L’Homme habite en poète." [Martin Heidegger]

    " L'art est la mise en œuvre de la vérité." [Martin Heidegger]

    "L'artiste doit se faire regretter déjà de son vivant !" [René Char]

    "Quel est le rapport de l’œuvre d’art avec la communication ? Aucun." [Gilles Deleuze]

    "L’idée d’une œuvre d’art conservatrice a quelque chose d’absurde. En se séparant en toute rigueur du monde empirique, de leur autre, les œuvres témoignent que ce monde lui-même doit devenir autre chose." [Adorno]

    " La définition de ce qu’est l’art est toujours donnée à l’avance par ce qu’il fut autrefois, mais n’est légitimée que par ce qu’il est devenu, ouvert à ce qu’il veut être et pourra peut-être devenir." [Adorno]

    "[L’artiste est ] une sorte de monstre inconscient, irresponsable, un simple médiateur entre le commun des mortels et une puissance obscure, un Dieu." [Alain Robbe-Grillet]

    "Le peinte hyperréaliste ne dit pas au spectateur comment il doit ressentir le sujet, il affirme simplement qu’il existe et qu’il vaut la peine de le regarder parce qu’il existe." [Linda Chase]

    "Les abrutis ne voient le beau que dans les belles choses." [Arthur Cravan]

    "Créer pour vivre ou vivre pour créer : toute la différence entre l’artiste et l’artisan." [Michel Polac]

    "Un artiste est presque toujours tendu sur le bord du délire." [Hélène Grimaud]

    Lien permanent Catégories : =>Saison. 11, Citations, Documents, [86] Séance Médiathèque de Montargis, l'art Imprimer 0 commentaire Pin it!
  • Comte-Sponville : Un philosophe, c'est quelqu'un qui pratique la philosophie

    Je ne sais plus si c'est Guitton ou Thibon qui raconte l'anecdote, comme lui étant personnellement arrivée. La scène se passe au début du XXe siècle, dans une campagne un peu reculée. Un jeune professeur de philosophie, se promenant avec un ami, rencontre un paysan, que son ami connaît, qu'il lui présente, et avec lequel notre philosophe échange quelques mots.

    — Qu'est-ce que vous faites dans la vie?, lui demande le paysan.
    — Je suis professeur de philosophie.
    — C'est un métier?
    — Pourquoi non? Ça vous étonne?
    — Un peu, oui!
    — Pourquoi ça?
    — Un philosophe, c'est quelqu'un qui s'en fout... Je ne savais pas que cela s'apprenait à l'école!

    Ce paysan prenait « philosophe » au sens courant, où il signifie à peu près, sinon quelqu'un qui s'en fout, du moins quelqu'un qui sait faire preuve de sérénité, de tranquillité, de recul, de décontraction... Un sage? Pas forcément. Pas totalement. Mais quelqu'un qui tend à l'être, et tel est aussi, depuis les Grecs, l'étymologie du mot (philosophos : celui qui aime la sagesse) et son sens proprement philosophique. On me dit parfois que cela n'est vrai que des Anciens... Ce serait déjà beaucoup. Mais c'est oublier Montaigne. Mais c'est oublier Spinoza. Mais c'est oublier Kant (« La philosophie est la doctrine et l'exercice de la sagesse, écrivait-il dans son Opus postumum, non simple science ; la philosophie est pour l'homme effort vers la sagesse, qui est toujours inaccompli »). Mais c'est oublier Schopenhauer, Nietzsche, Alain... Le philosophe, pour tous ceux-là, ce n'est pas quelqu'un de plus savant ou de plus érudit que les autres, ni forcément l'auteur d'un système ; c'est quelqu'un qui vit mieux parce qu'il pense mieux, en tout cas qui essaye (« Bien juger pour bien faire », disait Descartes : c'est la philosophie même), et c'est en quoi le philosophe reste cet amant de la sagesse, ou cet apprenti en sagesse, que l'étymologie désigne et dont la tradition, depuis vingt-cinq siècles, n'a cessé de préserver le modèle ou l'exigence. Si vous n'aimez pas ça, n'en dégoûtez pas les autres.

    Qu'est-ce qu'un philosophe? C'est quelqu'un qui pratique la philosophie, autrement dit qui se sert de la raison pour essayer de penser le monde et sa propre vie, afin de se rapprocher de la sagesse ou du bonheur. Cela s'apprend-il à l'école? Cela doit s'apprendre, puisque nul ne naît philosophe, et puisque la philosophie est d'abord un travail. Tant mieux si cela commence à l'école. L'important est que cela commence, et ne s'arrête pas. Il n'est jamais ni trop tôt ni trop tard pour philosopher, disait à peu près Épicure, puisqu'il n'est jamais ni trop tôt ni trop tard pour être heureux. Disons qu'il n'est trop tard que lorsqu'on ne peut plus penser du tout. Cela peut venir. Raison de plus pour philosopher sans attendre.

    André Comte-Sponville, Dictionnaire philosophique (2001)

    Lien permanent Catégories : =>Saison. 11, Documents, Textes et livres, [84] Séance spéciale 10 ans du café philo Imprimer 0 commentaire Pin it!
  • Compte-rendu du débat "Les apparences sont-elles toujours trompeuses?"

    Le café philosophique de Montargis se réunissait le 19 juillet 2019 pour une nouvelle séance, portant sur le sujet "Les apparences sont-elles toujours trompeuses ?" Ce sujet s’inspire d’un lieu commun, une formule "populaire" (les "apparences trompeuses" ; "l’habit ne fait pas le moine"), qu’il s’agit de remettre en question.

    Une courte vidéo publicitaire est diffusée en début de séance : en ce qu’elle thématise des apparences trompeuses et cocasses, cette publicité nous introduit dans le sujet.

    Un premier intervenant affirme que les apparences sont parfois trompeuses, parfois non. Par ailleurs, il souligne le lien entre apparences et perception : l’apparence est d’abord une question de "sens" (la vue, l’ouï, le goût, etc.) ; or nos sens sont imparfaits et variables en fonction des individus. Il faut donc se demander, d’une part, si nos sens sont fiables ; d’autre part, si l’interprétation qu’on donne de nos sensations est correcte. Sachant que cette interprétation est soumise à nos croyances, à nos préjugés, etc. on peut penser que notre façon d’appréhender la réalité est biaisée, voire très peu fiable.

    Un deuxième intervenant rebondit : notre perception du monde est prisonnière de nos dispositifs sensoriels et cérébraux – qui sont foncièrement limités. Nous captons une toute petite partie des ondes lumineuses et sonores, et à partir de cela, nous interprétons le monde. Or cette interprétation ne peut qu’être partielle. Par ailleurs, la science démontre que la réalité est souvent contre-intuitive (c’est-à-dire que le monde "perçu" ne correspond souvent pas à la réalité des choses, comme étant décrite par la science : apparemment, la terre est plate ; apparemment, c’est le Soleil qui tourne autour de la terre, et non vice-versa).

    Un troisième intervenant déplace alors le débat, en s’interrogeant sur les rapports entre "apparence" et "image". L’"apparence" est d’abord l’"image". Or l’image, ce n’est pas la réalité : ce n’est qu’une "partie" de la réalité. Cela ne peut que renvoyer à la théorie de la perception d’Henri Bergson (Le Rire, 1900), selon laquelle le sujet percevant "découpe", par ses sens, des portions de réel. Le fruit d’un tel "découpage" est, donc, une "image". L’intervenant poursuit avec un exemple : lorsqu’on se regarde dans un miroir, on s’aperçoit que notre main droite est devenue notre main gauche. Pourtant, cet être symétrique par rapport à nous (apparence), c’est bien nous-mêmes (réalité) ! Dès lors, comment aller au-delà de l’image ? L’intervenant conclut en disant que les apparences sont toujours trompeuses, puisque essentiellement partielles.

    Lire la suite

    Lien permanent Catégories : =>Saison 3, =>Saison. 10, Comptes-rendus des débats, [83] "Les apparences sont-elles toujours trompeuse Imprimer 0 commentaire Pin it!
  • Compte-rendu du débat: "Les hommes ont-ils besoin d’être gouvernés?"

    Le café philosophique de Montargis se réunissait le 14 juin 2019 pour un débat portant sur le sujet : "Les hommes ont-ils besoin d’être gouvernés ?" La soirée commence par la diffusion d’un extrait du Seigneur des Anneaux ("Un anneau pour les gouverner tous").

    Un premier participant s’arrête sur quelques termes de ce sujet, a priori "sans objet" pour lui. Le terme "d’hommes", pour lui, est une traduction sujette à caution puisque les Anglais parlent de "human beings". Du reste, pourquoi ne pas parler aussi de "femmes", relate un animateur, en écho aux réactions qu’il a pu entendre. La question de l’espèce homo sapiens, qui a une dimension dans le temps et l’espace, laisse apparaître, dit ce premier intervenant, que l’homme a produit des systèmes sans gouvernement. Ou plutôt des êtres humains avec des modèles imparfaits. Que signifie gouverner ? Ne confond-on pas gouvernance et gouvernement ? La gestion ne l’est pas tout autant. Que signifie le gouvernement ? Est-il question de gouvernance étatique, de pouvoir ou d’autorité ? L’autorité peut aussi qualifier cette autorité qu’un homme de savoir peut avoir et qui peut m’être utile.
    Derrière ce sujet, il y a en effet, dit un animateur, la distinction entre gouverner et gérer, entre gouvernement et gouvernance. Étant donné que dans l’histoire il y a eu des communautés humaines qui ont semblé être sans gouvernement, la question interroge : ces communautés ne semblent pas vouées à disparaître ou à retourner dans un mode d’existence soumis à un certain gouvernement. N’y aurait-il besoin que ces communautés aient besoin d’une forme de gouvernement, après un passage accidentel et temporaire sans gouvernement. La question du débat de ce soir, assez classique philosophiquement, est en réalité intéressante car pleine de présupposés et de possibilités de discussions.

    Une participante parle de ce terme de besoin et de la forme passive du verbe gouverner ("être gouverné"), ce qui présuppose une forme de soumission (que notamment les femmes, ajoute-t-elle, ne veulent surtout plus !). Qu’en est-il du besoin ? Parle-t-on d’un besoin naturel ? 

    Lire la suite

    Lien permanent Catégories : =>Saison. 10, Comptes-rendus des débats, [82] "Les hommes ont-ils besoin d'être gouvernés?" Imprimer 0 commentaire Pin it!
  • Compte-rendu du débat : "Un bon artiste est-il un artiste mort?"

    Le vendredi 26 avril 2019, le café philosophique de Montargis se trouvait à la médiathèque de Montargis pour une séance spéciale dans ce lieu pour un débat portant sur cette question : "Un bon artiste est-il un artiste mort ?" C’était la deuxième fois que le café philo se trouvait dans ce lieu pour cette séance décentralisée organisée conjointement avec une équipe de l’AME.

    Après une courte présentation de la cinéaste oubliée Alice Guy et un quiz sur quelques artistes devenus célèbres ou reconnus après leur décès, le débat s’installe et porte principalement de la question de savoir ce qu’est un bon artiste. "Qu’est-ce que l’artiste ? C’est un homme qui voit mieux que les autres, car il regarde la réalité nue et sans voiles" disait Henri Bergson.

    Un participant intervient pour resituer le titre du débat. "Un bon artiste est un artiste mort" viendrait d’une phrase du marchand d’art Durand-Ruel qui, très sollicité par des artistes, a déclaré un jour : "Je ne veux voir entrer dans mon bureau que des artistes morts."

    Derrière cette citation, y avait-il l’envie du galeriste de ne prendre que des artistes morts donc reconnus ? Ayant fait le choix des impressionnistes, ce marchand d’art parvenait à vendre et attirait donc des artistes vivants. Faire le choix d’artistes disparus, c’était peut-être aussi, dit un autre intervenant, une façon d’éviter de négocier la part de l’artiste.

    L’artiste mort assure également que son œuvre est terminée, avec un catalogue défini et la rareté assurée fait aussi sa valeur sur le marché de l’art. Avec l’art contemporain, le marché devient plus fluctuant et c’est l’oeuvre en devenir qui a de la valeur.

    Lire la suite

    Lien permanent Catégories : =>Saison. 10, Comptes-rendus des débats, [80] "Un bon artiste est-il un artiste mort ?" Imprimer 0 commentaire Pin it!
  • Compte-rendu du débat: "Est-on possesseur de son corps ?"

    Le café philosophique de Montargis se réunissait le 22 mars 2019 pour une nouvelle séance qui portait sur ce sujet : "Est-on possesseur de son corps ?"

    D’emblée, une première réponse est donnée par une personne du public : mon corps m’appartient bien, du moment qu’il ne gêne pas les autres. Mais si je suis contaminé, c’est la société qui s’en occupe afin que je ne contamine pas les autres. Si mon corps me lâche, intervient une personne du public, je suis presque en lutte avec, avec la notion d’âge qui fait que j’use de mon corps avec plus ou moins de zèle. Ne dit-on pas : "Être en pleine possession de ses moyens ?" Quoique là, on parle plus de possession physique que psychologique. Pour une personne du public, le corps nous appartient pour notre vie entière si on sait l’écouter, via des exercices de respiration par exemple ou de la méditation.

    Puis-je faire de mon corps ce que je veux ? Pour répondre à cette question, est-il dit, il y a deux visions du corps : une vision qui viserait à subir son corps et une autre qui propose un effort pour s’en occuper. "Notre corps (…) est l’enveloppe de l’âme, qui, de son côté, en est la gardienne et la protectrice" écrivait Lucrèce. Une personne du public fait aussi remarquer que physiologiquement, une grande partie de mon propre corps ne m’appartient pas car il est constitué de corps étrangers, de bactéries notamment.

    Une personne souhaite que l’on ne confonde pas la possession de son corps avec l’amour qu’on lui porte et l’entretien de celui-ci. Ce n’est pas parce que l’on n’aime pas son corps qu’il ne nous appartient pas, ajoute-t-il. Or, intervient un animateur, le fait que l’on se dise possesseur de son corps est peut-être le risque de se faire déposséder. Se poser cette question c’est déjà ouvrir une brèche, qui peut être le premier pas vers une forme d’esclavage.

    Lire la suite

    Lien permanent Catégories : =>Saison. 10, Comptes-rendus des débats, [79] "Est-on possesseur de son corps?", [80] "Un bon artiste est-il un artiste mort ?", [81] "Se mettre à la place des autres?" Imprimer 0 commentaire Pin it!
  • Compte-rendu du débat: "Le désir n'est-il que le manque?"

    Le café philo de Montargis se réunissait au Belman le vendredi 18 janvier 2019 pour un débat portant sur cette question : "Le désir n’est-il que le manque ?"

    Le désir, est-il dit pour commencer, est une forme d’idéalisation. Il naîtrait d’un fantasme et d’un inconscient qui pourrait nous commander. Le désir procéderait d’une tension et se porte sur un objet. Mais de quel objet parle-t-on ? D’une personne, d’un bien matériel ? En quoi donc, le désir viendrait-il d’un manque ?

    Une personne parle d’amour, "d’élégance dans son mode de vie", d’affection dans son environnement et de milliers de choses définissables. Des désirs sont atteignables, d’autres non. Certains sont raisonnables, ou pas. Parfois, nous pouvons être dans un prisme déformant, et le désir, par le manque qu’il provoque, nous rend vide, tendu et frustré. "Ce qu'on n'a pas, ce qu'on n'est pas, ce dont on manque, voilà l'objet du désir" écrivait Platon.
    Certains désirs pourraient-il être moins orientés sur le manque, qui seraient donc maîtrisés ? Cela peut être un désir sublimé.

    Beaucoup de désirs peuvent être une volonté orientée, par exemple dans le cadre d’un projet que l’on a souhaité mener. Cela peut être un désir intellectualisé, dans le domaine artistique par exemple.

    Lire la suite

    Lien permanent Catégories : =>Saison. 10, Comptes-rendus des débats, [78] "Le désir n'est-il que le manque?" Imprimer 0 commentaire Pin it!
  • Compte-rendu du débat "La liberté a-t-elle un prix?"

    Le café philo se réunissait pour l’avant-dernière fois cette 9e saison au Belman le vendredi 22 juin 2018 pour cette question : "La liberté a-t-elle un prix ?" Le débat commence par un extrait de l’émission de Raphaël Enthoven portant sur Sartre qui disait : "Si Dieu n’existe pas, tout est permis."

    Sur cette question, un premier participant commence par dire que la liberté n’est pas cotée en bourse. D’emblée, cette notion de prix ne se rattache nullement à une valeur monétaire et à une cagnotte que l’on mettrait en place pour se servir en liberté. Pour un autre intervenant, la liberté, qui n’est jamais acquise, aurait un prix non-monnayable et difficilement quantifiable : celui de notre vigilance, de la revendication et du combat. Ce n’est pas un prix économique mais un "prix social et psychologique".

    Pour une autre personne du public, la liberté a bien un prix : celui de ma responsabilité. Je ne peux être libre que si j’assume mes responsabilités. Par ailleurs, ma liberté serait cet espace entre moi et les autres, et cette liberté me contrant a des règles et des lois, des conventions dans une société où je vis. Sauf qu’on ne peut pas tous accepter dans ses choix. La liberté est une pièce, disait Jacques Attali, où est inscrit à l’avers la notion de précarité. Ce serait un des prix de cette liberté.

    Lire la suite

    Lien permanent Catégories : =>Saison 9, =>Saison. 10, Comptes-rendus des débats, [73] "La liberté a-t-elle un prix?", [74] "La philo sous les arbres" Imprimer 0 commentaire Pin it!
  • Compte-rendu du débat : "La vérité finit-elle toujours par triompher?"

    Le café philosophique de Montargis se réunissait au Belman le vendredi 19 janvier pour un débat portant sur cette question : "La vérité finit-elle toujours par triompher ?" Une soixantaine de personnes étaient présentes pour cette nouvelle séance.

    Pour commencer ce débat, les animateurs proposent une définition et une étymologie de la vérité : le terme de vérité, de veritas en latin ("vraie"), peut la définir dans trois dimensions: une vérité ontologique, la réalité dans sa quintessence, dans son intensité et sa pureté (comme l’or dans la joaillerie), il y aurait ensuite cette vérité définie par Thomas d’Aquin, qui serait l’adéquation entre l’esprit et la chose, c’est-à-dire une conformité entre mon jugement et la réalité ("Ce que l'homme appelle vérité, c'est toujours sa vérité, c'est-à-dire l'aspect sous lequel les choses lui apparaissent", Protagoras), et enfin la vérité logique dans le théorème scientifique ou mathématiques, qui serait dans l’ordre de la cohérence logique mais qui, pour le coup, peut ne pas correspondre à une réalité (les propriétés du triangle sont vraies quand bien même il n’existerait pas de triangles dans la nature).

    S’agissant de ce thème du triomphe de la vérité, il y a l’un des exemples les plus fameux : celui du de l’affaire Dreyfus et du J’Accuse d’Émile Zola.Un premier intervenant réagit au sujet du débat de ce soir. Une telle question sous-entend que quelqu’un cache la vérité, que ce soit une personne, un groupe de personnes ou un système. C’est le cas de l’Affaire Dreyfus par exemple. S’agissant de cette cas historique, il y a dichotomie entre la vérité et la justice. Pour que cette vérité triomphe, il faut l’investissement d’une personne pugnace, a fortiori lorsqu’il s’agit d’enjeux importants. Dans ce cas le triomphe de la vérité serait compliqué.

    Pour un autre intervenant, la vérité serait d’abord vivante et fonction de telle ou telle personne, tel ou tel sujet. Chacun a sa propre vérité et cette vérité bouge constamment au cours de notre vue. La vérité sur Dieu change, y compris dans notre existence. Une vérité immuable devient quelque chose de non-libre, voire dictatoriale. La recherche de la vérité doit être active tout au long de notre vie, selon les philosophes comme Socrate ou Platon.

    Dans ce qui est dit, réagit une autre personne du public, il y a une sorte de pluralité dans la notion de vérité. Or, comment différencier cela d’un simple avis, d’un simple avis ? Cela constituerait d’emblée un obstacle à sa recherche.

    Lire la suite

    Lien permanent Catégories : =>Saison 9, Comptes-rendus des débats, [69] "La vérité finit-elle toujours par triompher?, [70] "Tout doit-il être fait par passion?", [71] Café philo à la Médiathèque : Penser la mort Imprimer 0 commentaire Pin it!
  • Cycliste du tour de France et philosophe

    À quelques jours du Tour de France, Libération publie le portrait d’un coureur atypique de la Grande Boucle. Guillaume Martin, grimpeur normand de 24 ans de l’équipe belge Wanty-Groupe Gobert, peut en effet au mieux incarner l’image du "sportif intello", lui qui a signé il y a trois ans un mémoire de Master 2 en philosophie au sujet détonnant : Le sport moderne : une mise en application de la philosophie nietzschéenne ? Le journaliste Pierre Carrey consacre deux pages à ce sportif de haut niveau peu connu du grand public et qui semble incarner l’idéal du mens sana in corpore sano.

    L’ancien étudiant en philosophie à Nanterre, aujourd’hui coureur professionnel aux résultats encourageants (18e du dernier Dauphiné Libéré), fait bien mieux qu’endosser le rôle d’"intello du peloton" – un cliché utilisé il y a quelques décennies au sujet de Laurent Fignon, sous prétexte que le double vainqueur du Tour était titulaire d’un bac, aimait lire et… portait des lunettes. Guillaume Martin assume et revendique sa passion pour la philosophie : il cite Nietzsche, son auteur fétiche, pour parler du sport moderne, et en premier lieu du cyclisme professionnel. Comme le rapporte Pierre Carrey, au début du XXe siècle le sport est venu remplacer la religion après cette "mort de Dieu" proclamée par le "philosophe au marteau". Guillaume Martin considère que "La pensée de Nietzsche offre une nouvelle relation au corps et au sport, différente de l’héritage judéo-chrétien."

    Voilà donc l'auteur d'Ainsi parlait Zarathoustra convoqué pour permettre au sport de retrouver des "fondamentaux" sportifs, bien loin des travers connus des compétitions modernes (professionnalisation, dopage, financiarisation, nationalisme et comportements haineux du supporter). Le sport doit retrouver son essence profonde – et nietzschéenne : plaisir de la confrontation pacifique, désir d’affirmation de soi, dépassement de soi pour devenir un Surhomme (et non pas une "mutant" dopé aux produits de synthèse) : "Il nous a semblé que la philosophie de Nietzsche pouvait permettre de penser le sport de manière plus authentique que ne le permet la morale qui le gouverne de nos jours".

    Féru de philosophie, de savoirs et de culture autant que passionné par son sport, Guillaume Martin n’oublie pas de prévoir pour les trois semaines de la Grande Boucle de s’alimenter en livres, que le journaliste énumère : Informatique céleste de Mark Alizart, 2000 ans d’Histoire gourmande Patrice Gélinet, un récit de voyage dans les Rocheuses au début du XIXe siècle et Les Affinités électives de Goethe.

    Singulièrement, aucun ouvrage philosophique n’accompagnera les soirées du cycliste philosophe durant le Tour de France. Philosophe et écrivain car, pour brouiller encore plus les pistes, le sportif se fait aussi homme de lettres et dramaturge. Il vient d’écrire une pièce de théâtre, Platon VS Platoche, bien entendu sur son sujet de prédilection, avec en guest-star Socrate et Diogène.

    Pas de quoi cependant désarçonner ce sportif talentueux, à quelques jours du début du Tour. Guillaume Martin entend bien mettre entre parenthèses pendant quelques jours la chose philosophique contre guidons, plateaux ou dérailleurs. Cycliste perché ? Le grimpeur de la Wanty-Groupe Gobert a ce mot plein d’esprit : "Moi, nietzschéen ? N’est-ce pas contre-nietzschéen que de se dire nietzschéen ?"

    Pierre Carrey, "Guillaume Martin, le Nietzsche dans le Guidon", Libération, 27 juin 2017
    "Le philosophe aux plateaux", Bla Bla Blog

     

    Lien permanent Imprimer 0 commentaire Pin it!
  • Compte-rendu du débat "Suis-je l'auteur de ma propre vie ?"

    Le café philosophique de Montargis se réunissait le 24 mars 2017 à la Brasserie du Centre commercial de la Chaussée pour une séance portant sur cette question : "Suis-je l'auteur de ma propre vie ?" Environ 80 personnes étaient présentes pour cette 64e soirée de l'animation de la Chaussée.

    À partir de cette question, d'autres interrogations peuvent être formulées : qu'est-ce que j'entends par vie ? Puis-je être à la fois acteur et auteur de ma propre vie, faire comme si je pouvais en être spectateur et observateur ? La question de la conscience est également au cœur de ce sujet. Le sujet de ce soir n'est-il pas présomptueux ? se demandent les organisateurs du café philo. Pourquoi ne pas s'arrêter sur le terme de "vie" ? La "vie", à l'époque médiévale, c'est la vita, c'est-à-dire la vie des saints, ces hagiographies écrites par une personne tiers. Or, la question "Suis-je l'auteur de ma propre vie ?" peut s'appréhender sous cet angle. Je pourrais être moi-même l'auteur d'une vie (une vita), une création dont je serais sujet autant que créateur extérieur. Est-ce possible ?

    Lire la suite

    Lien permanent Catégories : =>Saison 8, Comptes-rendus des débats, [63] "Suis-je l'auteur de ma propre vie?" Imprimer 0 commentaire Pin it!
  • Compte-rendu du débat : "Qu'est-ce qu'une oeuvre d'art ?"

    Le samedi 10 décembre 2016, le café philosophique de Montargis se réunissait de manière tout à fait exceptionnelle au Centre d’art contemporain des Tanneries d’Amilly, à l’occasion de l’exposition "Histoire des formes" pour un débat sur cette question : "Qu’est-ce qu’une œuvre d’art ?" C’est la deuxième fois que le café philo se décentralise, trois ans après une séance à l’AGART d’Amilly ("Un bon artiste est-il le Surhomme ?").

    Ce débat dans un lieu prestigieux ("une œuvre d'art à part entière", commente une personne du public au sujet du bâtiment des Tanneries) était précédé d’une visite de l’exposition temporaire par Jeanne Pelloquin, médiatrice culturelle au centre des Tanneries. Cette visite commentée, visible sur ce lien, dit Bruno, est une entrée en matière passionnante pour parler d’un sujet, l’art, qui, a priori est aux antipodes de la philosophie. L’art est de l’ordre de la création et au sensible alors que la philosophie s’occupe de concepts. Voilà donc deux domaines irréconciliables. Pourtant, les philosophes ont souvent eu à dire beaucoup de choses sur l’art (Hegel, par exemple). En outre, philosophie et art se répondent et s’influencent mutuellement. Ainsi, les grands ouvrages de Friedrich Nietzsche sont des œuvres poétiques et littéraires à part entière (comme le montre cet extrait de Par delà le Bien et le Mal). La poésie et l’art nourrissent la philosophie et sont les premières strates de la pensée. Ainsi, la visite commentée aux Tanneries entend être la première étape du débat sur cette question : "Qu’est-ce qu’une œuvre d’art ?"

    Lire la suite

    Lien permanent Catégories : =>Saison 8, Comptes-rendus des débats, [61] "Qu'est-ce qu'une œuvre d'art?" Imprimer 0 commentaire Pin it!
  • Compte-rendu du café philo "L'ennui : vice ou vertu?"

    Thème du débat : "L'ennui : Vice ou vertu ?" 

    Date : 27 mai 2016 à la Brasserie du centre commercial de la Chaussée

    Le 27 mai 2016, le café philosophique de Montargis se réunissait pour une séance portant sur cette question : "Ennui : vice ou vertu ?"

    Un premier participant considère que l’ennui serait plutôt un vice, facteur de mal être et pourvoyeur de maladies psychosomatiques. Certes, on peut échapper à l’ennui grâce au travail à haute dose. L’idéal serait plutôt d’échapper à l’ennui mortifère par des activités moins aliénantes en se tournant vers la culture, la réflexion et la curiosité, qui n’est pas la qualité la mieux partagée au monde.

    Pour un autre intervenant, l’ennui – à ne pas confondre avec l’oisiveté – pourrait au contraire être considéré comme une "vertu", à tel point que les pédopsychiatres encouragent les parents à ne pas assommer leurs enfants d’activités mais à les laisser s’ennuyer (cf. lien). Cet ennui permettrait de revenir vers soi, de réfléchir. L’oisiveté, elle, serait une non-activité désirée.

    L’ennui, d’après une autre personne du public serait "de n’avoir aucune perspective". Elle considère que le temps libre, et son corollaire l’ennui, pourrait être considéré comme un luxe dans une vie dédiée au travail et lorsque ce temps libre surviendrait, l’ennui peut subvenir parce que l’on ne s’est pas préparé à dédier ce temps sans contrainte à telle ou telle activité. "Ne jamais voir passer le temps est-il si avantageux que cela ?" se demande un autre participant.

    Un autre intervenant considère que l’ennui a à voir avec un état psychologique et une volonté, en dehors de tout aspect social. La curiosité serait un frein à ce mal, à ce temps libre qui peut être mortifère.

    Le terme de oisiveté est prononcé au cours du débat. L’oisiveté, dit Bruno, a été considéré pendant des siècles par un péché, d’où le titre de ce débat et les notions de vice et de vertu. C’est en tout cas, une posture condamnée par la société, y compris dans les couches sociales a priori les plus ouvertes. Or, Søren Kierkegaard considère que l’oisiveté n’est pas un mal parce que cela permet de se rapprocher de soi-même, d’être en dehors du monde. L’ennui, comme le rappelle un participant, est bien différent de l’oisiveté car il s’apparente à une maladie de l’âme au contraire de l’oisiveté qui est voulue. Kierkegaard affirmait d’ailleurs ceci : "L'oisiveté, en tant qu’oisiveté, est la mère de tous les maux, au contraire, c’est une vie vraiment divine lorqu’elle ne s’accompagne pas d’ennui."

    La notion d’ennui aurait une connotation négative. Si je m’ennuie, a priori je ne me destine pas à aller dans la contemplation ou la méditation. L’ennui est, de la même manière, la conséquence d’une absence de désir. Par ailleurs, l’ennui peut aussi être considéré comme un privilège de privilégié, souvent identifié aux classes sociales dans les œuvres de Proust ou chez les romanciers classiques russes. Le travail ouvrier ne serait pas un univers propice à l’ennui.

    Est-il certain que le travail serait un remède à l’ennui comme il a été dit ? Il semblerait que dans nos sociétés modernes, 30 % des personnes qui travaillent s’ennuient. L’activité professionnelle, parce qu’elle est déqualifiée par rapport aux aptitudes, devient aliénante et, au final, source d’ennui. Un participant souligne que l’ennui peut également être organisé par la société, pour punir, par exemple dans les prisons ou dans l’armée.

    Claude revient sur l’étymologie de l’ennui, qui permet de revenir sur la connotation morale de l’ennui. Le mot ennui vient du latin "odio" et de son ablatif "odium" ("haine"), à savoir " in odio esse", qui veut dire "être un objet de haine". Dans l’ennui, il y a cette notion de "dégoût de la vie", le taedium de Sénèque. Il est aussi question du mal de vivre propre au XIXe siècle avec Chateaubriand ou Musset (Confessions d’un Enfant du Siècle). Le mot "ennui" s’est ensuite affaibli pour exprimer une certaine lassitude, un manque de goût qu’on prend aux choses. Et cela s’est encore affadi avec les expressions du genre "avoir des ennuis" ou bien "l’ennui c’est que..." Finalement, l’intitulé moral du sujet, la référence au vice et à la vertu, est assez approprié, tant l’ennui évoque le dégoût que les philosophes stoïciens puis chrétiens réprouvaient : "De là cet ennui, ce mécontentement de soi, ce va-et-vient d’une âme qui ne se fixe nulle part, cette résignation triste et maussade à l’inaction… cette oisiveté mécontente" disait Sénèque. Claude souligne aussi que l’ennui pourrait être considéré, comme l’affirmait une participante, comme "un luxe de riches", que ne peuvent s’offrir les gens pauvres. Par ailleurs, l’ennui serait une incapacité, dans laquelle on se complaît, à s’occuper, éloignée de l’"odium", cette oisiveté disponible aux autres et à soi-même, "une oisiveté que l’on arrive à remplir".

    Bruno parle de l’ennui au XIXe siècle comme le mal du siècle, un mal qui fait immédiatement référence à Madame Bovary de Flaubert ou au spleen de Charles Baudelaire. L’ennui, pendant cette période, est une conséquence de l’effervescence sociale et politique de la Révolution française puis de l’Empire napoléonien. La guerre semblerait être pour certains un fabuleux pourvoyeur d’activités empêchant l’ennui ! Gilles évoque à ce sujet André Malraux : dans les paramètres qui ont poussé l’intellectuel à s’engager dans la Guerre d’Espagne, n’y avait-il pas, pas pour cet enfant issu d’une bonne famille, l’envie de se sortir de l’ennui ? Claude revient sur le XIXe siècle et sur le phénomène socio-historique de l’ennui. Après les guerres napoléoniennes est venu le temps d’un certain vide pour les jeunes populations symbolisés par ces anciens soldats, ces demi-soldes sans travail et sans statut, tel le héros de Balzac, le colonel Chabert. Une génération de jeunes gens ayant baigné dans le mythe de Napoléon se retrouvent sous la Restauration puis la Monarchie de Juillet sevrés de leurs idées libérales : "Trois éléments partageaient donc la vie qui s’offrait alors aux jeunes gens. Derrière eux, un passé à jamais détruit, s’agitant encore sous ses ruines avec tous les fossiles des siècles de l’absolutisme. Devant eux, l’aurore d’un immense horizon, les premières clartés de l’avenir. Et entre ces deux mondes, quelque chose de semblable à l’océan qui sépare le vieux continent de la jeune Amérique, je ne sais quoi de vague et de flottant. Le siècle présent, en un mot, qui sépare le passé de l’avenir, qui n’est ni l’un ni l’autre et qui ressemble à tous deux à la fois et l’on ne sait tout. Voilà dans quel chaos il fallut choisir à la fois. Voilà ce qui se présentait à des enfants plein de forces et d’audaces, fils de l’Empire et petits-fils de la Révolution. Il leur restait donc le présent, l’esprit du siècle, ange du crépuscule qui n’est ni la nuit ni le jour. Un sentiment de malaise inexprimable commença donc à fermenter dans tous les jeunes cœurs, condamnés au repos par les souverains du monde, livrés aux cuistres de tout espèce, à l’oisiveté et à l’ennui. Les jeunes gens voyaient se retirer d’eux les vagues écumantes contre lesquelles ils avaient préparé leurs bras. Tous ces gladiateurs frottés d’huiles se sentaient au fond de l’âme une misère insupportable" (Confessions d’un Enfant du Siècle, 1836).

    Une participante revient sur l’étymologie latine et l’aspect péjoratif de l’ennui. Une obligation morale de l’Église a imposé pendant des siècles que l’ennui soit absolument combattu. Même aujourd’hui, le statut social se fait essentiellement grâce au travail. L’ennui viendrait d’une absence de sens lorsque l’on ne se situe plus par rapport au travail. Il viendrait également de la recherche d’un plaisir immédiat et durable dans l’activité à laquelle on se livre. C’est l’exemple de l’école et de l’ennui croissant des élèves. Il est dit à ce sujet que cet ennui a à voir avec une forme de paresse et de refus de l’effort. Le fait de laisser son esprit aller d’une pensée à une autre – zapper – encourage la "paresse". On peut préférer des activités ludiques, au détriment du savoir, de l’apprentissage et de l’effort. L’ennui, pour rester dans l’exemple scolaire, peut être une difficulté à se projeter et à comprendre que ce qui ne les intéresse pas peut être formateur.

    Pour Claire, la question posée pourrait être celle-ci : est-ce que la disposition à s’ennuyer ou à jouir de l’existence entraîne un vice ou une vertu ? De nature, est-ce que des êtres sont plus disposés à être curieux? Et d’autres personnes sont-ils condamnés à subir un ennui existentiel, un mal profond ? Est-ce que l’ennui peut être un vice ou un vertu s’il n’est pas volontaire ? De l’oisiveté, il est dit qu’en découlerait l’inactivité et le vice, mais l’oisiveté ne découle pas de l’ennui mais de la disposition à s’ennuyer. Est-ce que l’on est responsable de l’ennui que l’on ressent ?

    L’ennui peut peser, en effet, déclare une personne du public, alors que l’inactivité peut être positive dans le sens où elle peut permettre de méditer et de se tourner sur soi. L’ennui viendrait d’ailleurs, et nous serait imposé par autrui. La conscience de l’ennui, qu’il soit vice ou vertu, serait un premier pas pour s’en extraire, par la curiosité et les passions, qu’elles soient intellectuelles ou non. L’ennui serait une maladie de l’âme, parfois difficilement curable comme le montre l’exemple des maladies psychosomatiques chez des personnes se trouvant du jour au lendemain sans activité.

    À ce sujet, l’ennui semblerait être un état transitoire. Contrairement à l’oisiveté qui est plus ou moins voulue et aspire à se prolonger, l’ennui est quelque part provisoire : c’est par exemple l’enfant qui s’ennuie chez lui et qui attendent de ses parents qu’ils lui trouvent des jeux ou une activité. Cet état flou, transitoire, peut expliquer pourquoi l’ennui est si difficilement définissable. Cet "objet de haine" nous reste insaisissable d’autant plus qu’il n’est pas appelé à perdurer : l’élève qui s’ennuie en classe demande que le professeur lui donne une activité qui ne l’ennuie pas. Dans l’Enfer de Dante, il est question des indolents, ces être qui, après leur mort, ne sont pas condamnés à l’enfer, ni au paradis, mais ils doivent errer dans un vestibule – dans un monde entre-deux. Sans doute est-ce cela l’ennui : un no man’s land, une zone floue.

    Pour un autre intervenant, lorsque l’on est dans l’ennui, on tombe dans un abîme, dans lequel on tombe sur soi-même. L’ennui nous contraint à regarder à l’intérieur de nous, dans une introspection parfois difficile. On est dans une souffrance "psychiatrique", un vice dont on essaie de se sortir par une sorte" d’automédication. La vertu, qui est ce courage de s’en sortir, permet par contre de faire face au monde.

    Pour un participant, la question de la corrélation entre l’oisiveté (qui est désiré) et l’argent ne va pas de soi. Une intervenante répond que cette corrélation est réelle dans la littérature, l’ennui étant vu comme un privilège réservé aux gens aisés. Le concept d’ennui est bien lié, selon elle, à l’oisiveté. L’ennui, en tant qu’absence de désir, peut être assimilé à un néant intellectuel avec une intensité qui a été développée notamment par Tristan Garcia.

    L’ennui, considère Claude, est un manque d’être et la propension à l’ennui est plus importante chez les personnes aisées. Chez les stoïciens comme chez Pascal, l’ennui est le luxe des riches que l’on pourrait croire heureux. Alain critique cette complaisance par exemple lorsqu’il parle de cette "passion triste" : c’est pour lui "la peur des commencements", l’appréhension sur quoi cette nouvelle activité va déboucher et le manque d’aventurisme et d’audace. Schopenhauer, dit Claire, était très pessimiste et, selon lui, la souffrance était inhérente à l’humanité. Mais il y avait deux degrés de souffrances : la souffrance liée au désir d’obtenir quelque chose ; la deuxième, la pire, était celui d’assouvir ses désirs et ne plus rien vouloir. En cela, l’ennui peut être lié à l’argent.

    Comment combattre l’ennui ? La solution passerait par résoudre le problème de la solitude et de l’enfermement sur soi. Les activités numériques et les réseaux sociaux peuvent être considérés comme un enfermement sur soi-même, une conscience de soi cruelle et un révélateur de notre condition. Or, l’enfermement sur soi est valorisé par des philosophes, les stoïciens par exemple, au point que certains considèrent que l’ennui est à rechercher. Nietzsche est également cité : "Celui qui ne dispose pas des deux tiers de sa journée pour lui-même est un esclave, qu’il soit d’ailleurs ce qu’il veut : politique, marchand, fonctionnaire, érudit".

    Blaise Pascal, lui, parle non de l’ennui mais au contraire du divertissement. Pour lui, le divertissement est ce qui nous "détourne" (divertere) de la voie de la contemplation, d’une réflexion sur nous-même, de notre condition d’homme et aussi de la mort. Auteur pessimiste et chrétien, Pascal considère que l’ennui est cette capacité à se recueillir sur soi-même non dans un repli frileux mais dans une sorte de conscience de soi. Renversant la perspective traditionnelle, il dénonce le divertissement comme moyen de lutte contre un ennui considéré comme vice : "Quand je m’y suis mis quelquefois à considérer les diverses agitations des hommes et les périls et les peines où ils s’exposent dans la Cour, dans la guerre, d’où naissent tant de querelles, de passions, d’entreprises hardies et souvent mauvaises, j’ai dit souvent que tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos dans une chambre. Un homme qui a assez de biens pour vivre, s’il savait demeurer chez soi avec plaisir n’en sortirait pas pour aller sur la mer ou au siège d’une place. Mais quand j’y pense de plus près, j’ai trouvé qu’il y a une cause bien effective qui consiste dans le malheur naturel de nitre condition faible et mortelle, si misérable que rien en peut nous consoler lorsque nous y pensons de près." Pour Pascal, le divertissement serait cette activité frénétique où l’on se perd complètement, dans le jeu, la guerre, la chasse. Et finalement, on aime mieux "la chasse que la prise" : notre intérêt c’est la quête et non le résultat, si bien que lorsque l’on a eu ce que l’on désirait on est dans l’insatisfaction. "Ainsi s’écoule toute la vie. On cherche le repos en combattant quelques obstacles. Si on les a surmontés, le repos devient insurmontable car ou l’on pense aux misères qu’on a ou à celles qui nous menacent. Et quand on se verrait même assez à l’abri de toute part, l’ennui de son autorité privée ne laisserait pas de sortir au fond du cœur ou il a des racines naturelles, et de remplir l’esprit de son venin. Ainsi, l’homme est si malheureux qu’il s’ennuierait même sans aucune cause d’ennui, par l’état propre de sa complexion. Et il est si vain qu’étant plein de mille causes essentielles d’ennui, la moindre chose, comme un billard et une balle qu’il pousse, suffisent pour le divertir, D’où vient que cet homme qui a perdu depuis peu de mois son fils unique et qui, accablé de procès et de querelles, était ce matin si troublé, n’y pense plus maintenant. Ne vous en étonnez pas : il est tout occupé à voir par où passera ce sanglier que les chiens poursuivent avec tant d’ardeur." Le divertissement est vu chez le philosophe comme une manière de se perdre et de ne pas réfléchir à soi-même.

    L’ennui serait une situation dérangeante (quand elle n’est pas une arme redoutable comme le montrerait, à sa manière, le livre de Vercors Le Silence de la Mer). L’ennui n’est sans doute ni un vice ni une vertu mais un entre-deux comme le montrait à sa manière Dante. Ce serait aussi un moyen, sinon une arme, pour avancer dans la vie. C’est une période charnière provisoire et latente. On s’ennuie dans le monde et on s’ennuie au monde parmi les siens et autrui. L’oisiveté peut être un choix assumé ; l’ennui est par contre un ennui au sein du monde car on ne s’ennuie paradoxalement jamais seul. On attend des autres qu’ils nous "désennuisent" et qu’ils nous tendent la main pour se retrouver avec soi et se retrouver avec les autres. L’ennui est certes un désœuvrement mais c’est aussi une incapacité à donner un sens à sa vie et à chaque instant. Comment s’en sortir ? Ce serait d’accepter qu’il n’y ait pas un sens immédiat aux choses que l’on fait, que le plaisir ne soit pas là, ou bien savoir donner du prix à chaque instant.

    La duchesse de Choisel répondait ceci à Mme la Marquise du Deffand qui recevait notamment Diderot... dans ses "cafés philos" ! Celle-ci disait s’ennuyer mortellement. Voilà ce que lui écrivit son amie : "Savez-vous pourquoi vous vous ennuyez tant ma chère enfant ? C’est justement par la peine que vous prenez d’éviter, de prévoir, de combattre l’ennui. Vivez au jour la journée, prenez le temps comme il vient. Profitez de tous les moments et avec cela vous verrez que vous ne vous ennuierez pas. Si les circonstances vous sont contraires, cédez aux torrents et ne prétendez pas y résister."

    La séance se termine comme de coutume par le vote de la séance du 24 juin 2016, qui sera la dernière de la saison. Trois sujets sont proposés : "L’homme est-il un loup pour l’homme ?", "Les mots sont-ils des armes ?" et "Comment bien vieillir ?" Les participants votent à une large majorité pour le sujet "Les mots sont-ils des armes ?", qui sera discuté au cours de la séance du 24 juin 2016.

    Lien permanent Catégories : =>Saison 7, Comptes-rendus des débats, [57] "L'ennui : vice ou vertu?" Imprimer 0 commentaire Pin it!
  • Compte-rendu du café philo : "œil pour œil, dent pour dent?"

    Thème du débat : "Œil pour œil, dent pour dent ?" 

    Date : 6 novembre 2015 à la Brasserie du centre commercial de la Chaussée

    Pour cette 52e séance du café philosophique de Montargis, envers 90 personnes étaient présentes pour débattre avec l'invitée exceptionnelle, Catherine Armessen, autour de la question "Œil pour œil, dent pour dent ?", un sujet autour du thème de la vengeance et du pardon. Bruno présente l'invitée de la soirée : Catherine Armessen est médecin et romancière. Après avoir écrit pour les petits, elle a décidé de passer à la littérature adulte. L'auteur traite volontiers des sujets de société, si bien que l'on peut justement parler de ses romans comme des "romans documentaires" : Manipulation (2007, Prix Littré) traitait des sectes et La Marionnette (2013) de la manipulation dans le couple et des pervers narcissiquese (ces deux sujets ayant fait l'objet de débats en 2011 et 2013). Son dernier livre, Tu me reviendras (2015), un thriller, traite de la vengeance. C'est pour parler de ce sujet que Catherine Armessen est présente à ce café philo.

    Claire commence le débat par rappeler l'origine de l'expression "œil pour œil, dent pour dent". Cette expression retranscrit la loi du Talion, terme originaire du latin talis qui veut dire "tel" ou "pareil". La loi du Talion consiste en "la juste réciprocité du crime et de la peine". Cette loi, qui fonde notre justice, se trouve à l'origine dans le Code Hammurabi, un texte babylonien datant du XVIIIe siècle avant JC. Ce texte stipulait que "si un homme arrache l’œil d’un autre homme, son œil sera arraché. Si un homme brise un os d’un autre homme, son os sera brisé." Ces préceptes ont été repris dans la majorité des textes religieux, la Torah, la Bible ou le Coran. Cette loi du Talion a ensuite largement inspiré nos lois actuelles.

    Catherine Armessen prend la parole en évoquant son livre Tu me reviendras qui traite de la spirale de la vengeance. En quoi la vengeance diffère-t-elle de la justice ? La justice entend punir un délit ou un crime dans un cadre précis qui entend être rationnel. Et la punition est décidée par une personne tiers – un juge ou un jury – alors que dans la vengeance c'est la ou les victimes qui cherchent à obtenir réparation, dans une décision mue par la passion et parfois la violence. Aussi, dit Catherine Armessen, peut-on opposer la veangeance/violence/passion à la justice/punition réfléchie/raison.

    Un intervenant réagit. Cette loi, "œil pour œil, dent pour dent, main pour main, meurtrissure pour meurtrissure", qui peut paraître cruelle, est destinée à donner de la raison à une vengeance qui pourrait occasionner une violence déconsidérée. Catherine Armessen va dans ce sens : la loi du Talion s'inscrivait dans une volonté de paix sociale, pour éviter une spirale de la violence, malgré ses imperfections. En un sens, c'est une loi intermédiaire entre la vendetta et la justice moderne, élaborée avec une tarification par crime.

    Bruno va dans ce sens. La loi du Talion apporte en effet une forme de raison. C'est d'ailleurs ce que dit Hegel. Or, ce qui diffère bien entre la justice et la vengeance c'est la manière dont elles sont appliquées. Dans un cas, c'est une tiers-personne, qui est en dehors de l'acte, qui obtient réparation alors que dans l'autre c'est la victime qui punit.

    La justice serait donc un moyen d'apporter de la raison en lieu et place d'une vengeance aveugle susceptible d'être cruelle et "injuste". Or, la justice peut, dans certains cas, n'être pas raisonnable. Bruno prend l'exemple de la peine de mort sous l'Ancien Régime. Michel Foucault décrit, dans Surveiller et Punir, le supplice et l'exécution de Damiens, accusé d'un attentat contre Louis XV, en plein Siècle des Lumières. Loin d'être une mesure simplement coercitive, cette mise à mort est décrite par Foucault sur 50 pages hallucinantes. Le philosophe ne nous épargne aucun détail sur le supplice et l'exécution du condamné. Ici, l'acte judiciaire semblerait bien relever d'un acte de vengeance collective vis-à-vis d'un homme qui a commis le pire des crimes : le régicide, forme symbolique du parricide qui était considéré comme le crime le plus abominable à l'époque. Or, l'application de la Loi du Talion n'apparaît pas appropriée dans ce cas de figure, dans la mesure où le roi est sorti sauf de cet attentat, au contraire de son auteur (à moins que l'on ne puisse parler d'une Loi du Talion "symbolique"). Finalement, la différence entre justice raisonnable et loi du Talion paraît dans certains cas tenu.

    Pour Catherine Armessen, la justice s'adapte, peu ou prou, à la société de son époque. Dans l'exemple de Damiens, ce qui est également en jeu c'est aussi le rapport avec le corps. En tout cas, le besoin de réparer avec la brutalité, que ce soit individuellement ou collectivement, est toujours présente. Or, la vengeance peut être apportée sous l'angle psychologique. La vengeance prend son origine dans des émotions que nous ressentons face à des émotions. C'est une manière de décharger "nos émotions négatives". En ce sens, l'acte de vengeance et le désir de vengeance sont différents. La Rochefoucauld disait justement que "la vengeance procède toujours de la faiblesse de l'âme qui n'est pas capable de supporter les injures". La vengeance initie un cycle de violences, comme dans la vendetta. La Colomba de Mérimée en est un très bel exemple, dit notre invitée. La vendetta, dans la Corse traditionnelle, n'est pas stricto sensu une loi du Talion : c'est une forme de justice arithmétique, une dette à régler : "Je te tue deux hommes, tu me tues deux hommes, et ainsi de suite... jusqu'à plusieurs cousinades éloignées."

    Catherine Armessen parle du désir de vengeance : "Nous sommes tous violents", constate-t-elle. Les règles sociales mises en place sont destinées à freiner cette violence, quitte à aller contre la nature. Bruno ajoute que René Girard, décédé quelques jours avant ce café philo, a beaucoup réfléchi et disserter sur cette violence, le désir mimétique mais aussi le pardon, vu sous l'angle religieux et catholique (voir ce texte). Catherine Armessen affirme que la violence est nécessaire pour préserver notre équilibre psychique. La vengeance semblerait être inhérente au fonctionnement humain, à un instinct (ou désir) vital en jeu. Cette vengeance va s'exprimer obligatoirement à travers quatre possibilités. Première possibilité : se venger contre l'agresseur ("je me fais mal tu me fais mal"). Dans ce cas la justice est là pour réparer l'affront. Deuxième possibilité : choisir un bouc-émissaire, avec l'exemple du peuple juif pendant la seconde guerre mondiale. Troisième possibilité : la sublimation "qui est une manière noble de se venger" : un enfant agressé physiquement va, par exemple, se mettre à être bon à l'école pour aider l'autre. Quatrième possibilité : se venger contre soi-même en tombant malade. Et c'est tout le problème des maladies psychosomatiques. Catherine Armessen lit un court passage de son roman Tu me reviendras : "Nathalie grimaça en ressentant une douleur dans son mollet droit, souvenir d'un vieil accident. La douleur était si présente dans sa vie qu'elle l'avait, par dérision, prénommée Carabosse, comme la sorcière qui se faufilait dans les contes depuis le XIIIe siècle. La douleur était là, tyrannique, obligeant sa victime à se courber pour se passer la jambe, pour dissiper la crampe qui s'installait. Carabosse, la vieille fée bossue à trente carats, s'invitait quand Nathalie se sentait débordée par sa vie, comme ce matin où elle supportait mal les grommellements qui l'attendaient". Catherine Armessen souligne que souvent le corps parle et il faut l'écouter.

    Bruno revient sur cette notion de respect. Chercher à se venger contre quelqu'un qui a bafoué mon honneur est quelque part un acte rationnel. D'après Nietzsche, dans cette vengeance offensive, c'est la raison qui joue : on raisonne sur la vulnérabilité de l'adversaire et à ce qui pourrait le faire souffrir, même si les conséquences de cet acte ne sont pas réfléchies et raisonnées. La vengeance serait par ailleurs vouée à l'échec dans la tentative de réparation : "Quand on punirait un bourreau en lui infligeant les souffrances qu'il a infligées... Ce tortionnaire n'aurait pas cent corps pour souffrir les cent martyres qu'il a faits. La punition n'irait pas assez loin. Elle serait inaccomplie et confesserait son impuissance devant le crime." disait France Quéré.

    La question qui est ensuite posée est de savoir si la violence est naturelle. Par exemple, les "castagnes" sur les cours de récréations sont-elles si néfastes que cela, se demande Catherine Armessen ? Un participant récuse ce propos, ajoutant que si la violence est dite naturelle, la non-violence l'est tout autant. Face à la pulsion nous poussant à agir avec brutalité afin que nous soyons respectés, il y a la pulsion naturelle qui nous pousse vers l'autre avec bienveillance et sociabilité, car je suis un être de relation – et de relation pacifique. Pour cet intervenant, associer justice et punition pourrait être considérée comme réducteur car ce qui est également en jeu c'est la réparation, afin que nous parvenions à revivre ensemble. Par ailleurs, la non-violence n'est pas la non-agressivité. L'agressivité est une forme de combativité. Elle peut être violente et non-violente. Et c'est celle-ci qui doit être éduquée, y compris auprès des enfants (cf. café philo "L'éducation à la non-violence"). Pour aller plus loin, une participante cite Lao Tseu qui disait : "Si quelqu'un t'a offensé, ne cherche pas te venger. Assied-toi au bord de la rivière et bientôt tu verras passer son cadavre." On est dans une tradition bouddhiste et taoïste qui parle de la loi de causalité : si l'on cause quelque chose, il y aura un effet. Delà, une personne non-violente ne cherchera pas à se venger car la réponse à un acte répréhensible viendra d'elle-même. Par ailleurs, cette intervenante estime que si une personne cherche à se venger c'est qu'elle n'a pas de solution pour gérer son vécu. "Un désir de vengeance se domestique", ajoute un autre participant, avant de citer un autre penseur oriental, Gandhi : "Avec une maxime comme ça [Œil pour œil dent pour dent"], il y aura bientôt la moitié de l'humanité qui sera borgne et l'autre moitié qui sera édentée." La loi du Talion est source de beaucoup de conflits et de démesures criminelles car cette maxime "se traduit souvent par un peu plus d'un œil pour un œil et un peu plus d'une dent pour une dent". Cet intervenant cite ensuite l'Évangile de Matthieu, un texte de sagesse religieuse, qui vient apporter une contradiction avec cette loi du Talion : "Vous avez appris qu'il a été dit : œil pour œil et dent pour dent. Et moi, je vous dis de ne pas résister au méchant. Au contraire, si quelqu'un te gifle sur la joue droite, tends-lui aussi l'autre" (Matthieu, (5, 38-42). Cette citation, souvent stigmatisée, serait en réalité mal interprétée. Elle n'est pas un appel à la soumission et à la non-résistance. Tolstoï disait que la traduction est mauvaise car cette phrase de Jésus signifierait plutôt : "Ne résiste pas au méchant avec les moyens du méchant" – mais résiste toutefois.

    Une intervenante réagit en faisant de nouveau référence à la tradition bouddhiste : "L’étendue de la criminalité peut être réduite en améliorant les conditions sociales et économiques, mais aucune société humaine ne sera jamais capable d’éradiquer complètement le crime. C'est à chaque être de prendre la responsabilité de son amélioration et de voir la continuité entre le criminel et la victime possible qui est en nous". Chacun doit être conscient qu'il peut basculer du statut de criminel à victime.

    Le désir de vengeance semblerait être un symptôme qui se tourne contre la personne qui l'énonce ; Catherine Armessen cite un passage de son dernier roman : "Comme il t'allait ce tailleur... Le jour où tu ruinais ma vie, tu portais la même coiffure. En te cadrant dans l'objectif, je t'ai haïe pour ta trahison... Ah tout ce bonheur perdu dans l'inflexibilité du temps ! Toutes ces petites joies mortes à cause de toi... Rien désormais ne m'empêchera de te rejoindre et de te détruire." En tant que médecin Catherine Armessen témoigne : elle voit des gens s’abîmer gravement dans la haine et dans les émotions négatives. Mais est-ce leur intérêt de les laisser se focaliser sur ces désirs ? Elle s'interroge sur la manière de passer au-dessus d'une agression sans passer par l'acte de vengeance. La première solution est la justice, qui veut dire aussi la reconnaissance du crime par l'autre. Les vertus thérapeutiques ont également une grande importance, comme cela est montré dans les manipulations mentales dans le couple.

    Pour un intervenant, chacun peut être amené à choisir entre vengeance et justice en fonction de la nature du préjudice et de son intensité. L'autre aspect est la confiance que l'on peut avoir dans la justice. Pour un autre intervenant, il peut y avoir une incompréhension sur la nature de la justice et sur ses décisions, dans la mesure aussi où la justice peut être décalée par rapport à la société, avec une justice qualifiée d'inhumaine, des juges seuls et des victimes parfois oubliées. Pour revenir à la vengeance, dit une autre personne du public, le commencement de ce désir est d'abord l'instinct. Catherine Armessen parle, de son côté, de "survie psychique inconsciente". Bruno réagit et parle d'ambivalence : la notion "arithmétique" qui dit "œil pour œil, dent pour dent" est contredite par une motivation de fait "instinctive". Il semblerait que la loi du Talion se pare de beaux oripeaux civilisateurs pour finalement cacher les instincts qui sont au cœur de cette forme de justice.

    Dans la loi du Talion, réagit un autre participant, il y a l'aspect sociétal. La vengeance ne peut pas être une solution laissée à l'individu pour obtenir réparation. Il faut qu'il y ait un contrôle social pour empêcher tous les règlements. Or, un intervenant constate que la justice a pour motivation la défense de la société - plutôt que de l'individu - comme le montrait Foucault, ce que beaucoup de victimes peuvent déplorer car elles se sentent oublier. C'est le cas dans les grands crimes ("la justice ne me le fera pas revenir") mais aussi dans les petits ou grands délits. Bruno considère que la justice pourrait avoir du mal à regarder dans les yeux les victimes car elle n'a pas le même but que celles-ci. Il reprend l'exemple de l'exécution de Damiens : l'application de son supplice n'a finalement pour but que de susciter l'effroi et de prévenir tout acte de régicide (même si Louis XV est sorti vivant de cet attentat). Par là, la société se protège et préserver le corps social.

    Après avoir longtemps discuté de la vengeance, la discussion s'engage au sujet du pardon qui, pour certains penseurs, est "une forme de vengeance". Le verbe pardonner est vague : "Renoncer à punir... Accepter sans dépit... Ne pas tenir rigueur à quelqu'un." L'autre lecture proposée par Catherine Armessen est de proposer le pardon non pas comme une "non-action" mais comme une "dynamique qui est celle de se dégager de la spirale de la violence pour se reconstruire." Renoncer à la haine", ajoute notre invitée, "c'est rompre avec des émotions blessantes". "Ne pas tenir rigueur à l'adversaire c'est comprendre ce qui l'a conduit à l'offense pour rompre le lien avec lui" et ne pas punir "c'est sortir de la spirale pour ne pas se punir soi-même en continuant d'être dans cette spirale." Le choix du pardon entraîne une rupture dans la chaîne affective et dans la temporalité où l'on accepte de ne pas changer ce qui a été fait et qui est irréversible. Cela veut aussi dire sortir du passé douloureux. "Si l'affront perd de sa puissance, du coup l'adversaire aussi." Il y aurait donc, grâce au pardon trois ruptures : affective, temporalité et représentation de l'adversaire. Le pardon est un élan positif. Hannah Arendt disait ceci : "Le pardon est de l'ordre de la naissance, il ouvre un avenir : l'être humain n'est pas enfermé dans ce qu'il a fait, il est capable d'autre chose." Le pardon libère et reconstruit. La philosophe ajoute ceci : "Le pardon est certainement l'une des plus grandes facultés humaines et peut-être la plus audacieuse des actions, dans la mesure où elle tente l'impossible - à savoir défaire ce qui a été - et réussit à inaugurer un nouveau commencement là où tout semblait avoir pris fin." Il y a un côté salvateur dans le pardon, ce qui semble pour plusieurs membres du public aller en contradiction avec la difficulté ou l'impossibilité d'excuser un crime monstrueux ou une atteinte à une personne indéfendable. C'est tout le problème des victimes, se pensant souvent incomprises dans les affaires judiciaires. Par ailleurs, se demande un intervenant, le pardon est-il également utile pour la société, dans la mesure où le criminel peut se sortir intact d'un méfait. La justice ne favorise pas le pardon dans la mesure où les procédures judiciaires durent des années.

    Peut-on tout pardonner ? Se demande Catherine Armessen. Elle cite Vladimir Jankélévitch : "Pardonner un tel crime [un crime contre l’Humanité] ne serait pas renoncer à ses droits mais trahir le Droit car la victime n'est pas une ou des personnes mais l'Humanité."

    Catherine Armessen voit le pardon comme une forme d'exorcisme – même colérique – afin de comprendre puis de s'en sortir mentalement, même si cela demande courage, temps et humilité. Elle prend l'exemple de la manipulation mentale dans le couple. Bruno réagit : pardonner n'est pas baisser les bras mais reprendre la main sur sa propre souffrance. Sans doute que pardon et vengeance sont les deux versants du même processus. 

    Certains psychologues, dit Bruno, soulignent que la vengeance peut être un moyen inconscient pour la personne qui a souffert de rester en lien avec la personne qui l'a fait souffrir et de ne pas couper des liens, lorsque le chagrin est impossible : "La littérature psychiatrique et psychanalytique décrit généralement le désir de vengeance comme une simple forme de l'hostilité. Seuls quelques rares articles indiquent que le désir de vengeance peut aussi remplir des fonctions défensives — c'est-à-dire servir de défense contre prise de conscience d'affects chargés d'angoisse et refoulés." (Harold Searles)

    Bruno conclut le débat par une citation d'Hannah Arendt : "Le châtiment a ceci de commun avec le pardon qu’il tente de mettre un terme à une chose qui, sans intervention, pourrait continuer indéfiniment. Il est donc très significatif, c’est un élément structurel du domaine des affaires humaines, que les hommes soient incapables de pardonner ce qu’ils ne peuvent punir, ce qui se relève impardonnable."

    Trois sujets sont proposés en fin de séance pour le débat suivant : "Que voulons-nous vouloir ?", "Histoire contre devoir de mémoire ?" et "La pauvreté est-elle le mal absolu ?" C'est ce dernier sujet qui est choisi par les participants pour la séance du 4 décembre 2015, à 19 heures, à la Brasserie du Centre commercial de la Chaussée.

    Lien permanent Catégories : =>Saison 7, Comptes-rendus des débats, Philo-galerie, [52] "Œil pour œil, dent pour dent?" Imprimer 0 commentaire Pin it!
  • Compte-rendu de la 50e séance : "la philosophie a-t-elle une quelconque utilité?"

    Thème du débat : "La philosophie a-t-elle une quelconque utilité ?" 

    Date : 19 juin 2015 à la Brasserie du centre commercial de la Chaussée

    Le vendredi 19 juin 2015, le café philosophique de Montargis se réunissait à la Brasserie du Centre commercial de la Chaussée pour sa 50e séance, et aussi la dernière de sa saison 6. À cette occasion, le débat proposé, et choisi par les participants de la séance précédente, portait sur cette question: "La philosophie a-t-elle une quelconque utilité ?"

    Au préalable, Bruno rappelle la genèse et les grands événements qui ont marqué les six années et les 50 séances du café philo. Il insiste sur la naissance mouvementée de l'animation de la Chaussée, ses débuts difficiles, les sujets polémiques qui ont émaillé son histoire (Dieu, la mort ou... le Père Noël), la fierté des animateurs et médiateurs de voir l'engouement autour du café philo mais aussi les émissions de radio "La Philosophie au Comptoir" (en 2014) qui ont marqué le café philosophique de Montargis.  

    Pour lancer le débat, outre le sujet du débat de ce soir, "La philosophie a-t-elle une quelconque utilité ?" Bruno pose aux participants deux autres questions : "Fait-on de la philosophie lors d'un café philo ?" et "Que venez-vous faire ici, au café philo ?"

    Un premier intervenant réagit en citant Michel de Montaigne pour justifier l'utilité de la philosophie : "Philosopher c'est apprendre à mourir". Pour lui, alors que le débat sur la la fin de vie fait des remous, la philosophie semble avoir une très grande utilité. Claire rebondit sur cette intervention. Il y a une distinction entre utilité et nécessité, dit-elle, car, souvent, on a tendance à commettre un abus de langage : on considère comme utile ce qui est nécessaire, or ce n'est pas le cas. L'utilité vise "l'outil". La question peut donc se poser ainsi : est-ce que la philosophie mène à quelque chose ? Et si la philosophie est un outil, quelle est sa finalité ?   

    Pour un autre intervenant, la philosophie a une utilité indéniable ; encore faut-il savoir de quelle philosophie l'on parle : il peut y avoir autant des courants de pensées hermétiques peu appréciés que des pratiques philosophiques, plus terre-à-terre, pragmatiques et qui peuvent intéresser tout un chacun. Finalement, cette dernière intervention pose cette question : la philosophie est un moyen pour faire quoi ? La philosophie, qui est étymologiquement l'amour de la sagesse, trouve sa finalité dans l'apprentissage de la mort et dans l'orientation de ses actions pratiques afin de réfléchir à certains sujets pour ensuite les vivre, et vivre mieux ("Nous vivre mieux") . L'amour de la sagesse n'est pas l'amour du savoir. Le sage n'est pas celui qui sait tout mais plutôt "celui qui ne sait rien" (Socrate). Dès lors, philosopher c'est sans doute commencer à s'interroger et remettre en question ce qui fait notre existence et notre identité. Au sein du café philo, chacun réfléchit à comment agir, avec la morale, à l'orientation pratique de notre vie, de nos actions, ici et maintenant.

    Au sein du café philo, la question est bien de savoir si dans le cadre des débats on est dans un moyen d'atteindre ces objectifs philosophiques. Michel Onfray refuse par exemple d'admettre que l'on philosophe au sein d'un café philosophique. Une intervenante réagit en regrettant la durée des séances : souvent, un deuxième débat pourrait être utile, remarque-t-elle, tant les questions appellent d'autres questions et aussi des demandes d'approfondissements. Bruno ajoute toutefois que les animateurs sont là pour susciter des questions et pas d'apporter des réponses comme le feraient des gourous de sectes ! Philosopher, comme le dit une participante, "c'est exploiter la capacité que l'humain a de se poser des questions auxquelles il ne peut pas répondre". C'est aussi un échappatoire à l'uniformité des discussions triviales, afin d'éviter "la stagnation de l'esprit".

    La philosophie ne consiste pas à apporter des solutions abouties à des questions posées, réagit un participant. Pour Claire, les philosophes dits "systématiques" ont pour rôle de répondre à des questions. Le café philo, dans ce sens, est "non-philosophique", dans le sens où le café philo n'apporte pas des éléments pour répondre à des questions. Pour autant, nous pourrions dire qu'au sein du café philo nous pratiquons un "philosopher", dans le sens où le café philo sert à cheminer dans une pensée. Certaines interventions nous renvoient d'autres pensées. "La pratiques collective" de la réflexion est en effet un élément capital, réagit une autre personne du public car cela peut peut permettre d'approfondir des sujets. Par toutes nos expériences, réagit une autre participante, par nos différences, "mettre en commun nos idées, les confronter à l'exemple de la maïeutique (Platon), ce n'est pas nous permettre d'avoir tous la même mais d'avoir tous la nôtre."

    Une participante s'exprime ainsi : "La philo n'est ni dans l'action ni dans la morale mais Jean-Paul Sartre a dit qu'elle nous apprenait à être libre et responsable de nos actes". La philosophie a bien une utilité, affirme un intervenant : même si elle n'est pas poussée, elle nous permet de côtoyer des gens différents, de s'exprimer, d'échanger dans le respect, de se frotter à la réalité et d'affiner ses opinions au contact des autres. La philosophie antique, dans l'agora, est, quelque part, ressuscitée au sein des cafés philos – qui pourraient aussi bien se passer dans d'autres lieux publics.   

    La réflexion collective permettrait de passer de l'opinion, qui est de l'ordre de la représentation individuelle, à l'idée, qui est collective. L'idée est forte de justification et l'altérité, en apportant la contradiction à notre opinion, permet d'asseoir notre jugement grâce aux arguments et presque en savoir. Claire rappelle que la différence entre le croire et le savoir n'est pas tant la véracité de la représentation mais c'est dans le fait que le croire est une représentation qui est tenue pour vraie sans capacité de la justifier alors que le savoir implique qu'une représentation est tenue pour vraie car il existe des justifications, des raisons d'être. On peut se sentir un peu plus fort de ses principes si un philosophe vient à notre rescousse ("Descartes l'a dit...") ou si la confrontation avec les idées collectives et les opinions d'autrui viennent appuyer ce que je peux penser. "Les débats philosophiques permettent de s'enrichir au niveau de l'être.

    L'utilité cathartique du café philo est également avérée : prendre la parole, s'approprier un micro ("un bâton de parole") et confronter ses idées avec celles des autres est au cœur de nos débats. Le café philo peut être aussi une pratique de la démocratie, dans un cercle de citoyens différents, de tous âges. Jean-Pierre Vernant affirme d'ailleurs que la raison naît dans le cadre de la naissance de la première cité démocratique grecque. Or, dans cette société, deux groupes de pensées s'opposent : les "instituteurs de la République" – les sophistes – qui visent à apprendre aux citoyens à parler et qui visent l'utilisation d'un langage pour s'exprimer. Dès lors, l'objectif pour ces sophistes est d'apprendre à parler bien plutôt que de parler vrai. Or, contre eux, les philosophes vont s'insurger, et parmi eux, Socrate. Pour ces philosophes, parler bien c'est utiliser le langage en l'enlevant de sa sa valeur. Celui qui ne chercher que la communication et la beauté le rend caduc car l'homme doué de langage se doit de chercher la vérité. Le philosophe ne va pas chercher de réponse mais il va s'interroger sans cesse pour nuancer et s'approcher de la réalité et de la vérité.  

    Un participant nuance ces propos : est-ce que pour parler vrai il ne faut pas parler bien ? Cette question fait aussi référence à un précédent débat : "Le langage trahit-il la pensée ?" Pour Michel Onfray, justement, dans la philosophie il y a une forme d'académisme et d'exigence. Michel Onfray ne dénie pas l'utilité démocratique des cafés mais ils sont pour lui plus "citoyens" que "philosophiques". Philosopher implique des bases, des lectures, des connaissances, l'acquisition de lettres de noblesse (parler correctement). Certains philosophes inaccessibles peuvent du reste se targuer d'être inaccessibles. Certains auteurs peuvent être lisibles et claires (Albert Camus) ; d'autres hermétiques (Critique de la Raison Pure de Hegel ou L'Être et le Néant de Sartre). Ces problèmes de compréhension apparaissent comme susceptible de dénaturer la pensée philosophique affirme Ludwig Wittgenstein ("Ce dont on  ne peut pas parler, il faut le taire"). Il y a aussi cette idée que la philosophie touche aux hautes sphères de l'intellect (la métaphysique par exemple) et peut donc faire fuir une grande partie de la population. Le café philosophique de Montargis a, par contre, eut très vite pour ambition d'amener la philosophie dans la Cité et de la rendre accessible 

    Un participant rappelle l'étymologie de "philosophie", qui est "l'amour de la vérité". On est philosophe non pas quand on détient la vérité mais lorsqu'on la recherche. Au sein, Un café philosophique qui a pour objectif de rechercher – avec curiosité – la vérité fait donc, n'en déplaise à Michel Onfray, de la philosophie.   

    Claire conclut cet échange par deux citations. La première est de Platon : "Sans raisonnement, tu mèneras l'existence non pas d'un homme mais d'une éponge ou de ces êtres marins qui habitent dans des coquillages" (Philète). Descartes, lui, affirmait dans Principes de la Philosophie (Préface) : "C'est précisément avoir les yeux fermés, sans jamais tâcher de les ouvrir, que de vivre sans philosopher."  

    La seconde partie de ce 50e café philosophique est consacré à un blind-test, un jeu proposé à l'assistance que le café philo avait proposé par le passé :

    - Qu'est-ce que la maïeutique ? Réponse : l'art d'accoucher les esprits, les âmes (Socrate)

    - Qui a écrit le Tractatus logico-philosophicus ? Réponse : Ludwig Wittgenstein

    - Pourquoi appelle-t-on les disciples d'Aristote les Péripatéticiens ? Réponse : parce que dans le peripatos grec, le "promenoir" littéralement, les philosophes du Lycée d'Aristote philosophaient en marchant. On les appelait donc les péripatéticiens.

    - Qui a parlé de l'homme comme d'"une invention récente" ? Réponse : Michel Foucault

    - Quand on traite de la philosophie, on dit que l'une des formules principales du philosopher est "gnoti seauton". Qu'est-ce que ça signifie ? Réponse : "Connais-toi toi-même

    - Qui est le concepteur de la dialectique du maître et de l'esclave ? Réponse : Hegel

    - Qu'est-ce qu'une tautologie ? Réponse : "Dire deux fois la même chose", la répétition de deux expressions signifiant une chose identique

    - La philosophe Hannah Arendt a été la maîtresse d'un philosophe controversé. Qui est-il?  Réponse : Martin Heidegger 

    - Qu'est ce que l'ataraxie. Réponse : "La paix de l'âme"

    - Quel philosophe anglais est l'auteur de La Nouvelle Atlantide, roman sur l'île utopique Bensalem ?  Réponse : Francis Bacon

    - De quel philosophe anglais se sont inspirés les auteurs de la série Lost pour la création de l'un de leur personnage ? Réponse : John Locke

    - Qui a parlé de la religion comme d'une "névrose obsessionnelle de l'Humanité ?"  Réponse : Sigmund Freud

    - Quel philosophe est tourné en dérision dans Les Nuées ?  Réponse : Socrate

    - Qui a dit : "Les hommes se trompent en ce qu'ils se pensent être libres ?"  Réponse : Baruch Spinoza

    - Qui est l'auteur de la Lettre à Newcastle ?  Réponse : Descartes

    - Que signifie "Sapere aude" ? Réponse : "Aie le courage de te servir de ton propre entendement"

    - Avec quel compositeur et ami Friedrich Nietzsche s'est-il brouillé dans les dernières années de sa vie ?  Réponse : Richard Wagner

    - Quel philosophe français, romancier et homme politique révolutionnaire est l'auteur de l'ouvrage "Français, encore un effort !si vous voulez être Républicains" ?  Réponse : Le Marquis de Sade

    - Quel philosophe tchèque est le fondateur de la phénoménologie contemporaine et le concepteur de l'intentionnalité ?  Réponse : Edmund Husserl

    - Quel compositeur français est l'auteur de l'ouvrage lyrique Socrate ?  Réponse : Erik Satie

    - De qui d'Aristote a-t-il été le précepteur ?  Réponse : Alexandre Le Grand ?

    montaigne,socrate,onfray,platon,sartre,descartes,camus,hegel,wittgenstein,aristote,locke,bacon,foucault,arendt,heidegger,freud,spinoza,nietzsche,sade,husserlExceptionnellement, aucun sujet n'est proposé pour la prochaine séance.

    Claire remercie chaleureusement les personnes présentes et exprime sa fierté d'avoir pu participer avec Bruno à cette belle aventure du café philosophique de Montargis. Ce dernier remercie à son tour Claire pour son travail et son implication au sein du café philo.

    La première séance de la saison 7 sera fixée ultérieurement en septembre ou octobre 2015.

     

    Lien permanent Catégories : =>Saison 6, Comptes-rendus des débats, Tous les blind tests du café philo, [50] "La philosophie a-t-elle une utilité?" Imprimer 0 commentaire Pin it!
  • COMPTE-RENDU DE LA SÉANCE : "EST-IL RAISONNABLE DE CROIRE EN DIEU?"

    Thème du débat : "Est-il raisonnable de croire en Dieu?" 

    Date : 22 mai 2015 à la Brasserie du centre commercial de la Chaussée

    Cafe_philo_anges_raphael.jpgLe 22 mai 2015, la 49ème séance du café philosophique de Montargis portait sur cette question : "Est-il raisonnable de croire en Dieu ?" Cette séance est co-animée par Marie Tellier et de Katharina Kim, élèves de Terminale du lycée Saint-François de Sales de Gien. D'emblée, Bruno remarque qu'un tel  sujet, particulièrement d'actualité, est particulièrement clivant. Les organisateurs du café philo ne souhaitent cependant pas faire du débat de la soirée une discussion polémique sur les religions ou sur Dieu, comme cela avait pu être le cas quelques années plus tôt pour le débat "La religion : opium du peuple ?" Le but n'est pas de parler de ses opinions, de ses croyances mais de philosopher sur la religion et la raison. 

    Un premier participant commence par dédramatiser ce sujet. Dieu peut parfois servir à justifier des petits tracas de la vie quotidienne – une tartine de beurre qui tombe du bon côté ou bien un verre qui tombe mais ne se casse pas. Dans ce cas "il y a un bon Dieu" ! Pourquoi le choix de ce terme "raisonnable" plutôt que "rationnel", s'interroge-t-il ? Dans "raisonnable" il y a une connotation morale. L'intitulé du sujet, dit un autre participant, pose problème en effet. "Dans "Est-il raisonnable de croire en Dieu ?", les termes de raison et de passion  (la foi) s'opposent. "C'est un peu un oxymore." La question, quelque part est soit mal posée soit provocatrice, tant il ne peut pas être raisonnable de croire en Dieu ! Pour un nouveau participant, le sujet interroge et, avec un peu plus de malice, il aurait pu s'intituler : "Est-il bien raisonnable de croire en Dieu ?" Pour un autre intervenant, cela aurait pu être : "Est-il sensé de croire en Dieu ?

    la-cene-david-lachapelle.jpgUn membre du public veut sortir de cette question du titre et pose cette autre question : "Est-il raisonnable de croire ?", de croire en quoi que ce soit : Dieu, cette chaise, voire la physique des particules. Cette physique des particules, justement, est considérée comme démontrée scientifiquement bien que l'on ne puisse jamais la voir en action. De la même manière, face au doute que peut nous inspirer Dieu, le mystique répondra : "Si Dieu existe, Dieu fonctionne et la foi a du sens." Qu'est-ce qui pèche donc lorsque l'on parle de l'existence des trous noirs que personne n'a observé ? Comment, plus généralement, se positionne la raison lorsque l'on parle de choses que l'on ne peut pas voir et quelle est la différence entre le prêtre et le scientifique ? Un intervenant réfute cette vision car, selon lui, tout est question de méthodes scientifiques et critiques et de théories prouvées ou non, avec des expérimentations et des faits. Par contre, le religieux décrète. C'est un axiome : "C'est comme ça : je crois en Dieu !" et, d'emblée, elle n'est pas en posture d'accepter la critique. Flaubert a dit que prêcher Dieu "c'est expliquer l'incompréhensible par l'absurde." Dit autrement, Dieu peut être une justification facile et incongrue à des questions qui nous dépassent.   

    Pour Claire, ce sujet du café philosophique de Montargis entend distinguer le rationnel du raisonnable. René Descartes définit la raison comme la faculté de discerner le vrai du faux et le bien du mal (voir ce texte). Et en cela, il distingue le caractère rationnel (vrai/faux) et le caractère raisonnable (bien/mal). Le mot raisonnable a été choisi car il semblerait qu'il est rationnel de croire, dans le sens où la croyance est une tentative d'explication du monde. Auguste Comte dit que lorsque l'homme se met à vouloir donner du sens à la réalité en l'expliquant (en y incluant Dieu, par exemple), lorsqu'il énonce une vérité, il rationalise. C'est donc utiliser sa raison que de croire. La question est ensuite de savoir si le raisonnable impose des enjeux beaucoup plus importants que ce que le côté rationnel suppose. S'interroger sur le caractère raisonnable d'une croyance c'est se demander si, "quant aux conséquences du croire,  je vis mieux..." Par là, puis-je atteindre une forme de bonheur et de morale grâce à la croyance ? De même la distinction entre le croire et le savoir n'est pas au niveau de la vérité. La foi dans quelque chose vient du latin "fides" qui signifie "avoir confiance". La différence entre celui qui croit et celui qui sait est une question de démonstration. Ce n'est pas la vérité qui est en jeu ici : on peut croire dans quelque chose de vrai. Mais celui qui croit ne demande pas de justification ou de preuve. Croire en Dieu c'est croire en une vérité révélée, c'est avoir confiance, avoir foi, et de manière exhaustive et absolue. 

    Un intervenant se fait moins polémique que caustique en brocardant Dieu : entité masculine et justification d'actes violents (cf. ce texte de Michel Onfray). "Si Dieu existe, tout est permis", dit SartreUne intervenante réagit en citant Saint-Exupéry : "Que m'importe que Dieu n'existe pas. Dieu donne à l'homme de la divinité." La raison est capitale à l'homme. Dieu est l'incarnation, non de la divinité, mais d'un idéal en dehors de toute religion. Est-ce que nous n'avons pas besoin de croire en quelque chose qui nous dépasse, et ce depuis le début des civilisations ?

    b-lachapelle-intervention-web1.jpgLes dieux de l'Antiquité étant cités, Bruno remarque que selon plusieurs spécialistes, dont Paul Veynes, les citoyens romains ou grecs ne croyaient pas stricto sensu dans leurs dieux, que ce suit Jupiter, Diane ou Hermès (voir cet article). Il s'agissait plus d'entités lointaines que l'on pouvait invoquer par une sorte de superstition. Cette vision diffère de notre posture par rapport à Dieu, qui est plus vu comme une présence, qu'elle soit lointaine ou non et ce, même s'il y a un continuum entre les religions polythéistes et les religions monothéistes. Pour une participante, la croyance impose non des preuves mais plutôt des signes – comme en amour.  

    Croire en Dieu, dit une autre participante, participe d'une volonté d'élévation de l'esprit – de l'âme, pour les croyants. La question du libre-arbitre est posée, à laquelle Blaise Pascal répond par "le pari de Dieu". La croyance en Dieu serait sensée mener au bonheur. Pour un participant, ce serait "tout bénef" de croire en Dieu. Or, si j'en viens à croit à un au-delà, à tort car cet au-delà n'existe pas, au final, et contrairement au "pari de Pascal", la perte n'est pas nulle. On a tendance à moins modifier le monde si l'on se dit qu'il y a mieux ailleurs. Toute une mouvance philosophique du XIXe siècle prône cela : Nietzsche, Alain, Sartre, etc. Lorsque quelqu'un comme Nietzsche dit que "Dieu est mort", il affirme par là que c'est ici et maintenant qu'il s'agit de créer sa vie (voir aussi ce texte). Il faut s'extraire de cette forme de rédemption et de rachat mais également s'échapper de cette idée que ma route serait toute tracée  car c'est ici et maintenant que l'on est responsable. Dans ce monde là, c'est à l'homme décrire son sens, à l'exemple de Sartre.   

    La question, dit une autre participante, n'est pas tant l'existence de Dieu mais la foi. Celle-ci peut-elle me permettre, de manière individuelle d'avancer dans la vie ? Dans les familles élevées dans la religion, Dieu peut être considéré comme une tradition qui se transmet et qui nous rattache, en tant qu'individu, à nos origines. Pour un participant, il paraît difficile d'admettre que l'idée abstraite de Dieu nous aide à vivre ; par contre, les messages transmis via les religions (les Évangiles par exemple) le peuvent. Ce qui explique d'ailleurs pourquoi les religions ont cherché à "humaniser Dieu", afin que cette idée soit plus proche de nous. 

    Claire réagit, considérant qu'en philosophie "le relativisme est toujours de mauvais aloi." Les différenciations n'ont pas lieu d'être, même pour un sujet comme celui-ci. Pour l'homme philosophe, est-ce que cela apporte quelque chose – bonheur, morale, etc. – de croire ? Est-ce que l'homme peut être homme si l'on cesse de croire, que ce soit en Dieu ou en autre chose ? Pour une participante, la croyance apparaît comme nécessaire, que ce soit en une entité divine, les droits de l'homme ou au Surhomme nietzschéen. 

    david_la_chapelle_-_Jesus-is-my-homeboy-600x391.jpgLa raison mais aussi la science sont au centre de ce débat. "La science est le contraire de Dieu", même si, comme le rappelle Einstein, "Un peu de science éloigne de Dieu, beaucoup l'en approche". Un participant remarque que nombre de grands scientifiques étaient de fervents croyants. Pour un autre intervenant, des indices dans la nature peuvent nous interroger sur une présence divine en action dans le monde : la vie sur terre, l'agencement de l'univers, l'algorithme dans la nature (la suite de Fibonacci). Voltaire lui-même affirmait : "Je ne puis, en contemplant cette horloge, croire qu'il n'y ait point d'horloger."  Il voulait aussi que tout le monde puisse croire en Dieu, y compris son tailleur car cela lui permettait de moins courir le risque d'être volé !

    La question posée est aussi celle du doute dans la vie de l'homme. La différence entre la démonstration scientifique et la démonstration du religieux, qui affirment tous deux une connaissance et un savoir, c'est que la démonstration scientifique admet le doute. Chaque nouvelle connaissance scientifique est une réponse à une contradiction qui est ensuite dépassée (par exemple la physique quantique par rapport à la physique de Newton). Il y a construction et déconstruction permanente. Or, la connaissance religieuse n'admet pas le doute : elle affirme, en se basant sur des écrits "stables et jamais remis en question", au risque que cela freine l'homme dans le progrès et de contraindre nos sociétés. Bruno ajoute que ce doute peut bel et bien être présent dans les religions, certes sous une autre forme (Thérèse de Lisieux ou Jean de la Croix, cf. cet article). 

    Un autre intervenant considère que la croyance en Dieu nous interroge lorsqu'elle dépasse la sphère privée et s'impose à nous, dans la sphère publique. Claire remarque aussi que le discours anti-Dieu vient souvent de personnes qui s'en sont libérés. Un discours affirmerait que le salut de l'homme se trouverait dans cette fin des religions, qui peuvent effrayer. Voire. Des enfants sans éducation religieuse se trouvent de nos jours face à une incapacité à comprendre, traduire et interpréter certains œuvres artistiques. Sans rapport à la foi, proche ou lointaine, un homme peut avoir du mal à exercer sa vie d'homme. Le besoin de spiritualité est même croissant aujourd'hui. Dans la nature humaine, la religion peut apporter la conscience morale, ce qui est un socle important, y compris pour une meilleure vie en société. Pour autant, dit un intervenant, l'ensemble des religions monothéistes peuvent apparaître écrasantes, aliénantes, voire violentes. S'agissant des valeurs transmises par les religions, la charité peut être louable ; mais elle est aussi la marque d'une incapacité, voire d'une indifférence d'un État à résoudre la misère humaine. 

    artwork_images_424157556_176230_DavidLaChapelle111.jpgUne co-animatrice réagit par la différence entre les dogmes qui sont imposées par les religions et les valeurs qui peuvent nous construire.

    Arrivé à cette étape du débat, Claire souhaite rappeler l'étymologie du mot "religion" (religio), qui vient de "religare" et de "religere" qui signifient l'assemblée d'une part (comme l'église ou la synagogue), le lien entre les hommes et ensuite le recueillement. Il s'agit de s'interroger sur ce qui fait d'un homme un être humain et donc de donner du sens. Comme il a été dit, il est rationnel de croire puisque c'est une tentative de donner une explication et un sens. Dès lors, il y a une interrogation dans le recueillement mais force est de constater qu'il faut distinguer entre le dogme qui s'impose et qui ne laisse pas de place au doute et la valeur qui est l'idée que l'on souhaite donner à sa vie. Le mot sens signifie donner une direction mais aussi une signification. 

    Parler d'un Dieu et parler de religion ne sont pas exactement la même chose, dit une autre personne du public. La fonction de la vérité (divine, scientifique, etc.) est importante dans un monde où de plus en plus de vérités coexistent, tentent de s'affirmer les unes par rapport aux autres ; et la vérité scientifique en est une. L'étymologie du mot religion fait également sens. La religion (au sens de "relier") peut avoir une fonction raisonnable car elle suppose une notion de "vivre ensemble", de relier les personnes, ce qui a peut-être permis de souder les individus entre eux, voire de "sauver l'humanité". Pour un autre participant, derrière le mot foi, tout le monde ne croit pas à la même chose. Des dogmes ne sont pas unilatéralement partagés, contrairement aux consensus que les religions veulent croire comme acquis. La réalité est à géométrie variable, à commencer par les dogmes des églises. À travers l'Histoire, les religions ont autant uni que divisé.     

    Mais les dogmes, dit un participant, sont avant tout des connaissances données au commun des mortels, sans autre explication. Ce qui ne veut pas dire que cela se limite à cela. Les religieux dépassent ces dogmes, cet exotérisme, pour aller vers l'ésotérisme. L'ésotérisme est très présent dans certaines religions; comme le montre René Guénon. Cette métaphysique pure qui n'est pas dénuée d'intérêt. 

    alachapelle.jpgDans la religion, il y a également la question du verbe, du langage et du symbole. Qu'est-ce qui peut faire sens pour tout le monde ? Qu'est-ce qui peut être le dénominateur commun capable de rassembler ? L'idée de Dieu peut permettre de rassembler car elle peut amener à des abstractions importantes et permettre à chacun de vivre une expérience individuelle et de vivre ensemble sur une même planète. Les dogmes religieux peuvent d'ailleurs, remarque une intervenante, fonder des lois morales durables, comme le jeun – pour préserver la nourriture disponible – ou la monogamie – qui a indéniablement des vertus sanitaires. Il y a une utilité pragmatique aux valeurs de la religion : dans ce point de vue, il est raisonnable de croire en Dieu ! 

    En dehors de cet aspect utilitaire, les dogmes imposés par ces religions peuvent aussi être considérées comme des bornes pour les personnes incapables de donner elles-mêmes un sens à leur vie. La religion peut donner des réponses, qu'elles soient contestables ou non. Ces règles de vie peuvent avoir une réelle utilité sociale et personnelle. L'idée, vraie ou non, qu'une présence supérieure veuille sur soi peut responsabiliser l'individu. L'absence de doute que l'homme de raison peut reprocher à l'homme croyant peut, certes, être critiquable. Pour autant, cette absence de doute signifie aussi la peur de la perte de sens, ce qui n'est pas déraisonnable dans le fond. Un participant pointe du doigt les dérives des religions – croisades, persécutions ou guerres. Pour autant, répond une intervenante, parler de ces dérives pour stigmatiser les religions n'a aucun sens dans la mesure où le but des religions est d'aider l'homme à atteindre un idéal. Si l'on pose l'hypothèse de l'existence d'un Dieu qui permettrait de faire progresser l'Humanité, force est de constater que le bilan des valeurs humaines (liberté, libération de la femme, droits de l'homme) est positif depuis une cinquantaine d'année, au moins dans nos sociétés occidentales, une opinion que ne partagent pas une partie de l'assistance. 

    En conclusion, un participant remarque que pendant tout ce café philo, on a, sans surprise, parlé de religion pour parler de Dieu, "tout comme on a bien du mal à manger un yaourt sans cuillère" ! Il a été opposé la science et la religion. Il y a la physique et la métaphysique et, derrière cette métaphysique, il est question d'un ordonnateur, de Dieu ou du grand Horloger. La science propose des modèles, régulièrement remis en cause, et qui a eu sa période obscurantiste comme l'a prouvé le procès de Galilée. La science a eu ses dogmes, tout comme la religion en a ; peut-être qu'à l'avenir le concept de Dieu va échapper à ces dogmes pour que nous puissions avoir une compréhension  métaphysique du Dieu qui nous rapproche et qui nous relie. 

    Le débat se termine par le vote du sujet du prochain débat, qui aura lieu le vendredi 19 juin 2015, qui sera 50ème débat du café philosophique de Montargis. Quatre sujets sont proposés : "Doit-on prendre ses rêves pour la réalité ?", "La philosophie a-t-elle une quelconque utilité ?", "Le souci de la beauté révèle-t-il à l'homme son humanité ?" et "De quelle laïcité parlons-nous ?" C'est le sujet "La philosophie a-t-elle une quelconque utilité ?" qui est élu "démocratiquement" comme sujet pour le 50ème débat du café philosophique, qui sera le dernier de cette saison.        

     

    Lien permanent Catégories : =>Saison 6, Comptes-rendus des débats, [49] "Est-il raisonnable de croire en Dieu?" Imprimer 0 commentaire Pin it!