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eschyle

  • CASSANDRE

    "CASSANDRE. - Hélas ! Dieux ! Que se prépare-t-il ? Quel grand et nouveau malheur médite-t-on dans ces demeures, affreux pour des proches, et sans remède ? Le secours est trop loin!

    Cassandra_Morgan.jpgLE CHOEUR DES VIEILLARDS. - Je ne comprends point ceci. Quant aux autres prophéties, je les connais ; toute la ville les répète.

    CASSANDRE. - Ah ! misérable ! Feras-tu cela ? Tu vas laver dans le bain celui qui a partagé ton lit ! Comment dirai-je le reste ? La chose arrivera bientôt. Elle allonge le bras et saisit de la maint

    LE CHOEUR DES VIEILLARDS. - Je n’ai pas encore compris. En vérité, ce sont autant d’énigmes sous d’obscurs oracles. Je ne sais qu’en penser.

    CASSANDRE. - Ah ! ah ! Dieux ! Dieux ! qu’est-ce que ceci ? Serait-ce quelque filet de Hadès ? C’est le voile qui enveloppe les époux, l’instrument du meurtre ! Érinnyes insatiables de cette race, criez lugubrement, à cause de ce meurtre horrible !

    LE CHOEUR DES VIEILLARDS. - A quelle Érinyes ordonnes-tu de pousser des cris sur cette demeure ? Tes paroles ne me rendent pas joyeux. Mon sang couleur de safran a reflué vers mon coeur. C’est comme si J’avais reçu un coup de lance ; test comme l’ombre sur les rayons d’une vie mourante. Certes, Hadès est rapide.

    CASSANDRE. - Hélas ! hélas ! Voilà, voilà ! Éloignez le taureau de la vache ! Elle le frappe, ayant embarrassé ses cornes noires dans un voile. Il tombe dans l’eau de la baignoire, je vous le dis, dans la baignoire de la ruse et du meurtre.

    LE CHOEUR DES VIEILLARDS. - Je ne me vante point d’être un habile interprète des oracles, mais je pense que ceci cache quelque malheur. Quelle prospérité les oracles ont-ils lamais prédite aux hommes ? En effet, la science antique des Divinateurs n’annonce que les maux et n’apporte que la terreur

    CASSANDRE. - Ah ! ah ! Malheureuse ! ô mes misères lamentables ! Certes, je pleure et je gémis aussi sur ma propre calamité. Pourquoi m’as-tu menée ici, moi, malheureuse! si ce n’est pour y mourir avec toi ? Pourquoi, en effet ?

    LE CHOEUR DES VIEILLARDS. - Es-tu tellement saisie de la fureur du souffle divin, que tu te lamentes sur toi-même en cris discordants ? Ainsi le fauve rossignol, insatiable de gémissements, hélas ! et passant sa vie dans les douleurs, le coeur déchiré, va, gémissant: Itys ! Itys !

    CASSANDRE. - Dieux ! Dieux ! le destin du sonore rossignol ! Les Dieux lui ont donné un corps ailé et une douce vie sans douleur; mais moi, ce qui m’est réservé, c’est d’être déchirée par l’épée à deux tranchants !

    LE CHOEUR DES VIEILLARDS. - D’où te viennent cette angoisse vaine et prophétique qui t’envahit, ces cris terribles et funestes, ces chants aigus ? Pourquoi hantes-tu les sombres chemins de la colère divinatrice ?

    CASSANDRE. - Ô noces, noces de Pâris, funestes aux siens ! ô Scamandros, fleuve de la patrie ! Alors, auprès de tes eaux, malheureuse ! Ma jeunesse a grandi. Maintenant, sur les bords du Cocyte et du Fleuve douloureux, je vais bientôt prophétiser !"

    Eschyle, Agamemnon

     

    Lien permanent Catégories : =>Saison 4, Compilation de textes, Documents, Livres, [28] "Fin du monde : la peur, bonne conseillère?" Imprimer