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APRÈS LA SÉANCE SUR LA MÉMOIRE : ENTRETIEN AVEC JEAN-DOMINIQUE PAOLI POUR ALLER PLUS LOIN DANS LE DÉBAT

CAFÉ PHILO - Bonjour Jean-Dominique, nous nous retrouvons pour faire le bilan de la soirée "mémoire, mémoires" du 30 novembre dernier. Qu’en as-tu pensé ?

JEAN-DOMINIQUE PAOLI - Bonjour. Je pense que les participants ont été intéressés par ce qui a été développé ce soir là. Les retours que j’en ai eus vont dans ce sens.

CAFÉ PHILO - N’avons-nous pas manqué de temps pour traiter plus complètement ce sujet ?

mise en page portrait black.JPGJDP - Evidemment. Nos objectifs étaient plutôt ambitieux au regard du temps dont nous disposions. Un premier objectif était d’expliquer le fonctionnement de la mémoire à court terme et dans la foulée de rassurer tout le monde sur les petites défaillances de notre mémoire. Cet objectif a été rempli, et de manière complète. Mais nous avions aussi l’objectif de montrer combien notre identité est liée à notre mémoire. Nous n’avons pu qu’effleurer le sujet. Car cela nécessitait de mettre l’éclairage sur la mémoire à long terme. Nous n’en avons pas eu le temps.

CAFÉ PHILO - Peux-tu nous préciser ce point en quelques mots ?

JDP -  La  mémoire à long terme est celle qui s’inscrit dans la durée et ce jusqu’à notre disparition. Elle comprend trois types de mémoire : la mémoire des gestes vitaux (respirer, manger, etc.), des gestes appris (marcher, lacer ses chaussures, faire du vélo, pratiquer un sport, etc.). On parle de mémoire procédurale. La mémoire des évènements, des épisodes de notre vie, c’est la mémoire épisodique. La mémoire de tout ce que nous avons appris dans notre vie, c’est la mémoire sémantique. La somme de ces trois mémoires constitue notre identité, car personne d’autre n’a vécu exactement comme nous, n’a appris comme nous. La discussion aurait pu être intéressante sur cet aspect plus philosophique de la mémoire.

CAFÉ PHILO - Vois-tu d’autres points que nous aurions pu aborder ?

JDP - Oui, le sujet de la soirée comportait la phrase "cette mémoire qui nous détruit". Il y avait là matière à parler des traumatismes qui peuvent nous poursuivre, des idées que nous ruminons, des symptômes chers à la psychanalyse, etc. 

CAFÉ PHILO - Lors de la soirée tu as évoqué rapidement la question de l’entretien de notre mémoire. Mais là encore le temps a manqué. Peux-tu développer pour nos lecteurs du site ?

JDP : Bien sûr. Il y a d’abord un aspect santé. Une mémoire n’est bonne que dans un cerveau en bonne santé. Le cerveau est un organe prodigieux, il est important de le dorloter. Et un cerveau n’est en bonne santé que si le corps est bien entretenu. On retrouve alors les conseils classiques d’une vie saine : se nourrir de manière équilibrée, éviter les excès, notamment le tabac et l’alcool. Avoir une activité physique régulière : point n’est besoin de faire du sport à haute dose, mais faire de la marche, de la danse, de la zumba, nager... Peu importe, cela permet au système circulatoire de rester performant et d’irriguer toutes les parties du corps, notamment le cerveau (qui a besoin de beaucoup de carburant : ce "petit" organe d’un kilo et demi consomme 20% de l’oxygène, 25% du glucose utilisés par  notre corps). Bien dormir : le sommeil permet au cerveau de se régénérer. Eviter le stress, qui envoie des hormones inhibitrices dans les connexions du cerveau. Eviter, ou en tout cas n’utiliser qu’avec parcimonie, les médicaments psychotropes (successeurs des barbituriques) : somnifères, anti-anxiolytiques, anti-dépresseurs, dont des études récentes montrent qu’ils sont de véritables poisons pour le cerveau si on les utilise inconsidérément. Est-il besoin de préciser que les diverses drogues sont à fuir ? Le problème de notre vie moderne est que beaucoup de gens sont stressés, ne trouvent pas le temps d’avoir une activité physique, dorment mal, prennent des psychotropes, etc.

CAFÉ PHILO - Soit, mais toi-même, tu ne te contentes pas de cet entretien, tu entraînes ton cerveau à mémoriser.

citation-21-L-ZVUnJL.jpegJDP - Certes, je m’entraîne tous les jours. Mais pas longtemps, une demi-heure maximum. Comme c’est intense, le cerveau sature vite. Cela m’est nécessaire si je veux rester performant dans mes deux spectacles d’effets de mémoire, ou dans les "conférences" comme l’autre soir. Mais franchement, cet entraînement, que je compare aux gammes que s’inflige un musicien, n’est pas passionnant, et ne se comprend que dans un contexte de performance mnésique. Pour monsieur ou madame Toulemonde qui veulent simplement conserver une bonne mémoire, il leur suffit de faire travailler leur cerveau dans la curiosité, le ludique, le convivial.

CAFÉ PHILO - De quelle manière ?

JDP - Le cerveau doit être actif : lecture, mots croisés, sudoku, musique, faire du théâtre, jouer aux échecs,  au bridge, aller au cinéma, etc. Mais aussi le bricolage et le jardinage. Et aussi les jeux vidéos, etc. Etre toujours curieux et, c’est important, sortir de ce qu’on appelle notre « zone de confort », aller voir ailleurs que nos activités habituelles. Tout ce qui fait travailler nos neurones est bénéfique. Les diverses activités cérébrales nous obligent à nous documenter, à échanger, à réfléchir, essayer de comprendre, pratiquer, etc. Tout cela entretient notre mémoire.

CAFÉ PHILO - Tu insistes aussi sur la nécessité des relations sociales.

JDP - Oui, le cerveau, ou plutôt notre personnalité, a besoin de contacts sociaux, d’échanges. A travers les échanges, le langage, la réflexion, les émotions en commun, les circuits neuronaux s’activent et contribuent au bon fonctionnement cérébral, à une mémoire performante. L’idéal est de conjuguer activités cérébrales et contacts sociaux. De nombreuses activités que j’ai citées tout à l’heure le permettent. Une remarque au passage : l’agglomération de Montargis est riche de possibilités, dans les médiathèques, le cinéma, les spectacles de l’AME et autres. Par exemple, le soir du café philo, il y avait simultanément un conteur canadien très connu à la salle Jean Vilar, un réalisateur venu présenter à l'AlTiCiné son film pour les Cramés de la bobine et encore autre chose à la médiathèque d’Amilly. Et à Courtenay, le cinéaste Yves Boisset était l’invité d’un café littéraire. La veille, j’avais assisté au Belman à un très chouette spectacle autour des chansons de Brassens. Et le  lendemain  du  café philo un certain nombre de manifestations se sont déroulées, dont un salon du livre à Châlette. C’est l’embarras du choix pour qui veut faire fonctionner ses neurones de manière agréable et enrichissante.

CAFÉ PHILO - Penses-tu que cet entretien de la mémoire peut avoir un effet préventif sur les maladies neuro-dégénératives que chacun craint ?

JDP - Je l’ai bien précisé lors de la soirée, même si j’ai fait des recherches approfondies sur la mémoire, je ne suis pas thérapeute. Mais je peux répondre à cette question en me basant sur les travaux des spécialistes. Lesquels sont en général prudents, utilisent le conditionnel, sur ce sujet des maladies touchant la mémoire. Mais quand même, il se dégage une constante : la personne qui respecte l’essentiel des conseils que j’ai indiqués tout à l’heure, a de très fortes chances de conserver longtemps ses facultés mnésiques. J’aime bien prendre comme exemple les acteurs, notamment de théâtre. Mais aussi les écrivains. En tout cas ceux qui ont une vie « saine » et qui continuent leur activité cérébrale, qui font travailler leur cerveau de manière intensive malgré leur âge avancé. Leurs facultés intellectuelles, donc leur mémoire, sont intactes. Vous les voyez jouer des pièces chaque soir, écrire des livres, etc… comme si l’âge n’était pas là.

CAFÉ PHILO - Finalement, il y avait encore plein de choses à dire sur la mémoire après la fin de la soirée !

JDP - Certainement, nous aurions pu y passer une partie de la nuit l

Très bientôt, sur ce site, le compte-rendu de cette séance sur la mémoire.


 
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