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[28] "Fin du monde : la peur, bonne conseillère?"

  • COMPTE-RENDU DE LA SÉANCE "CATASTROPHE ! LA FIN DU MONDE ? LA PEUR PEUT-ELLE ÊTRE BONNE CONSEILLÈRE ?"

    Thème du débat : "Catastrophe ! La fin du monde ? La peur peut-elle être bonne conseillère ?" 

    Date : 21 décembre 2012 à la Brasserie du Centre commercial de la Chaussée.

    Pour cette dernière séance de l’année 2012, veille de départ en vacances, environ 50 personnes étaient présentes pour un débat intitulé : "Catastrophe ! La fin du monde ? La peur peut-elle être bonne conseillère ?"

    peur-fin-du-monde.jpgBruno explique qu’en préparant les séances de cette saison, Claire et lui-même se sont rendus compte que ce rendez-vous de décembre tombait précisément le jour au cours duquel une fin du monde, prévue par les Mayas (pour en savoir plus sur cette prédiction, rendez-vous sur ce lien), devait advenir – du moins, à en croire plusieurs mouvements apocalyptiques ! L’occasion était trop belle : organiser un débat philosophique, non pas tant sur la fin du monde que sur la peur, avait tout son sens. Comme souvent, c’est à partir d’une expression populaire ("La peur est mauvaise conseillère") que le débat philosophique s’oriente.

    Un premier participant réagit à cette expression par deux types de réactions que l’on peut avoir face à la peur. Le marin ne part-il pas en haute mer avec une dose de peur certaine ? Cette peur peut être certes tétanisante lorsqu’un coup dur survient ; mais que cette peur disparaisse et le marin, par manque de vigilance, sera surpris par un événement dont il n’aura su ou pu se méfier. Sur ce simple exemple est concentré toute l’ambivalence de la peur, bonne ou mauvaise conseillère selon les cas de figure.

    Un deuxième participant souhaite réhabiliter la peur qui a bien mauvaise presse. Oui, la peur fait intrinsèquement partie de l’homme ! Elle nous suit et peut nous aider à faire les bons choix. "Seuls les fous n’ont pas peur !" ajoute-t-il. Rebondissant sur cette remarque, quelqu’un émet la remarque que la folie est un terme psychiatrique difficile à manier. Il affirme par ailleurs que la peur, plutôt que d’être simplement prise comme une fatalité, doit être au contraire domptée et vaincue. Cette domestication de ce réflexe primaire n’a rien d’irréaliste. Il existe même des procédés thérapeutiques et comportementaux ad hoc. Est-ce encore possible ? Car, après tout, dit Bruno, on a d’abord peur de ce que l’on ne connaît pas : qu’est-ce qui nous effraie dans la mort sinon la peur de l’inconnue après elle ?  

    behind-the-flying-saucers-movie-poster-9999-1020429231.jpgUn nouvel intervenant, Jean-Dominique Paoli, co-animateur de la séance précédente sur la mémoire, souhaite faire un éclaircissement sur la manière dont le cerveau réagit dans une situation de peur. Que se passe-t-il face à un événement anxiogène ? Le cerveau a deux attitudes. Dans un premier temps, il a un réflexe de défense. Le corps se tétanise un court laps de temps afin de mieux se protéger par la suite. Dans un second temps, une autre partie du cerveau s’active afin d’analyser la situation et interpréter cet éventuel danger et comment y échapper. C’est dans ce deuxième temps simplement que la peur se manifeste.

    Considéré de cette manière, la peur apparaît comme un mécanisme primaire de défense, qui ne distinguerait pas l’homme de l’animal. La peur, en tant que phénomène de défense, tétanise, on l’a dit. Des régimes totalitaires l’ont bien compris qui l’utilisent à seule fin d’annihiler la résistance des populations. Il y aurait a priori, dit Claire, une sorte d’universalité dans ce sentiment commun à tous. Chacun peut même lister ces peurs communes capables de nous tétaniser et nous hérisser les poils : peur des araignées, des souris, des serpents, du vide, etc. La peur est-elle donc si universelle que cela ?

    Non, répond un nouvel intervenant, pour qui la peur, loin d'être commune à tous, est avant tout un phénomène culturel. Ces exemples considérés comme universels (reptiles, rats, serpents, etc.) ne sont que des phobies très occidentales. Il ajoute que dans le pays d’où il est originaire – la Centrafrique – ces facteurs de peurs n’existent pas. Craindre une souris a, dans son pays d'origine, moins de sens que sursauter au son d’une cuillère tombée sur le sol. Par contre, il est extrêmement fréquent qu’un bruit soudain, une sirène, une voiture assourdissante ou même un uniforme de policier apeurent un habitant de ce pays, que ce soit là-bas ou ici.

    nostradamus_fin_du_monde.jpgCette fameuse fin du monde rabattue ad nauseam dans les médias ne participe-t-elle pas d’un semblable mouvement culturel ? Pourquoi y croire et pourquoi ne pas y croire ? La fin de notre monde (et non pas la fin du monde) surviendra, assurément, dans un laps de temps plus ou moins (très) long, poursuit ce participant. Il y a eu des fins de mondes par le passé – entendons des grandes extinctions massives, comme celles des dinosaures (cf. ce lien). Celle de notre monde humain n’y échappera sans doute pas, même si ce terme se calcule en milliers voire millions d’années.  Il y a même fort à parier que nous n’en serons pas les témoins. Cette prévision apocalyptique n’est pas la première : elle a été précédée de quelque 180 annonces similaires depuis l’époque romaine ! Elle s’inscrit dans une sorte de culture eschatologique que ne partagent pas la totalité de la population mondiale. Ce qui n’empêche pas, affirme Claire, que l’annonce d’une apocalypse le 21 décembre 2012 suscite un engouement extraordinaire pour un petit village de l’Aude, Bugarach, considéré par certains comme une base extra-terrestre.

    "Comment vaincre notre peur ?" demande une dame, qui ne cache pas s’être fait violence en affrontant sa propre peur de réagir en public. Finalement, au cœur de cette question se trouve notre capacité en tant qu’homme à reconnaître ce sentiment et à le comprendre pour mieux l’affronter et le dépasser.

    Là, sans doute, se trouve la clé d’une peur bénéfique. Claire ne cache pas avoir été surprise, en préparant cette séance, de voir tout le bienfait accordé par les pédopsychiatres à ces contes terrifiants pour enfants (plus d'informations sur cet article). La peur est utilisée à des fins pédagogiques pour les plus petits. Les héros de notre enfance affrontent, pour notre plus grand bienfait, des situations épouvantables, voire sanglantes. Le jeune lecteur vit et accompagne cette situation par procuration jusqu’à la clôture de l’histoire : la peur était bien là mais elle a été dépassée. Tout cela n’était qu’imagination, sans risque malgré l’histoire apeurante ! Ce sentiment est sans doute similaire au ressenti des adolescents – et aussi des moins jeunes ! – à la vision d’un film d’horreur…

    Invasion-of-the-Body-Snatchers (1).jpgAffronter sa peur c’est sans doute en comprendre les ressorts. S’éduquer grâce à la peur, on le voit avec les exemples précédents, c’est affronter ses propres démons, se dépasser, grandir, s’endurcir et entrer dans  le monde des adultes. Les terreurs nocturnes ne sont-elles pas avant tout l’apanage de l’enfant ou de l’adolescent, se demande Claire ? Ces peurs irrationnelles doivent être dépassées pour permettre sa construction personnelle.

    Un participant évoque un autre aspect bénéfique de cette peur : celle des adeptes de sports extrêmes (pour aller plus loin, rendez-vous sur cette page) capables et surtout friands de dépasser leur peur pour réaliser des exploits hors norme. Récemment, le milieu sportif a été endeuillé par la mort de Patrick Edlinger. Cet alpiniste de l’extrême spécialiste de l’escalade à mains nus, avait fait du risque et de la peur son quotidien. Depuis plusieurs années cependant, ce sportif célèbre ne pratiquait quasiment plus suite à un accident qui avait failli lui coûter la vie. N’est-il pas poignant de constater qu’après avoir risqué la mort, Patrick Edlinger s’était contraint à abandonner peu à peu sa passion. En abandonnant sa passion, en choisissant de ne plus risquer sa vie et de ne plus affronter sa peur, n’est-il pas mort une première fois ?  

    Au terme de ce café philosophique, il a été dessiné un panorama de la peur, sentiment complexe à géométrie variable, largement évoquée et utilisée dans le cadre de cette fin du monde annoncée - et qui, finalement, n’a pas eu lieu ! 

    Blind-test

    La séance se termine par un blind-test – le premier de cette saison – consacré à la peur:

    - Combien d’inscriptions mayas ont prédit la fin du monde ? Réponse: 0

    - Qui a dit : "N’ayez pas peur ! De quoi faut-il ne pas avoir peur ? Avant tout de faire la vérité sur nous-mêmes." Réponse: Jean-Paul II

    melancholia2.jpg- Lars Von Trier est l’auteur d’un film récent et remarqué sur la fin du monde. Quel est ce film? Réponse : Melancholia

    - Quel romancier français a dit : "La vraie peur, c’est quelque chose comme une réminiscence des terreurs fantastiques d’autrefois"? Réponse : Maupassant

    - Quel homme d’État et médecin français est l’auteur des Prophéties ? Réponse : Nostradamus

    - Sous quel nom français est connu le film d’épouvante JawsRéponse : Les Dents de la Mer

    - Qui a dit : « "Que de fois nous mourons de notre peur de mourir." Réponse : Sénèque

    - Baudelaire a traduit en français les nouvelles de cet écrivain américain spécialiste de l’épouvante. Qui est-il ? Réponse : Edgar Allan Poe

    - En 1938, ce réalisateur américain a créé une panique monstrueuse aux USA en adaptant pour la radio La Guerre des Mondes. Qui est-il? Réponse : Orson Welles

    - Qui a dit : "La fin du monde n'est pas encore pour demain." Réponse : Tite-Live

    La gagnante repart avec le dernier livre de Michel Onfray, Rendre la Raison populaire. Félicitations à elle.

    La prochaine séance du café philosophique aura lieu le 1er février 2013 (même lieu, même heure) au lieu du 25 janvier comme prévu initialement (ce changement de date ayant été décidé afin de ne pas léser l’association des Cramés de la Bobine qui tient son assemblée générale le dernier vendredi de janvier). Le sujet de la séance du 1er février sera consacré à la gentillesse : "Oser la gentillesse : est-ce encore possible ?"

    Philo galerie

    Pour illustrer ce compte-rendu, nous avons choisi des reproductions d'affiches de films ou de livres consacrés à la fin du monde.

     
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  • BIENTÔT SUR CE SITE LE COMPTE-RENDU DE LA DERNIERE SEANCE SUR LA PEUR

    Imagen1.jpgVous pourrez bientôt retrouver sur ce site le compte-rendu de la séance du 21 décembre 2012 qui était consacrée à la peur ("Catastrophe ! La fin du monde ? La peur peut-elle être bonne conseillère ?").

    En attendant, le dernier compte-rendu en ligne est celui sur la mémoire. Vous pouvez le retrouver en cliquant sur ce lien.

    La prochaine séance du café philosophique de Montargis aura lieu le 1er février 2013 et portera sur la gentillesse ("Oser la gentillesse : est-ce encore possible ?").

     

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  • MERCI AUX PARTICIPANTS DE LA SÉANCE DU 21 DÉCEMBRE 2012

    applause.gif

    En cette veille de départ en vacances (et aussi jour programmé pour une fin du monde... qui n'a pas eu lieu !), environ 50 personnes étaient présentes pour séance 21 décembre 2012 intitulée : "Catastrophe ! La fin du monde ? La peur peut-elle être bonne conseillère ?"

    Merci aux participants qui ont une nouvelle fois permis de mener un débat intéressant et très ouvert.

    Bientôt, sur ce site, le compte-rendu de cette séance.

    Claire et Bruno fixent le prochain rendez-vous le vendredi 1er février 2013 à 19 heures à la Brasserie du centre commercial de la Chaussée. Ce débat portera sur le thème de la gentillesse

    Affiche ici.

     

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  • UN COUP DE PROJECTEUR DE LA RÉPUBLIQUE DU CENTRE SUR NOTRE SÉANCE DU 21 DÉCEMBRE

    Sans titre.PNGLa République du Centre (édition de Montargis) parle dans son édition d'aujourd'hui de notre séance du vendredi 21 décembre 2012, intitulée : "Catastrophe ! La fin du monde ? La peur peut-elle être bonne conseillère ?".

    Pour en savoir plus, cliquez sur ce lien.

    L'Eclaireur du Gâtinais daté du 20 décembre consacre également un article à cette séance. Un grand merci également à eux.

     

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  • LE SPORT EXTRÊME OU LE PLAISIR D'AFFRONTER SA PEUR

    Par Maude Landreville

    Dangerous-Extreme-Sports-Wallpapers-15.jpgIl faudrait martyriser longtemps un skater  pour lui faire avouer qu’il est en fait un sportif. En effet, son passe-temps, peut-être sa passion, est inclus dans ce que l’on nomme les sports extrêmes.  Certains diront que l’émergence de ces sports dits aussi de glisse n’est qu’un pot-pourri de pratiques dont la principale caractéristique semble être de vouloir mourir jeune.  Pourtant, plus qu’un simple loisir, la pratique d’activités comme le parapente, la planche à neige, le surf et autres semble être un phénomène croissant.  Plutôt que d’en traiter d’un point de vue anthropologique en tant que sous-culture, il s’agira ici de faire la genèse des événements ou des courants qui ont mené à cette révolution dans le monde des activités physiques.  Par un survol du mouvement, je tenterai de démontrer comment le phénomène prend ou perd de l’ampleur selon qu’on l’analyse à travers une lunette d’approche plus spécifique et économique ou par celle, plus globalisante, de la psychologie.

    Une recherche d’absolu

    Tout d’abord, la racine du mot “sport” est anglaise: on part de desport  pour en arriver  en français à s’amuser. L’étymologie nous amène à remarquer la dimension ludique dans les sports extrêmes comparativement aux sports tels que nous les connaissons avec leurs règles et leurs records.  En effet, il n’y a pas de définition comme telle des X  sports. On les différencie entre autres par leur manque de résultats.  L’importance est mise non pas dans la pratique à long terme d’un sport en vue de produire une performance, mais dans l’exécution, dans ce qu’elle contient en elle-même d’absolu.  Faute de définition, voici une liste (un peu longue, mais incomplète) de ces pratiques et qui laisse quelques interrogations: surf, patins à roues alignées, windsurf (planche à voile), deltaplane, parachute, bodysurf, rafting, canyonning, benji, vtt, skate-board, snakeboard, footbag, vol libre, hydrospeed, ultramarathon, nage en eau vive, escalade, parapente, cerf-volant acrobatique, freesby, skysurf, monoski, ski extrême, via ferrata (“lignes de vie”, randonnée à la cime des montagnes avec cables et échelles), snowscoot, boomerang, etc.  La plupart de ces sports alternatifs sont nés après 1970 et continuent de procréer. Ils sont en général en rapport direct avec la nature, se pratiquent en solo et pas par n’importe qui.  C’est qu’ils imposent une certaine attitude (rebelle?), un langage particulier et un look.  Alain Loret (1995) parle même d’une génération glisse dans son livre.  Est-ce que toute cette mode ne serait en fait qu’une facette d’une société de consommation, qu’une preuve de plus de l’emprise de la culture américaine?  L’argent serait-il encore le coupable? La question mérite d’être soulevée.

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  • TROIS POINTS DE VUE SUR LA PEUR

     "Le phénomène de la peur peut être considéré de trois points de vue : nous analyserons le devant-quoi de la peur, l’avoir-peur et le pour-quoi de la peur. Ces point de vue possibles et solidaires n’ont rien de fortuit. Avec eux, c’est la structure de l’affection en général qui vient au paraître. L’analyse sera complétée par une référence aux modifications possibles de la peur, qui concernent à chaque fois en elle divers moments structurels.

    19_heidegger.jpgLe devant-quoi de la peur, le "redoutable" est à chaque fois un étant faisant encontre à l’intérieur du monde, et possédant le mode d’être de l’à-portée-de-la-main, dit sous-la-main ou de l’être-Là-avec. Notre tâche n’est point de relater ontiquement quels étants peuvent, de diverses manières et le plus souvent, être "redoutables", mais de déterminer phénoménalement le redoutable en son être-redoutable. Qu’est-ce qui appartient à ce redoutable comme tel qui fait encontre dans l’avoir-peur ? Le devant-quoi de la peur a le caractère de la menace. Or cela implique des aspects divers : 1. Ce qui fait encontre a le mode de tournure de l’importunité ; il se montre à l’intérieur d’un complexe de tournure. 2. Cette importunité se rapporte à un orbe déterminé de l’étant qu’elle est susceptible d’atteindre; ainsi déterminée, elle-même provient d’une contrée déterminée. 3. La contrée elle-même et ce qui provient d’elle est reconnu comme quelque chose d’"inquiétant". 4. L’importun, en tant qu’il menace, n’est pas encore dans une proximité dominable, mais il fait approche. C’est en un tel faire-approche que son importunité irradie - et en cela elle a le caractère de la menace. 5. Ce faire-approche, comme tel, est à l’intérieur de la proximité. Ce qui certes peut être au plus haut degré importun, et même se rapproche constamment, mais en demeurant dans le lointain, reste voilé en son être-redoutable. L’importun au contraire, en tant qu’il fait-approche au sein de la proximité, est menaçant, il peut frapper ou non. Dans le faire-approche lui-même s’accentue cette équivoque du "il peut, et puis non, finalement il ne peut pas". C’est redoutable, disons-nous. 6. Ce qui implique enfin que l’importun, en tant qu’il fait-approche au sein de la proximité, comporte la possibilité dévoilée de rester à l’écart et de "passer" - ce qui, bien loin de diminuer ou d’apaiser la peur, la configure au contraire.

    L’avoir-peur lui-même est cette libération de la menace ainsi caractérisée qui se laisse aborder par elle. En aucun cas un mal à venir (malum futurum), par exemple, n’est d’abord constaté et ensuite redouté. Pas davantage l’avoir-peur ne constate-t-il tout d’abord ce qui fait-approche, mais il le découvre d’abord en son être-redoutable. Et ce n’est qu’ensuite que la peur, en l’avisant expressément, peut « tirer au clair » ce qui fait peur. La circon-spection voit le redoutable parce qu’elle est dans l’affection de la peur. L’avoir-peur comme possibilité sommeillante de l’être-au-monde affecté, la « timidité », a déjà ouvert le monde de telle manière qu’à partir de lui quelque chose comme du redoutable puisse faire-approche. Le pouvoir-faire-approche lui-même est libéré par la spatialité essentiellement existentiale de l’être-au-monde.

    Ce pour-quoi [en-vue-de-quoi] la peur a peur, c’est l’étant même qui a peur : le Dasein. Seul un étant pour lequel en son être il y va de cet être même peut prendre-peur. L’avoir-peur ouvre cet étant dans sa précarité, dans son abandon à lui-même. La peur dévoile toujours, même si c’est avec une netteté variable, le Dasein en l’être de son Là. Que nous puissions avoir peur pour notre maison et nos biens, cela ne constitue point une instance contre la détermination donnée à l’instant du pour-quoi de la peur. Car le Dasein en tant qu’être-au-monde est à chaque fois être-auprès préoccupé. De prime abord et le plus souvent, le Dasein est à partir de ce dont il se préoccupe. La mise en péril de celui-ci est menace sur l’être-auprès. La peur ouvre le plus souvent le Dasein selon une guise privative. Elle égare et fait "perdre la tête". La peur referme l’être-à mis en péril lors même qu’elle le fait voir, de telle sorte que le Dasein, lorsque la peur a reculé, doit commencer par se retrouver.

    L’avoir-peur-pour... comme prendre-peur-devant... ouvre toujours cooriginairement - privativement ou positivement - l’étant intramondain dans sa menace et l’être-à du point de vue de son être-menacé. La peur est un mode de l’affection.

    Mais l’avoir-peur-pour peut aussi concerner les autres, et nous parlons alors en effet d’une peur de sollicitude, disant : j’ai peur pour lui. Ce mode de l’avoir-peur n’ôte pas sa peur à l’autre. Cela est déjà exclu du simple fait que l’autre pour lequel nous avons peur n’a pas besoin d’avoir peur lui-même. Nous craignons justement le plus pour l’autre lorsqu’il ne prend par peur et se jette témérairement au devant de la menace. L’avoir-peur-pour (de sollicitude] est une guise de la co-affection avec les autres, mais il ne consiste pas nécessairement à prendre-peur-avec (à partager la peur] ou les-uns-avec-les-autres (à ressentir une peur commune]. On peut avoir-peur-pour... (en-vue-de...) sans prendre-peur. Et pourtant, à y regarder de plus près, l’avoir-peur-pour... (en-vue-de...] est un prendre-peur-pour-soi. Ce qui est alors "redouté", c’est l’être-avec avec autrui, en tant qu’il pourrait nous être arraché. Le redoutable ne se dirige pas directement sur celui qui a peur-avec. L’avoir-peur-pour [en-vue-de] se sait d’une certaine manière intouché, et pourtant il est conjointement atteint dans cette atteinte de l’être-Là-avec pour lequel il a peur. Par suite, l’avoir-peur-pour [en-vue-de) n’est point un prendre-peur atténué. Ce qui importe ici, ce ne sont pas des degrés de "tonalités de sentiment", mais des modes existentiaux. De même, l’avoir-peur-pour [en-vue-de] ne perd pas davantage son authenticité spécifique sous prétexte qu’il n’a pas "vraiment" peur.

    Les moments constitutifs du phénomène plein de la peur peuvent varier. De là résultent des possibilités d’être diverses de l’avoir-peur. A la structure d’encontre du menaçant appartient le faire-approche au sein de la proximité. Tandis qu’un menaçant s’engage lui-même soudainement en son "certes pas encore, et pourtant à tout instant" dans l’être-au-monde préoccupé, la peur devient de l’effroi. Dans le menaçant, il faut par conséquent distinguer : le faire-approche prochain du menaçant et le mode d’encontre de l’approchement lui-même, la soudaineté. Le devant-quoi de l’effroi est de prime abord quelque chose de bien connu et de familier. Si en revanche le menaçant a le caractère de l’absolument non-familier, la peur devient horreur. Et lorsqu’enfin un menaçant fait encontre selon le caractère de l’horrible et a en même temps le caractère d’encontre de l’effrayant, la soudaineté, la peur devient épouvante. Nous connaissons encore d’autres modifications de la peur sous les noms de timidité, de réserve, d’anxiété, de surprise. En tant que possibilités du se-trouver (affection), toutes ces modifications renvoient au fait que le Dasein comme être au monde est "intimidé". Mais cette "intimidation" fondamentale doit être comprise non dans le sens ontique d’une disposition factice, "rare", mais comme une possibilité existentiale de l’affection essentielle du Dasein en général, qui naturellement n’en est pas la possibilité unique."

    Martin Heidegger, Être et Temps (1927)

     

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  • "MELANCHOLIA" : L'UN DES MEILLEURS FILMS SUR LA FIN DU MONDE


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  • NOTRE PROCHAINE SÉANCE

    Affiche fin du monde jpeg.JPG

    La prochaine séance du café philosophique de Montargis aura lieu le vendredi 21 décembre 2012 à 19H à la Brasserie du Centre commercial de la Chaussée.

    En clin d'oeil à cette date, le débat sera intitulé : "Catastrophe ! La fin du monde ? La peur peut-elle être bonne conseillère ?"


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  • SANS COMMENTAIRE

    lotus-fin-du-monde-2012-eruption-volcanique.jpg

    Lorsque les publicitaires surfent sur la fin du monde

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  • POURQUOI LES ENFANTS AIMENT AVOIR PEUR

    Un des sujets préférés des contes pour les juniors restent les angoisses enfantines. Pourquoi ce ressort fonctionne-t-il encore de nos jours?

    536291.jpgLe 20e Salon du livre de jeunesse et de la presse de Montreuil rend hommage au Petit Chaperon rouge à travers l'exposition Dans la gueule du loup. Plus de trois siècles après sa création, le conte s'avère une source inépuisable d'inspiration. Du classique Gustave Doré à la contemporaine Lisbeth Zwerger (Nord-Sud), du résolument stylisé Rascal (Pastel) aux photographies de Sarah Moon (Grasset Jeunesse), cette histoire aux mille et une versions fascine toujours. Pourquoi? Sans nul doute Le Petit Chaperon rouge délivre-t-il un message d'une portée universelle. En soulevant la peur du loup, il enseigne aux petits la méfiance envers l'inconnu. Dans les récits d'antan, la peur était un ressort essentiel de l'éducation. N'avait-on pas recours aux ogres et autres croque-mitaines pour rendre les enfants sages? Un procédé banni des méthodes d'aujourd'hui. Pourtant, les peurs ancestrales restent bien ancrées chez les bambins du troisième millénaire. D'où viennent-elles? Pourquoi nos enfants les subissent-ils encore? Le livre a-t-il toujours un rôle à jouer? Christophe André, médecin psychiatre à l'hôpital Sainte-Anne, à Paris, répond à Lire Junior. Spécialisé dans le traitement de la peur, il vient de signer son huitième livre, Psychologie de la peur (Odile Jacob).

    La peur des enfants est-elle normale?

    CHRISTOPHE ANDRÉ. Oui, elle est une fonction naturelle de l'être humain. Sans la peur, la survie de l'espèce ne serait pas assurée. Certaines peurs sont stockées dans la mémoire génétique de l'espèce: la peur de l'eau, des gros animaux, de l'inconnu, du tonnerre, etc. Elles sont des signaux d'alarme qui mobilisent nos ressources face au danger et jouent donc un rôle d'éducation. Si vous marchez sur un sentier escarpé, la crainte du vide vous empêchera de tomber. Seule exception, les enfants casse-cou! Leur absence de peur les expose davantage aux accidents.

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  • UNE SEMAINE AVANT LA FIN DU MONDE (LE DÉBAT !)

    Le compte à rebours a commencé : il reste une semaine avant la fin du monde… du moins si les prédictions de plusieurs prophètes s’avèrent véridiques.

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    Rien n’est moins sûr : les prophéties apocalyptiques sont légion dans l’histoire de l’humanité : pas moins de 180 comptabilisées (pour en savoir plus, rendez-vous sur ce lien). 

    L’occasion était trop bonne pour le café philosophique de Montargis qui, hasard du calendrier, organisera son prochain débat ce jour-là : pour ce nouveau rendez-vous, il sera moins question de discuter sur cette fin du monde annoncée (signalons au passage que si cette prophétie s’annonce vraie, nous ne serons sans doute plus là pour en discuter !) que de débattre sur un sentiment commun à tout homme : la peur.

    Rendez-vous donc le vendredi 21 décembre 2012 à 19 heures à la Brasserie du centre commercial de la Chaussée de Montargis pour ce débat intitulé : "Catastrophe ! La fin du monde ? La peur peut-elle être bonne conseillère ?"   

     

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  • FIN DU MONDE 2012 : ET SI GÉRARD PALAPRAT AVAIT VU JUSTE?

    Le calendrier maya annonce la fin du monde pour le 21 décembre prochain. EN 1971, Gérard Palaprat avait lui aussi envisagé cette possibilité.

    "Pour la fin du monde, prends ta valise et va là-haut sur la montagne". Et si cette montagne en question dont nous parle Gérard Palaprat était celle de Bugarach ? Ce petit village situé dans l’Aude serait, selon de nombreuses hypothèses, l’unique endroit au monde pour échapper à la fin du monde prévue pour le 21 décembre prochain.

    Cette chanson composée en 1971 par Gérard Palaprat prend aujourd’hui tout son sens. C’est d’ailleurs à quelques kilomètres de Bugarach, en Lozère, que Gérard avait composé cette chanson.

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  • FIN DU MONDE LE 21 DÉCEMBRE 2012 : AU FAIT, QUE DISENT RÉELLEMENT LES MAYAS ?

    Rarement une date et un événement hypothétique (et hautement improbable) aura autant fait parler de lui :

    Films, livres, émissions de télévisions, articles de presse et jusqu’à nos conversations quotidiennes font de ce 21 décembre 2012 une date remarquable. Le café philosophique de Montargis lui-même, qui avait programmé cette date pour son dernier débat de l’année, ne pouvait pas ne pas faire un clin d’œil à cette prophétie aussi inquiétante que troublante. C’est pourquoi le débat de ce jour aura pour thème de discussion la peur ("Catastrophe ! La fin du monde ? La peur peut-elle être bonne conseillère ?").

    Mais au fait, pourquoi cette date du 21 décembre 2012 est-elle devenue celle d’une fin du monde programmée ?

    1.pngCette annonce prend pour hypothèse une inscription (et une seule inscription) maya découverte sur le monument 6 de Tortuguero au Costa Rica, un site modeste dont il reste peu de choses. Ces inscriptions (glyphes) sur une grande dalle verticale ont pour objet les divers épisodes de la vie d’un souverain local du VIIème siècle. Sur un côté de ces scènes sont inscrites ces mentions : "Il adviendra le bak’tum 4 Ahaw 3 K’ank’in". Les dernières mentions de ce texte ont disparu mais il n’est nulle part fait mention de fin du monde. Que veut dire ce texte et pourquoi fait-il couler tant d'encres ?

    Pour répondre à cette question, il convient de se pencher sur le système de calendrier des Mayas.

    Pour ce peuple d’Amérique, apparu vers 2000 avant JC  avant de s’éteindre sous la conquête espagnole (il reste cependant près de 7 millions de Mayas), le temps était cyclique. Le calendrier (tzolk’in) comprenait 260 jours, décomposés en 13 fois 20 jours, nommés par des noms divers (animaux, végétaux et symboles), fastes ou néfastes. C’est cette combinaison de chiffres (de 1 à 13) et de nom qui désignait la qualité ou non de tel ou tel jour. 

    À ce comput, s’ajoutait le calendrier solaire que les Mayas connaissaient bien. Ils divisaient l’année en 18 mois de 20 jours, soit 360 jours. Pour compléter le calendrier solaire, cinq jours "perdus", considérés comme néfastes, étaient ajoutés en fin de cycle. Chaque jour était désigné par le nom du mois auquel on ajoutait un chiffre de 1 à 19. Le dernier jour du mois (le vingtième) était qualifié comme "fondateur" du mois suivant.

    Cette particularité de double calendrier inégal faisait que chaque jour (calculé et nommé de deux manières différentes) se répétait au bout de 18 980 jours (le plus petit multiple commun de 260 et 365), soit 52 années de 365 jours ou encore 73 cycles de 260 jours. La fin d’un cycle était observé avec attention si ce n’est vénération, voire terreur.  

    fin du monde,peur,maya,calendrierÀ ce cycle court, s’ajoutait un compte long organisé lui aussi en cycles. On date sa création à plus de 2500 ans. Ce compte long n’a été découvert qu’au XIXème siècle grâce à l’examen d’inscriptions de l’époque classique (de 250 à 950 environ) composées de colonnes de chiffres ne dépassant jamais 20 et disposés sous un glyphe dit "introducteur". Sur ce document épigraphique, la plus petite unité, en bas de la colonne, désigne le jour (k’in ou "soleil"). Au-dessus, se trouve le mois de 20 jours (winal), puis vient la désignation de l’année (tun ou "pierre"). L’année a une durée de 18 mois soit 360 jours. Au-dessus du tun vient le k’atun (correspondant à 20 tun) et au-dessus du k’atum se situe la plus large et la dernière des unités de ce système : le bak’tun, équivalent à 20 k’atun, soit 400 ans. 

    Ce comput a un point d’origine que les spécialistes font démarrer au 11 août 3114 avant JC. Tout, ensuite, est affaire de mathématiques : au bout du 13ème bak’tun (13 fois 400 ans à partir de cette date originelle), nous dit l’inscription de Tortuguero, un cycle s’achève bien en décembre 2012. Il est probable qu’ensuite commencerait un nouveau cycle et non pas une fin du monde, jamais annoncée de fait à cette date.

    Jusque dans les années 70, la référence d’une fin du monde à cette date n’est d'ailleurs mentionnée nulle part. L’écrivain américain du New Age José Argüelles y fait référence le premier. Il popularise cette idée dans son livre à succès The Mayan Factor (Le Facteur Maya) en 1987. Mais la popularité du 21 décembre 2012 sera surtout le fait du cinéma commercial américain avec le film de Roland Emmerich : 2012, sorti en 2009. Mort en 2011, José Argüelles ne saura jamais si ses prédictions, qu’il doit en partie de ses propres aveux à des prises de LSD, se réaliseront.

    Quant à nous, il nous reste encore une semaine avant de savoir si les supposées prédictions des Mayas vont se concrétiser.

     

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  • LA VALISE PHILOSOPHIQUE DU MOIS

    3271480587.jpgLe prochain café philosophique de Montargis aura lieu le vendredi 21 décembre 2012 à 19H à la Brasserie du cenre commercial de la Chaussée.

    Il aura pour sujet : "Catastrophe ! La fin du monde ? La peur peut-elle être bonne conseillère ?

    La  Valise philosophique du mois (colonne de droite) présente des documents portant sur ce prochain débat. 


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"Il faut se méfier des ingénieurs, ça commence par la machine à coudre, ça finit par la bombe atomique." [Marcel Pagnol]