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  • Compte-rendu du débat "La liberté a-t-elle un prix?"

    Le café philo se réunissait pour l’avant-dernière fois cette 9e saison au Belman le vendredi 22 juin 2018 pour cette question : "La liberté a-t-elle un prix ?" Le débat commence par un extrait de l’émission de Raphaël Enthoven portant sur Sartre qui disait : "Si Dieu n’existe pas, tout est permis."

    Sur cette question, un premier participant commence par dire que la liberté n’est pas cotée en bourse. D’emblée, cette notion de prix ne se rattache nullement à une valeur monétaire et à une cagnotte que l’on mettrait en place pour se servir en liberté. Pour un autre intervenant, la liberté, qui n’est jamais acquise, aurait un prix non-monnayable et difficilement quantifiable : celui de notre vigilance, de la revendication et du combat. Ce n’est pas un prix économique mais un "prix social et psychologique".

    Pour une autre personne du public, la liberté a bien un prix : celui de ma responsabilité. Je ne peux être libre que si j’assume mes responsabilités. Par ailleurs, ma liberté serait cet espace entre moi et les autres, et cette liberté me contrant a des règles et des lois, des conventions dans une société où je vis. Sauf qu’on ne peut pas tous accepter dans ses choix. La liberté est une pièce, disait Jacques Attali, où est inscrit à l’avers la notion de précarité. Ce serait un des prix de cette liberté.

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  • Marx : Le règne de la liberté

    "À la vérité, le règne de la liberté commence seulement à partir du moment où cesse le travail dicté par la nécessité et les fins extérieures ; il se situe donc, par sa nature même, au-delà de la sphère de la production matérielle proprement dite. Tout comme l'homme primitif, l'homme civilisé est forcé de se mesurer avec la nature pour satisfaire ses besoins, conserver et reproduire sa vie ; cette contrainte existe pour l'homme dans toutes les formes de la société et sous tous les types de production. Avec son développement, cet empire de la nécessité naturelle s'élargit parce que les besoins se multiplient ; mais, en même temps, se développe le processus productif pour les satisfaire. Dans ce domaine, la liberté ne peut consister qu'en ceci : les producteurs associés - l'homme socialisé - règlent de manière rationnelle leurs échanges organiques avec la nature et les soumettent à leur contrôle commun au lieu d'être dominés par la puissance aveugle de ces échanges ; et ils les accomplissent en dépensant le moins d'énergie possible, dans les conditions les plus dignes, les plus conformes à leur nature humaine. Mais l'empire de la nécessité n'en subsiste pas moins. C'est au-delà que commence l'épanouissement de la puissance humaine qui est sa propre fin, le véritable règne de la liberté qui, cependant, ne peut fleurir qu'en se fondant sur ce règne de la nécessité. La réduction de la journée de travail est la condition fondamentale de cette libération."

    Karl Marx, Le Capital (1867)

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  • lls ont dit, au sujet des passions

    "En te racontant cela, est-ce que je te convaincs d'admettre que la vie tempérante vaut mieux que la vie déréglée ?" [Platon]

    "Qui ne commence pas par l'amour ne saura jamais ce qu'est la philosophie." [Platon]

    "Les passions sont aussi mauvais instruments que mauvais guides." [Sénèque]

    "Les passions ne sont en elles-mêmes ni bonnes ni mauvaises." [Saint Thomas d’Aquin]

    "Le monde fut toujours habité pas des hommes qui ont eu les mêmes passions." [Nicolas Machiavel]

    "L'envie est de toutes les passions humaines la plus constante." [Francis Bacon]

    "Les hommes que les passions peuvent le plus émouvoir sont capables de goûter le plus de douceur en cette vie." [René Descartes]

    "Les passions sont toutes bonnes de leur nature et nous n’avons rien à éviter que leurs mauvais usages ou leurs excès." [René Descartes]

    "Démonstration : Une affection qui est une passion est une idée confuse (Définition générale des Affections). Si donc nous formons de cette affection une idée claire et distincte, il n'y aura entre cette idée et l'affection elle-même, en tant qu'elle se rapporte à l’âme seule, qu'une distinction de raison, et ainsi l'affection cessera d'être une passion."[Baruch Spinoza]

    "Si nous résistons à nos passions, c'est plus par faiblesse que par notre force." [François de La Rochefoucauld]

    "C’est une absurdité de croire que la divinité ait des passions humaines, et l’une des plus basses des passions humaines, un incessant appétit d’applaudissements." [David Hume]

    "Comment réprimer la passion même la plus faible, quand elle est sans contrepoids ? Voilà l'inconvénient des caractères froids et tranquilles." [Jean-Jacques Rousseau]

    "L'épée use le fourreau, dit-on quelquefois. Voilà mon histoire. Mes passions m'ont fait vivre, et mes passions m'ont tué." [Jean-Jacques Rousseau]

    "Ce sont nos passions qui nous rendent faibles, parce qu'il faudrait pour les contenter plus de forces que ne nous en donna la nature." [Jean-Jacques Rousseau]

    "Les passions sobres font les hommes communs." [Denis Diderot]

    "Il n’y a que les passions et les grandes passions qui puissent élever l’âme aux grandes choses." [Denis Diderot]

    "La raison sans les passions serait presque un roi sans sujets." [Denis Diderot]

    "Les vrais passions donnent des forces, en donnant du courage." [Voltaire]

    "Les passions sont les vents qui enflent les voiles du navire ; elles le submergent quelquefois, mais sans elles il ne pourrait voguer." [Voltaire]

    "Qui veut détruire les passions, au lieu de les régler, veut faire l’ange." [Voltaire]

    "On déclame contre les passions, sans songer que c'est à leur flambeau que la philosophie allume le sien, que c'est à l'homme passionné que l'on doit le renversement total de toutes les imbécillités religieuses." [Marquis de Sade]

    "Adressez-vous plutôt aux passions qu'aux vertus quand vous voudrez persuader une femme." [Marquis de Sade]

    "On déclame contre les passions sans songer que c'est à leur flambeau que la philosophie allume le sien." [Marquis de Sade]

    "Les passions de l’homme ne sont que des moyens que la nature emploie pour parvenir à ses desseins." [Marquis de Sade]

    "On a plus perdu quand on a perdu sa passion, que quand on s'est perdu dans sa passion." [Søren Kierkegaard]

    "En ce sens, nous devons dire que rien de grand ne s'est accompli dans le monde sans passion." [Hegel]

    "La passion est tenue pour une chose qui n'est pas bonne, qui est plus ou moins mauvaise : l'homme ne doit pas avoir des passions." [Hegel]

    "Les deux caractères de la passion peuvent être exprimés d'un seul coup : d'une part, elle concentre le moi; de l'autre elle le dirige vers un objet." [Émile Durkheim]

    "Moins vous êtes, plus vous avez... Ainsi, toutes les passions et toutes les activités sont englouties dans la cupidité." [Karl Marx]

    "Toutes les passions ont une période où elles sont seulement néfastes, ou elles rabaissent leur victime de tout le poids de la bêtise, - et plus tard, une autre, beaucoup plus tardive, où elles se marient à l'esprit, se "spiritualisent"." [Friedrich Nietzsche]

    "Autrefois, à cause de la bêtise dans la passion, on faisait la guerre à la passion elle-même : on se conjurait pour l’anéantir, — tous les anciens jugements moraux sont d’accord sur ce point, "Il faut tuer les passions"." [Friedrich Nietzsche]

    "La musique offre aux passions le moyen de jouir d'elles-mêmes." [Friedrich Nietzsche]

    "Les passions sont comme des bibliothèques où le vulgaire séjourne sans connaître les trésors qu'elles contiennent." [Marcel Proust]

    "On supporte moins aisément la passion que la maladie, dont la cause est sans doute en ceci, que notre passion nous paraît résulter entièrement de notre caractère et de nos idées, mais porte avec cela les signes d'une nécessité invincible." [Alain]

    "Le propre des hommes passionnés est de ne pas croire un seul mot de ce que l'on écrit sur les passions." [Alain]

    "Toutes les passions, comme le nom l'indique, viennent de ce que l'on subit au lieu de gouverner." [Alain]

    "Ce sont les passions et non les intérêts qui mènent le monde." [Alain]

    "La logique des passions renverse l'ordre traditionnel du raisonnement et place la conclusion avant les prémisses." [Albert Camus]

    "Les grandes passions se préparent en de grandes rêveries." [Gaston Bachelard]

    "Jamais nous ne devons oublier qu'en dépit des promesses de félicité qui l'accompagnent, [la passion] introduit d'abord le trouble et le dérangement." [Georges Bataille]

    "Pour motiver cette prétendue épreuve, les prêtres et les philosophes ont distingué les passions en bonnes et mauvaises." [Charles Fourier]

    "Comme jaloux, je souffre quatre fois : parce que je suis jaloux, parce que je me reproche de l’être, parce que je crains que ma jalousie ne blesse l’autre, parce que je me laisse assujettir à une banalité : je souffre d’être exclu, d’être agressif, d’être fou et d’être commun." [Roland Barthes]

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  • Engels : "Prolétaires de tous les pays, unissez-vous !"

    ""Prolétaires de tous les pays, unissez-vous !" Quelques voix seulement nous répondirent, lorsque nous lançâmes cet appel par le monde, il y a maintenant quarante-deux ans, à la veille de la première révolution parisienne dans laquelle le prolétariat se présenta avec ses revendications à lui. Mais le 28 septembre 1864, des prolétaires de la plupart des pays de l'Europe occidentale s'unissaient pour former l'Association internationale des travailleurs, de glorieuse mémoire. L'Internationale elle-même ne vécut d'ailleurs que neuf années. Mais que l'alliance éternelle établie par elle entre les prolétaires de tous les pays existe encore et qu'elle soit plus puissante que jamais, il n'en est pas de meilleure preuve que la journée d'aujourd'hui. Au moment où j'écris ces lignes, le prolétariat d'Europe et d'Amérique passe la revue de ses forces, pour la première fois mobilisées en une seule armée, sous un même drapeau et pour un même but immédiat : la fixation légale de la journée normale de huit heures, proclamée dès 1866 par le Congrès de l'Internationale à Genève, et de nouveau par le Congrès ouvrier de Paris en 1889. Le spectacle de cette journée montrera aux capitalistes et aux propriétaires fonciers de tous les pays que les prolétaires de tous les pays sont effectivement unis."

    Friedrich Engels, Préface à l'édition allemande du Manifeste du Parti communiste (1890)

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  • Ils ont dit, au sujet de la liberté et de ses dangers

    "Heureux sont les hommes libres et libres sont les hommes courageux." [Périclès]

    "Dans une cité démocratique tu entendras dire que c'est le plus beau de tous les biens, ce pourquoi un homme né libre ne saura habiter ailleurs que dans cette cité... Or, (...) n'est-ce pas le désir insatiable de ce bien, et l'indifférence pour tout le reste, qui change ce gouvernement et le met dans l'obligation de recourir à la tyrannie ?" [Platon]

    "On ne devrait pas abandonner à la masse des citoyens la haute main sur les élections de magistrats." [Aristote]

    "D'où vient, dis-je, cette libre faculté arrachée au destin, qui nous fait aller partout où la volonté nous mène ?" [Lucrèce]

    "L’esclave souhaite aussitôt d’être affranchi et libre. Pourquoi ? Croyez-vous que c’est par désir de donner de l’argent aux fermiers de l’impôt du vingtième ? Non, mais parce qu’il s’imagine mener une vie contrainte et malheureuse tant qu’il n’aura pas obtenu la liberté." [Épictète]

    "Si, par conséquent, tu t’attaches à quelqu’une de ces choses comme à un objet personnel, tu recevras le châtiment que mérite celui qui désire ce qui lui est étranger. Telle est la route qui conduit à la liberté : la seule qui délivre de l’esclavage." [Épictète]

    "La liberté, c'est l'indépendance de la pensée." [Épictète]

    "La vraie liberté est de pouvoir toute chose sur soi." [Montaigne]

    "L'indifférence me semble signifier proprement l'état dans lequel se trouve la volonté lorsqu'elle n'est pas poussée d'un côté plutôt que de l'autre par la perception du vrai ou du bien ; et c'est en ce sens que je l'ai prise lorsque j'ai écrit que le plus bas degré de la liberté est celui où nous nous déterminons aux choses pour lesquelles nous sommes indifférents." [René Descartes]

    "L'homme raisonnable est plus libre dans la cité où il vit sous la loi commune que dans la solitude où il n'obéit qu'à lui-même." [Baruch Spinoza]

    "Nous ne sommes pas du tout libres à l'égard des choses que nous désirons vivement et qui ne peut être apaisé par le souvenir d'une autre chose." [Baruch Spinoza]

    ""Le mot liberté désigne proprement l’absence d’opposition (par opposition, j’entends les obstacles au extérieurs au mouvement), et peut être appliqué aux créatures sans raison ou inanimées aussi bien qu’aux créatures raisonnables." [Thomas Hobbes]

    "Comment être libre, alors que n'importe qui peut vous imposer ses caprices ?" [John Locke]

    "Le droit est l'ensemble des conditions qui permettent à la liberté de chacun de s'accorder à la liberté de tous." [Emmanuel Kant]

    "Une volonté libre et une volonté soumise à des lois morales sont par conséquent une seule et même chose." [Emmanuel Kant]

    "On dit, il est vrai, que la liberté de parler ou d’écrire peut nous être ôtée par une puissance supérieure, mais non pas la liberté de penser... Aussi bien, l’on peut dire que cette puissance extérieure qui enlève aux hommes la liberté de communiquer publiquement, leur ôte également la liberté de penser." [Emmanuel Kant]

    "La liberté est le droit de faire ce que les lois permettent." [Montesquieu]

    "Il n’y a point de plus cruelle tyrannie que celle que l’on exerce à l’ombre des lois et avec les couleurs de la justice, lorsqu’on va, pour ainsi dire, noyer des malheureux sur la planche même sur laquelle ils s’étaient sauvés." [Montesquieu]

    "La nature commande à tout animal, et la bête obéit. L’homme éprouve la même impression, mais il se reconnaît libre d’acquiescer, ou de résister ; et c’est surtout dans la conscience de cette liberté que se montre la spiritualité de son âme." [Jean-Jacques Rousseau]

    "On pourrait sur ce qui précède ajouter à l’acquis de l’état civil la liberté morale, qui seule rend l’homme vraiment maître de lui ; car l’impulsion du seul appétit est esclavage, et l’obéissance à la loi qu’on s’est prescrite est liberté." [Jean-Jacques Rousseau]

    "l’État et la société sont précisément les conditions dans lesquelles la liberté se réalise." [Hegel]

    "Le déterministe, le fataliste sont des désespérés, qui ont perdu leur moi, parce qu'il n'y a plus pour eux que de la nécessité." [Søren Kierkegaard]

    "Que les gens sont absurdes ! Ils ne se servent jamais des libertés qu'ils possèdent, mais réclament celles qu'ils ne possèdent pas ; ils ont la liberté de pensée, ils exigent la liberté de parole." [Søren Kierkegaard]

    "Les gens exigent la liberté d’expression pour compenser la liberté de pensée qu’ils préfèrent éviter." [Søren Kierkegaard]

    "À la vérité, le règne de la liberté commence seulement à partir du moment où cesse le travail dicté par la nécessité et les fins extérieures." [Karl Marx]

    "Tout ce qui augmente la liberté augmente la responsabilité." [Victor Hugo]

    "Sauvons la liberté, la liberté sauve le reste." [Victor Hugo]

    "C’est par la grâce de Dieu que nous avons ces trois précieuse choses : la liberté de parole, la liberté de penser et la prudence de n’exercer ni l’une ni l’autre." [Mark Twain]

    "Nous n’avons maintenant plus aucune indulgence pour la notion de "libre arbitre"; nous ne savons que trop ce que c’est." [Friedrich Nietzsche]

    "La liberté, c'est toujours la liberté de l'autre." [Rosa Luxembourg]

    "Le peuple n'a pas besoin de liberté, car la liberté est une des formes de la dictature bourgeoise..." [Lénine]

    "Que préfères-tu, celui qui veut te priver de pain au nom de la liberté ou celui qui veut t’enlever ta liberté pour assurer ton pain ?" [Albert Camus]

    "Sans une vie publique politiquement garantie, il manque à la liberté l’espace mondain où faire son apparition... La liberté comme fait démontrable et la politique coïncident et sont relatives l’une à l’autre comme deux côtés d’une même chose." [Hannah Arendt]

    "La liberté appartient à ceux qui l’ont conquise." [André Malraux]

    "En fait, nous sommes une liberté qui choisit, mais nous ne choisissons pas d'être libres : nous sommes condamnés à la liberté." [Jean-Paul Sartre]

    "Et, quand nous disons que l'homme est responsable de lui-même, nous ne voulons pas dire que l'homme est responsable de sa stricte individualité, mais qu'il est responsable de tous les hommes." [Jean-Paul Sartre]

    "Quand nous disons que l'homme se choisit, nous entendons que chacun d'entre nous se choisit, mais par là nous voulons dire aussi qu'en se choisissant il choisit tous les hommes." [Jean-Paul Sartre]

    "Dostoïevski avait écrit : « Si Dieu n’existait pas tout serait permis. » C’est là le point de départ de l’existentialisme. En effet, tout est permis si Dieu n’existe pas, et par conséquent l’homme est délaissé, parce qu’il ne trouve ni en lui, ni hors de lui une possibilité de s’accrocher." [Jean-Paul Sartre]

    "Une liberté qui ne s'emploie qu'à nier la liberté doit être niée." [Simone de Beauvoir]

    "La liberté ne peut pas être une institution. La liberté n'existe que dans le mouvement de conquête de la liberté." [Alain Robbe-Grillet]

    "Il faut tout dire. La première des libertés est la liberté de tout dire." [Maurice Blanchot]

    "On appellera émancipation la différence maintenue des deux rapports, l’acte d’une intelligence qui n’obéit qu’à elle-même, lors même que la volonté obéit à une autre volonté." [Jacques Rancière]

    "On a un peu vécu dans l’illusion que la liberté d’expression, sinon la liberté sexuelle, était acquise une bonne fois pour toutes." [Catherine Millet]

    "La liberté d'expression peut être une liberté d'offenser." [Fleur Pellerin]

    "Quand je suis faible je réclame la liberté au nom de vos principes ; quand je suis fort je vous la refuse au nom des miens." [Fernando Savater]

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  • Marx : Liberté et travail

    marx"À la vérité, le règne de la liberté commence seulement à partir du moment où cesse le travail dicté par la nécessité et les fins extérieures ; il se situe donc, par sa nature même, au-delà de la sphère de la production matérielle proprement dite. Tout comme l'homme primitif, l'homme civilisé est forcé de se mesurer avec la nature pour satisfaire ses besoins, conserver et reproduire sa vie ; cette contrainte existe pour l'homme dans toutes les formes de la société et sous tous les types de production. Avec son développement, cet empire de la nécessité naturelle s'élargit parce que les besoins se multiplient ; mais, en même temps, se développe le processus productif pour les satisfaire. Dans ce domaine, la liberté ne peut consister qu'en ceci : les producteurs associés - l'homme socialisé - règlent de manière rationnelle leurs échanges organiques avec la nature et les soumettent à leur contrôle commun au lieu d'être dominés par la puissance aveugle de ces échanges ; et ils les accomplissent en dépensant le moins d'énergie possible, dans les conditions les plus dignes, les plus conformes à leur nature humaine. Mais l'empire de la nécessité n'en subsiste pas moins. C'est au-delà que commence l'épanouissement de la puissance humaine qui est sa propre fin, le véritable règne de la liberté qui, cependant, ne peut fleurir qu'en se fondant sur ce règne de la nécessité. La réduction de la journée de travail est la condition fondamentale de cette libération."

    Karl Marx, Le Capital (1867)

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  • Ils ont dit, au sujet de ma liberté

    " Nous délibérons sur les choses qui dépendent de nous et que nous pouvons réaliser." [Aristote]

    "La liberté, c'est l'indépendance de la pensée." [Épictète]

    "La vraie liberté est de pouvoir toute chose sur soi." [Montaigne]

    "Au reste, il est si évident que nous avons une volonté libre, qui peut donner son consentement ou ne pas le donner, quand bon lui semble." [René Descartes]

    "La liberté est le droit de faire ce que les lois permettent." [Montesquieu]

    "J'appelle libre une chose qui est et agit par la seule nécessité de sa nature ; contrainte, celle qui est déterminée par une autre chose à exister et à agir d'une certaine façon déterminée." [Baruch Spinoza]

    "Telle est cette liberté humaine que tous se vantent de posséder et qui consiste en cela seul que les hommes ont conscience de leurs appétits et ignorent les causes qui les déterminent." [Baruch Spinoza]

    "Les hommes se trompent en ce qu'ils pensent être libres." [Baruch Spinoza]

    “Que les gens sont absurdes ! Ils ne se servent jamais des libertés qu'ils possèdent, mais réclament celles qu'ils ne possèdent pas ; ils ont la liberté de pensée, ils exigent la liberté de parole.” [Sören Kierkegaard]

    "Je est un autre. Si le cuivre s’éveille clairon, il n’y a rien de sa faute. Cela m’est évident : j’assiste à l’éclosion de ma pensée : je la regarde, je l’écoute : je lance un coup d’archet : la symphonie fait son remuement dans les profondeurs, ou vient d’un bond sur la scène." [Arthur Rimbaud]

    “C’est par la grâce de Dieu que nous avons ces trois précieuse choses : la liberté de parole, la liberté de penser et la prudence de n’exercer ni l’une ni l’autre.” [Mark Twain]

    "Le domaine de la liberté commence là où s’arrête le travail déterminé par la nécessité." [Karl Marx]

    "On ne peut enfermer un homme dans ses actes, ni dans ses oeuvres ; ni même dans ses pensées, où lui-même ne peut s'enfermer, car nous savons par expérience propre et continuelle que ce que nous pensons et faisons à chaque instant n'est jamais exactement nôtre ; mais tantôt un peu plus, tantôt un peu moins." [Paul Valéry]

    "Dans le cours des siècles, la science a infligé à l'égoïsme naïf de l'humanité deux graves démentis. La première fois, ce fut lorsqu'elle a montré que la terre, loin d'être le centre de l'univers, ne forme qu'une parcelle insignifiante du système cosmique dont nous pouvons à peine nous représenter la grandeur. Cette première démonstration se rattache pour nous au nom de Copernic, bien que la science alexandrine ait déjà annoncé quelque chose de semblable. Le second démenti fut infligé à l'humanité par la recherche biologique, lorsqu'elle a réduit à rien les prétentions de l'homme à une place privilégiée dans l'ordre de la création, en établissant sa descendance du règne animal et en montrant l'indestructibilité de sa nature animale. Cette dernière révolution s'est accomplie de nos jours, à la suite des travaux de Ch. Darwin, de Wallace et de leurs prédécesseurs, travaux qui ont provoqué la résistance la plus acharnée des contemporains. Un troisième démenti sera infligé à la mégalomanie humaine par la recherche psychologique de nos jours qui se propose de montrer au moi qu'il n'est seulement pas maître dans sa propre maison." [Sigmund Freud]

    "Le dandy se rassemble, se forge une unité, par la force même du refus. Dissipé en tant que personne privée de règle, il sera cohérent en tant que personnage." [Albert Camus]

    “Que préfères-tu, celui qui veut te priver de pain au nom de la liberté ou celui qui veut t’enlever ta liberté pour assurer ton pain ?" [Albert Camus]

    "L’idée qui sort de ces contes, c’est la prédestination, que des théologiens mirent plus tard en doctrine ; et cela s’exprime ainsi : la destinée de chacun est fixée quoi qu’il fasse. Ce qui n’est point scientifique du tout." [Alain]

    "C’est ainsi que nous vivons ; à chaque instant nous échappons à un malheur parce que nous le prévoyons ; ainsi ce que nous prévoyons, et très raisonnablement, n’arrive pas." [Alain]

    "Je n’espère rien, je ne crains rien, je suis libre" [Níkos Kazantzákis]

    "Quand un homme se sacrifie lui-même, il dépasse en grandeur la Divinité, car comment Dieu, infini et tout-puissant, pourrait-il faire le sacrifice de Lui-même? Tout au plus peut-il sacrifier son Fils Unique." [Somerset Maugham]

    "En fait, nous sommes une liberté qui choisit, mais nous ne choisissons pas d'être libres : nous sommes condamnés à la liberté.” [Jean-Paul Sartre]

    "Il y a au moins un être chez qui l'existence précède l'essence, un être qui existe avant de pouvoir être défini par un aucun concept... Et cet être c'est l'homme." [Jean-Paul Sartre]

    "En me choisissant, je choisis l'homme." [Jean-Paul Sartre]

    "La première démarche de l’existentialisme est de mettre l'homme en possession de ce qu'il est et de faire reposer sur lui la responsabilité totale de l’existence." [Jean-Paul Sartre]

    "Un homme n'est rien d'autre qu'une série d'entreprises... Il est la somme, l'organisation, l'ensemble des relations qui constituent ces entreprises." [Jean-Paul Sartre]

    "La liberté est une, mais elle se manifeste diversement selon les circonstances. A tous les philosophes qui s'en font les défenseurs, il est permis de poser une question préalable : à propos de quelle situation privilégiée avez-vous fait l'expérience de votre liberté ? C'est une chose, en effet, d'éprouver qu'on est libre sur le plan de l'action, de l'entreprise sociale ou politique, de la création dans les arts, et autre chose de l'éprouver dans l'acte de comprendre et de découvrir." [Jean-Paul Sartre]

    "Une liberté qui ne s'emploie qu'à nier la liberté doit être niée.” [Simone de Beauvoir]

    "J’ai traité le déterminisme physique de cauchemar. C’est un cauchemar parce qu’il affirme que le monde entier, avec tout ce qu’il contient est un gigantesque automate, et que nous ne sommes rien d’autre que des petits rouages, ou des sous-automates dans le meilleur des cas." [Karl Popper]

    "Nous naissons déterminés et nous avons une petite chance de devenir libres" [Pierre Bourdieu]

    "Mais que peut valoir la vie, si la première répétition de la vie est déjà la vie même ? C'est ce qui fait que la vie ressemble toujours à une esquisse." [Milan Kundera]

    "La liberté de pensée est absolue ou elle n'est rien." [Luc Ferry]

    "L'homme est cet être qui peut se résumer lui-même après s'être formé en jouant avec le hasard." [Peter Sloterdijk]

    "Quiconque dit "je" cherche à s'illusionner sur lui-même." [Peter Sloterdijk]

    "Nous sommes des produits pédagogiques semi-finis qui doivent mener seuls leur production à son terme." [Peter Sloterdijk]

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  • Marx : Le règne de la liberté

    Le-capital.png"À la vérité, le règne de la liberté commence seulement à partir du moment où cesse le travail dicté par la nécessité et les fins extérieures ; il se situe donc, par sa nature même, au-delà de la sphère de la production matérielle proprement dite. Tout comme l'homme primitif, l'homme civilisé est forcé de se mesurer avec la nature pour satisfaire ses besoins, conserver et reproduire sa vie ; cette contrainte existe pour l'homme dans toutes les formes de la société et sous tous les types de production. Avec son développement, cet empire de la nécessité naturelle s'élargit parce que les besoins se multiplient ; mais, en même temps, se développe le processus productif pour les satisfaire. Dans ce domaine, la liberté ne peut consister qu'en ceci : les producteurs associés - l'homme socialisé - règlent de manière rationnelle leurs échanges organiques avec la nature et les soumettent à leur contrôle commun au lieu d'être dominés par la puissance aveugle de ces échanges ; et ils les accomplissent en dépensant le moins d'énergie possible, dans les conditions les plus dignes, les plus conformes à leur nature humaine. Mais l'empire de la nécessité n'en subsiste pas moins. C'est au-delà que commence l'épanouissement de la puissance humaine qui est sa propre fin, le véritable règne de la liberté qui, cependant, ne peut fleurir qu'en se fondant sur ce règne de la nécessité. La réduction de la journée de travail est la condition fondamentale de cette libération."

    Karl Marx, Le Capital (1867)

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  • Compte-rendu du débat : "Qu'est-ce qu'une oeuvre d'art ?"

    Le samedi 10 décembre 2016, le café philosophique de Montargis se réunissait de manière tout à fait exceptionnelle au Centre d’art contemporain des Tanneries d’Amilly, à l’occasion de l’exposition "Histoire des formes" pour un débat sur cette question : "Qu’est-ce qu’une œuvre d’art ?" C’est la deuxième fois que le café philo se décentralise, trois ans après une séance à l’AGART d’Amilly ("Un bon artiste est-il le Surhomme ?").

    Ce débat dans un lieu prestigieux ("une œuvre d'art à part entière", commente une personne du public au sujet du bâtiment des Tanneries) était précédé d’une visite de l’exposition temporaire par Jeanne Pelloquin, médiatrice culturelle au centre des Tanneries. Cette visite commentée, visible sur ce lien, dit Bruno, est une entrée en matière passionnante pour parler d’un sujet, l’art, qui, a priori est aux antipodes de la philosophie. L’art est de l’ordre de la création et au sensible alors que la philosophie s’occupe de concepts. Voilà donc deux domaines irréconciliables. Pourtant, les philosophes ont souvent eu à dire beaucoup de choses sur l’art (Hegel, par exemple). En outre, philosophie et art se répondent et s’influencent mutuellement. Ainsi, les grands ouvrages de Friedrich Nietzsche sont des œuvres poétiques et littéraires à part entière (comme le montre cet extrait de Par delà le Bien et le Mal). La poésie et l’art nourrissent la philosophie et sont les premières strates de la pensée. Ainsi, la visite commentée aux Tanneries entend être la première étape du débat sur cette question : "Qu’est-ce qu’une œuvre d’art ?"

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  • Ils ont dit, au sujet des oeuvres d'art

    "L'art d'imiter est donc bien éloigné du vrai, et, s'il peut tout exécuter, c'est, semble-t-il, qu'il ne touche qu'une petite partie de chaque chose, et cette partie n'est qu'un fantôme." [Platon]

    "Ce n’est pas un art (…) qui se trouve en toi et te rend capable de bien parler d’Homère. Non, c’est une puissance divine qui te met en mouvement." [Platon]

    "L’épopée, et la poésie tragique comme aussi la comédie, l’art du poète de dithyrambe et, pour la plus grande partie, celui du joueur de flûte et de cithare, se trouvent tous être, d’une manière générale, des imitations. Mais ils diffèrent les uns des autres par trois aspects : ou bien ils imitent par des moyens différents, ou bien ils imitent des objets différents, ou bien ils imitent selon des modes différents, et non de la même manière." [Aristote]

    "Mais ce qui plaira à plus de gens, pourra être nommé simplement le plus beau, ce qui ne saurait être déterminé." [René Descartes]

    "Le génie est la disposition innée de l’esprit (ingenium) par laquelle la nature donne ses règles à l’art." [Emmanuel Kant]

    "Et ainsi on ne peut pas dire : à chacun son goût. Cela reviendrait à dire - il n'y a pas de goût, c'est-à-dire pas de jugement esthétique qui puisse légitimement prétendre à l'assentiment universel." [Emmanuel Kant]

    "Aucun Homère, aucun Wieland ne pourrait montrer comment ses idées riches en poésie et pourtant lourdes de pensées surgissent et s'assemblent dans son cerveau, car lui-même ne le sait pas et il ne peut donc l'enseigner à un autre." [Emmanuel Kant]

    "D’une façon générale, il faut dire que l’art, quand il se borne à imiter, ne peut rivaliser avec la nature." [Hegel]
    "L'œuvre d'art, tout en ayant une existence sensible, n'a pas besoin d'avoir une réalité tangiblement concrète ni d'être effectivement vivante" [Hegel]

    "Rien ne nous empêche de dire que, comparée à cette réalité, l'apparence de l'art est illusoire; mais l'on peut dire avec autant de raison que ce que nous appelons réalité est une illusion plus forte, une apparence plus trompeuse que l'apparence de l'art." [Hegel]

    "Le sensible peut avoir avec l'esprit plusieurs sortes de relations. La plus médiocre, la moins appropriée à l'esprit, c'est l'appréhension purement sensible." [Hegel]

    "Il est permis de soutenir dès maintenant que le beau artistique est plus élevé que le beau dans la nature. Car la beauté artistique est la beauté née et comme deux fois née de l'esprit." [Hegel]

    "Ce qui donne au tragique, quelle qu’en soit la forme, son élan particulier vers le sublime, c’est la révélation de cette idée que le monde, la vie sont impuissants à nous procurer aucune satisfaction véritable et sont par suite indignes de notre attachement : telle est l’essence de l’esprit tragique ; il est donc le chemin de la résignation." [Arthur Schopenhauer]

    "La forme, c’est le fond qui remonte à la surface." [Victor Hugo]

    "J’ai essayé d’exprimer les terribles passions de l’humanité au moyen du rouge et du vert." [Vincent Van Gogh]

    "Nommer un objet, c'est supprimer les trois quarts de la jouissance du poème, qui est faite du bonheur de deviner peu à peu : le suggérer, voilà le rêve." [Stéphane Mallarmé]

    "Des enfants normaux, voilà ce que furent les Grecs. Le charme que nous trouvons à leurs couvres d'art n'est pas contrarié par le peu d'avancement de la société où elles ont fleuri. Il en est plutôt le résultat; il est inséparable de la pensée que l'état d'immaturité sociale où cet art est né, où seul il pouvait naître, ne reviendra jamais." [Karl Marx]

    "Il faut avoir du chaos en soi pour enfanter une étoile dansante." [Friedrich Nietzsche]

    "L’art favorise la vie en rendant l’horreur sublime et l’absurde comique." [Friedrich Nietzsche]

    "Nous avons l’art afin de ne pas mourir de la vérité." [Friedrich Nietzsche]

    " L'instinct le plus profond de l'artiste va-t-il à l'art, ou bien n'est-ce pas plutôt au sens de l'art, à la vie, à un désir de vie ? - L'art est le grand stimulant à la vie : comment pourrait-on l'appeler sans fin, sans but, comment pourrait-on l'appeler l'art pour l'art ?" [Friedrich Nietzsche]

    "Les abrutis ne voient le beau que dans les belles choses." [Arthur Cravan]

    "Il existe notamment un chemin de retour qui conduit de la fantaisie à la réalité : c'est l'art." [Sigmund Freud]

    "L'art ne reproduit pas le visible, il rend visible." [Paul Klee]

    "Mettez-vous dans la tête qu’on ne fait pas de progrès." [Francis Picabia]

    "La philosophie n'est pas l'art, mais elle a avec l'art de profondes affinités. Qu'est-ce que l'artiste ? C'est un homme qui voit mieux que les autres car il regarde la réalité nue et sans voiles." [Henri Bergson]

    "Le goût – bon ou mauvais – est une habitude." [Marcel Duchamp]

    "L'art naît... de la fascination de l'insaisissable, du refus de copier des spectacles, de la volonté d'arracher les formes au monde que l'homme subit pour les faire entrer dans celui qu'ils gouvernent ... Les grands artistes ne sont pas les transcripteurs du monde, ils en sont les rivaux." [André Malraux]

    "L'art est ce par quoi les formes deviennent style" [André Malraux]

    "Qu'est-ce que la technique moderne? Elle aussi est un dévoilement. C'est seulement lorsque nous arrêtons notre regard sur ce trait fondamental que ce qu'il y a de nouveau dans la technique moderne se montre à nous." [Martin Heiddegger]

    "La qualité esthétique de la jouissance, et même le divertissement, a toujours été inséparable de l'essence de l'art, quelque tragique, quelque exempte de compromis que soit l'œuvre d'art. La proposition d'Aristote sur l'effet purificateur de l'art résume la double fonction de l'art qui est à la fois d'opposer et de réconcilier, de dénoncer et d'acquitter, de faire resurgir ce qui est refoulé et de le refouler à nouveau, sous une forme « purifiée »." [Herbert Marcuse]

    "L'œuvre d'art est une forme, c'est-à-dire un mouvement arrivé à sa conclusion : en quelque sorte un infini contenu dans le fini. Sa totalité résulte de sa conclusion et doit donc être considérée non comme la fermeture d'une réalité statique et immobile, mais comme l'ouverture d'un infini qui s'est rassemblé dans une forme." [Luigi Pareyson]

    "À la vérité « l’Art » n’a pas d’existence propre. Il n’y a que des artistes." [Ernst Gombrich]

    "La peinture transforme donc un texte en figures énigmatiques. Le travail du rêve, les opérations décrites par Freud pour rendre compte de ce travail que fait le rêve, transforment les pensées en images, tout comme un tableau." [Daniel Arasse]

    "L'œuvre est ouverte au sens où l'est un débat : on attend, on souhaite une solution, mais elle doit naître d'une  prise de conscience du public. L'ouverture devient instrument de pédagogie révolutionnaire." [Umberto Eco]

    "Au royaume du kitsch s’exerce la dictature du cœur." [Milan Kundera]

    "Le nouveau n’est pas nouveau." [Ben]

    "Comprendre une œuvre d’art, c’est mesurer exactement les raisons qui nous la rendent inintelligible à jamais." [Renaud Camus]

    "C’est ce que j’ai appelé, dans la conclusion de mon livre, « le paradoxe permissif », c’est-à-dire le fait qu’en approuvant et en intégrant les propositions transgressives, les institutions de l’art contemporain vont, d’une certaine façon, à l’encontre de ce que font les artistes qu’elles prétendent soutenir." [Nathalie Heinich]

    "Chacun de nous a trois existences. Une existence de chose : nous sommes un corps. Une existence d'esprit : nous sommes une conscience. Et une existence de discours : nous sommes ce dont les autres parlent." [Eric-Emmanuel Schmitt]

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  • Marx : art et immaturité sociale

    marx"L'art grec suppose la mythologie grecque, c'est-à-dire la nature et les formes sociales, déjà élaborées au travers de l'imagination populaire d'une manière inconsciemment artistique. Ce sont là ses matériaux. Non pas une mythologie quelconque, c'est-à-dire une façon quelconque de transformer inconsciemment la nature en art (ici le mot nature désigne tout ce qui est objectif, y compris la société). La mythologie égyptienne n'eût jamais pu être le sol, le sein maternel qui eût produit l'art grec...

    Mais la difficulté n'est pas de comprendre que l'art grec et l'épopée sont liés à certaines formes du développement social. La difficulté, la voici : ils nous procurent encore une jouissance artistique, et à certains égards ils servent de norme, ils nous sont un modèle inaccessible. Un homme ne peut redevenir enfant, sans être puéril. Mais ne se réjouit-il pas de la naïveté de l'enfant, et ne doit-il pas lui-même s'efforcer, à un niveau plus élevé, de reproduire sa vérité ? Est-ce que, dans la nature enfantine, ne revit pas le caractère de chaque époque, dans sa vérité naturelle ? Pourquoi l'enfance historique de l'humanité, au plus beau de son épanouissement, n'exercerait-elle pas l'attrait éternel du moment qui ne reviendra plus ? Il est des enfants mal élevés, et des enfants grandis trop vite. Beaucoup de peuples de l'Antiquité appartiennent à ces catégories. Des enfants normaux, voilà ce que furent les Grecs. Le charme que nous trouvons à leurs couvres d'art n'est pas contrarié par le peu d'avancement de la société où elles ont fleuri. Il en est plutôt le résultat; il est inséparable de la pensée que l'état d'immaturité sociale où cet art est né, où seul il pouvait naître, ne reviendra jamais."

    Karl Marx, Introduction générale à la critique de l'économie politique (1857)

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  • Compte-rendu du café philo : "L'histoire se répète-t-elle ?"

    Thème du débat : "L'histoire se répète-t-elle ?" 

    Date : 29 janvier 2016 à la Brasserie du centre commercial de la Chaussée

    Steve-Payne-15.jpgLe café philosophique de Montargis se réunissait le vendredi 29 janvier 2016 pour sa 54e séance qui avait pour thème : "L'histoire se répète-t-elle ?" Bruno se félicite en début de séance que ce sujet ait été choisi car l'histoire, "une passion française", n'a jamais été débattu lors des soirées philosophiques de la Chaussée.

    A priori, pour les deux premiers participants l'histoire humaine semblerait contenir des similitudes, des répétitions, alors même que nous devrions faire en sorte d'apprendre de ces répétitions : "Un peuple qui oublie son passé se condamne à le revivre" disait Winston Churchill. Stéphane Hessel écrivait, de son côté : “Hélas, l'histoire donne peu d'exemples de peuples qui tirent les leçons de leur propre histoire !” Une personne cite également Karl Marx : "L’histoire se répète toujours deux fois : la première fois comme une tragédie, la seconde fois comme une comédie." Une participante réagit : "L'histoire ne se répète pas... Il ne fait pas confondre l'histoire humaine et l'histoire des hommes". Biologiquement, l'espèce homo sapiens sapiens n'a pas évolué fondamentalement, mais pour autant sa vie en société évolue continuellement, avec des différences constantes. Les solutions ne sont jamais les mêmes".

    Qu'est-ce que l'histoire ? Se demande un participant. L'histoire est indissociable de ces dates qui s'égrainent, dans un mouvement non-répétitif. Claire réagit en soulignant que l'adoption du temps tel que nous le connaissons n'est pas objectif. Il nous est imposé un temps linéaire. Or, certaines cultures voient le temps de manière cyclique, voir ce texte de Levi-Strauss. Certaines civilisations se développent, arrivent à leur paroxysme, puis déclinent. Or, les journées ou les saisons sont une manière de voir le temps de manière cyclique. Comment parler de l'histoire? Gilles cite Fernand Braudel qui, dans son étude La Méditerranée et le monde méditerranéen à l'époque de Philippe II, découpait son essai en trois tableaux, sous trois angles : "le premier volume est une exploration sur une longue durée du temps presque immobile de la géographie et des civilisations (...) Les genres de vie qu'impose la nature et les héritages de la civilisation aux hommes de la Méditerranée... Le deuxième volume est le temps lent des grands cycles économiques et sociaux... Le troisième volume est le temps vif des brefs événements au quotidien."

    Steve-Payne-17.jpgLa problématique histoire cyclique/historie linéaire n'est pas évidente à appréhender. Ce que l'on voit déjà dans La République de Platon et la notion de décadence de la Cité. Mais ensuite pour Platon renaissent de nouveaux cycles (temporalité cyclique), avec une cohérence tant que le monde est éternel. Dans notre civilisation, cette notion de temps cyclique est encore présente, jusque dans la litanie des rois de France dont les prénoms sont presque toujours les mêmes – Louis, Charles ou Henri – avec finalement une notion rassurante – et cyclique – de l'histoire. En remettant en cause l'aspect chronologique, via des réformes des programmes scolaires, quelque part on bouscule des traditions et un courant de pensée bien ancré.

    Un participant parle de l'histoire des civilisations et de l'aspect positif de la répétition en histoire, via des traditions qui peuvent être rassurantes. Il est vrai, est-il dit, que la phrase "L'histoire se répète-t-elle ?" porte en elle très souvent quelque chose de stigmatisant ("Plus jamais ça !"). Or, la répétition pourrait aussi être positive.

    Il existe certes des similitudes historiques, dit un autre participant: la situation en l'Asie et en Chine d'aujourd'hui et la situation européenne et allemande avant la première guerre mondiale ou bien le Moyen-Orient actuel, sunnite et chiite, avec les puissances américaines et russes et la Guerre de Trente ans (1618-1648) mettant en jeu catholiques et protestants. Un participant cite deux auteurs : "Un homme sans passé est plus pauvre qu’un homme sans avenir" (Elie Wiesel) et "L'histoire est la tragédie d'une humanité qui fait son histoire mais qui ne sait pas l'histoire qu'elle fait" (Raymond Aron).

    À quoi servent les historiens, se demande une personne du public ? Quel est-il ? Un "chef de marketing ou de publicité, un manipulateur... au service du pouvoir" ? Or, les historiens ne "font" pas l'histoire : ils "l'écrivent" et "l'analysent" a posteriori. Ce sont aux politiques – qui sont dans l'action, l'immédiat, le court terme ("Le changement c'est maintenant !") de faire l'histoire ! Plusieurs philosophies de l'histoire existeraient. Une personne affirme que l'historie serait vaine en ce qu'elle serait le fruit du hasard ou de l'imprévu. L'autre dit que l'histoire serait déterminée (Hegel), obéirait à un dessein, déterminée de l'extérieur par un principe transcendant ou idéal, ou par le produit d'une logique ou d'une force immanente.

    Steve-Payne-16.jpgSi l'on prend sa propre histoire, dit une autre participante, les répétitions d'événements activent la conscience individuelle, comme l'a montré la psychogénéalogie. Or, c'est la conscience de ces répétitions qui peuvent arrêter un cycle délétère, comme la conscience de guerres à répétition entre l'Allemagne et la France au cours des siècles a conduit des hommes politiques (De Gaulle et Adenauer puis Mitterrand et Kohl) à entamer un chemin de réconciliation et de construction commune jusqu'à l'Europe. Ce serait sans doute l'interprétation de l'Histoire qui nous conduirait à juger tel ou tel événement comme répétitif : "Ce qui trouble les hommes, ce ne sont pas les événements, mais l'idée qu'ils se font des événements" disait Épictète (voir ce texte). Sans doute chercherions-nous des ressemblances pour nous rassurer et trouver des repères. Ce serait "la Raison qui gouverne le monde" comme le disait Hegel. Aujourd'hui, l'histoire est sortie de ce paradigme d'un grand Tout conduit par une Raison suprême mais la conscience est toujours là.

    À quoi sert l'Histoire, se demande à ce moment un participant ? L'histoire serait ce devoir atavique de mémoire de l'humanité, un besoin commun à l'ensemble des civilisations. Cela participe à l'enrichissement de toute culture, avec le risque que cette histoire se répète souvent pour notre malheur. L'instrumentalisation de l'histoire est ensuite évoquée, car l'histoire peut suivre des objectifs, par exemple d'union nationale, afin de bâtir un comput commun tout en laissant des ouvertures, combattre les négationnismes. Lorsqu'il y a un déni d'histoire c'est un drame. Il y a aussi un aspect artistique : l'histoire est entretenue par des artistes via l'oralité (par exemple dans les pays africains) afin d'être dans un devoir de transmission.

    Guylaine propose une définition de l'histoire : ce serait, en latin (historia), "un récit d'événements historiques mais aussi fabuleux... des sornettes", ce que l'on retrouve aussi en grec : "recherche, enquête, information" (voir à ce sujet les Enquêtes d'Hérodote : "Voici l'exposé de l'enquête effectuée par Hérodote de Thourioi, afin que les événements humains ne disparaissent pas avec le temps, et que les grands et merveilleux exploits accomplis par les Grecs et par les Barbares ne perdent pas leur renommée, concernant en particulier la cause pour laquelle ils se firent mutuellement la guerre"). L'histoire était le récit des événements d'une personne, avant qu'au XIIe siècle on s'intéresse au peuple, puis à l'humanité au XIIIe siècle. L'histoire est à la fois indissociable de la connaissance et de la narration via le récit.

    Steve-Payne-08.jpgUne participante propose de s'intéresser aux récits imaginaires, fables, contes moraux. Or, ces histoires inventées permettent de donner de la matière aux historiens. Ces sources narratives hors-sujet peuvent être à la base de connaissances objectives pour cette science non-exacte qui étudie l'espèce humaine.

    La question est aussi de savoir qui fait ce récit et dans quel but. L'histoire serait autant une science sociale qu'un roman (on parle de "roman national" pour l'histoire de France). Un roman mais aussi une fonction sociale et une vertu pédagogique, comme le prouverait cette notion de "devoir de mémoire", conspuée d'ailleurs par nombre d'historiens. Lorsque les enfants de la IIIe République apprenaient la litanie des rois de France, l'histoire avait là aussi une utilité publique : le patriotisme, les vertus de la République. Il semblerait que "les dominants font l'histoire : "C'est l'Histoire non pas avec un grand H mais avec une grande hache" (Georges Perec) !

    Après une période de récits historiques mythologiques, dit un intervenant, puis de récits de faits d'un peuple, on en serait plutôt à une analyse objective des faits ("le fait et l'objet se confondent") avec une part de subjectivité intelligente (Paul Ricoeur, voir ce texte). Par une analyse affinée de ces faits, on constate que les grands événements historiques, les guerres et les batailles, ne se répètent pas. Les grands événements, d'ailleurs, ne se répètent pas, dit une autre personne du public. Comparer la crise des migrants en Europe aujourd'hui avec celle des juifs durant la période nazie est caduc. Le contexte est scientifiquement différent et les conséquences le seront tout autant.

    La question de savoir si l'histoire se répète ou pas, est-il encore dit, se pense aussi en fonction des motivations humaines – pouvoir, fortune, etc. – qui, elles, se répètent, de cycle en cycle. Cette question est celle du déterminisme en histoire. L'histoire nous mène-t-elle vers la notion du progrès et qui s'est développée avec cette notion de Raison qui gouverne le monde ? Un participant citait Karl Marx. Pour ce dernier, il y une notion de lutte des classes qui détermine la marche historique du monde : "L'histoire de toute société jusqu'à nos jours n'a été que l'histoire de luttes de classes" disaient Karl Marx et Friedrich Engels. L'histoire tendrait vers nous. La question est de savoir ce qu'il est. Plus près de nous, Francis Fukuyama parlait de "fin de l'histoire" lorsqu'en 1989 le Mur de Berlin est tombé : "Ce à quoi nous assistons peut-être n'est pas seulement à la fin de la Guerre froide, ni à la fin d'une période particulière de l'histoire d'après-guerre, mais à la fin de l'histoire en tant que telle... C'est-à-dire le point final de l'évolution idéologique de l'humanité et l'universalisation de la démocratie libérale occidentale en tant que forme ultime du gouvernement humain" (voir aussi ce texte).

    Steve-Payne-13.jpgEn conclusion l'histoire est une étude de faits révolus et l'acteur de l'histoire est un rapport au temps présent, qui regarde derrière lui. Peut-on être à la fois acteur et analyser ce qui s'est passé. Est-ce que l'homme a une historicité ? Il n'est pas facile de répondre à cette question. Par contre, s'agissant de conscience, il convient que chacun ait du recul pour vivre. La médiation intellectuelle est plus que nécessaire : les mêmes causes entraînant peut-être les mêmes effets, l'histoire se répétera si et seulement si on ne donne pas son sens à l'histoire. Nous ne comprenons pas le passé et si nous pouvons ressortir du présent. L'historien, même avec la science et le recul, a du mal à juger l'histoire. A fortiori, pour le citoyen et le politique, tous ces acteurs de l'histoire en marche et qui se tournent vers l'avenir, la compréhension est nécessaire – et difficile. Il convient donc de se référer et faire confiance aux intellectuels, aux historiens et aux philosophes pour comprendre ce qui se passe dans le monde.

    Certes les grands hommes font l'histoire, disait Hegel (voir ce texte). Cependant, dans la société chacun a des marges d'action et peut faire, à son niveau, l'histoire sans qu'elle se répète. Le penseur doit d'avoir ce recul-là.

    La soirée se termine par le vote des sujets de la prochaine séance, qui aura lieu le vendredi 26 février 2016. Trois sujets sont mis au vote : "Faut-il s'ennuyer ?", " À quoi sert la culture ?" et "La femme est-elle un homme comme les autres ?" C'est ce dernier sujet qui est élu, de très peu.

     

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  • Marx : l'histoire de luttes des classes

    Lenine.jpg"L'histoire de toute société jusqu'à nos jours n'a été que l'histoire de luttes de classes.

    Homme libre et esclave, patricien et plébéien, baron et serf, maître de jurande [4] et compagnon, en un mot oppresseurs et opprimés, en opposition constante, ont mené une guerre ininterrompue, tantôt ouverte, tantôt dissimulée, une guerre qui finissait toujours soit par une transformation révolutionnaire de la société tout entière, soit par la destruction des deux classes en lutte.

    Dans les premières époques historiques, nous constatons presque partout une organisation complète de la société en classes distinctes, une échelle graduée de conditions sociales. Dans la Rome antique, nous trouvons des patriciens, des chevaliers, des plébéiens, des esclaves; au moyen âge, des seigneurs, des vassaux, des maîtres de corporation, des compagnons, des serfs et, de plus, dans chacune de ces classes, une hiérarchie particulière.

    La société bourgeoise moderne, élevée sur les ruines de la société féodale, n'a pas aboli les antagonismes de classes Elle n'a fait que substituer de nouvelles classes, de nouvelles conditions d'oppression, de nouvelles formes de lutte à celles d'autrefois.

    Cependant, le caractère distinctif de notre époque, de l'époque de la bourgeoisie, est d'avoir simplifié les antagonismes de classes. La société se divise de plus en deux vastes camps ennemis, en deux grandes classes diamétralement opposées : la bourgeoisie et le prolétariat.

    Des serfs du moyen âge naquirent les bourgeois des premières agglomérations urbaines; de cette population municipale sortirent les premiers éléments de la bourgeoisie."

    Karl Marx et Friedrich EngelsManifeste du Parti Communiste (1848)

     

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  • Compte-rendu du café philo : "la pauvreté est-elle le mal absolu ?"

    Thème du débat : "La pauvreté est-elle le mal absolu ?" 

    Date : 4 décembre 2015 à la Brasserie du centre commercial de la Chaussée

    épicure,platon,pascal,marx,d'aquin,smithLe vendredi 4 décembre 2015, le café philosophique de Montargis se réunissait pour un débat qui avait pour thème : "La pauvreté est-elle le mal absolu ?" Une soixantaine de personnes étaient présentes pour cette 53e séance.

    À cette question, "La pauvreté est-elle le mal absolu ?" une participante réagit par une autre question : "Est-ce que c'est la pauvreté qui est le mal absolu ou est-ce que ce sont les causes qui l'engendre ?" Une autre participante s'interroge : "Qu'est-ce que la pauvreté ?" Pour un troisième intervenant, la pauvreté serait sans doute un mal relatif. Il s'en réfère à l'Histoire et à cette vision que l'on a pu avoir de la pauvreté dans des périodes reculées, voire très reculées. Aujourd'hui le capitalisme libéral tendrait à nous montrer un miroir affreux de la pauvreté qui serait injuste : il rappelle que 67 personnes détiennent autant de richesses et de patrimoine que 3,5 milliards d'êtres humains sur terre ! Il y a une forme de différence et de comparaison et c'est cette différence qui ferait le problème. À cela s'ajoute le fait que non seulement le riche accapare la richesse universelle mais renvoie en plus ses déchets au détriment de ses contemporains. Le problème de la pauvreté tiendrait à l'écart entre deux extrêmes, un écart considéré comme inacceptable.

    Gilles souhaite s'arrêter sur des notions économiques afin de définir ce qu'est la pauvreté. Il convient d'abord, dit-il, de revenir sur la notion de revenu médian, qui était en 2012 de 1645 euros. Est pauvre la personne qui gagne moins de 60 % de ce revenu médian, soit, en 2012, de 987 euros. Il y avait huit millions de Français dans cette catégorie. La grande pauvreté est fixée à 50 % de cette valeur, soit 843 euros en 2012 et l'extrême pauvreté 760 euros, soit 1,6 millions de personnes dont beaucoup de familles monoparentales. Le seuil de la pauvreté internationale est définie par l'économiste Martin Ravallion qui parle du seuil de pauvreté monétaire "nécessaire à la survie de l'individu". En 1992, elle était de 1,25 dollars par jour. Elle est de 1,90 dollars en 2015. En France, le RSA est de 524,16 euros pour une personne seule (786 euros pour une personne avec un enfant). L'allocation de solidarité des personnes âgées (le minimum vieillesse) est de 800 euros par mois pour une personne seule et de 1 242 euros par mois pour un couple.

    épicure,platon,pascal,marx,d'aquin,smithUne participante réagit en critiquant cette notion de calcul de la pauvreté en fonction du revenu et du calcul selon le revenu médian. Il conviendrait de s'interroger sur la somme dont une personne a besoin pour vivre correctement, se loger, se nourrir. D'ailleurs, dans certaines tribus, la notion de pauvreté n'a pas de sens à partir du moment où chacun parvient à vivre correctement.

    Derrière ces chiffres, dit Bruno, il y a la réalité, y compris une réalité morale. Un économiste peut calculer de manière froide ce qu'est la pauvreté mais, derrière, il y a le vécu de tel ou tel. La question du débat de ce soit, "La pauvreté est-elle le mal absolu ?", peut interpeller. Il semblerait qu'aujourd'hui, le pauvre n'existe plus, ou du moins qu'il n'a plus droit de cité. On ne parle aujourd'hui plus de "pauvre". Non pas que la pauvreté ait disparu mais force est de constater que le vocabulaire contourne cette notion. On parle plus volontiers de gens modestes, indigents, démunis, précaires, de ménages ne pouvant joindre les deux bouts, de SDF, de fins de droit. À la limite, en terme d'économie, la notion de pauvreté est encore présente (seuil de pauvreté, travailleurs pauvres, etc.) mais la pauvreté serait considérée comme un mal tel que nous refusons jusqu'à nommer "pauvre" un pauvre. La pauvreté, pour une intervenante, est "le mal absolu de la société", "son talon d’Achille". Il faut la cacher aux yeux de tous car c'est une honte.

    La pauvreté peut également être vue, dit un participant, sous un angle moral, intellectuel, toutes ces pauvretés semblant être liés. Ne parle-t-on pas de misère "affective" ou de misère "intellectuelle" ? L'auteur post-moderne Michel Houellebecq parle "d'extension du domaine de la lutte" en parlant de cette inégalité entre riches et pauvres étendue au domaine affectif et sexuel. La difficulté affective, intellectuelle et sociale est abordée par une autre intervenante. Cette pauvreté recouvrerait la difficulté qu'ont les gens à dire ce qu'ils sont réellement. Gilles cite Karl Marx "La pauvreté est le lien passif qui fait que l’homme éprouve le besoin de la plus grande des richesses : autrui." Parler de la pauvreté ne saurait se limiter à "l'avoir" que l'on a que l'on n'a pas. Ce serait aussi, insiste une personne de l'assistance, une question "d'être". Être pauvre serait aussi être mal !

    épicure,platon,pascal,marx,d'aquin,smithPour en revenir à cette notion de pauvreté matérielle, la pauvreté serait causée, dit Claire, par "la malédiction de la rareté", selon laquelle il y n'y aurait pas assez de ressources sur terre pour satisfaire tous les besoins. Donc, la solution serait d'agir soit sur les ressources soit sur les besoins. Mais étant ancrés dans une civilisation essentiellement hédoniste, nous sommes à mille lieues de changer notre vision des besoins. Épicure disait : comment devenir riche ? Il ne faut pas augmenter nos biens mais diminuer nos besoins ("La belle chose, que le contentement dans la pauvreté !"). C'est un grand défi de nos civilisations modernes qui ont longtemps voulu rendre abondant ce qui était rare. Or, cela ne fait que créer une sous-couche de pauvreté (sous-prolétariat), frustrée d'être mise à l'écart de cette abondance. Bruno ajoute que la notion de pauvreté qui a évolué avec le temps. Platon estimait ainsi que la pauvreté était un danger pour la Cité ("Si un État veut éviter la désintégration civile, il ne faut pas permettre à la pauvreté et à la richesse extrême de se développer dans aucune partie du corps civil", voir ce lien). Puis, à partir du Moyen Âge, est venu le concept de la pauvreté évangélique, une pauvreté acceptée voire revendiquée, avec la charité comme action vertueuse. Nous y reviendrons. Les Révolutions industrielles au XIXe siècle et la remise en cause du paradigme chrétien a été un retour de balancier : la lutte contre la pauvreté est devenue centrale et cette lutte est encore présente aujourd'hui. La question est aussi de savoir si notre objectif social est de devenir plus riche ou de consommer moins (décroissance). Une participante ajoute que pendant des millénaires la norme était que toute personne était pauvre et que seule une minorité pouvait prétendre à la richesse. Or, aujourd'hui, dans nos civilisations dites "avancées" être pauvre est anormal et "mal", justement parce que la richesse intrinsèque des nations modernes est importante "et que chacun voudrait avoir sa part du gâteau".

    épicure,platon,pascal,marx,d'aquin,smithQu'est-ce que la pauvreté et en quoi est-elle un mal absolu ? Se demande un intervenant. S'agit-il de la pauvreté relative définie par des notions économiques ou bien de la pauvreté absolue, cette pauvreté "mère de tous les maux" - délinquance, maladie, dénuement complet ? Ne pas pouvoir avoir accès à la santé, à la culture, à la sociabilisation, à la nourriture et au logement sont de véritables fléaux. Claire à ce sujet fait la distinction entre pauvreté et misère. Thomas d'Aquin a conjecturé que la pauvreté était un manque de superflu et la misère un manque de nécessaire. Pour Adam Smith, la pauvreté est la privation des nécessités de la vie quotidienne. C'est en soi une notion large et floue. Si la pauvreté est-elle le mal absolu, de quelle pauvreté parlons-nous ? Parle-t-on des gens affamés ou bien de cette vie frugale prêchée par beaucoup de philosophes. Ces derniers font l'éloge d'une vie pauvre, simple et essentielle mais ils ne font absolument pas l'éloge de la misère. La pauvreté peut créer une atmosphère d'entraide et d'humanité : "Passer de l'appauvrissement à la pauvreté, comme on va de l'humiliation à l'humilité" disait Blaise Pascal. La misère, elle, est un point de non-retour. Un intervenant s'interroge : qui aujourd'hui serait prêt à choisir la pauvreté ou la sobriété – pour prendre un terme plus doux ?

    Un participant considère en effet que la pauvreté est un mal relatif et non absolu. La lutte contre la pauvreté serait dans les cordes de l'humanité, mais c'est une question de volonté. La pauvreté, dit encore une intervenante, est dans le vécu. Vivre modestement, voire chichement, ne saurait être une entrave au bonheur. Pierre Rabhi parle même de "sobriété heureuse" ajoute une autre personne du public. A-t-on besoin du superflu ? Il semblerait que non, malgré la pression sociale pour avoir la dernière voiture, le dernier téléphone portable. Ce combat quotidien peut au contraire conduire au malheur voire au désespoir, comme le remarquait Sœur Emmanuelle qui comparait la société française avec les chiffonniers du Caire.

    épicure,platon,pascal,marx,d'aquin,smithParler de la pauvreté c'est aussi parler de la comparaison avec mon voisin que j'estime plus riche que moi, avec une plus grosse voiture, une plus belle maison, de meilleurs revenus. Il s'agit d'une sorte d'affrontement et de défiance, avec la richesse et la pauvreté comme éléments clés. Ce que je n'ai pas m'enfoncer bien plus que ce que je possède. Le rassasiement pourrait ne jamais venir, même pour les personnes les plus fortunées.

    La sobriété semblerait être le pendant bénéfique d'une pauvreté/dénuement. Ce serait une lutte assumée contre l'abondance, avec comme notion centrale la liberté et la raison. À ce sujet, ajoute une participante, Victor Hugo disait : "Qui n'est pas capable d'être pauvre, n'est pas capable d'être riche." Lao Tseu, lui, écrivait : "Celui qui a bien compris le sens du mot "assez" aura toujours suffisamment". La pauvreté viendrait de notre attachement au bien matériel et plus on en a et plus en a besoin, et moins on est libre. Un intervenant n'est pas d'accord : la vraie pauvreté lui semble être une réalité rarement choisie, a fortiori dans des États riches. Pour une autre intervenante, en effet, le point de cristallisation est le choix, dans une société abondante permettant d'aller à l'opéra, de choisir de beaux vêtements et de vivre plus confortablement.

    Gilles revient sur la pauvreté monétaire théorisé dans les années 50 par Martin Ravallion. Un autre économiste, l'Indien Amartya Sen, Prix Nobel d'économie en 1998, a travaillé sur les famines (Poverty and famin, 1981). Il parle de "capabilité" (capability) : les pauvres ne possèdent pas ces capacités à être ou à faire compte tenu de leurs capacités personnelles et des circonstances extérieures.

    épicure,platon,pascal,marx,d'aquin,smithLa pauvreté peut-elle être éradiquée ? Demande une participante. Gilles répond que Joseph Wresinski a travaillé sur la grande pauvreté en fondant ATD Quart Monde. Il a posé cette question de l'éradication de la grande pauvreté et de la précarité économique, notamment dans un rapport en 1987. Il disait ceci : "L'humiliation des pauvres n'est pas seulement injuste à nos yeux. Elle est la négation de l'honneur des pauvres. Elle est une atteinte fondamentale à leur dignité. Elle fait un type d'homme tel que Dieu et l'histoire des hommes l'ont créé". En 1987, rappelle Gilles, se posait l'éradication de la grande pauvreté qui augmentait sans cesse, après une quasi-disparition durant les Trente Glorieuses en raison de l'industrialisation. Cette éradication pourrait être possible mais, d'après un intervenant elle n'est pas forcément souhaitée par une petite oligarchie qui pourrait profiter de cette pauvreté pour s'enrichir (Voir un précédent débat du café philosophique de Montargis, "Les riches le méritent-ils ?"). Or, cette richesse semblerait être souhaitée par nombre de personnes qui ne refuseraient pas d'entrer dans cette oligarchie. En retour, cette classe soudée par la fortune ne serait pas fermée aux nouveaux entrants, dans la mesure où ces derniers sont riches : "Ne dites pas du mal des riches, ça pourrait vous arriver".

    L'éradication de la pauvreté paraîtrait selon une participante en effet difficile à atteindre. Limiter ses besoins apparaîtrait pour beaucoup insurmontable. Par ailleurs, les aides reçues pourraient être des freins à l'imagination et à l'inventivité, au risque d'une compétitivité entre pauvres pour s'en sortir, comme le rajoute une participante.

    épicure,platon,pascal,marx,d'aquin,smithLa pauvreté étant relative considère une autre personne, l'éradication de la pauvreté pourrait advenir lorsque tout le monde sera pauvre : alors, personne ne pourra comparer ses richesses avec celles de son voisin puisque chacun sera logé à la même enseigne ! Alors, il n'y aura plus de pauvre ! Derrière cette affirmation provocatrice, ajoute cette intervenante, la question est de savoir si chacun de nous est prêt à laisser les biens qui nous sont chers. À ce sujet, il existe un texte des Évangiles prônant la pauvreté :"Il est bien plus difficile à un riche d'entrer dans le Royaume de Dieu qu'un chameau d'entrer dans le chat d'une aiguille" (voir le texte en ligne). Bruno revient sur cette notion de pauvreté évangélique qui a marqué l'histoire de nos sociétés. Le Sermon sur la Montagne, qui contient la citation célèbre "Heureux les pauvres...", semblerait avoir été détourné de son sens. Le "Heureux les pauvres" aurait une connotation révolutionnaire que les théologiens de la Libération ont rappelé : "Heureux les pauvres : grâce à moi ils ne seront plus pauvres". On le voit, Jésus ne serait pas ce prêcheur consolant les pauvres mais celui qui leur promettrait la richesse ici et maintenant. On le voit la pauvreté évangélique ne semblerait pas être acquise, y compris au sein de la sphère religieuse, comme le montre un extrait du Nom de la Rose d'Umberto Eco où Franciscains et proches du pape se chamaillent et s'insultent au sujet de la pauvreté évangélique.

    À ce point du débat, une intervenante s'interroge sur l'image qui se dessine du pauvre. Deviendrait-il un personnage à part entière, miséreux et caricatural. Or, qui n'est pas pauvre ? Beaucoup d'entre nous viennent de familles pauvres, sans pour autant que cela nous ait frappé. Pourquoi ? Parce que cette pauvreté n'est pas vécue ainsi, parce que l'éducation, l'échange et la culture l'emportent sur tout autre aspect économique. On peut avoir la sensation de vivre modestement, "de devoir faire attention", d'être "dans la dèche" mais pas de vivre dans une pauvreté.

    Claire rappelle qu'est miséreux celui qui n'arrive pas à subvenir à ses besoins fondamentaux, à survivre. Est pauvre celui qui l'est au regard d'autrui, "qui se l'entend dire", "qui reçoit une frustration existentielle et corrosive parce qu'il est dépossédé de bien qu'on lui fait croire indispensables".

    Bruno conclut ce débat par une citation de Dominique Lapierre, l'auteur de La Cité de la Joie : "Il est facile à tout homme de reconnaître et de glorifier les richesses du monde, mais seul un pauvre peut connaître la richesse qu'est la pauvreté."

    La soirée se conclue par le vote du sujet de la séance suivante, prévue le vendredi 29 janvier 2016. Trois sujets sont mis au vote : "L'homme est-il un loup pour l'homme ?", "Y a-t-il des guerres justes ?" et "L'Histoire se répète-t-elle ?" C'est ce dernier sujet, "L'Histoire se répète-t-elle ?", qui est choisi par les participants. 

    Philo-galerie

    Les illustrations de ce compte-rendu sont tirées du film Les Temps modernes de Charlie Chaplin.

     

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