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  • Ils ont dit, au sujet de ma liberté

    " Nous délibérons sur les choses qui dépendent de nous et que nous pouvons réaliser." [Aristote]

    "La liberté, c'est l'indépendance de la pensée." [Épictète]

    "La vraie liberté est de pouvoir toute chose sur soi." [Montaigne]

    "Au reste, il est si évident que nous avons une volonté libre, qui peut donner son consentement ou ne pas le donner, quand bon lui semble." [René Descartes]

    "La liberté est le droit de faire ce que les lois permettent." [Montesquieu]

    "J'appelle libre une chose qui est et agit par la seule nécessité de sa nature ; contrainte, celle qui est déterminée par une autre chose à exister et à agir d'une certaine façon déterminée." [Baruch Spinoza]

    "Telle est cette liberté humaine que tous se vantent de posséder et qui consiste en cela seul que les hommes ont conscience de leurs appétits et ignorent les causes qui les déterminent." [Baruch Spinoza]

    "Les hommes se trompent en ce qu'ils pensent être libres." [Baruch Spinoza]

    “Que les gens sont absurdes ! Ils ne se servent jamais des libertés qu'ils possèdent, mais réclament celles qu'ils ne possèdent pas ; ils ont la liberté de pensée, ils exigent la liberté de parole.” [Sören Kierkegaard]

    "Je est un autre. Si le cuivre s’éveille clairon, il n’y a rien de sa faute. Cela m’est évident : j’assiste à l’éclosion de ma pensée : je la regarde, je l’écoute : je lance un coup d’archet : la symphonie fait son remuement dans les profondeurs, ou vient d’un bond sur la scène." [Arthur Rimbaud]

    “C’est par la grâce de Dieu que nous avons ces trois précieuse choses : la liberté de parole, la liberté de penser et la prudence de n’exercer ni l’une ni l’autre.” [Mark Twain]

    "Le domaine de la liberté commence là où s’arrête le travail déterminé par la nécessité." [Karl Marx]

    "On ne peut enfermer un homme dans ses actes, ni dans ses oeuvres ; ni même dans ses pensées, où lui-même ne peut s'enfermer, car nous savons par expérience propre et continuelle que ce que nous pensons et faisons à chaque instant n'est jamais exactement nôtre ; mais tantôt un peu plus, tantôt un peu moins." [Paul Valéry]

    "Dans le cours des siècles, la science a infligé à l'égoïsme naïf de l'humanité deux graves démentis. La première fois, ce fut lorsqu'elle a montré que la terre, loin d'être le centre de l'univers, ne forme qu'une parcelle insignifiante du système cosmique dont nous pouvons à peine nous représenter la grandeur. Cette première démonstration se rattache pour nous au nom de Copernic, bien que la science alexandrine ait déjà annoncé quelque chose de semblable. Le second démenti fut infligé à l'humanité par la recherche biologique, lorsqu'elle a réduit à rien les prétentions de l'homme à une place privilégiée dans l'ordre de la création, en établissant sa descendance du règne animal et en montrant l'indestructibilité de sa nature animale. Cette dernière révolution s'est accomplie de nos jours, à la suite des travaux de Ch. Darwin, de Wallace et de leurs prédécesseurs, travaux qui ont provoqué la résistance la plus acharnée des contemporains. Un troisième démenti sera infligé à la mégalomanie humaine par la recherche psychologique de nos jours qui se propose de montrer au moi qu'il n'est seulement pas maître dans sa propre maison." [Sigmund Freud]

    "Le dandy se rassemble, se forge une unité, par la force même du refus. Dissipé en tant que personne privée de règle, il sera cohérent en tant que personnage." [Albert Camus]

    “Que préfères-tu, celui qui veut te priver de pain au nom de la liberté ou celui qui veut t’enlever ta liberté pour assurer ton pain ?" [Albert Camus]

    "L’idée qui sort de ces contes, c’est la prédestination, que des théologiens mirent plus tard en doctrine ; et cela s’exprime ainsi : la destinée de chacun est fixée quoi qu’il fasse. Ce qui n’est point scientifique du tout." [Alain]

    "C’est ainsi que nous vivons ; à chaque instant nous échappons à un malheur parce que nous le prévoyons ; ainsi ce que nous prévoyons, et très raisonnablement, n’arrive pas." [Alain]

    "Je n’espère rien, je ne crains rien, je suis libre" [Níkos Kazantzákis]

    "Quand un homme se sacrifie lui-même, il dépasse en grandeur la Divinité, car comment Dieu, infini et tout-puissant, pourrait-il faire le sacrifice de Lui-même? Tout au plus peut-il sacrifier son Fils Unique." [Somerset Maugham]

    "En fait, nous sommes une liberté qui choisit, mais nous ne choisissons pas d'être libres : nous sommes condamnés à la liberté.” [Jean-Paul Sartre]

    "Il y a au moins un être chez qui l'existence précède l'essence, un être qui existe avant de pouvoir être défini par un aucun concept... Et cet être c'est l'homme." [Jean-Paul Sartre]

    "En me choisissant, je choisis l'homme." [Jean-Paul Sartre]

    "La première démarche de l’existentialisme est de mettre l'homme en possession de ce qu'il est et de faire reposer sur lui la responsabilité totale de l’existence." [Jean-Paul Sartre]

    "Un homme n'est rien d'autre qu'une série d'entreprises... Il est la somme, l'organisation, l'ensemble des relations qui constituent ces entreprises." [Jean-Paul Sartre]

    "La liberté est une, mais elle se manifeste diversement selon les circonstances. A tous les philosophes qui s'en font les défenseurs, il est permis de poser une question préalable : à propos de quelle situation privilégiée avez-vous fait l'expérience de votre liberté ? C'est une chose, en effet, d'éprouver qu'on est libre sur le plan de l'action, de l'entreprise sociale ou politique, de la création dans les arts, et autre chose de l'éprouver dans l'acte de comprendre et de découvrir." [Jean-Paul Sartre]

    "Une liberté qui ne s'emploie qu'à nier la liberté doit être niée.” [Simone de Beauvoir]

    "J’ai traité le déterminisme physique de cauchemar. C’est un cauchemar parce qu’il affirme que le monde entier, avec tout ce qu’il contient est un gigantesque automate, et que nous ne sommes rien d’autre que des petits rouages, ou des sous-automates dans le meilleur des cas." [Karl Popper]

    "Nous naissons déterminés et nous avons une petite chance de devenir libres" [Pierre Bourdieu]

    "Mais que peut valoir la vie, si la première répétition de la vie est déjà la vie même ? C'est ce qui fait que la vie ressemble toujours à une esquisse." [Milan Kundera]

    "La liberté de pensée est absolue ou elle n'est rien." [Luc Ferry]

    "L'homme est cet être qui peut se résumer lui-même après s'être formé en jouant avec le hasard." [Peter Sloterdijk]

    "Quiconque dit "je" cherche à s'illusionner sur lui-même." [Peter Sloterdijk]

    "Nous sommes des produits pédagogiques semi-finis qui doivent mener seuls leur production à son terme." [Peter Sloterdijk]

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  • Marx : Le règne de la liberté

    Le-capital.png"À la vérité, le règne de la liberté commence seulement à partir du moment où cesse le travail dicté par la nécessité et les fins extérieures ; il se situe donc, par sa nature même, au-delà de la sphère de la production matérielle proprement dite. Tout comme l'homme primitif, l'homme civilisé est forcé de se mesurer avec la nature pour satisfaire ses besoins, conserver et reproduire sa vie ; cette contrainte existe pour l'homme dans toutes les formes de la société et sous tous les types de production. Avec son développement, cet empire de la nécessité naturelle s'élargit parce que les besoins se multiplient ; mais, en même temps, se développe le processus productif pour les satisfaire. Dans ce domaine, la liberté ne peut consister qu'en ceci : les producteurs associés - l'homme socialisé - règlent de manière rationnelle leurs échanges organiques avec la nature et les soumettent à leur contrôle commun au lieu d'être dominés par la puissance aveugle de ces échanges ; et ils les accomplissent en dépensant le moins d'énergie possible, dans les conditions les plus dignes, les plus conformes à leur nature humaine. Mais l'empire de la nécessité n'en subsiste pas moins. C'est au-delà que commence l'épanouissement de la puissance humaine qui est sa propre fin, le véritable règne de la liberté qui, cependant, ne peut fleurir qu'en se fondant sur ce règne de la nécessité. La réduction de la journée de travail est la condition fondamentale de cette libération."

    Karl Marx, Le Capital (1867)

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  • Compte-rendu du débat : "Qu'est-ce qu'une oeuvre d'art ?"

    Le samedi 10 décembre 2016, le café philosophique de Montargis se réunissait de manière tout à fait exceptionnelle au Centre d’art contemporain des Tanneries d’Amilly, à l’occasion de l’exposition "Histoire des formes" pour un débat sur cette question : "Qu’est-ce qu’une œuvre d’art ?" C’est la deuxième fois que le café philo se décentralise, trois ans après une séance à l’AGART d’Amilly ("Un bon artiste est-il le Surhomme ?").

    Ce débat dans un lieu prestigieux ("une œuvre d'art à part entière", commente une personne du public au sujet du bâtiment des Tanneries) était précédé d’une visite de l’exposition temporaire par Jeanne Pelloquin, médiatrice culturelle au centre des Tanneries. Cette visite commentée, visible sur ce lien, dit Bruno, est une entrée en matière passionnante pour parler d’un sujet, l’art, qui, a priori est aux antipodes de la philosophie. L’art est de l’ordre de la création et au sensible alors que la philosophie s’occupe de concepts. Voilà donc deux domaines irréconciliables. Pourtant, les philosophes ont souvent eu à dire beaucoup de choses sur l’art (Hegel, par exemple). En outre, philosophie et art se répondent et s’influencent mutuellement. Ainsi, les grands ouvrages de Friedrich Nietzsche sont des œuvres poétiques et littéraires à part entière (comme le montre cet extrait de Par delà le Bien et le Mal). La poésie et l’art nourrissent la philosophie et sont les premières strates de la pensée. Ainsi, la visite commentée aux Tanneries entend être la première étape du débat sur cette question : "Qu’est-ce qu’une œuvre d’art ?"

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  • Sans commentaire

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  • Ils ont dit, au sujet des oeuvres d'art

    "L'art d'imiter est donc bien éloigné du vrai, et, s'il peut tout exécuter, c'est, semble-t-il, qu'il ne touche qu'une petite partie de chaque chose, et cette partie n'est qu'un fantôme." [Platon]

    "Ce n’est pas un art (…) qui se trouve en toi et te rend capable de bien parler d’Homère. Non, c’est une puissance divine qui te met en mouvement." [Platon]

    "L’épopée, et la poésie tragique comme aussi la comédie, l’art du poète de dithyrambe et, pour la plus grande partie, celui du joueur de flûte et de cithare, se trouvent tous être, d’une manière générale, des imitations. Mais ils diffèrent les uns des autres par trois aspects : ou bien ils imitent par des moyens différents, ou bien ils imitent des objets différents, ou bien ils imitent selon des modes différents, et non de la même manière." [Aristote]

    "Mais ce qui plaira à plus de gens, pourra être nommé simplement le plus beau, ce qui ne saurait être déterminé." [René Descartes]

    "Le génie est la disposition innée de l’esprit (ingenium) par laquelle la nature donne ses règles à l’art." [Emmanuel Kant]

    "Et ainsi on ne peut pas dire : à chacun son goût. Cela reviendrait à dire - il n'y a pas de goût, c'est-à-dire pas de jugement esthétique qui puisse légitimement prétendre à l'assentiment universel." [Emmanuel Kant]

    "Aucun Homère, aucun Wieland ne pourrait montrer comment ses idées riches en poésie et pourtant lourdes de pensées surgissent et s'assemblent dans son cerveau, car lui-même ne le sait pas et il ne peut donc l'enseigner à un autre." [Emmanuel Kant]

    "D’une façon générale, il faut dire que l’art, quand il se borne à imiter, ne peut rivaliser avec la nature." [Hegel]
    "L'œuvre d'art, tout en ayant une existence sensible, n'a pas besoin d'avoir une réalité tangiblement concrète ni d'être effectivement vivante" [Hegel]

    "Rien ne nous empêche de dire que, comparée à cette réalité, l'apparence de l'art est illusoire; mais l'on peut dire avec autant de raison que ce que nous appelons réalité est une illusion plus forte, une apparence plus trompeuse que l'apparence de l'art." [Hegel]

    "Le sensible peut avoir avec l'esprit plusieurs sortes de relations. La plus médiocre, la moins appropriée à l'esprit, c'est l'appréhension purement sensible." [Hegel]

    "Il est permis de soutenir dès maintenant que le beau artistique est plus élevé que le beau dans la nature. Car la beauté artistique est la beauté née et comme deux fois née de l'esprit." [Hegel]

    "Ce qui donne au tragique, quelle qu’en soit la forme, son élan particulier vers le sublime, c’est la révélation de cette idée que le monde, la vie sont impuissants à nous procurer aucune satisfaction véritable et sont par suite indignes de notre attachement : telle est l’essence de l’esprit tragique ; il est donc le chemin de la résignation." [Arthur Schopenhauer]

    "La forme, c’est le fond qui remonte à la surface." [Victor Hugo]

    "J’ai essayé d’exprimer les terribles passions de l’humanité au moyen du rouge et du vert." [Vincent Van Gogh]

    "Nommer un objet, c'est supprimer les trois quarts de la jouissance du poème, qui est faite du bonheur de deviner peu à peu : le suggérer, voilà le rêve." [Stéphane Mallarmé]

    "Des enfants normaux, voilà ce que furent les Grecs. Le charme que nous trouvons à leurs couvres d'art n'est pas contrarié par le peu d'avancement de la société où elles ont fleuri. Il en est plutôt le résultat; il est inséparable de la pensée que l'état d'immaturité sociale où cet art est né, où seul il pouvait naître, ne reviendra jamais." [Karl Marx]

    "Il faut avoir du chaos en soi pour enfanter une étoile dansante." [Friedrich Nietzsche]

    "L’art favorise la vie en rendant l’horreur sublime et l’absurde comique." [Friedrich Nietzsche]

    "Nous avons l’art afin de ne pas mourir de la vérité." [Friedrich Nietzsche]

    " L'instinct le plus profond de l'artiste va-t-il à l'art, ou bien n'est-ce pas plutôt au sens de l'art, à la vie, à un désir de vie ? - L'art est le grand stimulant à la vie : comment pourrait-on l'appeler sans fin, sans but, comment pourrait-on l'appeler l'art pour l'art ?" [Friedrich Nietzsche]

    "Les abrutis ne voient le beau que dans les belles choses." [Arthur Cravan]

    "Il existe notamment un chemin de retour qui conduit de la fantaisie à la réalité : c'est l'art." [Sigmund Freud]

    "L'art ne reproduit pas le visible, il rend visible." [Paul Klee]

    "Mettez-vous dans la tête qu’on ne fait pas de progrès." [Francis Picabia]

    "La philosophie n'est pas l'art, mais elle a avec l'art de profondes affinités. Qu'est-ce que l'artiste ? C'est un homme qui voit mieux que les autres car il regarde la réalité nue et sans voiles." [Henri Bergson]

    "Le goût – bon ou mauvais – est une habitude." [Marcel Duchamp]

    "L'art naît... de la fascination de l'insaisissable, du refus de copier des spectacles, de la volonté d'arracher les formes au monde que l'homme subit pour les faire entrer dans celui qu'ils gouvernent ... Les grands artistes ne sont pas les transcripteurs du monde, ils en sont les rivaux." [André Malraux]

    "L'art est ce par quoi les formes deviennent style" [André Malraux]

    "Qu'est-ce que la technique moderne? Elle aussi est un dévoilement. C'est seulement lorsque nous arrêtons notre regard sur ce trait fondamental que ce qu'il y a de nouveau dans la technique moderne se montre à nous." [Martin Heiddegger]

    "La qualité esthétique de la jouissance, et même le divertissement, a toujours été inséparable de l'essence de l'art, quelque tragique, quelque exempte de compromis que soit l'œuvre d'art. La proposition d'Aristote sur l'effet purificateur de l'art résume la double fonction de l'art qui est à la fois d'opposer et de réconcilier, de dénoncer et d'acquitter, de faire resurgir ce qui est refoulé et de le refouler à nouveau, sous une forme « purifiée »." [Herbert Marcuse]

    "L'œuvre d'art est une forme, c'est-à-dire un mouvement arrivé à sa conclusion : en quelque sorte un infini contenu dans le fini. Sa totalité résulte de sa conclusion et doit donc être considérée non comme la fermeture d'une réalité statique et immobile, mais comme l'ouverture d'un infini qui s'est rassemblé dans une forme." [Luigi Pareyson]

    "À la vérité « l’Art » n’a pas d’existence propre. Il n’y a que des artistes." [Ernst Gombrich]

    "La peinture transforme donc un texte en figures énigmatiques. Le travail du rêve, les opérations décrites par Freud pour rendre compte de ce travail que fait le rêve, transforment les pensées en images, tout comme un tableau." [Daniel Arasse]

    "L'œuvre est ouverte au sens où l'est un débat : on attend, on souhaite une solution, mais elle doit naître d'une  prise de conscience du public. L'ouverture devient instrument de pédagogie révolutionnaire." [Umberto Eco]

    "Au royaume du kitsch s’exerce la dictature du cœur." [Milan Kundera]

    "Le nouveau n’est pas nouveau." [Ben]

    "Comprendre une œuvre d’art, c’est mesurer exactement les raisons qui nous la rendent inintelligible à jamais." [Renaud Camus]

    "C’est ce que j’ai appelé, dans la conclusion de mon livre, « le paradoxe permissif », c’est-à-dire le fait qu’en approuvant et en intégrant les propositions transgressives, les institutions de l’art contemporain vont, d’une certaine façon, à l’encontre de ce que font les artistes qu’elles prétendent soutenir." [Nathalie Heinich]

    "Chacun de nous a trois existences. Une existence de chose : nous sommes un corps. Une existence d'esprit : nous sommes une conscience. Et une existence de discours : nous sommes ce dont les autres parlent." [Eric-Emmanuel Schmitt]

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  • Marx : art et immaturité sociale

    marx"L'art grec suppose la mythologie grecque, c'est-à-dire la nature et les formes sociales, déjà élaborées au travers de l'imagination populaire d'une manière inconsciemment artistique. Ce sont là ses matériaux. Non pas une mythologie quelconque, c'est-à-dire une façon quelconque de transformer inconsciemment la nature en art (ici le mot nature désigne tout ce qui est objectif, y compris la société). La mythologie égyptienne n'eût jamais pu être le sol, le sein maternel qui eût produit l'art grec...

    Mais la difficulté n'est pas de comprendre que l'art grec et l'épopée sont liés à certaines formes du développement social. La difficulté, la voici : ils nous procurent encore une jouissance artistique, et à certains égards ils servent de norme, ils nous sont un modèle inaccessible. Un homme ne peut redevenir enfant, sans être puéril. Mais ne se réjouit-il pas de la naïveté de l'enfant, et ne doit-il pas lui-même s'efforcer, à un niveau plus élevé, de reproduire sa vérité ? Est-ce que, dans la nature enfantine, ne revit pas le caractère de chaque époque, dans sa vérité naturelle ? Pourquoi l'enfance historique de l'humanité, au plus beau de son épanouissement, n'exercerait-elle pas l'attrait éternel du moment qui ne reviendra plus ? Il est des enfants mal élevés, et des enfants grandis trop vite. Beaucoup de peuples de l'Antiquité appartiennent à ces catégories. Des enfants normaux, voilà ce que furent les Grecs. Le charme que nous trouvons à leurs couvres d'art n'est pas contrarié par le peu d'avancement de la société où elles ont fleuri. Il en est plutôt le résultat; il est inséparable de la pensée que l'état d'immaturité sociale où cet art est né, où seul il pouvait naître, ne reviendra jamais."

    Karl Marx, Introduction générale à la critique de l'économie politique (1857)

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  • Compte-rendu du café philo : "L'histoire se répète-t-elle ?"

    Thème du débat : "L'histoire se répète-t-elle ?" 

    Date : 29 janvier 2016 à la Brasserie du centre commercial de la Chaussée

    Steve-Payne-15.jpgLe café philosophique de Montargis se réunissait le vendredi 29 janvier 2016 pour sa 54e séance qui avait pour thème : "L'histoire se répète-t-elle ?" Bruno se félicite en début de séance que ce sujet ait été choisi car l'histoire, "une passion française", n'a jamais été débattu lors des soirées philosophiques de la Chaussée.

    A priori, pour les deux premiers participants l'histoire humaine semblerait contenir des similitudes, des répétitions, alors même que nous devrions faire en sorte d'apprendre de ces répétitions : "Un peuple qui oublie son passé se condamne à le revivre" disait Winston Churchill. Stéphane Hessel écrivait, de son côté : “Hélas, l'histoire donne peu d'exemples de peuples qui tirent les leçons de leur propre histoire !” Une personne cite également Karl Marx : "L’histoire se répète toujours deux fois : la première fois comme une tragédie, la seconde fois comme une comédie." Une participante réagit : "L'histoire ne se répète pas... Il ne fait pas confondre l'histoire humaine et l'histoire des hommes". Biologiquement, l'espèce homo sapiens sapiens n'a pas évolué fondamentalement, mais pour autant sa vie en société évolue continuellement, avec des différences constantes. Les solutions ne sont jamais les mêmes".

    Qu'est-ce que l'histoire ? Se demande un participant. L'histoire est indissociable de ces dates qui s'égrainent, dans un mouvement non-répétitif. Claire réagit en soulignant que l'adoption du temps tel que nous le connaissons n'est pas objectif. Il nous est imposé un temps linéaire. Or, certaines cultures voient le temps de manière cyclique, voir ce texte de Levi-Strauss. Certaines civilisations se développent, arrivent à leur paroxysme, puis déclinent. Or, les journées ou les saisons sont une manière de voir le temps de manière cyclique. Comment parler de l'histoire? Gilles cite Fernand Braudel qui, dans son étude La Méditerranée et le monde méditerranéen à l'époque de Philippe II, découpait son essai en trois tableaux, sous trois angles : "le premier volume est une exploration sur une longue durée du temps presque immobile de la géographie et des civilisations (...) Les genres de vie qu'impose la nature et les héritages de la civilisation aux hommes de la Méditerranée... Le deuxième volume est le temps lent des grands cycles économiques et sociaux... Le troisième volume est le temps vif des brefs événements au quotidien."

    Steve-Payne-17.jpgLa problématique histoire cyclique/historie linéaire n'est pas évidente à appréhender. Ce que l'on voit déjà dans La République de Platon et la notion de décadence de la Cité. Mais ensuite pour Platon renaissent de nouveaux cycles (temporalité cyclique), avec une cohérence tant que le monde est éternel. Dans notre civilisation, cette notion de temps cyclique est encore présente, jusque dans la litanie des rois de France dont les prénoms sont presque toujours les mêmes – Louis, Charles ou Henri – avec finalement une notion rassurante – et cyclique – de l'histoire. En remettant en cause l'aspect chronologique, via des réformes des programmes scolaires, quelque part on bouscule des traditions et un courant de pensée bien ancré.

    Un participant parle de l'histoire des civilisations et de l'aspect positif de la répétition en histoire, via des traditions qui peuvent être rassurantes. Il est vrai, est-il dit, que la phrase "L'histoire se répète-t-elle ?" porte en elle très souvent quelque chose de stigmatisant ("Plus jamais ça !"). Or, la répétition pourrait aussi être positive.

    Il existe certes des similitudes historiques, dit un autre participant: la situation en l'Asie et en Chine d'aujourd'hui et la situation européenne et allemande avant la première guerre mondiale ou bien le Moyen-Orient actuel, sunnite et chiite, avec les puissances américaines et russes et la Guerre de Trente ans (1618-1648) mettant en jeu catholiques et protestants. Un participant cite deux auteurs : "Un homme sans passé est plus pauvre qu’un homme sans avenir" (Elie Wiesel) et "L'histoire est la tragédie d'une humanité qui fait son histoire mais qui ne sait pas l'histoire qu'elle fait" (Raymond Aron).

    À quoi servent les historiens, se demande une personne du public ? Quel est-il ? Un "chef de marketing ou de publicité, un manipulateur... au service du pouvoir" ? Or, les historiens ne "font" pas l'histoire : ils "l'écrivent" et "l'analysent" a posteriori. Ce sont aux politiques – qui sont dans l'action, l'immédiat, le court terme ("Le changement c'est maintenant !") de faire l'histoire ! Plusieurs philosophies de l'histoire existeraient. Une personne affirme que l'historie serait vaine en ce qu'elle serait le fruit du hasard ou de l'imprévu. L'autre dit que l'histoire serait déterminée (Hegel), obéirait à un dessein, déterminée de l'extérieur par un principe transcendant ou idéal, ou par le produit d'une logique ou d'une force immanente.

    Steve-Payne-16.jpgSi l'on prend sa propre histoire, dit une autre participante, les répétitions d'événements activent la conscience individuelle, comme l'a montré la psychogénéalogie. Or, c'est la conscience de ces répétitions qui peuvent arrêter un cycle délétère, comme la conscience de guerres à répétition entre l'Allemagne et la France au cours des siècles a conduit des hommes politiques (De Gaulle et Adenauer puis Mitterrand et Kohl) à entamer un chemin de réconciliation et de construction commune jusqu'à l'Europe. Ce serait sans doute l'interprétation de l'Histoire qui nous conduirait à juger tel ou tel événement comme répétitif : "Ce qui trouble les hommes, ce ne sont pas les événements, mais l'idée qu'ils se font des événements" disait Épictète (voir ce texte). Sans doute chercherions-nous des ressemblances pour nous rassurer et trouver des repères. Ce serait "la Raison qui gouverne le monde" comme le disait Hegel. Aujourd'hui, l'histoire est sortie de ce paradigme d'un grand Tout conduit par une Raison suprême mais la conscience est toujours là.

    À quoi sert l'Histoire, se demande à ce moment un participant ? L'histoire serait ce devoir atavique de mémoire de l'humanité, un besoin commun à l'ensemble des civilisations. Cela participe à l'enrichissement de toute culture, avec le risque que cette histoire se répète souvent pour notre malheur. L'instrumentalisation de l'histoire est ensuite évoquée, car l'histoire peut suivre des objectifs, par exemple d'union nationale, afin de bâtir un comput commun tout en laissant des ouvertures, combattre les négationnismes. Lorsqu'il y a un déni d'histoire c'est un drame. Il y a aussi un aspect artistique : l'histoire est entretenue par des artistes via l'oralité (par exemple dans les pays africains) afin d'être dans un devoir de transmission.

    Guylaine propose une définition de l'histoire : ce serait, en latin (historia), "un récit d'événements historiques mais aussi fabuleux... des sornettes", ce que l'on retrouve aussi en grec : "recherche, enquête, information" (voir à ce sujet les Enquêtes d'Hérodote : "Voici l'exposé de l'enquête effectuée par Hérodote de Thourioi, afin que les événements humains ne disparaissent pas avec le temps, et que les grands et merveilleux exploits accomplis par les Grecs et par les Barbares ne perdent pas leur renommée, concernant en particulier la cause pour laquelle ils se firent mutuellement la guerre"). L'histoire était le récit des événements d'une personne, avant qu'au XIIe siècle on s'intéresse au peuple, puis à l'humanité au XIIIe siècle. L'histoire est à la fois indissociable de la connaissance et de la narration via le récit.

    Steve-Payne-08.jpgUne participante propose de s'intéresser aux récits imaginaires, fables, contes moraux. Or, ces histoires inventées permettent de donner de la matière aux historiens. Ces sources narratives hors-sujet peuvent être à la base de connaissances objectives pour cette science non-exacte qui étudie l'espèce humaine.

    La question est aussi de savoir qui fait ce récit et dans quel but. L'histoire serait autant une science sociale qu'un roman (on parle de "roman national" pour l'histoire de France). Un roman mais aussi une fonction sociale et une vertu pédagogique, comme le prouverait cette notion de "devoir de mémoire", conspuée d'ailleurs par nombre d'historiens. Lorsque les enfants de la IIIe République apprenaient la litanie des rois de France, l'histoire avait là aussi une utilité publique : le patriotisme, les vertus de la République. Il semblerait que "les dominants font l'histoire : "C'est l'Histoire non pas avec un grand H mais avec une grande hache" (Georges Perec) !

    Après une période de récits historiques mythologiques, dit un intervenant, puis de récits de faits d'un peuple, on en serait plutôt à une analyse objective des faits ("le fait et l'objet se confondent") avec une part de subjectivité intelligente (Paul Ricoeur, voir ce texte). Par une analyse affinée de ces faits, on constate que les grands événements historiques, les guerres et les batailles, ne se répètent pas. Les grands événements, d'ailleurs, ne se répètent pas, dit une autre personne du public. Comparer la crise des migrants en Europe aujourd'hui avec celle des juifs durant la période nazie est caduc. Le contexte est scientifiquement différent et les conséquences le seront tout autant.

    La question de savoir si l'histoire se répète ou pas, est-il encore dit, se pense aussi en fonction des motivations humaines – pouvoir, fortune, etc. – qui, elles, se répètent, de cycle en cycle. Cette question est celle du déterminisme en histoire. L'histoire nous mène-t-elle vers la notion du progrès et qui s'est développée avec cette notion de Raison qui gouverne le monde ? Un participant citait Karl Marx. Pour ce dernier, il y une notion de lutte des classes qui détermine la marche historique du monde : "L'histoire de toute société jusqu'à nos jours n'a été que l'histoire de luttes de classes" disaient Karl Marx et Friedrich Engels. L'histoire tendrait vers nous. La question est de savoir ce qu'il est. Plus près de nous, Francis Fukuyama parlait de "fin de l'histoire" lorsqu'en 1989 le Mur de Berlin est tombé : "Ce à quoi nous assistons peut-être n'est pas seulement à la fin de la Guerre froide, ni à la fin d'une période particulière de l'histoire d'après-guerre, mais à la fin de l'histoire en tant que telle... C'est-à-dire le point final de l'évolution idéologique de l'humanité et l'universalisation de la démocratie libérale occidentale en tant que forme ultime du gouvernement humain" (voir aussi ce texte).

    Steve-Payne-13.jpgEn conclusion l'histoire est une étude de faits révolus et l'acteur de l'histoire est un rapport au temps présent, qui regarde derrière lui. Peut-on être à la fois acteur et analyser ce qui s'est passé. Est-ce que l'homme a une historicité ? Il n'est pas facile de répondre à cette question. Par contre, s'agissant de conscience, il convient que chacun ait du recul pour vivre. La médiation intellectuelle est plus que nécessaire : les mêmes causes entraînant peut-être les mêmes effets, l'histoire se répétera si et seulement si on ne donne pas son sens à l'histoire. Nous ne comprenons pas le passé et si nous pouvons ressortir du présent. L'historien, même avec la science et le recul, a du mal à juger l'histoire. A fortiori, pour le citoyen et le politique, tous ces acteurs de l'histoire en marche et qui se tournent vers l'avenir, la compréhension est nécessaire – et difficile. Il convient donc de se référer et faire confiance aux intellectuels, aux historiens et aux philosophes pour comprendre ce qui se passe dans le monde.

    Certes les grands hommes font l'histoire, disait Hegel (voir ce texte). Cependant, dans la société chacun a des marges d'action et peut faire, à son niveau, l'histoire sans qu'elle se répète. Le penseur doit d'avoir ce recul-là.

    La soirée se termine par le vote des sujets de la prochaine séance, qui aura lieu le vendredi 26 février 2016. Trois sujets sont mis au vote : "Faut-il s'ennuyer ?", " À quoi sert la culture ?" et "La femme est-elle un homme comme les autres ?" C'est ce dernier sujet qui est élu, de très peu.

     

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  • Marx : l'histoire de luttes des classes

    Lenine.jpg"L'histoire de toute société jusqu'à nos jours n'a été que l'histoire de luttes de classes.

    Homme libre et esclave, patricien et plébéien, baron et serf, maître de jurande [4] et compagnon, en un mot oppresseurs et opprimés, en opposition constante, ont mené une guerre ininterrompue, tantôt ouverte, tantôt dissimulée, une guerre qui finissait toujours soit par une transformation révolutionnaire de la société tout entière, soit par la destruction des deux classes en lutte.

    Dans les premières époques historiques, nous constatons presque partout une organisation complète de la société en classes distinctes, une échelle graduée de conditions sociales. Dans la Rome antique, nous trouvons des patriciens, des chevaliers, des plébéiens, des esclaves; au moyen âge, des seigneurs, des vassaux, des maîtres de corporation, des compagnons, des serfs et, de plus, dans chacune de ces classes, une hiérarchie particulière.

    La société bourgeoise moderne, élevée sur les ruines de la société féodale, n'a pas aboli les antagonismes de classes Elle n'a fait que substituer de nouvelles classes, de nouvelles conditions d'oppression, de nouvelles formes de lutte à celles d'autrefois.

    Cependant, le caractère distinctif de notre époque, de l'époque de la bourgeoisie, est d'avoir simplifié les antagonismes de classes. La société se divise de plus en deux vastes camps ennemis, en deux grandes classes diamétralement opposées : la bourgeoisie et le prolétariat.

    Des serfs du moyen âge naquirent les bourgeois des premières agglomérations urbaines; de cette population municipale sortirent les premiers éléments de la bourgeoisie."

    Karl Marx et Friedrich EngelsManifeste du Parti Communiste (1848)

     

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  • Compte-rendu du café philo : "la pauvreté est-elle le mal absolu ?"

    Thème du débat : "La pauvreté est-elle le mal absolu ?" 

    Date : 4 décembre 2015 à la Brasserie du centre commercial de la Chaussée

    épicure,platon,pascal,marx,d'aquin,smithLe vendredi 4 décembre 2015, le café philosophique de Montargis se réunissait pour un débat qui avait pour thème : "La pauvreté est-elle le mal absolu ?" Une soixantaine de personnes étaient présentes pour cette 53e séance.

    À cette question, "La pauvreté est-elle le mal absolu ?" une participante réagit par une autre question : "Est-ce que c'est la pauvreté qui est le mal absolu ou est-ce que ce sont les causes qui l'engendre ?" Une autre participante s'interroge : "Qu'est-ce que la pauvreté ?" Pour un troisième intervenant, la pauvreté serait sans doute un mal relatif. Il s'en réfère à l'Histoire et à cette vision que l'on a pu avoir de la pauvreté dans des périodes reculées, voire très reculées. Aujourd'hui le capitalisme libéral tendrait à nous montrer un miroir affreux de la pauvreté qui serait injuste : il rappelle que 67 personnes détiennent autant de richesses et de patrimoine que 3,5 milliards d'êtres humains sur terre ! Il y a une forme de différence et de comparaison et c'est cette différence qui ferait le problème. À cela s'ajoute le fait que non seulement le riche accapare la richesse universelle mais renvoie en plus ses déchets au détriment de ses contemporains. Le problème de la pauvreté tiendrait à l'écart entre deux extrêmes, un écart considéré comme inacceptable.

    Gilles souhaite s'arrêter sur des notions économiques afin de définir ce qu'est la pauvreté. Il convient d'abord, dit-il, de revenir sur la notion de revenu médian, qui était en 2012 de 1645 euros. Est pauvre la personne qui gagne moins de 60 % de ce revenu médian, soit, en 2012, de 987 euros. Il y avait huit millions de Français dans cette catégorie. La grande pauvreté est fixée à 50 % de cette valeur, soit 843 euros en 2012 et l'extrême pauvreté 760 euros, soit 1,6 millions de personnes dont beaucoup de familles monoparentales. Le seuil de la pauvreté internationale est définie par l'économiste Martin Ravallion qui parle du seuil de pauvreté monétaire "nécessaire à la survie de l'individu". En 1992, elle était de 1,25 dollars par jour. Elle est de 1,90 dollars en 2015. En France, le RSA est de 524,16 euros pour une personne seule (786 euros pour une personne avec un enfant). L'allocation de solidarité des personnes âgées (le minimum vieillesse) est de 800 euros par mois pour une personne seule et de 1 242 euros par mois pour un couple.

    épicure,platon,pascal,marx,d'aquin,smithUne participante réagit en critiquant cette notion de calcul de la pauvreté en fonction du revenu et du calcul selon le revenu médian. Il conviendrait de s'interroger sur la somme dont une personne a besoin pour vivre correctement, se loger, se nourrir. D'ailleurs, dans certaines tribus, la notion de pauvreté n'a pas de sens à partir du moment où chacun parvient à vivre correctement.

    Derrière ces chiffres, dit Bruno, il y a la réalité, y compris une réalité morale. Un économiste peut calculer de manière froide ce qu'est la pauvreté mais, derrière, il y a le vécu de tel ou tel. La question du débat de ce soit, "La pauvreté est-elle le mal absolu ?", peut interpeller. Il semblerait qu'aujourd'hui, le pauvre n'existe plus, ou du moins qu'il n'a plus droit de cité. On ne parle aujourd'hui plus de "pauvre". Non pas que la pauvreté ait disparu mais force est de constater que le vocabulaire contourne cette notion. On parle plus volontiers de gens modestes, indigents, démunis, précaires, de ménages ne pouvant joindre les deux bouts, de SDF, de fins de droit. À la limite, en terme d'économie, la notion de pauvreté est encore présente (seuil de pauvreté, travailleurs pauvres, etc.) mais la pauvreté serait considérée comme un mal tel que nous refusons jusqu'à nommer "pauvre" un pauvre. La pauvreté, pour une intervenante, est "le mal absolu de la société", "son talon d’Achille". Il faut la cacher aux yeux de tous car c'est une honte.

    La pauvreté peut également être vue, dit un participant, sous un angle moral, intellectuel, toutes ces pauvretés semblant être liés. Ne parle-t-on pas de misère "affective" ou de misère "intellectuelle" ? L'auteur post-moderne Michel Houellebecq parle "d'extension du domaine de la lutte" en parlant de cette inégalité entre riches et pauvres étendue au domaine affectif et sexuel. La difficulté affective, intellectuelle et sociale est abordée par une autre intervenante. Cette pauvreté recouvrerait la difficulté qu'ont les gens à dire ce qu'ils sont réellement. Gilles cite Karl Marx "La pauvreté est le lien passif qui fait que l’homme éprouve le besoin de la plus grande des richesses : autrui." Parler de la pauvreté ne saurait se limiter à "l'avoir" que l'on a que l'on n'a pas. Ce serait aussi, insiste une personne de l'assistance, une question "d'être". Être pauvre serait aussi être mal !

    épicure,platon,pascal,marx,d'aquin,smithPour en revenir à cette notion de pauvreté matérielle, la pauvreté serait causée, dit Claire, par "la malédiction de la rareté", selon laquelle il y n'y aurait pas assez de ressources sur terre pour satisfaire tous les besoins. Donc, la solution serait d'agir soit sur les ressources soit sur les besoins. Mais étant ancrés dans une civilisation essentiellement hédoniste, nous sommes à mille lieues de changer notre vision des besoins. Épicure disait : comment devenir riche ? Il ne faut pas augmenter nos biens mais diminuer nos besoins ("La belle chose, que le contentement dans la pauvreté !"). C'est un grand défi de nos civilisations modernes qui ont longtemps voulu rendre abondant ce qui était rare. Or, cela ne fait que créer une sous-couche de pauvreté (sous-prolétariat), frustrée d'être mise à l'écart de cette abondance. Bruno ajoute que la notion de pauvreté qui a évolué avec le temps. Platon estimait ainsi que la pauvreté était un danger pour la Cité ("Si un État veut éviter la désintégration civile, il ne faut pas permettre à la pauvreté et à la richesse extrême de se développer dans aucune partie du corps civil", voir ce lien). Puis, à partir du Moyen Âge, est venu le concept de la pauvreté évangélique, une pauvreté acceptée voire revendiquée, avec la charité comme action vertueuse. Nous y reviendrons. Les Révolutions industrielles au XIXe siècle et la remise en cause du paradigme chrétien a été un retour de balancier : la lutte contre la pauvreté est devenue centrale et cette lutte est encore présente aujourd'hui. La question est aussi de savoir si notre objectif social est de devenir plus riche ou de consommer moins (décroissance). Une participante ajoute que pendant des millénaires la norme était que toute personne était pauvre et que seule une minorité pouvait prétendre à la richesse. Or, aujourd'hui, dans nos civilisations dites "avancées" être pauvre est anormal et "mal", justement parce que la richesse intrinsèque des nations modernes est importante "et que chacun voudrait avoir sa part du gâteau".

    épicure,platon,pascal,marx,d'aquin,smithQu'est-ce que la pauvreté et en quoi est-elle un mal absolu ? Se demande un intervenant. S'agit-il de la pauvreté relative définie par des notions économiques ou bien de la pauvreté absolue, cette pauvreté "mère de tous les maux" - délinquance, maladie, dénuement complet ? Ne pas pouvoir avoir accès à la santé, à la culture, à la sociabilisation, à la nourriture et au logement sont de véritables fléaux. Claire à ce sujet fait la distinction entre pauvreté et misère. Thomas d'Aquin a conjecturé que la pauvreté était un manque de superflu et la misère un manque de nécessaire. Pour Adam Smith, la pauvreté est la privation des nécessités de la vie quotidienne. C'est en soi une notion large et floue. Si la pauvreté est-elle le mal absolu, de quelle pauvreté parlons-nous ? Parle-t-on des gens affamés ou bien de cette vie frugale prêchée par beaucoup de philosophes. Ces derniers font l'éloge d'une vie pauvre, simple et essentielle mais ils ne font absolument pas l'éloge de la misère. La pauvreté peut créer une atmosphère d'entraide et d'humanité : "Passer de l'appauvrissement à la pauvreté, comme on va de l'humiliation à l'humilité" disait Blaise Pascal. La misère, elle, est un point de non-retour. Un intervenant s'interroge : qui aujourd'hui serait prêt à choisir la pauvreté ou la sobriété – pour prendre un terme plus doux ?

    Un participant considère en effet que la pauvreté est un mal relatif et non absolu. La lutte contre la pauvreté serait dans les cordes de l'humanité, mais c'est une question de volonté. La pauvreté, dit encore une intervenante, est dans le vécu. Vivre modestement, voire chichement, ne saurait être une entrave au bonheur. Pierre Rabhi parle même de "sobriété heureuse" ajoute une autre personne du public. A-t-on besoin du superflu ? Il semblerait que non, malgré la pression sociale pour avoir la dernière voiture, le dernier téléphone portable. Ce combat quotidien peut au contraire conduire au malheur voire au désespoir, comme le remarquait Sœur Emmanuelle qui comparait la société française avec les chiffonniers du Caire.

    épicure,platon,pascal,marx,d'aquin,smithParler de la pauvreté c'est aussi parler de la comparaison avec mon voisin que j'estime plus riche que moi, avec une plus grosse voiture, une plus belle maison, de meilleurs revenus. Il s'agit d'une sorte d'affrontement et de défiance, avec la richesse et la pauvreté comme éléments clés. Ce que je n'ai pas m'enfoncer bien plus que ce que je possède. Le rassasiement pourrait ne jamais venir, même pour les personnes les plus fortunées.

    La sobriété semblerait être le pendant bénéfique d'une pauvreté/dénuement. Ce serait une lutte assumée contre l'abondance, avec comme notion centrale la liberté et la raison. À ce sujet, ajoute une participante, Victor Hugo disait : "Qui n'est pas capable d'être pauvre, n'est pas capable d'être riche." Lao Tseu, lui, écrivait : "Celui qui a bien compris le sens du mot "assez" aura toujours suffisamment". La pauvreté viendrait de notre attachement au bien matériel et plus on en a et plus en a besoin, et moins on est libre. Un intervenant n'est pas d'accord : la vraie pauvreté lui semble être une réalité rarement choisie, a fortiori dans des États riches. Pour une autre intervenante, en effet, le point de cristallisation est le choix, dans une société abondante permettant d'aller à l'opéra, de choisir de beaux vêtements et de vivre plus confortablement.

    Gilles revient sur la pauvreté monétaire théorisé dans les années 50 par Martin Ravallion. Un autre économiste, l'Indien Amartya Sen, Prix Nobel d'économie en 1998, a travaillé sur les famines (Poverty and famin, 1981). Il parle de "capabilité" (capability) : les pauvres ne possèdent pas ces capacités à être ou à faire compte tenu de leurs capacités personnelles et des circonstances extérieures.

    épicure,platon,pascal,marx,d'aquin,smithLa pauvreté peut-elle être éradiquée ? Demande une participante. Gilles répond que Joseph Wresinski a travaillé sur la grande pauvreté en fondant ATD Quart Monde. Il a posé cette question de l'éradication de la grande pauvreté et de la précarité économique, notamment dans un rapport en 1987. Il disait ceci : "L'humiliation des pauvres n'est pas seulement injuste à nos yeux. Elle est la négation de l'honneur des pauvres. Elle est une atteinte fondamentale à leur dignité. Elle fait un type d'homme tel que Dieu et l'histoire des hommes l'ont créé". En 1987, rappelle Gilles, se posait l'éradication de la grande pauvreté qui augmentait sans cesse, après une quasi-disparition durant les Trente Glorieuses en raison de l'industrialisation. Cette éradication pourrait être possible mais, d'après un intervenant elle n'est pas forcément souhaitée par une petite oligarchie qui pourrait profiter de cette pauvreté pour s'enrichir (Voir un précédent débat du café philosophique de Montargis, "Les riches le méritent-ils ?"). Or, cette richesse semblerait être souhaitée par nombre de personnes qui ne refuseraient pas d'entrer dans cette oligarchie. En retour, cette classe soudée par la fortune ne serait pas fermée aux nouveaux entrants, dans la mesure où ces derniers sont riches : "Ne dites pas du mal des riches, ça pourrait vous arriver".

    L'éradication de la pauvreté paraîtrait selon une participante en effet difficile à atteindre. Limiter ses besoins apparaîtrait pour beaucoup insurmontable. Par ailleurs, les aides reçues pourraient être des freins à l'imagination et à l'inventivité, au risque d'une compétitivité entre pauvres pour s'en sortir, comme le rajoute une participante.

    épicure,platon,pascal,marx,d'aquin,smithLa pauvreté étant relative considère une autre personne, l'éradication de la pauvreté pourrait advenir lorsque tout le monde sera pauvre : alors, personne ne pourra comparer ses richesses avec celles de son voisin puisque chacun sera logé à la même enseigne ! Alors, il n'y aura plus de pauvre ! Derrière cette affirmation provocatrice, ajoute cette intervenante, la question est de savoir si chacun de nous est prêt à laisser les biens qui nous sont chers. À ce sujet, il existe un texte des Évangiles prônant la pauvreté :"Il est bien plus difficile à un riche d'entrer dans le Royaume de Dieu qu'un chameau d'entrer dans le chat d'une aiguille" (voir le texte en ligne). Bruno revient sur cette notion de pauvreté évangélique qui a marqué l'histoire de nos sociétés. Le Sermon sur la Montagne, qui contient la citation célèbre "Heureux les pauvres...", semblerait avoir été détourné de son sens. Le "Heureux les pauvres" aurait une connotation révolutionnaire que les théologiens de la Libération ont rappelé : "Heureux les pauvres : grâce à moi ils ne seront plus pauvres". On le voit, Jésus ne serait pas ce prêcheur consolant les pauvres mais celui qui leur promettrait la richesse ici et maintenant. On le voit la pauvreté évangélique ne semblerait pas être acquise, y compris au sein de la sphère religieuse, comme le montre un extrait du Nom de la Rose d'Umberto Eco où Franciscains et proches du pape se chamaillent et s'insultent au sujet de la pauvreté évangélique.

    À ce point du débat, une intervenante s'interroge sur l'image qui se dessine du pauvre. Deviendrait-il un personnage à part entière, miséreux et caricatural. Or, qui n'est pas pauvre ? Beaucoup d'entre nous viennent de familles pauvres, sans pour autant que cela nous ait frappé. Pourquoi ? Parce que cette pauvreté n'est pas vécue ainsi, parce que l'éducation, l'échange et la culture l'emportent sur tout autre aspect économique. On peut avoir la sensation de vivre modestement, "de devoir faire attention", d'être "dans la dèche" mais pas de vivre dans une pauvreté.

    Claire rappelle qu'est miséreux celui qui n'arrive pas à subvenir à ses besoins fondamentaux, à survivre. Est pauvre celui qui l'est au regard d'autrui, "qui se l'entend dire", "qui reçoit une frustration existentielle et corrosive parce qu'il est dépossédé de bien qu'on lui fait croire indispensables".

    Bruno conclut ce débat par une citation de Dominique Lapierre, l'auteur de La Cité de la Joie : "Il est facile à tout homme de reconnaître et de glorifier les richesses du monde, mais seul un pauvre peut connaître la richesse qu'est la pauvreté."

    La soirée se conclue par le vote du sujet de la séance suivante, prévue le vendredi 29 janvier 2016. Trois sujets sont mis au vote : "L'homme est-il un loup pour l'homme ?", "Y a-t-il des guerres justes ?" et "L'Histoire se répète-t-elle ?" C'est ce dernier sujet, "L'Histoire se répète-t-elle ?", qui est choisi par les participants. 

    Philo-galerie

    Les illustrations de ce compte-rendu sont tirées du film Les Temps modernes de Charlie Chaplin.

     

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  • Marx : l'histoire se répète deux fois

    200px-Napoleon-3.jpg"Hegel fait quelque part cette remarque que tous les grands événements et personnages historiques se répètent pour ainsi dire deux fois. Il a oublié d'ajouter : la première fois comme tragédie, la seconde fois comme farce. Caussidière pour Danton, Louis Blanc pour Robespierre, la Montagne de 1848 à 1851 pour la Montagne de 1793 à 1795, le neveu pour l'oncle. Et nous constatons la même caricature dans les circonstances où parut la deuxième édition du 18 Brumaire.

    Les hommes font leur propre histoire, mais ils ne la font pas arbitrairement, dans les conditions choisies par eux, mais dans des conditions directement données et héritées du passé. La tradition de toutes les générations mortes pèse d'un poids très lourd sur le cerveau des vivants. Et même quand ils semblent occupés à se transformer, eux et les choses, à créer quelque chose de tout à fait nouveau, c'est précisément à ces époques de crise révolutionnaire qu'ils évoquent craintivement les esprits du passé, qu'ils leur empruntent leurs noms, leurs mots d'ordre, leurs costumes, pour apparaître sur la nouvelle scène de l'histoire sous ce déguisement respectable et avec ce langage emprunté. C'est ainsi que Luther prit le masque de l'apôtre Paul, que la Révolution de 1789 à 1814 se drapa successivement dans le costume de la République romaine, puis dans celui de l'Empire romain, et que la révolution de 1848 ne sut rien faire de mieux que de parodier tantôt 1789, tantôt la tradition révolutionnaire de 1793 à 1795. C'est ainsi que le débutant qui apprend une nouvelle langue la retraduit toujours en pensée dans sa langue maternelle, mais il ne réussit à s'assimiler l'esprit de cette nouvelle langue et à s'en servir librement que lorsqu'il arrive à la manier sans se rappeler sa langue maternelle, et qu'il parvient même à oublier complètement cette dernière."

    Karl Marx, Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte (1852)

     

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  • Ils ont dit, au sujet de la pauvreté

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    "Sous un bon gouvernement, la pauvreté est une honte ; sous un mauvais gouvernement, la richesse est aussi une honte." [Confucius]

    "Pauvreté et richesse sont des noms par lesquels on désigne le besoin et la satiété. Donc celui qui ressent le besoin n’est pas riche et celui qui ne connaît pas le besoin n’est pas pauvre... " [Démocrite]

    "Supporter avec dignité la pauvreté est signe d’empire sur soi-même." [Démocrite]

    "Si un État veut éviter la désintégration civile, il ne faut pas permettre à la pauvreté et à la richesse extrêmes de se développer dans aucune partie du corps civil." [Platon]

    "L'égalité veut que les pauvres n'aient pas plus de pouvoir que les riches, qu'ils ne soient pas seuls souverains, mais que tous le soient dans la proportion même de leur nombre ; on ne trouve pas de moyen plus efficace de garantir à l'État l'égalité et la liberté." [Aristote]

    "Si les caractères de l'oligarchie sont la naissance, la richesse, l'instruction, ceux de la démocratie seront la roture, la pauvreté, l'exercice d'un métier." [Aristote]

    "[Comment devenir riche ?] Ce n’est pas en augmentant les biens, mais en diminuant les besoins." [Épicure]
    "La pauvreté mesurée selon la fin de la nature est une grande richesse. Une richesse qui ne connaît pas de limite est une grande pauvreté." [Épicure]

    "La belle chose, que le contentement dans la pauvreté !" [Épicure]

    "La fortune a peu d’emprise sur le sage, c’est sa raison qui règle les chose les plus grandes et les plus importantes durant toute la durée de la vie." [Épicure]

    "Ce que tu cherches, n'est-ce pas, ce que tu veux gagner par tes retards, c'est de n'avoir point la pauvreté à craindre. Et s'il te faut la désirer ! Pour combien d'hommes les richesses furent un obstacle à la philosophie !" [Sénèque]

    "J'aime la pauvreté parce qu'il l'a aimée. J'aime les biens parce qu'ils me donnent le moyen d'en assister les misérables." [Blaise Pascal]

    "Passer de l'appauvrissement à la pauvreté, comme on va de l'humiliation à l'humilité." [Blaise Pascal]

    "Si la pauvreté est la mère des crimes, le défaut d'esprit en est le père." [Jean de La Bruyère]

    "Il est très surprenant que les richesses des gens d’Église aient commencé par le principe de pauvreté." [Montesquieu]

    "L'effet des richesses d'un pays, c'est de mettre de l'ambition dans tous les cœurs. L'effet de la pauvreté est d'y faire naître le désespoir. La première s'irrite par le travail ; l'autre se console par la paresse." [Montesquieu]

    "On fait tout pour s'enrichir, mais c'est pour être considéré qu'on veut être riche." [Jean-Jacques Rousseau]

    "Il ne dépend pas de nous de n'être pas pauvres, mais il dépend toujours de nous de faire respecter notre pauvreté." [Voltaire]

    "Il n’est vertu que pauvreté ne gâte." [Chamfort]

    "Ce qui est bon pour la classe dominante doit être bon pour toute la société avec laquelle s'identifie la classe dominante. Donc, plus la civilisation progresse, plus elle est obligée de couvrir avec le manteau de la charité les maux qu'elle a nécessairement engendrés, de les farder ou de les nier, bref, d'instituer une hypocrisie conventionnelle que ne connaissaient ni les formes de société antérieures, ni même les premiers stades de la civilisation." [Friedrich Engels]

    "La pauvreté est le lien passif qui fait que l’homme éprouve le besoin de la plus grande des richesses : autrui." [Karl Marx]

    "L'existence et la domination de la classe bourgeoise ont pour condition essentielle l'accumulation de la richesse aux mains des particuliers, la formation et l'accroissement du Capital; la condition d'existence du capital, c'est le salariat. Le salariat repose exclusivement sur la concurrence des ouvriers entre eux." [Karl Marx]

    "La simple chasse à la richesse n'est pas le destin final de l'humanité." [Lewis Henry Morgan]

    "L'argent permet de jouir de la vie. Sans argent, on jouit... de la pauvreté." [Lao She]

    "Voyez-vous, je divise les hommes en trois catégories : ceux qui ont beaucoup d'argent, ceux qui n'en n'ont point du tout et ceux qui en ont un peu. Les premiers veulent garder ce qu'ils ont : leur intérêt c'est de maintenir l'ordre ; les seconds veulent prendre ce qu'ils n'ont pas : leur intérêt c'est de détruire l'ordre actuel et d'en établir un autre qui leur soit profitable. Les uns et les autres sont des réalistes, des gens avec qui on peut s'entendre. Les troisièmes veulent renverser l'ordre social pour prendre ce qu'ils n'ont pas, tout en le conservant pour qu'on ne leur prenne pas ce qu'ils ont. Alors, ils conservent en fait ce qu'ils détruisent en idée, ou bien ils détruisent en fait ce qu'ils font semblant de conserver. Ce sont eux les idéalistes." [Jean-Paul Sartre]

    "Les individus, familles ou groupes de la population peuvent être considérés en état de pauvreté quand ils manquent des ressources nécessaires pour obtenir l'alimentation type, la participation aux activités, et pour avoir les conditions de vie et les commodités qui sont habituellement ou sont au moins largement encouragées ou approuvées dans les sociétés auxquelles ils appartiennent." [Peter Townsend]

    "Chaque personne doit avoir un droit égal au système le plus étendu de libertés de base égales pour tous, compatible avec le même système pour les autres." [John Rawls]

    "Les hommes sont comme les lions, comme toutes les bêtes, comme tous les êtres vivants. La faim les rend féroces. Et qu'est-ce que la pauvreté, sinon une faim généralisée ?" [Michel Tournier]

    "Il est facile à tout homme de reconnaître et de glorifier les richesses du monde, dit-il en cherchant du regard les visages noyés d'ombre, mais seul un pauvre peut connaître la richesse qu'est la pauvreté.Seul un pauvre peut connaître la richesse qu'est la souffrance..." [Dominique Lapierre]

    "Il est facile à tout homme de reconnaître et de glorifier les richesses du monde, mais seul un pauvre peut connaître la richesse qu'est la pauvreté." [Dominique Lapierre]

     

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  • Marx : signification humaine de la pauvreté

    marx"L’homme riche est en même temps l’homme qui, pour vivre, a besoin d’une totalité de manifestations humaines, l’homme chez qui sa propre réalisation est une nécessité intérieure, un besoin. Non seulement la richesse, mais aussi la pauvreté reçoit – le socialisme étant supposé – une signification humaine, donc sociale. La pauvreté est le lien passif qui fait que l’homme éprouve le besoin de la plus grande des richesses : autrui. La prépondérance de l’être objectif en moi, le jaillissement sensible de mon activité essentielle, c’est la passion : elle devient alors elle-même l’activité de mon être."

    Karl Marx, Manuscrits de 1844

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  • Marx : paupérisme, richesses et lutte des classes

    marx"Toutes les sociétés antérieures, nous l'avons vu, ont reposé sur l'antagonisme de classes oppressives et de classes opprimées. Mais, pour opprimer une classe, il faut pouvoir lui garantir des conditions d'existence qui lui permettent, au moins, de vivre dans la servitude. Le serf, en plein servage, est parvenu a devenir membre d'une commune, de même que le petit-bourgeois s'est élevé au rang de bourgeois, sous le joug de l'absolutisme féodal. L'ouvrier moderne au contraire, loin de s'élever avec le progrès de l'industrie, descend toujours plus bas, au-dessous même des conditions de vie de sa propre classe. Le travailleur devient un pauvre, et le paupérisme s'accroît plus rapidement encore que la population et la richesse. Il est donc manifeste que la bourgeoisie est incapable de remplir plus longtemps son rôle de classe dirigeante et d'imposer à la société, comme loi régulatrice, les conditions d'existence de sa classe. Elle ne peut plus régner, parce qu'elle est incapable d'assurer l'existence de son esclave dans le cadre de son esclavage, parce qu'elle est obligée de le laisser déchoir au point de devoir le nourrir au lieu de se faire nourrir par lui. La société ne peut plus vivre sous sa domination, ce qui revient à dire que l'existence de la bourgeoisie n'est plus compatible avec celle de la société.

    L'existence et la domination de la classe bourgeoise ont pour condition essentielle l'accumulation de la richesse aux mains des particuliers, la formation et l'accroissement du Capital; la condition d'existence du capital, c'est le salariat. Le salariat repose exclusivement sur la concurrence des ouvriers entre eux. Le progrès de l' industrie, dont la bourgeoisie est l'agent sans volonté propre et sans résistance, substitue à l'isolement des ouvriers résultant de leur concurrence, leur union révolutionnaire par l'association. Ainsi, le développement de la grande industrie sape, sous les pieds de la bourgeoisie, le terrain même sur lequel elle a établi son système de production et d'appropriation. Avant tout, la bourgeoisie produit ses propres fossoyeurs. Sa chute et la victoire du prolétariat sont également inévitables."

    Karl Marx, Manifeste du Parti communiste (1847)

     

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  • Ils ont dit, au sujet de la responsabilité

    orsay20.jpg"J'apparais aujourd'hui ce que je suis en fait : un criminel , issu de criminels" [Sophocle]

    "En menant une existence relâchée les hommes sont personnellement responsables d'être devenus eux-mêmes relâchés, ou d'être devenus injustes ou intempérants" [Aristote]

    "Il y a aussi, semble-t-il bien, une différence entre agir par ignorance et accomplir un acte dans l'ignorance" [Aristote]

    "Il y a ce qui dépend de nous, il y a ce qui ne dépend pas de nous. Dépendent de nous l’opinion, la tendance, le désir, l’aversion, en un mot toutes nos œuvres propres ; ne dépendent pas de nous le corps, la richesse, les témoignages de considération, les hautes charges, en un mot toutes les choses qui ne sont pas nos œuvres propres" [Épictète]

    "- Qui t’as dit que c’était ton affaire de pouvoir te promener sans en être empêché ? C’est ta volonté seule dont je dis qu’elle n’est pas empêchée ; mais dès que l’on a besoin du corps et de son concours, tu as depuis longtemps appris que ce n’était pas ton affaire. Soit encore cela. Quelqu’un peut-il te forcer à désirer contre ton gré ? – Personne" [Épictète]

    "Renoncer à sa liberté c’est renoncer à sa qualité d’homme, aux droits de l’humanité, même à ses devoirs" [Jean-Jacques Rousseau]

    "Agis de telle sorte que tu traites l'humanité aussi bien dans ta personne que dans la personne de tout autre toujours en même temps comme une fin, et jamais simplement comme un moyen" [Emmanuel Kant]

    "Devoir ! nom sublime et grand, toi qui ne renfermes rien en toi d'agréable, rien qui implique insinuation, mais qui réclames la soumission" [Emmanuel Kant]

    "Si les circonstances ne sont pas celles dont l'individu avait conscience et si l'objectivité comporte d'autres déterminations que celles qu'il prévoyait, l'homme moderne n'accepte pas l'entière responsabilité de ce qu'il a fait, il désavoue une partie de ce qu'il a réalisé, parce que, du fait de l'ignorance où il était des circonstances ou du fait de leur fausse appréciation, cette partie de son activité n'a pas été comme il la voulait, et il ne s'impute que ce qu'il savait et que ce qu'il a accompli intentionnellement en se basant sur ce savoir" [Hegel]

    "On dit volontiers : ma volonté a été déterminée par ces mobiles, circonstances, excitations et impulsions. Cette formule implique que je me suis comporté de façon passive. Mais, en réalité, mon comportement n'a pas été seulement passif : il a été actif aussi, et de façon essentielle, car c'est ma volonté qui assume telles ou telles circonstances comme mobiles, qui les fait valoir comme mobiles" [Hegel]

    "Tout ce qui augmente la liberté augmente la responsabilité" [Victor Hugo

    "Mais ces personnes n'interviennent ici que comme personnification de catégories économiques, comme porteurs de rapports de classe et d'intérêts déterminés" [Karl Marx]

    "Société : système ingénieux pour obtenir des bénéfices individuels sans responsabilité individuelle.” [Ambrose Bierce]

    "On peut dire qu'il y a trois qualités déterminantes qui font l'homme politique : la passion - le sentiment de la responsabilité - le coup d’œil" [Max Weber]

    "Socrate et Platon ont raison : quoi que l'homme fasse, il fait toujours le bien, c'est-à-dire ce qui lui semble bon (utile) suivant son degré d'intelligence, son niveau actuel de raison" [Friedrich Nietzsche]

    "Les profondes lois de la conservation et de la croissance exigent le contraire: que chacun s'invente sa vertu, son impératif catégorique" [Friedrich Nietzsche]

    "On voit donc à quel point la notion de responsabilité repose sur celle de causalité, c'est-à-dire de conformité à des lois (Gesetzmässigkeit) de nos actes volontaires" [Moritz Schlick]

    "Responsabilité. Une faute est ce qui est enfin puni. La conséquence mauvaise est la marque de la faute. L'homme qui manque du pied pèche contre son rythme, choit et se blesse" [Paul Valéry]

    “Presque toujours, la responsabilité confère à l’homme de la grandeur.” [Stefan Zweig]

    "Si un homme est conduit, par les lois de la nature, à faire ce qu'il fait, nous ne pouvons ni l'en approuver ni le blâmer, pas davantage que nous ne pouvons reprocher à une montre d'être en avance ou en retard" [Albert Camus]

    "Dans la vie, bien souvent, les responsabilités nous échappent, comme l'eau qu'on puise avec un panier percé." [Lao She]

    "C'est justement pour préserver ce qui est neuf et révolutionnaire dans chaque enfant que l'éducation doit être conservatrice, c'est-à-dire assurer “la continuité du monde" [Hannah Arendt]

    "J'ignore quand le terme de « responsabilité collective » est apparu pour la première fois, mais je crois pouvoir affirmer avec certitude que non seulement le terme mais aussi les problèmes qu'il implique doivent leur pertinence et l'intérêt général qu'ils attirent à des situations qui sont politiques, et non juridiques ou morales" [Hannah Arendt]

    "Quand quelqu'un dit qu'il se sent coupable non de ce qu'il a fait mais des actes de son père ou de son peuple, c'est en un sens seulement métaphorique et non en un sens personnel. (Moralement parlant, il est presque aussi mal de se sentir coupable quand on n'a rien fait de précis, que de se sentir innocent quand on est réellement coupable.)" [Hannah Arendt]

    "L'homme qui se croit déterminé se masque sa responsabilité." [Jean-Paul Sartre]

    "L'existentialiste ne croit pas à la puissance de la passion. Il ne pensera jamais qu'une belle passion est un torrent dévastateur qui conduit fatalement l'homme à certains actes, et qui, par conséquent, est une excuse. Il pense que l'homme est responsable de sa passion. L'existentialiste ne pensera pas non plus que l'homme peut trouver un secours dans un signe donné, sur terre, qui l'orientera ; car il pense que l'homme déchiffre lui- même le signe comme il lui plaît." [Jean-Paul Sartre]

    "Ce qui compte, c'est l'engagement total, et ce n'est pas un cas particulier, une action particulière, qui vous engage totalement" [Jean-Paul Sartre]

    "Ah monstre que je suis ! infortunées victimes ! est-il possible que j'aye fait cela, non ce n'est qu'un rêve ! ah ce n'est que trop vrai !" [Michel Foucault/Pierre Rivière]

    "Brusquement ce qui est tout bonnement donné, ce qui est pris comme allant de soi, ce à quoi on ne réfléchit jamais dans le but de l'action : qu'il y ait des hommes, qu'il y ait la vie, qu'il y ait un monde fait pour cela, se trouve placé sous l'éclairage orageux de la menace émanant de l'agir humain" [Hans Jonas]

    "La condition de la responsabilité est le pouvoir causal. L'acteur doit répondre de son acte : il est tenu responsable de ses conséquences et le cas échéant on lui en fait porter la responsabilité" [Hans Jonas]

    "Personne ne doit des comptes pour l'imagination impuissante des méfaits les plus atroces et les sentiments de culpabilité qui surgissent éventuellement ici sont tout aussi privés que le délit psychologique. Un acte doit avoir été exécuté ou du moins commencé à avoir été commis dans le monde (comme dans le complot). Et il reste vrai que l'acte réussi pèse plus lourd que l'acte raté" [Hans Jonas]

    "Le problème de la responsabilité, ce sont des suites qui n'ont pas encore fait leurs effets mais que l'on peut évaluer. Là intervient la deuxième idée de Jonas, à savoir qu'il faut tenir compte non seulement des dangers probables, mais aussi des dangers possibles" [Paul Ricoeur]

    "La désobéissance civile est une forme de responsabilité et appelle à davantage de responsabilités" [André Glucksmann]

     

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  • Marx : lutte des classes et responsabilité individuelle

    450px-Il_quarto_stato_(Volpedo).jpg"Je ne peins pas en rose, loin s'en faut, le personnage du capitaliste et du propriétaire foncier. Mais ces personnes n'interviennent ici que comme personnification de catégories économiques, comme porteurs de rapports de classe et d'intérêts déterminés. Moins que toute autre encore, ma perspective, qui consiste à appréhender le développement de la formation économico-sociale comme un processus historique naturel, ne saurait rendre un individu singulier responsable de rapports et de conditions dont il demeure socialement le produit, quand bien même il parviendrait à s'élever, subjectivement, au-dessus de ceux-ci."

    Karl Marx, Le Capital (1867-1894)

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"Il faut se méfier des ingénieurs, ça commence par la machine à coudre, ça finit par la bombe atomique." [Marcel Pagnol]