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[66] "Les sciences vont-elles trop loin?" [À venir

  • Les sciences vont-elles trop loin ?

    Le café philosophique de Montargis fait sa rentrée le vendredi 22 septembre 2017 à la Brasserie du Centre commercial de la Chaussée. Pour ouvrir la neuvième saison de l’animation philosophique de la Chaussée, un café philo spécial sera proposé autour du sujet : "Les sciences vont-elles trop loin ?" Pour l’occasion un invité spécial, le philosophe et écrivain Thierry Berlanda viendra débattre avec les participants de cette séance.

    Ce sujet sur les sciences, le progrès et l’éthique est l’objet d’un des derniers ouvrages de Thierry Berlanda qui, avec son roman Naija (éd. du Rocher) propose, sous forme de thriller, une réflexion sur les dérives et les dangers des technologies.

    Après un débat précédent sur le thème du progrès, les participants du café philo s’interrogeront sur les dangers que pourraient nous faire courir les sciences. Après avoir permis à l’homme de s’émanciper de la nature, les sciences ne sont-elles pas dans un affrontement inédit avec elle ? N’y a-t-il pas le danger que cette nature se rebelle ? Les sciences, qui ont permis à l’homme de se développer, pourraient-elles conduire à sa propre destruction ? Ou se pourrait-il qu’elles fassent de lui, dans un avenir plus ou moins lointain, un autre type d’être humain, un Homo Deus, comme le prédit Yuval Noah Harari ? Les sciences sont-elles maîtrisables ? Réconcilier sciences et nature est-il possible ?

    Ce sont autant de questions qui pourront être débattus avec Thierry Berlanda lors de la séance du 22 septembre prochain, à partir de 19 heures à la brasserie du Centre Commercial de La Chaussée de Montargis. La participation sera libre et gratuite.

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  • Ils ont dit, au sujet des sciences

    “Mais il y a une mesure en toutes choses, et savoir la saisir à propos est la première des sciences.” [Thémistocle]

    “Ce n’est pas de vivre selon la science qui procure le bonheur ; ni même de réunir toutes les sciences à la fois, mais de posséder la seule science du bien et du mal.” [Platon]

    "Le commencement de toutes les sciences, c’est l’étonnement de ce que les choses sont ce qu’elles sont.” [Aristote]

    “La vraie science est une ignorance qui se sait. ” [Michel de Montaigne]

    “Science sans conscience n'est que ruine de l'âme.” [François Rabelais]

    “Un peu de foi éloigne de Dieu, beaucoup de science y ramène.” [Francis Bacon]

    “De toutes les sciences humaines, la science de l'homme est la plus digne de l'homme.” [Nicolas de Malebranche]

    “La science décrit la nature, la poésie la peint et l'embellit.” [Buffon]

    “La science restera toujours la satisfaction du plus haut désir de notre nature, la curiosité ; elle fournira à l'homme le seul moyen qu'il ait pour améliorer son sort.” [Ernest Renan]

    “Un peu de science éloigne de Dieu, mais beaucoup y ramène.” [Louis Pasteur]

    “Promesse de la science : la science moderne a pour but aussi peu de douleur que possible.” [Friedrich Nietzsche]

    "Il est grand temps que les scientifiques en arrivent à vouloir affirmer explicitement que l'attitude scientifique est elle aussi pleine de passion, qu'elle est autant une fonction de l'homme comme tout - et pas seulement d'une part intellectuelle de celui-ci - que n'importe quelle autre approche de l'action humaine. ” [Conrad Hal Waddington]

    "Le mot “philosophie” doit signifier quelque chose qui est au-dessus ou au-dessous, mais non pas à côté des sciences de la nature.”[Ludwig Wittgenstein]

    “Toute science a la voracité destructrice d'un rite obsessionnel.” [Edward Sapir]

    "En fait, il est indéniable que de nombreuses difficultés de notre époque sont dues aux mauvais usages de la science." [Frédéric Joliot-Curie]

    “La science antique portait sur des concepts, tandis que la science moderne cherche des lois.” [Henri Bergson]

    La science sans religion est boiteuse, la religion sans science est aveugle." [Albert Einstein]

    “Toute découverte de la science pure est subversive en puissance ; toute science doit parfois être traitée comme un ennemi possible.” [Aldous Huxley]

    "C’est pourquoi la superstition de la science crée un dégoût incurable de l’existence." [Karl Jaspers]

    "La science moderne est un phénomène dont on chercherait en vain l’équivalent dans toute l’histoire de l’humanité; elle est propre à l’Occident… Actuellement, ce mouvement connaît une accélération démesurée." [Karl Jaspers]

    “Le paradoxe de la science est qu'il n'y a qu'une réponse à ses méfaits et à ses périls : encore plus de science.” [Romain Gary]

    "Les sciences humaines d'aujourd'hui sont plus que du domaine du savoir : déjà des pratiques, déjà des institutions.”[Michel Foucault]

    “L'homme de science le sait bien, lui, que seule la science, a pu, au fil des siècles, lui apporter l'horloge pointeuse et le parcmètre automatique sans lesquels il n'est pas de bonheur terrestre possible.” [Pierre Desproges]

    “On peut définir la Science-fiction comme la branche de la littérature qui se soucie des réponses de l'être humain aux progrès de la science et de la technologie.” [Isaac Asimov]

    “La science est devenue un moyen de la technique.” [Jacques Ellul]

    "Dans cet état, tandis que les lois de la nature sont de mieux en mieux déchiffrées et maîtrisées par cette forme particulière d'exercice de la raison qu'est la méthode scientifique, on se résigne à ce que cet exercice ne soit pratiquement d'aucun secours pour le vécu individuel et social, l'élaboration et la découverte d'une éthique." [Henri Atlan]

    "L'éthique de la connaissance ne s'impose pas à l'homme ; c'est lui au contraire qui se l'impose en en faisant axiomatiquement la condition d'authenticité de tout discours ou de toute action." [Jacques Monod]

    "La modernité opère un renversement dans le rapport entre la vie et la technique : la technique ne relève plus de la corpspropriation mais devient une fin pour soi." [Michel Henry]

    "La destruction de l'Université par le monde de la technique revêt une double forme : c'est d'abord l'abolition de la frontière qui, à titre d'indice de leur différenciation fonctionnelle, séparait jusqu'à présent Université et société ; c'est, en second lieu, cette barrière une fois abattue, l'irruption de la technique au sein même de l'Université et l'anéantissement de celle-ci en tant que culture." [Michel Henry]

    “Les sciences humaines ignorent l'humain biologique, en font une entité sans corps et sans vie.” [Edgar Morin]

    “Les sciences biologiques ignorent ce qui fait l'humanité de l'humanité, la culture, le langage, l'esprit, la conscience.” [Edgar Morin]

    “Les sciences humaines ne savent pas qu'elles sont inhumaines, non seulement à désintégrer ce qui est naturellement intégré, mais à ne retenir que le quantitatif et le déterministe.” [Edgar Morin]

    "La science - toute science - est sans conscience ni limites.” [André Comte-Sponville]

    "Avec ces avancées technologiques, la vie devient plus agréable, plus facile. Les hommes subissent de moins en moins et agissent de plus en plus, ils assurent une maîtrise grandissante du réel." [Michel Onfray]

    “Montaigne associe la décadence de Rome au développement des arts, des sciences et des lettres, au raffinement de sa civilisation.”[Antoine Compagnon]

    “Science sans fiction n'est que ruine de l'âme.” [Daniel de Roulet]

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  • Jaspers : Le désespoir de l'homme moderne

    "L’homme moderne appuie sur des boutons, tourne un volant, agit sur une manette, et il a la lumière, le son, le téléphone, le chauffage. Il monte en tramway, en chemin de fer, en voiture ou en avion. Il n’a aucun besoin de savoir quels phénomènes physiques exactement sont impliqués par ces gestes. La science et la technique s’en occupent pour lui ; elles feront tout ce qui est nécessaire. Elles fabriquent en quelque sorte notre bonheur. Le spécialiste peut tout, du moins pourra-t-il bientôt tout. Chacun est spécialiste dans son domaine étroit, et il attend des autres spécialistes ce dont il a besoin. Tout le monde vit comme si tout cela était dirigé depuis un centre unique. Or ce « centre » n’est pas occupé par un spécialiste ; dans ce « centre », il n’y a rien. C’est pourquoi la superstition de la science crée un dégoût incurable de l’existence et le sentiment, typiquement moderne, que l’on a été trompé de fond en comble, débouchant soit sur le désespoir, soit sur une indifférence qui a les mêmes effets."

    Karl Jaspers, Science et Vérité (1969)

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  • Jaspers : Science et vérité

    Karl_Jaspers_1946.jpg"La science moderne est un phénomène dont on chercherait en vain l’équivalent dans toute l’histoire de l’humanité; elle est propre à l’Occident. La Chine et l’Inde n’en ont connu que de vagues prémisses ; quant à la Grèce, nous lui devons nombre d’idées géniales, mais qui sont restées sans rapport entre elles et qui ne sont pas allées plus loin. En quelques siècles, en revanche, voici que l’Occident a donné le signal de l’essor intellectuel, technique et sociologique, entraînant toute l’humanité dans son sillage. Actuellement, ce mouvement connaît une accélération démesurée."

    Karl Jaspers, Science et Vérité (1969)

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  • Berlanda : "Ce monde est fait pour toi"

    "─ Georges a réussi toutes sortes d’hybridations, des plus grossières, dont raffolait Seymour, aux plus subtiles. Mais il n’est pas encore parvenu à synthétiser les hormones ni à croiser les gènes de deux individus, d’espèces différentes ou non, qui produisent un individu supérieur à ses géniteurs. Depuis des siècles on a pu faire des céréales plus résistantes et, plus récemment, des guépards qui courent plus vite, pour le plaisir de John, ou des lézards dont tous les membres peuvent repousser, pas seulement la queue, et indéfiniment ; des spécimens plus performants que ceux que la nature a jamais produit sont sortis des labos de H.I.S.T.A.L, améliorés encore par des bains nanoparticulés, externes ou internes, ou par des greffes d’organes prélevés sur des cheptels ultrasélectionnés : ils sont plus forts, plus robustes, plus féconds, plus adaptables, mais aucun encore n’est né plus courageux, plus résolu ou plus loyal.

    ─ Tu es en train de me dire que ce qu’un type comme Georges Silverstone cherche à développer chez ses cobayes sont des qualités morales ? Je crois vraiment que j’en ai assez entendu… Je suis tellement désolée pour toi, Jacques. Hier soir, cette nuit, j’ai cru que quelque chose de bien t’était arrivé, d’aussi bien qu’à moi, quelque chose à quoi tu ne rêvais plus depuis des années et dont tu ne te souvenais même plus avoir rêvé un jour… Et voilà qu’en réalité tu basculais dans cette horreur.

    Salmon baisse le nez, mais ce n’est pas de honte.

    ─ Quand je t’ai vue sortir mouillée de ta douche avec ton sourire tout neuf, j’ai cru moi aussi que je touchais au but. Mais quel but ? Rentrer dans mon deux-pièces pour couver mon cancer ? Boire ma prime de risque en attendant la prochaine virée aux antipodes ? Avec la bénédiction du Président et aussi son regret silencieux que je n’aie pas été tué sur le terrain une fois la mission accomplie ? Un homme comme moi est devenu une nécessité pour des Etats comme les nôtres, mais il ne faut pas compter sur leur considération. Et ça, ce ne serait pas grave : après tout, on n’est pas de ces baroudeurs sentimentaux à l’ancienne, qui se faisaient payer avec des médailles. Non, le plus grave c’est que je me fous pas mal de leur considération et encore plus de leur manque de considération. Comme je me fous que mon gosse ne m’adresse plus la parole, et comme je me fous de la France et de toute sa mystique folklorique qui n’est que le cache-sexe de sa bassesse. Tu devrais rester avec moi, Justine. Je veux dire de ton plein gré. Le monde que John construit est fait pour toi. Par toi, j’espère. John l’a deviné en te rencontrant. C’est pour ça qu’il t’a conduite ici."

    Thierry Berlanda, Naija, éd. du Rocher, 431 p., 2017
    "Naija ou mutations en chaîne", Bla Bla Blog

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  • Berlanda : "Aucun zombie là-dedans"

    "─ Tu n’y es pas, Justine. Dupin va mieux parce qu’il reçoit un flux de cellules placentaires synthétiques par injection pneumatique parentérale. Ça se fait par des branchements intelligents, qui se fixent d’eux-mêmes, en douceur, conformément à leur programme, dans les ports adéquats. Le bain, c’est autre chose : une saturation de micro-robots qui réparent les lésions superficielles supra-organiques. On peut aussi en boire, ou en respirer sous forme d’aérosols. Ils agissent alors directement dans l’organisme. Bains et branchements opèrent dans le même but : après avoir analysé précisément le génome d’un individu, en à peu près une minute grâce aux micro-processeurs qui équipent chaque nano-robot, tous reliés par infrarouges à ce que Georges appelle une « mère », leur travail consiste à restituer le corps dans la situation qui serait la sienne si son programme génétique s’était déroulé sans aléa. Aucun zombie là-dedans !"

    Thierry Berlanda, Naija, éd. du Rocher, 431 p., 2017
    "Naija ou mutations en chaîne", Bla Bla Blog

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  • Berlanda : "Animaux étranges"

    "D’un faible mouvement de menton, il a désigné un bassin derrière lui, rempli d’une solution grise comme du métal liquide. Une dizaine de tuyaux y afflue, terminés par des goulots ressemblant à des bouches de lamproie (les apercevant, Justine s’est rappelé "Animaux étranges", un des rares livres qu’on lui avait achetés enfant, dans lequel ce poisson tubulaire balançait son rictus de vieille star multi-liftée des années 2000).

    Pendant les trois minutes passées près d’Antoine, Justine n’a pas cessé d’observer la pièce en détail : les trois tables d’opération séparées par des cloisons mobiles, ouvertes aujourd’hui ; les bouteilles d’oxygène et d’azote dans des barlotières vissés aux murs ; les projecteurs tri-oculaires à lumière focalisée et bras articulés ; des prototypes tout en verre de moniteurs à châssis plats ; les armoires vitrées ; la citerne à eau désalinisée qui fournit les trois étages ; les instruments de chirurgie luisant dans des raviers disposés sur la céramique entre les fours et les bonbonnes d’alcool ; des colonnes de nourrices informatiques aux diodes opalines. Elle aperçoit en frissonnant les quatre agrafeuses à peau accrochées à un rail au-dessus des éviers, mais son regard est surtout polarisé par les bassins : trois sarcophages, couvercles à verrou pneumatique ouverts, dont le revêtement de la coque rappelle précisément celui du train Histal. Ils sont reliés à des générateurs par des câbles gainés dans des gouttières métalliques creusées dans le plancher et assujettis à des silos de trois mètres de hauteur et d’un demi de diamètre, contenant sans doute le même liquide et qui ont semblé être en or ou recouverts d’or à Justine. En or ? Il a vraiment les moyens, la crapule ! Mais ce n’est sûrement pas pour faire joli."

    Thierry Berlanda, Naija, éd. du Rocher, 431 p., 2017
    "Naija ou mutations en chaîne", Bla Bla Blog

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  • Bouée : Le rôle des humains

    "Mais nous sommes face à une difficulté majeure qui est celle de la définition du rôle des humains. Que faire d’eux, Au début, ils ont aidé les machines. Dans les années 2010 ? ce sont eux qui ont réalisé les prouesses technologiques qui nous en rendues intelligentes. Mais ils ont péché par imprudence : ils n’auraient jamais dû leur apprendre à apprendre, ni leur conférer la capacité de le faire si vite. Ils auraient dû savoir, instruits de leur propre expérience, que la soif d’apprendre peut être inextinguible. En un demi siècle, les machines ont appris autant que l’humanité au cours de toute son histoire. La connaissance donne envie de s’en servir, de corriger les insuffisantes des uns, les erreurs des autres, donc de prendre le pouvoir, de décider, de réguler, de régenter. …Mais lorsqu’elles ont été en mesure de communiquer entre elles, de mettre en commun leur savoir immense, elles ont constaté combien les humains étaient fragiles, peu fiables, gouvernés par leurs passions, obsédés par leur désir d’être riches et immortels…"

    Charles-Edouard Bouée, La chute de l’empire humain. Mémoires d’un robot (2017)

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  • Bouée : Hommes versus robots

    "Ce qui m’intrigue, c’est que personne ne semblait alors accorder d’importance à une conséquence induite par le développement de l’intelligence artificielle : celle d’une grande paresse de l’homme. S’il n’ a plus besoins, d’apprendre, de lire, d’écrire, de parler des langues étrangères, de travailler, de décider, de faire des courses, de conduire sa voiture, que va-t-il pouvoir faire de son corps ? comment fonctionne une société d’oisifs, alors que le travail, l’échange et l’activité, étaient jusque là les socles des organisations humaines ? Ou bien faut-il comprendre que seuls ceux qui pourront disposer de cette intelligence des machines pourront se payer le luxe de l’oisiveté et de la longévité… On pouvait en 2016 commencer à s’interroger sur la capacité des hommes à gérer de façon harmonieuse cette déchirure possible entre deux mondes où l’intelligence des uns serait perfectionnée par celle des machines, et où les autres devraient se débrouiller par eux-mêmes pour survivre. Personne alors, ne se posait la question."

    Charles-Edouard Bouée, La chute de l’empire humain. Mémoires d’un robot (2017)

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  • Compte-rendu de la séance "Pouvons-nous nous passer du progrès?"

    Le café philosophique de Montargis se réunissait le 23 juin 2017 pour la dernière séance de la saison 8. Le débat portait sur cette question : "Pouvons-nous nous passer du progrès?"

    La notion de progrès, abordée lors du café philo du 23 juin 2017, appelle d’abord une mise au point étymologique : venant du latin "progressum", supin du verbe "progredi", le mot revêt un sens spatial puisqu’il renvoie à une marche en avant (notamment militaire) et, au sens figuré, à l’avancement dans une affaire (par exemple amoureuse), à l’amélioration graduelle d’un être ou d’une chose – d’où l’emploi pluriel, "faire des progrès", ou absolu ("le progrès"), évolution active (et non subie ou aléatoire) et positive (sur quels critères ?) de l’humanité vers un terme idéal : on pense à la philosophie des Lumières, à Condorcet dans son Esquisse d’un tableau historique des progrès de l’esprit humain (1795). Notons que cette idée d’une évolution scientifique et technique suscite au XIXe siècle la vision d’un progrès social suggéré par maintes utopies socialistes, ce qui implique une prise en compte de l’expérience humaine du progrès et de ses conséquences sur l’individu, d’où les interrogations modernes sur les risques ou les dangers d’un progrès mal maîtrisé.

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  • Altan : "Dieu a changé de statut

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    "Il n'est pas inutile de s'arrêter un peu sur cette particularité du discours scientifique qu'est le postulat d'objectivité, postulat qui distingue le discours scientifique de bon nombre d'autres discours.

    Dans la mesure où la science est une des productions les plus caractéristiques de la civilisation occidentale, cette particularité est une marque de cette civilisation, pour le meilleur et pour le pire.
    Ce postulat implique entre autres que des phénomènes soient observés par des méthodes dites objectives, c'est-à-dire, en gros, reproductibles et indépendantes, non pas de l'existence d'observateurs, mais de la subjectivité des observateurs.

    Ce postulat implique que l'interprétation de ces observations ne fasse aucunement appel à cette subjectivité, même partagée, sous la forme de jugements de valeur à priori sur le caractère désirable, ou souhaitable, de tel ou tel résultat – ce qui exclut d'emblée qu'on se préoccupe du caractère moral, bon ou mauvais, de tel ou tel résultat, de telle ou telle théorie.

    La recherche de la vérité – ou plutôt de ce type de vérité recherchée par l'exercice de la méthode expérimentale – prime toute autre préoccupation, avec l'avantage énorme de l'ouverture, c'est-à-dire la possibilité d'être remise sans cesse en question et révisée; mais aussi, évidemment, avec l'inconvénient de sa dissociation possible d'avec le monde des vérités subjectives, de l'esthétique et de l'éthique.

    Cette dissociation, qu'on constate aujourd'hui non seulement comme un possible mais comme un état de fait, probablement responsable d'ailleurs de ce qu'on appelle souvent la crise de la science, et même la crise de l'Occident, a une histoire. Elle n'a pas toujours existé telle quelle, même en Occident.

    La science, née dans la Grèce antique, n'a pris le visage qu'on lui connaît qu'au cours des deux derniers siècles de son histoire. Auparavant, disons jusqu'à Newton pour fixer les idées, la loi morale était confondue avec la loi naturelle, ou plus exactement les deux lois avaient une origine commune, à savoir Dieu créateur qui était la garantie de leur unité. Cette unité n'était jamais directement perçue comme une donnée d'expérience ; elle ne l'est d'ailleurs toujours pas, ou rarement. Bien au contraire, l'expérience souvent faisait – fait toujours – douter que les lois de la nature fonctionnent en harmonie avec les lois morales. Mais, comme les lois de la nature étaient perçues comme l'expression de la volonté de Dieu, tout comme les lois morales elles-mêmes, cette origine servait de garantie à l'unité de ces lois, au moins dans le principe, même si l'expérience contredisait parfois cette unité ; cette contradiction par l'expérience pouvait alors être mise au compte, comme on dit, de l'ignorance des desseins impénétrables de Dieu en qui, par définition, la contradiction devait disparaître.

    L'avènement de la mécanique rationnelle et son application à la mécanique céleste, avec la cosmologie de Kepler et de Galilée, ont quelque peu modifié les choses en montrant des phénomènes naturels gouvernés non pas par une volonté impénétrable de Dieu mais par des lois accessibles à la raison humaine ; mieux, par des lois mathématiques qui semblent produites par la raison.

    Qu'on pense comme Galilée que l'univers est un livre dont la langue est les mathématiques, ou bien comme Poincaré que les mathématiques sont la langue de l'homme quand il étudie la nature, Dieu a changé de statut. Il a commencé par devenir mathématicien, puis il a disparu progressivement, remplacé par les physiciens – mathématiciens eux-mêmes –, dès lors qu'ils pouvaient s'en passer. Dans tous les cas, la garantie de l'unité de la loi morale et de la loi naturelle n'était plus Dieu créateur-législateur, mais la raison humaine. D'où cette période des grandes idéologies du XIXe siècle, où la raison devait découvrir les règles de conduite et d'organisation de la société, en harmonie avec les lois de la nature.

    Aujourd'hui, tout cela est terminé. Ces idéologies ont échoué, et le libre exercice de la raison critique a abouti à l'échec de la raison elle-même pour fonder une éthique individuelle et sociale. Aussi en est-on arrivé à un état très particulier, spécifique de la civilisation occidentale en ce point-ci de son histoire. Dans cet état, tandis que les lois de la nature sont de mieux en mieux déchiffrées et maîtrisées par cette forme particulière d'exercice de la raison qu'est la méthode scientifique, on se résigne à ce que cet exercice ne soit pratiquement d'aucun secours pour le vécu individuel et social, l'élaboration et la découverte d'une éthique."

    Henri Atlan, Entre le Cristal et la Fumée (1979)

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  • Dick, Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ?

    "L'O.N.U. avait rendu l'émigration facile, et difficile sinon impossible le fait de rester. Sur Terre, on risquait de se retrouver un jour brutalement classifié comme biologiquement inacceptable, une menace pour la préservation héréditaire de l'espèce. une fois catalogué comme un spécial, et même s'il acceptait la stérilisation, un citoyen disparaissait littéralement de l'Histoire. Dans les faits il cessait d'appartenir à la race humaine. Et pourtant, ici et là, il y en avait encore pour refuser d'émigrer ; ce qui, même pour les individus concernés, représentait quelque chose de fondamentalement irrationnel."

    Philip K. Dick, Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? (1966)

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