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  • "Libre" de Michel Toesca, le synopsis

    La Roya, vallée du sud de la France frontalière avec l'Italie. Cédric Herrou, agriculteur, y cultive ses oliviers. Le jour où il croise la route des réfugiés, il décide, avec d’autres habitants de la vallée, de les accueillir. De leur offrir un refuge et de les aider à déposer leur demande d'asile.

    Mais en agissant ainsi, il est considéré hors la loi... Michel Toesca, ami de longue date de Cédric et habitant aussi de la Roya, l’a suivi durant trois ans. Témoin concerné et sensibilisé, caméra en main, il a participé et filmé au jour le jour cette résistance citoyenne. Ce film est l'histoire du combat de Cédric et de tant d’autres.

    Libre de Michel Toesca, documentaire français, 2018, 1H40

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  • "Dis, quand reviendras-tu ?"

    Lien permanent Catégories : =>Saison. 10, Documents, Musique, Vidéos/cinéma/TV, [77] "Peut-on être seul·e au milieu des autres? Imprimer 0 commentaire Pin it!
  • Schopenhauer : Seul et libre

    On ne peut être vraiment soi qu'aussi longtemps qu'on est seul ; qui n'aime donc pas la solitude n'aime pas la liberté, car on n'est libre qu'étant seul. Toute société a pour compagne inséparable la contrainte et réclame des sacrifices qui coûtent d'autant plus cher que la propre individualité est plus marquante. Par conséquent, chacun fuira, supportera ou chérira la solitude en proportion exacte de la valeur de son propre moi. Car c'est là que le mesquin sent toute sa mesquinerie et le grand esprit toute sa grandeur ; bref, chacun s'y pèse à sa vraie valeur. En outre un homme est d'autant plus essentiellement et nécessairement isolé, qu'il occupe un rang plus élevé dans le nobiliaire de la nature. C'est alors une véritable jouissance pour un tel homme, que l'isolement physique soit en rapport avec son isolement intellectuel : si cela ne peut pas être, le fréquent entourage d'êtres hétérogènes le trouble ; il lui devient même funeste, car il lui dérobe son moi et n'a rien à lui offrir en compensation. De plus, pendant que la nature a mis la plus grande dissemblance, au point de vue moral comme au point de vue intellectuel, entre les hommes, la société, n'en tenant aucun compte, les fait tous égaux, ou plutôt, à cette inégalité naturelle, elle substitue les distinctions et les degrés artificiels de la condition et du rang qui vont souvent diamétralement à l'encontre de cette liste par rang telle que l'a établie la nature...

    On ne peut être à l'unisson parfait qu'avec soi-même ; on ne peut pas l'être avec son ami, on ne peut pas l'être avec la femme aimée, car les différences de l'individualité et de l'humeur produisent toujours une dissonance, quelque faible qu'elle soit. Aussi la paix du cœur véritable et profonde et la parfaite tranquillité de l'esprit, ces biens suprêmes sur terre après la santé, ne se trouvent que dans la solitude et, pour être permanents, que dans la retraite absolue. Quand alors le moi est grand et riche, on goûte la condition la plus heureuse qui soit à trouver en ce pauvre bas monde. Oui, disons-le ouvertement; quelque étroitement que l'amitié, l'amour et le mariage unissent les humains, on ne veut, entièrement et de bonne foi, de bien qu'à soi seul, ou tout au plus encore à son enfant. Moins on aura besoin, par suite de conditions objectives ou subjectives, de se mettre en contact avec les hommes, mieux on s'en trouvera […] Une étude importante pour les hommes serait d'apprendre de bonne heure à supporter la solitude, cette source de félicité et de tranquillité intellectuelle.

    Arthur Schopenhauer, Aphorismes sur la sagesse dans la vie (1851)

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  • "Le Désert des Tartares"

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  • Buzzati : Le désert des Tartares

    A un certain moment, un lourd portail se ferme derrière nous, il se ferme et est verrouillé avec la rapidité de l’éclair, et l’on n’a pas le temps de revenir en arrière. Mais, à ce moment-là, Giovanni Drogo dormait ignorant, et dans son sommeil, il souriait, comme le font les enfants.

    Bien des jours passeront avant que Drogo ne comprenne ce qui est arrivé. Ce sera alors comme un réveil. Il regardera autour de lui, incrédule ; puis il entendra derrière lui un piétinement, il verra les gens, réveillés avant lui, qui courront inquiets et qui le dépasseront pour arriver avant lui. Il entendra les pulsations du temps scander avec précipitation la vie. Aux fenêtres, ce ne seront plus de riantes figures qui se pencheront, mais des visages immobiles et indifférents. Et s’il leur demande combien de route il reste encore à parcourir, on lui montrera bien encore d’un geste l’horizon, mais sans plus de bienveillance ni de gaieté. Cependant, il perdra de vue ses camarades, l’un demeuré en arrière, épuisé, un autre qui fuit en avant de lui et qui n’est plus maintenant qu’un point minuscule à l’horizon.

    Passé ce fleuve, diront les gens, il y a encore dix kilomètres à faire et tu seras arrivé. Au lieu de cela, la route ne s’achève jamais, les journées se font toujours plus courtes, les compagnons de voyage toujours plus rares, aux fenêtres se tiennent des personnages apathiques et pâles qui hochent la tête.

    Jusqu’à ce que Drogo reste complètement seul et qu’à l’horizon apparaisse la ligne d’une mer démesurée, immobile, couleur de plomb. Désormais, il sera fatigué, les maisons le long de la route auront presque toutes leurs fenêtres fermées et les rares personnes visibles lui répondront d’un geste désespéré : ce qui était bon était en arrière, très en arrière, et il était passé devant sans le savoir. Oh ! il est trop tard désormais pour revenir sur ses pas, derrière lui s’amplifie le grondement de la multitude qui le suit, poussée par la même illusion, mais encore invisible sur la route blanche et déserte.

    A présent, Giovanni Drogo dort à l’intérieur de la troisième redoute. Il rêve et il sourit. Pour la dernière fois, viennent à lui, dans la nuit, les douces images d’un monde totalement heureux. Gare à lui s’il pouvait se voir lui-même, tel qu’il sera un jour, là où finit la route, arrêté sur la rive de la mer de plomb, sous un ciel gris et uniforme, et sans une maison, sans un arbre, sans un homme alentour, sans même un brin d’herbe, et tout cela depuis des temps immémoriaux.

    Dino Buzzati, Le Désert des Tartares (1940)

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  • Pour aller plus loin

    Affiche Va t on trop vite.pngPour compléter la séance du 21 septembre qui portait sur la question "Va-t-on trop vite ?", retrouvez sur ce lien le diaporama qui était diffusé. 

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  • Steinbeck : "Toute idée non conforme au gabarit devra être éliminée"

    "Il est vrai, écrit Steinbeck, que deux hommes réunis soulèvent un poids plus aisément qu’un homme seul. Une équipe peut fabriquer des automobiles plus rapidement et mieux qu’un homme seul. Et le pain qui sort d’une fabrique est moins cher et de qualité plus uniforme que celui d’un artisan. Lorsque notre nourriture, nos vêtements, nos toits ne seront plus que le fruit exclusif de la production standardisée, ce sera le tour de notre pensée. Toute idée non conforme au gabarit devra être éliminée... Voici ce que je crois, poursuit Steinbeck : l’esprit libre et curieux de l’homme est ce qui a le plus de prix au monde. Et voici ce pour quoi je me battrai : la liberté pour l’esprit de prendre quelque direction qui lui plaise. Et voici contre quoi je me battrai : toute idée, religion ou gouvernement qui limite ou détruit la notion d’individualité."

    John Steinbeck, À l’est d’Éden (1952)

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  • Virilio : "Penser la vitesse"

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  • Ils ont dit, au sujet de la vitesse

    "On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve." [Héraclite]

    " À vivre d'une façon posée on ne serait pas plus sage qu'à ne pas vivre d'une façon posée, puisque c'est au compte des belles choses que nous avons porté la sagesse, et que, d'un autre côté, les actes prompts nous ont révélé une beauté qui n'est pas inférieure à celle des actes accomplis bien posément." [Platon]

    "La nature doit donc être considérée comme un principe et une cause de mouvement et de repos, pour l'être où ce principe est primitivement et en soi, et non pas par simple accident." [Aristote]

    " Le monde est une branloire pérenne. Toutes choses y branlent sans cesse : la terre, les rochers du Caucase, les pyramides d'Egypte, et du branle public et du leur. La constance même n'est autre chose qu'un branle plus languissant." [Montaigne]

    "C’est à tort que les hommes se plaignent de la fuite du temps, en l’accusant d’être trop rapide, sans voir qu’il s’écoule à la bonne vitesse." [Léonard de Vinci]

    "La splendeur du monde s'est enrichie d'une beauté nouvelle : la beauté de la vitesse." [Filippo Tommaso Marinetti]

    "Le temps réel échappe aux mathématiques. Son essence étant de passer, aucune de ses parties n'est encore là quand une autre se présente. La superposition de partie à partie en vue de la mesure est donc impossible, inimaginable, inconcevable." [Henri Bergson]

    "Qu’est-ce qu’un inconscient ? C’est un homme qui ne se pose pas de question. Celui qui agit avec vitesse et sûreté ne se pose pas de question ; il n’en n’a pas le temps." [Alain]

    "L'être inféodé aux heures est-il encore un être humain ? Et a-t-il le droit de s'appeler libre, quand nous savons qu'il a secoué toutes les servitudes, sauf l'essentielle ? A la merci du temps qu'il nourrit, qu'il engraisse de sa substance, il s'exténue et s'anémie pour assurer la prospérité d'un parasite ou d'un tyran." [Emil Cioran]

    "Qu'est-ce que vous faites de ce temps gagné? est-ce que vous avez composé un début de symphonie, un sonnet, est-ce que vous avez conçu un projet nouveau d'expérience chimique? Est-ce que vous avez vécu libre (tout simplement!) en vous baladant au hasard, sans but et dans la joie de la liberté?" Et bien non! personne n'a jamais pu me répondre. Ces heures "gagnées", on a bu une bière au bistrot, on n'a rien fait ni rien vécu, on a usé du temps vide et insignifiant. A moins que l'on ait profité, lorsqu'on est un homme d'affaire très occupé, pour prendre trois rendez-vous exprès qui viennent se cumuler à un horaire déjà trop lourd, c'est-à-dire que l'on a fait se rapprocher l'heure de l'infarctus. " [Jacques Ellul]

    "Nous sommes entraînés à juger en fonction de la vitesse de nos machines. La raison consiste à poser ces deux questions : Est-ce un mal que la remise des décisions et actions à la vitesse de l'homme?" [Jacques Ellul]

    "La technique est venue apporter à l’homme perdu de notre temps, la possibilité de se perdre sans cesse." [Michel Henri]

    "La vitesse est la forme d'extase dont la révolution technique a fait cadeau à l'homme." [Milan Kundera]

    "Cette vitesse du bonheur à deux, qui met de l’inattendu dans la banalité et déguise les habitudes en projets." [Pierre Kyria]

    "Donnez-vous des rendez-vous partout, Dans les champs, dans les choux, Faites-vous des baisers tout de suite, Des serments sur le grand huit. Le temps passe à toute vitesse, Roulez jeunesse." [Louis Chedid]

    "L’augmentation de la productivité permet de marquer des points dans la compétition – tout au moins jusqu’à ce que la concurrence en fasse autant, en réduisant le temps de travail socialement nécessaire à la nouvelle norme, ce qui déclenche une spirale de l’accélération potentiellement illimitée. " [Hartmut Rosa]

    "Dans le monde d’aujourd’hui, ce n’est pas le gros qui mange le petit, c’est le rapide qui mange le lent." [John Chambers]

    "Il n'y a pas d'autre art que l'art amoureux. C'est l'art souverain de la lenteur et de la vitesse. C'est l'art de susciter un éclair, sans jamais l'arrêter en l'orientant vers nous." [Christian Bobin]

    "On doit apprendre à écouter, et non seulement ses mots, mais son corps, sa vitesse, sa force, sa faiblesse et ses silences qui déséquilibrent ; on doit perdre un peu de soi pour se retrouver dans l'autre." [Grégoire Delacourt]

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  • Corrèges : Être dans son temps, garder le cap au milieu du changement


    Selon Peter Ahlheit et Anthony Giddens, les individus doivent composer avec trois horizons temporels distincts : le temps de la vie quotidienne, le temps de la biographie et le temps historique. Le temps de la vie quotidienne se structure principalement autour des routines et des rythmes récurrents de l’alternance entre travail et loisir, veille et sommeil etc. (comment travailler et réussir à récupérer à l’heure ma fille à la maternelle ?). « Plus le degré de routine et d’habitude diminue (…) plus le temps devient alors un problème », écrit Harmut Rosa. En deuxième lieu, le temps biographique offre la perspective temporelle de l’ensemble de l’existence (puis-je attendre de terminer mes études pour avoir des enfants ?). Enfin, le temps de la vie quotidienne et de la biographie est nécessairement enchâssé dans le temps de l’époque. « De mon temps, les choses étaient différentes », disent les gens âgés.

    
Ces trois niveaux temporels constituent « l’être-dans-le-temps » d’un être humain. Ils ont chacun leurs propres rythme, vitesse, durée, mais leur imbrication oblige à les ajuster entre eux. Comment y parvenir ? Selon H. Rosa, l’accélération sociale franchit « un point critique au-delà duquel il est impossible de maintenir l’ambition de préserver la synchronisation et l’intégration sociales ». D’une part, la société imposerait à l’homme un rythme si rapide qu’il lui deviendrait impossible de suivre la cadence dans la vie quotidienne. Stressé et surmené, il finirait par lâcher prise. Dépression. Burn out. D’autre part, le temps de l’époque serait tant soumis aux changements sociaux, se renouvelant à un rythme de plus en plus rapide, que l’homme aurait des difficultés à les prendre tous en compte et à projeter dans le futur un plan de vie cohérent, c’est-à-dire à adapter son temps biographique. 
Comment prévoir un plan de vie sans voir si je vais conserver mon emploi, déménager à nouveau ? La rapidité des changements sociaux offre un horizon instable, soumis à l’incertitude, peu propice à l’élaboration de projets de vie. ?

    Déborah Corrèges

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  • La valise philosophique du mois : "Va-t-on trop vite?"

    La "Valise philosophique" du café philo revient cette saison encore. Elle nous sert et nous accompagne pour illustrer nos débats.

    Comme pour chaque séance, nous vous avons préparé des documents, textes, extraits de films ou de musiques servant à illustrer et enrichir les débats mensuels.

    Sur la colonne de droite, vous pouvez retrouver les documents autour de la séance du vendredi 21 sepseptembre 2018 qui aura pour thème : "Va-t-on trop vite?"

    Restez attentifs : régulièrement de nouveaux documents viendront alimenter cette rubrique d'ici la séance.

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  • Henry : La technique et l'éthique

    A cet égard, les progrès foudroyants (dans tous les sens du mots) de la technique qui prolonge le développement scientifique et s’appuie constamment sur lui, sont l’illustration spectaculaire d’une mutation théorique et pratique qui entend désormais confier à la connaissance objective de la nature matérielle le destin de l’homme. Si une croyance subsiste en effet, au milieu de l’effondrement de toutes les croyances et de toutes les valeurs qui caractérise la modernité, c’est bien celle-ci : la croyance que le savoir scientifique constitue l’unique forme de savoir véritable, véridique, objectif et que c’est sur lui par conséquent que l’action humaine doit se fonder et se guider.

    Or c’est justement dans son rapport à l’éthique que ce savoir exclusif laisse paraître d’étranges faiblesses. Ce que l’on demande à l’éthique, ce sont au moins deux choses : sur le plan individuel, un noyau de certitudes permettant à chacun de conduire sa vie, sur le plan collectif, une unité offrant à l’humanité et d’abord à chaque groupe social, à chaque nation, la possibilité de former une communauté de comportements, un ethos qui s’élève sur ce sol de convictions et de pensées communes.

    Que voyons-nous, au contraire, à l’âge de la science omnisciente et de la technique omnipuissante ? Non pas des êtres confiants en eux-mêmes et dans leur destinée, se mouvant avec bonheur et aisance au sein d’un monde devenu intelligible à leur esprit, assurés de ce qu’ils ont à y faire. Mais plutôt des individus esseulés, étrangers à toute communauté concrète parce que, faute d’un lien spirituel, aucune communauté de ce genre n’existe plus. Pour ces êtres livrés à eux-mêmes mais ne trouvant pas plus en eux-mêmes que hors d’eux-mêmes un sens à leur vie, il n’existe au fond que deux issues. Pour autant qu’ils se préoccupent encore de leur existence personnelle, s’adresser à quelque psychothérapeute, psychanalyste, psychiatre chargé non pas de leur proposer des valeurs positives en lesquelles ces nouveaux docteurs ne croiront pas plus qu’eux, mais de les aider à "vivre", à se supporter eux-mêmes en même temps que la société insupportable en laquelle il leur faut malgré tout s’insérer.

    Mais la seconde solution semble plus tentante et plus facile, et c’est elle qui l’emporte partout autour de nous. Il s’agit pour chacun de se fuir soi-même, de se jeter hors de soi vers quelque spectacle étonnant capable de l’absorber entièrement au point qu’il ne pense à lui-même et s’oublie totalement. Encore faut-il que le spectacle fonctionne sans arrêt et c’est justement ce que la technique est venue apporter à l’homme perdu de notre temps, la possibilité de se perdre sans cesse. Et l’on sait comment : en s’asseyant devant le téléviseur qui déverse sans s’interrompre ce flot d’images auxquelles, spectateur hypnotisé, il s’abandonne. Car telle est la situation extraordinaire de l’homme moderne, soi-disant civilisé, que le contenu qui vient occuper son esprit - ses images, ses rêves, ses désirs, ses peurs, ses passions, ses idées - ne provient plus de lui mais de l’appareil qui lui dicte tout ce qu’il sent et pense. En aucun temps, en aucun lieu, l’aliénation de l’être humain n’a été aussi complète, si être aliéné c’est être devenu étranger à soi-même, c’est, plus précisément, être démis de tout pouvoir relativement à ce qui se passe dans son propre esprit.

    Michel Henri (1989)

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