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Documents

  • Durkheim : Morale et tendance

    "La morale de notre temps est fixée dans ses lignes essentielles, au moment où nous naissons ; les changements qu'elle subit au cours d'une existence individuelle, ceux, par conséquent, auxquels chacun de nous peut participer sont infiniment restreints. Car les grandes transformations morales supposent toujours beaucoup de temps. De plus, nous ne sommes qu'une des innombrables unités qui y collaborent. Notre apport personnel n'est donc jamais qu'un facteur infime de la résultante complexe dans laquelle il disparaît anonyme. Ainsi, on ne peut pas ne pas reconnaître que, si la règle morale est œuvre collective, nous la recevons beaucoup plus que nous ne la faisons. Notre attitude est beaucoup plus passive qu'active. Nous sommes agis plus que nous n'agissons. Or, cette passivité est en contradiction avec une tendance actuelle, et qui devient tous les jours plus forte, de la conscience morale. En effet, un des axiomes fondamentaux de notre morale, on pourrait même dire l'axiome fondamental, c'est que la personne humaine est la chose sainte par excellence ; c'est qu'elle a droit au respect que le croyant de toutes les religions réserve à son dieu ; et c'est ce que nous exprimons nous-mêmes, quand nous faisons de l'idée d'humanité la fin et la raison d'être de la patrie. En vertu de ce principe, toute espèce d'empiétement sur notre for intérieur nous apparaît comme immorale, puisque c'est une violence faite à notre autonomie personnelle. Tout le monde, aujourd'hui, reconnaît, au moins en théorie, que jamais, en aucun cas, une manière déterminée de penser ne doit nous être imposée obligatoirement, fût-ce au nom d'une autorité morale."

    Emile Durkheim, L'Éducation morale (1903)

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  • Besnier : Nature et norme

    "D’où vient que l’on interprète encore aujourd’hui comme un péché contre la nature humaine, comme un geste de transgression cette volonté de dépasser la condition naturelle que permettent les sciences et les techniques ? Sans doute de ce que l’on prête à la Nature un caractère sacré qui ne laisse pas d’étonner quand on songe à la force des arguments rationalistes issus du siècle des Lumières et qui ont constitué la toile de fond de notre éducation républicaine. Il devrait pourtant s’imposer que l’on transgresse moins la nature elle-même que l’ordre auquel on est tenté de la soumettre. Si elle ne nous apparaissait pas comme un tout ordonné et donc limité – un cosmos, en quelque sorte –, on ne voit pas comment on pourrait être accusé de vouloir en contester les lois ou limites. Si la Nature était à nos yeux un simple donné, en lui-même moralement neutre, si elle se bornait à définir pour nous le réceptacle de ce qui existe, on ne voit pas comment on pourrait l’invoquer au titre d’une norme par rapport à laquelle tel geste se trouverait désigné comme transgressif. Mais là est peut-être la difficulté, qui explique notre réticence devant les manipulations issues des biotechnologies : nous avons beaucoup de mal à ne pas considérer la Nature comme une puissance qui impose ses normes et à laquelle il ne faudrait pas désobéir, sous peine de damnation."

    Jean-Michel Besnier, Demain les posthumains, Le futur a-t-il encore besoin de nous (2009)

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  • Djian : Marlène

    A14319.jpg"Il avait eu la faiblesse de penser que son retour à la vie civile ne pourrait jamais être aussi dur que les enfers qu'il avait traversés, mais c'était faire preuve d'une grande naïveté. Avait- il trouvé la paix, l'oubli, la plénitude ? Avait- il seulement trouvé le repos, un sommeil décent, avait- il connu l'ennui, le lénifiant et délectable ennui d'une journée banale, morne, transparente, ordinaire ? Non, évidemment non, rien de tout ça. Le trajet à bord du train fantôme était sans fin."

    Philippe Djian, Marlène (2017)

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  • Juliette Armanet : "À la folie"

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  • Horace : Carpe diem

    "N’essaye pas de savoir - c’est une chose interdite - pour moi, pour toi,
    le temps que les dieux nous ont donné, Leuconoé. Ne sonde pas
    les horoscopes babyloniens. Quoi qu’il arrive, tout en sera meilleur !
    Que Jupiter nous donne encore de très nombreux hivers, que celui-ci soit le dernier,

    qui, en ce moment même, fait se briser les vagues de la mer Tyrrhénienne
    sur les rochers usés, toi, pleine de sagesse, fais couler du vin et abrège l’attente
    trop longue pour un instant si court. Le temps de parler, et la vie jalouse
    sera enfuie. Prends le jour qui s’offre, ne fais pas crédit à demain."

    Horace, Ode XI (Ier s. ap. JC)

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  • Jankélévitch : La mort

    41L0x68hWdL._SX210_.jpg"La vie une fois vécue, bouclée, accomplie, on se demandait : à quoi bon? Oui, à quoi rime cette petite promenade de Monsieur Untel dans le firmament du destin, ce stage de quelques décennies dans la vallée de la finitude? Ce séjour sans tête ni queue dans les pâturages de l'en-deça? Et pourquoi d'abord Monsieur Untel est-il né un jour plutôt que de rester éternellement inexistant? Et pourquoi, étant né, doit-il un autre jour cesser d'être sans qu'aucune explication ne lui soit fournie sur les raisons de cet absurde voyage circulaire? Quelle est donc la finalité de tout cela?"

    Vladimir Jankélévitch, La Mort

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  • Ils ont dit, au sujet de la mort

    " si le fil de · la vie n'était pas mouillé de quelques larmes , il romprait dans nos mains." [Pythagore]

    "D’abord vivre. Ensuite philosopher." [Citation latine]

    “Immortels, mortels ; mortels, immortels ; notre vie est la mort des premiers et leur vie, notre mort.” [Héraclite d'Ephèse]

    "Familiarise-toi avec l'idée que la mort n'est rien pour nous." [Épicure]

    “C'est parfois la peur de la mort qui pousse les hommes à la mort.” [Épicure]

    "Il semble que la mort est un raccourci qui nous mène au but." [Platon]

    "Nous vivons avec des émotions, pas avec des heures sur le cadran solaire. Nous devrions compter le temps en chagrins." [Aristote]

    "La mort rattrape ceux qui la fuient." [Horace]

    " Eh bien, n'est-ce pas là de quoi conclure qu'il n'y a rien de redoutable dans la mort ?" [Lucrèce]

    “Une vie malheureuse est plus insupportable que la mort.” [Sénèque]

    “La vie est l'attente de la mort.” [Alcuin]

    "La mort est moins à craindre que rien, s’il y avait quelque chose de moins… Elle ne vous concerne ni mort, ni vif ; vif parce que vous êtes ; mort parce que vous n’êtes plus. Nul ne meurt avant son heure." [Montaigne]

    "Le but de notre chemin, c’est la mort, c’est [là] l’objet inéluctable de notre visée : si elle nous effraie, comment est-il possible de faire un pas en avant sans fièvre ?" [Montaigne]

    "Le dernier acte est sanglant, quelque belle que soit la comédie en tout le reste. On jette enfin de la terre sur la tête, et en voilà pour jamais." [Blaise Pascal]

    "Une longue maladie semble être placée entre la vie et la mort, afin que la mort même devienne un soulagement et à ceux qui meurent et à ceux qui restent." [La Bruyère]

    "La mort n’est pas une cessation de toutes les fonctions, mais seulement une suspension de certaines fonctions plus remarquables." [Gottfried Wilhelm Leibniz]

    "La mort, si nous voulons nommer ainsi cette irréalité, est al chose la plus redoutable, et tenir fermement ce qui est mort, est ce qui exige la plus grande force." [Hegel]

    "La mort, le maître absolu." [Hegel]

    "La vue de chaque animal enseigne que la mort n'est pas un obstacle a la manifestation de l'essence de la vie, la volonté." [Arthur Schopenhauer]

    "Les vivants sont toujours, et de plus en plus, gouvernés nécessairement par les morts : telle est la loi fondamentale de l'ordre humain." [Auguste Comte]

    "Le sérieux comprend que si la mort est une nuit, la vie est le jour, que si l’on ne peut travailler la nuit, on peut agir le jour, et comme le mot bref de la mort, l’appel concis, mais stimulant de la vie, c’est : aujourd’hui même." [Sigmund Freud]

    "Ce qui ne peut aussi manquer de nous frapper, c’est que les pulsions de vie ont d’autant plus affaire à notre perception interne qu’elles se présentent comme des perturbateurs… les pulsions de mort en revanche paraissent accomplir leur travail sans qu’on s’en aperçoive." [Sigmund Freud]

    "L’homme primitif triomphe auprès du cadavre de l'ennemi qu'il vient de tuer, sans avoir à se creuser la tête à propos des énigmes de la vie et de la mort. Ce qui poussa l'homme primitif à réfléchir, ce ne fut ni l'énigme intellectuelle ni la mort en général, mais ce fut le conflit affectif qui, pour la première fois, s'éleva dans son âme à la vue d'une personne aimée et, cependant, étrangère et haïe." [Søren Kierkegaard]

    “La mort est une maladie de l'imagination.” [Alain]

    “La mort n’est pas un événement de la vie. La mort ne peut être vécue.” [Ludwig Wittgenstein]

    “La philosophie antique nous apprenait à accepter notre mort. La philosophie moderne, la mort des autres.” [Michel Foucault]

    "La mort, quel déshonneur ! Devenir soudain objet…" [Emil Michel Cioran]

    "Ce n'est pas la mort, ce que la plupart des gens craignent. Vous avez peur d'arriver à la fin de votre vie juste pour découvrir que vous n'avez jamais vraiment vécu." [anonyme]

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  • Camus : "Maman est morte"

    "Aujourd’hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas. J’ai reçu un télégramme de l’asile : « Mère décédée. Enterrement demain. Sentiments distingués. » Cela ne veut rien dire. C’était peut-être hier.

    L’asile de vieillards est à Marengo, à quatre-vingts kilomètres d’Alger. Je prendrai l’autobus à deux heures et j’arriverai dans l’après-midi. Ainsi, je pourrai veiller et je rentrerai demain soir. J’ai demandé deux jours de congé à mon patron et il ne pouvait pas me les refuser avec une excuse pareille. Mais il n’avait pas l’air content. Je lui ai même dit : « Ce n’est pas de ma faute. » Il n’a pas répondu. J’ai pensé alors que je n’aurais pas dû lui dire cela. En somme, je n’avais pas à m’excuser. C’était plutôt à lui de me présenter ses condoléances. Mais il le fera sans doute après-demain, quand il me verra en deuil. Pour le moment, c’est un peu comme si maman n’était pas morte. Après l’enterrement, au contraire, ce sera une affaire classée et tout aura revêtu une allure plus officielle.

    J’ai pris l’autobus à deux heures. Il faisait très chaud. J’ai mangé au restaurant, chez Céleste, comme d’habitude. Ils avaient tous beaucoup de peine pour moi et Céleste m’a dit : « On n’a qu’une mère. » Quand je suis parti, ils m’ont accompagné à la porte. J’étais un peu étourdi parce qu’il a fallu que je monte chez Emmanuel pour lui emprunter une cravate noire et un brassard. Il a perdu son oncle, il y a quelques mois.

    J’ai couru pour ne pas manquer le départ. Cette hâte, cette course, c’est à cause de tout cela sans doute, ajouté aux cahots, à l’odeur d’essence, à la réverbération de la route et du ciel, que je me suis assoupi. J’ai dormi pendant presque tout le trajet. Et quand je me suis réveillé, j’étais tassé contre un militaire qui m’a souri et qui m’a demandé si je venais de loin. J’ai dit « oui » pour n’avoir plus à parler."

    Albert Camus, L'Etranger (1942)

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  • "La chanson de Van Horst"

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  • Freud : La pulsion de mort

    ob_19b2db_2-ogre.jpg"Ce qui ne peut aussi manquer de nous frapper, c’est que les pulsions de vie ont d’autant plus affaire à notre perception interne qu’elles se présentent comme des perturbateurs et apportent sans discontinuer des tensions dont la liquidation est ressentie comme plaisir ; les pulsions de mort en revanche paraissent accomplir leur travail sans qu’on s’en aperçoive. Le principe de plaisir semble être en fait au service des pulsions de mort. Certes il veille sur les excitations externes qui sont tenues pour dangereuses par les deux sortes de pulsions, mais il veille tout particulièrement sur les accroissements d’excitation provenant de l’intérieur qui viendrait rendre plus difficile la tâche vitale. Voici qui fait naître une foule d’autres questions qui ne peuvent pour l’instant recevoir de réponse."

    Sigmund Freud, Au-delà du principe du plaisir (1920)

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  • "Live and let die"

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  • Vivre et laisser mourir

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  • Comte : Les morts gouvernent les vivants

    Car, l'essor social ne tarde guère à dépendre davantage du temps que de l'espace. Ce n'est pas seulement aujourd'hui que chaque homme, en s'efforçant d'apprécier ce qu'il doit aux autres, reconnaît une participation beaucoup plus grande chez l'ensemble de ses prédécesseurs que chez celui de ses contemporains. Une telle supériorité se manifeste, à de moindres degrés, aux époques les plus lointaines; comme l'indique le culte touchant
    qu'on y rendit toujours aux morts, suivant la belle remarque de Vico.

    Ainsi, la vraie sociabilité consiste davantage dans la continuité successive que dans la solidarité actuelle. Les vivants sont toujours, et de plus en plus, gouvernés nécessairement par les morts : telle est la loi fondamentale de l'ordre humain.

    Pour la mieux concevoir, il faut distinguer, chez chaque vrai serviteur de l’Humanité, deux existences successives : l'une, temporaire mais directe, constitue la vie proprement dite; l'autre, indirecte mais permanente, ne commence qu'après la mort. La première étant toujours corporelle, elle peut être qualifiée d'objective; surtout par contraste envers la seconde, qui, ne laissant subsister chacun que dans le cœur et l'esprit d'autrui, mérite le nom de subjective. Telle est la noble immortalité, nécessairement immatérielle, que le positivisme reconnaît à notre âme, en conservant ce terme précieux pour désigner l'ensemble des fonctions intellectuelles et morales, sans aucune allusion à l'entité correspondante."

    Auguste Comte, Catéchisme positiviste (1852)

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  • Montaigne : La mort ne nous concerne pas

    La mort est moins à craindre que rien, s’il y avait quelque chose de moins… Elle ne vous concerne ni mort, ni vif ; vif parce que vous êtes ; mort parce que vous n’êtes plus. Nul ne meurt avant son heure. Ce que vous laissez de temps n’était non plus le vôtre que celui qui s’est passé avant votre naissance ; et ne vous touche non plus… Où que votre vie finisse, elle y est toute. L’utilité du vivre n’est pas en l’espace, elle est en l’usage : tel a vécu longtemps, qui a peu vécu : attendez-vous-y pendant que vous y êtes. Il gît en votre volonté, non au nombre des ans, que vous ayez assez vécu. Pensiez-vous jamais n’arriver là où vous alliez sans cesse Encore n’y a-t-il chemin que n’ait son issue. Et si la compagnie vous peut soulager, le monde ne va-t-il pas même train que vous allez ?"

    Michel de Montaigne, Essais (1595)

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