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[27] "Mémoire, mémoires..."

  • Bilan de la saison 6 en attendant la saison 7

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    Alors que la 7ème saison du café philosophique de Montargis se profile, un bilan de la saison 6 s'impose. Pour l'année 2014-2015, l'animation de la Chaussée a confirmé son succès. Avec huit séances, de septembre 2014 à juin 2015, totalisant en tout 740 personnes, en moyenne les débats du café philo ont réuni plus de 90 personnes (contre 75, pour la saison précédente).

    Rappelons que les séances du café philosophique de Montargis sont gratuites et ouvertes à tous. 

    Le café philosophique de Montargis proposait huit débats : "Existe-t-on quand personne ne nous regarde ?" (le 27 septembre 2014, avec 75 participants), "Le monstre est-il parmi nous?" (le 14 novembre 2014, avec 65 participants), "Doit-on tout faire pour être heureux ?" (le 12 décembre 2014,  100 participants), "Le langage trahit-il la pensée ?" (le 30 janvier 2015, 80  participants), "Autrui, antidote à la solitude ?" (le 20 mars 2015, 80 participants), "Suis-je ce que mon passé fait de moi?" (le 17 avril 2015, 120  participants), "Est-il raisonnable de croire en Dieu ?" (le 22 mai 2015, 130 participants) et "La philosophie a-t-elle une quelconque utilité ?" (le 19 juin 2015, avec 90  participants).

    Contrairement aux saisons précédentes, Claire et Bruno n'ont pas proposé de séances exceptionnelles, mise à part la dernière séance, la 50e, sur laquelle nous reviendrons.

    Lors des années précédentes, le café philo avait pris pour habitude d'ouvrir les soirées philosophiques vers des thèmes et des intervenants exceptionnelles (la non-violence en 2010, les sectes en 2011, la mémoire en 2012 ou la manipulation en 2013. De même, en 2013, le café philo s'était délocalisé à l'AGART d'Amilly pour une séance sur l'art ("Un bon artiste est-il le Surhomme ?"). Rien de tel lors de cette saison 6, avec un café philo qui n'a pas dérogé à son fonctionnement classique : des débats ouverts au plus grand nombre.

    Une séance particulière a cependant été organisée, et pas n'importe laquelle. Pour marquer la 50e séance du café philosophique de Montargis, créé en octobre 2009 par Claire Durand et Bruno Chiron, les deux animateurs ont voulu marquer le coup : pour débattre du sujet qui avait été opportunément choisi par les participants, "La philosophie a-t-elle une quelconque utilité ?", un blind-test exceptionnel et des remerciements ont marqué la soirée. Une soirée qui a également été ponctuée par l'annonce de changements. Claire annonçait en effet qu'en raison d'un déménagement imminent, elle n'allait pas pouvoir poursuivre l'animation du café philo. De chaleureux remerciements, amis aussi des regrets, ont répondu à cette annonce. Claire a cependant précisé qu'elle restait très attachée à ce café philo construit avec Bruno et qu'elle suivrait avec intérêt son développement futur.

    Dès la rentrée 2015, le café philo va entamer une nouvelle étape avec une nouvelle équipe, un nouveau fonctionnement et avec, espérons-le, toujours la même fidélité des Montargois pour une animation qui a réussi à s'imposer au cours de ses six ans d'existence.

    Bientôt, sur ce site, vous retrouverez plus d'informations sur cette future saison 7 et sur le premier débat qui devrait avoir lieu courant octobre 2015.

     

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  • BIENTÔT SUR CE SITE LE COMPTE-RENDU DE LA DERNIERE SEANCE SUR LA PEUR

    Imagen1.jpgVous pourrez bientôt retrouver sur ce site le compte-rendu de la séance du 21 décembre 2012 qui était consacrée à la peur ("Catastrophe ! La fin du monde ? La peur peut-elle être bonne conseillère ?").

    En attendant, le dernier compte-rendu en ligne est celui sur la mémoire. Vous pouvez le retrouver en cliquant sur ce lien.

    La prochaine séance du café philosophique de Montargis aura lieu le 1er février 2013 et portera sur la gentillesse ("Oser la gentillesse : est-ce encore possible ?").

     

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  • COMPTE-RENDU DE LA SÉANCE "MÉMOIRE, MÉMOIRES..."

    Thème du débat : "Mémoire, mémoires... Cette mémoire qui nous construit, cette mémoire qui nous détruit" 

    Date : 30 novembre 2012 à la Brasserie du centre commercial de la Chaussée.

    brainphysiology.jpgPour ce café philosophique spécial intitulé "Mémoire, mémoires… Cette mémoire qui nous construit, cette mémoire qui nous détruit" entre 80 et 90 personnes étaient présentes. Pour l’occasion, Claire et Bruno étaient accompagnés de Jean-Dominique Paoli. 

    Bruno le présente : Jean-Dominique Paoli, ancien professeur agrégé en économie et gestion, consacre depuis plusieurs années son temps libre dans l’étude de la mémoire et dans son entraînement quotidien. Il précise qu’il n’est certes pas spécialiste mais qu’il souhaite partager ses connaissances et son expérience sur les formidables capacités cognitives du cerveau. Notre invité entend faire de cette séance du café philosophique de Montargis un moyen de montrer que n’importe qui peut "muscler" son cerveau (quoique le terme de "muscle" n’est pas approprié pour cette partie du corps humain) et que, surtout, les petits accidents de la vie quotidienne (la perte d’un trousseau de clés ou celle d’un nom) ne sont pas dramatiques. Il s’agit également, ajoute Bruno, d’un café philo qui entendra rendre hommage au cerveau, mal connu, de taille modeste (1 % environ de la masse corporelle) mais puissamment irrigué : 20 à 25 % de notre sang passe par le cerveau !

    Puisque nous sommes dans le cadre d’une animation philosophique, en ce début de séance, Claire propose au public de faire fonctionner ses méninges en citant de mémoire une liste de vingt philosophes qu’ils ont pu retenir. Cette liste est inscrite sur un tableau: 

    Nietzsche (n°1), Platon (n°2), Spinoza (n°3), Bergson (n°4), Kierkegaard (n°5), Schopenhauer (n°6), Descartes (n°7), Lavarède (sic) (n°8), Pascal (n°9), Kant (n°10), Teilhard de Chardin (n°11), Épicure (n°12), Sartre (n°13), Husserl (n°14), Socrate (n°15), Confucius (n°16), Alain (n°17), Marx (n°18), Montaigne (n°19), Lao Tseu (n°20).

    Jean-Dominique Paoli mémorise pendant quelques minutes cette liste tout en continuant de converser avec les participants - ce qui rend l'exercice particulièrement difficile. Puis le tableau est retourné et caché. 

    IMG_2337.JPGJean-Dominique ne cache pas que l’utilisation de nos jours de la mémoire pose problème : alors que les maladies invalidantes – type Alzheimer – ont tendance à nous inquiéter, tout se passe comme si nous nous désintéressions de nos capacités mnémoniques. Il y a une explication à cela : notre vie quotidienne est de plus en plus riche d’instruments qui facilitent notre vie quotidienne – téléphones portables, Internet, moteurs de recherche, répertoires électroniques, etc. – au risque de rendre notre cerveau dépendant de ces machines. Combien sommes-nous à ignorer jusqu’à notre propre numéro de téléphone ? L’objet de cette séance sera donc nous ouvrir les yeux sur l’importance de cette mémoire. 

    Il est d’ailleurs remarquable de constater que même chez étudiants et les adolescents, les plus à même d’utiliser la mémoire – voire de bien l’utiliser étant donné les qualités optimales de leur cerveau à leur âge –, cette faculté est inhibée. Qui n’a pas connu, les veilles d’examens, l’expérience de l’angoisse à l’idée que toutes les connaissances que l’on a mémorisées vont disparaître devant une copie blanche ? Il existe pourtant des moyens de gérer sa mémoire, réagit Jean-Dominique Paoli, tout en concédant que le stress (bien compréhensible dans le cas d’un examen) est délétère pour le cerveau. Ce dernier n’est jamais aussi efficace que lorsqu’il travaille dans le plaisir et le "politiquement incorrect". À ce sujet, il est frappant, remarque notre intervenant non sans humour, que parmi les premiers mots appris par les jeunes enfants figurent en bonne place le "vocabulaire du "pipi-caca" !

    Rebondissant sur l’intervention d’une participante, il est entendu, dit Claire, que le sujet de ce soir entend parler de la mémoire personnelle, même si les concepts de mémoire historique ou de mémoire familiale ne sont pas déconnectés du sujet qui nous occupe, sujet qui mériterait à lui seul bien d’autres débats...

    IMG_2332.JPGJean-Dominique Paoli définit la mémoire en la montrant comme multiple et plurielle. Une différence est faite entre mémoire rétrograde et de mémoire antérograde (la mémoire antérograde est la mémoire qui acquiert les informations nouvelles alors que la mémoire rétrograde celle qui a conservé les informations passées).

    Maintenir ces souvenirs acquis n’est cependant pas garantir leur perpétuation intacte et exacte. Nous nous construisons grâce à notre passé autant que nous reconstruisons ce passé ! Nos souvenirs sont perpétuellement revus, réexaminés, voire "reliftés". Bruno prend pour exemple une anecdote tragique narrée par Boris Cyrulnik dans son autobiographie récente Sauve-toi, la vie t’appelle (éd. Odile Jacob, 2012). Ce spécialiste de la résilience garde le souvenir de son arrestation avec ses parents le 18 juillet 1942. Alors qu’il n’a que cinq ans, il est enfermé dans la synagogue de Bordeaux. Une infirmière le dissimule sous un matelas où gît déjà une femme mourante, ce qui le sauvera de la mort. Or, la mémoire de l’enfant conserve le souvenir d’un soldat allemand entrant dans la synagogue. Pendant des années, Boris Cyrulnik a été persuadé que ce militaire avait vu le petit garçon mais qu’il n’avait rien dit pour ne pas le dénoncer – par humanité. Ce n’est que plus tard qu’il apprendra la vérité crue : le "soldat bienveillant" n’a en réalité pas vu l’enfant mais, tombant sur la femme mourante, il lui a lancé : "Qu’elle crève ici ou ailleurs, ce qui compte c’est qu’elle crève". Tout se passe comme si la mémoire du jeune enfant avait reconstruit un souvenir afin de rendre son passé plus supportable. Sa santé psychique était sans doute à ce prix. 

    Même s’il est peu abordé au cours de cette séance, l’oubli fait partie de nos capacités cognitives : "Il est possible de vivre presque sans souvenir et de vivre heureux, comme le démontre l'animal, mais il est impossible de vivre sans oublier" affirme Nietzsche. Plus tard, Sigmund Freud a démontré que l’oubli est indispensable pour rendre notre vie psychique saine et stable. Parmi ces oublis, étudiés par le plus célèbre des psychanalystes, figurent en bonne place les actes manqués et les lapsus.

    Parler de mémoire, dit Jean-Dominique Paoli, c’est avoir en tête que sa compréhension est relativement récente. Pendant très longtemps, son étude s’est cantonnée aux réflexions de philosophes (Cicéron, s. Augustin ou Malebranche pour ne citer qu’eux). Est-ce à dire que cette faculté a été déconsidérée ? Non : pendant des centaines d’années, l’ars memoriae faisait partie des matières enseignées sous l’Antiquité (chez Platon ou Cicéron par exemple, cf. cet extrait de texte de Platon) comme sous l’époque médiévale (pour aller plus loin, lire ce document en ligne).

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    Depuis trente ans environ, l’arrivée et le développement de l’imagerie médicale (nombre de personnes se souviennent de l’événement que constituait il y a quelques années l’investissement dans tel ou tel hôpital d’un appareil IRM) a bouleversé notre connaissance du cerveau. Aujourd’hui, il est possible de suivre en temps réel l’activité du cerveau, ce qui laisse augurer pour les années à venir des progrès fulgurants dans la connaissance de cet organe hors du commun.

    Qu’est-ce que la mémoire ? Blaise Pascal résume en disant qu’"elle est nécessaire à toutes les opérations de l’esprit". Et pas seulement de l’esprit : elle régit notre motricité ("Les jambes, les bras sont pleins de souvenirs engourdis" dit Marcel Proust) autant que nos capacités cognitives, y compris celles les plus enfouies. D’emblée, pour un tel sujet, on se situe dans un vocabulaire en miroir : 

    Mémoire / cerveau

    |

    Psychisme / physiologique

    |

    Conscient / inconscient

    La mémoire à court terme est chargée de trier des informations provenant des cinq sens : visuelles, auditives, olfactives, gustatives et tactiles. Ce tri est constant et quasi instantané. Sans cesse renouvelé, il est nécessaire au bon fonctionnement de notre psychisme. J’ai un numéro de téléphone à composer. Mon cerveau enregistre ce numéro momentanément. À peine tapé au clavier, j’ai déjà oublié ce numéro, du moins si sa mémorisation ne m’est pas utile. C’est l’hippocampe qui gère ce tri et qui procède soit à l’élimination, soit à la conservation de cette information. Dans ce cas, celle-ci est en quelque sorte étiquetée et rangée à l’intérieur de mon cerveau pour une éventuelle réutilisation.

    Qui décide du tri ? En principe, dit encore Jean-Dominique Paoli, l’inconscient décide de ce qui doit être éliminé ; le conscient décide de son côté ce que l’on doit conserver dans la mémoire à long terme.

    Il y a cependant une nuance de taille : l’inconscient peut décider seul de conserver l’information lorsqu’elle s’accompagne d’une émotion. L’amygdale, structure par laquelle toutes les émotions passent, donne alors une injonction à l’hippocampe. L’inconscient joue son rôle à plein, au point que la personne ignore cette conservation d’information.

    Ce n’est que fortuitement que ce souvenir pourra se réveiller et se révéler à la personne. Claire cite Henri Bergson, théoricien de la mémoire involontaire : "La mémoire (...) n’est pas une faculté de classer des souvenirs dans un tiroir ou de les inscrire sur un registre... En réalité le passé se conserve de lui-même, automatiquement."

    Mais, ajoute notre invité, qui mieux que Marcel Proust a parlé de notre mémoire dans son œuvre fleuve À la Recherche du Temps perdu ? La "madeleine de Proust" est l’exemple parfait pour parler de cette procédure mentale de mémoire involontaire :

    "Et tout d'un coup le souvenir m'est apparu. Ce goût c'était celui du petit morceau de madeleine que le dimanche matin à Combray (parce que ce jour-là je ne sortais pas avant l'heure de la messe), quand j'allais lui dire bonjour dans sa chambre, ma tante Léonie m'offrait après l'avoir trempé dans son infusion de thé ou de tilleul. La vue de la petite madeleine ne m'avait rien rappelé avant que je n'y eusse goûté ; peut-être parce que, en ayant souvent aperçu depuis, sans en manger, sur les tablettes des pâtissiers, leur image avait quitté ces jours de Combray pour se lier à d'autres plus récents ; peut-être parce que de ces souvenirs abandonnés si longtemps hors de la mémoire, rien ne survivait, tout s'était désagrégé ; les formes - et celle aussi du petit coquillage de pâtisserie, si grassement sensuel, sous son plissage sévère et dévot - s'étaient abolies, ou ensommeillées, avaient perdu la force d'expansion qui leur eût permis de rejoindre la conscience. Mais, quand d'un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l'odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l'édifice immense du souvenir." (Proust, Du côté de chez Swann, 1913)

    Ce célèbre texte lu par Bruno rend compte de manière admirable comment un souvenir peut rester à jamais enfoui dans la mémoire si rien ne vient le réveiller. 

    IMG_2325.JPGUn aspect important à souligner est encore le rôle de la mémoire dans la compréhension du langage. La mémoire à court terme permet de mémoriser le début d’une phrase de manière à ce que l’on en comprenne la fin.

    En fin de compte, que deviennent ces informations une fois stockées ? Nous avons dit qu’elles pouvaient passer dans la mémoire à long terme soit grâce à un acte conscient de la mémorisation, soit suite à une procédure inconsciente en présence d’une émotion. Elles peuvent aussi disparaître purement et simplement. Toutefois, on pourra les retrouver en reconstituant le contexte. Là encore, la notion de tri est centrale car il faut laisser la place aux millions d’informations qui assaillent la mémoire à court terme.

    S’agissant des petits troubles de la mémoire, faut-il s’en inquiéter ? Où sont mes clés ? Mes lunettes ? Que suis-je venu faire dans cette pièce ? Si je refais le chemin géographique, trouverai-je la réponse ? Rien n’est moins sûr… Suis-je en train de perdre la mémoire ? C’est grave, docteur ? Ce sont autant de situations – les plaintes mnésiques – qui inquiètent. Il convient de se rassurer : les professionnels consultés au sujet de la mémoire considèrent que tant qu’il y a plainte mnésique il n’y a pas de réel problème puisque la personne est consciente de ses défaillances.   

    Ces oublis, certes gênants dans la vie quotidienne, ne sont que des problèmes mineurs liés au fonctionnement de la mémoire à court terme d’une part et à un manque de concentration et à des gestes machinaux d’autre part : lorsque l’on pose ses clés, un geste machinal, la mémoire à court terme élimine l’information dans les secondes qui suivent. Cela n’a a priori pas de rapport avec une maladie neurodégénérative.

    À ce stade du débat et après près d’une heure d’explication, Bruno propose de mettre Jean-Dominique Paoli à l’épreuve. Les participants avaient en début de séance listé 20 noms de philosophes. Ces noms, Jean-Dominique parvient devant le public à les retrouver, qui plus est dans l’ordre où ils ont été donnés :

    Nietzsche (n°1), Platon (n°2), Spinoza (n°3), Bergson (n°4), Kierkegaard (n°5), Schopenhauer (n°6), Descartes (n°7), Lavarède (n°8), Pascal (n°9), Kant (n°10), Teilhard de Chardin (n°11), Épicure (n°12), Sartre (n°13), Husserl (n°14), Socrate (n°15), Confucius (n°16), Alain (n°17), Marx (n°18), Montaigne (n°19), Lao Tseu (n°20). 

    Il a suffi d’une poignée de minutes à notre invité pour mémoriser – dans l’ordre et sans avoir cessé son intervention ! – cette liste ardue, composée qui plus de noms peu courants. Ce travail de mémorisation s’appuie sur des aides mnémotechniques : des personnages facilement identifiables (les Chinois Confucius ou Lao Tseu ou bien encore Montaigne, le plus célèbre des Bordelais), de noms mis en scène ("Platon assiste à un banquet"), d’anecdotes sur tel ou tel personnage (Nietzsche, ses relations avec Richard Wagner et le dévoiement de certaines de ses théories – le Surhomme – récupérées par l’idéologie nazie) ou de jeux de mots (chope-> Schopenhauer !)... N’oublions pas que le cerveau n’aime rien de mieux que le politiquement incorrect ! L’intervenant précise l’importance, à la condition d’être en état de relâchement, du travail de son inconscient, lequel a enregistré les informations en arrière-plan et les restitue de manière quasi automatique. (Claire et Bruno témoignent d’ailleurs que bien après cette séance, jusqu’à trois jours plus tard, cette liste a pu être récitée parfaitement par notre intervenant, la mémoire s’étant consolidée). 

    IMG_2328.JPGJean-Dominique Paoli tient à montrer que cette performance n'est pas exceptionnelle et que tout un chacun peut parvenir à entraîner sa mémoire de la même façon. Une condition essentielle est d’adopter un mode de vie saine, en incluant le sport (la marche quotidienne pour notre invité) et en excluant drogues et alcool. Celui-ci insiste également sur une autre notion, que viennent corroborer plusieurs participants du public (dont un médecin) : l’importance du lâcher prise que nos sociétés contemporaines tendent à gommer. L’utilisation de plus en plus fréquente de la sophrologie – si elle est bien pratiquée par des personnes compétentes et qualifiées – peut être un outil intéressant d’aide à ce lâcher prise. (pour en savoir plus, rendez-vous sur cette page consacrée à la sophrologie). Il existe enfin des procédés mnémotechniques connus et facilement trouvables sur l’Internet.

    La séance se termine par la communication de l’adresse mail de Jean-Dominique Paoli. Il se déclare prêt à renseigner les personnes qui sont intéressées. Claire et Bruno le remercient une nouvelle fois pour son intervention brillante au cours de cette séance spéciale du café philosophique qui aura été, pour l’occasion, moins riche en débat mais particulièrement instructive.  

    Claire et Bruno fixent rendez-vous pour le prochain débat qui aura lieu le 21 décembre 2012. Des mouvements apocalyptiques ayant fixé la fin du monde à cette date, ce n’est pas sans malice que le café philosophique de Montargis a choisi de consacrer sa prochaine séance à ce sujet : "Catastrophe ! La fin du monde ? La peur peut-elle être bonne conseillère ?" Il ne reste plus qu’à espérer, conclut Bruno, que ce jour-là nous serons suffisamment de survivants – et nous le fêterons devant un verre ! – pour mener notre débat sur ce sentiment ancestral et universel qu’est la peur…

    Pour aller plus loin dans ce débat, lire aussi l'interview de Jean-Dominique Paoli.

    Pour en savoir plus sur la mémoire, voir cette bibliographie

    Photos de Bernard Croissant, avec son aimable autorisation


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  • APRÈS LA SÉANCE SUR LA MÉMOIRE : ENTRETIEN AVEC JEAN-DOMINIQUE PAOLI POUR ALLER PLUS LOIN DANS LE DÉBAT

    CAFÉ PHILO - Bonjour Jean-Dominique, nous nous retrouvons pour faire le bilan de la soirée "mémoire, mémoires" du 30 novembre dernier. Qu’en as-tu pensé ?

    JEAN-DOMINIQUE PAOLI - Bonjour. Je pense que les participants ont été intéressés par ce qui a été développé ce soir là. Les retours que j’en ai eus vont dans ce sens.

    CAFÉ PHILO - N’avons-nous pas manqué de temps pour traiter plus complètement ce sujet ?

    mise en page portrait black.JPGJDP - Evidemment. Nos objectifs étaient plutôt ambitieux au regard du temps dont nous disposions. Un premier objectif était d’expliquer le fonctionnement de la mémoire à court terme et dans la foulée de rassurer tout le monde sur les petites défaillances de notre mémoire. Cet objectif a été rempli, et de manière complète. Mais nous avions aussi l’objectif de montrer combien notre identité est liée à notre mémoire. Nous n’avons pu qu’effleurer le sujet. Car cela nécessitait de mettre l’éclairage sur la mémoire à long terme. Nous n’en avons pas eu le temps.

    CAFÉ PHILO - Peux-tu nous préciser ce point en quelques mots ?

    JDP -  La  mémoire à long terme est celle qui s’inscrit dans la durée et ce jusqu’à notre disparition. Elle comprend trois types de mémoire : la mémoire des gestes vitaux (respirer, manger, etc.), des gestes appris (marcher, lacer ses chaussures, faire du vélo, pratiquer un sport, etc.). On parle de mémoire procédurale. La mémoire des évènements, des épisodes de notre vie, c’est la mémoire épisodique. La mémoire de tout ce que nous avons appris dans notre vie, c’est la mémoire sémantique. La somme de ces trois mémoires constitue notre identité, car personne d’autre n’a vécu exactement comme nous, n’a appris comme nous. La discussion aurait pu être intéressante sur cet aspect plus philosophique de la mémoire.

    CAFÉ PHILO - Vois-tu d’autres points que nous aurions pu aborder ?

    JDP - Oui, le sujet de la soirée comportait la phrase "cette mémoire qui nous détruit". Il y avait là matière à parler des traumatismes qui peuvent nous poursuivre, des idées que nous ruminons, des symptômes chers à la psychanalyse, etc. 

    CAFÉ PHILO - Lors de la soirée tu as évoqué rapidement la question de l’entretien de notre mémoire. Mais là encore le temps a manqué. Peux-tu développer pour nos lecteurs du site ?

    JDP : Bien sûr. Il y a d’abord un aspect santé. Une mémoire n’est bonne que dans un cerveau en bonne santé. Le cerveau est un organe prodigieux, il est important de le dorloter. Et un cerveau n’est en bonne santé que si le corps est bien entretenu. On retrouve alors les conseils classiques d’une vie saine : se nourrir de manière équilibrée, éviter les excès, notamment le tabac et l’alcool. Avoir une activité physique régulière : point n’est besoin de faire du sport à haute dose, mais faire de la marche, de la danse, de la zumba, nager... Peu importe, cela permet au système circulatoire de rester performant et d’irriguer toutes les parties du corps, notamment le cerveau (qui a besoin de beaucoup de carburant : ce "petit" organe d’un kilo et demi consomme 20% de l’oxygène, 25% du glucose utilisés par  notre corps). Bien dormir : le sommeil permet au cerveau de se régénérer. Eviter le stress, qui envoie des hormones inhibitrices dans les connexions du cerveau. Eviter, ou en tout cas n’utiliser qu’avec parcimonie, les médicaments psychotropes (successeurs des barbituriques) : somnifères, anti-anxiolytiques, anti-dépresseurs, dont des études récentes montrent qu’ils sont de véritables poisons pour le cerveau si on les utilise inconsidérément. Est-il besoin de préciser que les diverses drogues sont à fuir ? Le problème de notre vie moderne est que beaucoup de gens sont stressés, ne trouvent pas le temps d’avoir une activité physique, dorment mal, prennent des psychotropes, etc.

    CAFÉ PHILO - Soit, mais toi-même, tu ne te contentes pas de cet entretien, tu entraînes ton cerveau à mémoriser.

    citation-21-L-ZVUnJL.jpegJDP - Certes, je m’entraîne tous les jours. Mais pas longtemps, une demi-heure maximum. Comme c’est intense, le cerveau sature vite. Cela m’est nécessaire si je veux rester performant dans mes deux spectacles d’effets de mémoire, ou dans les "conférences" comme l’autre soir. Mais franchement, cet entraînement, que je compare aux gammes que s’inflige un musicien, n’est pas passionnant, et ne se comprend que dans un contexte de performance mnésique. Pour monsieur ou madame Toulemonde qui veulent simplement conserver une bonne mémoire, il leur suffit de faire travailler leur cerveau dans la curiosité, le ludique, le convivial.

    CAFÉ PHILO - De quelle manière ?

    JDP - Le cerveau doit être actif : lecture, mots croisés, sudoku, musique, faire du théâtre, jouer aux échecs,  au bridge, aller au cinéma, etc. Mais aussi le bricolage et le jardinage. Et aussi les jeux vidéos, etc. Etre toujours curieux et, c’est important, sortir de ce qu’on appelle notre « zone de confort », aller voir ailleurs que nos activités habituelles. Tout ce qui fait travailler nos neurones est bénéfique. Les diverses activités cérébrales nous obligent à nous documenter, à échanger, à réfléchir, essayer de comprendre, pratiquer, etc. Tout cela entretient notre mémoire.

    CAFÉ PHILO - Tu insistes aussi sur la nécessité des relations sociales.

    JDP - Oui, le cerveau, ou plutôt notre personnalité, a besoin de contacts sociaux, d’échanges. A travers les échanges, le langage, la réflexion, les émotions en commun, les circuits neuronaux s’activent et contribuent au bon fonctionnement cérébral, à une mémoire performante. L’idéal est de conjuguer activités cérébrales et contacts sociaux. De nombreuses activités que j’ai citées tout à l’heure le permettent. Une remarque au passage : l’agglomération de Montargis est riche de possibilités, dans les médiathèques, le cinéma, les spectacles de l’AME et autres. Par exemple, le soir du café philo, il y avait simultanément un conteur canadien très connu à la salle Jean Vilar, un réalisateur venu présenter à l'AlTiCiné son film pour les Cramés de la bobine et encore autre chose à la médiathèque d’Amilly. Et à Courtenay, le cinéaste Yves Boisset était l’invité d’un café littéraire. La veille, j’avais assisté au Belman à un très chouette spectacle autour des chansons de Brassens. Et le  lendemain  du  café philo un certain nombre de manifestations se sont déroulées, dont un salon du livre à Châlette. C’est l’embarras du choix pour qui veut faire fonctionner ses neurones de manière agréable et enrichissante.

    CAFÉ PHILO - Penses-tu que cet entretien de la mémoire peut avoir un effet préventif sur les maladies neuro-dégénératives que chacun craint ?

    JDP - Je l’ai bien précisé lors de la soirée, même si j’ai fait des recherches approfondies sur la mémoire, je ne suis pas thérapeute. Mais je peux répondre à cette question en me basant sur les travaux des spécialistes. Lesquels sont en général prudents, utilisent le conditionnel, sur ce sujet des maladies touchant la mémoire. Mais quand même, il se dégage une constante : la personne qui respecte l’essentiel des conseils que j’ai indiqués tout à l’heure, a de très fortes chances de conserver longtemps ses facultés mnésiques. J’aime bien prendre comme exemple les acteurs, notamment de théâtre. Mais aussi les écrivains. En tout cas ceux qui ont une vie « saine » et qui continuent leur activité cérébrale, qui font travailler leur cerveau de manière intensive malgré leur âge avancé. Leurs facultés intellectuelles, donc leur mémoire, sont intactes. Vous les voyez jouer des pièces chaque soir, écrire des livres, etc… comme si l’âge n’était pas là.

    CAFÉ PHILO - Finalement, il y avait encore plein de choses à dire sur la mémoire après la fin de la soirée !

    JDP - Certainement, nous aurions pu y passer une partie de la nuit l

    Très bientôt, sur ce site, le compte-rendu de cette séance sur la mémoire.


     
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  • PORTFOLIO DE LA SÉANCE DU 30 NOVEMBRE 2012 SUR LA MÉMOIRE

    Photos de Bernard Croissant, avec son aimable autorisation

      
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  • LA PRESSE PARLE DE NOTRE DERNIÈRE SÉANCE SUR LA MÉMOIRE...

    L'édition montargoise de la République du Centre (datée du 3 décembre 2012) se fait l'écho du dernier débat en date qui avait lieu le vendredi 30 novembre ("Mémoire, mémoires...").

    Pour en savoir plus, rendez-vous sur ce lien.

    Un grand merci bien entendu à la République du Centre pour ce coup de projecteur !

     

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  • BIENTÔT LE COMPTE-RENDU DE LA DERNIÈRE SÉANCE SUR LA MÉMOIRE

    Vous retrouverez bientôt sur ce site le compte-rendu de la séance du 30 novembre 2012 intitulée "Mémoire, mémoires...  : Cette mémoire qui nous construit, cette mémoire qui nous détruit".

    En attendant, le dernier compte-rendu en ligne est celui du café philo du 19 octobre 2012 "La vérité est-elle toujours bonne à dire ?"

     

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  • MERCI AUX PARTICIPANTS DE LA SÉANCE DU 30 NOVEMBRE

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    Environ 90 personnes étaient présentes pour séance spéciale du 30 novembre 2012 qui était consacré à la mémoire ("Mémoire, mémoires...  : Cette mémoire qui nous construit, cette mémoire qui nous détruit").

    Pour ce débat, Claire et Bruno étaient accompagnés de Jean-Dominique Paoli venu partager ses connaissances et son expérience sur les facultés exceptionnelles du cerveau. Un grand merci à lui !

    Merci également aux nombreux participants qui ont permis la réussite de ce débat philosophique. 

    Bientôt, sur ce site, le compte-rendu de cette séance.

    Claire et Bruno fixent le prochain rendez-vous le vendredi 21 décembre 2012 à 19 heures à la Brasserie du centre commercial de la Chaussée. Calendrier oblige, ce débat sera intitulé : "Catastrophe ! la fin du monde ? La peur est-elle mauvaise conseillère ?"

    A bientôt.

     

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  • NOTRE PROCHAINE SÉANCE : CE SOIR

    RDV.jpgRendez-vous pour notre séance sur le thème de la mémoire ce soir, 19 heures, à la Brasserie du centre commercial de la Chaussée de Montargis.

    Pour ce café philosophique spécial, Claire et Bruno recevront Jean-Dominique Paoli.

    Titre de ce 27ème débat : "Mémoire, mémoires...  Cette mémoire qui nous construit, cette mémoire qui nous détruit".

    A bientôt.


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  • PROCHAIN CAFÉ PHILOSOPHIQUE SUR LA MÉMOIRE, VENDREDI PROCHAIN, 30 NOVEMBRE 2012

    Le vendredi 30 novembre 2012 se tiendra à Montargis un café philosophique spécial à la Brasserie du centre commercial de La Chaussée. C’est en effet un sujet différent des autres qui liera les participants : la mémoire.

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    Au cours de cette séance, intitulée : "Mémoire, mémoires... : Cette mémoire qui nous construit, cette mémoire qui nous détruit", Claire et Bruno, les habituels animateurs du café philo, seront secondés par Jean-Dominique Paoli, qui a consacré plusieurs années à s’intéresser à la mémoire. Ce thème a autant trait à la psychologie, à la physiologie qu’à la philosophie. C’est un sujet sur lequel on peut – et même on doit – s’interroger, tant il a une importance considérable dans nos vies. 

    "Mémoire, mémoire" qu’as-tu à nous dire ? Que faire de toi lorsque tu nous joues des tours ? Puis-je être moi-même en ton absence ? La mémoire, fonction psychique essentielle de notre cerveau, permet la reproduction d’un état de conscience passé et est reconnue comme telle. Alors, ne suis-je que ce que mon passé fait de moi ? Que faire lorsque je perds la mémoire ?

    Autant de questions et bien d’autres que Claire, Bruno et Jean-Dominique Paoli seront heureux de débattre au cours de cette nouvelle séance du café philosophique, le vendredi 30 novembre à 19 heures, à la Brasserie du centre commercial de La Chaussée.

     

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  • NOTRE PROCHAINE SÉANCE

    mémoire

    La prochaine séance du café philosophique de Montargis aura lieu le vendredi 30 novembre 2012 à 19H à la Brasserie du Centre commercial de la Chaussée.

    Le débat sera intitulé : "Mémoire, mémoires... : Cette mémoire qui nous construit, cette mémoire qui nous détruit". Cette séance sera co-animée avec Jean-Dominique Paoli.

    A bientôt.

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  • NOTRE PROCHAINE SEANCE

    Notre prochaine séance aura lieu le vendredi 30 novembre prochain, à 19 heures, à la Brasserie du centre commercial de la Chaussée de Montargis.

    Elle aura pour thème : "Mémoire, mémoires... Cette mémoire qui nous construit, cette mémoire qui nous détrui.". Nous serons accompagnés de Jean-Dominique Paoli.

     

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  • LA VALISE PHILOSOPHIQUE DU MOIS

    3271480587.jpgLe prochain café philosophique de Montargis aura lieu le vendredi 30 novembre 2012 à 19H à la Brasserie du cenre commercial de la Chaussée. Il aura pour sujet : "Mémoire, mémoires...

    La  Valise philosophique du mois (colonne de droite) présente des documents portant sur ce prochain débat. 


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  • PROUST : LE CACHE-CACHE QUI SE JOUE DANS LA MÉMOIRE

    blanche_ritratto_proust.jpeg"Une dame vint me dire bonjour en m'appelant par mon nom. Je cherchais à retrouver le sien, tout en lui parlant. Je me rappelais très bien avoir dîné avec elle, je me rappelais des mots qu'elle avait dits. Mais mon attention, tendue vers la région intérieure où il y avait ces souvenirs d'elle, ne pouvait y découvrir ce nom. Il était là pourtant. Ma pensée avait engagé comme une espèce de jeu avec lui pour saisir ses contours, la lettre par laquelle il commençait, et éclairer enfin tout entier. C'était peine perdue, je sentais à peu près sa masse, son poids, mais, pour ses formes, les confrontant au ténébreux captif blotti dans la nuit intérieure, je me disais: "ce n'est pas cela".Certes mon esprit aurait pu créer les noms les plus difficiles; par malheur, il n'avait pas à créer, mais à reproduire. Toute action de l'esprit est aisée si elle n'est pas soumise au réel. Là, j'étais forcé de m'y soumettre.

    Enfin, d'un coup, le nom vint tout entier: "Madame d' Arpajon". J'ai tort de dire qu'il vint, car il ne m'apparut pas, je crois, dans une propulsion de lui-même, je ne pense pas non plus que les légers et nombreux souvenirs qui se rapportaient à cette dame, et auxquels je ne cessais de demander de m'aider, je ne crois pas que tous ces souvenirs voletant entre moi et son nom, aient servi en quoi que ce soit à le renflouer . Dans ce grand "cache-cache" qui se joue dans la mémoire quand on veut retrouver un nom, il n'y a pas une série d'approximations graduées. On ne voit rien, puis tout d'un coup apparaît le nom exact, et fort différent de ce qu'on croyait deviner. Ce n'est pas lui qui est venu à nous. Non, je crois plutôt qu'au fur et à mesure que nous vivons, nous passons notre temps à nous éloigner de la zone où un nom est distinct, et c'est par un exercice de ma volonté et de mon attention, qui augmentait l'acuité de mon regard intérieur, que tout d'un coup j'avais percé la demi-obscurité et vu clair. En tous cas, s'il y a des transitions entre l'oubli et le souvenir, alors ces transitions sont inconscientes."

    Marcel Proust, Sodome et Gomorrhe (1922-1923)

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  • CICERON : SAVOIR VIEILLIR

    "Mais avec la vieillesse, la mémoire décline!

    Ciceron.gifC'est ce qui arrive si on ne la cultive pas ou si l'on manque de vivacité d'esprit... Pour ce qui me concerne, je connais le nom de mes contemporains... En lisant les épitaphes funéraires, je ne crains pas de perdre le fil du souvenir... Et puis, je n'ai jamais vu un vieillard oublier l'endroit où il avait caché son argent. Les vieillards se souviennent toujours de ce qui les intéresse: engagement sous caution, identité de leurs débiteurs ou créancier, etc. Ils entretiennent d'autant mieux leur mémoire qu'ils demeurent intellectuellement actifs. Ceci est aussi vrai pour les hommes publics célèbres que pour les particuliers paisibles et sans ambition....

    Pythagore et Démocrite, et Platon, et Xénocrate, et Diogène.. Un seul d'entre eux s'est-il trouvé réduit à l'inactivité par la vieillesse? N'ont-ils pas étudié et travaillé jusqu'au bout ? Personne n'est assez vieux pour ne pas espérer vivre un an de plus...

    C'est sans espoir d'en tirer profit que les paysans s'adonnent aux travaux agricoles. "Ils plantent des arbres qui pousseront pour d'autres", comme le dit le poète.

    Loin d'être passive et inerte, la vieillesse est toujours affairée, bouillonnante, occupée à des activités en rapport avec le passé et les goûts de chacun. Certains même continuent d'étudier des choses nouvelles. Je me suis donné moi-même avec avidité à l'étude de la littérature..."

    Cicéron, Savoir vieillir (Ier siècle av. JC)

     

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"L'homme raisonnable est plus libre dans la cité où il vit sous la loi commune que dans la solitude où il n'obéit qu'à lui-même." [Baruch Spinoza]