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  • Toutes nos affiches

    Saison 8

    "Suis-je l'auteur de ma propre vie ?" (séance du 24 mars 2017)

    "L'échec : tomber, se relever" (séance du 20 janvier 2017)

    "Qu'est-ce qu'une oeuvre d'art ?" (séance du 10 décembre 2016)

    "Qu'est-ce qu'être français ?" (séance du 4 novembre 2016)

    "La société est-elle menacée par l'ordre ou le désordre?" (séance du 23 septembre 2016) 

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  • Toutes nos séances

    Saison 8

    [A venir] Débat 63 [Saison 8] - Vendredi 24 mars : "Suis-je l'auteur de ma propre vie?"

    Débat 62 [Saison 8] - Vendredi 20 janvier 2017 : "L'échec : tomber, se relever"

    Débat 61 [Saison 8] - Samedi 10 décembre 2016 : "Qu'est-ce qu'une oeuvre d'art ?" Séance spéciale aux Tanneries d'Amilly

    Débat 60 [Saison 8] - Vendredi 4 novembre 2016 : "Qu'est-ce qu'être français ?"

    Débat 59 [Saison 8] - Vendredi 23 septembre 2016 : "La société est-elle menacée par l'ordre ou le désordre?"

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  • Bilan de la saison 7 en attendant la saison 8

    647114976.jpgLe café philosophique de Montargis vient de terminer sa septième saison, marquée par un changement important dans le fonctionnement de l’animation de la Chaussée.

    Depuis sa création en 2009, le café philo fonctionnait en binôme : il était animé et organisé par les deux fondateurs, Claire Durand et Bruno Chiron.

    Avec le départ de Claire Durand en juin 2015, le café philosophique de Montargis devait se réorganiser et prendre un virage important pour se pérenniser. L’année a été donc marqué par des changements dans l’animation : en cette saison 7, une équipe d’animateurs et d’organisateurs a pris en main la destinée du café philo, sous la houlette des deux "historiques", Bruno Chiron et Pascal Weber. Pour cette saison, des animateurs sont venus apporter leur concours : Claire Bailly, tout d’abord, qui a co-animé tous les débats cette année. Bruno et Claire ont été épaulés selon les séances par Gilles Poirier, Guylaine Goulfier, Claude Sabatier et Virginie Daunias. Sans oublier Catherine Armessen qui a co-animé en tant qu’invitée spéciale la soirée "Œil pour œil dent pour dent".

    Huit débats ont été proposés cette saison, ayant réuni en tout 525 personnes, avec en moyenne 65 participants par séance (contre 90 lors de la saison précédente) : "De quoi sommes-nous responsables ?" (80 personnes présentes), "Œil pour œil, dent pour dent ?" (90 personnes), "La pauvreté est-elle le mal absolu ?" (60 personnes), "L'Histoire se répète-t-elle ?" (70 personnes), "La femme est-elle un homme comme les autres" (60 personnes), "Peut-on rire de tout ?" (85 personnes), "Ennui : vice ou vertu ?" (40 personnes) et "Les mots sont-ils des armes ?" (40 personnes) Ce séances ont accueilli en moyenne de 60 à 65 personnes, avec un maximum de 90 personnes pour la séance sur la vengeance (avec Catherine Armessen) et un minimum de 40 personnes pour la dernière séance.

    Cette année, les sujets ont essentiellement portés sur des sujets de société (le féminisme, la vengeance, la pauvreté) avec notablement des sujets ambitieux : l’histoire, la responsabilité, l’engagement et l’ennui.

    Cette saison 7 avait pour ambition de permettre au café philo de redémarrer après le départ d’une animatrice importante. Mission accomplie cette année. Il ne reste plus qu’à transformer l’essai pour la saison 8.

     

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  • Compte-rendu de la séance "Les mots sont-ils des armes?"

    rogers,rosenberg,platon,sartre,,voltaire,chomskyLe café philosophique de Montargis proposait le 24 juin 2016 sa 58e séance, qui était également la dernière de la saison 7. Le débat de la soirée portait sur cette question : "Les mots sont-ils des armes ?", un débat est co-animé par Bruno, Claire et Virginie.

    Une quarantaine de participants étaient présents. Avant de commencer la séance proprement dite, Bruno commence par remercier les personnes qui ont permis au café philosophique de Montargis de prendre un nouveau virage durant cette année. Bruno rappelle que depuis sa création en 2009, l’animation de la Chaussée fonctionnait en binôme grâce au duo qu’il formait avec Claire Durand. Avec le départ de Claire de la région fin 2015, le café philo devait trouver un nouveau fonctionnement grâce à une équipe élargie, ayant la tâche de pérenniser ce rendez-vous montargois. En cette fin de saison, Bruno constate que cet objectif a été atteint et il remercie les personnes qui ont accepté d’animer et d’organiser les séances du café philo durant cette saison. Bruno remercie en premier lieu Claire Bailly d’avoir accepté de s’investir avec gentillesse et compétence dans l’animation ainsi que Pascal Weber pour sa fidélité et son efficacité dans l’organisation technique et pratique. Un chaleureux remerciement est adressé aux autres personnes, animateurs pour la plupart, qui ont permis au café philo de fonctionner : Gilles Poirier, Claude Sabatier, Guylaine Goulfier, Virginie Daunias, Micheline Doizon mais aussi Catherine Armessen qui était présente pour le café philo sur la vengeance. Des remerciements sont également adressés pour leur aide à Jean-Claude Humilly, Gérard Vivian et le Marc Lalande, le responsable de la Brasserie de la Chaussée. Bruno adresse enfin un remerciement spécial à trois autres personnes : René Guichardan du café philo d’Annemasse et Guy-Louis Pannetier du café philo de l’Haÿ-les-Roses, sans oublier Claire Durand.

    Pour amorcer le débat "Les mots sont-ils des armes ?", Bruno pose cette autre question aux participants : "Quels mots vous paraissent des armes ?" Une participante considère que parmi les mots à forte puissance il y a le mot "vérité" et le mot "calomnie". Un intervenant intervient au sujet du débat de ce soir sous forme de boutade : si les mots sont des armes, il importe de les désarmer et qu’on "fasse un café philo dans le silence !" Plus sérieusement, ajoute-t-il, les mots ne seraient des armes dans une forme de dialectique uniquement pour la personne qui les reçoit, se sentant "agressée" et "traumatisée". Une participante rebondit sur ces propos : les mots peuvent être autant des "armes de destruction massive" qu’une aide à la reconstruction individuelle (en psychanalyse). Tout dépend de la manière dont les mots sont exprimés et qui en est l’émetteur et le récepteur.

    rogers,rosenberg,platon,sartre,,voltaire,chomskyPour une autre personne du public, le titre de ce débat nous place "dans une hypothèse de combattants" : deux adversaires s’affronteraient, s’agresseraient, se défendraient, via des mots en guise d’armes. Détruire, dénigrer, agresser par les mots apparaîtrait comme possible.

    "Je donne un mot : j’accuse", ajoute un intervenant. Les mots peuvent être destructeurs (via les pamphlets, par exemple) autant que des armes au service d’une cause, voire de la non-violence. Un participant cite Marshall Rosenberg, théoricien de la communication non-violente, psychologue descendant de Carl Rogers, qui a écrit un que "les mots sont comme des fenêtres – ou bien ils sont des murs" ! Lorsque Émile Zola lance ces mots et cette lettre, J’accuse, il s’agit d’une arme au service d’une cause.

    Les mots sont des moyens de communication des hommes entre eux, pour le meilleur et pour le pire comme le montre l’exemple de l’échange surréaliste entre Guillaume de Baskerville et Salvatore, le moine hérétique qui s’exprime dans une langue qu’il pense n’être connu que de lui seul, avant de s’avouer comme "vaincu" et "penaud" lorsqu’il se rend compte que ce n’est pas le cas et que sa langue le trahit.

    Il y a des mots d’amour et des mots de haine : tout dépend de la fin des mots qui ne sont en soit ni bons ni mauvais. Le mot a plusieurs sens plausibles avec des sens positifs, négatifs ou neutres, dépendant de la gestuelle et du comportement, autant de non-dits qui structurent le mot. Par contre, en poésie, l’écrivain utilise le mot tel qu’il est, contrairement au discours politique par exemple.

    Bruno réagit sur les premiers propos tenus autour de la question de ce soir. "Les mots sont-ils des armes ?" Les questions à se poser sont celles-ci : "De quelles armes parlons-nous ?" et "De quels mots parlons-nous ?" S’agit-il du mot en tant que mot isolé, le "slogan" ? S’agit-il d’un discours ? D’une citation ? S’agit-il d’un mot écrit ou d’un mot oral ?

    Un nouvel intervenant considère que les mots sont des armes lorsqu’ils sont font partie d’un discours, d’une propagande despotique par exemple.

    Pour un participant, les mots ne doivent pas être confondus avec le langage. Les mots permettent le langage mais aussi la pensée. Peut-on penser sans langage ? Une certaine richesse de vocabulaire irait de pair avec une certaine subtilité de la pensée, en sachant que le mot est souvent imprécis et qu’il est nécessaire mais pas suffisant pour exprimer. Le mot est moins porteur de sens que la chose qu’il est sensé désigner, comme dans l’art. Les mots peuvent être symboliques : le mot "mur" par exemple peut avoir des connotation différentes et ne sont pas si anodins que cela.

    rogers,rosenberg,platon,sartre,,voltaire,chomskyVirginie replace le débat dans la sphère philosophique et plus précisément dans la rhétorique, qui est l’art d’influencer grâce aux mots. Il est à double tranchant lorsqu’en politique la rhétorique est utilisée pour passer un message – que ce soit dans le bon sens ou le mauvais sens. La rhétorique use de ses qualités pour convaincre dans une fin électorale mais aussi commerciale. La rhétorique est l’art de bien parler, donc, et cet art peut donner un très grand pouvoir. La philosophie entend, par contre, rechercher la vérité sans les artifices des mots et sans la recherche du pouvoir grâce aux mots.

    L’appauvrissement du langage est une réalité, considère une intervenante : mots limités, SMS, tweets, phrases courtes dénaturent et appauvrissent la réflexion. Pour un autre participant, le mot se doit d’être "domestiqué". Le mot n’est qu’un élément de la communication, parmi d’autres : le ton, le langage du corps, les mimiques, et cetera. Le langage verbale n’est qu’une partie de la communication et ce n’est du reste pas toujours la plus importante. Domestiquer la communication c’est apprendre dès le plus jeune âge que l’on est responsable de ce que l’on va transmettre, tout autant que je suis responsable de la manière dont je réceptionne ce qui est dit.

    Une intervenante cite en exemple la pièce de Nathalie Sarraute, Pour un Oui ou pour un Non (voir lien). Elle narre l’histoire d’une relation amicale qui s’effrite à cause d’un mot, ou plus précisément de l’intonation d’un mot. Comme le disait Racine dans Britannicus : "J'entendrai des regards que vous croirez muets".

    Une participante évoque "les phrases assassines", ces propos utilisés dans la vie quotidienne, jusque dans l’enfance et sources de traumatisme. Elle ajoute que "lorsque l’on parle, on induit la réponse de l’autre". Si j’agresse quelqu’un, j’ai de grandes chances d’être agressées par exemple. Tout dépend également du ton que l’on prend pour parler, tout dépend aussi si le mot est utilisé dans son sens premier ou bien s’il n’est pas dévoyé.

    rogers,rosenberg,platon,sartre,,voltaire,chomskyLe sophisme faisait partie de l’histoire de la philosophie en occident, ajoute Bruno, à telle enseigne que, pour partie, nous sommes en Occident les héritiers de ce mouvement de pensée présocratique. La place du mot, du discours, du débat, de l’argument est important en France (comme le prouvent les cafés philos!). L’art de convaincre via le sophisme a été fortement critiqué, d’abord par Platon (dont nous sommes aussi les héritiers). Pourquoi les sophistes ont-ils eu mauvaise presse ? D’abord parce qu’ils n’étaient pas Athéniens. En outre, ces "étrangers" se faisaient payer pour enseigner. C’était mal vu. Ils enseignaient l’art de convaincre, ce qui était capital à Athènes et pour la bonne marche de la démocratie athénienne.

    L’art de parler pour convaincre a son pendant : la manipulation, qui est beaucoup discutée durant le débat. Dans 1984, George Orwell nous parle d’une dystopie, une société imaginaire et futuriste monstrueuse dominée par Big Brother, un dictateur omniscient. Or, parmi les mesures utilisés pour la soumission de son peuple figurait le travail sur la langue. Big Brother avait décidé de déstructurer la langue originelle et la transformer en une "novlangue", une langue appauvrie (cf. texte). L’appauvrissement de la langue fait partie des armes utilisés dans les discours des puissants (cf. enquête), un appauvrissement analysé notamment dans les discours présidentiels durant la Ve République.

    Les mots seraient utilisés par les puissants pour dominer les faibles. En diplomatie, les terrains d’entente et de négociations usent de mots choisis avec tact et subtilité, "qui seraient presque des mots d’amour". Dans les religions, le mot Dieu désigne une abstraction bienfaitrice, synonyme de bonté et d’amour ; or, derrière ce mot, se cachent des combats violents et des pouvoirs cyniques qui utilisent ce mot pour contraindre à la soumission.
    Une intervenant cite un mot utilisé abondamment récemment : "Brexit". Elle estime qu’il est synonyme de désunion, de manipulation politique mais aussi de crime, avec la mort de la députée travailliste Jo Cox. Dans l’assistance, une intervenante britannique réagit en citant l’un des grands maîtres de la rhétorique et de la répartie, Winston Churchill. Il savait ne pas être touché et blessé par des paroles d’un contradicteur, même violent. Elle cite une anecdote. Lady Ascot ne supportait pas Winston Churchill et lui dit un jour : "Sir, si vous étiez mon mari, j’aurais mis du poison dans votre café". Le premier ministre britannique lui avait répondu du tac au tac : "Madame Ascot, si vous étiez ma femme, je l’aurais bu." Face à des mots "armés", il a usé d’une défense imparable, grâce à d’autres mots.

    rogers,rosenberg,platon,sartre,,voltaire,chomskyLa transmission des mots, dit une autre participante, induit la transmission d’une pensée : encore faut-il qu’émetteur et récepteur soient sur la même longueur d’onde, ce qui ne va pas de soi ! Même un individu bien intentionné et n’utilisant pas de mots à double tranchant peut froisser son interlocuteur sans le vouloir. A fortiori, les professionnels de la rhétorique savent parfaitement utiliser les formules, les mots, les syntaxes calculées pour asseoir leur maîtrise du public auquel ils s’adressent.

    Le mot n’est certes pas en lui-même une arme, réagit Claire. Par contre, c’est l’interprétation que l’on en fait, ainsi que le contexte, qui peut transformer le mot en arme. Claire cite l’exemple du "Sibboleth ". Dans le livre des Juges, la tribu d’Éphraïm est opposée à la tribu de Galaad. Chaque tribu à une prononciation différente du mot "Sibboleth" – ou "Shibboleth". Une mauvaise prononciation est synonyme de non-appartenance à telle ou telle tribu et, au final de condamnation à mort. Le mot peut au final être trompeur lorsqu’on ne lui laisse pas une marge d’interprétation régionale ou sociale. Là, il peut être une réelle arme, comme le prouve l’exemple de Nathalie Sarraute.

    Bruno s’interroge : aujourd’hui, est-ce que les discours ont toujours cette force et cette puissance qu’ils avaient ? Une participante réagit en parlant de George Orwell qui, en 1946, a écrit l’ouvrage Politics and the English Langage dans lequel il parle de la manière dont le langage est manipulé en politique afin de retirer aux mots leur sens. Noam Chomsky, ajoute Pascal, a fait cette histoire de la manipulation depuis l’Angleterre de la fin du XIXe siècle. Il montre comment le pouvoir a cherché à faire dévier les mots de leur sens pour instiller dans la population certaines idées. Après 1945, des think tanks ont été créés afin de transformer le langage, via des néologismes que décrit George Orwell lorsqu’il parle de la "novlangue" dans 1984.

    rogers,rosenberg,platon,sartre,,voltaire,chomskyÀ partir du moment où l’on pense en mots et non pas en images, si les mots pour penser ce que l’on veut penser n’existent plus, ou du moins sont altérés, alors la pensée est elle aussi altérée. Une pensée ne peut perdurer si elle n’est pas partagée via les mots, les discours. Le mot est une arme s’il est utilisé en masse et s’il a pour objectif de convaincre des personnes. La langue, aujourd’hui, semblerait être manipulée pour corseter notre pensée. Les discours manichéens font que nous sommes invités à échapper à la complexité d’un problème pour ne s’exprimer qu’à travers le "oui" ou le "non".

    "Tu dis des mots. Encore des mots. Toujours les mêmes. Tu dis parfois. Tu dis souvent. N'importe quoi" chantait Alain Barrière. Les mots dans leur aspect le plus anodins restent importants en ce qu’ils sont le premier pas vers autrui. Jean-Paul Sartre parlait, de son côté, des mots dans son autobiographie justement intitulée Les Mots : son appréhension et son ouverture au monde est passée dès ses premières années par ce biais : "Puisque l’écrivain n’a aucun moyen de s’évader, nous voulons qu’il embrasse étroitement son époque ; elle est sa chance unique : elle s’est faite pour lui et il est fait pour elle... L’écrivain est en situation dans son époque : chaque parole a des retentissements." Les mots doivent devenir des armes défensives, dans un monde où le discours et le discours philosophique est de moins en moins audible. Il y a des armes défensives du penseur et du philosophe contre les armes offensives de la manipulation. Platon condamnait le sophisme dans le sens où le discours rhétorique était vide de sens, qu’il se suffisait à lui-même. Dans Gorgias, Platon met en scène un des plus célèbres sophistes de son époque pour mieux condamner ce courant intellectuel plaçant la rhétorique au coeur du fonctionnement de la Cité.

    Lorsque nous parvenons à utiliser un discours plein de raison et d’intelligence, nous pouvons dédouaner des discours calamiteux pour prendre à contre-pied les personnes qui souhaitent nous flouer : "Sauvons les mots !" dit une participante. Le tout est de "dé-monter" ce que les autres veulent nous imposer pour remettre la vérité en ordre de bataille.

    Lorsque l’on se trouve face à des discours publics, nous serions tentés de les prendre pour argent comptant, a fortiori lorsqu’ils viennent de personnes dites "spécialistes". Seulement, il y a notre libre-arbitre et notre étonnement philosophique peut nous amener à débusquer ce qui pourra nous éclairer. Les mots des philosophes sont-ils des armes ? Clairement, aujourd’hui les philosophes semblent être, sinon moins engagés qu’il y a quelques années, du moins plus discrets, voire inaudibles. Or, le citoyen doit chercher "des mots", des "connaissances". Les mots sont "des armes de la pensée", dit un participant et enrichir son vocabulaire c’est affiner et affûter sa pensée.
    Bruno conclue par cette citation de Voltaire : "Je connais beaucoup de livres qui ont ennuyé, je n’en connais point qui aient fait de mal réel".

    Les animateurs du café philo remercient le public et fixent leur prochain rendez-vous pour le prochain café philosophique de Montargis l’avant-dernier vendredi de septembre (date à confirmer) pour débuter sa 8e saison.

     

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  • Fin de saison pour le café philo ce 24 juin

    WP_20160624_19_55_05_Pro.jpgLe vendredi 24 juin 2016, le café philosophique de Montargis se réunissait autour du sujet "Les mots sont-ils des armes ?" Environ 40 personnes étaient présentes pour ce débat. Les organisateurs et les animateurs du café philo tiennent à remercie les participants présents pour cette dernière séance de la saison de l'animation de la Chaussée. Comme de coutume, un compte-rendu de cette soirée sera bientôt mis en ligne sur ce site.

    Cette dernière séance a été l'occasion pour Bruno, co-créateur et animateur du café philosophique de Montargis depuis sa création en 2009, de remercier les personnes qui ont permis au café philo de prendre un nouveau virage cette année. La réussite de cette saison 7, riche en changements, avec de nouveaux animateurs et un nouveau fonctionnement, n'était pas évidente. Au terme de cette ultime séance, force est de constater que la pérennité du café philo paraît bien engagée, avec déjà des projets en discussion pour la saison 8 !

    WP_20160624_19_55_10_Pro.jpgBruno a tenu à remercier les personnes et en particulier les animateurs qui l'ont rejoint cette année, en premier lieu Claire Bailly qui a coanimé avec talent les séances. Pascal n'a pas été oublié : fidèle d'entre les fidèles, il continue à œuvrer dans la prise de son et l'enregistrement des séances. D'autres animateurs ont également été chaleureusement remerciés  : Gilles, Claude, Guylaine et Virginie qui faisait "son baptême du feu" ce 24 juin, sans oublier Catherine Armessen qui était l'invitée du débat "Œil pour œil, dent pour dent ?". Un  merci a également été fait à Gérard, Jean-Claude ainsi qu'à trois autres personnes pour leurs conseils et leur soutien : Claire Durand, René Guichardan du café philo de Genève-Annemasse et Guy-Louis Pannetier du café philo de Chevilly-Larfue et de L’Hay-les-Roses.

    Le café philosophique de Montargis reviendra en septembre prochain pour une nouvelle saison.

    En attendant, le site du café philo restera actif cette année et l'équipe commence déjà à travailler pour continuer l'aventure du café philosophique de Montargis. 

     

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  • Les mots sont-ils des armes ?

    Affiche Les mots sont ils des armes.png

    La prochaine séance du café philosophique de Montargis aura lieu le vendredi 24 juin 2016 à 19 heures, à la Brasserie du Centre commercial de la Chaussée.

    Le débat de cette séance sera intitulé : "Les mots sont-ils des armes?"

     

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  • Platon : Gorgias, un sophiste

    AVT_Platon_4949.jpegSOCRATE - Réponds-moi de même, Gorgias. La rhétorique est un de ces arts qui achèvent et exécutent tout par le discours, n'est-ce pas ? 

    GORGIAS - Cela est vrai.

    SOCRATE - Dis-moi donc quel est le sujet auquel se rapportent ces discours dont la rhétorique fait usage.

    GORGIAS - Ce sont les plus grandes de toutes les affaires humaines, Socrate, et les plus importantes.

    Platon, Gorgias (Ve s. av JC)

     

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  • Ils ont dit, au sujet des mots et des armes

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    "Quelle sorte d'homme suis-je ? De ceux qui ont plaisir à être réfutés, si je dis quelque chose qui n'est pas vrai, mais qui ont plaisir à réfuter si un autre dit une chose qui n'est pas vraie, et qui n'ont pas moins de plaisir à être réfutés qu'à réfuter." [Platon]

    "En général, il est de droit naturel de se servir de sa plume comme de sa langue, à ses périls, risques et fortune. Je connais beaucoup de livres qui ont ennuyé, je n’en connais point qui aient fait de mal réel." [Voltaire]

    "Les mots sont bien sur la plus puissante des drogues de l’humanité" [Rudyard Kipling]

    "Le lien unifiant le signifiant et le signifié est arbitraire, ou encore, puisque nous entendons par signe le total résultant de l'association d'un signifiant à un signifié, nous pouvons dire plus simplement : le signe linguistique est arbitraire." [Ferdinand de Saussure]

    "Les mots sont comme des boulets de canon" [Jean Cocteau]

    "L'affiche est un slogan graphique. "Un raccourci saisissant et clair", avec pour but avoué "un dessin sans légende ne prêtant pas à confusion" utilisant "un vocabulaire qui doit tendre à l'universel: l'évidence." [Roland Barthes]

    "Les mots sont des pistolets chargés." [Brice Parain]

    "Quand on n'est pas du même avis, il faut se mettre d'accord ou se battre jusqu'à ce que l'une des thèses disparaisse avec celui qui l'a défendue. [...] Concrètement parlant, quand il n'est pas un jeu, le dialogue porte, en dernier ressort, toujours sur la façon selon laquelle on doit vivre." [Éric Weil]

    "L’écrivain engagé sait que les mots sont comme des pistolets chargés. S’il tire, il tue." [Jean-Paul Sartre]

    "Puisque l’écrivain n’a aucun moyen de s’évader, nous voulons qu’il embrasse étroitement son époque ; elle est sa chance unique : elle s’est faite pour lui et il est fait pour elle... L’écrivain est en situation dans son époque : chaque parole a des retentissements." [Jean-Paul Sartre]

    "La fonction de l’écrivain est de faire en sorte que nul ne puisse ignorer le monde et que nul ne puisse s’en dire innocent." [Jean-Paul Sartre]

    "Tout le monde est d'accord sur ce point : la fonction communicative est la fonction première, originelle et fondamentale du langage, dont toutes les autres ne sont que des aspects ou des modalités non nécessaires." [Georges Mounin]

    "Loin de dire ce que nous pensons, nous pensons ce que nous disons. En effet, nous ne pensons pas en dehors des mots." [Alain Etchegoyen]

     

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  • Sarraute : pour un oui ou pour un non

    pourunoui2.jpg"H.1 Essaie quand même...
    H.2 Oh non... je ne veux pas...
    H.1 Pourquoi? Dis-moi pourquoi?
    H.2 Non, ne me force pas...
    H.1 C'est donc si terrible?
    H.2 Non, pas terrible... ce n'est pas ça...
    H.1 Mais qu'est-ce que c'est, alors?
    H.2 : C'est... c'est plutôt que ce n'est rien... ce qui s'appelle rien... ce qu'on appelle ainsi... en parler seulement, évoquer ça... ça peut vous entraîner... de quoi on aurait l'air? Personne, du reste... personne ne l'ose... on n'en entend jamais parler...
    H.1 : Eh bien, je te demande au nom de tout ce que tu prétends que j'ai été pour toi... au nom de ta mère... de nos parents... je t'adjure solennellement, tu ne peux plus reculer... Qu'est-ce qu'il y a eu? Dis-le... tu me dois ça...
    H.2, piteusement : je te dis : ce n’est rien qu’on puisse dire... rien dont il soit permis de parler...
    H.1 Allons, vas-y...
    H. 2 Eh bien, c'est juste des mots...
    H.1 Des mots? Entre nous? Ne me dis pas qu'on a eu des mots... ce n'est pas possible... et je m'en serais souvenu...
    H.2 Non, pas des mots comme ça... d'autres mots... pas ceux dont on dit qu'on les a “eus”... Des mots qu'on n'a pas “eus”, justement... On ne sait pas comment ils vous viennent..."

    Nathalie Sarraute, Pour un Oui ou pour un Non (1981)

     

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  • La tour de Babel

    784985.jpg"Toute la terre avait une seule langue et les mêmes mots. Comme ils étaient partis de l'orient, ils trouvèrent une plaine au pays de Schinear, et ils y habitèrent. Ils se dirent l'un à l'autre: Allons! faisons des briques, et cuisons-les au feu. Et la brique leur servit de pierre, et le bitume leur servit de ciment. Ils dirent encore: Allons! bâtissons-nous une ville et une tour dont le sommet touche au ciel, et faisons-nous un nom, afin que nous ne soyons pas dispersés sur la face de toute la terre.

    Le Seigneur descendit pour voir la ville et la tour que bâtissaient les fils des hommes.

    Et le Seigneur dit: "Voici, ils forment un seul peuple et ont tous une même langue, et c'est là ce qu'ils ont entrepris; maintenant rien ne les empêcherait de faire tout ce qu'ils auraient projeté. Allons! descendons, et là confondons leur langage, afin qu'ils n'entendent plus la langue, les uns des autres."

    Et le Seigneur les dispersa loin de là sur la face de toute la terre; et ils cessèrent de bâtir la ville.

    C'est pourquoi on l'appela du nom de Babel, car c'est là que le Seigneur confondit le langage de toute la terre, et c'est de là que le Seigneur les dispersa sur la face de toute la terre."

    Genèse, 11, 1-32

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  • La Rochefoucauld : Maximes

    220px-François_de_La_Rochefoucauld.jpg[1] Ce que nous prenons pour des vertus n’est souvent qu’un assemblage de diverses actions et de divers intérêts, que la fortune ou notre industrie savent arranger ; et ce n’est pas toujours par valeur et par chasteté que les hommes sont vaillants, et que les femmes sont chastes.

    [2] L’amour-propre est le plus grand de tous les flatteurs.

    [3] Quelque découverte que l’on ait faite dans le pays de l’amour-propre, il y reste encore bien des terres inconnues.

    [4] L’amour-propre est plus habile que le plus habile homme du monde.

    [5] La durée de nos passions ne dépend pas plus de nous que la durée de notre vie.

    [6] La passion fait souvent un fou du plus habile homme, et rend souvent les plus sots habiles.

    [7] Ces grandes et éclatantes actions qui éblouissent les yeux sont représentées par les politiques comme les effets des grands desseins, au lieu que ce sont d’ordinaire les effets de l’humeur et des passions. Ainsi la guerre d’Auguste et d’Antoine, qu’on rapporte à l’ambition qu’ils avaient de se rendre maîtres du monde, n’était peut-être qu’un effet de jalousie.

    François de La Rochefoucauld, Maximes et Réflexions morales (1664)

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  • Mounin : les fonctions du langage

    efaa4c98-f84e-11e2-82c1-4ee973353dc9.JPG"Une des conquêtes de la linguistique actuelle est d'avoir aperçu et soigneusement distingué plusieurs fonctions du langage: sa fonction de communication interhumaine immédiate, d'abord. Puis une fonction expressive (ou émotive, chez quelques auteurs), celle par laquelle le locuteur manifeste son affectivité, volontairement, à travers ce qu'il dit - grâce au débit, à l'intonation, au rythme de ce qu'il dit. Puis encore, selon certains, une fonction appellative (ou conative), distincte de la précédente, celle par laquelle le locuteur cherche à provoquer chez son auditeur certaines tonalités affectives sans les partager lui-même (cas du menteur, de l'hypocrite, de l'acteur et de l'orateur qui jouent ou parlent "à froid", cas du "chef", etc). Puis encore une fonction (c'était la première aperçue par les Grecs, mais elle n'est première ni historiquement sans doute, ni fonctionnellement) d'élaboration de la pensée; puis enfin une fonction esthétique (ou poétique). Jakobson attribue même au langage une fonction métalinguistique, celle par où le langage sert à parler du langage lui-lême (quand nous disons : "Napoléon est un nom propre", "Rouge est un adjectif qualificatif", ou bien "Le barracuda est un poisson" etc.). Et finalement, une fonction phatique, celle grâce à laquelle le langage semble ne servir qu'à maintenir entre les interlocuteurs une sensation de contact acoustique ("Allô!") ou de contact psychologique de proximité agréable dans le bavardage social à vide ou la conversation d'amoureux, diseurs de rien, par exemple.

    Quoiqu'il en soit de la réalité linguistique ou psychologique de certaines au moins de ces fonctions, tout le monde est d'accord sur ce point : la fonction communicative est la fonction première, originelle et fondamentale du langage, dont toutes les autres ne sont que des aspects ou des modalités non nécessaires."

    Georges Mounin, Les Fonctions du Langage (1968)

     

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  • Platon : discuter c'est accepter d'avoir tort

    10-bonnes-raisons-de-discuter-encore-plus_width620.jpgSOCRATE. - Je pense, Gorgias, que tu as l'expérience de nombreuses discussions et que tu as remarqué ceci : ce n'est pas sans mal que les interlocuteurs définissent les uns les autres les sujets sur lesquels ils engagent une discussion, et parviennent à quitter un entretien en ayant appris quelque chose et en s'étant instruits eux-mêmes; si, au contraire, ils sont en désaccord sur une chose et que l'un refuse d'admettre que l'autre ait raison ou se soit exprimé clairement, alors ils se fâchent et soupçonnent l'autre de malveillance, plus enclins qu'ils sont à avoir le dessus qu'à examiner ce qui fait l'objet de la discussion. Il y en a même qui finissent par se séparer de la façon la pus moche, en se faisant insulter, après y avoir dit et entendu sur leur propre compte de telles horreurs que même les gens présents à la discussion s'en veulent d'avoir jugé bon d'être les auditeurs de tels individus.

    Pourquoi je te dis cela ? Parce que tu me parais dire à présent des choses qui ne sont plus en accord et en harmonie avec de que tu disais sur la rhétorique en commençant. J'hésite dans ces conditions à te réfuter, de peur que tu aies dans l'idée que je cherche à avoir le dessus dans la discussion, sans viser la question pour la rendre plus claire, mais en te visant toi. Moi, en tout cas, si tu es de ces gens qui sont comme moi, c'est avec plaisir que je t'interrogerai; sinon, je devrais renoncer. Quelle sorte d'homme suis-je ? De ceux qui ont plaisir à être réfutés, si je dis quelque chose qui n'est pas vrai, mais qui ont plaisir à réfuter si un autre dit une chose qui n'est pas vraie, et qui n'ont pas moins de plaisir à être réfutés qu'à réfuter. (...) Si tu prétends toi aussi avoir cette tournure d'esprit, poursuivons la discussion; mais si tu crois qu'il faut l'abandonner, tenons-nous-en là et mettons fin à la discussion.

    Platon, Gorgias (Ve s. av JC)

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