Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

[67] "Culture contre violence"

  • Compte-rendu de la séance "La culture serait-elle une meilleure réponse à la violence ?"

    Le café philosophique de Montargis se réunissait le 20 octobre 2017 au café Le Belman, un nouveau lieu de rendre-vous, pour une séance qui portait sur cette question : "La culture serait-elle une meilleure réponse à la violence ?" Pour cette occasion, les organisateurs du café philo invitaient Vincent Roussel, militant de longue date pour la non-violence et qui était déjà intervenu au café philo en mars 2010 pour un sujet sur l’éducation à la non-violence.

    Pour initier la soirée sur le sujet, les participants diffusent une vidéo éloquente sur la présentation d’un livre de Delphine Minoui, Les Passeurs de Livres de Daraya (éd. Seuil), et qui raconte l’histoire en Syrie de résistants qui ont choisi de créer une bibliothèque clandestine.

    Vincent Roussel évoque son engagement dans la Coordination pour la Décennie. En 1998, l’ONU a décrété la première décennie du troisième millénaire serait une décennie de promotion d’une culture de la non-violence et de la paix. Cela avait été précédé en 1997 par un appel des Prix Nobel de la Paix encore vivants qui avaient souhaité cette opération. En 1997, l’ONU avait également décrété que l’année 2000 serait une année de la culture de la paix. Pour Vincent Roussel, la culture ne se réduit pas aux arts, aux lettres ou aux sciences. D’un point de vue philosophique, la culture est souvent opposé à la nature. Par là, une première question se pose : la violence est-elle une chose innée ou acquise ? Une autre définition de la culture développée par l’UNESCO, et qui est plus sociologique: la culture est ce qui rassemble, ce qui a de commun avec un groupe de population et ce qui les cimente. Ce sont des valeurs, des comportements, des attitudes et des modes de vie. Est-ce que nous, en France, nous sommes dans une culture de la violence ou de la paix ?

    Lire la suite

    Lien permanent Catégories : =>Saison 9, Comptes-rendus des débats, [67] "Culture contre violence" Imprimer
  • Merci aux participants de la séance du 20 octobre 2017

    applause.jpgLe café philosophique de Montargis se réunissait le vendredi 20 octobre 2017 pour un débat qui portait autour de ce sujet : "La culture serait-elle une meilleure réponse à la violence?" Pour la première fois, cette séance se déroulait au café Le Belman. 

    De 50 à 60 personnes étaient étaient présentes pour ce débat. Merci aux participants de ce débat ainsi qu'au café Le Belman pour son accueil chaleureux.

    Le café philo donne rendez-vous pour son débat suivant le vendredi 15 décembre 2017, pour la première séance de cette saison 9. Le débat portera sur cette question : "Ma liberté est-elle en danger?" 

    Notez bien que cette séance aura également lieu au café Le Belman, 17-19 Boulevard des Belles Manières, à Montargis.

    A bientôt !

    Lien permanent Catégories : =>Saison 9, [67] "Culture contre violence", [68] "Ma liberté est-elle en danger?" Imprimer
  • La non-violence est-elle une idéologie ou un idéal ?

    Le terme "idéologie" fait référence à un système de pensées clos, à une doctrine qui prétend interpréter toute la réalité humaine, sociale et politque, enfermer toute la vérité et à laquelle tout un chacun doit se soumettre. Toute idéologie est génératrice de violences et le XXe siècle en a connu de monstrueux exemples avec l'idéologie marxiste-léniniste et l'idéologie nazie. Les idéologies religieuses ont aussi été sources de violences destructrices dans l'histoire et ressurgissent aujourd'hui par la prolifération des attentats suicides et des guerres contemporaines récentes.

    La non-violence n'est pas le but, elle est le moyen mis au service de la paix. Une action n'est pas d'abord juste parce qu'elle est non-violente. Ce qui la justifie, c'est d'abord d'être au service d'une cause juste. Le choix de la non-violence s'appuie sur la conscience que la violence est source d'injustices nouvelles qui desservent grandement la cause pour laquelle l'action a été engagée. Non-violence et justice sont intimement liées. La non-violence devient une idéologie lorsqu'elle est coupée du but de la justice. Il en est de même pour la paix. Ceux qui ordonnent la guerre la justifient toujours par la recherche de la justice, de la sécurité et de la paix. La paix devient une idéologie lorsqu'elle est coupée de la non-violence. S'il est une idée précise qui se dégage de la Décennie pour la promotion "d'une culture de la non-violence et de la paix au profit des enfants du monde" en ce début du troisième millénaire, c'est l'idée de "la non-violence pour la paix" ou de la "paix par la non-violence."

    La culture de non-violence et de la paix peut être considérée comme un idéal vers lequel tendent les sociétés humaines au XXIe siècle. L'expérience des violences extrêmes du XXe siècle (guerres mondiales, génocides) les a conduites à profondément questionner la culture dominante de violence et de guerre. Cependant, la guerre et l'usage de la violence restent légitimés dans un certain nombre de cas. Dans ce sens, la non-violence est encore un idéal non atteint.

    Affirmer que la non-violence est un idéal peut aussi être une façon de dire que la non-violence est un horizon inatteignable, que nous ne sommes pas encore capables d'adopter des comportements non-violents dans les conflits que nous rencontrons et que que nous n'en serons peut-être jamais capables. D'une certaine manière, c'est accepter voire justifier par avance d'avoir recours à la violence dans les situations qui nous submergent. Il est vrai que personne ne peut se vanter de toujours agir de façon non-violente. Nous connaissons tous des emportements, des gestes ou des paroles qui n'ont rien de non-violents. Il est aussi des moments où la violence peut nous paraître préférable parce que nous ne voyons pas ou nous ne savons pas comment faire autrement. Il ne s'agit pas de s'en culpabiliser, mais de reconnaître que nous n'avons pas su faire autrement tout en refusant de justifier intellectuellement cette violence qui nous a échappée. Ces constats nous invitent à imaginer des réponses autres pour qu'à l'avenir nous soyons mieux « désarmés » pour faire face de façon non-violente à une situation semblable. La non-violence en ce sens est un choix et un idéal de vie vers lequel nous voulons tendre.

    Sous la direction de Vincent Roussel, 100 Questions-réponses pour éduquer à la non-violence (2011)

    Lien permanent Catégories : =>Saison 9, Compilation de textes, Documents, [67] "Culture contre violence" Imprimer
  • Comment peut-on développer une culture de la non-violence et de la paix ?

    L'ONU propose un programme d'action sur huit domaines d'intervention. Ils recouvrent l'éventail de tous les aspects de l'action à entreprendre en vue de la promotion d'une culture de paix et de non-violence :

    - mesures pour renforcer une culture de la paix par l'éducation ;
    - mesures pour promouvoir le développement économique et social durable ;
    - mesures pour promouvoir le respect de tous les droits de l'Homme ;
    - mesures pour assurer l'égalité entre les femmes et les hommes ;
    - mesures pour favoriser la participation à la vie démocratique ;
    - mesures pour faire progresser la compréhension, la tolérance et la solidarité ;
    - mesures pour soutenir la communication participative et la libre circulation de l'information et des connaissances ;
    - mesures pour promouvoir la paix et la sécurité internationales17.

    Parmi les mesures proposées pour renforcer une culture de paix, de 2001 à 2010 la Coordination française pour la Décennie a concentré ses efforts sur l'invitation faite aux États-membres de l'ONU à « prendre les mesures nécessaires pour que la pratique de la non-violence et de la paix soit enseignée à tous les niveaux de leurs sociétés respectives, y compris dans les établissements d'enseignement. »18 À la fin de la décennie de l'ONU, la Coordination a confirmé cette orientation en choisissant de s'appeler désormais la Coordination pour l'éducation à la non-violence et la paix, et en rappelant que son objectif est le développement d'une culture de la non-violence et de paix.

    Sous la direction de Vincent Roussel, 100 Questions-réponses pour éduquer à la non-violence (2011)

    Lien permanent Catégories : =>Saison 9, Compilation de textes, Documents, [67] "Culture contre violence" Imprimer
  • La non-violence : un comportement, une attitude ou une philosophie ?

    On peut dire que la non-violence est tout cela à la fois. La non-violence es: d'abord un choix personnel. C'est le choix de refuser d'user de violence dans tout conflit dans lequel on est engagé et, en ce sens, elle est une attitude, un état d'esprit.

    Ce choix est souvent guidé par le sentiment profond de l'absurdité de la violence, du danger d'escalade que déchaîne tout acte de violence. Prendre conscience qu'il est dérisoire de rendre de façon automatique coups pour coups, c'est affirmer le choix de la non-violence. Escalade et mimétisme caractérisent les phénomènes de violence et le principe « œil pour œil, dent pour dent » devient bien souvent « un peu plus qu'un œil pour un œil et un peu plus qu'une dent pour une dent ». C'est ainsi que Gandhi pouvait dire qu'avec une telle philosophie, l'humanité serait vite complètement aveugle et édentée. La non-violence est une sagesse de vie, une philosophie qui donne sens à une existence.

    Dans chaque situation de conflit, la question qui m'est posée est : « Violence ou non-violence, quel est mon choix ? » Si je fais le choix de la non-violence, j'entre dans une confrontation active avec l'autre pour faire évoluer la situation jusqu'à ce que les parties concernées soient satisfaites. Dans le cadre d'un conflit interpersonnel, le dialogue, la négociation avec gains mutuels, la médiation, le recours à la loi, à un arbitre ou à un juge sont des moyens actifs de sa résolution non-violente. La non-violence est donc aussi un type de comportement et des moyens d'action.

    Dans le cadre d'un conflit social ou politique, quand les négociations sont bloquées, ceux qui sont victimes d'une injustice peuvent organiser une campagne d'actions directes non-violentes. Refuser de recourir à la violence contre les personnes, prendre à témoin l'opinion publique, refuser de collaborer avec l'injustice, proposer des solutions concrètes et commencer à les mettre en pratique sont autant de pistes pour l'action non-violente.
    Quand tous les moyens légaux ont été essayés en vain, certains groupes se sentent légitimés d'entrer dans des modes d'actions non-violentes et illégales. Ils entrent ainsi dans la désobéissance civile.

    Sous la direction de Vincent Roussel, 100 Questions-réponses pour éduquer à la non-violence (2011)

    Lien permanent Catégories : =>Saison 9, Compilation de textes, Documents, [67] "Culture contre violence" Imprimer
  • "La culture serait-elle une meilleure réponse à la violence ?"

    La neuvième saison du café philosophique de Montargis promet de bouger. Dès le 20 octobre, l’animation philosophique montargoise fixera rendez-vous au café Le Belman pour un sujet portant sur cette question : "La culture serait-elle une meilleure réponse à la violence ?"

    La violence a beau être scandaleuse et rejetée, elle fait partie de la société humaine. Elle nous effraie car elle se présenterait comme un danger pour la stabilité de la société comme de notre existence. Face à cette violence, un rempart pourrait exister : celui de la culture. Dit autrement, une citation de Dostoïevski, utilisée jusqu’à plus soif, prétendrait que l’art sauvera le monde. Outre qu’il semblerait que cette phrase soit sortie de son contexte, sans doute est-il nécessaire de s’interroger sur cette invitation à la non-violence par la culture. De quelle culture parlons-nous exactement ? Quelle est sa valeur sociale ? L’art et la culture peuvent-elles véhiculer eux aussi de la violence ? Comment cultiver la non-violence ?

    Ce sont autant de questions qui pourront être débattues lors de la séance du 20 octobre prochain, à partir de 19 heures au café Le Belman, boulevard des Belles Manières, à Montargis.

    La participation sera libre et gratuite.

    Lien permanent Catégories : =>Saison 9, [67] "Culture contre violence" Imprimer
  • Minoui : Des passeurs de livres contre la violence en Syrie

    Lien permanent Catégories : =>Saison 9, Compilation de textes, Documents, Livres, [67] "Culture contre violence" Imprimer
  • Merleau-Ponty : "Tout est fabriqué et tout est naturel chez l’homme"

    merleauponty.jpg"Il n’est pas plus naturel ou pas moins conventionnel de crier dans la colère ou d’embrasser dans l’amour que d’appeler “table” une table. Les sentiments et les conduites passionnelles sont inventés comme les mots. Même ceux qui, comme la paternité, paraissent inscrits dans le corps humain, sont en réalité des institutions. Il est impossible de superposer chez l’homme une première couche de comportements que l’on appellerait “naturels” et un monde culturel ou spirituel fabriqué. Tout est fabriqué et tout est naturel chez l’homme, comme on voudra dire, en ce sens qu’il n’est pas un mot, pas une conduite qui ne doive quelque chose à l’être simplement biologique, et qui en même temps ne se dérobe à la simplicité de la vie animale, ne détourne de leur sens les conduites vitales, par une sorte d’échappement et par un génie de l’équivoque qui pourraient servir à définir l’homme."

    Maurice Merleau-Ponty, Phénoménologie de la Perception (1945)

    Lien permanent Catégories : =>Saison 9, Compilation de textes, Documents, Livres, [67] "Culture contre violence" Imprimer
  • Kant : "Celui qui n'est point cultivé est brut"

    KANT.jpg"La discipline nous fait passer de l'état animal à celui d'homme. Un animal est par son instinct même tout ce qu'il peut être ; une raison étrangère a pris d'avance pour lui tous les soins indispensables. Mais l'homme a besoin de sa propre raison. Il n'a pas d'instinct, et il faut qu'il se fasse à lui-même son plan de conduite. Mais, comme il n'en est pas immédiatement capable, et qu'il arrive dans le monde à l'état sauvage, il a besoin du secours des autres. L'espèce humaine est obligée de tirer peu à peu d'elle-même par ses propres efforts toutes les qualités naturelles qui appartiennent à l'humanité. Une génération fait l'éducation de l'autre. On ne peut chercher le premier commencement dans un état brut ou dans un état parfait de civilisation ; mais, dans ce second cas, il faut encore admettre que l'homme est retombé ensuite à l'état sauvage et dans la barbarie.

    La discipline empêche l'homme de se laisser détourner de sa destination, de l'humanité, par ses penchants brutaux. Il faut, par exemple, qu'elle le modère, afin qu'il ne se jette pas dans le danger comme un être indompté ou un étourdi. Mais la discipline est purement négative, car elle se borne à dépouiller l'homme de sa sauvagerie ; l'instruction au contraire est la partie positive de l'éducation. La sauvagerie est l'indépendance à l'égard de toutes les lois. La discipline soumet l'homme aux lois de l'humanité, et commence à lui faire sentir la contrainte des lois. Mais cela doit avoir lieu de bonne heure...

    Il n'y a personne qui, ayant été négligé dans sa jeunesse, ne soit capable d'apercevoir dans l'âge mûr en quoi il a été négligé, soit dans la discipline, soit dans la culture (car on peut nommer ainsi l'instruction). Celui qui n'est point cultivé est brut ; celui qui n'est pas discipliné est sauvage. Le manque de discipline est un mal pire que le défaut de culture, car celui-ci peut encore se réparer plus tard, tandis qu'on ne peut plus chasser la sauvagerie et corriger un défaut de discipline. Peut-être l'éducation deviendra-t-elle toujours meilleure, et chacune des générations qui se succéderont fera-t-elle un pas de plus vers le perfectionnement de l'humanité ; car c'est dans le problème de l'éducation que gît le grand secret de la perfection de la nature humaine.

    On peut marcher désormais dans cette voie. Car on commence aujourd'hui à juger exactement et à apercevoir clairement ce qui constitue proprement une bonne éducation. Il est doux de penser que la nature humaine sera toujours mieux développée par l'éducation et que l'on peut arriver à lui donner la forme qui lui convient par excellence. Cela nous découvre la perspective du bonheur futur de l'espèce humaine."

    Emmanuel Kant, Traité de pédagogie (1776-1787)

    Lien permanent Catégories : =>Saison 9, Compilation de textes, Documents, Livres, [67] "Culture contre violence" Imprimer
  • Freud : L'homme n'est pas un être doux

    L’homme n’est pas un être doux, en besoin d’amour, qui serait tout au plus en mesure de se défendre quand il est attaqué, mais au contraire il compte aussi à juste titre parmi ses aptitudes pulsionnelles une très forte part de penchant à l’agression. En conséquence de quoi, le prochain n’est pas seulement pour lui une aide et un objet sexuel possibles, mais aussi une tentation, celle de satisfaire sur lui son agression, d’exploiter sans dédommagement sa force de travail, de l’utiliser sexuellement sans son consentement, de s’approprier ce qu’il possède, de l’humilier, de lui causer des douleurs, de le martyriser et de le tuer. Homo homini lupus [l’homme est un loup pour l’homme] ; qui donc, d’après toutes les expériences de la vie et de l’histoire, a le courage de contester cette maxime ? (...)

    L’existence de ce penchant à l’agression que nous pouvons ressentir en nous-mêmes, et présupposons à bon droit chez l’autre, est le facteur qui perturbe notre rapport au prochain et oblige la culture à la dépense qui est la sienne. Par suite de cette hostilité primaire des hommes les uns envers les autres, la société de la culture est constamment menacée de désagrégation. L’intérêt de la communauté de la communauté de travail n’assurerait pas sa cohésion, les passions pulsionnelles sont plus fortes que les intérêts rationnels. Il faut que la culture mette tout en œuvre pour assigner des limites aux pulsions d’agression des hommes... De là la restriction de la vie sexuelle et de là aussi ce commandement de l’idéal : aimer le prochain comme soi-même, qui se justifie effectivement par le fait que rien d’autre ne va autant à contre-courant de la nature humaine originelle."

    Sigmund Freud, Malaise dans la culture (1929)

    Lien permanent Catégories : =>Saison 9, Compilation de textes, Documents, Livres, [67] "Culture contre violence" Imprimer
  • Martin Luther King : La désobéissance civile

    "J’ai alors acquis la conviction que le refus de coopérer avec le mal est une obligation morale, tout autant que la coopération avec le bien. Nul n’a su défendre cette idée avec autant d’éloquence et de passion que Henry David Thoreau... Les enseignements de Thoreau ont repris vie dans notre mouvement pour la défense des droits civiques. En vérité, ils sont plus vivants que jamais. Ils s’expriment par l’occupation d’un comptoir de restauration interdit aux Noirs ; par le voyage d’un groupe biracial dans un autocar comme l’ont fait les militants de la liberté à travers le Mississippi ; par une manifestation pacifique à Albany, en Géorgie ; par le boycottage des autobus à Montgomery, dans l’Alabama. Telles sont les conséquences de la ferveur avec laquelle Thoreau nous a enseigné qu’il faut résister au mal et qu’aucun homme soucieux de moralité ne peut patiemment supporter l’injustice."

    Martin Luther King

    Lien permanent Catégories : =>Saison 9, Compilation de textes, Documents, [67] "Culture contre violence" Imprimer
  • De Baecque : La violence cinématographique

    "La violence représentée (les images de la violence) est donc d’autant plus spectaculaire que la violence de la représentation (la violence de l’image) est neutralisée, presque virtualisée. Tous ces tournages, par exemple, sont en immense partie virtuels. Le monstre Godzilla n’a jamais marché dans New York, ni même une réplique modèle réduit dans une ville miniature. C’était la technique d’animation des films japonais des années cinquante : technique dérisoire, annihilant en partie les images de la violence, mais, du moins, quelque chose était enregistré dans le monde, même un monde de poupées, de marionnettes, d’animation. Désormais, les acteurs regardent vers le néant, crient leur peur face au vide. Le monstre est reconstitué sur palette graphique, animation et Violences d’aujourd’hui, violence de toujours numérisation informatiques : il est totalement virtuel. Cette virtualité permet certes de filmer de la violence de façon « réaliste » — les cris des acteurs, les explosions, la ville qui brûle —, autorise une technique presque parfaite d’intégration du monstre dans l’image vue, mais défait cependant la représentation de cette image. Ce phénomène rejoint et renforce le processus de reproductibilité de l’image. La reproductibilité proliférante et la virtualité technique ont encouragé la violence dans l’image mais nié la violence de l’image. Dans ces films, la destruction de New York, pris comme emblème de la ville ultracivilisée, Babylone moderne, est ainsi comparable à un jeu vidéo de construction/déconstruction géant offert au spectateur, où ce dernier est, à la fois, dans l’image, pris au piège de l’apocalypse, et aux manettes de la commande, assistant à la destruction avec une certaine distance. Auparavant, le signe de la fin du monde était la découverte des vestiges de New York (La Planète des singes, New York 1997) ; désormais, cette épreuve est associée à la destruction même de la ville moderne, comprise telle un immense jeu vidéo."

    Antoine de Baecque
    colloque Violences d’aujourd’hui, violence de toujours, Rencontres internationales de Genève (1999)

    Lien permanent Catégories : =>Saison 9, Compilation de textes, Documents, [67] "Culture contre violence" Imprimer
  • Girard : La violence est-elle irrationnelle?

    "On dit fréquemment la violence "irrationnelle". Elle ne manque pourtant pas de raisons : elle sait même en trouver de fort bonnes quand elle a envie de se déchaîner. Si bonnes, cependant, que soient ces raisons, elles ne méritent jamais qu'on les prenne au sérieux. La violence elle-même va les oublier pour peu que l'objet initialement visé demeure hors de sa portée et continue à la narguer. La violence inassouvie cherche et finit toujours par trouver une victime de rechange. A la créature qui excitait sa fureur, elle en substitue soudain une autre qui n'a aucun titre particulier à s'attirer les foudres du violent, sinon qu'elle est vulnérable et qu'elle passe à sa portée."

    René Girard, La Violence et le Sacré (1998)

    Lien permanent Catégories : =>Saison 9, Compilation de textes, Documents, Livres, [67] "Culture contre violence" Imprimer