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  • Bac de philo : les sujets cette année, série par série

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    Série L

    Sujet 1 : Nos convictions morales sont-elles fondées sur l'expérience ?

    Sujet 2 : Le désir est-il par nature illimité ?

    Sujet 3 : (Explication de texte) "Est-ce qu’il existe aucun fait qui soit indépendant de l’opinion et de l’interprétation ? Des générations d’historiens et de philosophes de l’histoire n’ont-elles pas démontré l’impossibilité de constater des faits sans les interpréter, puisque ceux-ci doivent d’abord être extraits d’un chaos de purs événements (et les principes du choix ne sont assurément pas des données de fait), puis être arrangés en une histoire qui ne peut être racontée que dans une certaine perspective, qui n’a rien à voir avec ce qui a eu lieu à l’origine ? Il ne fait pas de doute que ces difficultés, et bien d’autres encore, inhérentes aux sciences historiques, soient réelles, mais elles ne constituent pas une preuve contre l’existence de la matière factuelle, pas plus qu’elles ne peuvent servir de justification à l’effacement des lignes de démarcation entre le fait, l’opinion et l’interprétation, ni d’excuse à l’historien pour manipuler les faits comme il lui plaît. Même si nous admettons que chaque génération ait le droit d’écrire sa propre histoire, nous refusons d’admettre qu’elle ait le droit de remanier les faits en harmonie avec sa perspective propre ; nous n’admettons pas le droit de porter atteinte à la matière factuelle elle-même. Pour illustrer ce point, et nous excuser de ne pas pousser la question plus loin : durant les années vingt, Clemenceau, peu avant sa mort, se trouvait engagé dans une conversation amicale avec un représentant de la République de Weimar au sujet des responsabilités quant au déclenchement de la Première Guerre mondiale. On demanda à Clémenceau : "À votre avis, qu’est-ce que les historiens futurs penseront de ce problème embarrassant et controversé ?" Il répondit : "Ça, je n’en sais rien, mais ce dont je suis sûr, c’est qu’ils ne diront pas que la Belgique a envahi l’Allemagne." (Hannah Arendt, Vérité et politique)

    Série ES

    Sujet 1 : Savons-nous toujours ce que nous désirons ?

    Sujet 2 : Pourquoi avons-nous intérêt à étudier l'Histoire ?

    Sujet 3 : (Explication de texte) "Parce que nous savons que l’erreur dépend de notre volonté, et que personne n’a la volonté de se tromper, on s’étonnera peut-être qu’il y ait de l’erreur en nos jugements. Mais il faut remarquer qu’il y a bien de la différence entre vouloir être trompé et vouloir donner son consentement à des opinions qui sont cause que nous nous trompons quelquefois. Car encore qu’il n’y ait personne qui veuille expressément se méprendre, il ne s’en trouve presque pas un qui ne veuille donner son consentement à des choses qu’il ne connaît pas distinctement : et même il arrive souvent que c’est le désir de connaître la vérité qui fait que ceux qui ne savent pas l’ordre qu’il faut tenir pour la rechercher manquent de la trouver et se trompent, à cause qu’il les incite à précipiter leurs jugements, et à prendre des choses pour vraies, desquelles ils n’ont pas assez de connaissance." (Descartes, Principes de la philosophie)

    Série S

    Sujet 1 : Travailler moins, est-ce vivre mieux ?

    Sujet 2 : Faut-il démontrer pour savoir ?

    Sujet 3 : (Explication de texte) "Je n’ignore pas que beaucoup ont pensé et pensent encore que les choses du monde sont gouvernées par Dieu et par la fortune, et que les hommes, malgré leur sagesse, ne peuvent les modifier, et n’y apporter même aucun remède. En conséquence de quoi, on pourrait penser qu’il ne vaut pas la peine de se fatiguer et qu’il faut laisser gouverner le destin. Cette opinion a eu, à notre époque, un certain crédit du fait des bouleversements que l’on a pu voir, et que l’on voit encore quotidiennement, et que personne n’aurait pu prédire. J’ai moi-même été tenté en certaines circonstances de penser de cette manière. Néanmoins, afin que notre libre arbitre ne soit pas complètement anéanti, j’estime que la fortune peut déterminer la moitié de nos actions mais que pour l’autre moitié les événements dépendent de nous. Je compare la fortune à l’un de ces fleuves dévastateurs qui, quand ils se mettent en colère, inondent les plaines, détruisent les arbres et les édifices, enlèvent la terre d’un endroit et la poussent vers un autre. Chacun fuit devant eux et tout le monde cède à la fureur des eaux sans pouvoir leur opposer la moindre résistance. Bien que les choses se déroulent ainsi, il n’en reste pas moins que les hommes ont la possibilité, pendant les périodes de calme, de se prémunir en préparant des abris et en bâtissant des digues de façon à ce que, si le niveau des eaux devient menaçant, celles-ci convergent vers des canaux et ne deviennent pas déchaînées et nuisibles. Il en va de même pour la fortune : elle montre toute sa puissance là où aucune vertu n’a été mobilisée pour lui résister et tourne ses assauts là où il n’y a ni abris ni digues pour la contenir." (Machiavel, Le Prince)

    Séries technologiques :

    Sujet 1 : Pour être juste, suffit-il d'obéir aux lois ?

    Sujet 2 : Pouvons-nous toujours justifier nos croyances ?

    Sujet 3 : (Explication de texte) "Même quand les peintres travaillent sur des objets réels, leur but n’est jamais d’évoquer l’objet même, mais de fabriquer sur la toile un spectacle qui se suffit. La distinction souvent faite entre le sujet du tableau et la manière du peintre n’est pas légitime parce que, pour l’expérience esthétique, tout le sujet est dans la manière dont le raisin, la pipe ou le paquet de tabac est constitué par le peintre sur la toile. Voulons-nous dire qu’en art la forme seule importe, et non ce qu’on dit ? Nullement. Nous voulons dire que la forme et le fond, ce qu’on dit et la manière dont on le dit ne sauraient exister à part. Nous nous bornons en somme à constater cette évidence que, si je peux me représenter d’une manière suffisante, d’après sa fonction, un objet ou un outil que je n’ai jamais vu, au moins dans ses traits généraux, par contre les meilleures analyses ne peuvent me donner le soupçon de ce qu’est une peinture dont je n’ai jamais vu aucun exemplaire. Il ne s’agit donc pas, en présence d’un tableau, de multiplier les références au sujet, à la circonstance historique, s’il en est une, qui est à l’origine du tableau." (Merleau-Ponty, Causeries)

     

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  • Ils ont dit, au sujet de l'histoire

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    "Voici l'exposé de l'enquête effectuée par Hérodote de Thourioi, afin que les événements humains ne disparaissent pas avec le temps." [Hérodote]

    “L'histoire est un perpétuel recommencement.” [Thucydide]

    "Voilà pourquoi la poésie est une chose plus philosophique et plus noble que l’histoire : la poésie dit plutôt le général, l’histoire le particulier." [Aristote]

    “L'histoire est la philosophie enseignée par l'exemple.” [Denys d’Halicarnasse]

    "Ce qui trouble les hommes, ce ne sont pas les événements, mais l'idée qu'ils se font des événements." [Épictète]

    “Il faut éclairer l'histoire par les lois et les lois par l'histoire.” [Montesquieu]

    "Une tentative philosophique pour traiter l'histoire universelle en fonction du plan de la nature qui vise à une unification politique totale dans l'espèce humaine doit être envisagée comme possible et même comme avantageuse pour ce dessein de la nature." [Emmanuel Kant]

    "J’ai vu l’Empereur – cette âme du monde – sortir de la ville pour aller en reconnaissance ; c’est effectivement une sensation merveilleuse de voir un pareil individu qui, concentré ici sur un point, assis sur un cheval, s’étend sur le monde et le domine." [Hegel]

    "Le point de vue de l'histoire philosophique n'est pas tiré abstraitement de la multitude des autres points de vue généraux et ne peut être compris si l'on fait abstraction des autres. Son principe spirituel est la totalité de tous les points de vue." [Hegel]

    "On dit aux gouvernants, aux hommes d’État, aux peuples de s'instruire principalement par l'expérience de l'histoire. Mais ce qu'enseignent l'expérience et l'histoire, c'est que peuples et gouvernements n'ont jamais rien appris de l'histoire et n'ont jamais agi suivant des maximes qu'on en aurait pu retirer. Chaque époque, chaque peuple se trouve dans des conditions si particulières, constitue une situation si individuelle que dans cette situation on ne peut et on ne doit décider que par elle." [Hegel]

    “La raison gouverne le monde et par conséquent gouverne et a gouverné l'histoire universelle.” [Hegel]

    "L’histoire est à la poésie ce que le portrait est au tableau d’histoire ; la première nous donne la vérité particulière, la seconde la vérité générale." [Arthur Schopenhauer]

    "L’histoire est pour l’espèce humaine ce que la raison est pour l’individu. Grâce à sa raison, l’homme n’est pas renfermé comme l’animal dans les limites étroites du présent visible ; il connaît encore le passé infiniment plus étendu, source du présent qui s’y rattache : c’est cette connaissance seule qui lui procure une intelligence plus nette du présent et lui permet même de formuler des inductions pour l’avenir." [Arthur Schopenhauer]

    "Les hommes font leur propre histoire, mais ils ne la font pas arbitrairement, dans les conditions choisies par eux, mais dans des conditions directement données et héritées du passé." [Karl Marx]

    "L'histoire de toute société jusqu'à nos jours n'a été que l'histoire de luttes de classes." [Karl Marx et Friedrich Engels]

    "La société bourgeoise moderne, élevée sur les ruines de la société féodale, n'a pas aboli les antagonismes de classes. Elle n'a fait que substituer de nouvelles classes, de nouvelles conditions d'oppression, de nouvelles formes de lutte à celles d'autrefois." [Karl Marx et Friedrich Engels]

    "L’histoire se répète toujours deux fois : la première fois comme une tragédie, la seconde fois comme une comédie." [Karl Marx]

    "Votre amour trompeur pour le passé : amour de fossoyeur - C'est faire tort à la vie : c'est lui voler son avenir." [Friedrich Nietzsche]

    “Toute l'histoire du monde se conçoit comme la biographie d'un seul homme.” [Friedrich Nietzsche]

    “L'histoire est la science des choses qui ne se répètent pas.” [Paul Valéry]

    "Si j’étais un antiquaire, je n’aurais d’yeux que pour les vieilles choses. Mais je suis historien. C’est pourquoi j’aime la vie." [Marc Bloch]

    “L'histoire, comme une idiote, mécaniquement se répète.” [Paul Morand]

    “L'histoire est un grand présent, et pas seulement un passé.” [Alain]

    "Un peuple qui oublie son passé se condamne à le revivre" [Winston Churchill]

    "Si nous quittons résolument l'idée théologique d'un fond rationnel du monde, la logique de l'histoire n'est plus qu'une possibilité parmi d'autres." [Maurice Merleau-Ponty]

    “Nous ne voulons plus d'un destin. Nous voulons une histoire. ” [Jean Baudrillard]

    "La connaissance historique ne consiste pas à raconter ce qui s’est passé d’après les documents écrits qui nous ont été par accident conservés, mais, sachant ce que nous voulons découvrir et quels sont les principaux aspects de toute collectivité, à nous mettre en quête de documents qui nous ouvriront l’accès au passé." [Raymond Aron]

    "J'entends par histoire une recherche scientifiquement conduite, disons à la rigueur une science, mais complexe : il n'y a pas une histoire, un métier d'historien, mais des métiers, des histoires, une somme de curiosités, de points de vue, de possibilités." [Fernand Braudel]

    “Il arrive que l’histoire repasse les plats mais ce sont rarement les meilleurs.” [André Frossard]

    "Nous attendons de l'histoire une certaine objectivité, l'objectivité qui lui convient : c'est de là que nous devons partir et non de l'autre terme." [Paul Ricoeur]

    “Toute philosophie est d'une certaine façon, la fin de l'histoire.” [Paul Ricoeur]

    “Hélas, l'histoire donne peu d'exemples de peuples qui tirent les leçons de leur propre histoire” [Stéphane Hessel]
    “Et si l'Histoire plaisantait ?” [Milan Kundera]

    "L’enjeu véritable n’est pas l’avenir mais le passé : nous voulons le modifier en fonction de nos goûts. On ne veut être maître de l’avenir que pour pouvoir changer le passé." [Milan Kundera]

    "Demain, c'est écrit hier" [Günter Grass]

     

    "Un homme sans passé est plus pauvre qu’un homme sans avenir." [Elie Wiesel]

    "Ce à quoi nous assistons peut-être n'est pas seulement à la fin de la Guerre froide, ni à la fin d'une période particulière de l'histoire d'après-guerre, mais à la fin de l'histoire en tant que telle... C'est-à-dire le point final de l'évolution idéologique de l'humanité et l'universalisation de la démocratie libérale occidentale en tant que forme ultime du gouvernement humain." [Francis Fukuyama]

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  • Merleau-Ponty : logique de l'histoire ou théologie de l'histoire ?

    1693355-2287084.jpg"La notion d'une "logique de l'histoire" renferme deux idées : d'abord l'idée que les événements, de quelque ordre qu'ils soient, en particulier les événements économiques, ont une signification humaine, que sous tous ses aspects l'histoire est une et compose un seul drame, — et ensuite l'idée que les phases de ce drame ne se succèdent pas sans ordre, qu'elles vont vers un achèvement et une conclusion. La contingence de l'histoire signifie que même si les divers ordres d'événements forment un seul texte intelligible, ils ne sont cependant pas rigoureusement fiés, qu'il y a du jeu dans le système, que par exemple le développement économique peut être en avance sur le développement idéologique, que la maturité idéologique peut survenir lorsque les conditions objectives ne sont pas encore ou ne sont plus favorables à la révolution, — et d'autre part que la dialectique de l'histoire peut s'enliser ou dévier vers des aventures sans résoudre les problèmes qu'elle a mis au jour. Si nous quittons résolument l'idée théologique d'un fond rationnel du monde, la logique de l'histoire n'est plus qu'une possibilité parmi d'autres."

    Maurice Merleau-Ponty, "Autour du marxisme", in Sens et non-sens (1945)

     

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  • ILS ONT DIT, AU SUJET DE LA SOLITUDE

     

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    "Même dans la solitude, ne dis ni ne fais rien de blâmable. Apprends à te respecter beaucoup plus devant ta propre conscience que devant autrui." [Démocrite]

    "Or, puisque nous entreprenons de vivre seuls et de nous passer de compagnie, faisons que notre contentement dépende de nous." [Michel de Montaigne]

    "De là vient que les hommes aiment tant le bruit et le remuement ; de là vient que la prison est un supplice si horrible ; de là vient que le plaisir de la solitude est une chose incompréhensible." [Blaise Pascal

    "La parfaite solitude est peut-être la plus grande punition que nous puissions souffrir." [David Hume]

    "En sortant d'une longue et douce rêverie, en me voyant entouré de verdure, de fleurs, d'oiseaux et laissant errer mes yeux au loin sur les romanesques rivages qui bordaient une vaste étendue d'eau claire et cristalline, j'assimilais à mes fictions tous ces aimables objets ; et me trouvant enfin ramené par degrés à moi-même et à ce qui m'entourait, je ne pouvais marquer le point de séparation des fictions aux réalités ; tant tout concourait également à me rendre chère la vie recueillie et solitaire que je menais dans ce beau séjour." [Jean-Jacques Rousseau

    "Qui vient ? qui m'appelle ? / - Personne. / Je suis seul ; c'est l'heure qui sonne ; / Ô solitude ! Ô pauvreté !" [Alfred de Musset]

    "On ne peut être vraiment soi qu'aussi longtemps qu'on est seul ; qui n'aime donc pas la solitude n'aime pas la liberté, car on n'est libre qu'étant seul." [Arthur Schopenhauer]

    "La solitude offre à l'homme intellectuellement haut placé un double avantage : le premier, d'être avec soi-même, et le second de n'être pas avec les autres." [Arthur Schopenhauer

    "La solitude est très belle... quand on a près de soi quelqu'un à qui le dire." [Gustavo Adolfo Bécquer

    "Plus j'aime l'humanité en général et moins j'aime les gens en particulier." [Fiodor Dostoïevski]

    "Lorsque Zarathoustra eut atteint sa trentième année, Il quitta sa patrie et le lac de sa patrie et s'en alla dans la montagne. Là il jouit de son esprit et de sa solitude et ne s'en lassa point durant dix années." [Friedrich Nietzsche]     

    "Le défaut le plus répandu de notre type de formation et d’éducation : personne n'apprend, personne n'aspire, personne n'enseigne... à supporter la solitude." [Friedrich Nietzsche

    "L'intellectualité supérieure et indépendante, la volonté de solitude, la grande raison apparaissent comme des dangers." [Friedrich Nietzsche

    "Une seule chose est nécessaire : la solitude. La grande solitude intérieure. Aller en soi-même et ne rencontrer pendant des heures personne, c'est à cela qu'il faut parvenir. Etre seul, comme l'enfant est seul." [Rainer Maria Rilke

    "Il est bon de redire que l'homme ne se forme jamais par l'expérience solitaire." [Alain

    "Ma parole est recoupée par celle d'autrui : je m'entends en autrui et il parle en moi." [Maurice Merleau-Ponty

    "La solitude rend sensible, non étranger à autrui." [Mika Waltari]

    "Dans l'amour, chaque conscience cherche à mettre son être-pour-autrui dans la liberté de l'autre." [Jean-Paul Sartre]  

    "La femme postmoderne, interrogée par des sondeurs, s’estime être seule car elle est souvent condamnée à un enfermement intérieur qui lui interdit la rencontre avec un homme." [Simone de Beauvoir]

    "Incapable de s'accomplir dans la solitude, l'homme dans ses rapports avec ses semblables est sans cesse en danger : sa vie est une entreprise difficile dont la réussite n'est jamais assurée." [Simone de Beauvoir]

    "Dans la proximité, l'absolument autre, l'Étranger que "je n'ai ni conçu ni enfanté" je l'ai déjà sur les bras, déjà je le porte... En être réduit à recourir à moi, c'est déjà l'apatridie ou l'étranger du prochain. Elle m'incombe." [Emmanuel Lévinas]   

    "Le tort des théories philosophiques c'est de [réduire autrui] tantôt à un objet particulier, tantôt à un autre sujet... Mais autrui n'est ni un objet dans le champ de ma perception, ni un sujet qui me perçoit : c'est d'abord une structure du champ perceptif, sans laquelle ce champ dans son ensemble ne fonctionnerait pas comme il le fait." [Gilles Deleuze

    "La solitude. Elle est mon moteur, mais aussi une malédiction. Je rencontre peu de gens. Je ne sors presque jamais. J’ai trop de soucis." [Yves Saint Laurent

    "Solitude : douce absence de regards." [Milan Kundera

    "Être seul, c'est être soi, rien d'autre. Comment serait-on autre chose ? Personne ne peut vivre à notre place ni mourir à notre place, ni souffrir à notre place, et c'est ce qu'on appelle la solitude : ce n'est qu'un autre nom pour l'effort d'exister." [André Comte-Sponville

    "Le langage, loin de combler l’abîme qui sépare les êtres, creuse la distance, il met en évidence la solitude et l’impossibilité de communiquer." [Michel Onfray

     

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  • ILS ONT DIT, AU SUJET DU LANGAGE

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    "Ne sachant pas écouter, ils ne savent pas non plus parler." [Héraclite]

    "Sans langage commun les affaires ne peuvent être conclues." [Confucius]

    "Je veux dire le pouvoir de persuader par ses discours les juges au tribunal, les sénateurs dans le Conseil, les citoyens dans l'assemblée du peuple et dans toute autre réunion qui soit une réunion de citoyens. Avec ce pouvoir, tu feras ton esclave du médecin, ton esclave du pédotribe et, quant au fameux financier, on reconnaîtra que ce n'est pas pour lui qu'il amasse de l'argent, mais pour autrui, pour toi qui sais parler et persuader les foules." [Platon]

    "Seul entre les animaux, l'homme à l'usage de la parole." [Aristote]

    "Le langage de la vérité est simple." [Sénèque]

    "L'Un est antérieur au quelque chose. C'est pourquoi, en vérité, il est ineffable." [Plotin

    "« Il n'est mouvement qui ne parle." [Montaigne]

    "Je fais dire aux autres ce que je ne puis si bien dire tantôt par faiblesse de mon langage, tantôt par faiblesse de mes sens. Je ne compte pas mes emprunts, je les pèse." [Montaigne]

    "Ce qui me semble un très fort argument pour prouver que ce qui fait que les bêtes ne parlent point comme nous, est qu'elles n'ont aucune pensée, et non point que les organes leur manquent." [René Descartes]

    "Exprimer pour le sujet parlant, c'est prendre conscience : il n'exprime pas seulement pour les autres, il exprime pour savoir lui-même ce qu'il vise." [René Descartes]

    "Tous les hommes les plus stupides et les plus insensés, ceux mêmes qui sont privés des organes de la langue et de la parole, se servent de signes, au lieu que les bêtes ne font rien de semblable, ce que l'on peut prendre pour la véritable différence entre l'homme et la bête." [René Descartes]

    "Les yeux sont les interprètes du coeur, mais il n'y a que celui qui y a intérêt qui entend leur langage." [Blaise Pascal]

    "Dieu, ayant fait l'homme pour être une créature sociable, lui a non seulement inspiré le désir et l'a mis dans la nécessité de vivre avec ceux de son espèce, mais lui a donné aussi la faculté de parler, qui devait être le grand instrument et le lien commun de cette société." [GW Leibniz]

    "La langue de convention n'appartient qu'à l'homme. Voilà pourquoi l'homme fait des progrès, soit en bien, soit en mal, et pourquoi les animaux n'en font point." [Jean-Jacques Rousseau

    "Le langage fabrique les gens bien plus que les gens ne fabriquent le langage." [Johann Wolfgang von Goethe]

    "C'est dans les mots que nous pensons" [GWF Hegel

    "Le langage est-il l'expression adéquate de toutes les réalités ?" [Friedrich Nietzsche]

    "Le signe linguistique est arbitraire." [Ferdinand de Saussure

    "Il est évident que, lorsque je commets un lapsus, celui-ci peut revêtir mille formes différentes ; je puis prononcer, à la place du mot juste, mille mots inappropriés, imprimer au mot juste mille déformations. Et lorsque, dans un cas particulier, je ne commets, de tous les lapsus possibles, que tel lapsus déterminé, y a-t-il à cela des raisons décisives, ou ne s’agit-il là que d’un fait accidentel, arbitraire, d’une question qui ne comporte aucune réponse rationnelle ?" [Sigmund Freud

    "Nous tendons instinctivement à solidifier nos impressions, pour les exprimer par le langage." [Henri Bergson]

    "Quelle est la fonction primitive du langage ? C'est d'établir une communication en vue d'une coopération." [Henri Bergson]

    "On peut, si on veut, ramener tout l'art de vivre à un bon usage du langage." [Simone Weil]

    "La langue est un instrument à penser." [Alain

    "Les limites de mon langage signifient les limites de mon propre monde." [Ludwig Wittgenstein]

    "C'est une erreur de penser que le philosophe se réfère à une langue idéale, différente de la langue commune. On pourrait croire ainsi que la langue ordinaire peut être améliorée. Mais la langue ordinaire est parfaite." [Ludwig Wittgenstein]

    "Le langage travestit la pensée. Et notamment de telle sorte que d’après la forme extérieure du vêtement l’on ne peut conclure à la forme de la pensée travestie; pour la raison que la forme extérieure du vêtement vise à tout autre chose qu’à permettre de reconnaître la forme du corps." [Ludwig Wittgenstein]

    "Ce dont on ne peut parler, il faut le taire." [Ludwig Wittgenstein]

    "Notre vue sur l'homme restera superficielle tant que nous ne remonterons pas à cette origine, tant que nous ne retrouverons pas, sous le bruit des paroles, le silence primordial, tant que nous ne décrirons pas le geste qui rompt ce silence. La parole est un geste et sa signification un monde." [Maurice Merleau-Ponty]

    "Il y a donc une opacité du langage : nulle part il ne cesse pour laisser place à du sens pur, il n'est jamais limité que par du langage encore et le sens ne paraît en lui que serti dans les mots." [Maurice Merleau-Ponty]

    "Le langage est aux postes de commande de l'imagination." [Gaston Bachelard

    "Je me reproche d'avoir dit trop de choses à dire et pas assez de choses à ne pas dire" [Jean Cocteau]

    "Le langage reproduit le monde, mais en le soumettant à son organisation propre." [Émile Benveniste]

    "Le langage est une peau : je frotte mon langage contre l’autre. " [Roland Barthes]

    "Ce que cache mon langage, mon corps le dit. Mon corps est un enfant entêté, mon langage est un adulte très civilisé… " [Roland Barthes]

    "Le désir s’exprime par la caresse comme la pensée par le langage." [Jean-Paul Sartre]

    "Les poètes sont des hommes qui refusent d'utiliser le langage... Le poète est hors du langage, il voit les mots à l'envers, comme s'il n'appartenait pas à la condition humaine et que, venant vers les hommes, il rencontrât d'abord la parole comme une barrière." [Jean-Paul Sartre]

    "La véritable création commence où finit le langage." [Arthur Koestler]

    "Le langage est un ensemble de citations." [Jorge Luis Borges]

    "Une monstrueuse aberration fait croire aux hommes que le langage est né pour faciliter leurs relations mutuelles." [Michel Leiris]

    "Une langue est un prisme à travers lequel ses usagers sont condamnés à voir le monde ; et (...) notre vision du monde est donc déterminée, prédéterminée même, par la langue que nous parlons." [Georges Mounin]  

    "On peut aussi traiter le langage comme condition de la culture, et à un double titre : diachronique, puisque c'est surtout au moyen du langage que l'individu acquiert la culture de son groupe ; on instruit, on éduque l'enfant par la parole ; on le gronde ; on le flatte avec des mots." [Claude Lévi-Strauss

    "Le langage, loin de combler l’abîme qui sépare les êtres, creuse la distance, il met en évidence la solitude et l’impossibilité de communiquer." [Michel Onfray]

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  • MERLEAU-PONTY : "LA PAROLE EST UN GESTE ET SA SIGNIFICATION D'UN MONDE"

    300x200-ct.jpg"Nous vivons dans un monde où la parole est instituée. Pour toutes ces paroles banales, nous possédons en nous-mêmes des significations déjà formées. Elles ne suscitent en nous que des pensées secondes; celles-ci à leur tour se traduisent en d'autres paroles qui n'exigent de nous aucun véritable effort d'expression et ne demanderont à nos auditeurs aucun effort de compréhension. Ainsi le langage et la compréhension du langage paraissent aller de soi. Le monde linguistique et intersubjectif ne nous étonne plus, nous ne le distinguons plus du monde même, et c'est à l'intérieur d'un monde déjà parlé et parlant que nous réfléchissons. Nous perdons conscience de ce qu'il y a de contingent dans l'expression et dans la communication, soit chez l'enfant qui apprend à parler, soit chez l'écrivain qui dit et pense pour la première fois quelque chose, enfin chez tous ceux qui transforment en parole un certain silence. Il est pourtant bien clair que la parole constituée, telle qu'elle joue dans la vie quotidienne, suppose accompli le pas décisif de l'expression. Notre vue sur l'homme restera superficielle tant que nous ne remonterons pas à cette origine, tant que nous ne retrouverons pas, sous le bruit des paroles, le silence primordial, tant que nous ne décrirons pas le geste qui rompt ce silence. La parole est un geste et sa signification un monde."

    Maurice Merleau-PontyPhénoménologie de la Perception (1944) 

     

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  • MERLEAU-PONTY : L'OPACITE DU LANGAGE

    langage.JPG"En ce qui concerne le langage, si c'est le rapport latéral du signe au signe qui rend chacun d'eux signifiant, le sens n'apparaît donc qu'à l'intersection et comme dans l'intervalle des mots. Ceci nous interdit de concevoir, comme on le fait d'habitude, la distinction et l'union du langage et de son sens. On croit le sens transcendant par principe aux signes comme la pensée le serait à des indices sonores ou visuels, - et on le croit immanent aux signes en ceci que, chacun d'eux, ayant une fois pour toutes son sens, ne saurait entre lui et nous glisser aucune opacité, ni même nous donner à penser : les signes n'auraient qu'un rôle de monition, ils avertiraient l'auditeur d'avoir à considérer telle de ses pensées. À la vérité, ce n'est pas ainsi que le sens habite la chaîne verbale et pas ainsi qu'il s'en distingue. Si le signe ne veut dire quelque chose qu'en tant qu'il se profile sur les autres signes, son sens est tout engagé dans le langage, la parole joue toujours sur fond de parole, elle n'est jamais qu'un pli dans l'immense tissu du parler. Nous n'avons pas, pour la comprendre, à consulter quelque lexique intérieur qui nous donnât, en regard des mots ou des formes, de pures pensées qu'ils recouvriraient : il suffit que nous nous prêtions à sa vie, à son mouvement de différenciation et d'articulation, à sa gesticulation éloquente. Il y a donc une opacité du langage : nulle part il ne cesse pour laisser place à du sens pur, il n'est jamais limité que par du langage encore et le sens ne paraît en lui que serti dans les mots. Comme la charade, il ne se comprend que par l'interaction des signes, dont chacun pris à part est équivoque ou banal, et dont la réunion seule fait sens. En celui qui parle non moins qu'en celui qui écoute, il est bien autre chose qu'une technique de chiffrement ou de déchiffrement pour des significations toutes faites : il faut d'abord qu'il les fasse exister à titre d'entités repérables en les installant à l'entrecroisement des gestes linguistiques comme ce qu'ils montrent d'un commun accord."

    Maurice Merleau-Ponty, Signes (1960) 

     

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  • ILS ONT DIT, AU SUJET D'AUTRUI

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    "C'est au contact d'autrui que l'homme apprend ce qu'il sait." [Euripide]

    "C'est la société d'autrui qui enseigne à l'homme ce qu'il sait." [Euripide]

    "La connaissance de soi est un plaisir qui n’est pas possible sans la présence de quelqu’un d’autre qui soit notre ami ; l’homme qui se suffit à soi-même aurait donc besoin d’amitié pour apprendre à se connaître soi-même." [Aristote]

    "De toutes façons, le dicton "Connais-toi toi-même" n'est pas bien dit. Il eût été plus juste de dire : « Connais autrui »." [Ménandre]

    "Je suis un homme, et rien de ce qui est humain, je crois, ne m'est étranger" [Térence]

    "Nous avons les défauts d’autrui dans l'œil et les nôtres dans le dos." [Sénèque

    "Le vaniteux fait dépendre son propre bonheur de l'activité d'autrui ; le voluptueux, de ses propres sensations et l'homme intelligent, de ses propres actions." [Marc-Aurèle

    "Comment pourrais-je gouverner autrui, qui moi-même gouverner ne saurais ?" [François Rabelais

    "Se trouve autant de différences de nous à nous-mêmes que de nous à autrui." [Montaigne

    "Quand bien nous pourrions être savants du savoir d’autrui, au moins sages ne pouvons-nous être que de notre propre sagesse." [Montaigne] 

    "On connaîtra bien qu'il est malaisé, en ne travaillant que sur les ouvrages d'autrui, de faire des choses fort accomplies." [René Descartes

    "Les hommes sont aussi par nature ennemis les uns des autres : celui-là en effet est mon plus grand ennemi, qui est le plus redoutable pour moi, et de qui je dois le plus me garder." [Baruch Spinoza

    "Le plaisir le plus délicat est de faire celui d'autrui." [Jean de La Bruyère

    "Le mal qu'on dit d'autrui ne produit que du mal." [Nicolas Boileau]

    "L'homme est la créature de l'univers qui a le désir le plus ardent d'une société, et il y est adapté par les avantages les plus nombreux." [David Hume]

    "La liberté consiste moins à faire sa volonté qu'à ne pas être soumis à celle d'autrui." [Jean-Jacques Rousseau

    "La solitude offre à l'homme intellectuellement haut placé un double avantage : le premier, d'être avec soi-même, et le second de n'être pas avec les autres. " [Arthur Schopenhauer

    "La solitude est bonne aux grands esprits et mauvaise aux petits. La solitude trouble les cerveaux qu'elle n'illumine pas." [Victor Hugo]

    "La souffrance d'autrui est chose qui doit s'apprendre : et jamais elle ne peut être apprise pleinement." [Friedrich Nietzsche

    "Ô solitude ! Toi ma patrie, solitude ! Comme ta voix me parle, bienheureuse tendre !" [Friedrich Nietzsche]

    "Le défaut le plus répandu de notre type de formation et d’éducation : personne n'apprend, personne n'aspire, personne n'enseigne... à supporter la solitude." [Friedrich Nietzsche]

    "Deux solitudes se protégeant, se complétant, se limitant, et s’inclinant l’une devant l’autre"  [Rainer Maria Rilke]

    "Je n'appréhende pas "l'autre" tout simplement comme mon double." [Edmund Husserl

    "Autrui joue toujours dans la vie de l'individu le rôle d'un modèle, d'un objet, d'un associé ou d'un adversaire." [Sigmund Freud

    "Il est bon de redire que l'homme ne se forme jamais par l'expérience solitaire." [Alain

    "Dans l’expérience du dialogue, il se constitue entre autrui et moi un terrain commun, ma pensée et la sienne ne font qu’un seul tissu." [Maurice Merleau-Ponty]

    "Les autres, ce sont plutôt ceux dont la plupart du temps on ne se distingue pas." [Martin Heidegger]

    "Celui qui me voit… me fait être ; je suis comme il me voit" [Jean-Paul Sartre]

    "L'enfer c'est les autres." [Jean-Paul Sartre]

    "Je saisis le regard de l’autre au sein même de mon acte, comme solidification et aliénation de mes propres possibilités." [Jean-Paul Sartre]

    "C’est la honte ou la fierté qui me révèlent le regard d’autrui et moi-même au bout de ce regard, qui me font vivre, non connaître la situation de regardé." [Jean-Paul Sartre]

    "Le regard d'autrui m'atteint à travers le monde et n'est pas seulement transformation de moi-même, mais métamorphose totale du monde. Je suis regardé dans un monde regardé." [Jean-Paul Sartre]

    "Autrui, c’est ce moi-même dont rien ne me sépare, absolument rien si ce n’est sa pure et totale liberté." [Jean-Paul Sartre]

    "Être vu me constitue comme un être sans défense pour une liberté qui n'est pas ma liberté. C'est en ce sens que nous pouvons nous considérer comme des "esclaves", en tant que nous apparaissons à autrui." [Jean-Paul Sartre]

    "Dans l'épreuve du regard, en m'éprouvant comme objectivité non révélée, j'éprouve directement et avec mon être l'insaisissable subjectivité d'autrui." [Jean-Paul Sartre]

    “Il n’y a pas d’instauration de la vérité sans une position essentielle de l’altérité. La vérité, ce n’est jamais le même. Il ne peut y avoir de vérité que dans la forme de l’autre monde et de la vie autre.” [Michel Foucault]

    "Incapable de s'accomplir dans la solitude, l'homme dans ses rapports avec ses semblables est sans cesse en danger : sa vie est une entreprise difficile dont la réussite n'est jamais assurée." [Simone de Beauvoir

    "Le visage parle." [Emmanuel Levinas]

    "Le moi, devant autrui, est infiniment responsable." [Emmanuel Levinas]

    "Je ne sais si l'on peut parler de "phénoménologie" du visage, puisque la phénoménologie décrit ce qui apparaît. De même, je me demande si l'on peut parler d'un regard tourné vers le visage, car le regard est connaissance, perception. Je pense plutôt que l'accès au visage est d'emblée éthique." [Emmanuel Levinas]

    "Le visage de mon prochain est une altérité qui ouvre l’au-delà. Le Dieu du ciel est accessible sans rien perdre de sa transcendance, mais sans nier la liberté du croyant." [Emmanuel Levinas]

    "La solitude est le fond ultime de la condition humaine. L'homme est l'unique être qui se sente seul et qui cherche l'autre." [Octavio Paz

    "Autrui, pièce maîtresse de mon univers." [Michel Tournier]

    "Contre l'illusion d'optique, le mirage, l'hallucination, le rêve éveillé, le fantasme, le délire, le trouble de l'audition... le rempart le plus sûr, c'est notre frère, notre voisin, notre ami ou notre ennemi, mais quelqu'un, grands dieux, quelqu'un !" [Michel Tournier

    "Vous reconnaissez vos amis à ce qu'ils ne vous empêchent pas d'être seul, à ce qu'ils éclairent votre solitude sans l'interrompre." [Christian Bobin

    "On sait mieux à présent que l'autre, où qu'il soit, est déjà là : trop près." [Edith Azam]  

     

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  • MERLEAU-PONTY : AUTRUI ET LE DIALOGUE

    dialogue.jpg"Dans l’expérience du dialogue, il se constitue entre autrui et moi un terrain commun, ma pensée et la sienne ne font qu’un seul tissu, mes propos et ceux de mon interlocuteur sont appelés par l’état de la discussion, ils s’insèrent dans une opération commune dont aucun de nous n’est le créateur. Il y a là un être à deux, et autrui n’est plus ici pour moi un simple comportement dans mon champ transcendantal, ni d’ailleurs moi dans le sien, nous sommes l’un pour l’autre collaborateurs dans une réciprocité parfaite, nos perspectives glissent l’une dans l’autre, nous coexistons à travers un même monde. Dans le dialogue présent, je suis libéré de moi-même, les pensées d’autrui sont bien des pensées siennes, ce n’est pas moi qui les forme, bien que je les saisisse aussitôt nées ou que je les devance, et même, l’objection que me fait l’interlocuteur m’arrache des pensées que je ne savais pas posséder, de sorte que si je lui prête des pensées, il me fait penser en retour. C’est seulement après coup, quand je me suis retiré du dialogue, et m’en souviens, que je puis le réintégrer à ma vie, en faire un épisode de mon histoire privée, et qu’autrui rentre dans son absence, ou, dans la mesure où il me reste présent, est senti comme une menace pour moi." 

    Maurice Merleau-Ponty

     

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  • ILS ONT DIT, AU SUJET DE LA FAMILLE

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    "Voir les enfants de ses enfants est la joie du vieillard. La gloire des enfants est de connaître leur père." [Livre des Proverbes]

    "Vous voyez cet enfant qui est le mien ? Il n'a que cinq ans, mais il tient l'univers sous sa férule. Car il gouverne sa mère, sa mère me gouverne, je gouverne Athènes et Athènes gouverne le monde." [Thémistocle]

    "La cité est par nature antérieure à la famille et à chacun de nous pris individuellement." [Aristote]

    "Quel cadeau la Providence peut-elle faire à un homme qui lui soit plus cher que ses enfants ?" [Cicéron]

    "Un prophète n'est méprisé que dans sa patrie, parmi ses parents, et dans sa maison." [s. Marc]

    "Je ne vis jamais père, pour teigneux et bossu que fût son fils, qui laissât de l'avouer." [Montaigne]

    "La plus ancienne de toutes les sociétés et la seule naturelle est celle de la famille." [Jean-Jacques Rousseau]


    "Ce qui détermine la famille, en tant que substantialité immédiate de l'Esprit, c'est son unité sous la forme du sentiment, l'amour..." [Hegel]

    "La société humaine se compose de familles et non d'individus." [Auguste Comte]

    "Mon père est un grand enfant que j'ai eu quand j'étais tout petit." [Alexandre Dumas Fils

    "La famille conjugale résulte d'une contraction de la famille paternelle. Celle-ci comprenait le père, la mère, et toutes les générations issues d'eux, sauf les filles et leurs descendants. La famille conjugale ne comprend plus que le mari, la femme, les enfants mineurs et célibataires." [Emile Durkheim]

    "Derrière chaque homme qui se respecte se cache un enfant qui n'a qu'une envie : jouer." [Friedrich Nietzsche]

    "Les pères sont faits pour n'être ni vus ni entendus. C'est le fondement de toute vie de famille digne de ce nom." [Oscar Wilde]

    "Familles, je vous hais ! foyers clos ; portes refermées ; possessions jalouses du bonheur." [André Gide]

    "Se marier, fonder une famille, accueillir les enfants qui nous viennent, les aider à se faire une place dans ce monde peu sûr et peut-être les guider quelque peu, voilà, j'en suis convaincu, la plus belle chose dont un homme soit capable." [Franz Kafka]

    "L'attitude ambivalente à l'égard du père et la tendance objectale uniquement tendre envers la mère représentent chez le garçon le contenu du complexe d'Oedipe simple, positif." [Sigmund Freud]

    "Je ne connais aucun besoin dans l'enfance qui soit aussi pressant que la protection d'un père." [Sigmund Freud]

    "Les parents ont par priorité le droit de choisir le genre d’éducation à donner à leurs enfants." [Déclaration Universelle des Droits de l’Homme]

    "Aujourd’hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas." [Albert Camus]

    "En cas de conflit entre parent et enfant, il se peut que l'un des deux ait raison mais, en général, ils ont tort tous les deux. C'est cet état de choses qui donne à la famille son charme hystérique particulier." [Isaac Rosenfeld]

    "Les sentiments et les conduites passionnelles sont inventés comme les mots. Même ceux qui, comme la paternité, paraissent inscrits dans le corps humain sont en réalité des institutions." [Maurice Merleau-Ponty]

    "Où peut-on être mieux qu'au sein d'une famille ? Partout ailleurs !" [Hervé Bazin]

    "Non, ma mère, il n'y a plus qu'un seul verbe qui compte ici, et nous le déclinons correctement à tous les temps. Je te hais, tu me hais..." [Hervé Bazin]

    "La société bouge grâce à une forme de parricide où les enfants tuent d'une certaine façon, non pas leurs pères mais du moins les certitudes de leurs pères. C'est cela le progrès." [Isaiah Berlin]

    "Les enfants méprisent leurs parents jusqu'à l'âge de quarante ans. Après quoi ils deviennent exactement comme eux, pour ne pas compromettre le système." [Quentin Crewe]

    "Moi, j’aimerais mieux faire trois guerres, debout sur mes deux pieds, plutôt que d’accoucher une seule fois !" [Marie Cardinale]

    "Les parents sont les os sur lesquels les enfants se font les dents." [Peter Ustinov]

    "Les non-dits pathogènes ne sont pas néfastes tellement parce qu'ils maintiennent l'enfant dans différentes ignorances, que parce qu'ils traduisent l'insurmontable angoisse des parents touchant à ce qu'ils cachent." [Anne Ancelin Schützenberger]

    "Chacun d'entre nous a un roman familial, et chaque famille a des histoires qu'on raconte, qu'on répète, qu'on redit, une histoire mythique, une saga - et des secrets." [Anne Ancelin Schützenberger]

    "La fidélité aux ancêtres, devenue inconsciente ou invisible la loyauté invisible nous gouverne : il est important de la rendre visible, d'en prendre conscience, de comprendre ce qui nous oblige, ce qui nous gouverne et si éventuellement, il ne faudrait pas recadrer cette loyauté, pour redevenir libre de vivre sa vie." [Anne Ancelin Schützenberger]

    "Élever un enfant c'est moitié bonheur, moitié guérilla." [Ed Assner]

    "L'instinct maternel est un mythe." [Élisabeth Badinter]

    "Par ma mort, je comptais attirer l'attention de maman et non celle de la police. Je ferais souffrir maman, c'est entendu, mais pas question de la faire envoyer en prison." [Ying Chen]

     

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  • MERLEAU-PONTY : L'HOMME, LE PÈRE ET LA CULTURE

    merleau-ponty"L'usage qu'un homme fera de son corps est transcendant à l'égard de ce corps comme être simplement biologique. Il n'est pas plus naturel ou pas moins conventionnel de crier dans la colère ou d'embrasser dans l'amour que d'appeler table une table. Les sentiments et les conduites passionnelles sont inventés comme les mots. Même ceux qui, comme la paternité, paraissent inscrits dans le corps humain sont en réalité des institutions. Il est impossible de superposer chez l'homme une première couche de comportements que l'on appellerait "naturels" et un monde culturel ou spirituel fabriqué. Tout est fabriqué et tout est naturel chez l'homme, comme on voudra dire, en ce sens qu'il n'est pas un mot, pas une conduite qui ne doive quelque chose à l'être simplement biologique - et qui en même temps ne se dérobe à la simplicité de la vie animale, ne détourne de leur sens les conduites vitales, par une sorte d'échappement et par un génie de l'équivoque qui pourraient servir à définir l'homme. "

    Maurice Merleau-Ponty, Phénoménologie de la Perception (1945)

     

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  • MERLEAU-PONTY : ALTRUISME ET AMITIÉ

    merleau- Heidegger et Beaufret.jpg"Je perçois autrui comme comportement ; par exemple je perçois le deuil ou la colère d'autrui dans sa conduite, sur son visage et sur ses mains, sans aucun emprunt à une expérience " interne " de la souffrance ou de la colère et parce que deuil et colère sont des variations de l'être au monde, indivises entre le corps et la conscience, et qui se posent aussi bien sur la conduite d'autrui, visible dans son corps phénoménal, que sur ma propre conduite telle qu'elle s'offre à moi. Mais enfin le comportement d'autrui et même les paroles d'autrui ne sont pas autrui. Le deuil d'autrui et sa colère n'ont jamais exactement le même sens pour lui et pour moi. Pour lui, ce sont des situations vécues, pour moi ce sont des situations apprésentées. Ou si je peux, par un mouvement d'amitié, participer à ce deuil et à cette colère, ils restent le deuil et la colère de mon ami Paul : Paul souffre parce qu'il a perdu sa femme ou il est en colère parce qu'on lui a volé sa montre, je souffre parce que Paul a de la peine, je suis en colère parce qu'il est en colère, les situations ne sont pas superposables. Et si enfin nous faisons quelque projet en commun, ce projet commun n'est pas un seul projet, et il ne s'offre pas sous les mêmes aspects pour moi et pour Paul, nous n'y tenons pas autant l'un que l'autre, ni en tout cas de la même façon, du seul fait que Paul est Paul et que je suis moi. Nos consciences ont beau, à travers nos situations propres, construire une situation commune dans laquelle elles communiquent, c'est du fond de sa subjectivité que chacun projette ce monde "unique"...

    Autrui ou moi, il faut choisir, dit-on. Mais on choisit l'un contre l'autre, et ainsi on affirme le conflit. Autrui me transforme en objet et me nie, je transforme autrui en objet et le nie, dit-on. En réalité le regard d'autrui ne me transforme en objet, et mon regard ne le transforme en objet, que si l'un et l'autre nous nous retirons dans le fond de notre nature pensante, si nous nous faisons l'un et l'autre regard inhumain, si chacun sent ses actions, non pas reprises et comprises, mais observées comme celles d'un insecte. C'est par exemple ce qui arrive quand je subis le regard d'un inconnu. Mais, même alors, l'objectivation de chacun par le regard de l'autre n'est ressentie comme pénible que parce qu'elle prend la place d'une communication possible. Le regard d'un chien sur moi ne me gêne guère. Le refus de communiquer est encore un mode de communication. La liberté protéiforme, la nature pensante, le fond inaliénable, l'existence non qualifiée, qui en moi et en autrui marque les limites de toute sympathie, suspend bien la communication, mais ne l'anéantit pas. Si j'ai affaire à un inconnu qui n'a pas encore dit un seul mot, je peux croire qu'il vit dans un autre monde où mes actions et mes pensées ne sont pas dignes de figurer. Mais qu'il dise un mot, ou seulement qu'il ait un geste d'impatience, et déjà il cesse de me transcender : c'est donc là sa voix, ce sont là ses pensées, voilà donc le domaine que je croyais inaccessible. Chaque existence ne transcende définitivement les autres que quand elle reste oisive et assise sur sa différence naturelle. Même la méditation universelle qui retranche le philosophe de sa nation, de ses amitiés, de ses partis pris, de son être empirique, en un mot du monde, et qui semble le laisser absolument seul, est en réalité acte, parole, et par conséquent dialogue. Le solipsisme ne serait rigoureusement vrai que de quelqu'un qui réussirait à constater tacitement son existence sans être rien et sans rien faire, ce qui est bien impossible, puisque exister c'est être au monde. Dans sa retraite réflexive, le philosophe ne peut manquer d'entraîner les autres, parce que, dans l'obscurité du monde, il a appris pour toujours à les traiter comme consorts et que toute sa science est bâtie sur cette donnée de l'opinion. La subjectivité transcendantale est une subjectivité révélée, savoir à elle-même et à autrui, et à ce titre elle est une intersubjectivité."

    Maurice Merleau-Ponty, Phénoménologie de la Perception (1945)

     

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  • ILS ONT DIT, AU SUJET DU CORPS...

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    "L’homme doit harmoniser l’esprit et le corps." [Hippocrate]

    "Le corps est le tombeau de l'âme." [Platon]

    "L'esprit commande le corps et le corps obéit. L'esprit se commande à lui-même et trouve de la résistance." [Saint Augustin]

    "Le corps ne peut subsister sans l'esprit, mais l'esprit n'a nul besoin de corps." [Erasme]

    "La nature m’enseigne aussi par ces sentiments de douleur, de faim, de soif, etc. que je ne suis pas seulement logé dans mon corps ainsi qu’un pilote en son navire." [René Descartes]

    "Passion est passivité de l'âme et activité du corps." [René Descartes]

    "Mon corps est un jardin, ma volonté est son jardinier." [William Shakespeare]

    "Chaque corps organique d’un vivant est une espèce d’automate naturel." [GW Leibniz]

    "Plus le corps est faible, plus il commande ; plus il est fort, plus il obéit. " [Jean-Jacques Rousseau]

    "Plus nous réfléchirons et plus nous demeurerons convaincus que l'âme (...) n'est que ce corps lui-même." [Paul Henri d'Holbach]

    "Une lecture amusante est aussi utile à la santé que l’exercice du corps." [Emmanuel Kant]

    "C’est le corps qu’il faut d’abord convaincre." [Friedrich Nietzsche]

    "Je suis corps tout entier et rien d'autre ; l'âme n'est qu'un mot désignant une parcelle du corps." [Friedrich Nietzsche]

    "Je suis corps tout entier et rien d'autre ; l'âme n'est qu'un mot désignant une parcelle du corps." [Friedrich Nietzsche]

    "Les attitudes, gestes et mouvements du corps humain sont risibles dans l'exacte mesure où ce corps nous fait penser à une simple mécanique." [Henri Bergson]

    "Le nu est la sincérité du corps : une honnêteté que tout le monde ne peut avoir." [Jacinto Benavente]

    "Nous habitons notre corps bien avant de le penser." [Albert Camus]

    "Le corps propre est dans le monde comme le coeur dans l'organisme : il maintient continuellement en vie le spectacle visible, il l'anime et le nourrit intérieurement, il forme avec lui un système."  [Maurice Merleau-Ponty] 

    "Qu’il s’agisse de mon corps ou du corps d’autrui, je n’ai pas d’autre manière de connaître le corps humain qu’en le vivant, ce qui signifie assumer la responsabilité du drame qui coule à travers moi et se confondre avec lui. Je suis donc mon corps, au moins dans toute la mesure où j’ai un acquis et réciproquement mon corps est comme un sujet naturel, comme une esquisse provisoire de mon être total." [Maurice Merleau-Ponty]

    "Ce que cache mon langage, mon corps le dit. Mon corps est un enfant entêté, mon langage est un adulte très civilisé…" [Roland Barthes]

    "Mais est-ce qu’il ne se pourrait pas que le langage ait d’autres effets que de mener les gens par le bout du nez à se reproduire encore, en corps à corps et en corps incarné." [Jacques Lacan]

    "Lorsqu'une femme ne vit pas suffisamment avec son corps, le corps finit par lui apparaître comme un ennemi." [Milan Kundera]

    "On ne possède même pas son propre corps." [Amélie Nothomb]

     

     

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