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=>Saison 5

  • Bilan de la saison 6 en attendant la saison 7

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    Alors que la 7ème saison du café philosophique de Montargis se profile, un bilan de la saison 6 s'impose. Pour l'année 2014-2015, l'animation de la Chaussée a confirmé son succès. Avec huit séances, de septembre 2014 à juin 2015, totalisant en tout 740 personnes, en moyenne les débats du café philo ont réuni plus de 90 personnes (contre 75, pour la saison précédente).

    Rappelons que les séances du café philosophique de Montargis sont gratuites et ouvertes à tous. 

    Le café philosophique de Montargis proposait huit débats : "Existe-t-on quand personne ne nous regarde ?" (le 27 septembre 2014, avec 75 participants), "Le monstre est-il parmi nous?" (le 14 novembre 2014, avec 65 participants), "Doit-on tout faire pour être heureux ?" (le 12 décembre 2014,  100 participants), "Le langage trahit-il la pensée ?" (le 30 janvier 2015, 80  participants), "Autrui, antidote à la solitude ?" (le 20 mars 2015, 80 participants), "Suis-je ce que mon passé fait de moi?" (le 17 avril 2015, 120  participants), "Est-il raisonnable de croire en Dieu ?" (le 22 mai 2015, 130 participants) et "La philosophie a-t-elle une quelconque utilité ?" (le 19 juin 2015, avec 90  participants).

    Contrairement aux saisons précédentes, Claire et Bruno n'ont pas proposé de séances exceptionnelles, mise à part la dernière séance, la 50e, sur laquelle nous reviendrons.

    Lors des années précédentes, le café philo avait pris pour habitude d'ouvrir les soirées philosophiques vers des thèmes et des intervenants exceptionnelles (la non-violence en 2010, les sectes en 2011, la mémoire en 2012 ou la manipulation en 2013. De même, en 2013, le café philo s'était délocalisé à l'AGART d'Amilly pour une séance sur l'art ("Un bon artiste est-il le Surhomme ?"). Rien de tel lors de cette saison 6, avec un café philo qui n'a pas dérogé à son fonctionnement classique : des débats ouverts au plus grand nombre.

    Une séance particulière a cependant été organisée, et pas n'importe laquelle. Pour marquer la 50e séance du café philosophique de Montargis, créé en octobre 2009 par Claire Durand et Bruno Chiron, les deux animateurs ont voulu marquer le coup : pour débattre du sujet qui avait été opportunément choisi par les participants, "La philosophie a-t-elle une quelconque utilité ?", un blind-test exceptionnel et des remerciements ont marqué la soirée. Une soirée qui a également été ponctuée par l'annonce de changements. Claire annonçait en effet qu'en raison d'un déménagement imminent, elle n'allait pas pouvoir poursuivre l'animation du café philo. De chaleureux remerciements, amis aussi des regrets, ont répondu à cette annonce. Claire a cependant précisé qu'elle restait très attachée à ce café philo construit avec Bruno et qu'elle suivrait avec intérêt son développement futur.

    Dès la rentrée 2015, le café philo va entamer une nouvelle étape avec une nouvelle équipe, un nouveau fonctionnement et avec, espérons-le, toujours la même fidélité des Montargois pour une animation qui a réussi à s'imposer au cours de ses six ans d'existence.

    Bientôt, sur ce site, vous retrouverez plus d'informations sur cette future saison 7 et sur le premier débat qui devrait avoir lieu courant octobre 2015.

     

    Lien permanent Catégories : => Saison 1, => Saison 2, =>Saison 4, =>Saison 5, =>Saison 6, =>Saison 7, [05] "L'éducation à la non-violence...", [15] "Pensées sectaires : Où s'arrête ma liberté?", [27] "Mémoire, mémoires...", [33] "Manipulation dans le couple...", [37] "Un bon artiste est-il le Surhomme?", [43] "Existe-t-on quand personne ne nous regarde?", [44] "Le monstre est-il parmi nous?", [45] "Doit-on tout faire pour être heureux?", [46] "Le langage trahit-il la pensée?", [47] "Autrui, antidote à la solitude?", [48] "Suis-je ce que mon passé fait de moi?", [49] "Est-il raisonnable de croire en Dieu?", [50] "La philosophie a-t-elle une utilité?" Imprimer 0 commentaire Pin it!
  • BILAN DE LA SAISON 5 (EN ATTENDANT LA SAISON 6)

    Claire_Bruno_Cafe_Philo.jpgAu démarrage de la cinquième saison du café philosophique de Montargis, qui vient de s'achever, beaucoup d'incertitudes régnaient au sujet de l'animation de la Chaussée. Des raisons professionnelles et personnelles pouvant entraîner l'arrêt de l'animation de la Chaussée, il avait été un temps question de transformer profondément, sinon d'arrêter, le café philo en cours de saison. 

    Il n'en a finalement rien été et, au contraire, le café philosophique de Montargis, à la croisée des chemins, a connu une saison particulièrement riche avec des nouveautés importantes. 

    Il y a eu huit séances cette année : "Justice : surveiller punir ou guérir ?", "Qu'est ce que l'amitié ?", "Un bon artiste est-il le surhomme ?", "L'utopie est-elle dénuée de toute valeur ?", "La raison a-t-elle à s'occuper de l'irrationnel ?", "Famille(s) je vous aime famille(s) je vous hais", "Faut-il trouver un sens à chaque chose ?" et "Avons-nous ce que nous méritons ?" Ces débats ont été particulièrement suivis, en plus d'être riches en moments passionnants et forts. La fréquentation des rendez-vous de la Chaussée a été sensiblement la même que pour l'année  précédente : plus de 75 personnes par séance, avec des pics à plus de 100 personnes pour les plus suivies (l'amitié et l'art).

    La saison 4 avait été placée sous le signe de l'identité et de l'introspection ("Puis-je savoir qui je suis ?", "Puis-je faire ce que je veux de mon corps ?", "Mémoire, mémoires...", "Qu'est-ce qu'une vie réussie ?", etc.). La saison 5, elle, a surtout fait la part belle à notre place dans le monde : la justice, l'art, les utopies, le mérite, l'amitié ou la famille.

    De toutes ces séances, il faut sans doute s'arrêter sur deux débats exceptionnels. 

    WP_000869.jpgLe premier, "Un bon artiste est-il le surhomme ?", était particulier en ce qu'il s'agissait du premier café philo décentralisé. Il avait lieu à l'AGART d'Amilly. Pour une fois, Claire et Bruno avaient choisi de quitter la Brasserie du centre commercial de la Chaussée, le berceau du café philo, pour la galerie d'art d'Amilly. Cette séance a réuni un nouveau public en plus des fidèles de la Chaussée. 

    Le second rendez-vous était une séance co-animée par des élèves de Terminale ("Faut-il trouver un sens à chaque chose ?"). Cette expérience de donner à des futurs bacheliers l'opportunité d'animer un café philo (même si Claire et Bruno n'étaient jamais très loin !) avait déjà été faite en 2012 et 2013. Nulle doute qu'elle devrait se renouveler par la suite.    

    L'année 2014 aura été marquée par une nouveauté importante : le café philosophique de Montargis fait désormais l'objet d'une émission radio sur C2L. "La Philosophie au Comptoir", animée par Claire et Bruno, et réalisée par Pascal, est une création originale basée sur des séances passées du café philo mais aussi d'une discussion enregistrée entre Claire et Bruno et d'extraits audios (musiques, extraits de films, séries, etc.). En 2014, six émissions ont été enregistrées et diffusées : "Puis-je savoir qui je suis ?", "Puis-je faire ce que je veux de mon corps ?", "L'amour peut-il se passer de normes ?", "Manipulations dans le couple", "Qu'est-ce qu'une vie réussie ?" et "Faut-il trouver un sens à chaque chose ?" Ces émissions, diffusées chaque dernier lundi du mois sur C2L sont disponibles sur leur site Internet, sur ce lien.

    Un petit mot enfin sur ce site Internet, en augmentation constante. Depuis octobre 2013, le nombre de visiteurs uniques a presque doublé : plus de 5 000 visiteurs uniques en janvier 2014 contre 2 428 un an plus tôt. Au total, en moyenne, notre blog a reçu 4220 visiteurs par mois, soit plus de 420 visiteurs uniques par jour, 9380 visites totales mensuelles équivalant à 2088 pages lues. 

    Cette saison 5 aura été l'année de grands changements mais aussi de la confirmation de implantation du café philosophique à Montargis et de l'attachement des Montargois à l'animation de la Chaussée.

    Voilà qui est de bonne augure pour la future saison 6 !     

     

    Lien permanent Catégories : =>Saison 5, =>Saison 6, [35] "Justice : surveiller, punir ou guérir?", [36] "Qu'est-ce que l'amitié?", [37] "Un bon artiste est-il le Surhomme?", [38] "L’utopie est-elle dénuée de toute valeur?", [39] "La raison a-t-elle à s'occuper de l'irration, [40] "Famille(s) je vous aime, famille(s) je vous , [41] "Faut-il trouver un sens à chaque chose?", [42] "Avons-nous ce que nous méritons?" Imprimer 0 commentaire Pin it!
  • COMPTE-RENDU DE LA SÉANCE "AVONS-NOUS CE QUE NOUS MÉRITONS ?"

    Thème du débat : "Avons-nous ce que nous méritons ?" 

    Date : 13 juin 2014 à la Brasserie du centre commercial de la Chaussée

    Environ 70 personnes étaient présentes à cette séance du café philosophique de Montargis, la dernière de cette saison 5. La question posée aux participants était celle-ci: "Avons-nous ce que nous méritons ?" 

    Cette question peut paraître vaine, commence un intervenant, dans la mesure où notre existence est sans doute dominée par le hasard : nous serions nés du néant et nous serions appelés au néant après notre mort. Le mérite semblerait donc ne pas avoir sa place. Le monde serait un "vaste chantier", non-programmé, non déterminé, dominé par ailleurs par l'injustice sociale.

    Cette question, "Avons-nous ce que nous méritons ?", dit Claire, pose le problème "d'une liberté absolue". Ne sommes-nous que liberté, comme le dit Jean-Paul Sartre car nous ne serions que ce que nous ferions ? (cf. ce texte) Nous serions, selon lui, le résultat de nos comportements, dans la mesure où il n'y aurait aucune prédétermination dans nos vies. Différentes questions dominent ce sujet : Sommes-nous libres ? Nous choisissons-nous ? Dans quelle mesure les situations où nous évoluons nous déterminent-elles ? Pouvons-nous nous libérer de notre passé ? Au sujet de ce dernier point, lorsque tel(le) ou tel(le) s'entend dire : "Tu n'as que ce que tu mérites", une phrase tombant comme une sentence, ce n'est que dit a posteriori, comme la conséquence d'actes lourds de conséquence, avec une responsabilité à porter et à assumer.

    Un des enjeux du débat de ce café philo est celui du bonheur : est-on heureux dans l'avoir ou bien dans l'être, c'est-à-dire dans une véracité face à soi-même ? Est-on d'abord responsables de ce que nous sommes plutôt que de ce que nous avons ? Finalement, ce sujet devrait sans doute poser cette question : "Méritons-nous ce que nous sommes ?" En terme sartrien, face à la propriété c'est moi qui donne le sens à ma situation. Le mérite et la responsabilité sont une seule et même chose car tout serait question de sens et d'interprétation. 

    Une telle assertion est critiquée par un participant. L'injustice sociale n'est pas qu'une question sémantique : un enfant défavorisé en France ou ailleurs ou bien une personne handicapée ne méritent pas de si grands malheurs. Au contraire, certaines personnes – hommes et femmes de pouvoir, riches par la  naissance – ne méritent pas sans doute pas ce qu'elles ont (cf. séance "Les riches le méritent-ils?").

    Cependant, évoquer de telles considérations (pauvreté, maladies, deuils, etc.) c'est déjà jauger toutes les potentialités possibles pour un être humain et les comparer avec une réalité donnée. Sartre, lui, se place dans un autre schéma, que Henri Bergson définit ainsi : il n'y a pas une série de possibles et moi qui me situe dans cette réalité. Ce n'est pas cela être libre ; ce n'est pas choisir  entre différentes potentialités, auquel cas la situation serait déterminante (entrent en jeu dans ce cas des tas de critères et des contraintes : la classe sociale de mes parents, mon physique, ma santé, etc.). Mais, pour Bergson et Sartre, c'est le réel qui devient possible. La personne handicapée ou celle soumise à une contrainte matérielle ont une réalité donnée, sans conditionnelle. Tout autre hypothèse ou possibilité deviennent caduques et intenables.  

    Selon une intervenante du café philo, s'interroger sur le mérite c'est aussi poser la question de l'échelle de valeurs permettant de le jauger. Nous sommes en doit de nous demander :qui établit ce que je peux mériter ? Moi ou autrui ? Il est vrai, réagit Claire, qu'être juste c'est donner à chacun ce qu'il mérite. Par ailleurs, la notion de mérite est très relative par rapport à telle ou telle situation, tel ou tel pays, telle ou telle culture. Que l'on pense aux sourires des chiffonniers du Caire qui ont tant frappé Sœur Emmanuelle ou bien au sentiment de réussite d'un jeune homme décrochant son premier et modeste CDD.   

    Il  n'en est pas moins vrai que nous ne devons pas oublier les envies ou les frustrations de personnes soumises à des contraintes terribles. La personne handicapée ne pouvant accéder à certaines choses peut se sentir dans un état de profonde injustice. Jean-Jacques Rousseau va dans ce sens. Dans son second discours du Fondement de l'inégalité parmi les Hommes (1755), le philosophe des Lumières parle des inégalités naturelles qui se retrouvent dans la culture. Puis, il écrit le Contrat social (1762) : la société, dit-il, doit gommer ces inégalités naturelles. En théorie, on doit trouver un légal qui fonde le légitime, au sein d'État de Droit – il n'existe pas de Droit dans l'état de nature. À partir du moment où l'on créé le concept de justice fondée sur l'équité et l'égalité, on a ce que l'on mérite (livre I). Or, à la toute fin du livre I du Contrat socialRousseau ajoute un commentaire. Il constate que cette théorie peine à se concrétiser dans la réalité : les inégalités, les oppressions et les injustices sont omniprésentes dans un État qui devrait au contraire les préserver, sinon les annihiler (cf. ce lien). Force est de constater que ce postulat continue d'exister de nos jours. Notre République essaie de gommer les inégalités naturelles (le mérite républicain), alors même que les clivages entre les classes sociales s'accentuent, que ce soit à l'école ou dans la vie professionnelle. On ne choisit pas vraiment mais chacun est déterminé socialement, comme le concevait Émile Zola dans son cycle des Rougon-Macquart (Voir ce lien).

    La question de la définition du mérite est un des enjeux du débat de ce soir. À une prédestination venue de plus haut, celle d'un dieu quel qu'il soit, s'ajoute l'idée d'une élévation sociale, parfois difficile, le mérite républicain s'avérant peu capable de gommer les privilèges liés à la naissance. Force est de constater par exemple que "l'école de la République échoue" ! Un participant constate que la société contemporaine est bloquée par les personnes qui ont le pouvoir économique. La notion de mérite, ajoute-t-il, ne peut pas sortir d'une conception marxiste, d'un antagonisme entre les personnes possédant et celles qui sont désœuvrées, comme abandonnées à leur sort (voir aussi ce lien).

    Un autre intervenant décortique ce que peut recouvrir historiquement et philosophiquement ce mérite. Ce terme vient du latin meritum qui veut dire "mérite"  mais aussi "la chose méritée, le salaire, la récompense", "un bienfait ou un service rendu", "la faute, l'action coupable ou le méfait" (une définition qui renvoie à l'expression : meritum delictorum tert, c'est-à-dire "la punition des péchés") et enfin "la qualité, l'importance et la valeur".

    C'est sans doute cette dernière notion de valeur qui mérite (sic) que l'on s'y arrête. Cette valeur est le produit d'une époque, ouverte après la Révolution française, avec la contestation de l'aristocratie – qui veut dire "pouvoir du mérite" ! Or, l'aristocratie, cette classe "méritante", s'est cristallisée, avec le soutien des castes religieuses, et c'est au nom du mérite, dont elle se targuait, qu'elle a été critiquée. Cet intervenant lit deux citations : "Si les Empires, les grades, les places, ne s'obtenaient pas par la corruption, si les hommes purs n'étaient achetés qu'au prix du mérite, que des gens qui sont nus seraient couverts et que de gens qui commandent seraient commandés !" (William Shakespeare, 1597) et "La religion catholique est une instruction pour mendier le ciel qu'il serait trop incommode de mériter. Les prêtres sont les intermédiaires de cette mendicité" (Arthur Schopenhauer, 1818). Le mérite est donc devenu un "concept à haute valeur ajoutée" que la bourgeoisie du XVIIIe siècle a imposé. Dit autrement, "la bourgeoisie a déchiré le voile de sentimentalité qui recouvrait les relations de la famille et les a réduite à n'être que de simples rapports d'argent. Elle a fait de la dignité personnelle une simple valeur d'échanges. Elle a substitué aux nombreuses libertés si chèrement conquises l'unique et impitoyable liberté du commerce. En un mot, à la place de l'exploitation qui masquaient les illusions religieuses et politiques, elle a mis une exploitation ouverte, éhontée, directe et brutale. Elle a noyé les frissons sacrées de l'extase religieuse, de l'enthousiasme chevaleresque, de la sentimentalité petite-bourgeoise, dans les eaux glacées du calcul égoïste" (Karl Marx).

    Une participante rebondit sur cette intervention : parler du mérite c'est aussi parler de la liberté. Le mérite pourrait être cette histoire du bon point donné pendant notre enfance, à l'école, et aussi la comparaison avec tel(le) ou tel(le). Or, elle estime qu'il y a plus de valeur à être dans son existence, libre et engagé(e), que recevoir une approbation, quelle qu'elle soit, d'autrui. Revenant sur la définition du mérite largement abordée, Bruno cite Emmanuel Kant : "Le mérite est cette qualité d'une personne qui  repose sur le vouloir-propre du sujet, conformément à laquelle une raison législatrice universelle s'accordera à toutes les fins de cette personne. Le mérite est donc à tout à fait distinct de l'habileté à se procurer un bonheur." Dans cette citation, c'est la Volonté, chère à Schopenhauer mais aussi à Nietzsche, qui est l'instrument du mérite.

    La notion de mérite gêne dans la mesure où elle s'impose dans l'idée commune comme châtiment ("Tu  n'as que ce que tu mérites !"). "Mériter, n'est-ce pas renoncer ?" s'interroge également une personne du public. Par ailleurs, affirmer que l'on ne mérite pas ce qui nous arrive c'est aussi, quelque part, se déresponsabiliser. Ne sommes-nous pas pourtant acteurs de nos vies, en dépit des malheurs, de la misère et de nos échecs ? Le mérite n'est plus cette valeur qui a été évoquée mais le fruit d'un travail et d'initiatives. Si nous ne sommes pas heureux, si nous n'avons rien, nous pouvons ne nous en prendre qu'à nous-même. Dès lors, nous pouvons nous interroger sur la manière dont nous pourrions nous libérer de ce passé. 

    Le mérite est aussi à considérer dans notre rapport au monde. Dois-je agir pour gagner ma vie, être dans la possession y compris dans ma possession ("Puis-je me conquérir moi-même ?" s'interroge Claire), et dans ce cas, dans mon rapport avec autrui, quelle est la place de l'acte moral comme acte désintéressé ?       

    Le mérite pourrait en effet se situer sur deux niveaux : celui qui nous est proche et puis il y a le mérite social, vu sous l'aspect des classes sociales, deux niveaux qui peuvent être poreux et en interaction. Or, lorsque Sartre dit que l'on est que ce que l'on fait, il se place sous l'égide de la responsabilité de chacun et de l'engagement – nous sommes en 1945 (L'existentialisme est un Humanisme) et la question des responsabilités pendant la guerre vient heurter les consciences de chacun. Dépasser le mérite serait sans doute d'arrêter d'en parler afin de devenir ce que nous sommes (Nietzsche). Ce faisant, il faut arrêter de penser la situation comme quelque chose qui nous détermine et lui donner le sens que l'on veut qu'elle ait. Cette philosophie existentialiste viendrait se substituer à une philosophie pratique de "l'auto-excuse" (le "c'est vraiment trop injuste"). Sartre parle à ce sujet des personnes "posthumes à eux-mêmes", qui ne sont plus acteurs de leur propre vie, qui subissent...  Certes, je ne possède pas tous les biens que je voudrais acquérir ; mais par contre, je peux devenir celui que je veux, vivre debout (Alain), accéder au bonheur, même si cela peut me contraindre à rester dans une classe sociale moyenne. Sur ce bonheur, Claire souligne qu'étymologiquement le bonheur est le "bon heur", cette "chance" et une forme d'élection par les dieux – parce que je l'aurais mérité. Sartre dit au contraire que le bonheur se choisit, dans un dynamisme de vie.         

    Un participant pose une question éthique sur le mérite à partir de son expérience au sein d'une ONG travaillant auprès des SDF. Il parle du travail du philosophe Jean Ladrière : les SDF sont souvent dans l'impossibilité de se mettre "en position d'éthique" vis à vis d'elles-mêmes. Il est là aussi question de responsabilité puisque ce chercheur constate que les personnes vivant dans la rue ne sont pas dans la position de personnes méritantes vis-à-vis d'elles-mêmes. Elles ont par là de grandes difficultés à poser des actes et à agir pour se réinsérer dans la société : le dynamisme nécessaire à cela n'existe plus. Pire, contre toute attente, beaucoup de SDF refusent toute action pouvant les remettre sur le chemin du mérite. Finalement, la question que nous nous posons ce soir ("Avons-nous ce que nous méritons ?") n'est même plus appréhendable par ces personnes de la rue.

    On constate, dit un participant, que le mérite implique énormément de facteurs : volonté, culpabilité religieuse (les scolastiques), liberté, libre-arbitre (s. Thomas d'Aquin), responsabilités. L'existentialisme de Sartre est à replacer dans un contexte historique et dans sa philosophie pratique de l'engagement. La notion de responsabilité que Sartre développe est aussi, ajoute cet intervenant, à compléter avec la notion de responsabilité collective mise en lumière par Hannah Arendt

    La notion de pouvoir et d'inégalités économiques, nous l'avons dit, est au cœur de cette notion de mérite. Michel Foucault, cite un participant, disait : "On ne se bat pas pour une cause parce qu'on dit qu'elle est juste. On dit d'une cause qu'elle est juste parce qu'on se bat pour elle". On pourrait dire une chose analogue au sujet du mérite : les gens heureux dans leur vie vont considérer qu'ils sont méritants.  Le problème, dit un nouvel intervenant, réside dans le fait que le mérite est décrété par les valeurs des autres. Encore faudrait-il que ces valeurs soient partagées. 

    L'apport de la scolastique, dit un participant, et plus généralement de la philosophie chrétienne dans cette idée du  mérite n'est pas seulement le libre-arbitre mais aussi la culpabilité. Il s'agit d'une punition que la théorie religieuse a longtemps considéré comme une sorte de libération (rédemption) mais qui peut tout aussi bien s'apparenter à un fardeau (morale religieuse). De là, nous pouvons nous interroger sur les moyens de nous libérer du passé et d'avancer si cette punition – "méritée" ou non – vient nous entraver. La culpabilité, réagit Claire, peut être en effet une stratégie d'évitement. L'auto-flagellation permanente me conforte dans mon malheur. Sauf si, comme Sartre , j'assume mon passé sans le renier ou si, comme Sigmund Freud, je me retourne, je m'écoute et je comprends les raisons de tel ou tel acte, de tel ou tel échec, de tel ou tel engagement. Comment faire pour s'en sortir ? D'abord, considérer qu'il n'y a ni hasard, ni prédestination. Par contre, tout a un sens et il faut que j'essaie de trouver ce sens. Ensuite, en comprenant ce sens, je vais pouvoir m'assumer (le "connais-toi toi-même" socratique) et dépasser ce passé. S'en libérer, c'est ne plus le voir comme un carcan. C'est le lâcher prise grâce à la connaissance mais aussi aux choix de mon existence (voir cet extrait du film Tenue de Soirée).

    Cela voudrait dire que le mérite devrait être redéfini, débarrassé de ses interprétations courantes : injustices omniprésentes, contraintes sociales, ambitions, privilèges de naissance, punitions, comparaisons avec autrui. 

    Au sujet de cette comparaison à autrui, inhérente au mérite tel qu'il est considéré aujourd'hui, un participant cite Confucius : "L'important ce n'est pas de se croire supérieur à autrui mais de se sentir supérieur à ce que l'on était la veille." Il est vrai cependant, affirment plusieurs participants, que la notion de mérite n'a jamais été aussi discutée que depuis que les inégalités sociales ne se sont creusées.

    Bruno conclut ce dernier débat de la saison par une citation de Mark Twain : "C'est par piston qu'on entre au paradis. Si c'était au mérite, mon chien y entrerait et moi je resterais dehors" ! 

    Trois sujets sont proposés pour la séance suivante, celle du 26 septembre 2014, qui sera la première de la saison 6 du café philosophique de Montargis : "Existe-t-on quand personne ne nous regarde ?", "Une morale sans dieu est-elle possible ?"  et "Un cosmopolitisme est-t-il souhaitable ?" C'est le premier sujet, "Existe-t-on quand personne ne nous regarde ?", qui est choisi par les participants. Après une vague de remerciements, rendez-vous est pris en septembre pour une nouvelle saison du café philo. 

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  • BIENTÔT LE COMPTE-RENDU DE LA DERNIÈRE SÉANCE DE LA SAISON

    Bientôt, en ligne sur ce site, vous pourrez trouver le compte-rendu de la dernière séance de la saison 5 : "Avons-nous ce que nous méritons ?"

    Les autres compte-rendus du café philosophique de Montargis sont en ligne sur ce lien.

     

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  • "LA PHILOSOPHIE AU COMPTOIR" : "FAUT-IL TROUVER UN SENS A CHAQUE CHOSE ?"

    La prochaine émission de "La Philosophie au Comptoir" (et la dernière de cette saison) sera diffusée le lundi 30 juin à 20 heures sur les ondes de radio C2L. 

    Cette émission, présentée par Claire et Bruno, avec Pascal à la réalisation, verra l'intervention de quatre élèves de Terminale littéraire du Lycée Saint-François de Sales de Gien.

    Pour en savoir plus, c'est ici.

     

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  • PROCHAIN NUMÉRO DE LA PHILOSOPHIE AU COMPTOIR : "FAUT-IL TROUVER UN SENS A CHAQUE CHOSE?"

    10373607_10152055748132504_1569861422607771061_n.jpgClaire et Bruno proposent le lundi 30 juin 2014 un nouveau numéro de "La Philosophie au Comptoir", sur C2L (89.3 et sur c2l-radio.fr). Pascal Weber est à la réalisation.

    Cette émission, intitulée "Faut-il trouver un sens à chaque chose?", est basée sur la séance du café philosophique de Montargis du 9 mai 2014.

    Claire et Bruno discuteront pendant cette émission avec quatre lycéennes du lycée Saint-François de Sales de Gien, co-animatrice de ce café philo.

     

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  • MERCI AUX PARTICIPANTS DE LA SÉANCE DU 13 JUIN 2014, LA DERNIÈRE SÉANCE DE LA SAISON 5

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    Le café philosophique de Montargis a réuni pour sa séance du 13 juin 2014 septembre environ 60 personnes. Le débat s'intitulait : "Avons-nous ce que nous méritons?"

    Il s'agissait de la dernière séance de cette saison 5.

    Claire et Bruno tiennent à remercier les personnes présentes mais aussi tous les soutiens du café philo cette année : les fidèles et les intervenants de nos séances, mais aussi la Brasserie du centre Commercial de la Chaussée, Radio C2L, Pascal Weber qui a rejoint pleinement notre équipe cette année, sans oublier l'AGART d'Amilly, On Va Sortir Orléans, Les Bons Plans de Montargis, Gâtinais-info, L’Éclaireur du Gâtinais, La République du Centre, pour ne citer que ceux-ci. 

    Bientôt, sur ce site, vous retrouverez comme d'habitude le compte-rendu de la dernière séance de cette saison.

    La prochaine séance du café philosophique de Montargis, et la première de la saison 6, aura lieu le vendredi 26 septembre 2014 à 19 heures, à la Brasserie du Centre commercial de la Chaussée pour un débat intitulé : "Existe-t-on quand personne ne nous regarde?

    Notez également que la seconde émission de "La Philosophie au Comptoir" aura lieu le lundi 30 juin à 20 heures su C2L. Titre de cette nouvelle émission du café philo : "Faut-il donner un sens à chaque chose?"

     

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  • CAFÉ PHILOSOPHIQUE : "AVONS-NOUS CE QUE NOUS MÉRITONS?"

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    La prochaine séance du café philosophique de Montargis aura lieu le vendredi 13 juin 2014 à 19H à la Brasserie du Centre commercial de la Chaussée

    Le débat sera intitulé : "Avons-nous ce que nous méritons ?"

     
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  • "AVONS-NOUS CE QUE NOUS MÉRITONS ?" : QUELQUES PISTES

    "Avons-nous ce que nous méritons ?"

    William-Adolphe_Bouguereau_1825-1905_-_The_Flagellation_of_Our_Lord_Jesus_Christ_1880.jpgCette question concernant nos choix de vie qui semble si banale, est pourtant essentielle en philosophie, elle nous concerne tous. Elle n’est pas qu’un regard dans le rétroviseur, elle concerne demain. Nous retrouvons ce thème dans le roman, le théâtre, la poésie et aussi dans la chanson. Sans tomber dans les angoisses existentielles, nous pouvons parfois nous poser ces questions : Qu’est-ce qui m’a réellement construit ? "Ai-je choisis le bon sentier ? / J’en suis encore à me le demander", chantait Michel Polnareff (dans sa chanson Sous quelle étoile suis-je né ?).  Quels furent mes choix personnels, choix qui ont fait à ce jour mon parcours de vie ? Quelle est la part des contingences ? Autrement dit, quand ai-je pu exercer ma volonté, mon "vouloir être moi", quand faisons-nous seuls notre "chemin de vie" ? A quel moment se font les choix cruciaux 

    "...L’incertitude de nos voies nous tourmentent toute la vie. Que dirai-je ? Tout choix est effrayant quand on y sonde... C’est une route à élire dans un pays de toutes parts inconnu, ou chacun fait "sa" découverte, et ne la fait que pour soi. De sorte que c’est la plus incertaine trace... Et tu seras pareil [...] à qui suivrait pour se guider une lumière, que lui-même tiendrait en sa main" (André Gide, Les Nourritures terrestres, Gallimard, coll. Folio, p. 20).

    La vie n’est que choix incessants ; on pourrait la comparer au jeu d’échec, avec, au départ, des milliers de combinaisons dans le cadre des règles du jeu, valeurs, lois, usages ; chaque coup joué oriente le cours de cette vie, mais, comme aux échecs, on va se trouver devant des coups que l'on n’attendait pas. Et, entre ce que je suis et ce que j’aurais voulu être, il y a ces milliers de coups qui étaient à jouer, il y a une suite de contingences, qui ouvraient ou fermaient les voies possibles : "L’existence est un chemin et ce cheminement implique un choix continu" (Arturo Pérez Reverte, La Reina del Sur).

    Dans ce domaine, l’aide de la philosophie dans nos choix de vie n’est pas qu’introspectif, ce n’est pas que construction de soi ; nous sommes nous et nos circonstances. Ce sujet pouvait tout aussi bien se conjuguer au pluriel, nos choix n’engagent pas que nous-mêmes ; tous nos choix engagent les autres, c’est pour cela que les choix individualistes, les choix égoïstes de toute sorte sont très nocifs pour la société. Choisir notre vie, c’est choisir ensemble la société que nous voulons pour demain pour nous, pour nos enfants. Des impératifs liés à l’environnement vont très vite nous obliger à faire des choix, On ne fait pas société tout seul, nous ne choisissons pas notre vie, si nous refusons de faire les choix collectifs. 

    Là aussi, nous sommes responsables, et on pense inévitablement au résultats des récentes élections européennes en France  : "L’homme détermine la société et non l’inverse" (Cai Chongguo, professeur de philosophie chinois en exil).

    Guy Pannetier

    Café philo de Chevilly-Larue et L'Haïe-les-Roses

     

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  • PROCHAIN NUMÉRO DE LA "PHILOSOPHIE AU COMPTOIR" : "FAUT-IL TROUVER UN SENS À CHAQUE CHOSE?"

    Claire et Bruno proposent le lundi 30 juin 2014 un nouveau numéro de "La Philosophie au Comptoir", sur C2L (89.3 et sur c2l-radio.fr). Pascal Weber est à la réalisation.

    Cette émission, intitulée "Faut-il trouver un sens à chaque chose?", est basée sur la séance du café philosophique de Montargis du 9 mai 2014.

     

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  • COMPTE-RENDU DE LA SÉANCE "FAUT-IL TROUVER UN SENS À CHAQUE CHOSE?"

    Thème du débat : "Faut-il trouver un sens à chaque chose ?" 

    Date : 9 mai 2014 à la Brasserie du centre commercial de la Chaussée

    Un peu plus de 70 personnes s'étaient réunis le 9 mai 2014 à la Brasserie du centre commercial de la Chaussée de Montargis pour un nouveau café philosophique intitulé "Faut-il trouver un sens à chaque chose ?" Il s'agissait d'une séance exceptionnelle en ce que Claire et Bruno étaient accompagnés pour l'occasion de six lycéennes, venues en tant que co-animatrices : Marine, Marion, Camille, Coraline, Alice et Caroline, représentaient la quasi-totalité de la classe de Terminale littéraire du Lycée Saint-François de Sales de Gien.

    "Faut-il trouver un sens à chaque chose ?" Au préalable, avance un premier participant, se poser une telle question c'est déjà apporter une partie de la réponse ; c'est admettre que ce questionnement a un sens. Comment interroger un tel sujet ? se demande Claire. Finalement, en vertu de quoi devrions-nous trouver un sens à chaque chose ? Et quelles sont ces "choses" ? A contrario, que signifierait ne pas en trouver ? Puis-je être dans ma vie comme détachée de toute explication qui me dépasserait ? Par ailleurs, une philosophie de vie et une philosophie pratique seraient-elles viables si l'on choisissait de n'assigner aucun sens aux choses ?

    Un intervenant souhaite apporter un éclairage sur le sujet de ce débat : parle-t-on de "trouver" ou de "chercher" ? Il est certainement question ici, souligne une des co-animatrice, d'une notion de devoir et de morale. À moins qu'une démarche de philosophie pratique nous pousse à un carpe diem salvateur (Horace), c'est-à-dire à accepter ce qui nous est imposé. Il se pourrait aussi, dit un participant, que ces deux démarches – trouver et chercher – soient complémentaires dans nos vies.

    Dans la question de savoir s'il faut trouver un sens, il y a  la notion d'assignation, ou non, d'une valeur aux choses, de repères, à l'instar de Friedrich Nietzsche qui affirmait que n'importe quelle valeur valait mieux qu'aucune. L'autre point soulevé par Claire est la notion de sens : la signification est-elle nécessaire ? Si l'on prend l'exemple d'une œuvre d'art, celle-ci doit-elle être simplement vécue et reçue tel quel ou bien doit-elle être décryptée pour être comprise et accueillie ?

    Quand on s'interroge sur le sens qu'on donne aux choses – une "auberge espagnole", est-il dit : événements, objets, relations à l'autre, etc. – le sens intègre aussi une finalité, y compris une finalité spirituelle. La signification c'est aussi l'orientation : dire "je t'aime", par exemple, cela peut vouloir autant dire "je ne te déteste pas" que "je m'engage dans une relation avec toi". Je nomme les choses, j'y mets une sorte d'étiquette – une volonté aussi. Autrement dit, je nomme les éléments et les objets, pour reprendre ce qu'affirmait Henri Bergson : je les classe, voire je les oriente. Il y a donc derrière cela une notion d'utilité. Cela peut être une utilité pragmatique lorsqu'il est question d'un objet (d'un ouvre-boîte, d'une voiture, etc.)  mais cela peut aussi être une utilité plus noble lorsqu'il s'agit de sentiments (l'amour, l'amitié, le pardon, etc.). Donner un sens, complète un participant, c'est aussi donner une définition : de quoi parle-t-on ? Trouver du sens, réagit un intervenant, est sans doute insuffler du concret dans une démarche a priori incompréhensible. Il prend pour exemple la construction du Château de Versailles au XVIIe siècle. Cette création "insensée" obéissait à des raisons politiques – voire économique, ajoute-t-il sous forme de boutade : "un investissement à long terme pour le développement du tourisme trois siècles plus tard" ! 

    Une question se pose dès lors : y a-t-il un devoir moral, voire une contrainte physique, à assigner des significations à ce qui pourrait nous arriver ? Ou bien faudrait-il, comme il a été dit précédemment,  se contenter de vivre une vie détachée de ces questions angoissantes. L'être humain se trouve dans une situation aporétique et être terrifié. Il se trouve coi devant le choix qui lui est proposé, affirme un intervenant : comprendre et être au monde ou bien être passif. 

    Cette passivité, dit une des co-animatrices de ce soir, se trouve illustrée de manière frappante dans le roman d'Albert Camus, L'Étranger. Meursaut, personnage étranger à son monde, ne veut pas trouver de sens à sa vie. Son existence est absurde. Il est indifférent et passif à chaque chose : à sa vie sentimentale, à ses proches, au décès d'autrui et même à sa propre mort. Cette posture simplifie sans nul doute le rapport au monde et aux autres : c'est en effet une chose de donner une signification à un objet, à une chaise par exemple ; c'en est une autre de donner du sens à une relation (à un "je t'aime, par exemple"), infiniment plus complexe. C'est d'ailleurs ce qui différencie l'animal de l'homme : en dehors du stimulus extérieur qui nous protège d'un danger, la conscience nous permet de revenir en arrière sur une action passée et de se projeter vers l'avenir. L'impératif catégorique du "Connais-toi toi-même" (Platon) est piétiné par Meursaut,qui choisit de subir les événements sans vivre sa vie d'homme. Ce qui nous met mal à l'aise dans le roman de Camus est également l'absence d'émotion du personnage, ces émotions qui sont aussi des catalyseurs de la recherche de sens, pour ne pas dire un besoin (culturel, spirituel, etc.) inhérent à l'homme.

    Nous retrouvons là cette problématique abordée plus tôt : trouver ou rechercher ? Qu'est-ce qui pourrait nous empêcher de voir dans la vie quelque chose d'absurde et/car subie ? Dans ce cas, nous pourrions être dans le monde déconnectés de toute signification et vivre une "vie insensée" ! Une telle vie incohérente – et pas forcément absurde et qui nous permettrait peut-être de vivre malgré tout notre vie d'homme debout (Alain). Le fou – celui qui aurait compris avant tout le monde que le monde n'a pas de sens ! – ne serait-il pas le parfait exemple de ce type d'existence, incohérente ? Vivre de manière insensée semble ne pas être possible, réagit un participant, dans la mesure où la société a son mot à dire. Le vivre ensemble l'impose, ce qui fait dire à plusieurs personnes dans l'assistance que c'est fondamentalement ce qui différencie l'homme de l'animal. 

    Chercher un sens c'est trouver des repères, dit un nouvel intervenant, à la manière par exemple des personnes sans emploi que l'on tente de remettre sur une voie. L'action peut, par contre, être un moyen d'avancer, sans y mettre ce trop-plein de signes et vivre dans le mouvement. Cette assertion est discutée. Agir et se donner un ou des buts – professionnels, personnels, sportifs ou autre – c'est en soi donner une orientation et, par là, un sens à sa vie. D'ailleurs, pour dépasser des obstacles qui se dresseraient devant nous, le rappel du sens permet aussi de les dépasser et d'être dans le monde.

    Comment appréhender ce monde justement et faut-il y trouver un sens ? Cette question posée par Claire nous interroge sur la recherche de la vérité, qui est par exemple l'objectif de la justice. La véracité importe finalement peu : l'essentiel est d'avoir des repères, tels ces aveugles capables de s'orienter dans notre monde grâce à d'autres vecteurs. D'où, ce problème de William Molyneux : que se passe-t-il lorsqu'un aveugle recouvre la vue ? Pourra-t-il reconnaître des objets sans les toucher ? Certains films de science-fiction appréhendent le sens et le réel de manière inédite et troublante, capables "de nous mettre la tête à l'envers" (Inception pour ne prendre que cet exemple). 

    Si, en tant que sujet, je donne le sens à l'objet – dans son sens le plus large : choses matérielles, relations, événements, etc. – que j'ai en face de moi, est-ce que je ne trahis pas cette réalité en lui donnant une signification ? Dit autrement, assigne-t-on du sens à une chose parce que l'on est incapable de vivre sans repère ? L'école philosophique des gestaltistes a théorisé la Psychologie de la Forme (Gestaltpsychologie) : ils affirment que l'être humain est ainsi fait qu'il ne peut pas pouvoir faire sans sens, et plus précisément sans forme. Le monde lui été donné brut et ne peut pas être analysé par notre cerveau s'il ne lui assigne pas des formes, qu'elles soient véritables ou non (cf. aussi ce lien). À leur suite, Henri Bergson affirme que nous ne sommes pas "véritables" au monde. Nous collerions des étiquettes sur tel ou tel objet et ces étiquettes permettent de donner des repères et s'orienter. Faut-il donc tout signifier ou devrions-nous vivre le monde en spectateur, contemplatifs ? Henri Bergson, encore lui,  parle de l'art et affirme que lorsqu'un peintre représente des objets sur une toile – les pommes de Cézanne, par exemple – il en retire l'aspect pragmatique : ces pommes ne sont plus des pommes – tout comme la pipe de Magritte n'en est pas une, cf. ce lien ! Or, le spectateur va tout de même considérer que ces "fausses pommes" en sont. Tout se passe comme si en enlevant le côté utile et utilitaire de tel ou tel objet, ceux-ci sont vus tels qu'ils sont et retrouvent pleinement leur sens. 

    Sommes nous capables d'apposer des sens à des choses moins rationnelles. Ne faudrait-il pas mieux laisser les choses avoir leur propre sens, sans chercher à les interpréter ? Cette question se heurte à notre appréhension de l'Histoire. Les événements historiques acquièrent un sens, mais seulement a posteriori. À l'heure où plusieurs commémorations rythment notre actualité (70 ans du Débarquement de Normandie, centenaire du début de la première guerre mondiale), il est admis que nombre de vérités, jugées incontestables à une certaine période, sont réexaminés avec le temps : ainsi, les fusillés pour l'exemple pendant la guerre 14-18 ne sont plus du tout considérés comme des "traîtres à la Nation" de nos jours. 

    L'expression courante "cela n'a pas de sens" paraît intenable. Les faits ne peuvent pas s'appréhender bruts, sans une signification ou une orientation intelligible. La logique du bonheur pourrait résulter a contrario du refus d'une compréhension du monde, à l'image de Candide. "Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes", affirme le personnage de Voltaire : je n'ai pas à trouver du sens car il est là, devant moi. Disons aussi que les religions proposent aussi ce genre de pensées : les événements passées sont passées et un ordre invisible régit notre monde. Les stoïciens affirment de leur côté qu'il y a ce qui dépend de moi et ce qui n'en dépend pas. Ce qui ne dépend pas de moi, je dois m'en détacher, sans trouver du sens. Quant à ce qui dépend de moi, il est admis que cela représente une part relativement tenue.     

    Donner du sens participe aussi à une forme d'engagement mais aussi à une forme de cohésion des sociétés humaines. L'absence de sens pourrait signifier quelque part que tout est permis. Dire "Chacun sa vérité" ou "Les goûts et les couleurs se valent" ne serait-ce pas "un relativisme de mauvais aloi" ? Le sens que l'on donne aux choses est à tout le moins relatif. Les religions vivent sur des vérités et des repères différents. Si Blaise Pascal proclame justement : "Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà", pour René Descartes "le bon sens est la chose la mieux partagée au monde" (Discours de la Méthode). Mais est-ce que ce bon sens, s'interroge un intervenant, est suffisant pour donner du sens à sa vie ? Claire répond que selon le même Descartes, c'est une chose de l'avoir, ce bon sens, c'est une autre chose que de "l'appliquer bien", et a fortiori de le partager pour en faire un "sens commun" (cf. aussi ce lien). Un intervenant réagit à ce sujet : "Il n'y a pas de sens unique même s'il y a souvent du sens commun." 

    Un participant se demande si la recherche du sens ne peut pas être comparée aux théories scientifiques : elles ne servent qu'un temps, aussi longtemps qu'elles fonctionnent, jusqu'au jour où on leur donne un autre sens qui convient davantage. "On n'est pas sensible à tout ; mais on n'est pas insensible non plus", dit un autre intervenant : le sens fait intrinsèquement partie de l'homme. Une des co-animatrice en revient à la Psychologie de la Forme : chaque chose a un sens mais pour soi uniquement, ce qui  vient en contradiction avec la religion, véhicule de vérités et de sens pris dans un... sens collectif. Du coup, lorsque Nietzsche proclame que "Dieu est mort", cela implique que tout est permis et que c'est l'individu qui se réapproprie la recherche de sens. 

    Dans le monde, Jean-Paul Sartre dit que nous sommes condamnés à être libres, obligés de faire des choix, en permanence. Après la mort de Dieu (Nietzsche ), ce dont on a accusé Sartre c'est de pratiquer une philosophie du désespoir car aucun être immanent ne me sauverait et je n'ai pas la possibilité d'être guidé ni pardonné en dernier ressort. La recherche de sens est d'abord un acte libre. Est-ce à dire que cette recherche est simple ? Non. Certaines personnes ont trouvé leur sens, définitivement. Ces gens-là, Sartre ne les envie pas et considère qu'elles sont posthumes à elles-mêmes.  

    Une intervenante aborde la question des religions en tant que pourvoyeuses de vérité, pour ne pas dire de "valeurs communes". Des valeurs qui peuvent aussi aider à adopter et adapter une philosophie pratique. Créer son propre sens, admet Claire, peut être jouissif et appartenir à un idéal de liberté. Pour autant, admettre que tout vaut tout, remiser au placard toutes les valeurs morales, est considéré par nombre de psychologues comme nocif, à commencer par l'éducation des enfants. Le sens fait sens justement en ce qu'il créé des repères pour la vie. Dans cette optique, les valeurs communes – y compris religieuses – peuvent nous rassurer. Un autre exemple, celui de la justice, nous interroge en ce qu'il apparaîtrait que cette institution est interrogée sur ce qu'il faut faire ou non. La justice deviendrait référent. Tout se passe comme s'il y avait une injonction sociale pour que les juges et les avocats décident des valeurs communes pour vivre en société. D'où ce danger que la société en deviendrait dépendante ! Il est, là, aussi question de pouvoir, cette mainmise qui a pu – et qui est encore – le reproche fait aux religions.   

    "Sous prétexte de sens, il peut y avoir beaucoup de complaisance", affirme un intervenant : l'esprit de système peut se baser sur cette soif de sens pour trouver un sens commun qui peut à la longue devenir sclérosant, voire aliénant. Il y a un côté rassurant dans le système, sans même parler d'esprit grégaire. Cette satisfaction mentale rassurante est illustrée par ces vers de Louis Aragon : "Vous voudriez au ciel bleu croire / Je le connais ce sentiment / J'y crois moi aussi par moments / Comme l'alouette au miroir / J'y crois parfois je vous l'avoue / A n'en pas croire mes oreilles / Ah je suis bien votre pareil / Ah je suis bien semblable à vous."

    L'on parle de satisfaction ; pourquoi ne pas parler de cette quête du bonheur ? Une quête du bonheur mais aussi l'appréhension de la mort et le désir de bien mourir. Comme le dit Claire, pour bien mourir, il faut avoir bien vécu, c'est-à-dire avoir trouvé son sens et avoir pris ses responsabilités. 

    Cette quête de sens, une quête pour la vie, est capitale pour se mouvoir dans la vérité, voire trouver une justification a posteriori afin de se conforter dans ses propre choix. Une personne accepte sa mort – par exemple un patient dans des soins palliatifs – à partir du moment où sa vie lui paraît cohérente. Ainsi un sentiment de plénitude aide à accepter notre propre mort. Dès lors, le "Connais-toi toi-même" socratique semble avoir trouvé un aboutissement.

    Pour aller plus loin dans ce débat, retrouvez cette émission de La Philosophie au Comptoir (C2L) qui est consacrée à ce sujet.

    Trois sujets sont mis au vote en fin de débat : "Suis-ce ce que la culture fait de moi ?", "Avons-nous ce que nous méritons ?" et "Une morale sans Dieu est-elle possible ?" C'est le sujet  "Avons-nous ce que nous méritons ?" qui est élu et qui fera l'objet d'un débat lors de la séance du 13 juin 2014, la dernière de cette saison 5 du café philosophique de Montargis.

     

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  • PROCHAIN CAFÉ PHILOSOPHIQUE : AVONS-NOUS CE QUE NOUS MÉRITONS ?

    metropolis-1926-10-g.jpgLe vendredi 13 juin, à 19 heures, à la Brasserie du Centre Commercial de La Chaussée, les participants du café philosophique de Montargis clôtureront leur 5ème saison. "Avons-nous ce que nous méritons ?" est le sujet élu pour cette dernière séance.

    Le bonheur est-il à portée de main, et si l'on choisit d'être heureux, l'est-on de fait ? Ce sujet, aux enjeux importants – sens de la vie, vérité sur soi-même, bonheur – mêle différents domaines de la philosophie. La question est de savoir si nous nous choisissons, si l'on est ce que l'on fait (Sartre) mais aussi si l'on est responsable de tout ce que l'on devient et de ce qui nous "arrive". 

    Si l'on est d'accord pour être représenté par les moments qui nous font honneur (fierté de voir nos enfants grandir et réussir dans leur vie, accomplissement personnel, etc.), l'homme malheureux le mérite-t-il ? Qu'est-ce que signifie mériter ce qu'il nous arrive" ? Est-ce en être responsable ou bien l'avoir choisi ?

    Autant de questions, et d'autres, que les prochains participants au café philosophique de Montargis pourront discuter, vendredi 13 juin à 19 heures, à la Brasserie du Centre Commercial de La Chaussée.

    Participation libre et gratuite.

     

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  • ALAIN : QUI A CHOISI ?

    307-le-choix-decisif.jpg"Qui est-ce qui a choisi ? Je le demande. Personne n'a choisi, puisque nous sommes tous d'abord des enfants. Personne n'a choisi, mais tous ont fait d'abord; ainsi les vocations résultent de la nature et des circonstances. C'est pourquoi ceux qui délibèrent ne décident jamais; et il n'est rien de plus ridicule que les analyses de l'école, où l'on pèse les motifs et mobiles; c'est ainsi qu'une légende abstraite, et qui sent le grammairien, nous représente Hercule choisissant entre le vice et la vertu. Nul ne choisit; tous sont en marche et tous les chemins sont bons. L'art de vivre consiste d'abord, il me semble, à ne se point quereller soi-même sur le parti qu'on a pris ni sur le métier qu'on fait. Non pas, mais le faire bien. Nous voudrions voir une fatalité dans ces choix que nous trouvons faits et que nous n'avons pas faits; mais ces choix ne nous engagent point, car il n'y a point de mauvais lot; tout lot est bon si l'on veut le rendre bon. Il n'y a rien qui marque mieux la faiblesse que de discuter sur sa propre nature; nul n'a le choix; mais une nature est assez riche pour contenter le plus ambitieux. Faire de nécessité vertu est le beau et grand travail."

    Alain, Propos 

     

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  • MERCI AUX PARTICIPANTS ET AUX CO-ANIMATRICES DE LA SÉANCE DU 9 MAI 2014

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    Le café philosophique de Montargis a réuni pour sa séance du 9 mai 2014 septembre environ 70 personnes. Le débat s'intitulait : "Faut-il trouver un sens à chaque chose?Ce débat était exceptionnellement animé par des élèves de Terminale L du lycée Saint-François-de-Sales de Gien.

    Claire et Bruno tiennent à remercier les personnes présentes et les particulièrement les jeunes co-animatrices qui animaient cette séance en compagnie de Claire et Bruno. 

    Bientôt, sur ce site, vous retrouverez comme d'habitude le compte-rendu de cette séance.

    La prochaine séance du café philosophique de Montargis aura lieu le vendredi 13 juin 2014 à 19 heures, à la Brasserie du Centre commercial de la Chaussée pour un débat intitulé : "Avons-nous ce que nous méritons ?

    Notez également que la seconde émission de "La Philosophie au Comptoir" aura lieu le lundi 26 mai à 20 heures su C2L. Titre de cette nouvelle émission du café philo : "Qu'est-ce qu'une vie réussie?"

     

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  • INTERVIEW SUR C2L POUR LA SÉANCE DU 9 MAI 2014

    podcast

    Interview de Bruno sur C2L, à l'occasion de la séance "Faut-il trouver un sens à chaque chose?" 

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  • CAFÉ PHILOSOPHIQUE : "FAUT-IL TROUVER UN SENS À CHAQUE CHOSE ?"

    Affiche Faut il trouver un sens à chaque chose normal.png

    La prochaine séance du café philosophique de Montargis aura lieu le vendredi 9 mai 2014 à 19H à la Brasserie du Centre commercial de la Chaussée

    Le débat sera intitulé : "Faut-il trouver un sens à chaque chose ?"

     
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  • PROCHAIN CAFÉ PHILO : AVEC UNE CLASSE DE LYCÉENS DE GIEN

    escher_hand_with_a_reflecting_sphere_by_astral_glow.jpgVendredi 9 mai, à partir de 19 h, à la brasserie du centre commercial de La Chaussée, se tiendra une nouvelle séance du café philosophique de Montargis. 

    Il s’agira d’un café philo exceptionnel puisque des élèves de Terminale viendront le co-animer avec Claire et Bruno.

    Le débat aura pour titre : "Faut-il trouver un sens à chaque chose ?"

    Derrière ce sujet, les participants – mais aussi les lycéens – seront invités à réfléchir sur ces questions : est-ce que les choses ont un sens ? Le sens est-il la vérité de toute chose ? Peut-on vivre sans chercher de significations au monde qui nous entoure ? Le public pourra également s’interroger sur l’enjeu de la perception, la recherche du bonheur comme le rôle du philosophe dans cette recherche de sens.    

    Ce sont autant de questions qui seront soulevées le vendredi 9 mai à partir de 19 heures, à la Brasserie du centre commercial de La Chaussée. Participation libre et gratuite.

     

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  • COMPTE-RENDU DE LA SÉANCE "FAMILLE(S) JE VOUS AIME, FAMILLE(S) JE VOUS HAIS"

    Thème du débat : "Famille(s) je vous aime, famille(s) je vous hais" 

    Date : 28 mars 2014 à la Brasserie du centre commercial de la Chaussée

    Le vendredi 28 mars 2014, le café philosophique de Montargis se réunissait pour la 40ème fois à la Brasserie du Centre commercial de la Chaussée pour un débat intitulé : "Famille(s) je vous aime, famille(s) je vous hais". 

    Ce débat commence par une définition de la famille. Quand commence-elle et quand se termine-t-elle ? La famille a subi une évolution depuis plusieurs dizaines d'années, répond un premier participant, à telle enseigne que dessiner ses contours pose problème. Il apparaît que les couples se forment de manière progressive, pour ne pas dire floue, sans être forcément contraints par les règles du mariage et des traditions. La notion de belle-famille est en elle-même une notion fluctuante, alors même que dans les sociétés occidentales traditionnelles, familles et belles-familles faisaient partie, que ce soit contestable ou non, d'un tout.

    Claire souligne un aspect : une sorte de consensus existe chez les spécialistes qui affirment que pour qu'il y ait famille, il fait qu'il y ait enfant(s) : "Une famille c’est l’ensemble uni que forment les parents et leur enfant" ou, dit de manière plus sarcastique : "Famille = le papam + la mamanen + le nenfant ! parfois les zenfants", cf. ce lien. Apparemment, un couple n'est pas, stricto sensu, une famille. Il y aussi une distinction entre la famille nucléaire et la famille élargie et par alliance (belle-famille, cousins, etc.). On parle même de famille dans un sens beaucoup plus vaste : la famille humaine, la famille patriotique, etc. La question qui se pose est bien celle de la place des liens du sang et, dans ce cas, qu'en fait-on ? Ces liens sont-ils irréductibles et sacrés ? Quel est le rôle de l'individu face à la famille qui peut être source d'aliénation voire de violence ? Peut-on et doit-on s'en défaire ?

    Voilà autant de questions qui peuvent être soulevées, à l'aune d'une vision de la famille qui a subi une série d'évolutions. Bruno évoque l'exemple du traitement cinématographique : autant les liens familiaux ont été stigmatisés pendant des dizaines d'années (il cite le drame Les Inconnus dans la Maison), autant aujourd'hui, jusque dans les comédies, on a pour la famille une certaine mansuétude quand ce n'est pas de la bienveillance, même lorsque les liens familiaux paraissent être sources de malentendu. Claire cite, à ce sujet, l'exemple de Les Garçons et Guillaume, à Table! (bande annonce ici)

    Alors que le débat sur le mariage pour tous fait encore florès, deux théories s'affrontent sur la valeur famille, celle que l'on ne choisit pas ("On ne choisit pas ses parents, on ne choisit pas sa famille" chantait Maxime Le Forestier). Pour certains, la famille doit rester unie pour le meilleur et pour le pire. Pour d'autres, la famille ne doit pas être une valeur stagnante. Elle peut être à géométrie variable, avec des parents ou des frères et sœurs de cœur. 

    Pour autant, les liens du sang sont réels, réagit un intervenant, mais ils ne doivent pas devenir restrictifs dans nos sociétés largement ouvertes : adoptions, familles recomposées, cohabitations non contractuelles, procréations médicales, etc. Par ailleurs, cette famille traditionnelle si décriée durant les années 60, à une époque où toute une jeunesse se révoltait contre des carcans coercitifs, devient de nos jours un lieu de refuge et de protection ("une valeur protectrice"), a fortiori en période de crise économique. Claire ajoute qu'au nom des liens du sang on peut cependant défier l'autorité parentale avec les termes les plus extrêmes. À ce sujet , Bruno cite Diane de Beausacq qui disait : "La famille est un ensemble de gens qui se défendent en bloc et à s'attaquent en particulier."

    La famille pouvait être soudée pendant des siècles, dans la mesure où elle-seule permettait la survie de ses membres, notamment dans les campagnes. La famille constituait une base vitale, à telle enseigne qu'elle a constitué un frein pour le développement de l'individu. La littérature (Fritz Zorn), le théâtre (Molière) ou le cinéma (Jean Cocteau) ont dénoncé avec force cette emprise. Ainsi, l'expression "famille je vous hais" est bien le marqueur d'une époque puisqu'on la doit à André Gide dans son ouvrage emblématique et scandaleux pour l'époque (1897), Les Nourritures terrestres (cf. cet extrait).  Or, avec le développement économique durant les Trente Glorieuses, vient son corollaire : l'indépendance financière. Elle nous libère a priori de la sphère familiale, de sa protection matérielle comme de ses contraintes. Par ailleurs, la religion est devenue moins pesante. Aujourd'hui, si "l'on hait sa famille", chacun peut la quitter plus librement. 

    Dans ce cas, si cette rupture signifie recouvrer une forme de liberté, peut-on grandir sans famille, sans attache familiale ? Comment assumer de vivre sans ce qui s'apparente à une valeur, même relative ? Il apparaît que le non-amour intra-familial est possible pour ne pas dire inévitable, tant la famille est d'abord subie. Elle l'est d'autant plus que les difficultés économiques rendent cette indépendance financière, dont il a été question précédemment, plus difficile en période de crise. Revenir chercher une forme de protection matérielle auprès des parents apporte souvent son lot de contraintes.

    Il apparaît que les notions juridiques n'ont pas suivi les changements sociétaux. Par exemple, ce dont témoigne un participant, dans les familles recomposées les droits et les devoirs des beaux-pères et des belles-mères ne sont pas reconnues par la loi et la justice. Il semble qu'en France, dit Claire, les liens du sang et la famille nucléaire prévalent, d'où le refus de coordonner la législation avec la réalité des familles recomposées. Les débats sur le mariage pour tous portent en eux l'idée qu'une reconnaissance à plein des droits et des devoirs des beaux-parents signifieraient l'éclatement d'un modèle sociétal traditionnel et la remise en question d'une institution à forte valeur morale. L'argument avancé par certains sociologues est que la famille risque d'être vidée de sa substance en mettant tout et rien dans cette notion de famille. N'importe qui pourrait entrer dans cette sphère intime, un beau-père pourrait devenir père facilement et la famille pourrait plus facilement se choisir – ce qui, est-il dit, deviendrait certes plus aventureux socialement mais aussi, d'un certain côté, plus intéressant ! 

    La législation peut aussi devenir un piège social pour un père ou d'une qui doivent assumer les choix d'un enfant qu'ils ne reconnaissent pas ou n'aiment plus. L'amour, certes, ne se régit pas. Pour autant, la justice impose un soutien intégral au nom de la famille : même si ma fille est toxicomane ou mon fils un "monstre" que je ne "reconnais plus", en tant que parent je me dois de protéger cet enfant et assumer ses erreurs envers et contre tous. Cf. cet article "Mon fils est toxicomane... sauvez-moi !"  La même problématique se joue lorsqu'un enfant doit faire un procès à un parent pour s'en libérer d'une manière ou d'une autre !

    L'arsenal juridique paraît à plein d'égard inapproprié pour répondre aux multiples dysfonctionnements familiaux. Les liens intimes ne peuvent ni se rompre ni se créent aussi facilement qu'on le souhaite. Dans une large mesure, l'institution publique et judiciaire n'a pas non plus  pris la mesure des changements sociétaux, dans le cas des adoptions au sein des couples homosexuels ou de la PMA (Procréation Médicalement Assistée), pour ne prendre que ces exemples.  

    Contrairement à d'autres pays comme en Scandinavie, la France est un pays dans lequel le noyau de la société est la famille mononucléiaire ("La plus ancienne de toutes les sociétés et la seule naturelle est celle de la famille" écrivait Jean-Jacques Rousseau). Cela explique l'importance chez nous de l'arsenal législatif pour légiférer strictement. 

    La famille, avance une intervenante, ne serait-elle pas une micro-société qui nous est imposée dès la naissance ? Et dans ce cas, ne serions-nous pas dans l'obligation naturelle de vivre avec elle, de composer avec cette contrainte, de tenir notre rôle avec sagesse et de rechercher sans cesse les moyens de se comprendre mutuellement, dans une famille élargie voire très élargie ?

    Allant dans ce sens, la famille semblerait être une réalité avant d'être un choix. Chacun la construit pour la réussir, plus ou moins. S'agissant de choix, un autre participant prend l'exemple des personnes âgées qui ont longtemps été protégées par leurs enfants qui s'en occupaient pour leur vieux jour, avant qu'au XXe siècle la société ait fait le choix de "s'en débarrasser" dans des maisons de retraite et des hospices. Les réalités économiques étant ce qu'elles sont, ne sommes-nous pas en train de revenir vers une prise en compte de la fin de vie de nos anciens au sein de micro-sociétés et de liens plus ou moins formels ? Dans ce cas, l'expression "famille, je vous aime" prendrait tout son sens... C'est du moins le pari lancé au cours de cette séance !

    Après avoir évoqué la fin de vie, pourquoi ne pas parler du début de vie, tant la famille semble être le cadre dans lequel se construit une éducation ? Elle a même été le garant de règles morales (trop ?) contraignantes, raison pour laquelle elle a été si décriée après 1945 lorsque ces règles ne correspondaient plus aux aspirations de la jeunesse de l'époque. 

    "Famille(s) je vous aime, famille(s) je vous hais" : ce qui aussi est en jeu à travers cette expression est bien la constatation que tout un chacun doit passer par le rejet de ses parents pour couper le cordon ombilical et trouver sa place dans le monde. Les parents ont aussi un rôle, dans le sens où ils doivent faire comprendre à l'enfant "qu'il n'est pas le bienvenu !" Cette idée n'est pas aussi provocatrice qu'elle en a l'air : elle entend montrer que l'enfant doit apprendre à faire sa place. Tout n'est pas inconditionnel, y compris l'amour. Psychologiquement, pour grandir, l'individu doit se séparer, "tuer le père" comme l'a montré la psychanalyse.

    Que l'on parle de haine de détestation ou de simple rupture, affirme encore un participant, cela n'empêche pas la persistance du lien affectif. Ce lien peut d'ailleurs se renouer plus fortement par la suite lorsque le jeune adulte, conscient de son éloignement, s'interroge au sujet de son rôle dans la société et dans la famille. Comme le disait Quentin Crewe, "les enfants méprisent leurs parents jusqu'à l'âge de quarante ans. Après quoi ils deviennent exactement comme eux, pour ne pas compromettre le système" ! 

    Edmond Marc affirme que l'identification et la construction de la personnalité se fait par un mouvement de rejet-acceptation envers ses parents. La question de l'identité est capitale pour qui veut s'interroger sur la famille. Chaque individu est modelé, dès avant la naissance, par les désirs et les rêves de ses parents. Et le plus difficile dans ce qui se joue dans la famille est de ne pas faire de son enfant son objet. Le rôle de l'éducation est fondamentale : on informe son enfant comme on l'entend. L'enfant tout juste né n'est rien mais en même temps tout, car il est l'objet de toutes les attentions mais aussi de tous les espoirs. Avant qu'il ne se choisisse, le rôle des parents, dans cette tension affective, est de le laisser "se choisir", de laisser les choses se faire, au risque de la déception et de le voir "s'égarer" vers des chemins que l'on aurait pas choisis ou que l'on considère comme dangereux. Tel est le risque.

    Finalement, il est difficile d'être parent, tout autant difficile que d'être enfant !

    La famille serait sans doute la moins mauvaise des solutions pour permettre à l'individu de se construire, de s'épanouir, d'être rassuré et d'atteindre une vie d'adulte équilibrée. Or, dit Claire, pour Platon, dans une société idéale (cf. un de nos précédents débats sur l'utopie), pour faire exploser le lien filial, les mères devraient échanger leurs enfants. C'est au nom de ces liens forts et inconditionnels que l'auteur de La République en appelle à une  société utopique pérenne, dans laquelle chaque citoyen, échangé dès sa naissance, pourrait être parent de n'importe qui. Dans ce cas, il serait hors de question qu'il fasse du mal à ses égaux, qu'il rompe avec ceux qui pourraient être de son sang. 

    Le choix de quitter ou de revenir à ce refuge familial fait sens. Fondamentalement, choisir de se construire soi-même et fonder sa famille ailleurs c'est d'abord ne pas affronter l'inceste. C'est aussi choisir ses descendants – ou plutôt d'en avoir – à défaut de choisir ses ascendants. Parler des liens du sang, est-il dit, c'est encore bien souligner que, de fait, ils n'ont pas de force légale. La loi française est déclarative : à un certain moment, je reconnais mon enfant comme étant le mien. Je possède ma liberté et mon libre-arbitre.

    Nous parlons de choix à ce stade du débat. Cependant, qu'en est-il de cet instinct maternel considéré comme incontournable ? Force est de constater, dit Claire, que cet instinct est une invention récente ("L'instinct maternel est un mythe" affirme Élisabeth Badinter, cf ce texte). Longtemps, dans les grandes familles bourgeoises, au XIXe siècle, les enfants étaient élevées par des nourrices, lorsqu'ils ne grandissaient pas seuls. Aujourd'hui encore, le conflit femme/mère est complexe et peu évident. On ne naît pas mère : on le devient ! L'amour filial est une lente construction imposée par la société, pour que les femmes assument, restent à la maison et soient de bonnes mères. Une idéologie qui a encore cours dans nos sociétés modernes... 

    Comment les autres civilisations abordent-elles la complexité des relations familiales ? Un participant intervient longuement pour parler des observations de l'anthropologue américaine Margaret Mead. Dans son travail sur le malaise au sein de la société américaine, avec "l'enfant-roi", elle prend du recul et met en perspective nos traditions judéo-chrétiennes avec les coutumes africaines (mais l'on pourrait également prendre pour exemple les civilisations asiatiques). Là, les enfants sont élevés pendant une courte période par les femmes, qui ont tout le pouvoir, avant d'être libérés et être initiés pour qu'ils deviennent autonomes – et aimants envers leur mère. Les familles de nos sociétés occidentales paraissent être modelées à outrance sur le modèle du pater familias et du Kinder, Küche, Kirche ("les enfants, l'église, la cuisine"). Dans ce système, la femme est confinée à un rôle aliénant, avec sa part de servitude (cf. ce texte de Marie Cardinale). La mise en perspective paraît être indispensable pour se libérer de certains modèles familiaux et construire le nôtre.

    Le débat se conclue par une citation de Peter Ustinov : "Les parents sont les os sur lesquels les enfants se font les dents."

    Les participants votent pour choisir le sujet de la séance suivante, le 9 mai 2014, une séance qui sera exceptionnellement co-animée par des élèves de Terminale littéraire de Gien. Trois sujets – choisis par ces lycéennes – sont proposées : "A-t-on toujours le choix ?", "Suis-je ce que la culture fait de moi ?" et "Faut-il trouver un sens à chaque chose ?" C'est ce dernier sujet qui est élu démocratiquement. Rendez-vous est pris pour cette séance exceptionnelle, la 41ème, le 9 mai 2014, à la Brasserie du centre commercial de la Chaussée.

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  • MERCI AUX PARTICIPANTS DE LA SÉANCE DU 28 MARS 2014

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    Le café philosophique de Montargis a réuni pour sa séance du 28 mars 2014 septembre environ 70 personnes. Le débat s'intitulait : "Famille(s) je vous aime, famille(s) je vous hais"

    Claire et Bruno tiennent à remercier les personnes présentes. Bientôt, sur ce site, vous retrouverez comme d'habitude le compte-rendu de cette séance.

    La prochaine séance du café philosophique de Montargis aura lieu le vendredi 9 mai 2014 à 19 heures, à la Brasserie du Centre commercial de la Chaussée pour un débat intitulé : "Faut-il trouver un sens à chaque chose ?" Ce débat sera exceptionnellement animé par des élèves de Terminale L.

    Notez également que la seconde émission de "La Philosophie au Comptoir" aura lieu le lundi 28 avril à 20 heures su C2L. Titre de cette nouvelle émission du café philo : "La manipulation dans le couple". Claire et Bruno seront accompagnés de Catherine Armessen. 

     

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  • INTERVIEW SUR C2L POUR LA SÉANCE DU 28 MARS 2014


    podcast

    Interview de Bruno sur C2L, à l'occasion de la séance "Famille(s) je vous aime, famille(s) je vous hais". 

     

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  • CAFÉ PHILOSOPHIQUE : "FAMILLE(S) JE VOUS AIME, FAMILLE(S) JE VOUS HAIS"

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    La prochaine séance du café philosophique de Montargis aura lieu le vendredi 28 mars 2014 à 19H à la Brasserie du Centre commercial de la Chaussée

    Le débat sera intitulé : "Famille(s) je vous aime, famille(s) je vous hais"

     
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  • PROCHAIN CAFÉ PHILOSOPHIQUE : "FAMILLE(S) JE VOUS AIME, FAMILLE(S) JE VOUS HAIS"

    Famille_jim_daily.jpgLe prochain café philo de Montargis se tiendra le 28 mars, à partir de 19 heures, à la Brasserie du Centre commercial de La Chaussée. La famille sera au centre des débats puisque les participants seront invités à discuter autour de ce sujet : "Famille(s) je vous aime, famille(s) je vous hais."

    "Avoir", "Construire", "Être" une famille. Que désigne précisément cette notion ? Est-elle signe d'amour, de protection et d'éducation ? Doit-on la suivre, tout faire pour la préserver ou peut-on s'en défaire ? Quelle voie est-elle la plus souhaitable ? Quel statut, quelle valeur cette institution doit-elle revêtir ? Quant à l'individu, quel rapport peut-il avoir avec sa famille ? 

    Autant de questions, et bien d'autres, sur chacun pourra échanger le vendredi 28 mars, à partir de 19 heures, à la Brasserie du Centre commercial de La Chaussée. Participation libre et gratuite.

     

     

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  • COMPTE-RENDU DE LA SÉANCE "LA RAISON A-T-ELLE A S'OCCUPER DE L'IRRATIONNEL ?"

    Thème du débat : "La raison a-t-elle à s'occuper de l'irrationnel ?" 

    Date : 14 février 2014 à la Brasserie du centre commercial de la Chaussée

    Entre 40 et 50 personnes étaient présentes le 14 février 2014 pour cette séance du café philosophique de Montargis pour une séance intitulée "La raison a-t-elle à s'occuper de l'irrationnel ?"

    Un premier intervenant considère que la raison a certes des raison de s'attaquer à l'irrationnel, souvent synonyme d'excès, de tromperies et d'abus. La raison permettrait de déjouer et de contrer l'irrationnel, reposant sur des spéculations, des notions subjectives et à l'origine de peurs infondées ou de croyances fausses ou infondées. 

    Cette première intervention, dit Claire, éclaire une démarche scientifique en ce que l'homme, "animal doué de raison" (Aristote) doit "s'occuper" et supprimer toute dimension irrationnelle. L'irrationnel est considéré comme limite de la raison et doit être repoussé en tant que forme d'ignorance. Cette démarche s'apparente au rationalisme dogmatique : "Tout rationnel est réel et tout réel est rationnel", pour reprendre l'expression de Hegel. L'homme doit avoir pour objectif de supprimer toute forme d'irrationalité en tant que carence dans l'entreprise humaine et qui s'apparenterait à une forme d'obscurantisme. Nous devons, en tant qu'êtres doués de raison, avoir pour objectif d'expliquer le monde. Comme le disait René Descartes, "La raison est la chose au monde la mieux partagée" (Discours de la Méthode).  

    Finalement, rationnel et irrationnel, dit Bruno, semblent appartenir à deux sphères différentes totalement irréductibles et irréconciliables. 

    Or, l'irrationnel est-il réellement péjoratif ? Car, derrière cet obscurantisme, l'irrationnel porte différents apparats :  le rêve, l'art, le hasard, le chaos, les rumeurs, le conspirationnisme ou l'imaginaire. Une participante cite Gaston Bachelard qui voyait l'importance de l'irrationnel dans les sciences – dans l'art et le rêve par exemple.  L'existence humaine elle-même paraît toute entière être modelée par cet irrationnel  : qui suis-je ? D'où viens-je ? Où vais-je ? L'Histoire elle-même peut être vue comme raisonnable, avoir un sens (Hegel) mais aussi être considérée comme quelque chose d'irrationnel. Hegel, dans cette notion de dogmatisme rationnel, englobe dans la raison la distinction du vrai et du faux mais également ce qui est la forme de mon action – le raisonnable. Or, peut-on tout expliquer et tout contrôler, y compris les rêves, les sentiments, voire l'amour (cette présente séance a lieu un 14 février !) ? Ce qui est inexpliqué est-il inexplicable ? Prenons l'exemple du rêve. Ce dernier a longtemps été considéré comme une notion quasi divine (le songe). Cependant, il a été étudié par Sigmund Freud au cours du XXème siècle. Ce dernier va postuler la notion d'inconscient et justifier ce postulat comme scientifique : il considère que l'entreprise humaine doit tout rationaliser, y compris les rêves, jusqu'à créer une science, la psychanalyse. Autre exemple : la folie. Cette forme d'irrationalité n'est pas de l'illogisme. Ainsi, un psychotique est tout à fait rationnel dans sa démarche, tout comme le rêve est très rationnel même s'il est non-réel, fictif.  

    Il est dit que la raison a intérêt à repousser les limites de l'incompréhension. Des faits jugés longtemps comme irrationnels (l'univers, l'inconscient, etc.) sont ainsi tombés au cours des siècles dans la sphère de la raison. Claire cite Les Lumières, successeurs de Descartes, pour qui la raison humaine doit être impulsée afin que, le progrès aidant, l'Humanité se porte mieux (Kant). La raison est érigée comme rempart contre toute forme de barbarie. La peur sociologique de l'étranger entre de plein pied dans cette incompréhension de l'autre, de cet autre que je ne comprends pas. Les Grecs, à ce sujet, ont inventé un terme pour qualifier cet étranger : c'est le barbare, celui que l'on ne comprend pas, qui ne sait pas parler grec, qui parle par onomatopée, par des "ba ba" !  

    S'agissant de l'antiquité grecque, la raison vient du terme ratio, qui est le "calcul". Pour les grecs, la raison c'est le logos, qui est le même mot pour dire "raison" que pour dire "discours". 

    Quelque part, ajoute Claire, on en vient à confondre rationalité et "raisonnabilité". L'homme, en en sachant davantage va pouvoir devenir plus vertueux. Seulement, ce dogmatisme rationnel atteint ses limites lorsque, à l'instar de ce qui s'est passé au XXème siècle, la raison et les sciences dures sont utilisées à des fins destructrices : guerres mondiales, génocides  planifiés voire industrialisés, armes nucléaires, etc.

    Blaise Pascal se met dans une distance critique par rapport à la raison : "Le cœur a ses raisons que la raison ignore." Il parle là de foi et non d'amour et, ajoute-t-il, "la raison est bien trop faible si elle ne reconnaît pas ses limites." Dit autrement, quelqu'un qui pense qu'il doit tout expliquer n'est pas un homme ! Il y a des choses qui sont de l'ordre de l'indicible et du mystère, de l'ordre du "cœur". C'est bien de foi qu'il s'agit, au sens de la fides latine, une croyance qui se suffit à elle-même et qui n'a pas besoin d'explications, de réglementations et de limites. En assumant au contraire ces choses qui nous dépassent, l'on se placerait dans une posture humble et, quelque part, vertueuse.     

    Une question est posée au sujet de l'instinct : appartient-il à la sphère de l'irrationnel ? Ce qui est de l'ordre de l'innée semble être cassé par tout entreprise scientifique. Pour Freud, il n'y a pas d'instinct. Pour lui, le seul instinct humain est celui de l'acquisition de la culture, du savoir, de l'apprentissage et de la rationalité. Il considère que si on ne met pas du sens là dedans, on ne se comprend pas, on ne se connait pas et on ne répond pas à l'impératif socratique : "Connais-toi toi-même." Nous sommes là au cœur même du principe philosophique : celui de la suppression de toute notion instinctive, en l'expliquant. L'on peut également parler de la peur, une réaction reptilienne a priori irrationnelle : celle-ci peut être battu en brèche par la raison. Les mécanismes physiologiques de la peur sont bien connus de la science. Pour Freud, le corps "pense". On fait preuve de rationalité même lorsque c'est le corps qui réagit a priori spontanément – la peur, l'instinct, le rêve, etc. – car c'est le cerveau qui nous gouverne.    

    Pour un participant, le rationnel est évolutif. La raison évolue à travers les siècles. L'irrationnel, au contraire, serait une notion pérenne que rien ne peut combattre. Claire cite l'exemple de la Théorie du Genre : une expression créée de toute pièce par un homme politique à partir de l'expression "égalité des genres", une expression qui a écorchée, interprétée puis récupérée et amplifiée via les réseaux sociaux. Cette notion d'irrationnel est soumise à la foi et à des croyances solides et a sa vie propre en dehors de la raison. 

    Pour un autre intervenant, "on ne manquera jamais d'irrationalité" car l'irrationnel est une construction personnelle. Cette notion baigne dans notre vie et est omniprésente, qu'on le veuille ou non. D'où viendrait l'irrationnel ? Le corps a sa place : il impose sa propre logique et veut des signes pour combler un vide (un vide suite à un décès par exemple : longtemps après sa mort, Jane Birkin voulait voir son ancien compagnon Serge Gainsbourg partout, par une sorte de nécessité). On croit voir car on veut voir, mus par un besoin. Par contre, ajoute le même intervenant, étendre sa connaissance et sa raison apparaît bien plus nécessaire dans notre société. D'autant plus, est-il dit, que l'irrationnel est clairement utilisé par tous les pouvoirs en place pour faire adhérer tel ou tel peuple à telle ou telle politique ("Réenchanter le rêve", disait un homme politique). Pour autant, plusieurs participants regrettent le déficit d'irrationnel dans nos sociétés, et notamment parmi les jeunes générations : l'irrationalité serait une arme contre le formatage. Lorsque l'on parle de raison, tout se passe comme si il y avait une tendance une injonction morale pour des cadres rigides et des réalisations "raisonnables" – avec son lot de jugement moral ("Non, ma fille, sois raisonnable : tu ne pourras pas devenir actrice !").

    Le besoin de réaliser ses rêves est à ce point ancré en chacun de nous qu'un personnage comme Candide (Voltaire) refuse de rester dans le pays utopique d'Eldorado car, là, tous les rêves ont été réalisés (cf. débat du 10 janvier 2014 sur l'utopie, ainsi que ce texte). Dans le Projet pour une Paix perpétuelle de Kant, ce dernier explique que l'homme a besoin des autres pour survivre et atteindre le bonheur. Et ce bonheur passe aussi par cet élan vers le rêve et la folie.  

    La raison peut certes combattre l'irrationnel – "s'en occuper" dans un sens combatif – mais elle peut aussi y répondre voire se nourrir de l'irrationnel, pour ne pas dire l'exploiter. Un participant cite le surréalisme qui est "la rencontre fortuite d'une table de dissection d'un parapluie et d'une machine à coudre" selon André Breton. Ce faisant, l'irrationnel n'est plus à combattre mais devient un domaine riche de sens. 

    L'art (technè) reste une technique, faisant donc appel à un raisonnement, l'œuvre d'art est considérée comme autonome dont le but premier est d'interpeller le public. Pour un intervenant, l'oeuvre d'art est de l'ordre d'un langage propre, langage que les mots peuvent avoir du mal à expliquer, ce qui rend l'art stricto sensu, indicible. Claire prend pour exemple Séraphine de Senlis, peintre analphabète mais à la technique maîtrisée. Or, une réalisation artistique a beau être contrôlée, les idées procédant à ces réalisations restent de l'ordre de l'irrationnel, faisant d'une œuvre d'art non pas une simple création technique mais une œuvre ouverte (Umberto Eco) pouvant échapper à son créateur. Une intervenante cite également la biodynamie, une théorie incompréhensible utilisée dans l'agriculture.

    L'expression "s'occuper de l'irrationnel" peut aussi être vue dans un sens plus noble : "s'occuper" c'est "prendre soin de". La raison aurait tout à gagner à entretenir une forme d'irrationnel comme condition de dépassement et de prise de risque. Le lâcher prise serait dans ce cas salvateur : à trop vouloir chercher une finalité à tout et tout expliquer, l'on perd une forme de spontanéité qui serait propice au dépassement et au bonheur.      

    Pour Ludwig Feuerbach, ajoute Claire, le devoir de la raison de s'occuper de l'irrationalité peut nous faire entrer dans une idéologie qui peut être nocive car l'on s'empêche de vivre spontanément des choses non-inscrites dans un cadre, sans qu'il y ait un sens donné. Vivre un rêve incompréhensible, sans contrôle et pleinement, n'est-ce pas le rendre encore plus beau ? 

    La raison est cette faculté de discerner le vrai du faux et le bien du mal (Descartes). Je juge la valeur de mon action si je discerne ce qui est réel de ce qui ne l'est pas. Dans l'irrationalité il y a l'idée de l'irréalisable et de l'irraisonnable. Pour Henri Bergson, penseur de l'individu, il y aurait l'idée courante qu'il existe un ensemble de possibles qui précéderaient le réel ; la raison permettrait de faire ses choix parmi un ensemble de possibilités. Or, pour Bergson justement, cela ne se passe pas ainsi. On se nourrit sans cesse d'irrationnel car on rend possible des choix qui étaient impossibles au départ. Pour nous construire, il y a d'abord un ensemble de vides ("Entre le Tout et le Rien, c'est le rien qui l'emporte car il contient intrinsèquement le Tout", dit une participante).qui nous permet d'avancer. Il n'est certes pas absurde de désirer l'impossible car ce que nous réalisons était au départ impossible. Je me nourrit de l'irréalisé.  L'acte véritablement libre ne serait-ce pas celui que j'accomplis contre toute raison, l'acte fou et déraisonnable ? Dans ce sens, la raison s'occupe de l'irrationnel en le comblant et en y mettant sa patte.

    La théorie scientifique, exemple le plus marqué de la raison, est discuté en cours de débat. La théorie scientifique établit des règles à partir de ce qui marche et qui peuvent être discutées et remises en question quelques années plus tard. Or, les théories scientifiques ne sont sans doute qu'une partie de cette raison sur laquelle nous discutons.  Il y a en réalité plusieurs strates de raisons, de l'acratie (acrasia) aristotélicienne (je désire fortement une pâtisserie, alors même que ma raison m'ordonne que cela est mauvais) jusqu'aux sciences dures, construites patiemment grâce à la raison. S'agissant justement des théories scientifiques, celles-ci s'approchent dangereusement de l'irrationnel : théories du chaos, physiques quantiques, ce qui fait dire à Bruno que la frontière rationnel/irrationnel est ténu et que le  curseur rationnel et irrationnel est mouvant. Non seulement le rationnel est à géométrie variable mais il peut intégrer des notions aussi abstraites que le rêve, l'imagination ou le hasard (Gaston Bachelard).  

    Le rationnel dérange l'irrationnel et l'inverse n'est pas forcément vrai. Le but de la raison n'est pas de convaincre mais de comprendre, dit encore un participant. Le dernier mot resterait finalement à la critique qui servirait à naviguer entre rationnel et irrationnel, une critique qui nous permet de ne pas nous perdre et de vivre notre vie d'homme debout (Alain). 

    En fin de séance, quatre sujets sont proposés pour la saison du 28 mars 2014 : "Famille(s) je vous aime, famille(s) je vous hais", "L'État est-il une violence institutionnalisée ?", "Doit-on désacraliser le sacré ?" (un sujet proposé sur Facebook par un participant du café philosophique) et "Pourquoi fait-on des enfants ?" C'est le sujet "Famille(s) je vous aime, famille(s) je vous hais" qui est élu par les participants de cette séance.  

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  • DES ENFANTS SAUVAGES DANS UNE FAMILLE DE LA COURNEUVE

    Une famille avec un nourrisson et trois garçons de moins de 6 ans vivant en "enfants sauvages", n’ayant aucun contact avec l'extérieur , sans école ni soins, a été découverte début février par la police dans un appartement de la cité des 4.000 à La Courneuve (Seine-Saint-Denis), a révélé jeudi 20 mars RTL. 

    Les enfants retrouvés sont des garçons de 6 ans, 5 ans et demi et 2 ans, ainsi qu’une fillette de bientôt trois mois. Deux d’entre eux seraient handicapés de naissance. Privés de soins, les aînés présentaient "des troubles majeurs du développement", incapables par exemple de marcher ou de parler correctement, et ont dû être tout d'abord hospitalisés à la demande des juges.

    La suite ici...

     

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  • MERCI AUX PARTICIPANTS DE LA SÉANCE DU 14 FÉVRIER 2014

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    Le café philosophique de Montargis a réuni pour sa séance du 14 février 2014 septembre de 45 à 50 personnes. Le débat s'intitulait : "La raison a-t-elle à s'occuper de l'irrationnel ?"

    Claire et Bruno tiennent à remercier les personnes présentes. Bientôt, sur ce site, vous retrouverez comme d'habitude le compte-rendu de cette séance.

    La prochaine séance du café philosophique de Montargis aura lieu le vendredi 28 mars 2014 à 19 heures, à la Brasserie du Centre commercial de la Chaussée pour un débat intitulé : "Famille(s) je vous aime, famille(s) je vous hais"

    Notez également que la seconde émission de "La Philosophie au Comptoir" aura lieu le lundi 17 février à 20 heures su C2L. Titre de cette nouvelle émission du café philo : "Puis-je faire ce que je veux de mon corps ?

     

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  • CAFÉ PHILOSOPHIQUE : "LA RAISON A-T-ELLE À S'OCCUPER DE L'IRRATIONNEL ?"

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    La prochaine séance du café philosophique de Montargis aura lieu le vendredi 14 février 2014 à 19H à la Brasserie du Centre commercial de la Chaussée

    Le débat sera intitulé : "La raison a-t-elle à s'occuper de l’irrationnel ?"

     
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"Tous les hommes recherchent d’être heureux; cela est sans exception; quelques différents moyens qu’ils y emploient, ils tendent tous à ce but ” [Blaise Pascal]