Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Café philosophique de Montargis - Page 4

  • Pascal : L'imagination, ce pouvoir trompeur

    C’est cette partie dominante dans l’homme, cette maîtresse d’erreur et de fausseté, et d’autant plus fourbe qu’elle ne l’est pas toujours, car elle serait règle infaillible de vérité si elle l’était infaillible du mensonge. Mais étant le plus souvent fausse, elle ne donne aucune marque de sa qualité, marquant du même caractère le vrai et le faux. Je ne parle pas des fous, je parle des plus sages et c’est parmi eux que l’imagination a le grand droit de persuader les hommes. La raison a beau crier, elle ne peut mettre le prix aux choses.

    Cette superbe puissance ennemie de la raison, qui se plaît à la contrôler et à la dominer, pour montrer combien elle peut en toutes choses, a établi dans l’homme une seconde nature. Elle a ses heureux, ses malheureux, ses sains, ses malades, ses riches, ses pauvres. Elle fait croire, douter, nier la raison. Elle suspend les sens, elle les fait sentir. Elle a ses fous et ses sages, et rien ne nous dépite davantage que de voir qu’elle remplit ses hôtes d’une satisfaction bien autrement pleine et entière que la raison. Les habiles par imagination se plaisent tout autrement à eux‑mêmes que les prudents ne se peuvent raisonnablement plaire. Ils regardent les gens avec empire, ils disputent avec hardiesse et confiance, les autres avec crainte et défiance. Et cette gaieté de visage leur donne souvent l’avantage dans l’opinion des écoutants, tant les sages imaginaires ont de faveur auprès des juges de même nature.

    Elle ne peut rendre sages les fous, mais elle les rend heureux, à l’envi de la raison, qui ne peut rendre ses amis que misérables, l’une les couvrant de gloire, l’autre de honte.

    Qui dispense la réputation, qui donne le respect et la vénération aux personnes, aux ouvrages, aux lois, aux grands, sinon cette faculté imaginante ? Combien toutes les richesses de la terre insuffisantes sans son consentement.

    Ne diriez‑vous pas que ce magistrat dont la vieillesse vénérable impose le respect à tout un peuple se gouverne par une raison pure et sublime et qu’il juge des choses par leur nature sans s’arrêter à ces vaines circonstances qui ne blessent que l’imagination des faibles ? Voyez‑le entrer dans un sermon où il apporte un zèle tout dévot, renforçant la solidité de sa raison par l’ardeur de sa charité. Le voilà prêt à l’ouïr avec un respect exemplaire. Que le prédicateur vienne à paraître, si la nature lui a donné une voix enrouée et un tour de visage bizarre, que son barbier l’ait mal rasé, si le hasard l’a encore barbouillé de surcroît, quelques grandes vérités qu’il annonce, je parie la perte de la gravité de notre sénateur.

    Le plus grand philosophe du monde sur une planche plus large qu’il ne faut, s’il y a au‑dessous un précipice, quoique sa raison le convainque de sa sûreté, son imagination prévaudra. Plusieurs n’en sauraient soutenir la pensée sans pâlir et suer.

    Je ne veux pas rapporter tous ses effets. Qui ne sait que la vue des chats, des rats, l’écrasement d’un charbon, etc. emportent la raison hors des gonds. Le ton de voix impose aux plus sages et change un discours et un poème de force. L’affection ou la haine changent la justice de face. Et combien un avocat bien payé par avance trouve‑t‑il plus juste la cause qu’il plaide ! Combien son geste hardi la fait‑il paraître meilleure aux juges dupés par cette apparence ! Plaisante raison qu’un vent manie et à tout sens ! Je rapporterais presque toutes les actions des hommes, qui ne branlent presque que par ses secousses. Car la raison a été obligée de céder, et la plus sage prend pour ses principes ceux que l’imagination des hommes a témérairement introduits en chaque lieu.

    Il faut, puisqu’il y a plu, travailler tout le jour pour des biens reconnus pour imaginaires. Et quand le sommeil nous a délassés des fatigues de notre raison, il faut incontinent se lever en sursaut pour aller courir après les fumées et essuyer les impressions de cette maîtresse du monde.

    Nos magistrats ont bien connu ce mystère. Leurs robes rouges, leurs hermines dont ils s’emmaillotent en chats fourrés, les palais où ils jugent, les fleurs de lys, tout cet appareil auguste était fort nécessaire. Et si les médecins n’avaient des soutanes et des mules et que les docteurs n’eussent des bonnets carrés et des robes trop amples de quatre parties, jamais ils n’auraient dupé le monde, qui ne peut résister à cette montre si authentique. S’ils avaient la véritable justice et si les médecins avaient le vrai art de guérir, ils n’auraient que faire de bonnets carrés. La majesté de ces sciences serait assez vénérable d’elle‑même. Mais n’ayant que des sciences imaginaires il faut qu’ils prennent ces vains instruments, qui frappent l’imagination, à laquelle ils ont affaire. Et par là en effet ils s’attirent le respect.

    Les seuls gens de guerre ne se sont pas déguisés de la sorte, parce qu’en effet leur part est plus essentielle. Ils s’établissent par la force, les autres par grimace.

    Blaise Pascal, Pensées, 82 (+1662)

    Lien permanent Catégories : =>Saison. 10, Compilation de textes, Documents, Livres, [83] "Les apparences sont-elles toujours trompeuse Imprimer 0 commentaire Pin it!
  • Pascal : L'illusion domine la vie humaine

    Chaque degré de bonne fortune qui nous élève dans le monde nous éloigne davantage de la vérité, parce qu'on appréhende plus de blesser ceux dont l'affection est plus utile et l'aversion plus dangereuse. Un prince sera la fable de toute l'Europe, et lui seul n'en saura rien. Je ne m'en étonne pas : dire la vérité est utile à celui à qui on la dit, mais désavantageux à ceux qui la disent, parce qu'ils se font haïr. Or, ceux qui vivent avec les princes aiment mieux leurs intérêts que celui du prince qu'ils servent ; et ainsi, ils n'ont garde de lui procurer un avantage en se nuisant à eux-mêmes.

    Ce malheur est sans doute plus grand et plus ordinaire dans les plus grandes fortunes ; mais les moindres n'en sont pas exemptes, parce qu'il y a toujours quelque intérêt à se faire aimer des hommes. Ainsi la vie humaine n'est qu'une illusion perpétuelle ; on ne fait que s'entre-tromper et s'entre-flatter. Personne ne parle de nous en notre présence comme il en parle en notre absence. L'union qui est entre les hommes n'est fondée que sur cette mutuelle tromperie ; et peu d'amitiés subsisteraient, si chacun savait ce que son ami dit de lui lorsqu'il n'y est pas, quoiqu'il en parle alors sincèrement et sans passion.
    L'homme n'est donc que déguisement, que mensonge et hypocrisie, et en soi-même et à l'égard des autres. Il ne veut donc pas qu'on lui dise la vérité. Il évite de la dire aux autres ; et toutes ces dispositions, si éloignées de la justice et de la raison, ont une racine naturelle dans son cœur.

    Blaise Pascal, Pensées, 100 (+1662)

    Lien permanent Catégories : =>Saison. 10, Compilation de textes, Documents, Livres, [83] "Les apparences sont-elles toujours trompeuse Imprimer 0 commentaire Pin it!
  • Tartt : Le maître des illusions

    Les choses terribles et sanglantes sont parfois les plus belles. C’est une idée très grecque, et très profonde. La beauté c’est la terreur. Ce que nous appelons beau nous fait frémir. Et que pouvait-il y avoir de plus terrifiant et de plus beau, pour des âmes comme celles des Grecs ou les nôtres, que de perdre tout contrôle ? Rejeter un instant les chaînes de l’existence, briser l’accident de notre être mortel ? (...) Si nos âmes sont assez fortes, nous pouvons déchirer le voile et regarder en face cette beauté nue et terrible ; que Dieu nous consume, nous dévore, détache nos os de notre corps. Et nous recrache, nés à nouveau.

    Donna Tartt, Le Maître des illusions (1992)

    Lien permanent Catégories : =>Saison. 10, Compilation de textes, Documents, Livres, [83] "Les apparences sont-elles toujours trompeuse Imprimer 0 commentaire Pin it!
  • La valise philosophique du mois

    La classique "Valise philosophique" du café philo est toujours disponible et vous accompagne pour illustrer nos débats.

    Comme pour chaque séance, nous vous avons préparé des documents, textes, extraits de films ou de musiques servant à illustrer et enrichir les débats mensuels.

    Sur la colonne de droite, vous pouvez retrouver les documents autour de la séance du vendredi 19 juillet 2019 - la dernière séance de la saison - qui aura pour thème : "Les apparences sont-elles toujours trompeuses ?"

    Restez attentifs : régulièrement de nouveaux documents viendront alimenter cette rubrique d'ici la séance.

    Lien permanent Catégories : =>Saison. 10, Documents, La valise philosophique, Vie du site, vie du café philo, [83] "Les apparences sont-elles toujours trompeuse Imprimer 0 commentaire Pin it!
  • Kurozawa : "Rashomon"

    Lien permanent Catégories : =>Saison. 10, Compilation de textes, Documents, Vidéos/cinéma/TV, [83] "Les apparences sont-elles toujours trompeuse Imprimer 0 commentaire Pin it!
  • Borges : Je suis

    Je suis le seul homme sur la Terre et peut-être
    n'y a-t-il ni Terre ni homme.
    Peut-être qu'un dieu me trompe .
    Peut-être qu'un dieu m'a condamné au temps,
    cette longue illusion.
    Je rêve la lune et je rêve mes yeux
    qui la perçoivent
    J'ai rêvé le soir et le matin du premier jour.
    J'ai rêvé Carthage et les légions
    qui devastèrent Carthage.
    J'ai rêvé Lucain.
    J'ai rêvé la colline du Golgotha
    et les croix de Rome.
    J'ai rêvé la géométrie.
    J'ai rêvé le point, la ligne, le plan
    et le volume.
    J'ai rêvé le jaune, le rouge et le bleu.
    J'ai rêvé les mappemondes et les royaumes
    et le deuil à l'aube.
    J'ai rêvé la douleur inconcevable.
    J'ai rêvé le doute et la certitude.
    J'ai rêvé la journée d'hier.
    Mais peut-être n'ai-je pas eu d'hier,
    peut-être ne suis-je pas né.
    Je rêve, qui sait, d'avoir rêvé.

    Jorge Luis Borges, Je suis

    Lien permanent Catégories : =>Saison. 10, Compilation de textes, Documents, Livres, [83] "Les apparences sont-elles toujours trompeuse Imprimer 0 commentaire Pin it!
  • Pérec : Le trompe-l’œil, le vrai et l'illusion

    L'un des premiers paradoxes du trompe-l’œil... est qu'il n'existe pas - on pourrait presque dire par définition - de "mauvais" trompe-l’œil : un trompe-l’œil est ou n'est pas ; il est s'il fonctionne, c'est-à-dire s'il "trompe l’œil...

    Dans cette brève mystification se révèle quelque chose qui est de l'ordre du magique, du merveilleux, un étonnement délicieusement borgésien, où un vague sentiment d'improbable s'empare de ce que nous voyons, où un léger doute se met à exister à propos de ce qui est vrai et de ce qui est faux.

    Georges Pérec, L’œil ébloui (1981)

    Lien permanent Catégories : =>Saison. 10, Compilation de textes, Documents, Livres, [83] "Les apparences sont-elles toujours trompeuse Imprimer 0 commentaire Pin it!
  • Merleau-Ponty : Illusions des sens

    Même la perception du mouvement, qui d’abord paraît dépendre directement du point de repère que l’intelligence choisit, n’est à son tour qu’un élément dans l’organisation globale du champ. Car s’il est vrai que mon train et le train voisin peuvent tour à tour m’apparaître en mouvement au moment où l’un d’eux démarre, il faut remarquer que l’illusion n’est pas arbitraire et que je ne puis la provoquer à volonté par le choix tout intellectuel et désintéressé d’un point de repère. Si je joue aux cartes dans mon compartiment, c’est le train voisin qui démarre. Si, au contraire, je cherche des yeux quelqu’un dans le train voisin, c’est alors le mien qui démarre. À chaque fois nous apparaît fixe celui des deux où nous avons élu domicile, et qui est notre milieu du moment.

    Le mouvement et le repos se distribuent pour nous dans notre entourage, non pas selon les hypothèses qu’il plaît à notre intelligence de construire, mais selon la manière dont nous nous fixons dans le monde et selon la situation que notre corps y assume. Tantôt je vois le clocher immobile dans le ciel et les nuages qui volent au-dessus de lui, – tantôt au contraire les nuages semblent immobiles et le clocher tombe à travers l’espace, mais ici encore le choix du point fixe n’est pas le fait de l’intelligence : l’objet que je regarde et où je jette l’ancre m’apparaît toujours fixe et je ne puis lui ôter cette signification qu’en regardant ailleurs. Je ne la lui donne donc pas non plus par la pensée.

    La perception n’est pas comme une [sorte de] science commençante, et un premier exercice de l’intelligence, il nous faut retrouver un commerce avec le monde et une présence au monde plus vieux que l’intelligence.

    Maurice Merleau-Ponty, Le Cinéma et la nouvelle psychologie (1945)

    Lien permanent Catégories : =>Saison. 10, Compilation de textes, Documents, Livres, [83] "Les apparences sont-elles toujours trompeuse Imprimer 0 commentaire Pin it!
  • Bergson : Ce voile entre moi et l'objet

    Quel est l'objet de l'art ? Si la réalité venait frapper directement nos sens et notre conscience, si nous pouvions entrer en communication immédiate avec les choses et avec nous-mêmes, je crois bien que l'art serait inutile, ou plutôt que nous serions tous artistes, car notre âme vibrerait alors continuellement à l'unisson de la nature. Nos yeux, aidés de notre mémoire, découperaient dans l'espace et fixeraient dans le temps des tableaux inimitables. Notre regard saisirait au passage, sculptés dans le marbre vivant du corps humain, des fragments de statue aussi beaux que ceux de la statuaire antique. Nous entendrions chanter au fond de nos âmes, comme une musique quelquefois gaie, plus souvent plaintive, toujours originale, la mélodie ininterrompue de notre vie intérieure. Tout cela est autour de nous, tout cela est en nous, et pourtant rien de tout cela n'est perçu par nous distinctement. Entre la nature et nous, que dis-je ? entre nous et notre propre conscience, un voile s'interpose, voile épais pour le commun des hommes, voile léger, presque transparent, pour l'artiste et le poète. Quelle fée a tissé ce voile ? Fût-ce par malice ou par amitié ? Il fallait vivre, et la vie exige que nous appréhendions les choses dans le rapport qu'elles ont à nos besoins. Vivre consiste à agir. Vivre, c'est n'accepter des objets que l'impression utile pour y répondre par des réactions appropriées : les autres impressions doivent s'obscurcir ou ne nous arriver que confusément. Je regarde et je crois voir, j'écoute et je crois entendre, je m'étudie et je crois lire dans le fond de mon coeur. Mais ce que je vois et ce que j'entends du monde extérieur, c'est simplement ce que mes sens en extraient pour éclairer ma conduite ; ce que je connais de moi-même, c'est ce qui affleure à la surface, ce qui prend part à l'action. Mes sens et ma conscience ne me livrent donc de la réalité qu'une simplification pratique. Dans la vision qu'ils me donnent des choses et de moi-même, les différences inutiles à l'homme sont effacées, les ressemblances utiles à l'homme sont accentuées, des routes me sont tracées à l'avance où mon action s'engagera. Ces routes sont celles où l'humanité entière a passé avant moi. Les choses ont été classées en vue du parti que j'en pourrai tirer. Et c'est cette classification que j'aperçois, beaucoup plus que la couleur et la forme des choses...

    L'individualité des choses et des êtres nous échappe toutes les fois qu'il ne nous est pas matériellement utile de l'apercevoir. Et là même où nous la remarquons (comme lorsque nous distinguons un homme d'un autre homme), ce n'est pas l'individualité même que notre œil saisit, c'est-à-dire une certaine harmonie tout à fait originale de formes et de couleurs, mais seulement un ou deux traits qui faciliterons la reconnaissance".

    Henri Bergson, Le rire (1900)

    Lien permanent Catégories : =>Saison. 10, Documents, Livres, [83] "Les apparences sont-elles toujours trompeuse Imprimer 0 commentaire Pin it!
  • "Perfect Illusion"

    Lien permanent Imprimer 0 commentaire Pin it!
  • Freud : Une illusion n'est pas la même chose qu'une erreur

    Quand je dis : tout cela, ce sont des illusions, il me faut délimiter le sens de ce terme. Une illusion n'est pas la même, chose qu'une erreur, une illusion n'est pas non plus nécessairement une erreur. L'opinion d'Aristote, d'après laquelle la vermine serait engendrée par l'ordure — opinion qui est encore celle du peuple ignorant —, était une erreur ; de même l'opinion qu'avait une génération antérieure de médecins, et d'après laquelle le tabès aurait été la conséquence d'excès sexuels. Il serait impropre d'appeler ces erreurs des illusions, alors que c'était une illusion de la part de Christophe Colomb, quand il croyait avoir trouvé une nouvelle route maritime des Indes. La part de désir que comportait cette erreur est manifeste. On peut qualifier d'illusion l'assertion de certains nationalistes, assertion d'après laquelle les races indo-germaniques seraient les seules races humaines susceptibles de culture, ou bien encore la croyance d'après laquelle l'enfant serait un être dénué de sexualité, croyance détruite pour la première fois par la psychanalyse. Ce qui caractérise l'illusion, c'est d'être dérivée des désirs humains ; elle se rapproche par là de l'idée délirante en psychiatrie, mais se sépare aussi de celle-ci, même si l'on J ne tient pas compte de la structure compliquée de l'idée délirante. .,

    L'idée délirante est essentiellement — nous soulignons ce caractère — en contradiction avec la réalité ; l'illusion n'est pas nécessairement fausse, c'est-à-dire irréalisable ou en contradiction avec la réalité. Une jeune fille de condition modeste peut par exemple se créer l'illusion qu'un prince va venir la chercher pour l'épouser. Or ceci est possible ; quelques cas île ce genre se sont réellement présentés. Que le Messie vienne et fonde un âge d'or, voilà qui est beaucoup moins vraisemblable : suivant l'attitude personnelle de celui qui est appelé à juger de cette croyance, il la classera parmi les illusions ou parmi les équivalents d'une idée délirante. Des exemples d'illusions authentiques ne sont pas, d'ordinaire, faciles à découvrir ; mais l'illusion des alchimistes de pouvoir transmuter tous les métaux en or est peut-être l'une d'elles. Le désir d'avoir beaucoup d'or, autant d'or que possible a été très atténué par notre intelligence actuelle des conditions de la richesse ; cependant la chimie ne tient plus pour impossible une transmutation des métaux en or. Ainsi nous appelons illusion une croyance quand, dans la motivation de celle-ci, la réalisation d'un désir est prévalente, et nous ne tenons pas compte, ce faisant, des rapports de cette croyance à la réalité, tout comme l'illusion elle-même renonce à être confirmée (ou non) par le réel.

    Sigmund Freud, L'Avenir d'une Illusion (1927)

    Lien permanent Catégories : =>Saison. 10, Compilation de textes, Documents, Livres, [83] "Les apparences sont-elles toujours trompeuse Imprimer 0 commentaire Pin it!
  • "Mulholand Drive"

    Lien permanent Catégories : =>Saison. 10, Documents, Vidéos/cinéma/TV, [83] "Les apparences sont-elles toujours trompeuse Imprimer 0 commentaire Pin it!
  • Baudelaire : "Qu’importe le mensonge pourvu qu’on ait l’ivresse"

    Qu’importe le mensonge pourvu qu’on ait l’ivresse. La beauté n’est pas extérieure à l’esprit, elle est la nature réfléchie dans la sensibilité et la pensée de l’artiste, l’image de son goût de l’infini, l’expression de son rêve le plus intime, "la peinture de l’âme dans ses belles heures."

    Qu’importe le mensonge s’il est un moyen d’atteindre un Idéal plus vrai que la fade vérité et « s’il rend l’univers moins hideux et les instants moins lourds » ?

    Je désire être ramené vers les dioramas dont la magie brutale et énorme sait m’imposer une utile illusion. Je préfère contempler quelques décors de théâtre, où je trouve artistement exprimés et tragiquement concentrés mes rêves les plus chers. Ces choses, parce qu’elles sont fausses, sont infiniment plus près du vrai ; tandis que la plupart de nos paysagistes sont des menteurs, justement parce qu’ils ont négligé de mentir.

    Charles Baudelaire, Salon de 1859

    Lien permanent Catégories : =>Saison. 10, Compilation de textes, Documents, Livres, [83] "Les apparences sont-elles toujours trompeuse Imprimer 0 commentaire Pin it!