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Café philosophique de Montargis - Page 4

  • Horkheimer et Adorno : Progrès et isolements

    "L'affirmation selon laquelle les moyens de communication sont source d'isolement ne vaut pas seulement pour le domaine intellectuel. Non seulement le discours menteur du speaker à la radio s'imprime dans le cerveau des hommes et les empêche de se parler, non seulement la publicité Pepsi-Cola couvre des informations concernant la débâcle de continents entiers, non seulement l'exemple du héros de cinéma vient s'interposer comme un spectre lorsque des adolescents s'étreignent ou que les adultes commentent un adultère. Le progrès sépare littéralement les hommes... Les vitres des bureaux modernes, les salles immenses où travaillent d'innombrables employés que le public ou les patrons peuvent aisément surveiller ne permettent plus ni conversations privées, ni idylles. Même dans les administrations le contribuable a la garantie que les employés ne perdront plus de temps. Ils sont isolés dans la collectivité. Mais les moyens de communication isolent aussi les hommes physiquement. Les autos ont remplacé le chemin de fer. La voiture privée réduit les possibilités de rencontres au cours d’un voyage à des contacts avec des auto-stoppeurs parfois inquiétants. Les hommes voyagent sur leurs pneus, complètement isolément les uns des autres."

    Max Horkheimer et Theodor Adorno, La Dialectique de la raison (1947)

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  • Kant : Croire au progrès

    EKant.gif"Cette espérance en des temps meilleurs, sans laquelle un désir sérieux de faire quelque chose d’utile au bien général n’aurait jamais échauffé le coeur humain, a même eu de tout temps une influence sur l’activité des esprits droits et l’excellent Mendelssohn (2 lui-même a bien dû compter là-dessus quand il a déployé tant de zèle en faveur du progrès des lumières et la prospérité de la nation à laquelle il appartient. Car y travailler pour sa part et pour son seul compte, sans que d’autres après lui continuent à s’engager plus avant dans la même voie, il ne pouvait raisonnablement l’espérer. Au triste spectacle, non pas tant du mal que les causes naturelles infligent au genre humain, que de celui plutôt que les hommes se font eux-mêmes mutuellement, l’esprit se trouve pourtant rasséréné par la perspective d’un avenir qui pourrait être meilleur, et à vrai dire avec une bienveillance désintéressée, puisqu’il y a beau temps que nous serons au tombeau, et que nous ne récolterons pas les fruits que pour une part nous aurons nous-mêmes semés. Les raisons empiriques invoquées à l’encontre du succès de ces résolutions inspirées par l’espoir sont ici inopérantes. Car prétendre que ce qui n’a pas encore réussi jusqu’à présent ne réussira jamais, voilà qui n’autorise même pas à renoncer à un dessein d’ordre pragmatique’ ou technique (par exemple le voyage aérien en aérostats), encore bien moins à un dessein d’ordre moral, qui devient un devoir dès lors que l’impossibilité de sa réalisation n’est pas démonstrativement établie. Au surplus il ne manque pas de preuves du fait que le genre humain dans son ensemble a, de notre temps par comparaison à celui qui précède, effectivement progressé de façon notable au point de vue moral (de brèves interruptions ne peuvent rien prouver là-contre), et que le bruit qu’on fait à propos de l’irrésistible abâtardissement croissant de notre temps provient précisément de ce que, monté à un degré plus élevé de moralité, il a devant lui un horizon plus étendu et que son jugement sur ce qu’on est, en comparaison de ce qu’on devrait être, partant, le blâme que nous nous adressons à nous-mêmes, ne cessent de devenir plus sévères, à mesure que nous avons déjà gravi davantage de degrés de la moralité dans l’ensemble du cours du monde venu à notre connaissance."

    Emmanuel Kant (1793)

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  • Coup de projecteur : Conférence "Femmes d’Ouzbékistan, hier et aujourd’hui"

    En juin 2015, la romancière Lyane Guillaume avait donné, à Montargis, une conférence sur l’Ukraine et présenté son roman Les Errantes – Chroniques ukrainiennes – devant un large public.

    Mercredi 24 mai, Lyane reviendra à Montargis pour une nouvelle conférence, sur l’Ouzbékistan (où elle a vécu quatre ans) à travers les femmes de ce pays. À cette occasion, elle dédicacera son nouveau roman, Mille et un Jours en Tartarie, paru en février dernier aux Éditions du Rocher.

    L’action se déroule à Tachkent, autour d’une table bien garnie pour célébrer la Journée internationale de la femme. Au fil des échanges animés entre six convives ouzbèkes et l’auteur, leur invitée, l’Histoire de ce pays lointain et mal connu se dessine, racontée un peu à la façon des Mille et une Nuits.

    Ce récit documentaire nous conduit tout au long d’une contrée appelée autrefois Tartarie, traversée par la mythique Route de la Soie. Il met en scène la réalité contrastée de l’Ouzbékistan moderne, à la fois terre d’Islam et ex-République soviétique, partagé entre traditions et modernité. Un pays laïque où les femmes doivent leur émancipation non seulement à la constitution soviétique mais aussi à quelques audacieuses devancières, comme la danseuse Tamara Khanoum, Nadera Begum, reine et poétesse, ou encore Bibi, l’épouse du redoutable Tamerlan…

    L’ouvrage est sélectionné pour le Prix Simone Veil qui sera décerné au prochain Salon des Femmes de Lettres.

    Librairie des Écoles – 24/05/2017 – 18 H
    18 rue de Loing – Montargis – Entrée libre

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  • Verne : De la terre à la lune

    "L’assemblée sentit que son président allait aborder le point délicat. Elle redoubla d’attention.

    « Depuis quelques mois, mes braves collègues, reprit Barbicane, je me suis demandé si, tout en restant dans notre spécialité, nous ne pourrions pas entreprendre quelque grande expérience digne du XIXe siècle, et si les progrès de la balistique ne nous permettraient pas de la mener à bonne fin. J’ai donc cherché, travaillé, calculé, et de mes études est résultée cette conviction que nous devons réussir dans une entreprise qui paraîtrait impraticable à tout autre pays. Ce projet, longuement élaboré, va faire l’objet de ma communication ; il est digne de vous, digne du passé du Gun-Club, et il ne pourra manquer de faire du bruit dans le monde !

    – Beaucoup de bruit ? s’écria un artilleur passionné.

    – Beaucoup de bruit dans le vrai sens du mot, répondit Barbicane.

    – N’interrompez pas ! répétèrent plusieurs voix.

    – Je vous prie donc, braves collègues, reprit le président, de m’accorder toute votre attention.

    Un frémissement courut dans l’assemblée. Barbicane, ayant d’un geste rapide assuré son chapeau sur sa tête, continua son discours d’une voix calme :

    « Il n’est aucun de vous, braves collègues, qui n’ait vu la Lune, ou tout au moins, qui n’en ait entendu parler. Ne vous étonnez pas si je viens vous entretenir ici de l’astre des nuits. Il nous est peut-être réservé d’être les Colombs de ce monde inconnu. Comprenez-moi, secondez-moi de tout votre pouvoir, je vous mènerai à sa conquête, et son nom se joindra à ceux des trente-six États qui forment ce grand pays de l’Union !

    – Hurrah pour la Lune ! s’écria le Gun-Club d’une seule voix."

    Jules Verne, De La Terre à la Lune (1865)

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  • Merci aux participants de la séance du 12 mai 2017

    applause.jpgLe café philosophique de Montargis se réunissait le vendredi 24 mars 2017 pour un débat qui portait autour de ce sujet : "L'Etat a-t-il tous les droits?

    Environ 50 personnes étaient présentes pour ce débat. Un grand merci à tous pour leur participation. Bientôt, sur ce site, vous pourrez retrouver le compte-rendu de cette séance.

    Le café philo donne rendez-vous pour son débat suivant le vendredi 12 juin 2017, pour la dernière séance de cette saison. Le sujet choisi par les participants du café philo du mois de mai sera celui-ci : "Pouvons-nous passer du progrès ?" 

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  • Toutes nos affiches

    Saison 8

    "Pouvons-nous nous passer du progrès ?" (séance du 23 juin 2017)

    "L'Etat a-t-il tous les droits ?" (séance du 12 mai 2017)

    "Suis-je l'auteur de ma propre vie ?" (séance du 24 mars 2017)

    "L'échec : tomber, se relever" (séance du 20 janvier 2017)

    "Qu'est-ce qu'une oeuvre d'art ?" (séance du 10 décembre 2016)

    "Qu'est-ce qu'être français ?" (séance du 4 novembre 2016)

    "La société est-elle menacée par l'ordre ou le désordre?" (séance du 23 septembre 2016) 

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  • Toutes nos séances

    Saison 8

    [A venir] Débat 65 [Saison 8] - Vendredi 23 juin : "Pouvons-nous nous passer du progrès?"

    Débat 64 [Saison 8] - Vendredi 12 mai : "L'Etat a-t-il tous les droits ?"

    Débat 63 [Saison 8] - Vendredi 24 mars : "Suis-je l'auteur de ma propre vie?"

    Débat 62 [Saison 8] - Vendredi 20 janvier 2017 : "L'échec : tomber, se relever"

    Débat 61 [Saison 8] - Samedi 10 décembre 2016 : "Qu'est-ce qu'une oeuvre d'art ?" Séance spéciale aux Tanneries d'Amilly

    Débat 60 [Saison 8] - Vendredi 4 novembre 2016 : "Qu'est-ce qu'être français ?"

    Débat 59 [Saison 8] - Vendredi 23 septembre 2016 : "La société est-elle menacée par l'ordre ou le désordre?"

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  • L’État a-t-il tous les droits ?

    Le café philosophique de Montargis fixe son nouveau rendez-vous le vendredi 12 mai 2017, à 19 heures,à   la   Brasserie  du Centre   commercial   de   la   Chaussée.   Pour   cette   nouvelle   séance,   les   participants débattront autour de cette question : "L’État a-t-il tous les droits ?"

    Cette question provocatrice entendra s’interroger sur les droits mais aussi les devoirs de l’État, qui est a priori la forme la plus évidente du pouvoir. Ce pouvoir peut prendre plusieurs formes – démocraties,monarchies ou totalitarismes – mais il reste que l’État incarne la loi. Il décide de ce qui est licite ou non et décrète les droits et les devoirs de chacun.

    L’État aurait-il donc tous les droits ? Comment définir l’État et d’où vient son pouvoir ? Quels sont les devoirs de l’État et quelles sont les limites de son pouvoir ? Ce sont quelques-unes des questions qui seront traitées au cours de cette séance du 12 mai, à partir de 19heures à la brasserie du Centre Commercial de La Chaussée de Montargis.

    La participation sera libre et gratuite.

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  • Le 12 mai 2017 : débat "L'État a-t-il tous les droits ?"

    Affiche L'Etat a-t-il tous les droits image.jpg

    Le café philosophique de Montargis proposera sa prochaine séance le vendredi 12 mai 2017 à la Brasserie du Centre commercial de la Chaussée. 

    Le débat de cette séance sera intitulé : "L'État a-t-il tous les droits ?"

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  • Ce que Machiavel nous dit de la présidentielle 2017

    Le spécialiste de la Renaissance Patrick Boucheron revient avec un récit sur Machiavel. Son portrait de l’auteur du Prince passionne par ses résonances avec l’actualité.

    Patrick Boucheron, spécialiste de la Renaissance, directeur de L'Histoire mondiale de la France (Seuil), phénoménal succès en librairies, est aussi professeur au Collège de France. Il signe un récit inédit sur Machiavel, riche en leçons sur la présidentielle de 2017. "Lorsqu'aujourd'hui diffère d'hier, on peut prendre appui sur avant-hier pour comprendre ce qui va se passer demain", juge l'historien. Patrick Boucheron estime que Machiavel "peut toujours se lire au présent", car il "retrouve son actualité dans les moments d'orages politiques."

    Etes-vous un historien engagé?
    Il existe un pacte implicite entre l'auteur et le lecteur : l'auteur doit expliciter sa position en répondant à cette vieille question de 1968 : d'où tu parles? C'est une affaire de point de vue – donc une question machiavélienne. Il y a des sujets où je parle en spécialiste de l'Italie de la fin du Moyen Âge et d'autres où je fais appel plus généralement à mon métier d'historien comme, par exemple, avec L'Histoire mondiale de la France. Je suis donc un historien engagé dans le sens où je suis engagé dans un travail intellectuel. En ce cas, un historien engagé est bien le contraire d'un historien militant : il travaille à penser contre lui-même. En tant qu'historien qui travaille sur l'Italie de la Renaissance, Machiavel est au centre de ce que j'espère savoir ; mais si j'y trouve des ressources d'intelligibilité pour penser le présent, c'est aussi parce qu'il est un maître en inconfort.

    Machiavel excède donc son époque?
    Dès le XVIe siècle, on a voulu se débarrasser de Machiavel en inventant le machiavélisme. On cherchait alors à l'enfermer dans son temps, rendant impossible l'actualisation de sa pensée. Machiavel a voulu décrire son époque avec beaucoup de précision, de lucidité, et même de méchanceté puisqu'il le fait de manière désenchantée. Mais c'est bien parce qu'il a posé un diagnostic sur l'aujourd'hui que Machiavel peut toujours se lire au présent.

    La suite ici...

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  • Weber : Etat, politique et violence

    "Nous entendrons uniquement par politique la direction du groupement politique que nous appelons aujourd'hui « État », ou l'influence que l'on exerce sur cette direction.

    Mais qu'est-ce donc qu'un groupement, « politique » du point de vue du sociologue ? Qu'est-ce qu'un État ? Lui non plus ne se laisse pas connaître logiquement par le contenu de ce qu'il fait. Il n'existe en effet presque aucune tâche dont ne se soit pas occupé un jour un groupement politique quelconque ; d'un autre côté il n'existe pas non plus de tâches dont on puisse dire qu'elles aient de tout temps, du moins exclusivement, appartenu en propre aux groupements politiques que nous appelons aujourd'hui États ou qui ont été historiquement les précurseurs de l'État moderne. Celui-ci ne se laisse définir sociologiquement que par le moyen spécifique qui lui est propre, ainsi qu'à tout autre groupement politique, à savoir la violence physique.

    "Tout État est fondé sur la force", disait un jour Trotski à Brest-Litovsk. En effet, cela est vrai. S'il n'existait que des structures sociales d'où toute violence serait absente, le concept d'État aurait alors disparu et il ne subsisterait que ce qu'on appelle, au sens propre du terme, l'« anarchie ». La violence n'est évidemment pas l'unique moyen normal de l'État — cela ne fait aucun doute —, mais elle est son moyen spécifique. De nos jours la relation entre État et violence est tout particulièrement intime. Depuis toujours les groupements politiques les plus divers — à commencer par la parentèle — ont tous tenu la violence physique pour le moyen normal du pouvoir. Par contre il faut concevoir l'État contemporain comme une communauté humaine qui, dans les limites d'un territoire déterminé — la notion de territoire étant une de ses caractéristiques —, revendique avec succès pour son propre compte le monopole de la violence physique légitime. Ce qui est en effet le propre de notre époque, c'est qu'elle n'accorde à tous les autres groupements, ou aux individus, le droit de faire appel à la violence que dans la mesure où l'État le tolère : celui-ci passe donc pour l'unique source du « droit » à la violence. Par conséquent, nous entendrons par politique l'ensemble des efforts que l'on fait en vue de participer au pouvoir ou d'influencer la répartition du pouvoir, soit entre les États, soit entre les divers groupes à l'intérieur d'un même État.

    En gros, cette définition correspond à l'usage courant du terme. Lorsqu'on dit d'une question qu'elle est "politique", d'un ministre ou d'un fonctionnaire qu'ils sont « politiques », ou d'une décision qu'elle a été déterminée par la "politique", il faut entendre par là, dans le premier cas que les intérêts de la répartition, de la conservation ou du transfert du pouvoir sont déterminants pour répondre à cette question, dans le second cas que ces mêmes facteurs conditionnent la sphère d'activité du fonctionnaire en question, et dans le dernier cas qu'ils déterminent cette décision. Tout homme qui fait de la politique aspire au pouvoir — soit parce qu'il le considère comme un moyen au service d'autres fins, idéales ou égoïstes, soit qu'il le désire pour lui-même en vue de jouir du sentiment de prestige qu'il confère.

    Comme tous les groupements politiques qui l'ont précédé historiquement, l'État consiste en un rapport de domination de l'homme sur l'homme fondé sur le moyen de la violence légitime (c'est-à-dire sur la violence qui est considérée comme légitime). L'État ne peut donc exister qu'à la condition que les hommes dominés se soumettent à l'autorité revendiquée chaque fois par les dominateurs."

    Max Weber, Le savant et le politique (1919)

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  • Bodin : Souveraineté et absolutisme

    750px-Bodin_Jean_-_Les_Six_Livres_de_la_République_-_1576_-_p20.jpg"La souveraineté est la puissance absolue et perpétuelle d’une République... Et d’autant que nous avons dit que République est un droit Gouvernement de plusieurs familles, et de ce qui leur est commun, avec puissance souveraine, il est besoin d’éclaircir [ce] que signifie puissance souveraine. J’ai dit que cette puissance est perpétuelle, parce qu’il se peut faire qu’on donne puissance absolue à un ou plusieurs à certain temps, lequel expiré, ils ne sont plus rien que sujets ; et tant qu’ils sont en puissance, ils ne peuvent appeler Princes souverains, vu qu’ils ne sont que dépositaires, et gardes de cette puissance, jusqu’à ce qu’il plaise au peuple ou au Prince de la révoquer, qui en demeure toujours saisi ; car tout ainsi que ceux qui accommodent autrui de leurs biens, en demeurent toujours seigneurs, et possesseurs, ainsi est-il de ceux-là qui donnent puissance, et autorité de juger, ou commander, soit à certain temps et limité, soit tant et si longtemps qu’il leur plaira, ils demeurent néanmoins saisis de la puissance et juridiction, que les autres exercent par forme de prêt ou de précaire. C’est pourquoi la loi dit que le gouverneur de pays, ou Lieutenant du Prince, après son temps expiré, rend la puissance, comme dépositaire, et garde de la puissance d’autrui...

    Le prince ou les seigneurs d’une République peuvent donner purement et simplement la puissance souveraine et perpétuelle à quelqu’un pour disposer des biens, des personnes, et de tout l’état à son plaisir, et puis le laisser à qui il voudra, et tout ainsi que le propriétaire peut donner son bien purement et simplement, sans autre cause que de sa libéralité, qui est la vraie donation, et qui ne reçoit plus de conditions, étant une fois parfaite et accomplie, attendu que les autres donations qui portent charge et condition, ne sont pas vraies  donations. Aussi, la souveraineté donnée à un Prince sous charges et conditions, n’est pas proprement souveraineté, ni puissance absolue, si ce n’est que les conditions apposées en la création du Prince, soient de la Loi de Dieu ou de nature...

    En quelque sorte que ce soit, le sujet, qui est exempté de la puissance des lois, demeure toujours en la sujétion et obéissance de ceux qui ont la souveraineté. Or il faut que ceux-là qui sont souverains ne soient aucunement sujets aux commandements d’autrui, et qu’ils puissent donner loi aux sujets, et casser ou anéantir les lois inutiles, pour en faire d’autres : ce que ne peut faire celui qui est sujet aux lois, ou à ceux qui ont commandement sur lui.

    C’est pourquoi la loi dit que le Prince est absous de la puissance des lois, et ce mot de loi emporte aussi en latin le commandement de celui qui a la souveraineté. Aussi voyons-nous qu’en tous édits et ordonnances on y ajoute cette clause : Nonobstant tous édits et ordonnances, auxquelles nous avons dérogé, et dérogeons par ces présentes, et à la dérogatoire des dérogatoires...

    Si donc le Prince souverain est exempt des lois de ses prédécesseurs, beaucoup moins serait-il tenu aux lois et ordonnances qu’il fait : car on peut bien recevoir loi d’autrui, mais il est impossible par nature de se donner loi, non plus que commander à soi-même chose qui dépende de sa volonté... Et tout ainsi que le Pape ne se lie jamais les mains, comme disent les canonistes, aussi le Prince souverain ne se peut lier les mains, quand [bien même] il [le] voudrait. Aussi voyons-nous à la fin des édits et des ordonnances ces mots : CAR TEL EST NOTRE PLAISIR, [bien] qu’elles fussent fondées en bonnes et vives raisons, néanmoins qu’elles ne dépendent qu’elles ne dépendent que de sa pure et franche volonté. Mais quant aux lois divines et naturelles, tous les Princes de la terre y sont sujets, et [il] n’est pas en leur puissance d’y contrevenir, s’ils ne veulent être coupables de lèse-majesté divine, faisant guerre à Dieu, sous la grandeur duquel tous les Monarques du monde doivent faire joug, et baisser la tête en toute crainte et révérence..."

    Jean Bodin, Les Six Livres de la République (1576)

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  • Le Bret : Souveraineté et retenue

    téléchargement.jpg"S’il est nécessaire aux princes et aux monarques de se gouverner avec tant de prudence quand ils veulent faire de nouvelles lois, ils ne doivent pas se conduire avec moins de retenue quand il s’agit de changer les lois anciennes, qui ont été de tous temps observées dans leurs Etats...

    Mais quand l’Etat languissant de leurs royaumes désire pour sa guérison que l’on change les ordonnances anciennes, ou qu’il se présente occasion d’une plus grande utilité, c’est alors qu’ils peuvent justement les changer en d’autres meilleures... En toutes ces rencontres, il n’y a point de doute que les rois peuvent user de leur puissance et changer les lois et les ordonnances anciennes de leurs Etats. Ce qui ne s’entend pas seulement des lois générales, mais aussi des lois municipales et des coutumes particulières des provinces, car ils peuvent aussi les changer, quand la nécessité et la justice le désirent...  Ils doivent néanmoins procéder en cela avec de la retenue, pour ce qu’il n’y a rien dont les peuples soient plus jaloux que de leurs anciennes coutumes...

    Mais l’on demande si le roi peut faire tous ces changements de lois et d’ordonnances de sa seule autorité, sans en communiquer à son Conseil, ni à ses cours souveraines. A quoi l’on répond que cela ne reçoit point de doute, pour ce que le roi est le seul souverain dans son royaume et que la souveraineté n’est non plus divisible que le point en la géométrie. Toutefois, il sera toujours bienséant à un grand roi de faire approuver ses lois et ses édits par ses parlements et ses autres officiers de la couronne, qui sont obligés par serment de le servir et de la conseiller avec toute sorte de fidélité."

    Pierre-Cardin Le Bret, De la Souveraineté du Roi, de son Domaine et de sa Couronne (1632)

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"Il faut se méfier des ingénieurs, ça commence par la machine à coudre, ça finit par la bombe atomique." [Marcel Pagnol]