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Café philosophique de Montargis - Page 3

  • Canguilhem : Constantes physiologiques humaines et normes collectives

    "Bref, tenir les valeurs moyennes des constantes physiologiques humaines comme l'expression de normes collectives de vie, ce serait seulement dire que l'espèce humaine en inventant des genres de vie invente du même coup des allures physiologiques. Mais les genres de vie ne sont-ils pas imposés ? Les travaux de l'école française de géographie humaine ont montré qu'il n'y a pas de fatalité géographique. Les milieux n'offrent à l'homme que des virtualités d'utilisation technique et d'activité collective. C'est un choix qui décide. Entendons bien qu'il ne s'agit pas d'un choix explicite et conscient. Mais du moment que plusieurs normes collectives de vie sont possibles dans un milieu donné, celle qui est adoptée et que son antiquité fait paraître naturelle reste au fond choisie."

    Georges Canguilhem, Le normal et le pathologique (1979)

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  • Épictète : Philosophie et norme

    "Voici le point de départ de la philosophie : la conscience du conflit qui met aux prises les hommes entre eux, la recherche de l'origine de ce conflit, la condamnation de la simple opinion et la défiance à son égard, une sorte de critique de l'opinion pour déterminer si on a raison de la tenir, l'invention d'une norme, de même que nous avons inventé la balance pour la détermination du poids, ou le cordeau pour distinguer ce qui est droit et ce qui est tordu.

    Est-ce là le point de départ de la philosophie : est juste tout ce qui paraît tel à chacun ? Et comment est-il possible que les opinions qui se contredisent soient justes ? Par conséquent, non pas toutes. Mais celles qui nous paraissent à nous justes ? Pourquoi à nous plutôt qu'aux Syriens, plutôt qu'aux Égyptiens ? Plutôt que celles qui paraissent telles à moi ou à un tel ? Pas plus les unes que les autres. Donc l'opinion de chacun n'est pas suffisante pour déterminer la vérité.

    Nous ne nous contentons pas non pl,s quand il s'agit de poids ou de mesure de la simple apparence, mais nous avons inventé une norme pour ces différents cas. Et dans le cas présent, n'y a-t-il donc aucune norme supérieure à l'opinion ? Et comment est-il possible qu'il n'y ait aucun moyen de déterminer et de découvrir ce qu'il y a pour les hommes de plus nécessaire ? Il y a donc une norme. Alors, pourquoi ne pas la chercher et ne pas la trouver, et après l'avoir trouvée, pourquoi ne pas nous en servir par la suite rigoureusement, sans nous en écarter d'un pouce ? Car voilà, à mon avis, ce qui, une fois trouvé, délivrera de leur folie les gens qui se servent en tout d'une seule mesure, l'opinion, et nous permettra, désormais, partant de principes connus et clairement définis, de nous servir, pour juger des cas particuliers, d'un système de prénotions."

    Épictète, Entretiens, II, XI (IIe s. ap. JC)

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  • Genêt : Les Bonnes

    La chambre de Madame. Meubles Louis XV. Au fond, une fenêtre ouverte sur la façade de l’immeuble en face. A droite, le lit. A gauche, une porte et une commode. Des fleurs à profusion. C’est le soir. L’actrice qui joue Solange est vêtue d’une petite robe noire de domestique. Sur une chaise, une autre petite robe noire, des bas de fil noirs, une paire de souliers noirs à talons plats.

    Claire, debout, en combinaison, tournant le dos à la coiffeuse. Son geste –le bras tendu– et le ton seront d’un tragique exaspéré.

    Et ces gants ! Ces éternels gants ! Je t’ai dit souvent de les laisser à la cuisine. C’est avec ça, sans doute, que tu espères séduire le laitier. Non, non, ne mens pas, c’est inutile. Pends-les au-dessus de l’évier. Quand comprendras-tu que cette chambre ne doit pas être souillée ? Tout, mais tout ! ce qui vient de la cuisine est crachat. Sors. Et remporte tes crachats ! Mais cesse !

    Pendant cette tirade, Solange jouait avec une paire de gants de caoutchouc, observant ses mains gantées, tantôt en bouquet, tantôt en éventail.

    Ne te gêne pas, fais ta biche. Et surtout ne te presse pas, nous avons le temps. Sors !

    Solange change soudain d’attitude et sort humblement, tenant du bout des doigts les gants de caoutchouc. Claire s’assied à la coiffeuse. Elle respire les fleurs, caresse les objets de toilette, brosse ses cheveux, arrange son visage.

    Préparez ma robe. Vite le temps presse. Vous n’êtes pas là ? (Elle se retourne.) Claire ! Claire !

    Entre Solange.

    Solange

    Que Madame m’excuse, je préparais le tilleul (Elle prononce tillol.) de Madame.

    Claire

    Disposez mes toilettes. La robe blanche pailletée. L’éventail, les émeraudes.

    Solange

    Tous les bijoux de Madame ?

    Claire

    Sortez-les. Je veux choisir. (Avec beaucoup d’hypocrisie.) Et naturellement les souliers vernis. Ceux que vous convoitez depuis des années.

    Solange prend dans l’armoire quelques écrins qu’elle ouvre et dispose sur le lit.

    Pour votre noce sans doute. Avouez qu’il vous a séduite ! Que vous êtes grosse ! Avouez-le !

    Solange s’accroupit sur le tapis et, crachant dessus, cire des escarpins vernis.

    Je vous ai dit, Claire, d’éviter les crachats. Qu’ils dorment en vous, ma fille, qu’ils y croupissent. Ah ! ah ! vous êtes hideuse, ma belle. Penchez-vous davantage et vous regardez dans mes souliers. (Elle tend son pied que Solange examine.) pensez-vous qu’il me soit agréable de me savoir le pied enveloppé par les voiles de votre salive ? Par la brume de vos marécages ?

    Solange, à genoux et très humble.

    Je désire que Madame soit belle.

    Claire, elle s’arrange dans la glace.

    Vous me détestez, n’est-ce pas ? Vous m’écrasez sous vos prévenances, sous votre humilité, sous les glaïeuls et le réséda. (Elle se lève et d’un ton plus bas.) On s’encombre inutilement. Il y a trop de fleurs. C’est mortel. (Elle se mire encore.) Je serai belle. Plus que vous ne le serez jamais.

    Jean Genet, Les Bonnes (1947)

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  • Durkheim : Morale et tendance

    "La morale de notre temps est fixée dans ses lignes essentielles, au moment où nous naissons ; les changements qu'elle subit au cours d'une existence individuelle, ceux, par conséquent, auxquels chacun de nous peut participer sont infiniment restreints. Car les grandes transformations morales supposent toujours beaucoup de temps. De plus, nous ne sommes qu'une des innombrables unités qui y collaborent. Notre apport personnel n'est donc jamais qu'un facteur infime de la résultante complexe dans laquelle il disparaît anonyme. Ainsi, on ne peut pas ne pas reconnaître que, si la règle morale est œuvre collective, nous la recevons beaucoup plus que nous ne la faisons. Notre attitude est beaucoup plus passive qu'active. Nous sommes agis plus que nous n'agissons. Or, cette passivité est en contradiction avec une tendance actuelle, et qui devient tous les jours plus forte, de la conscience morale. En effet, un des axiomes fondamentaux de notre morale, on pourrait même dire l'axiome fondamental, c'est que la personne humaine est la chose sainte par excellence ; c'est qu'elle a droit au respect que le croyant de toutes les religions réserve à son dieu ; et c'est ce que nous exprimons nous-mêmes, quand nous faisons de l'idée d'humanité la fin et la raison d'être de la patrie. En vertu de ce principe, toute espèce d'empiétement sur notre for intérieur nous apparaît comme immorale, puisque c'est une violence faite à notre autonomie personnelle. Tout le monde, aujourd'hui, reconnaît, au moins en théorie, que jamais, en aucun cas, une manière déterminée de penser ne doit nous être imposée obligatoirement, fût-ce au nom d'une autorité morale."

    Emile Durkheim, L'Éducation morale (1903)

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  • Besnier : Nature et norme

    "D’où vient que l’on interprète encore aujourd’hui comme un péché contre la nature humaine, comme un geste de transgression cette volonté de dépasser la condition naturelle que permettent les sciences et les techniques ? Sans doute de ce que l’on prête à la Nature un caractère sacré qui ne laisse pas d’étonner quand on songe à la force des arguments rationalistes issus du siècle des Lumières et qui ont constitué la toile de fond de notre éducation républicaine. Il devrait pourtant s’imposer que l’on transgresse moins la nature elle-même que l’ordre auquel on est tenté de la soumettre. Si elle ne nous apparaissait pas comme un tout ordonné et donc limité – un cosmos, en quelque sorte –, on ne voit pas comment on pourrait être accusé de vouloir en contester les lois ou limites. Si la Nature était à nos yeux un simple donné, en lui-même moralement neutre, si elle se bornait à définir pour nous le réceptacle de ce qui existe, on ne voit pas comment on pourrait l’invoquer au titre d’une norme par rapport à laquelle tel geste se trouverait désigné comme transgressif. Mais là est peut-être la difficulté, qui explique notre réticence devant les manipulations issues des biotechnologies : nous avons beaucoup de mal à ne pas considérer la Nature comme une puissance qui impose ses normes et à laquelle il ne faudrait pas désobéir, sous peine de damnation."

    Jean-Michel Besnier, Demain les posthumains, Le futur a-t-il encore besoin de nous (2009)

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  • Djian : Marlène

    A14319.jpg"Il avait eu la faiblesse de penser que son retour à la vie civile ne pourrait jamais être aussi dur que les enfers qu'il avait traversés, mais c'était faire preuve d'une grande naïveté. Avait- il trouvé la paix, l'oubli, la plénitude ? Avait- il seulement trouvé le repos, un sommeil décent, avait- il connu l'ennui, le lénifiant et délectable ennui d'une journée banale, morne, transparente, ordinaire ? Non, évidemment non, rien de tout ça. Le trajet à bord du train fantôme était sans fin."

    Philippe Djian, Marlène (2017)

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  • Qu'est-ce qu'être normal?

    Affiche Qu'est-ce qu'être normal.png

    Après une séance le 13 avril 2018 à la médiathèque de Montargis, le café philosophique de mai se déroulera  au café Le Belman, 17-19 Boulevard des Belles Manières à Montargis, le vendredi 18 mai 2018.

    Le débat de cette séance sera intitulé : "Qu'est-ce qu'être normal?"

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  • Pour aller plus loin

    AfficheA3_cafe_philo_med_v2_2018.jpgPour compléter la séance du 19 janvier qui portait sur la question "Faut-il vivre comme si nous ne devions jamais mourir?", retrouvez sur ce lien le diaporama qui était diffusé

    Lien permanent Catégories : =>Saison 9, Diaporamas, Documents, [71] Café philo à la médiathèque : Penser la mort Imprimer 0 commentaire Pin it!
  • Merci aux participants de la séance du 13 avril, à la Médiathèque de Montargis

    Le café philosophique de Montargis se réunissait exceptionnellement à la Médiathèque de Montargis le vendredi 13 avril 2018 pour un débat qui portait autour de ce sujet : "Faut-il vivre comme si nous ne devions jamais mourir?"

    Environ 50 personnes étaient étaient présentes pour ce débat. Merci aux participants de ce débat ainsi qu'à l'équipe de la Médiathèque de Montargis pour leur accueil chaleureux et professionnel.

    Le café philo fixe son prochain rendez-vous au Belman le vendredi 18 mai au Belman, à partir de 19 heures. Le débat portera sur cette question : "Qu'est-ce qu'être normal ?"

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  • Jankélévitch : Mort et morale

    738_000_arp2528775.jpgEntre la finitude d'un pouvoir limité par la mort et l'infinité du devoir moral ou de l'amour, la contradiction paradoxale s'aiguise jusqu'au paroxysme de l'absurde et de l'intenable."

    Vladimir Jankélévitch, Le paradoxe de la morale (1989)

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  • "Faut-il vivre comme si nous ne devions jamais mourir ?"

    C’est à la médiathèque de Montargis, le vendredi 13 avril à 18 heures, que se tiendra la prochaine séance du café philosophique de Montargis. Un cadre exceptionnel pour une séance exceptionnelle, dont le sujet a été choisi par les utilisateurs de l’établissement public. Au terme d’un vote étalé sur plusieurs jours au sein de la médiathèque, ses usagers ont choisi de débattre de ce sujet : "Faut-il vivre comme si nous ne devions jamais mourir ?"

    Le thème de la mort est essentiel en philosophie, comme le soulignait Albert Camus. Essentiel et absurde. La conscience et même l’appréhension de la mort est d’abord ce qui caractérise l’homme. Les rites funérailles ou le deuil font l’objet du plus grand soin dans toutes les sociétés humaines. Et pourtant, cette mort nous effraie, et nous serions tentés de l’éloigner de nous pour privilégier nos instincts de vie. Face à cette mort absurde et inéluctable, faut-il vivre comme si nous ne devions jamais mourir ? Masquer la mort est-elle tenable dans notre existence ? Et de quelle mort parlons-nous puisqu’il semblerait que la mort soit toujours celle de l’autre ? Comment penser la mort ?

    Ce sont autant de points qui pourront être débattues lors de la séance du vendredi 13 avril 2018, à partir de 18 heures à l’Atrium de la Médiathèque de Montargis.

    La participation sera libre et gratuite.

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  • Horace : Carpe diem

    "N’essaye pas de savoir - c’est une chose interdite - pour moi, pour toi,
    le temps que les dieux nous ont donné, Leuconoé. Ne sonde pas
    les horoscopes babyloniens. Quoi qu’il arrive, tout en sera meilleur !
    Que Jupiter nous donne encore de très nombreux hivers, que celui-ci soit le dernier,

    qui, en ce moment même, fait se briser les vagues de la mer Tyrrhénienne
    sur les rochers usés, toi, pleine de sagesse, fais couler du vin et abrège l’attente
    trop longue pour un instant si court. Le temps de parler, et la vie jalouse
    sera enfuie. Prends le jour qui s’offre, ne fais pas crédit à demain."

    Horace, Ode XI (Ier s. ap. JC)

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  • "La vie par procuration"

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