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Documents - Page 3

  • Hobbes : Une définition de la liberté

    Hobbesintro.jpg"Le mot liberté désigne proprement l’absence d’opposition (par opposition, j’entends les obstacles au extérieurs au mouvement), et peut être appliqué aux créatures sans raison ou inanimées aussi bien qu’aux créatures raisonnables. Si en effet une chose quelconque est liée ou entourée de manière à ne pas pouvoir se mouvoir, sauf dans un espace déterminé, délimité par l’opposition d’un corps extérieur, on dit que cette chose n’a pas la liberté d’aller plus loin. C’est ainsi qu’on a coutume de dire des créatures vivantes, lorsqu’elles sont emprisonnées ou retenues par des murs ou des chaînes, ou de l’eau lorsqu’elle est contenue par des rives ou par un récipient, faute de quoi elle se répandrait dans un espace plus grand, que ces choses n’ont pas la liberté de se mouvoir de la manière dont elles le feraient en l’absence d’obstacles extérieurs. Cependant, quand l’obstacle au mouvement réside dans la constitution de la chose en elle-même, on a coutume de dire qu’il lui manque, non pas la liberté, mais le pouvoir de se mouvoir ; c’est le cas lorsqu’une pierre gît immobile ou qu’un homme est cloué au lit par la maladie.
    D’après le sens propre (et généralement admis) du mot, un homme libre est celui qui, s’agissant des choses que sa force et son intelligence lui permettent de faire, n’est pas empêché de faire celles qu’il a la volonté de faire."
     
    Thomas Hobbes, Léviathan (1651)

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  • Tocqueville : Le bonheur et la liberté, l'individualisme et le despotisme

    "Je veux imaginer sous quels traits nouveaux le despotisme pourrait se produire dans le monde : je vois une foule innombrable d’hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs, dont ils emplissent leur âme. Chacun d’eux, retiré à l’écart, est comme étranger à la destinée de tous les autres...

    Au-dessus de ceux-là s’élève un pouvoir immense et tutélaire , qui se charge seul d’assurer leur jouissance et de veiller sur leur sort. Il est absolu, détaillé, régulier, prévoyant et doux. Il ressemblerait à la puissance paternelle si, comme elle, il avait pour objet de préparer les hommes à l’âge viril ; mais il ne cherche, au contraire, qu’à les fixer irrévocablement dans l’enfance ; il aime que les citoyens se réjouissent, pourvu qu’ils ne songent qu’à se réjouir. Il travaille volontiers à leur bonheur ; mais il veut en être l’unique agent et le seul arbitre ; il pourvoit à leur sécurité, prévoit et assure leurs besoins, facilite leurs plaisirs, conduit leurs principales affaires, dirige leur industrie, règle leurs successions, divise leurs héritages ; que ne peut-il leur ôter entièrement le trouble de penser et la peine de vivre ?"

    Alexis de Tocqueville, De la Démocratie en Amérique (1835-1840)

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  • Calvino : Sur un arbre perché

    "En somme, malgré sa fameuse fugue, Côme vivait auprès de nous comme avant, ou peu s'en faut. C'était un solitaire qui ne fuyait pas les hommes. Au contraire, on eût dit qu'il ne pouvait s'en passer. Il se postait là où des paysans piochaient, retournaient le fumier, fauchaient un pré, et leur donnait poliment le bonjour. Eux levaient la tête, ahuris ; il leur faisait comprendre aussitôt où il se trouvait : notre vieille manie de nous cacher pour faire des farces aux passants, quand nous montions ensemble dans les arbres, l'avait complètement quitté. Les premiers temps, les paysans qui le voyaient franchir de telles distances sur ses branches ne savaient trop quel parti adopter, se demandant s'il fallait lui tirer leur chapeau comme on fait devant un notable ou le houspiller comme un morveux. Ensuite, ils s'habituèrent et commencèrent d'échanger avec lui des propos sur leurs travaux, sur le temps ; ils semblaient même apprécier son jeu, un jeu ni meilleur ni pire que tant d'autres auxquels ils voyaient se livrer les riches.

    Côme restait arrêté des demi-heures dans un arbre pour les regarder travailler et les interroger sur les engrais ou les semences ; il n'avait jamais eu l'occasion de rien faire de tel tant qu'il circulait à terre : une espèce de honte l'avait jusqu'alors empêché d'adresser la parole aux villageois et aux domestiques. A présent, il les informait de ce que le sillon qu'ils étaient occupés à tracer était ou n'était pas droit, de ce que les tomates étaient déjà mûres dans le champ du voisin ; ou bien il s'offrait à faire pour eux de petites commissions, par exemple aller dire à la femme d'un faucheur que celui-ce avait besoin d'une pierre à aiguisier, ou avertir qu'on détournât l'eau pour arroser un jardin. Et si, en se déplaçant pour des missions semblables, il voyait un vol de moineaux se poser dans un champ de blé, il faisait du tapage et agitait sa toque afin de les mettre en fuite."

    Italo Calvino, Le Baron perché (1957)

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  • Bach : Jonathan Livingstone, libre et responsable

    "- ... un jour, Jonathan Livingstone le Goéland, tu apprendras que l'irresponsabilité ne paie pas. La vie, c'est peut-être pour toi l'inconnu et l'insondable, mais nous, nous sommes mis au monde pour manger et demeurer vivants aussi longtemps que possible !

    Un goéland jamais ne réplique au Grand Conseil ; pourtant la voix de Jonathan s'éleva :

    - Irresponsabilité ? Mes frères ! s'écria-t-il, qui donc est plus responsable que le goéland qui découvre un sens plus noble à la vie et poursuit un plus haut dessein que ceux qui l'ont précédé ? Mille années durant, nous avons joué des ailes et du bec pour ramasser des têtes de poisson, mais désormais nous avons une raison de vivre : apprendre, découvrir, être libres !"

    Richard Bach, Jonathan Livingston le Goéland (1970)

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  • La non-violence est-elle une idéologie ou un idéal ?

    Le terme "idéologie" fait référence à un système de pensées clos, à une doctrine qui prétend interpréter toute la réalité humaine, sociale et politque, enfermer toute la vérité et à laquelle tout un chacun doit se soumettre. Toute idéologie est génératrice de violences et le XXe siècle en a connu de monstrueux exemples avec l'idéologie marxiste-léniniste et l'idéologie nazie. Les idéologies religieuses ont aussi été sources de violences destructrices dans l'histoire et ressurgissent aujourd'hui par la prolifération des attentats suicides et des guerres contemporaines récentes.

    La non-violence n'est pas le but, elle est le moyen mis au service de la paix. Une action n'est pas d'abord juste parce qu'elle est non-violente. Ce qui la justifie, c'est d'abord d'être au service d'une cause juste. Le choix de la non-violence s'appuie sur la conscience que la violence est source d'injustices nouvelles qui desservent grandement la cause pour laquelle l'action a été engagée. Non-violence et justice sont intimement liées. La non-violence devient une idéologie lorsqu'elle est coupée du but de la justice. Il en est de même pour la paix. Ceux qui ordonnent la guerre la justifient toujours par la recherche de la justice, de la sécurité et de la paix. La paix devient une idéologie lorsqu'elle est coupée de la non-violence. S'il est une idée précise qui se dégage de la Décennie pour la promotion "d'une culture de la non-violence et de la paix au profit des enfants du monde" en ce début du troisième millénaire, c'est l'idée de "la non-violence pour la paix" ou de la "paix par la non-violence."

    La culture de non-violence et de la paix peut être considérée comme un idéal vers lequel tendent les sociétés humaines au XXIe siècle. L'expérience des violences extrêmes du XXe siècle (guerres mondiales, génocides) les a conduites à profondément questionner la culture dominante de violence et de guerre. Cependant, la guerre et l'usage de la violence restent légitimés dans un certain nombre de cas. Dans ce sens, la non-violence est encore un idéal non atteint.

    Affirmer que la non-violence est un idéal peut aussi être une façon de dire que la non-violence est un horizon inatteignable, que nous ne sommes pas encore capables d'adopter des comportements non-violents dans les conflits que nous rencontrons et que que nous n'en serons peut-être jamais capables. D'une certaine manière, c'est accepter voire justifier par avance d'avoir recours à la violence dans les situations qui nous submergent. Il est vrai que personne ne peut se vanter de toujours agir de façon non-violente. Nous connaissons tous des emportements, des gestes ou des paroles qui n'ont rien de non-violents. Il est aussi des moments où la violence peut nous paraître préférable parce que nous ne voyons pas ou nous ne savons pas comment faire autrement. Il ne s'agit pas de s'en culpabiliser, mais de reconnaître que nous n'avons pas su faire autrement tout en refusant de justifier intellectuellement cette violence qui nous a échappée. Ces constats nous invitent à imaginer des réponses autres pour qu'à l'avenir nous soyons mieux « désarmés » pour faire face de façon non-violente à une situation semblable. La non-violence en ce sens est un choix et un idéal de vie vers lequel nous voulons tendre.

    Sous la direction de Vincent Roussel, 100 Questions-réponses pour éduquer à la non-violence (2011)

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  • Comment peut-on développer une culture de la non-violence et de la paix ?

    L'ONU propose un programme d'action sur huit domaines d'intervention. Ils recouvrent l'éventail de tous les aspects de l'action à entreprendre en vue de la promotion d'une culture de paix et de non-violence :

    - mesures pour renforcer une culture de la paix par l'éducation ;
    - mesures pour promouvoir le développement économique et social durable ;
    - mesures pour promouvoir le respect de tous les droits de l'Homme ;
    - mesures pour assurer l'égalité entre les femmes et les hommes ;
    - mesures pour favoriser la participation à la vie démocratique ;
    - mesures pour faire progresser la compréhension, la tolérance et la solidarité ;
    - mesures pour soutenir la communication participative et la libre circulation de l'information et des connaissances ;
    - mesures pour promouvoir la paix et la sécurité internationales17.

    Parmi les mesures proposées pour renforcer une culture de paix, de 2001 à 2010 la Coordination française pour la Décennie a concentré ses efforts sur l'invitation faite aux États-membres de l'ONU à « prendre les mesures nécessaires pour que la pratique de la non-violence et de la paix soit enseignée à tous les niveaux de leurs sociétés respectives, y compris dans les établissements d'enseignement. »18 À la fin de la décennie de l'ONU, la Coordination a confirmé cette orientation en choisissant de s'appeler désormais la Coordination pour l'éducation à la non-violence et la paix, et en rappelant que son objectif est le développement d'une culture de la non-violence et de paix.

    Sous la direction de Vincent Roussel, 100 Questions-réponses pour éduquer à la non-violence (2011)

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  • La non-violence : un comportement, une attitude ou une philosophie ?

    On peut dire que la non-violence est tout cela à la fois. La non-violence es: d'abord un choix personnel. C'est le choix de refuser d'user de violence dans tout conflit dans lequel on est engagé et, en ce sens, elle est une attitude, un état d'esprit.

    Ce choix est souvent guidé par le sentiment profond de l'absurdité de la violence, du danger d'escalade que déchaîne tout acte de violence. Prendre conscience qu'il est dérisoire de rendre de façon automatique coups pour coups, c'est affirmer le choix de la non-violence. Escalade et mimétisme caractérisent les phénomènes de violence et le principe « œil pour œil, dent pour dent » devient bien souvent « un peu plus qu'un œil pour un œil et un peu plus qu'une dent pour une dent ». C'est ainsi que Gandhi pouvait dire qu'avec une telle philosophie, l'humanité serait vite complètement aveugle et édentée. La non-violence est une sagesse de vie, une philosophie qui donne sens à une existence.

    Dans chaque situation de conflit, la question qui m'est posée est : « Violence ou non-violence, quel est mon choix ? » Si je fais le choix de la non-violence, j'entre dans une confrontation active avec l'autre pour faire évoluer la situation jusqu'à ce que les parties concernées soient satisfaites. Dans le cadre d'un conflit interpersonnel, le dialogue, la négociation avec gains mutuels, la médiation, le recours à la loi, à un arbitre ou à un juge sont des moyens actifs de sa résolution non-violente. La non-violence est donc aussi un type de comportement et des moyens d'action.

    Dans le cadre d'un conflit social ou politique, quand les négociations sont bloquées, ceux qui sont victimes d'une injustice peuvent organiser une campagne d'actions directes non-violentes. Refuser de recourir à la violence contre les personnes, prendre à témoin l'opinion publique, refuser de collaborer avec l'injustice, proposer des solutions concrètes et commencer à les mettre en pratique sont autant de pistes pour l'action non-violente.
    Quand tous les moyens légaux ont été essayés en vain, certains groupes se sentent légitimés d'entrer dans des modes d'actions non-violentes et illégales. Ils entrent ainsi dans la désobéissance civile.

    Sous la direction de Vincent Roussel, 100 Questions-réponses pour éduquer à la non-violence (2011)

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  • Minoui : Des passeurs de livres contre la violence en Syrie

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  • Merleau-Ponty : "Tout est fabriqué et tout est naturel chez l’homme"

    merleauponty.jpg"Il n’est pas plus naturel ou pas moins conventionnel de crier dans la colère ou d’embrasser dans l’amour que d’appeler “table” une table. Les sentiments et les conduites passionnelles sont inventés comme les mots. Même ceux qui, comme la paternité, paraissent inscrits dans le corps humain, sont en réalité des institutions. Il est impossible de superposer chez l’homme une première couche de comportements que l’on appellerait “naturels” et un monde culturel ou spirituel fabriqué. Tout est fabriqué et tout est naturel chez l’homme, comme on voudra dire, en ce sens qu’il n’est pas un mot, pas une conduite qui ne doive quelque chose à l’être simplement biologique, et qui en même temps ne se dérobe à la simplicité de la vie animale, ne détourne de leur sens les conduites vitales, par une sorte d’échappement et par un génie de l’équivoque qui pourraient servir à définir l’homme."

    Maurice Merleau-Ponty, Phénoménologie de la Perception (1945)

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  • Kant : "Celui qui n'est point cultivé est brut"

    KANT.jpg"La discipline nous fait passer de l'état animal à celui d'homme. Un animal est par son instinct même tout ce qu'il peut être ; une raison étrangère a pris d'avance pour lui tous les soins indispensables. Mais l'homme a besoin de sa propre raison. Il n'a pas d'instinct, et il faut qu'il se fasse à lui-même son plan de conduite. Mais, comme il n'en est pas immédiatement capable, et qu'il arrive dans le monde à l'état sauvage, il a besoin du secours des autres. L'espèce humaine est obligée de tirer peu à peu d'elle-même par ses propres efforts toutes les qualités naturelles qui appartiennent à l'humanité. Une génération fait l'éducation de l'autre. On ne peut chercher le premier commencement dans un état brut ou dans un état parfait de civilisation ; mais, dans ce second cas, il faut encore admettre que l'homme est retombé ensuite à l'état sauvage et dans la barbarie.

    La discipline empêche l'homme de se laisser détourner de sa destination, de l'humanité, par ses penchants brutaux. Il faut, par exemple, qu'elle le modère, afin qu'il ne se jette pas dans le danger comme un être indompté ou un étourdi. Mais la discipline est purement négative, car elle se borne à dépouiller l'homme de sa sauvagerie ; l'instruction au contraire est la partie positive de l'éducation. La sauvagerie est l'indépendance à l'égard de toutes les lois. La discipline soumet l'homme aux lois de l'humanité, et commence à lui faire sentir la contrainte des lois. Mais cela doit avoir lieu de bonne heure...

    Il n'y a personne qui, ayant été négligé dans sa jeunesse, ne soit capable d'apercevoir dans l'âge mûr en quoi il a été négligé, soit dans la discipline, soit dans la culture (car on peut nommer ainsi l'instruction). Celui qui n'est point cultivé est brut ; celui qui n'est pas discipliné est sauvage. Le manque de discipline est un mal pire que le défaut de culture, car celui-ci peut encore se réparer plus tard, tandis qu'on ne peut plus chasser la sauvagerie et corriger un défaut de discipline. Peut-être l'éducation deviendra-t-elle toujours meilleure, et chacune des générations qui se succéderont fera-t-elle un pas de plus vers le perfectionnement de l'humanité ; car c'est dans le problème de l'éducation que gît le grand secret de la perfection de la nature humaine.

    On peut marcher désormais dans cette voie. Car on commence aujourd'hui à juger exactement et à apercevoir clairement ce qui constitue proprement une bonne éducation. Il est doux de penser que la nature humaine sera toujours mieux développée par l'éducation et que l'on peut arriver à lui donner la forme qui lui convient par excellence. Cela nous découvre la perspective du bonheur futur de l'espèce humaine."

    Emmanuel Kant, Traité de pédagogie (1776-1787)

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  • Freud : L'homme n'est pas un être doux

    L’homme n’est pas un être doux, en besoin d’amour, qui serait tout au plus en mesure de se défendre quand il est attaqué, mais au contraire il compte aussi à juste titre parmi ses aptitudes pulsionnelles une très forte part de penchant à l’agression. En conséquence de quoi, le prochain n’est pas seulement pour lui une aide et un objet sexuel possibles, mais aussi une tentation, celle de satisfaire sur lui son agression, d’exploiter sans dédommagement sa force de travail, de l’utiliser sexuellement sans son consentement, de s’approprier ce qu’il possède, de l’humilier, de lui causer des douleurs, de le martyriser et de le tuer. Homo homini lupus [l’homme est un loup pour l’homme] ; qui donc, d’après toutes les expériences de la vie et de l’histoire, a le courage de contester cette maxime ? (...)

    L’existence de ce penchant à l’agression que nous pouvons ressentir en nous-mêmes, et présupposons à bon droit chez l’autre, est le facteur qui perturbe notre rapport au prochain et oblige la culture à la dépense qui est la sienne. Par suite de cette hostilité primaire des hommes les uns envers les autres, la société de la culture est constamment menacée de désagrégation. L’intérêt de la communauté de la communauté de travail n’assurerait pas sa cohésion, les passions pulsionnelles sont plus fortes que les intérêts rationnels. Il faut que la culture mette tout en œuvre pour assigner des limites aux pulsions d’agression des hommes... De là la restriction de la vie sexuelle et de là aussi ce commandement de l’idéal : aimer le prochain comme soi-même, qui se justifie effectivement par le fait que rien d’autre ne va autant à contre-courant de la nature humaine originelle."

    Sigmund Freud, Malaise dans la culture (1929)

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  • Martin Luther King : La désobéissance civile

    "J’ai alors acquis la conviction que le refus de coopérer avec le mal est une obligation morale, tout autant que la coopération avec le bien. Nul n’a su défendre cette idée avec autant d’éloquence et de passion que Henry David Thoreau... Les enseignements de Thoreau ont repris vie dans notre mouvement pour la défense des droits civiques. En vérité, ils sont plus vivants que jamais. Ils s’expriment par l’occupation d’un comptoir de restauration interdit aux Noirs ; par le voyage d’un groupe biracial dans un autocar comme l’ont fait les militants de la liberté à travers le Mississippi ; par une manifestation pacifique à Albany, en Géorgie ; par le boycottage des autobus à Montgomery, dans l’Alabama. Telles sont les conséquences de la ferveur avec laquelle Thoreau nous a enseigné qu’il faut résister au mal et qu’aucun homme soucieux de moralité ne peut patiemment supporter l’injustice."

    Martin Luther King

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  • De Baecque : La violence cinématographique

    "La violence représentée (les images de la violence) est donc d’autant plus spectaculaire que la violence de la représentation (la violence de l’image) est neutralisée, presque virtualisée. Tous ces tournages, par exemple, sont en immense partie virtuels. Le monstre Godzilla n’a jamais marché dans New York, ni même une réplique modèle réduit dans une ville miniature. C’était la technique d’animation des films japonais des années cinquante : technique dérisoire, annihilant en partie les images de la violence, mais, du moins, quelque chose était enregistré dans le monde, même un monde de poupées, de marionnettes, d’animation. Désormais, les acteurs regardent vers le néant, crient leur peur face au vide. Le monstre est reconstitué sur palette graphique, animation et Violences d’aujourd’hui, violence de toujours numérisation informatiques : il est totalement virtuel. Cette virtualité permet certes de filmer de la violence de façon « réaliste » — les cris des acteurs, les explosions, la ville qui brûle —, autorise une technique presque parfaite d’intégration du monstre dans l’image vue, mais défait cependant la représentation de cette image. Ce phénomène rejoint et renforce le processus de reproductibilité de l’image. La reproductibilité proliférante et la virtualité technique ont encouragé la violence dans l’image mais nié la violence de l’image. Dans ces films, la destruction de New York, pris comme emblème de la ville ultracivilisée, Babylone moderne, est ainsi comparable à un jeu vidéo de construction/déconstruction géant offert au spectateur, où ce dernier est, à la fois, dans l’image, pris au piège de l’apocalypse, et aux manettes de la commande, assistant à la destruction avec une certaine distance. Auparavant, le signe de la fin du monde était la découverte des vestiges de New York (La Planète des singes, New York 1997) ; désormais, cette épreuve est associée à la destruction même de la ville moderne, comprise telle un immense jeu vidéo."

    Antoine de Baecque
    colloque Violences d’aujourd’hui, violence de toujours, Rencontres internationales de Genève (1999)

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"L'homme raisonnable est plus libre dans la cité où il vit sous la loi commune que dans la solitude où il n'obéit qu'à lui-même." [Baruch Spinoza]