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Documents - Page 5

  • Poullain de La Barre : De l'égalité des deux sexes

    Chacun voit en son pays les femmes dans une telle sujétion, qu’elles dépendent des hommes en tout ; sans entrée dans les sciences, ni dans aucun des états qui donnent lieu de se signaler par les avantages de l’esprit. Nul ne rapporte qu’il ait vu les choses autrement à leur égard. On sait aussi qu’elles ont toujours été de la sorte, et qu’il n’y a point d’endroit de la terre où on ne les traite comme dans le lieu où l’on est. Il y en a même où on les regarde comme des esclaves. À la Chine on leur tient les pieds petits dès leur enfance, pour les empêcher de sortir de leurs maisons, où elles ne voient presque jamais que leurs maris et leurs enfants. En Turquie les Dames sont resserrées d’aussi près. Elles ne sont guère mieux en Italie, Quasi tous les peuples d’Asie, de l’Afrique, et de l’Amérique usent de leurs femmes, comme on fait ici des servantes. Partout on ne les occupe que de ce que l’on considère comme bas ; et parce qu’il n’y a qu’elles qui se mêlent des menus soins du ménage et des enfants, l’on se persuade communément qu’elles ne sont au monde que pour cela, et qu’elles sont incapables de tout le reste. On a de la peine à se représenter comment les choses pourraient être bien d’une autre façon : et il paraît même qu’on ne les pourrait jamais changer, quelque effort que l’on fît. 

    François, Poullain de La Barre, De l'égalité des deux sexes (1673)

    Photo : Pexels - Olia Danilevich

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  • Olympe de Gouges : Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne

    DDFC.jpgLes mères, les filles, les sœurs, représentantes de la Nation, demandent d'être constituées en Assemblée nationale ; considérant que l'ignorance, l'oubli ou le mépris des droits de la femme, sont les seules causes des malheurs publics et de la corruption des
    gouvernements, ont résolu d'exposer, dans une déclaration solennelle, les droits naturels, inaliénables et sacrés de la femme, afin que cette déclaration, constamment présente à tous les membres du corps social, leur rappelle sans cesse leurs droits et leurs devoirs, afin que les actes du pouvoir des femmes, et ceux du pouvoir des hommes pouvant être à chaque instant comparés avec le but de toute institution politique, en soient plus respectés, afin que les réclamations des Citoyennes, fondées désormais sur des principes simples et incontestables, tournent toujours au maintien de la Constitution, des bonnes mœurs, et au bonheur de tous. En conséquence le sexe supérieur en beauté, comme en courage dans les souffrances maternelles, reconnaît et déclare, en présence et sous les auspices de l'Etre suprême, les Droits suivants de la Femme et de la Citoyenne :

    ARTICLE PREMIER

    La Femme naît libre et demeure égale à l'homme en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l'utilité commune.

    II

    Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de la Femme et de l'Homme : ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté et surtout la résistance à l'oppression.

    Olympe de Gouges, Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne (1791)

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  • Bourdieu : La domination masculine

    Comme si la féminité se mesurait à l’art de « se faire petite » (le féminin, en berbère, se marque par la forme du diminutif), les femmes restent enfermées dans une sorte d’enclos invisible (dont le voile n’est que la manifestation visible) limitant le territoire laissé aux mouvements et aux déplacements de leur corps (alors que les hommes prennent plus de place avec leur corps, surtout dans les espaces publics).

    Pierre Bourdieu, La domination masculine (1998)

    Photo : Pexels - Bo Ponomari

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  • Simone Veil : le droit à l'IVG

    Parce que la situation actuelle est mauvaise. Je dirai même qu'elle est déplorable et dramatique. Elle est mauvaise parce que la loi est ouvertement bafouée, pire même ridiculisée...

    Lorsque les médecins, dans leurs cabinets, enfreignent la loi et le font connaître publiquement, lorsque les parquets, avant de poursuivre, sont invités à en référer dans chaque cas au ministère de la Justice, lorsque les services sociaux d'organismes publics fournissent à des femmes en détresse les renseignements susceptibles de faciliter une interruption de grossesse, lorsque, aux mêmes fins, sont organisés ouvertement et même par charter des voyages à l'étranger, alors je dis que nous sommes dans une situation de désordre et d'anarchie qui ne peut plus continuer.

    Mais, me direz-vous, pourquoi avoir laissé la situation se dégrader ainsi et pourquoi la tolérer ? Pourquoi ne pas faire respecter la loi ?

    Parce que si des médecins, si des personnels sociaux, si même un certain nombre de citoyens participent à ces actions illégales, c'est bien qu'ils s'y sentent contraints ; en opposition parfois avec leurs convictions personnelles, ils se trouvent confrontés à des situations de fait qu'ils ne peuvent méconnaître. Parce qu'en face d'une femme décidée à interrompre sa grossesse, ils savent qu'en refusant leur conseil et leur soutien, ils la rejettent dans la solitude et l'angoisse d'un acte perpétré dans les pires conditions, qui risque de la laisser mutilée à jamais. Ils savent que la même femme, si elle a de l'argent, si elle sait s'informer, se rendra dans un pays voisin ou même en France, dans certaines cliniques et pourra, sans encourir aucun risque ni aucune pénalité, mettre fin à sa grossesse. Et ces femmes, ce ne sont pas nécessairement les plus immorales ou les plus inconscientes. Elles sont 300 000 chaque année. Ce sont celles que nous côtoyons chaque jour et dont nous ignorons la plupart du temps la détresse et les drames. C'est à ce désordre qu'il faut mettre fin. C'est cette injustice qu'il convient de faire cesser.

    Journal officiel, Débats parlementaires (27 novembre 1974)

    Photo : Pexels - Emma Guliani 

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  • Juvénal : Mysoginie

    jadis, une très humble condition
     Sauvegardait la chasteté de nos Romaines, et le travail,
     Le sommeil bref, les mains durcies et gercées par la laine étrusque,
     Les maris sur la tour de guet parce qu'Hannibal est aux portes,
     Tout cela préservait des atteintes du vice
     Leurs modestes maisons. Nous souffrons aujourd'hui
     Des maux d'une trop longue paix. Car plus funeste que les armes,
     Se ruant sur nous, la luxure venge l'univers asservi...
     Nobles ou femmes de rien, même dévergondage...
     La femme qui est dans ton lit, qu'elle n'ait surtout pas de style,
     De phrases alambiquées en figures logiques !
     Puisse-t-elle en histoire ignorer quelque chose,
     Et quand elle lit, ne pas tout comprendre !
     Ne me parlez pas d'une femme qui débobine sans arrêt
     La grammaire de Palémon, sans jamais écorcher la langue,
     D'une érudite qui me cite des vers que je ne connais pas,
     Et relève chez une amie peu instruite quelque bévue
     Que laisseraient passer les hommes...

    Juvénal, Satire VI (Ie s.)

    Photo : Pexels - Thiago Matos

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  • Aristophane : La politique, une affaire de femmes

    LYSISTRATA - Nous, durant les premiers temps de la guerre, nous avons, avec la modération qui est nôtre, tout supporté de vous, les hommes, quoi que vous fissiez, car vous ne nous permettiez pas d'ouvrir la bouche. Et pourtant, vous n'étiez pas précisément pour nous plaire ; mais nous, nous sentions bien ce que vous étiez, et maintes fois, étant chez nous, nous apprenions vos résolutions funestes sur une affaire importante. Alors, bien qu'affligées au fond, nous vous demandions avec un sourire : "Qu'a-t-on décidé d'inscrire sur la stèle au sujet de la paix, à l'Assemblée d'aujourd'hui ?" " Qu'est-ce que cela te fait ?" disait le mari, " tais-toi ". Et je me taisais.

    CLEONICE - Oh ! mais moi, jamais je ne me taisais.

    LE COMMISSAIRE - Alors, qu'est-ce que tu prenais si tu ne te taisais pas !

    LYSISTRATA - Aussi, moi, je me taisais. C'était, d'une fois à l'autre, quelque pire résolution que nous apprenions de vous, et nous demandions : " Comment pouvez-vous, mon homme, agir avec si peu de sens ?" Mais lui, aussitôt, me regardant en dessous, de me dire : "Si tu ne tisses pas la toile, la tête te cuira longtemps. La guerre sera l'affaire des hommes ".

    LE COMMISSAIRE - Il avait raison, par Zeus, celui-là.

    LYSISTRATA - Raison ? Comment, malheureux ? Vous preniez des résolutions funestes, et il ne nous était même pas permis de vous conseiller ? Mais quand nous vous entendions publiquement dire dans les rues : "N'y a-t-il pas un homme dans ce pays ?" et un autre répondre : "Non, par Zeus, il n'y en a pas", alors nous résolûmes sur l'heure, dans une réunion de femmes, de travailler de concert au salut de l'Hellade. Car, qu'aurait servi d'attendre ? Si donc vous voulez écouter à votre tour, quand nous vous conseillons sagement et, à votre tour vous taire, comme nous vous faisions, nous serions un correctif pour vous.

    LE COMMISSAIRE - Vous, pour nous, c'est trop fort, ton langage m'est intolérable.

    LYSISTRATA - Tais-toi.

    LE COMMISSAIRE - Me taire pour toi, maudite ? Pour toi qui portes un voile sur la tête ? Plutôt cesser de vivre.

    LYSISTRATA - Si c'est là ce qui t'arrête, je te le passe, ce voile, prends-le, tiens et ceins-en ta tête, puis tais-toi.

    CLEONICE - Prends encore ce fuseau, et la petite corbeille que voilà. Puis rassemble les plis de ta ceinture et file la laine en croquant des fèves. "La guerre sera l'affaire des femmes".

    Aristophane, Lysistrata (Ve s. av JC)

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  • Xénophon : Les fonctions de la femme, d'après Ischomaque

    La divinité, il me semble a adapté dès le principe la nature de la femme aux travaux et aux soins de
    l'intérieur, celle de l'homme à ceux du dehors... Quant à la femme, la divinité lui a créé un corps moins résistant, aussi elle me semble l'avoir chargée des travaux de la maison. Sachant qu'elle a accordé au corps de la femme de pouvoir nourrir les nouveau-nés et qu'elle l'en a chargée, elle lui a également donné en partage plus de tendresse pour les bébés nouveau-nés qu'elle n'en a donné à l'homme. Comme elle a également chargé la femme de garder les provisions, comprenant que pour bien les garder il n'est pas mauvais d'avoir le cour peureux, la divinité a donné en partage à la femme d'être plus peureuse que l'homme... Parce que l'un et l'autre doivent donner et recevoir, elle leur a attribué également et à l'autre la mémoire et l'attention : on ne pourrait donc discerner si c'est le sexe masculin ou le sexe féminin qui en est le mieux pourvu...

    La coutume déclare convenables les occupations pour lesquelles la divinité a donné à chacun le plus de capacités naturelles. Pour la femme, il est plus convenable de rester à la maison que de passer son temps dehors, et il l'est moins pour l'homme de rester à la maison que de s'occuper des travaux à l'extérieur. Si quelqu'un agit contrairement à la nature que la divinité lui a donnée, quittant pour ainsi dire son poste, il n'échappe pas aux regards des dieux et il est châtié pour négliger les travaux qui lui reviennent ou pour s'occuper de ceux de sa femme. Je crois que la reine des abeilles s'affaire à des travaux tout à fait semblables aux tiens... Tu devras rester à la maison, faire partir tous ensemble ceux des serviteurs dont le travail est au dehors ; il faudra surveiller ceux qui doivent travailler à la maison, recevoir ce que l'on apportera, distribuer ce que l'on devra dépenser, penser d'avance à ce qui devra être mis de côté, et veiller à ne pas faire pour un mois la dépense prévue pour une année.

    Xénophon, L'Économique (Ve s. av. JC)

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  • Damasio : Est-ce que le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas ?

    David Hume, qui a si bien traité du rôle et de la valeur de la sensibilité et des émotions, serait certainement d'accord avec mon point de vue ; Pascal, qui disait que « le cœur a ses raisons, que la raison ne connaît point », aurait sans doute trouvé plausibles les explications précédentes. J'aurais, pour ma part, envie de modifier sa formule de la façon suivante : l'organisme a certaines raisons, que la raison doit absolument prendre en compte. Mais il n'est certes pas douteux que les processus sous-tendant la faculté de raisonnement doivent se poursuivre bien au-delà des raisons du cœur. D'une part, en recourant aux instruments de la logique, nous vérifions l'adéquation des choix que nous avons été poussés à faire sous l'influence du système de recherche d'objectifs préférés. D'autre part, nous dépassons le stade des « raisons du cœur », en appliquant la stratégie des déductions et des inductions dans le cadre de propositions verbales explicites. (Après avoir achevé ce manuscrit, j'ai découvert que plusieurs auteurs avaient émis des idées compatibles avec les miennes. Ainsi, J. St. B. T. Evans a récemment proposé qu'il existerait deux variantes de la faculté de raisonnement, se rapportant pratiquement aux deux domaines que j'ai envisagés ici [d'une part, le domaine personnel/social ; et d'autre part, tout ce qui est en dehors de celui-ci] ; le philosophe Ronald De Sousa a soutenu que les émotions sont intrinsèquement rationnelles ; et P. N. Johnson-Laird et Keith Oatley ont suggéré que certaines émotions fondamentales nous aident à nous conduire de façon rationnelle.)

    Antonio R. Damasio, L'erreur de Descartes : La raison des émotions (2008)

    Photo : Pexels - Jo Kassis

     

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  • Damasio : "L'erreur de Descartes"

    La distinction entre maladies du “cerveau” et maladies “mentales”, entre problèmes “neurologiques” et “psychologique”, relève d’un héritage culturel malheureux qui imprègne toute la société, en général, et la médecine en particulier. Elle reflète une méconnaissance fondamentale des rapports entre le cerveau et l’esprit. Dans le cadre de cette tradition, on estime que les maladies du cerveau sont des affections dont on ne peut blâmer ceux qui en sont atteints, tandis que les maladies psychologiques, et surtout celles qui touchent à la façon de se conduire et aux réactions émotionnelles, sont des troubles de la relation interpersonnelle, dans lesquels les malades ont une grande part de responsabilité. Dans ce contexte, il est courant de reprocher aux individus leurs défauts de caractère, le déséquilibre de leurs réactions émotionnelles, et ainsi de suite; le manque de volonté est considéré comme la source primordiale de tous leurs problèmes.

    Antonio R. Damasio, L'erreur de Descartes : La raison des émotions (2008)

    Photo : Pexels -  Marcela Alessandra

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  • C'est quoi, la raison ?

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  • "L'émotivité et la raison"

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  • Descartes : "Quelles sont les fonctions de l’âme"

    Quelles sont les fonctions de l’âme.

    Après avoir ainsi considéré toutes les fonctions qui appartiennent au corps seul, il est aisé de connaître qu’il ne reste rien en nous que nous devions attribuer à notre âme, sinon nos pensées, lesquelles sont principalement de deux genres, à savoir : les unes sont les actions de l’âme, les autres sont ses passions. Celles que je nomme ses actions sont toutes nos volontés, à cause que nous expérimentons qu’elles viennent directement de notre âme, et semblent ne dépendre que d’elle. Comme, au contraire, on peut généralement nommer ses passions toutes les sortes de perceptions ou connaissances qui se trouvent en nous, à cause que souvent ce n’est pas notre âme qui les fait telles qu’elles sont, et que toujours elle les reçoit des choses qui sont représentées par elles.

    René Descartes, Les passions de l'âme (1649)

    Photo : Pexels : Studio Voyager

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  • "Le cœur ou la raison"

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  • Jouffroy : La raison contrôle-t-elle tout ?

    Ainsi la raison qui contrôle tout en nous, se contrôle elle-même ; et ce n’est point une supposition mais un fait que l’observation constate immédiatement en nous et que les débats de la philosophie n’ont fait que traduire sur les scènes de l’histoire.. Mais de ce que la raison élève ce doute sur elle –même, s’ensuit-il que la raison qui peut l’élever puisse le résoudre ? Nullement…De quoi la raison doute t- elle ? Des principes qui la constitue, des principes qui sont pour elle la règle de ce qui est raisonnable et vrai. Quels moyens a-t-elle pour résoudre ce doute ? Elle n’en a et n’en peut avoir d’autres que ces principes mêmes ; elle ne peut donc juger ses principes que par ses principes. ; c’est elle qui se contrôle, et si elle doute d’elle au point de sentir le besoin d’être contrôlée, elle ne peut s’y fier quand elle exerce ce contrôle ; cela est si évident que ce serait faire injure au bon sens d’insister. Il y a en nous, et il est impossible qu’il en soit autrement, une dernière raison de croire ; en fait nous doutons de cette dernière raison ; évidemment ce doute est invincible ; autrement cette raison de croire ne serait pas la dernière. C’est ce que disent les Ecossais, quand ils soutiennent qu’il implique contradiction d’essayer de prouver les vérités premières, car si on pouvait les prouver elles ne seraient pas des vérités premières ; qu’il est insensé de vouloir démontrer les vérités évidentes par elles-mêmes, car si elles pouvaient être démontrées  elles ne seraient pas évidentes par elles-mêmes. C’est ce que Kant soutient, lorsqu’on ne peut objectiver le subjectif, c’est-à-dire que la vérité humaine cesse d’être humaine. On peut exprimer de vingt manières différentes cette impossibilité, elle reste toujours la même et demeure insurmontable. 

    Théodore Simon Jouffroy, Préface de la traduction des œuvres de Reid (1824)

    Photo : Pexels - Didsss

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  • Guenancia : "Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas"

    "Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas". Cette phrase proverbiale ne va pas pourtant dans le sens d’une opposition entre le sentiment et la raison. Elle indique une distinction entre deux façons de connaître et de comprendre, égales en dignité quoique très différentes dans leur modalité. Le coeur désigne d’abord une faculté intuitive de l’âme : « Le cœur sent que l’espace a trois dimensions ». Cela ne se démontre pas et ne s’énonce même pas. Cela s’éprouve comme une certitude indiscutable, non pas sur un sujet solitaire, comme le cogito de Descartes, mais par la communauté des êtres pensants que nous sommes. Autant nous pouvons ressentir  dans l’exercice de notre raison le sentiment de ne devoir qu’à nous-mêmes les résultats, même fragiles et limités de notre activité de pensée, autant le cœur nous donne gracieusement, sans qu’on l’ait mérité, la connaissance certaine de ce qu’il nous est nécessaire de savoir. Cela vaut aussi bien pour les choses du monde (l’espace, les nombres..) que pour celles qui forment le troisième ordre, que Pascal nomme l’ordre de la charité, où seuls règnent les sages et les justes. Cet ordre de la charité diffère de l’ordre de la chair, celui des « grands » de ce monde, et de l’ordre de l’esprit, celui des savants.

    Pierre Guenancia, "Pascal – Misères et grandeurs des hommes", Philosophie magazine 

    Photo : Pexels - llucams

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  • Rosenfield : Métaphysique et raison moderne

    Selon saint Anselme, la tâche de la philosophie et, en ce sens, de la raison, consiste à fournir les raisons de la foi, présupposée comme vraie. La vérité, en tant que révélée, n’est pas l’objet d’un examen philosophique et reste hors de la portée de l’investigation rationnelle. Par conséquent, prouver ce qui est d’avance reconnu comme vrai place la raison dans la position d’auxiliaire de la foi, car il ne peut pas être question de remettre en cause la validité de cette vérité

    Denis Rosenfield, Métaphysique et raison moderne (1997)

    Photo : Pexels

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  • Epictète : "Le raisonnable et le déraisonnable"

    Le raisonnable et le déraisonnable se présentent différemment pour chacun, ainsi que le bien et le mal, l’utile et le nuisible. Aussi avons-nous besoin d’éducation avant tout pour apprendre à appliquer la notion universelle de raisonnable et de déraisonnable aux cas particuliers d’une manière conforme à la nature. Or, pour juger de ce qui est raisonnable et déraisonnable, non seulement nous utilisons les degrés de valeur des objets extérieurs, mais chacun de nous considère ce qui est conforme à son propre rôle. L’un trouve raisonnable de tendre le vase; il sait que, s’il ne le tend pas, il recevra des coups et qu’on lui supprimera la nourriture; s’il le tend, il n’aura rien de pénible ou de fâcheux à subir. Un autre juge insupportable non seulement de tendre lui-même le vase, mais encore d’admettre qu’un autre le tende. Si donc tu me demandes : « Tendrai je ou non le vase? », je te dirai : il vaut mieux recevoir de la nourriture que n’en pas recevoir; il vaut mieux ne pas être maltraité que l’être; si c’est à cela que tu mesures ce que tu as à faire, va et tends le vase. — Mais c’est au-dessous de moi! — C’est à toi, non à moi, de faire intervenir ce point dans la question ; c’eût toi qui te connais toi-même, qui sais combien tu vaux et combien tu te vends; chacun se vend à son prix.

    Epictète, Manuel (Ier s. ap. JC)

    Photo : Pexels - Khoa Vo

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  • "Born To Die"

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  • Nietzsche : "Fie-toi à ton sentiment !"

    "Fie-toi à ton sentiment !" — Mais les sentiments ne sont rien de définitif, rien d’original ; derrière les sentiments il y a les jugements et les appréciations qui nous sont transmis sous forme de sentiments (prédilections, antipathies). L’inspiration qui découle d’un sentiment est petite-fille d’un jugement — souvent d’un jugement erroné ! — et, en tous les cas, pas d’un jugement qui te soit personnel. — C’est obéir plus à son grand-père, à sa grand-mère et aux grands-parents de ceux-ci, qu’aux dieux qui sont en nous, notre raison et notre expérience.

    Friedrich Nietzsche, Aurore (1881)

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  • Ripoll : Croire

    Dans cet ouvrage, je me suis intéressé au phénomène de la croyance : croyances magiques, croyances religieuses, croyances populaires, complotisme et toutes sortes de croyances qui nous sont chères, qui structurent nos vies et qui sont souvent la raison d’être des décisions que nous prenons et des comportements que nous adoptons. J’aborde ce phénomène inhérent au psychisme humain bien sûr sous l’angle de la psychologie dans toutes ses composantes, mais aussi sous l’angle de l’anthropologie, de la biologie, des neurosciences et de la philosophie. Il y a quelque chose de fascinant dans notre capacité de croire et d’avoir une profonde conviction alors même que nous disposons parfois de si peu d’éléments empiriques ou théoriques pour soutenir nos croyances. C’est probablement un des traits les plus remarquables de notre humanité, sans doute une spécificité du cerveau d’humain : mêmes les grands singes, si proches de nous en tous points, ne semblent pas pouvoir développer le type de croyances qui sont les nôtres. Tout en étant fasciné, je suis aussi troublé, voire inquiet. Les croyances sont nécessaires à nos vies. Elles peuvent être aussi délétères, liberticides et représentent un réel danger pour les individus crédules. Lorsqu’elles prennent très franchement le pas sur notre rationalité, notamment quand il s’agit d’organiser la vie en société, le danger est grand et il nous guette. La montée actuelle des populismes et des extrémismes relève de l’irrationalité de nos croyances et risque de nous plonger dans de nouveaux totalitarismes. Comprendre pourquoi nous croyons est salutaire pour se prémunir de ce risque.

    Thierry Ripoll, Pourquoi croit-on ? (2020)

    Photo : Pexels - pexels- Jean-Daniel

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  • Robin : D'où vient la maïeutique ?

    411y1wQvbAL._SX210_.jpgLa mère de Socrate était sage-femme. Le philosophe dira lui-même que cela lui a donné l'idée de transposer l'art de l'accouchement au domaine des idées. Si sa mère faisait accoucher les corps, Socrate, lui, fera accoucher les esprits par le questionnement. Or, dans la mythologie grecque, la déesse qui veille aux accouchements s'appelle Maïa. La méthode de Socrate venait de trouver son nom : la "maïeutique".

    Charles Robin, La philosophie, c'est pour vous aussi !
    20 leçons de philo pour voir la vie autrement
    (2025)

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  • "Le prestige"

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  • Esprit : La connaissance de soi

    La connaissance de soi, Monseigneur, n'eût pas été difficile si l'homme fût demeuré dans l'état de son innocence ; car ses paroles auraient toujours été l'image de ses pensées, et ses actions celle de ses désirs et de ses intentions. Mais depuis qu'il s'est mis en la place de Dieu, qui devait être l'objet unique de son amour, et qu'il est devenu amoureux et adorateur de lui-même ; depuis que son intérêt est la règle de ses actions et le maître de sa conduite ; son cœur qui se laissait voir, se cache dans sa profondeur et apprend à l'homme à y cacher ses desseins. De sorte que l'homme s'étant instruit et perfectionné depuis tant de siècles, en l'art de dissimuler et de feindre, ce long usage de feintes et d'artifices lui a donné une pente presque invincible à se déguiser. Il a été forcé en quelque manière de se servir de ruses et de finesses, parce que son amour-propre, qui lui est si cher, est si odieux aux autres qu'il n'ose se montrer tel qu'il est, de peur de trahir ses propres desseins ; il est même obligé, pour les faire réussir, de se présenter aux autres sous plusieurs figures différentes qu'il sait leur être agréables, et de donner la gêne à son esprit pour imaginer celles qui sont les plus propres à le faire paraître entièrement dévoué à leurs intérêts. De là vient que tous les hommes sont autant d'énigmes qu'il est si malaisé d'expliquer, et que ce qui paraît de l'homme est si différent de l'homme.

    Jacques Esprit, La Fausseté des vertus humaines (1710)

    Photo : Pexels - Hayana  Fernanda

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  • Jankélévitch : L’irréversible et la nostalgie

    Sur un point au moins la nostalgie diffère du spleen, de l’angoisse ou de l’ennui : la nostalgie, elle, n’est pas une « algie » entièrement immotivée ni entièrement indéterminée. Ce "je-ne-sais-quoi" sait ou pressent quelque chose. Cette douleur sans rien d’endolori ne reste pas longtemps innommée… Cette algie-là peut dire de quoi elle souffre, de quoi elle est le mal : elle est le mal du pays ; elle dit elle-même sa raison déterminante, et elle la dit dans son complément déterminatif : "le mal du pays", toska po rodinié. Voilà une toska qui a l’air de connaître la cause de la maladie ! Et non seulement le mal du pays localise l’origine de sa langueur, mais la nostalgie indique pour sa part le remède : le remède s’appelle le retour, nostos ; et il est, si l’on peut dire, à la portée de la main. Pour guérir, il n’y a qu’à rentrer chez soi. Le retour est le médicament de la nostalgie comme l’aspirine est le médicament de la migraine. Ithaque est pour Ulysse le nom de ce remède. C’est du moins ce que l’on croit…

    Vladimir Jankélévitch, L’irréversible et la nostalgie (1974)

    Photo : Pexels - Pixabay

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  • "Le Cercle des Poètes disparus"

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