Café philo janvier 2025
Epictète : "Le raisonnable et le déraisonnable"
Le raisonnable et le déraisonnable se présentent différemment pour chacun, ainsi que le bien et le mal, l’utile et le nuisible. Aussi avons-nous besoin d’éducation avant tout pour apprendre à appliquer la notion universelle de raisonnable et de déraisonnable aux cas particuliers d’une manière conforme à la nature. Or, pour juger de ce qui est raisonnable et déraisonnable, non seulement nous utilisons les degrés de valeur des objets extérieurs, mais chacun de nous considère ce qui est conforme à son propre rôle. L’un trouve raisonnable de tendre le vase; il sait que, s’il ne le tend pas, il recevra des coups et qu’on lui supprimera la nourriture; s’il le tend, il n’aura rien de pénible ou de fâcheux à subir. Un autre juge insupportable non seulement de tendre lui-même le vase, mais encore d’admettre qu’un autre le tende. Si donc tu me demandes : « Tendrai je ou non le vase? », je te dirai : il vaut mieux recevoir de la nourriture que n’en pas recevoir; il vaut mieux ne pas être maltraité que l’être; si c’est à cela que tu mesures ce que tu as à faire, va et tends le vase. — Mais c’est au-dessous de moi! — C’est à toi, non à moi, de faire intervenir ce point dans la question ; c’eût toi qui te connais toi-même, qui sais combien tu vaux et combien tu te vends; chacun se vend à son prix.
Epictète, Manuel (Ier s. ap. JC)
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