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=>Saison. 11 - Page 4

  • Épicure : Nécessité de la philosophie

    Quand on est jeune, il ne faut pas hésiter à s’adonner à la philosophie, et quand on est vieux il ne faut pas se lasser d’en poursuivre l’étude. Car personne ne peut soutenir qu’il est trop jeune ou trop vieux pour acquérir la santé de l’âme. Celui qui prétendrait que l’heure de philosopher n’est pas encore venue ou qu’elle est déjà passée, ressemblerait à celui qui dirait que l’heure n’est pas encore arrivée d’être heureux ou qu’elle est déjà passée. Il faut donc que le jeune homme aussi bien que le vieillard cultivent la philosophie : celui-ci pour qu’il se sente rajeunir au souvenir des biens que la fortune lui a accordée dans le passé, celui-là pour être, malgré sa jeunesse, aussi intrépide en face de l’avenir qu’un homme avancé en âge. Il convient ainsi de s’appliquer assidûment à tout ce qui peut nous procurer la félicité, s’il est vrai que quand elle est en notre possession nous avons tout ce que nous pouvons avoir, et que quand elle nous manque nous faisons tout pour l’obtenir. Tâche, par conséquent, de mettre à profit et d’appliquer les enseignements que je n’ai cessé de t’adresser, en te pénétrant de l’idée que ce sont là des principes nécessaires pour vivre comme il faut.

    Épicure, Lettre à Ménécée (IVe s. av. JC)

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  • Pierre Perret : "La philosophe"

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  • Épictète : La philosophie et l'opinion

    Voici le point de départ de la philosophie : la conscience du conflit qui met aux prises les hommes entre eux, la recherche de l'origine de ce conflit, la condamnation de la simple opinion et la défiance à son égard, une sorte de critique de l'opinion pour déterminer si on a raison de la tenir, l’invention d'une norme, de même que nous avons inventé la balance pour la détermination du poids, ou le cordeau pour distinguer ce qui est droit et ce qui est tordu.

    Est-ce là le point de départ de la philosophie ? Est juste tout ce qui paraît tel à chacun ? Et comment est-il possible que les opinions qui se contredisent soient justes ? Par conséquent, non pas toutes. Mais celles qui nous paraissent à nous justes ? Pourquoi à nous plutôt qu'aux Syriens, plutôt qu'aux Égyptiens ? Plutôt que celles qui paraissent telles à moi ou à un tel ? Pas plus les unes que les autres. Donc l'opinion de chacun n'est pas suffisante pour déterminer la vérité.

    Nous ne nous contentons pas non plus quand il s'agit de poids ou de mesures de la simple apparence, mais nous avons inventé une norme pour ces différents cas. Et dans le cas présent, n'y a-t-il donc aucune norme supérieure à l'opinion ? Et comment est-il possible qu'il n'y ait aucun moyen de déterminer et de découvrir ce qu'il y a pour les hommes de plus nécessaire ?

    —Il y a donc une norme.

    Alors, pourquoi ne pas la chercher et ne pas la trouver, et après l'avoir trouvée, pourquoi ne pas nous en servir par la suite rigoureusement, sans nous en écarter d'un pouce ? Car voilà, à mon avis, ce qui, une fois trouvé, délivrera de leur folie les gens qui se servent en tout d'une seule mesure, l’opinion, et nous permettra désormais, partant de principes connus et clairement définis, de nous servir, pour juger des cas particuliers, d'un système de prénotions.

    Épictète, Entretiens (IIe s. ap. JC)

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  • Averroès : Vérité et philosophie

    1. Le propos de ce discours est de rechercher (...) si l'étude de la philosophie et des sciences (…) est permise par la Loi révélée, ou bien condamnée par elle, ou bien encore prescrite, soit en tant que recommandation, soit en tant qu'obligation. Nous disons donc :

    2. Si l'acte de philosopher ne consiste en rien d'autre que dans l'examen rationnel des choses, et dans le fait de réfléchir sur eux en tant qu'ils constituent la preuve de l'existence de l'Artisan (…); et si la Révélation recommande bien aux hommes de réfléchir sur les choses et les y encourage, alors il est évident que l'activité désignée sous ce nom [de philosophie] est, en vertu de la Loi révélée, soit obligatoire, soit recommandée.

    3. Que la Révélation nous appelle à réfléchir sur les choses en faisant usage de la raison, et exige de nous que nous les connaissions par ce moyen, voilà qui appert à l'évidence de maints versets du Livre de Dieu - béni et exalté soit-Il. En témoigne, par exemple, l'énoncé divin : "Réfléchissez donc, ô vous qui êtes doués de clairvoyance" (...) ; ou par exemple l’énoncé divin : "Que n’examinent-ils le royaume des cieux et de la terre."

    18. Puisque donc cette révélation est la vérité, et qu’elle appelle à pratiquer l’examen rationnel qui assure la connaissance de la vérité, alors nous, musulmans, savons de science certaine que l’examen [des choses] par la démonstration n’entraînera nulle contradiction avec les enseignements apportés par le Texte révélé : car la vérité ne peut être contraire à la vérité, mais s’accorde avec elle et témoigne en sa faveur.

    19. S’il en est ainsi, et que l’examen aboutit à une connaissance quelconque à propos d’un étant quel qu’il soit, alors de deux choses l’une : soit sur cet étant le Texte révélé se tait, soit il énonce une connaissance à son sujet. Dans le premier cas, il n’y a même pas lieu à contradiction... Dans le second, de deux choses l’une : soit le sens manifeste de l’énoncé est en accord avec le résultat de la démonstration, soit il le contredit. S’il y a accord, il n’y a rien à en dire; s’il y a contradiction, alors il faut interpréter le sens obvie.

    Averroès, Discours décisif (1180-1190)

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  • Russell : La valeur de la philosophie

    La valeur de la philosophie doit en réalité surtout résider dans son caractère incertain même. Celui qui n’a aucune teinture de philosophie traverse l’existence, prisonnier de préjugés dérivés du sens commun, des croyances habituelles à son temps ou à son pays et de convictions qui ont grandi en lui sans la coopération ni le consentement de la raison.

    Pour un tel individu, le monde tend à devenir défini, fini, évident ; les objets ordinaires ne font pas naître de questions et les possibilités peu familières sont rejetées avec mépris. Dès que nous commençons à penser conformément à la philosophie, au contraire, nous voyons, comme il a été dit dans nos premiers chapitres, que même les choses les plus ordinaires de la vie quotidienne posent des problèmes auxquels on ne trouve que des réponses très incomplètes. La philosophie, bien qu’elle ne soit pas en mesure de nous donner avec certitude la réponse aux doutes qui nous assiègent, peut tout de même suggérer des possibilités qui élargissent le champ de notre pensée et délivre celle-ci de la tyrannie de l’habitude. Tout en ébranlant notre certitude concernant la nature de ce qui nous entoure, elle accroît énormément notre connaissance d’une réalité possible et différente ; elle fait disparaître le dogmatisme quelque peu arrogant de ceux qui n’ont jamais parcouru la région du doute libérateur, et elle garde intact notre sentiment d’émerveillement en nous faisant voir les choses familières sous un aspect nouveau.

    Bertrand Russell, Problèmes de philosophie (1912)

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  • "2001 : L'odyssée de l'espace"

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  • Descartes : Peut-on vivre sans philosopher?

    Descartes : Peut-on vivre sans philosopher?
    J’aurais voulu premièrement y expliquer ce que c’est que la philosophie, en commençant par les choses les plus vulgaires, comme sont : que ce mot philosophie signifie l’étude de la sagesse, et que par la sagesse on n’entend pas seulement la prudence dans les affaires mais une parfaite connaissance de toutes les choses que l’homme peut savoir, tant pour la conduite de sa vie que pour la conservation de sa santé et 1’invention de tous les arts ; et qu’afin que cette connaissance soit telle, il est nécessaire qu’elle soit déduite des premières causes, en sorte que pour étudier à l’acquérir, ce qui se nomme proprement philosopher, il faut commencer par la recherche de ces premières causes, c’est-à-dire des principes ; et que ces principes doivent avoir deux conditions : l’une, qu’ils soient si clairs et si évidents que l’esprit humain ne puisse douter de leur vérité lorsqu’il s’applique avec attention à les considérer, l’autre, que ce soit d’eux que dépende là connaissance des autres choses, en sorte qu’ils puissent être connus sans elles, mais non pas réciproquement elles sans eux ; et qu’après cela il faut tâcher de déduire tellement de ces principes la connaissance des choses qui en dépendent, qu’il n’y ait rien en toute la suite des déductions qu’on en fait qui ne soit très manifeste. Il n’y a véritablement que Dieu seul qui soit parfaitement sage c’est-à-dire : qui ait l’entière connaissance de la vérité de toutes choses ; mais on peut dire que les hommes ont plus ou moins de sagesse à raison de ce qu’ils ont plus ou moins de connaissance des vérités plus importantes. Et je crois qu’il n’y a rien en ceci dont tous les doctes ne demeurent d’accord.

    J’aurais ensuite fait considérer l’utilité de cette philosophie, et montré que, puisqu’elle s’étend à tout ce que l’esprit humain peut savoir, on doit croire que c’est elle seule qui nous distingue des plus sauvages et barbares, et que chaque nation est d’autant plus civilisée et polie que les hommes y philosophent mieux ; et ainsi que c’est le plus grand bien qui puisse être en un État que d’avoir de vrais philosophes. Et outre cela que, pour chaque homme en particulier, il n’est pas seulement utile de vivre avec ceux qui s’appliquent à cette étude, mais qu’il est incomparablement meilleur de s’y appliquer soi-même ; comme sans doute il vaut beaucoup mieux se servir de ses propres yeux pour se conduire, et jouir par même moyen de la beauté des couleurs et de la lumière, que non pas de les avoir fermés et suivre la conduite d’un autre ; mais ce dernier est encore meilleur que de les tenir fermés et n’avoir que soi pour se conduire. C’est proprement avoir les yeux fermés, sans tâcher jamais de les ouvrir, que de vivre sans philosopher ; et le plaisir de voir toutes les choses que notre vue découvre-n’est point comparable à la satisfaction que donne la connaissance de celles qu’on trouve par la philosophie ; et, enfin, cette étude est plus nécessaire pour régler nos mœurs et nous conduire en cette vie, que n’est l’usage de nos yeux pour guider nos pas. Les bêtes brutes, qui n’ont que leur corps à conserver, s’occupent continuellement à chercher de quoi le nourrir ; mais les hommes, dont la principale partie est l’esprit, devraient employer leurs principaux soins à la recherche de la sagesse, qui en est la vraie nourriture ; et je m’assure aussi qu’il y en a plusieurs qui n’y manqueraient pas, s’ils avaient espérance d’y réussir, et qu’ils sussent combien ils en sont capables. Il n’y a point d’âme tant soit peu noble qui demeure si fort attachée aux objets des sens qu’elle ne s’en détourne quelquefois pour souhaiter quelque autre plus grand bien, nonobstant qu’elle ignore souvent en quoi il consiste. Ceux que la fortune favorise le plus, qui ont abondance de santé, d’honneurs, de richesses, ne sont pas plus exempts de ce désir que les autres ; au contraire, je me persuade que ce sont eux qui soupirent avec le plus d’ardeur après un autre bien, plus souverain que tous ceux qu’ils possèdent.

    René Descartes, Principes de la philosophie (1647)

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  • Descartes : La vraie philosophie

    Il doit commencer tout de bon à s’appliquer à la vraie philosophie, dont la première partie est la métaphysique qui contient les principes de la connaissance entre lesquels est l’explication des principaux attributs de Dieu, de l’immatérialité de nos âmes et de toutes les notions claires et simples qui sont en nous. La seconde est la physique, en laquelle, après avoir trouvé les vrais principes des choses matérielles, on examine en général comment l’univers est composé... En suite de quoi il est besoin aussi d’examiner en particulier la nature des plantes, celle des animaux, et surtout celle de l’homme... Ainsi toute la philosophie est comme un arbre dont les racines sont la métaphysique, le tronc est la physique et les branches qui sortent de ce tronc sont toutes les autres sciences.

    René Descartes, Principes de la philosophie (1647)

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  • "Le banquet"

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  • During : Philosophie et science-fiction

    On pourrait dire, pour faire bref, qu'il est essentiel à la science-fiction de produire des fictions de monde qui soient moins des mondes fictifs que des conjectures. L'effet propre des conjectures est de remettre en jeu des visions du monde, en testant la consistance des univers qu'elles produisent : non pas simplement des constructions "imaginaires", aussi profondes soient-elles, mais des procédures de variation destinées à révéler les présupposés latents de nos propres schémas de pensée, à mettre à l'épreuve la fermeté ou la cohérence de certaines doctrines, la nécessité ou la contingence de leurs catégories ou de leurs principes, pour autant qu'ils prétendent configurer un monde en général. Philip K. Dick disait en ce sens que le vrai héro d'un roman de science-fiction n'est jamais un personnage, mais une idée nouvelle dont on étudie les développements logiques et narratifs, en la faisant prendre corps en un lieu et un temps donnés, dans le cadre d'une société et d'un monde possibles.

    Ainsi s'éclaire le rapport particulier qu'entretient la science-fiction au savoir scientifique d'un côté, à la philosophie de l'autre. Comme l'explique Guy Lardreau, la science-fiction dans sa vocation proprement spéculative "ne mobilise pas une philosophie, elle a pour ambition, parfois avouée, en tout cas la plus profonde, de se substituer à la philosophie." En construisant des mondes ou en en défaisant d'autres, elle reflète dans l'ordre de l'imaginaire et de la fiction la question insistante de la philosophie elle-même : celle de la consistance de la réalité ou de l'expérience que nous pouvons en faire. Au revers de ses fictions et de ses symboles, elle fait pressentir la tension de la pensée vers un Autre absolu du monde (quel que soit le nom qui le désigne : Un, Réel, etc.), qui résiste au savoir et projette du même coup sur l'ensemble de notre "réalité" une atmosphère d'étrangeté qui n'est pas sans rapport avec l'affect fondamental de la philosophie, l'étonnement.

    Elie During, La matrice à philosophies (2003)

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  • Premières séances de la saison 11

    Le café philosophique de Montargis proposera la première séance de la saison 11 le vendredi 4 octobre 2019 à 19 heures au Belman. Il s'agira d'une soirée spéciale "10 ans du Café philo". le débat portera sur cette question : "Un bon philosophe a-t-il toujours raison?

    La séance spéciale aura lieu le vendredi 15 novembre 2019, 19 heures, au Belman. Le sujet du débat sera choisi par les participants du débat du 4 octobre.

    Le vendredi 6 décembre à 18 heures, le café philosophie proposera une séance spéciale à la médiathèque de Montargis, sur le thème de l'art. Quatre sujets seront proposés : "Que dit le musée de nous-même ?", "L’art a-t-il vraiment un but ?" "L’art doit-il toujours se prendre au sérieux ?" et "Peut-on tirer des leçons de l’histoire de l’art ?"

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  • Comte-Sponville : Quel est le but de la philosophie ?

    Si l'on demande à quoi sert la philosophie, la première réponse qui vient à l'esprit est : à rien ! Ce n'est pas forcément une manière de la condamner. Plusieurs philosophes vous diront que cette absence d'utilité la rend au contraire infiniment précieuse dans un monde où tout sert à quelque chose. « L'utile est toujours laid », disait Théophile Gautier, et certains auront tendance à penser que la philosophie est d'autant plus belle qu'elle est inutile. Telle n'est pas ma pensée. (...)
    Il est vrai qu'il y a des tas de choses tout à fait estimables qui ne servent à rien. La musique, l'amour, le plaisir, en un sens, ne servent à rien. Et le bonheur, à quoi sert-il ? A rien, bien sûr ! Cela n'empêche pourtant pas que l'on fasse de la musique, que l'on fasse l'amour, ou que l'on tente d'être heureux... Mais c'est qu'on recherche le plaisir, l'amour ou le bonheur pour eux-mêmes : l'agrément qu'il y a à jouir, à aimer, à être heureux se suffit à lui-même. Est-ce le cas de philosophie ?

    Soyons franc : elle frappe par sa difficulté plutôt que par son agrément. Elle est fatigante, ennuyeuse, angoissante parfois. À tel point que si, vraiment, elle ne servait à rien, on en déconseillerait la tentative à tout un chacun. Plutôt qu'un plaisir ou un art, la philosophie est d'abord un travail. Elle n'est pas que cela. Mais je crois qu'elle est avant tout un travail, avec tout ce que le travail a de pénible et souvent d'ingrat. Comme tout travail doit servir à quelque chose, la question devient : à quoi sert la philosophie ? A-t-elle un enjeu pratique ? Je crois que oui. La philosophie sert à vivre, simplement. Son but est à mes yeux le bien-vivre ou le mieux-vivre, c'est-à-dire le bonheur, ou qui peut nous en rapprocher.

    En faisant du bonheur le but de la philosophie, je m'appuie sur une tradition fort ancienne et multiforme, et d'abord sur la tradition grecque. J'en extrairais volontiers la belle définition de la philosophie que donnait Épicure, et qui va à l'encontre de l'opinion reçue selon laquelle on ne pourrait définir ce qu'est la philosophie. « La philosophie, disait Épicure, est une activité qui, par des discours et des raisonnements nous procure la vie heureuse. » J'aime tout, dans cette définition. Que la philosophie y soit une activité, et pas seulement une théorie. Qu'elle procède par discours et raisonnements, et pas seulement par intuitions et visions. Qu'elle tende au bonheur !

    Je donnerai pour ma part la même définition quant au fond, formulée dans un langage peut-être plus moderne : la philosophie est une activité discursive, qui a la vie pour objet, la raison pour moyen et le bonheur pour but. Je pense répondre ainsi aux deux questions : « Qu'est-ce que la philosophie et à quoi sert-elle ? » Car ces deux questions n'en font qu'une. Inutile de préciser que cette définition est mienne. Elle ne prétend pas valoir pour toutes les philosophies. Mais cela même est philosophique.

    Il faut encore préciser. Dire que la philosophie sert à vivre mieux, à être plus heureux, n'est évidemment pas à entendre comme l'annonce qu'il existerait des spécialistes à même de faire votre bonheur à votre place, tout comme une femme de ménage peut faire votre ménage pour que vous n'ayez pas à le faire. Les philosophes ne sont pas les femmes de ménage de l'esprit. Leur existence ne saurait vous dispenser de philosopher. Ils ne peuvent servir qu'à vous aider à philosopher vous-même, par vous-même, pour vous-même.

    C'est parce que la philosophie sert à vivre qu'elle ne peut appartenir en propre aux philosophes de métier. Et c'est pourquoi aussi personne ne peut se dispenser de philosopher. Dès lors qu'on essaie de penser sa vie et de vivre sa pensée, on philosophe, peu ou prou, et plus ou moins bien. Les grands auteurs nous aident seulement à philosopher un peu mieux.

    Il reste encore à préciser que si le bonheur est le but de la philosophie, il n'est pas sa norme. Ce n'est pas parce qu'une idée me rend heureux que je dois la penser ; c'est uniquement parce qu'elle me paraît vraie. Il ne s'agit donc pas de penser ce qui me rend heureux, ce qui serait faire du bonheur la norme et soumettre la philosophie à une espèce de pragmatisme éthique. Il s'agit de penser ce qui me paraît vrai. Or s'il y a contradiction entre ces deux exigences, la normativité du vrai et la finalité du bonheur, la dignité du philosophe se joue toute entière dans le fait qu'il choisit la vérité. Si quelqu'un a le choix entre un bonheur et une vérité, il n'est philosophe qu'en tant qu'il choisit la vérité.

    Cet amour du vrai me semble commun à tous les philosophes. À tel point que ceux qui ne se soumettraient pas à cette norme de la vérité, de mon point de vue, ne seraient plus des philosophes, mais bien ce que la tradition appelle des sophistes. Car si la philosophie sert à quelque chose, c'est en fin de compte à chercher le bonheur dans la vérité. Le but et la norme de la philosophie se rencontre ici, et cette rencontre, quand elle est effective, définit la sagesse. Ce bonheur ne serait pas fait, comme la plupart des plaisirs contingents. Ni d'illusions et de mensonges. Ce bonheur serait fait de vérité, et c'est ce qu'on appelle la béatitude : le bonheur dans la vérité, ou l'amour vrai du vrai.

    André Comte-Sponville, Une éducation philosophique (1989)

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  • Hegel : La philosophie une affaire sérieuse

    Il paraît particulièrement nécessaire de faire de nouveau de la philosophie une affaire sérieuse. Pour toutes les sciences, les arts, les talents, les techniques, prévaut la conviction qu'on ne les possède pas sans se donner de la peine et sans faire l'effort de les apprendre et de les pratiquer. Si quiconque ayant des yeux et des doigts, à qui on fournit du cuir et un instrument, n'est pas pour cela en mesure de faire des souliers, de nos jours domine le préjugé selon lequel chacun sait immédiatement philosopher et apprécier la philosophie puisqu'il possède l'unité de mesure nécessaire dans sa raison naturelle - comme si chacun ne possédait pas aussi dans son pied la mesure d'un soulier. Il semble que l'on fait consister proprement la possession de la philosophie dans le manque de connaissances et d'études, et que celle-là finit où celles-ci commencent.

    Hegel, Phénoménologie de l'esprit (1807)

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  • Satie : La Mort de Socrate

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  • Gounelle : Le philosophe qui n'était pas sage

    Ah !, le quotidien.. Comme il est plus aisé de disserter sur les grands principes que de faire face au jour le jour aux soucis qui se mettent en travers de son chemin.. .Mais il avait quand même, au fil des ans, remporté d'infimes victoires sur lui-même, commençant progressivement à lâcher prise sur son image,l'envie d'être reconnu, le besoin d'avoir raison, s'abstenant de réagir sans cesse aux critiques injustifiées ou aux méchancetés des autres, apprenant lentement à tourner la page des regrets, à renoncer à la nostalgie des bonheurs passés, ces sables mouvants de mélancolie dans lesquels il avait souvent eu la complaisance de s'abandonner. Il était même parvenu à se libérer un peu, juste un peu, de l'étreinte des envies, apprenant à jouir davantage de chaque instant de la vie, de ses relations, de son travail, sans rien désirer d'autre que ce qu'il avait déjà...

    Laurent Gounelle, Le philosophe qui n'était pas sage (2008)

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  • 10 ans du café philo

    C’est en octobre 2009 que le café philosophique de Montargis a été créé. À l’initiative de deux passionnés de philosophie, l’idée a été de créée à Montargis, au départ au cœur du quartier du centre commercial de la Chaussée, un café philosophique.

    Drôle d’idée, qui pouvait laisser sceptique autant, d’une part, les réfractaires à cette discipline considérée – à tort – comme inaccessible, et d’autre part, celles et ceux qui pensent que la philosophie ne pouvait être réservée qu’à une élite.

    Cette aventure, qui ne devait durer au départ que quelques mois et quatre ou cinq séances, s’est pourtant installée dans la durée : 10 ans, 11 saisons et près de 85 séances plus tard, le café philo continue sa route. Il est resté fidèle à ses idées du début – proposer des débats ouverts à tous et au monde, et sans jamais de parti-pris –, mais non sans avoir connu plusieurs changements : une équipe d’animateurs élargis, un nouveau lieu de rendez-vous (Le Belman), des cafés philos décentralisés (La médiathèque de Montargis, Les Tanneries, Le Vox), une série d’émission de radios et un site Internet riche et fourni.

    Pour fêter ses 10 ans, le café philo proposera un rendez-vous exceptionnel le vendredi 4 octobre 2019, avec pas mal de surprises à la clé.

    Le débat portera sur cette question : « Un bon philosophe a-t-il toujours raison ? »

    La participation sera, comme d’habitude, libre et gratuite.

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  • Séance spéciale 10 ans "Un bon philosophe a-t-il toujours raison ?"

    Le café philosophique de Montargis donne rendez-vous le vendredi 4 octobre 2019 au Belman pour une séance exceptionnelle spéciale 10 ans du Café philo. Il s'agira aussi de la première séance de sa 11ème saison.

    Le débat portera sur cette question : "Un bon philosophe a-t-il toujours raison ?"

    La participation sera libre et gratuite.

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  • Alain : Penser, c'est dire non

    Penser, c’est dire non. Remarquez que le signe du oui est d’un homme qui s’endort ; au contraire le réveil secoue la tête et dit non. Non à quoi ? Au monde, au tyran, au prêcheur ? Ce n’est que l’apparence. En tous ces cas-là, c’est à elle-même que la pensée dit non. Elle rompt l’heureux acquiescement. Elle se sépare d’elle-même. Elle combat contre elle-même. Il n’y a pas au monde d’autre combat. Ce qui fait que le monde me trompe par ses perspectives, ses brouillards, ses chocs détournés, c’est que je consens, c’est que je ne cherche pas autre chose. Et ce qui fait que le tyran est maître de moi, c’est que je respecte au lieu d’examiner. Même une doctrine vraie, elle tombe au faux par cette somnolence. C’est par croire que les hommes sont esclaves. Réfléchir, c’est nier ce que l’on croit. Qui croit ne sait même plus ce qu’il croit. Qui se contente de sa pensée ne pense plus rien.

    Alain, Propos (1951)

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  • Un bon philosophe a-t-il toujours raison ?

    C’est en octobre 2009 que le café philosophique de Montargis a été créé. À l’initiative de deux passionnés de philosophie, l’idée a été de créée à Montargis, au départ au coeur du quartier du centre commercial de la Chaussée, un café philosophique.

    Drôle d’idée, qui pouvait laisser sceptique autant, d’une part, les réfractaires à cette discipline considérée – à tort – comme inaccessible, et d’autre part, celles et ceux qui pensent que la philosophie ne pouvait être réservée qu’à une élite.

    Cette aventure, qui ne devait durer au départ que quelques mois et quatre ou cinq séances, s’est pourtant installée dans la durée : 10 ans, 11 saisons et près de 85 séances plus tard, le café philo continue sa route. Il est resté fidèle à ses idées du début – proposer des débats ouverts à tous et au monde, et sans jamais de parti-pris –, mais non sans avoir connu plusieurs changements : une équipe d’animateurs élargis, un nouveau lieu de rendez-vous (Le Belman), des cafés philos décentralisés (La médiathèque de Montargis, Les Tanneries, Le Vox), une série d’émission de radios et un site Internet riche et fourni.

    Pour fêter ses 10 ans, le café philo proposera un rendez-vous exceptionnel le vendredi 4 octobre 2019, avec pas mal de surprises à la clé.

    Le débat portera sur cette question : « Un bon philosophe a-t-il toujours raison ? »

    La participation sera, comme d’habitude, libre et gratuite.

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  • Annonce : café philo à la médiathèque de Montargis en décembre

    Capture.JPG

    Nous annonçons avec la médiathèque de Montargis le café philo spécial qui aura lieu à la médiathèque de Montargis le vendredi 6 décembre à 18 heures.

    Programmation Médiathèque Montargis, dernier trimestre 2019

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  • Bilan de la saison 10 en attendant la saison 11

    Pour la saison 10 du café philo, 9 séances ont été proposées, "Va-t-on trop vite?", "Obéir ou désobéir?", "Peut-on être seul•e au milieu des autres?", "Le désir n'est-il que le manque?", "Est-on possesseur de son corps?", "Un bon artiste est-il un artiste mort ?", "Peut-on se mettre à la place des autres?", "Les hommes ont-ils besoin d'être gouvernés?" et "Les apparences sont-elles toujours trompeuse ?"

    Ces séances ont réuni en moyenne une quarantaine de personnes, des participants qui sont pour beaucoup dans la pérennité de l'animation philosophique de Montargis.

    Durant cette saison, deux séances exceptionnelles ont eu lieu, des séances décentralisées : la première au Vox de Château-Renard, pour la première fois ("Obéir ou désobéir?") et la seconde à la Médiathèque de Montargis qui nous accueillait pour la deuxième année consécutive ("Un bon artiste est-il un artiste mort ?").

    En attendant la saison 11 qui commencera le 4 octobre avec une séance spéciale 11e anniversaire ("Un bon philosophe a-t-il toujours raison?"), nous vous souhaitons de bonnes vacances.

    Lien permanent Catégories : =>Saison. 10, =>Saison. 11, [75] "Va-t-on trop vite?", [76] "Obéir ou désobéir?", [77] "Peut-on être seul·e au milieu des autres?, [78] "Le désir n'est-il que le manque?", [79] "Est-on possesseur de son corps?", [80] "Un bon artiste est-il un artiste mort ?", [81] "Se mettre à la place des autres?", [82] "Les hommes ont-ils besoin d'être gouvernés?", [83] "Les apparences sont-elles toujours trompeuse Imprimer 0 commentaire Pin it!
  • Séance spéciale 10 ans "Un bon philosophe a-t-il toujours raison ?"

    Le café philosophique de Montargis donne rendez-vous le vendredi 4 octobre 2019 au Belman pour une séance exceptionnelle spéciale 10 ans du Café philo. Il s'agira aussi de la première séance de sa 11ème saison.

    Le débat portera sur cette question : "Un bon philosophe a-t-il toujours raison ?"

    La participation sera libre et gratuite.

    Lien permanent Catégories : =>Saison. 11, [84] Séance spéciale 10 ans du café philo Imprimer 0 commentaire Pin it!
  • Spéciale 10 ans du café philo

    Séance exceptionnelle du café philosophique de Montargis avec ce premier débat de la saison 11. Le 4 octobre 2019, le café philo se réunira au Belman à 19 heures à l'occasion des 10 ans du café philo.

    La participation sera libre et gratuite.

    Lien permanent Catégories : =>Saison. 11, [84] Séance spéciale 10 ans du café philo Imprimer 0 commentaire Pin it!
  • Merci aux participants de la séance du 19 juillet 2019

    tenor.gifLe café philosophique de Montargis se réunissait  le vendredi 19 juillet 2019 pour la dernière séance de la saison. Le débat portait sur ce sujet : "Les apparences sont-elles toujours trompeuses?"

    Merci aux participants de cette nouvelle séance.

    Le café philo fixe son prochain rendez-vous au Belman le vendredi 4 octobre 2019 à 19 heures pour une séance spéciale : Les 10 ans du café philo.

    Lien permanent Catégories : =>Saison. 10, =>Saison. 11, [83] "Les apparences sont-elles toujours trompeuse, [84] Séance spéciale 10 ans du café philo Imprimer 0 commentaire Pin it!

"La félicité et le bonheur ne sont pas davantage l’œuvre d’une seule journée, ni d’un bref espace de temps” [Aristote]