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  • Sen : pauvres et capabilités

    contraste.jpg"Il faut tenir compte du fait que nombre de "pauvres", en termes de revenus et d'autres biens premiers, présentent également des caractéristiques - âge, handicap, mauvais état de santé, etc. - qui leur rendent plus difficile la conversion des biens premiers en capabilités de base, telles que la capacité de se déplacer, de mener une vie saine et de prendre part à la vie de la collectivité. Ni les biens premiers ni les ressources définies plus largement ne peuvent rendre compte de la capabilité dont jouit effectivement une personne."

    Amartya Sen, On Ethics and Economics (1987)

     

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  • Sartre : le diable et le bon dieu

    211110_232524_PEEL_BjDFWt.jpg"LE BANQUIER
    Depuis trente ans, je me règle sur un principe : c'est que l'intérêt mène le monde. Devant moi, les hommes ont justifié leurs conduites par les motifs les plus nobles. Je les écoutais d'une oreille et je me disais : Cherche l'intérêt.

    GOETZ
    Et quand vous l'aviez trouvé ?

    LE BANQUIER
    On causait.

    GOETZ
    Avez-vous trouvé le mien ?

    LE BANQUIER
    Voyons !

    GOETZ
    Quel est-il ?

    LE BANQUIER
    Doucement. Vous appartenez à une catégorie difficilement maniable. Avec vous, il faut avancer pas à pas.

    GOETZ
    Quelle catégorie ?

    LE BANQUIER
    Celles des idéalistes.

    GOETZ
    Qu'est-ce que c'est que ça ?

    LE BANQUIER
    Voyez-vous, je divise les hommes en trois catégories : ceux qui ont beaucoup d'argent, ceux qui n'en n'ont point du tout et ceux qui en ont un peu. Les premiers veulent garder ce qu'ils ont : leur intérêt c'est de maintenir l'ordre ; les seconds veulent prendre ce qu'ils n'ont pas : leur intérêt c'est de détruire l'ordre actuel et d'en établir un autre qui leur soit profitable. Les uns et les autres sont des réalistes, des gens avec qui on peut s'entendre. Les troisièmes veulent renverser l'ordre social pour prendre ce qu'ils n'ont pas, tout en le conservant pour qu'on ne leur prenne pas ce qu'ils ont. Alors, ils conservent en fait ce qu'ils détruisent en idée, ou bien ils détruisent en fait ce qu'ils font semblant de conserver. Ce sont eux les idéalistes.

    GOETZ
    Les pauvres gens. Comment les guérir ?

    LE BANQUIER
    En les faisant passer dans une autre catégorie sociale. Si vous les enrichissez, ils défendront l'ordre établi."

    Jean-Paul Sartre, Le Diable et le Bon Dieu (1951)

     

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  • Sénèque : la pauvreté n'est pas un problème pour le philosophe

    51uYxYRtO0L._SX344_BO1,204,203,200_.jpg"Loin de toi tout cet attirail, si tues sage, que dis-je? Si tu veux l'être, et porte-toi vers la raison à grande vitesse et de toutes tes forces. Si quelque lien t'arrête, ou dénoue-le ou tranche-le. Qui te retient? Tes intérêts domestiques, dis-tu ! Tu les veux régler de telle sorte que ton revenu te suffise sans travail, de peur que la pauvreté ne te pèse, ni toi à personne. — En disant cela, tu sembles ne pas connaître la force et la grandeur du bien où tu aspires : tu vois bien l'ensemble de la chose et à quel point la philosophie est utile ; mais les détails, tu ne les saisis pas encore d'un coup d'œil assez net ; tu ignores combien, en toute situation, elle offre de ressources et comment, pour parler avec Cicéron, dans les grandes crises elle nous prête assistance et intervient dans nos moindres embarras. Crois-moi, appelle-la dans tes conseils : elle te dissuadera de rester assis devant un comptoir : ce que tu cherches, n'est-ce pas, ce que tu veux gagner par tes retards, c'est de n'avoir point la pauvreté à craindre. Et s'il te faut la désirer! Pour combien d'hommes les richesses furent un obstacle à la philosophie ! La pauvreté va d'un pas libre, en toute sécurité. Quand le clairon sonne, elle sait qu'on n'en veut pas à elle ; quand retentit le cri d'alarme, elle cherche par où fuir, et non ce qu'elle emportera. A-t-elle à s'embarquer? Elle n'excite pas grand bruit au port; et pour le cortège d'un seul homme le rivage n'est pas en tumulte; elle n'a point autour d'elle un peuple d'esclaves pour la nourriture desquels il faille souhaiter que les récoltes d'outre-mer donnent bien. Il est facile d'alimenter un petit nombre d'estomacs, bien réglés, et qui ne demandent rien qu'à être rassasiés. La faim est peu coûteuse, un palais blasé l'est beaucoup. Il suffit à la pauvreté que ses besoins pressants soient satisfaits.

    Pourquoi donc la refuserais-tu, cette commensale dont le régime devient celui de tout riche de bon sens? Qui veut cultiver librement son âme doit être pauvre ou vivre comme tel. Cette culture ne profite qu'au sectateur de la frugalité : or la frugalité, c'est une pauvreté volontaire. Défais-toi donc de ces vains prétextes : « Je n'ai pas encore ce qui me suffirait; que j'arrive à telle somme, et je me donne tout à la philosophie. » Eh! c'est cette philosophie qu'il faut avant tout acquérir; tu l'ajournes, tu la remets en dernier, elle par qui tu dois commencer. « Je veux amasser de quoi vivre ! » Apprends donc aussi comment il faut amasser. Si quelque chose t'empêche de bien vivre, qui t'empêche de bien mourir? Non : ni la pauvreté n'est faite pour nous enlever à la philosophie, ni l'indigence même. Ceux qui ont hâte d'arriver à elle devront endurer même la faim, qu'ont bien endurée des populations assiégées. Et quel autre prix voulaient-elles de leurs souffrances que de ne pas tomber à la merci du vainqueur? Combien est plus grande une conquête qui promet la liberté perpétuelle et le bonheur de ne craindre ni homme ni Dieu ! Oui, fût-ce par les tortures de la faim, c'est là qu'il faut marcher. Des armées se sont résignées à manquer de tout, à vivre de racines sauvages ; des choses dont le seul nom répugne les ont soutenues dans leur dénuement. Tout cela, elles l'ont souffert pour des maîtres, chose plus étonnante, étrangers ; et l'on hésiterait devant une pauvreté qui affranchit l'âme de ses passions furieuses? Ce n'est donc pas d'amasser qu'il s'agit d'abord; on peut, même sans provisions de route, arriver à la philosophie. Je te comprends : quand tu posséderas tout le reste, tu voudras bien avoir aussi la sagesse : ce sera comme le complément du matériel de ta vie, et pour ainsi dire un meuble de plus. Ah! plutôt, si peu que tu possèdes, fais-toi dès maintenant philosophe, car d'où sais-tu si tu n'as pas déjà trop? Si tu n'as rien, recherche la philosophie avant toute chose. « Mais je manquerai du nécessaire ! » Je dis d'abord non, cela ne saurait être, tant la nature demande peu ; et le sage s'accommode à la nature. Que si les nécessités les plus extrêmes fondent sur lui, il est prêt : il s'élance hors de la vie et cesse d'être à charge à lui-même. N'a-t-il pour sustenter cette vie que d'exiguës et étroites ressources. "Tant mieux", se dira-t-il, et sans autre souci, sans se mettre en peine que du nécessaire, il payera sa dette à son estomac, couvrira ses épaules ; et en voyant les tracas des riches, et tant de rivaux dans cette course aux richesses, tranquille et satisfait il ne fera qu'en rire, il leur criera : "Pourquoi remettre si tard à jouir de vous-mêmes? Attendrez-vous les fruits de vos capitaux, les gains de vos spéculations, le testament d'un riche vieillard, quand vous pouvez sur l'heure devenir riches? La sagesse tient lieu de biens à l'homme : car les lui rendre superflus, c'est les lui donner. Ceci s'adresse à d'autres qu'à toi, qui es voisin de l'opulence. Change le siècle, tu auras trop; et dans tout siècle le nécessaire est le même.

    Je pourrais clore ici ma lettre, mais je t'ai gâté. Il n'est permis de saluer les rois parthes qu'avec un présent ; toi, l'on ne peut te dire adieu sans payer. Qu'ai-je sur moi? Empruntons à Épicure: "Que d'hommes pour qui la richesse conquise n'a pas été la fin, mais le changement de leur misère !" Je n'en suis pas surpris : ce n'est point dans les choses qu'est le mal, c'est dans l'âme. Ce qui lui rendait la pauvreté si lourde fait que les richesses lui pèsent. Comme il est indifférent que l'homme qui souffre soit déposé sur un lit de bois ou sur un lit d'or : n'importe où tu l'as transféré, ses douleurs y passent avec lui; de même, place un esprit malade dans la richesse ou dans la pauvreté, partout son mal le suit."

    Sénèque, Lettre à Lucilius, XVII (Ier s. ap. JC)

     

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  • Compte-rendu du café philo : "œil pour œil, dent pour dent?"

    Thème du débat : "Œil pour œil, dent pour dent ?" 

    Date : 6 novembre 2015 à la Brasserie du centre commercial de la Chaussée

    72prud'hon3.jpgPour cette 52e séance du café philosophique de Montargis, envers 90 personnes étaient présentes pour débattre avec l'invitée exceptionnelle, Catherine Armessen, autour de la question "Œil pour œil, dent pour dent ?", un sujet autour du thème de la vengeance et du pardon. Bruno présente l'invitée de la soirée : Catherine Armessen est médecin et romancière. Après avoir écrit pour les petits, elle a décidé de passer à la littérature adulte. L'auteur traite volontiers des sujets de société, si bien que l'on peut justement parler de ses romans comme des "romans documentaires" : Manipulation (2007, Prix Littré) traitait des sectes et La Marionnette (2013) de la manipulation dans le couple et des pervers narcissiquese (ces deux sujets ayant fait l'objet de débats en 2011 et 2013). Son dernier livre, Tu me reviendras (2015), un thriller, traite de la vengeance. C'est pour parler de ce sujet que Catherine Armessen est présente à ce café philo.

    Claire commence le débat par rappeler l'origine de l'expression "œil pour œil, dent pour dent". Cette expression retranscrit la loi du Talion, terme originaire du latin talis qui veut dire "tel" ou "pareil". La loi du Talion consiste en "la juste réciprocité du crime et de la peine". Cette loi, qui fonde notre justice, se trouve à l'origine dans le Code Hammurabi, un texte babylonien datant du XVIIIe siècle avant JC. Ce texte stipulait que "si un homme arrache l’œil d’un autre homme, son œil sera arraché. Si un homme brise un os d’un autre homme, son os sera brisé." Ces préceptes ont été repris dans la majorité des textes religieux, la Torah, la Bible ou le Coran. Cette loi du Talion a ensuite largement inspiré nos lois actuelles.

    280px-Klytaimnestra_Erinyes_Louvre_Cp710.jpgCatherine Armessen prend la parole en évoquant son livre Tu me reviendras qui traite de la spirale de la vengeance. En quoi la vengeance diffère-t-elle de la justice ? La justice entend punir un délit ou un crime dans un cadre précis qui entend être rationnel. Et la punition est décidée par une personne tiers – un juge ou un jury – alors que dans la vengeance c'est la ou les victimes qui cherchent à obtenir réparation, dans une décision mue par la passion et parfois la violence. Aussi, dit Catherine Armessen, peut-on opposer la veangeance/violence/passion à la justice/punition réfléchie/raison.

    Un intervenant réagit. Cette loi, "œil pour œil, dent pour dent, main pour main, meurtrissure pour meurtrissure", qui peut paraître cruelle, est destinée à donner de la raison à une vengeance qui pourrait occasionner une violence déconsidérée. Catherine Armessen va dans ce sens : la loi du Talion s'inscrivait dans une volonté de paix sociale, pour éviter une spirale de la violence, malgré ses imperfections. En un sens, c'est une loi intermédiaire entre la vendetta et la justice moderne, élaborée avec une tarification par crime.

    Bruno va dans ce sens. La loi du Talion apporte en effet une forme de raison. C'est d'ailleurs ce que dit Hegel. Or, ce qui diffère bien entre la justice et la vengeance c'est la manière dont elles sont appliquées. Dans un cas, c'est une tiers-personne, qui est en dehors de l'acte, qui obtient réparation alors que dans l'autre c'est la victime qui punit.

    La justice serait donc un moyen d'apporter de la raison en lieu et place d'une vengeance aveugle susceptible d'être cruelle et "injuste". Or, la justice peut, dans certains cas, n'être pas raisonnable. Bruno prend l'exemple de la peine de mort sous l'Ancien Régime. Michel Foucault décrit, dans Surveiller et Punir, le supplice et l'exécution de Damiens, accusé d'un attentat contre Louis XV, en plein Siècle des Lumières. Loin d'être une mesure simplement coercitive, cette mise à mort est décrite par Foucault sur 50 pages hallucinantes. Le philosophe ne nous épargne aucun détail sur le supplice et l'exécution du condamné. Ici, l'acte judiciaire semblerait bien relever d'un acte de vengeance collective vis-à-vis d'un homme qui a commis le pire des crimes : le régicide, forme symbolique du parricide qui était considéré comme le crime le plus abominable à l'époque. Or, l'application de la Loi du Talion n'apparaît pas appropriée dans ce cas de figure, dans la mesure où le roi est sorti sauf de cet attentat, au contraire de son auteur (à moins que l'on ne puisse parler d'une Loi du Talion "symbolique"). Finalement, la différence entre justice raisonnable et loi du Talion paraît dans certains cas tenu.

    erinyes-oreste.jpgPour Catherine Armessen, la justice s'adapte, peu ou prou, à la société de son époque. Dans l'exemple de Damiens, ce qui est également en jeu c'est aussi le rapport avec le corps. En tout cas, le besoin de réparer avec la brutalité, que ce soit individuellement ou collectivement, est toujours présente. Or, la vengeance peut être apportée sous l'angle psychologique. La vengeance prend son origine dans des émotions que nous ressentons face à des émotions. C'est une manière de décharger "nos émotions négatives". En ce sens, l'acte de vengeance et le désir de vengeance sont différents. La Rochefoucauld disait justement que "la vengeance procède toujours de la faiblesse de l'âme qui n'est pas capable de supporter les injures". La vengeance initie un cycle de violences, comme dans la vendetta. La Colomba de Mérimée en est un très bel exemple, dit notre invitée. La vendetta, dans la Corse traditionnelle, n'est pas stricto sensu une loi du Talion : c'est une forme de justice arithmétique, une dette à régler : "Je te tue deux hommes, tu me tues deux hommes, et ainsi de suite... jusqu'à plusieurs cousinades éloignées."

    Catherine Armessen parle du désir de vengeance : "Nous sommes tous violents", constate-t-elle. Les règles sociales mises en place sont destinées à freiner cette violence, quitte à aller contre la nature. Bruno ajoute que René Girard, décédé quelques jours avant ce café philo, a beaucoup réfléchi et disserter sur cette violence, le désir mimétique mais aussi le pardon, vu sous l'angle religieux et catholique (voir ce texte). Catherine Armessen affirme que la violence est nécessaire pour préserver notre équilibre psychique. La vengeance semblerait être inhérente au fonctionnement humain, à un instinct (ou désir) vital en jeu. Cette vengeance va s'exprimer obligatoirement à travers quatre possibilités. Première possibilité : se venger contre l'agresseur ("je me fais mal tu me fais mal"). Dans ce cas la justice est là pour réparer l'affront. Deuxième possibilité : choisir un bouc-émissaire, avec l'exemple du peuple juif pendant la seconde guerre mondiale. Troisième possibilité : la sublimation "qui est une manière noble de se venger" : un enfant agressé physiquement va, par exemple, se mettre à être bon à l'école pour aider l'autre. Quatrième possibilité : se venger contre soi-même en tombant malade. Et c'est tout le problème des maladies psychosomatiques. Catherine Armessen lit un court passage de son roman Tu me reviendras : "Nathalie grimaça en ressentant une douleur dans son mollet droit, souvenir d'un vieil accident. La douleur était si présente dans sa vie qu'elle l'avait, par dérision, prénommée Carabosse, comme la sorcière qui se faufilait dans les contes depuis le XIIIe siècle. La douleur était là, tyrannique, obligeant sa victime à se courber pour se passer la jambe, pour dissiper la crampe qui s'installait. Carabosse, la vieille fée bossue à trente carats, s'invitait quand Nathalie se sentait débordée par sa vie, comme ce matin où elle supportait mal les grommellements qui l'attendaient". Catherine Armessen souligne que souvent le corps parle et il faut l'écouter.

    ulysse-iros_corinth.jpgBruno revient sur cette notion de respect. Chercher à se venger contre quelqu'un qui a bafoué mon honneur est quelque part un acte rationnel. D'après Nietzsche, dans cette vengeance offensive, c'est la raison qui joue : on raisonne sur la vulnérabilité de l'adversaire et à ce qui pourrait le faire souffrir, même si les conséquences de cet acte ne sont pas réfléchies et raisonnées. La vengeance serait par ailleurs vouée à l'échec dans la tentative de réparation : "Quand on punirait un bourreau en lui infligeant les souffrances qu'il a infligées... Ce tortionnaire n'aurait pas cent corps pour souffrir les cent martyres qu'il a faits. La punition n'irait pas assez loin. Elle serait inaccomplie et confesserait son impuissance devant le crime." disait France Quéré.

    La question qui est ensuite posée est de savoir si la violence est naturelle. Par exemple, les "castagnes" sur les cours de récréations sont-elles si néfastes que cela, se demande Catherine Armessen ? Un participant récuse ce propos, ajoutant que si la violence est dite naturelle, la non-violence l'est tout autant. Face à la pulsion nous poussant à agir avec brutalité afin que nous soyons respectés, il y a la pulsion naturelle qui nous pousse vers l'autre avec bienveillance et sociabilité, car je suis un être de relation – et de relation pacifique. Pour cet intervenant, associer justice et punition pourrait être considérée comme réducteur car ce qui est également en jeu c'est la réparation, afin que nous parvenions à revivre ensemble. Par ailleurs, la non-violence n'est pas la non-agressivité. L'agressivité est une forme de combativité. Elle peut être violente et non-violente. Et c'est celle-ci qui doit être éduquée, y compris auprès des enfants (cf. café philo "L'éducation à la non-violence"). Pour aller plus loin, une participante cite Lao Tseu qui disait : "Si quelqu'un t'a offensé, ne cherche pas te venger. Assied-toi au bord de la rivière et bientôt tu verras passer son cadavre." On est dans une tradition bouddhiste et taoïste qui parle de la loi de causalité : si l'on cause quelque chose, il y aura un effet. Delà, une personne non-violente ne cherchera pas à se venger car la réponse à un acte répréhensible viendra d'elle-même. Par ailleurs, cette intervenante estime que si une personne cherche à se venger c'est qu'elle n'a pas de solution pour gérer son vécu. "Un désir de vengeance se domestique", ajoute un autre participant, avant de citer un autre penseur oriental, Gandhi : "Avec une maxime comme ça [Œil pour œil dent pour dent"], il y aura bientôt la moitié de l'humanité qui sera borgne et l'autre moitié qui sera édentée." La loi du Talion est source de beaucoup de conflits et de démesures criminelles car cette maxime "se traduit souvent par un peu plus d'un œil pour un œil et un peu plus d'une dent pour une dent". Cet intervenant cite ensuite l'Évangile de Matthieu, un texte de sagesse religieuse, qui vient apporter une contradiction avec cette loi du Talion : "Vous avez appris qu'il a été dit : œil pour œil et dent pour dent. Et moi, je vous dis de ne pas résister au méchant. Au contraire, si quelqu'un te gifle sur la joue droite, tends-lui aussi l'autre" (Matthieu, (5, 38-42). Cette citation, souvent stigmatisée, serait en réalité mal interprétée. Elle n'est pas un appel à la soumission et à la non-résistance. Tolstoï disait que la traduction est mauvaise car cette phrase de Jésus signifierait plutôt : "Ne résiste pas au méchant avec les moyens du méchant" – mais résiste toutefois.

    oreste_mei.jpgUne intervenante réagit en faisant de nouveau référence à la tradition bouddhiste : "L’étendue de la criminalité peut être réduite en améliorant les conditions sociales et économiques, mais aucune société humaine ne sera jamais capable d’éradiquer complètement le crime. C'est à chaque être de prendre la responsabilité de son amélioration et de voir la continuité entre le criminel et la victime possible qui est en nous". Chacun doit être conscient qu'il peut basculer du statut de criminel à victime.

    Le désir de vengeance semblerait être un symptôme qui se tourne contre la personne qui l'énonce ; Catherine Armessen cite un passage de son dernier roman : "Comme il t'allait ce tailleur... Le jour où tu ruinais ma vie, tu portais la même coiffure. En te cadrant dans l'objectif, je t'ai haïe pour ta trahison... Ah tout ce bonheur perdu dans l'inflexibilité du temps ! Toutes ces petites joies mortes à cause de toi... Rien désormais ne m'empêchera de te rejoindre et de te détruire." En tant que médecin Catherine Armessen témoigne : elle voit des gens s’abîmer gravement dans la haine et dans les émotions négatives. Mais est-ce leur intérêt de les laisser se focaliser sur ces désirs ? Elle s'interroge sur la manière de passer au-dessus d'une agression sans passer par l'acte de vengeance. La première solution est la justice, qui veut dire aussi la reconnaissance du crime par l'autre. Les vertus thérapeutiques ont également une grande importance, comme cela est montré dans les manipulations mentales dans le couple.

    Pour un intervenant, chacun peut être amené à choisir entre vengeance et justice en fonction de la nature du préjudice et de son intensité. L'autre aspect est la confiance que l'on peut avoir dans la justice. Pour un autre intervenant, il peut y avoir une incompréhension sur la nature de la justice et sur ses décisions, dans la mesure aussi où la justice peut être décalée par rapport à la société, avec une justice qualifiée d'inhumaine, des juges seuls et des victimes parfois oubliées. Pour revenir à la vengeance, dit une autre personne du public, le commencement de ce désir est d'abord l'instinct. Catherine Armessen parle, de son côté, de "survie psychique inconsciente". Bruno réagit et parle d'ambivalence : la notion "arithmétique" qui dit "œil pour œil, dent pour dent" est contredite par une motivation de fait "instinctive". Il semblerait que la loi du Talion se pare de beaux oripeaux civilisateurs pour finalement cacher les instincts qui sont au cœur de cette forme de justice.

    Dans la loi du Talion, réagit un autre participant, il y a l'aspect sociétal. La vengeance ne peut pas être une solution laissée à l'individu pour obtenir réparation. Il faut qu'il y ait un contrôle social pour empêcher tous les règlements. Or, un intervenant constate que la justice a pour motivation la défense de la société - plutôt que de l'individu - comme le montrait Foucault, ce que beaucoup de victimes peuvent déplorer car elles se sentent oublier. C'est le cas dans les grands crimes ("la justice ne me le fera pas revenir") mais aussi dans les petits ou grands délits. Bruno considère que la justice pourrait avoir du mal à regarder dans les yeux les victimes car elle n'a pas le même but que celles-ci. Il reprend l'exemple de l'exécution de Damiens : l'application de son supplice n'a finalement pour but que de susciter l'effroi et de prévenir tout acte de régicide (même si Louis XV est sorti vivant de cet attentat). Par là, la société se protège et préserver le corps social.

    SetWidth600-345.jpgAprès avoir longtemps discuté de la vengeance, la discussion s'engage au sujet du pardon qui, pour certains penseurs, est "une forme de vengeance". Le verbe pardonner est vague : "Renoncer à punir... Accepter sans dépit... Ne pas tenir rigueur à quelqu'un." L'autre lecture proposée par Catherine Armessen est de proposer le pardon non pas comme une "non-action" mais comme une "dynamique qui est celle de se dégager de la spirale de la violence pour se reconstruire." Renoncer à la haine", ajoute notre invitée, "c'est rompre avec des émotions blessantes". "Ne pas tenir rigueur à l'adversaire c'est comprendre ce qui l'a conduit à l'offense pour rompre le lien avec lui" et ne pas punir "c'est sortir de la spirale pour ne pas se punir soi-même en continuant d'être dans cette spirale." Le choix du pardon entraîne une rupture dans la chaîne affective et dans la temporalité où l'on accepte de ne pas changer ce qui a été fait et qui est irréversible. Cela veut aussi dire sortir du passé douloureux. "Si l'affront perd de sa puissance, du coup l'adversaire aussi." Il y aurait donc, grâce au pardon trois ruptures : affective, temporalité et représentation de l'adversaire. Le pardon est un élan positif. Hannah Arendt disait ceci : "Le pardon est de l'ordre de la naissance, il ouvre un avenir : l'être humain n'est pas enfermé dans ce qu'il a fait, il est capable d'autre chose." Le pardon libère et reconstruit. La philosophe ajoute ceci : "Le pardon est certainement l'une des plus grandes facultés humaines et peut-être la plus audacieuse des actions, dans la mesure où elle tente l'impossible - à savoir défaire ce qui a été - et réussit à inaugurer un nouveau commencement là où tout semblait avoir pris fin." Il y a un côté salvateur dans le pardon, ce qui semble pour plusieurs membres du public aller en contradiction avec la difficulté ou l'impossibilité d'excuser un crime monstrueux ou une atteinte à une personne indéfendable. C'est tout le problème des victimes, se pensant souvent incomprises dans les affaires judiciaires. Par ailleurs, se demande un intervenant, le pardon est-il également utile pour la société, dans la mesure où le criminel peut se sortir intact d'un méfait. La justice ne favorise pas le pardon dans la mesure où les procédures judiciaires durent des années.

    Peut-on tout pardonner ? Se demande Catherine Armessen. Elle cite Vladimir Jankélévitch : "Pardonner un tel crime [un crime contre l’Humanité] ne serait pas renoncer à ses droits mais trahir le Droit car la victime n'est pas une ou des personnes mais l'Humanité."

    Catherine Armessen voit le pardon comme une forme d'exorcisme – même colérique – afin de comprendre puis de s'en sortir mentalement, même si cela demande courage, temps et humilité. Elle prend l'exemple de la manipulation mentale dans le couple. Bruno réagit : pardonner n'est pas baisser les bras mais reprendre la main sur sa propre souffrance. Sans doute que pardon et vengeance sont les deux versants du même processus. 

    richmond_electre-agamemnon.jpgCertains psychologues, dit Bruno, soulignent que la vengeance peut être un moyen inconscient pour la personne qui a souffert de rester en lien avec la personne qui l'a fait souffrir et de ne pas couper des liens, lorsque le chagrin est impossible : "La littérature psychiatrique et psychanalytique décrit généralement le désir de vengeance comme une simple forme de l'hostilité. Seuls quelques rares articles indiquent que le désir de vengeance peut aussi remplir des fonctions défensives — c'est-à-dire servir de défense contre prise de conscience d'affects chargés d'angoisse et refoulés." (Harold Searles)

    Bruno conclut le débat par une citation d'Hannah Arendt : "Le châtiment a ceci de commun avec le pardon qu’il tente de mettre un terme à une chose qui, sans intervention, pourrait continuer indéfiniment. Il est donc très significatif, c’est un élément structurel du domaine des affaires humaines, que les hommes soient incapables de pardonner ce qu’ils ne peuvent punir, ce qui se relève impardonnable."

    Trois sujets sont proposés en fin de séance pour le débat suivant : "Que voulons-nous vouloir ?", "Histoire contre devoir de mémoire ?" et "La pauvreté est-elle le mal absolu ?" C'est ce dernier sujet qui est choisi par les participants pour la séance du 4 décembre 2015, à 19 heures, à la Brasserie du Centre commercial de la Chaussée.

    Philo-galerie

    Les images illustrant ce compte-rendu sont des reproductions de scènes mythologiques en rapport avec la vengeances : les Furies, Cassandre, Electre, Ulysse.

     

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  • Démocrite : pauvreté, richesse et satiété

    democrite.jpg"Pauvreté et richesse sont des noms par lesquels on désigne le besoin et la satiété. Donc celui qui ressent le besoin n’est pas riche et celui qui ne connaît pas le besoin n’est pas pauvre... 

    Si ton désir est mince le peu te semblera beaucoup. Car la minceur de l’appétit rend la pauvreté égale à la richesse."

    Démocrite (IVe s. av JC)

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  • Orwell : dans la dèche

    9782264037107.jpg"Ce qui fait marcher un hôtel, envers et contre tous, c’est l’amour-propre véritable que chaque employé porte à son travail, aussi stupide et inhumain soit-il...

    Indubitablement, la catégorie d’employés la plus attachée à cette notion de travail bien fait – et la moins servile en même temps – est celle des cuisiniers. Ils ne gagnent pas autant d’argent que les garçons, mais leur prestige est plus grand et leur emploi mieux assuré. Le cuisinier ne se considère pas comme un domestique, mais plutôt comme un artisan très qualifié, un spécialiste dans sa partie. Parlant de lui, on dit généralement « un ouvrier », titre auquel ne saurait prétendre un garçon. Il est conscient de son pouvoir, il sait que de lui dépend le bon ou le mauvais renom d’un restaurant et que tout risque de partir à vau-l’eau pour peu qu’il ait seulement cinq minutes de retard. Il méprise tout ce qui n’est pas cuisinier et traite on ne peut plus cavalièrement tout ce qui a rang au-dessous de maître d’hôtel. Et c’est en artiste qu’il exerce son métier, un métier qui requiert une habileté consommée. Ce qui est difficile, ce n’est pas tant la cuisine elle-même, mais bien le fait que tout doit être prêt en temps voulu...

    Le profil d’ensemble du garçon est tout autre. Il a, lui aussi, la fierté de son métier, mais il s’agit ici d’un métier essentiellement servile. Son travail lui confère une mentalité non pas d’ouvrier mais de snob. Il vit en permanence au contact des riches, s’approche de leurs tables, surprend leurs conversations, flatte leur amour-propre à grand renfort de sourires et de discrètes plaisanteries. Il a la satisfaction de dépenser par personne interposée. De plus, il nourrit le secret espoir de devenir un jour riche à son tour car, si la plupart des garçons meurent pauvres, beaucoup connaissent au cours de leur vie de longues périodes fastes... Il se donnera beaucoup de peine pour servir dans les règles parce qu’il se sent presque assis à la même table que ceux qu’il sert... Il est tout entier voué à l’assouvissement d’un plaisir qu’il comprend et qu’il admire. C’est pourquoi les garçons sont rarement socialistes, ne disposent d’aucun syndicat digne de ce nom et font des journées de douze heures – on en voit même, dans certains cafés, qui travaillent quinze heures d’affilée, sept jours par semaine. Ce sont des snobs, qui se complaisent plutôt dans la servilité inhérente à leur métier.

    Si l’on se tourne vers les plongeurs, c’est encore une nouvelle chanson. Ils sont astreints à un travail épuisant, qui n’offre aucune perspective d’avenir, qui ne requiert aucune qualification spéciale et qui n’est guère propre à susciter l’enthousiasme. Le type de travail que l’on confierait volontiers à des femmes, si celles-ci étaient assez résistantes pour le faire... L’horizon est pour eux parfaitement bouché car il leur est impossible d’économiser un centime sur ce qu’ils gagnent, et quand on travaille de soixante à cent heures par semaine, on n’a guère le temps de songer à apprendre un vrai métier...

    Aussi peu enviable que soit leur condition, les plongeurs ont malgré tout leur fierté. C’est la fierté du trimardeur, de l’homme de peine qu’aucune quantité de travail ne saurait abattre. À ce niveau, la seule vertu dont on puisse se prévaloir est d’être capable de trimer comme une bête de somme. Débrouillard, voilà ce que tout plongeur aimerait qu’on dise de lui... Et il n’est pas rare d’entendre un plongeur affirmer fièrement : « Je suis dur » – comme s’il faisait un métier de soldat et non de femme de ménage."

    George Orwell, Dans la Dèche à Paris et à Londres (1933)

     

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  • Bientôt le compte-rendu de la dernière séance

    Bientôt, sur ce site, vous pourrez retrouver le compte-rendu de la dernière séance, "Œil pour œil, dent pour dent", qui avait lieu le vendredi 6 novembre 2015.

     

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  • La pauvreté est-elle le mal absolu ?

    annex-chaplin-charlie-modern-times_nrfpt_12.jpgLe café philosophique de Montargis propose une nouvelle séance le vendredi 4 décembre 2015, à 19 heures, à la brasserie du centre commercial de La Chaussée. Le débat sera intitulé "La pauvreté est-elle le mal absolu ?"

    Dans un monde économique traversé de crises, la pauvreté semblerait être omniprésente et impossible à juguler. Mais qu'est-ce que la pauvreté au juste ? Comment peut-on la définir ? Le niveau de richesse est-il l'unique moyen pour la mesurer ? Quels liens les "pauvres" entretiennent-ils avec le reste de la société et avec l’État ? Peut-on parler de "culture de la pauvreté" ? La notion marxiste de "lutte des classes" est-elle obsolète ? Traiter de la pauvreté comme du mal absolu est-ce tenable ? Comment discuter de la pauvreté sous l'angle de la morale et de l'éthique ?

    Ce sont autant de points qui seront discutés et débattus le vendredi 4 décembre, à partir de 19 heures à la brasserie du Centre Commercial de La Chaussée de Montargis.

    La participation sera libre et gratuite.

     

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  • Marx : signification humaine de la pauvreté

    marx"L’homme riche est en même temps l’homme qui, pour vivre, a besoin d’une totalité de manifestations humaines, l’homme chez qui sa propre réalisation est une nécessité intérieure, un besoin. Non seulement la richesse, mais aussi la pauvreté reçoit – le socialisme étant supposé – une signification humaine, donc sociale. La pauvreté est le lien passif qui fait que l’homme éprouve le besoin de la plus grande des richesses : autrui. La prépondérance de l’être objectif en moi, le jaillissement sensible de mon activité essentielle, c’est la passion : elle devient alors elle-même l’activité de mon être."

    Karl Marx, Manuscrits de 1844

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  • Marx : paupérisme, richesses et lutte des classes

    marx"Toutes les sociétés antérieures, nous l'avons vu, ont reposé sur l'antagonisme de classes oppressives et de classes opprimées. Mais, pour opprimer une classe, il faut pouvoir lui garantir des conditions d'existence qui lui permettent, au moins, de vivre dans la servitude. Le serf, en plein servage, est parvenu a devenir membre d'une commune, de même que le petit-bourgeois s'est élevé au rang de bourgeois, sous le joug de l'absolutisme féodal. L'ouvrier moderne au contraire, loin de s'élever avec le progrès de l'industrie, descend toujours plus bas, au-dessous même des conditions de vie de sa propre classe. Le travailleur devient un pauvre, et le paupérisme s'accroît plus rapidement encore que la population et la richesse. Il est donc manifeste que la bourgeoisie est incapable de remplir plus longtemps son rôle de classe dirigeante et d'imposer à la société, comme loi régulatrice, les conditions d'existence de sa classe. Elle ne peut plus régner, parce qu'elle est incapable d'assurer l'existence de son esclave dans le cadre de son esclavage, parce qu'elle est obligée de le laisser déchoir au point de devoir le nourrir au lieu de se faire nourrir par lui. La société ne peut plus vivre sous sa domination, ce qui revient à dire que l'existence de la bourgeoisie n'est plus compatible avec celle de la société.

    L'existence et la domination de la classe bourgeoise ont pour condition essentielle l'accumulation de la richesse aux mains des particuliers, la formation et l'accroissement du Capital; la condition d'existence du capital, c'est le salariat. Le salariat repose exclusivement sur la concurrence des ouvriers entre eux. Le progrès de l' industrie, dont la bourgeoisie est l'agent sans volonté propre et sans résistance, substitue à l'isolement des ouvriers résultant de leur concurrence, leur union révolutionnaire par l'association. Ainsi, le développement de la grande industrie sape, sous les pieds de la bourgeoisie, le terrain même sur lequel elle a établi son système de production et d'appropriation. Avant tout, la bourgeoisie produit ses propres fossoyeurs. Sa chute et la victoire du prolétariat sont également inévitables."

    Karl Marx, Manifeste du Parti communiste (1847)

     

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  • La valise philosophique du mois : "la pauvreté est-elle le mal absolu ?"

    1635215419.jpgLa "Valise philosophique" est notre rubrique classique et pratique.

    En un coup d’œil, vous pouvez retrouver les documents autour de la séance du 4 décembre 2015 qui aura pour sujet : "La pauvreté est-elle le mal absolu ?" Cette rubrique se trouve sur la colonne de droite "Valise philosophique".

    Vous y trouverez des textes (philosophiques et littéraires), des vidéos, de la musique, des visuels et des liens portant sur ce débat. 

     

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  • Morgan : richesse et civilisation ("Ancient Society")

    200px-Lewishenrymorgan.jpg"Depuis l'avènement de la civilisation, l'accroissement de la richesse est devenu si énorme, ses formes si diverses, son application si vaste et son administration si habile dans l'intérêt des propriétaires que cette richesse, en face du peuple, est devenue une force impossible à maîtriser. L'esprit humain s'arrête, perplexe et interdit, devant sa Propre création. Mais cependant, le temps viendra où la raison humaine sera assez forte pour dominer la richesse, où elle fixera aussi bien les rapports de l'État et de la propriété qu'il protège, que les limites des droits des propriétaires. Les intérêts de la société passent absolument avant les intérêts particuliers, et les uns et les autres doivent être mis dans un rapport juste et harmonieux. La simple chasse à la richesse n'est pas le destin final de l'humanité, si toutefois le progrès reste la loi de l'avenir, comme il a été celle du passé. Le temps écoulé depuis l'aube de la civilisation n'est qu'une infime fraction de l'existence passée de l'humanité, qu'une infime fraction du temps qu'elle a devant elle. La dissolution de la société se dresse devant nous, menaçante, comme le terme d'une période historique dont l'unique but final est la richesse; car une telle période renferme les éléments de sa propre ruine. La démocratie dans l'administration, la fraternité dans la société, l'égalité des droits, l'instruction universelle inaugureront la prochaine étape supérieure de la société, à laquelle travaillent constamment l'expérience, la raison et la science. Ce sera une reviviscence - mais sous une forme supérieure - de la liberté, de l'égalité et de la fraternité des antiques gentes."

    Lewis Henry Morgan, Ancient Society (1877)

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