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Tápiés : La tâche de l’artiste

L’artiste sera toujours vie et changement, tout comme la réalité dont on dit qu’il est l’interprète et qui, loin d’être constante, est le concept variable que nous en construisons. La tâche de l’artiste ne se limitera donc pas, à mon sens, à un acte réceptif. Son œuvre n’est pas, comme on le prétend, le simple reflet de son époque. Je crois plutôt que l’artiste peut jouer dans son époque un rôle actif, et que, comme d’autres dans d’autres domaines, il a entre ses mains le pouvoir de modifier cette idée de la réalité. J’ai toujours été impressionné par la parabole de l’arbre, présentée par Paul Klee lors de sa fameuse conférence d’Iéna. Il disait que l’artiste, à l’image du tronc qui conduit la sève des racines aux branches, joue un rôle fort modeste. Ni serviteur soumis, ni seigneur absolu, il est seulement un intermédiaire, « un conducteur » de la nature. Mais il n’est pas étonnant qu’à une époque comme la nôtre et vivant dans un pays comme l’Espagne, où l’homme, pris dans un drame d’une rare violence, semblait parfois avoir définitivement perdu la mesure des choses, je me sois toujours plu à ajouter « conducteur, certes, mais conducteur du concept changeant que se forme l’homme de cette nature ». Manifestement Klee le savait lorsqu’il affirmait que « cette forme reçue n’est pas le seul monde possible » (…).On trouve toujours à l’origine de la vocation artistique, la souffrance vécue lors d’une expérience marquante, et qui tantôt se manifeste brutalement par accident, tantôt prend corps en un lent processus. Il n’en demeure pas moins que tout d’un coup, à cause de cette expérience, nous nous rendons compte que se forme devant nos yeux une nouvelle réalité ; nous découvrons que les choses ne pas exactement comme on voulait nous faire croire qu’elles étaient, et alors naît une contradiction insupportable entre le milieu dans lequel nous avons grandi et la nouvelle vision qui est le fruit de notre expérience. Un réajustement s’impose donc, et c’est là que commence notre travail de création. On ne peut pas expliquer autrement la naissance de la vocation artistique.

Antoni Tápiés, La Pratique de l’art (1970)

Photo : Pexels - Mali Maeder

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