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  • UTOPIE : UNE DEFINITION

    UTOPIE
    1091957-1388561.jpgL'art de rendre un pays heureux. Par utopie on entend communément l'un de ces plans créés par l'imagination d'un poète philosophe pour enseigner aux peuples les institutions les plus propres à fonder leur bonheur. Ainsi la Cyropédie de Xénophon, La République de Platon, sont regardées comme des utopies. Le chancelier Thomas Morus a donné ce titre à sa Théorie descriptive d'une législation et d'un gouvernement modèles. L'Argenis de Barclay, l'Oceana d'Harrington, l'Histoire des Sévarambes, le tableau des mœurs de la Bétique et du gouvernement de Salente dans Télémaque, de la félicité pastorale dans l'Arcadie de Bernardin de Saint-Pierre, d'une politique appuyée sur la morale, dans les Entretiens de Phocion, de Mably, appartiennent à cette catégorie. L'Astrée même, et jusqu'à l'Héloïse et à l'Émile, qu'est-ce autre chose que des utopies sur l'amour, sur l'ordre et le bonheur dans la famille, et sur l'éducation ?

    W. Duckett, Dictionnaire de la Conversation et de la Lecture, inventaire raisonné des notions générales les plus indispensables à tous, par une société de savants et de gens de lettres (1858)

     

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  • SANS COMMENTAIRE

    "Les temps éclairés ne sont que pour un petit nombre de gens. La nature humaine est bien abominable et le meilleur des mondes possibles est bien funeste."

    [Voltaire]


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  • ZOLA : CITÉ IDÉALE, TRAVAIL IDÉAL

    Zola-bureau.jpg"C’était, dès maintenant, une leçon de choses, une expérience décisive, qui peu à peu allait convaincre tout le monde. Comment nier la force de cette association du capital, du travail et de l’intelligence, lorsque les bénéfices devenaient plus considérables d’année en année et que les ouvriers de la Crècherie gagnaient déjà le double de leurs camarades des autres usines ? Comment ne pas reconnaître que le travail de huit heures, de six heures, de trois heures, le travail devenu attrayant, par la diversité même des tâches, dans des ateliers clairs et joyeux, avec des machines que des enfants auraient conduites, était le fondement même de la société future, lorsqu’on voyait les misérables salariés d’hier renaître, redevenir des hommes sains, intelligents, allègres et doux, dans cet acheminement à la liberté, à la justice totales ? Comment ne pas conclure à la nécessité de la coopération, qui supprimerait les intermédiaires parasites, le commerce où tant de richesse et de force se perdent, lorsque les Magasins-Généraux fonctionnaient sans heurt, décuplant le bien-être des affamés d’hier, les comblant de toutes les jouissances réservées jusque-là aux seuls riches ? Comment ne pas croire aux prodiges de la solidarité qui doit rendre la vie aisée, en faire une continuelle fête, pour tous les vivants, lorsqu’on assistait aux réunions heureuses de la Maison-Commune, destinée à devenir un jour le royal Palais du peuple, avec ses bibliothèques, ses musées, ses salles de spectacle, ses jardins, ses jeux et ses divertissements ? Comment enfin ne pas renouveler l’instruction et l’éducation, ne plus les baser sur la paresse de l’homme, mais sur son inextinguible besoin de savoir, et rendre l’étude agréable, et laisser à chacun son énergie individuelle, et réunir dès l’enfance les deux sexes qui doivent vivre côte à côte, lorsque les Ecoles étaient là si prospères, débarrassées du trop de livres, mêlant les leçons aux récréations, aux premières notions des apprentissages professionnels, aidant chaque génération nouvelle à se rapprocher de l’idéale Cité, vers laquelle l’humanité est en marche depuis tant de siècles ?

    Aussi l’exemple extraordinaire que la Crècherie donnait quotidiennement sous le grand soleil, devenait-il contagieux. Il ne s’agissait plus de théories, il s’agissait d’un fait qui se passait là, aux yeux de tous, d’une floraison superbe, dont l’épanouissement s’élargissait sans arrêt. Et, naturellement, l’association gagnait de proche en proche les hommes et les terrains d’alentour, des ouvriers nouveaux se présentaient en foule, attirés par les bénéfices, par le bien-être, des constructions nouvelles poussaient de partout, s’ajoutaient continuellement aux premières bâties. En trois ans, la population de la Crècherie doubla, et la progression s’accélérait avec une incroyable rapidité. C’était la Cité rêvée, la Citée du travail réorganisé, rendu à sa noblesse, la Cité future du bonheur enfin conquis, qui sortait naturellement de terre, autour de l’usine élargie elle-même, en train de devenir la métropole, le cœur central, source de vie, dispensateur et régulateur de l’existence sociale. Les ateliers, les grandes halles de fabrication s’agrandissaient, couvraient des hectares ; tandis que les petites maisons, claires et gaies, au milieu des verdures de leurs jardins, se multipliaient, à mesure que le personnel, le nombre des travailleurs, des employés de toutes sortes, augmentait. Et, ce flot peu à peu débordant, les constructions nouvelles s’avançait vers l’Abîme, menaçait de le conquérir, de le submerger. D’abord, il y avait eu de vastes espaces nus entre les deux usines, ces terrains incultes que Jordan possédait en bas de la rampe des Monts Bleuses. Puis, aux quelques maisons bâties près de la Crècherie, d’autres maisons s’étaient jointes, toujours d’autres, une ligne de maisons qui envahissait tout comme une marée montante, qui n’était plus qu’à deux ou trois cents mètres de l’Abîme. Bientôt, quand le flot viendrait battre contre lui, ne le couvrirait-il pas, ne l’emporterait-il pas, pour le remplacer de sa triomphante floraison de santé et de joie ? Et le vieux Beauclair lui aussi était menacé, car toute une pointe de la Cité naissante marchait contre lui, près de balayer cette noire et puante bourgade ouvrière, nid de douleur et de peste, où le salariat agonisait sous les plafonds croulants.

    Parfois, Luc, le bâtisseur, le fondateur de ville, la regardait croître, sa Cité naissante, qu’il avait vue en rêve, le soir où il avait décidé son œuvre ; et elle se réalisait, et elle partait à la conquête du passé, faisant sortir du sol le Beauclair de demain, l’heureuse demeure d’une humanité heureuse. Tout Beauclair serait conquis, entre les deux promontoires des Monts Bleuses, tout l’estuaire des gorges de Brias se couvrirait de maisons claires, parmi des verdures, jusqu’aux immenses champs fertiles de la Roumagne. Et, s’il fallait des années et des années encore, il l’apercevait déjà de ses yeux de voyant, cette Cité du bonheur qu’il avait voulue, et qui était en marche.

    Pendant ses longues heures de contemplation heureuse, devant sa fille prospère, Luc souvent révisait le passé. Et il revoyait d’où il était parti, de la lecture si lointaine déjà d’un petit livre bien modeste, où était résumée la doctrine de Fourier. Il se rappelait la nuit d’insomnie, pendant laquelle, tout fiévreux de sa mission encore obscure, le cerveau et le cœur préparés à recevoir la bonne semence, il s’était mis à lire, pour trouver le sommeil. Et c’était alors que les coups de génie de Fourier, les passions humaines remises en honneur, utilisées, acceptées comme les forces mêmes de la vie, le travail tiré de son bagne, ennobli, rendu attrayant, devenu le nouveau code social, la liberté et la justice peu à peu conquises par un acheminement pacifique, grâce à l’association du capital, du travail et de l’intelligence, ces coups de génie qui le frappaient en pleine surexcitation intellectuelle et morale, l’avaient brusquement illuminé, exalté, jeté dès le lendemain à l’action. C’était à Fourier qu’il devait d’avoir osé, d’avoir tenté l’expérience de la Crècherie.

    La première Maison-Commune, avec son Ecole, les premiers Ateliers si propres et si gais, avec leur division de travail, la première Cité ouvrière, avec ses façades blanches riant parmi les verdures, étaient nés de l’idée fouriériste, ensommeillée comme la bonne graine dans les champs d’hiver, toujours prête à germer et à fleurir. La religion de l’humanité, ainsi que le catholicisme, devait mettre peut-être des siècles à s’établir solidement. Mais quelle évolution ensuite, quel élargissement continu, à mesure que l’amour poussait et que la Cité se fondait ! Fourier, évolutionniste, homme de méthode et de pratique, en apportant l’association entre le capital, le travail et l’intelligence, à titre d’expérience immédiate, aboutissait d’abord à l’organisation sociale des collectivistes, ensuite même au rêve libertaire des anarchistes. Dans l’association, le capital peu à peu se répartissait, s’anéantissait, le travail et l’intelligence devenaient les seuls régulateurs, les fondements du nouveau pacte."

    Émile ZolaTravail (1901)

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  • COMPTE-RENDU DE LA SÉANCE "UN BON ARTISTE EST-IL LE SURHOMME ?"

    Thème du débat : "Un bon artiste est-il le Surhomme ?" 

    Date : 29 novembre 2013 à l'AGART d'Amilly.

    Affiche Ag art normal.jpgLe 29 novembre 2013, le café philosophique de Montargis (qui, exceptionnellement, devrait plutôt s’appeler "Café philosophique d’Amilly") se décentralisait à la galerie d’art d’Amilly l’AGART pour un sujet intitulé "Un bon artiste est-il le Surhomme ?" Cette séance se déroulait au milieu de l’exposition "Recouvrement", constituée d'oeuvres de Marcel Dupertuis, Claudie Laks et Ernesto Riveiro.

    Le premier point qui est posé est celui de cette définition du Surhomme. De quoi parle-t-on ? d’un "Superman" ou d’un "James Bond" pour reprendre les réflexions d’Umberto Eco dans son essai De Superman au Surhomme (cf. cet article) ? Ce concept de Surhomme est en réalité emprunté à Nietzsche (Übermensch). Pour une première participante, ce terme de "Surhomme" est troublant car il a historiquement subi les avanies de l’Histoire – on pense, évidemment et hélas, au Nazisme, qui a récupéré et instrumentalisé ce mot. Qui dit Surhomme, ajoute cette participante, dit hiérarchie entre les hommes. C’est par là même considérer qu’il y a des "sur hommes" et des "hommes inférieurs". Et si l’on se place sur le terrain de l’art, parler de Surhomme c’est nier les capacités artistiques de tout un chacun.

    Pour une autre intervenante, le Surhomme n’est pas à voir comme un individu au-dessus de la mêlée, dominateur et conquérant, mais comme une personne "enveloppant" ses contemporains. L’artiste pourrait être celui ou celle s’entourant de l’art pour exister. L’artiste a une vision différente, dit un nouveau participant, qu’il exprime au travers d’un médium qui peut aussi bien être la peinture, la sculpture, la musique, la littérature ou le cinéma. Car au centre de la définition de l’artiste, il y a d’abord la création d’une œuvre d’art.   

    Alborada, 207x243.jpgDans notre inconscient, de quoi parle-t-on lorsque l’on évoque le terme Surhomme ? Sans doute d’invocation, d’un pouvoir de surpassement quasi divin. Tel un "fakir", l’artiste aurait reçu un don quasi mystique qu’il peut maîtriser. Il est patent, dit une participante, que la découverte des arts premiers soit aussi celle de créations en rapport avec des religions, voire à des fonctions magiques. Bruno cite à ce sujet Piet Mondrian : "L'art étant surhumain, il cultive l'élément surhumain en l'homme et se trouve être, par conséquent, un moyen d'évolution de l'humanité au même titre que la religion". Un participant réagit ainsi : "Ce qui est magique c’est ce que l’on n’attendait pas." Or, il apparaît qu’il y a bien de la rationalité dans ces créations transcendantes. Au XXe siècle, le Cubisme, invention ahurissante à l’époque, n’est jamais que le fruit d’un travail et de réflexions. "C’est un jeu de l’esprit et de la sensibilité" poussé en profondeur.

    Dans les propos nietzschéens, il n’y a pas l’idée que le Surhomme vient écraser les autres. Il est d’abord question d’un dépassement. Par ailleurs, et pour reprendre les propos d’Henri Bergson, les artistes savent s’extraire de la réalité pour la voir autrement. En quelque sorte, ils bâtissent un monde entre la nature et la culture et élèvent l’Humanité. En cela ils peuvent être définis comme des Surhommes. Ce surpassement, est-il dit, ne doit pas être l’apanage des seuls créateurs. Chacun a la possibilité, dans la mesure de ses capacités, de devenir ce Surhomme nietzschéen.

    IMG_2750[1].jpgQuelle est la finalité esthétique de l’artiste, s’interroge Claire ? Il a été dit que ce qui se joue est d’abord la création d’une œuvre. Cela étant, l’artiste voit-il la réalité différemment du "commun des mortels" ? Est-il "doué" d’un don que le commun des mortels n’a pas et qu’il aurait su exploiter et travailler ? Mozart écrivait d’ailleurs ceci : "Quand je me sens bien et que je suis de bonne humeur […], les pensées me viennent en foule et le plus aisément du monde. D’où et comment m’arrivent-elles ? Je n’en sais rien, je n’y suis pour rien." Il y a cette idée que quelque part l’artiste le devient comme une évidence, par vocation ou, mieux, par orientation. 

    Si l’on parle du don quasi divin reçu par tel ou tel créateur, il ne faudrait pas oublier la place du travail, de l’éveil et de la culture de ce don. Mozart peut bien mettre en valeur la source mystérieuse de son talent, les œuvres naissent en général à la sueur du front. Ainsi, Serge Gainsbourg avait beau présenter ses musiques comme "des œuvres mineures", sorties ex nihilo, il s’avère en réalité que ses plus grandes chansons (Initials BB, notamment. Cf. ce lien) étaient travaillées de manière extrêmement rigoureuses. Une œuvre est souvent un long cheminement, qui n’a rien à voir avec une démarche merveilleuse ou divine.

    Un artiste présent dans la salle réagit : finalement, n’est-ce pas la société qui souhaite voir tel ou tel musicien, plasticien ou cinéaste comme un "être d’exception" ? Le respect pour l’artiste est certes indéniable dans nos sociétés. Dans le même temps, elle souhaite aussi qu’il n’y en ait pas trop ! Le marché de l’art est dans la même posture, cette fois pour des raisons économiques. De grandes créations sont considérées par de nombreux investisseurs comme des marchandises et des placements, au même titre que des actions ou des immeubles. L’artiste, qu’il soit célèbre ou au contraire anonyme, peut considérer que son supplément d’âme le place au-dessus du commun des mortels. La société lui renvoie et lui inspire cette idée que le créateur a une mission qui le transcende, au point qu’il doit être détaché des contingences matérielles. Établir une comptabilité pour la gestion de son atelier d’artiste, par exemple, a été longtemps considéré par des artistes comme une aberration. Ce n’est plus vrai aujourd’hui, pour le meilleur mais aussi pour le pire. L’économie et l’argent sont omniprésents dans le domaine de l’art. Des créations sont mercantilisées parfois jusqu’à l’absurde : une œuvre de Vincent Van Gogh est de nos jours vendue à des prix astronomiques alors que l’artiste a été ignorée à son époque et est mort pauvre et seul. La finance a un pouvoir délétère sur les créations, commente une intervenante, au point que l’artiste peut être parfois considéré comme un "sous-homme". L’art, longtemps considéré comme gratuit, se trouve "dévalorisé" par l’argent, par ventes aux enchères et par des grands salons d’art contemporain – FIAC ou autres. Les œuvres sont devenues des marchandises  part entière et des artistes sont devenus des marques (Jeff Koons), étouffant par ailleurs toute forme de différence. Certes, le côté mercantile est bien présent, réagit Claire, mais cet aspect est loin d’être prégnant dans cette exposition "Recouvrement" de l’AGART, au milieu de laquelle se déroule cette séance du café philosophique de Montargis !  

    riveiro.jpgComment pourrait-on définir un bon artiste ? Un participant suggère que le bon artiste pourrait s’apparenter au "bon sauvage" de Rousseau. Pour un autre intervenant, le bon artiste pourrait être celui qui aurait trouvé son bon mode d’expression, au point de le sublimer. Pour une participante, un artiste suscite la rencontre, à une certaine époque, entre une émotion artistique et un talent. Vecteur de pensées positives – si tant est que l’émotion peut être positive. L’artiste doit respecter ses brillants prédécesseurs, dit une participante, sans pour autant les ménager car sans cela il n’y aurait pas d’impulsion dans l’art nouveau. Les vrais et bons artistes sont rares. Ce sont ceux qui vont nous amener vers une autre dimension que la condition humaine. Ce sont aussi ceux qui s’extraient de la tentation de créer dans la virtuosité pure – dit autrement : "faire du tapage" – pour proposer une œuvre d’art "consistante" – un "fond". L’artiste ne serait-il pas celui qui créé grâce à l’expression de soi ? Cette expression passe par un langage unique et différent qui interroge le public, voire le fait rêver. 

    L’autre question à se poser, dit Claire, c’est si l’artiste a un message à transmettre. Dit autrement, en quoi telle ou telle création apporte quelque chose d’inédit. Le surnaturel n’a rien à voir là-dedans : on découvre quelque chose que l’on ne connaissait pas, qui est le fruit d’un travail. Et ce message, cette invention, n’est pas souvent facile à décrypter : il faut parfois un "mode d’emploi" et être "éduqué". 

    S’il peut paraître aisé "d’entrer dans certaines œuvres" (un tableau de Vinci ou un concerto de Mozart), la chose peut est moins aisé pour d’autres créations : la musique dodécaphonique ou un tableau de Francis Bacon. Or, la compréhension peut être affaire de temps : tel ou tel va être hermétique à un livre ou un film à un certain âge puis va y être réceptif quelques années plus tard. Les jeunes enfants, hypersensibles sans préjugés, sont un modèle, dit une participante, en ce qu’ils parviennent à approcher des œuvres d’art avec souvent intérêt et clairvoyance.

    Marcel Dupertuis.jpgQue recouvre l’art au final ? Peut-on dire qu’un cuisinier est un artiste ? Cette question posée par une participante rejoint, dit Bruno, une autre question beaucoup plus large : celle de la différence entre artiste et artisan, bien que ces deux mots viennent du même terme "art" – technè. Un cuisinier est un artisan, dans le sens où c’est une personne qui créé quelque chose – un plat, une assiette, etc. – qui peut être esthétique, mais avec une vocation utilitaire. L’artisan produit et surtout reproduit. Pour Platon (La République), l’artisan est digne de vivre dans la Cité alors que l’artiste ne sert à rien. Ses créations sont vaines dans le sens où il fait une imitation de la nature qui est elle-même une imitation du monde des Idées. L’art est la production du beau qui doit être inutile, dans le sens économique du terme. L’artiste est finalement une invention moderne (La Renaissance). Leonard de Vinci était certainement avant tout scientifique et artisan. Ce n’est qu’au XVIIIe siècle que la distinction artiste/artisan apparaît. Un peu plus tard, ajoute une intervenante, survient la première Révolution industrielle. À partir de ce moment, l’assiette de l’artisan peut être produite à grande échelle et l’art entre dans une nouvelle échelle, jusqu’à être légiférée.

    Chez Platon, précise Claire, il y a une réelle ambivalence : une république idéale a des problèmes avec les artistes considérés comme peu utiles. Dans le même temps, les œuvres sans finalité esthétique, sans fonction économique ou sociale, doivent être distinguées car elles posent problème. Elles sont certes le fruit de la Muse : il y a un rapport avec les dieux, Hermès ou l’herméneutique. L’artiste est celui qui favorise l’épitunia. Cependant, dans une cité qui doit se tenir débout, l’artiste n’a pas sa place, ajoute le philosophe antique. La gratuité littérale de l’art pose problème pour Platon. "C'est chose légère que le poète, ailée, sacrée: il n'est pas en état de créer avant d'être inspiré par un dieu, hors de lui, et de n'avoir plus sa raison; tant qu'il garde cette faculté, tout être humain est incapable de faire oeuvre poétique et de chanter des oracles", écrivait-il.

    delhi-2012-198-x-230-cm.jpgEn s’intéressant à cette ambivalence platonicienne, le public du café philosophique de Montargis (ou, plutôt, pour ce soir, "d’Amilly" !) s’interroge sur la fonction "d’utilité" que l’on prête ou non à l’art. Un participant souligne qu’au XIXe siècle nombreux étaient ceux qui estimaient que le peuple avait autant besoin de pain que d’art. "L’art sauvera le monde" disait Fiodor Dostoïevski ! Le terme "utile" est à voir ici dans le sens salvateur du terme, répond Claire. La distinction entre besoin et désir, entre les besoins naturels et ceux qui ne le seraient pas – et donc considérés comme vains – est en réalité caduque. Un chef cuisinier transcende d’ailleurs cette différence entre art et artisanat. Si être homme c’est se tenir debout, comme le disait Alain, sans l’art on le peut difficilement. Il est dit que les œuvres des arts premiers avaient une fonction religieuse, voire magique. Que l’on pense au premier vers d’Homère dans L’Iliade : "Muse, chante la colère du fils de Pélée." Il y a aussi une question ethnologique dans l’appréhension dans ces arts. 

    La notion de beauté est brièvement débattue. Autant le classicisme et l’académisme a mis cette notion au centre de toute production artistique, autant aux XX et XXIe siècles ce concept n’est généralement pas la préoccupation première des artistes (le Fluxus dans les arts plastiques, le réalisme au cinéma, le Nouveau Roman en littérature ou le sérialisme en musique contemporaine). Parler de canons de beauté c’est établir un constat de subjectivité, du moins depuis la deuxième moitié du XXe siècle. Pour autant, cette notion  de beauté aurait tendance à revenir.

    La notion de temps joue : l’époque qui accueille l’artiste – en bien, en mal ou pas du tout – mais aussi l’époque ou les époques qui influencent l’artiste. L’artiste est "artiste dans la Cité". En musique contemporaine, les mouvements d’avant-garde, le dodécaphonisme sériel pour ne citer que celui-ci, ont été créés en réaction à des mouvements antérieurs – le classicisme et le romantisme. 

    img_9620.jpgCette idée de rupture peut se rapprocher, dit Bruno, avec celle de Surhomme nietzschéen. Le point de départ de ce concept est cette notion émise par le "philosophe au marteau" : "Dieu est mort". Avec la fin de cette puissance, sa créature, l’homme, se trouve sans créateur. Esseulée. Privé d’une chimère qu’il invoquait pendant des siècles, l’être humain n’aurait d’autre choix que de s’affirmer lui-même, librement. Il doit reprendre en main sa propre vie ("Devenir celui qu’il est."), se transformant pour le coup en Surhomme. Il n’est donc pas question ici de "super homme", de "Superman" ou de "James Bond" mais de dépassement individuel, à la manière d’un ermite éloigné de ses contemporains, tel Zarathoustra. C’est le sage qui trouve sa propre voie dans le monde, après s’être libéré des chaînes d’un maître omnipotent et chimérique : "Je vous enseigne le Surhumain. L'homme est quelque chose qui doit être surmonté." Le Surhomme étant pour Nietzsche le stade supérieur de l’homme comme l’homme l’est par rapport au singe, ajoute le philosophe ("Qu'est-ce que le singe pour l'homme ? Un objet de risée ou une honte douloureuse. Et c'est exactement cela que l'homme doit être pour le surhumain : un objet de risée ou une honte douloureuse"). L’artiste en tant que Surhomme n’est pas au-dessus des hommes dans une position hiérarchique – et verticale – mais celui qui est à côté, tel le célèbre ermite Zarathoustra.

    Chacun a vocation à devenir Surhomme, précise Claire. Nous avons "à bosser... à ne pas rester paresseux" afin d’aspirer à cette condition. Dans Ainsi Parlait Zarathoustra, ce sont les autres les imbéciles, ceux qui ne voient pas et qui n’y aspirent pas. Pour Nietzsche , ajoute Bruno, le Surhomme n’existe (toujours) pas. En revanche, dans l’Histoire de l’Humanité, certains hommes se sont rapprochés de cet idéal : GoetheVinci et Shakespeare. Tous des artistes !

    12toac15030002b.jpgÊtre dans le monde est la qualité première de l’artiste qui traite des problématiques de l’époque, qu’il soit en avance ou en retard sur celle-ci. Ainsi, l’Impressionnisme est un mouvement qui a touché l’ensemble d’une génération. Une époque retiendra ou non tel ou tel artiste. L’acte créateur comme un acte inspiré doit être démystifié, affirme un membre de l’assistance, dans le sens où c’est sous le prisme social que doit être compris le geste artistique. Il n’y a certes plus de courants esthétiques au XXIe siècle, comme ont pu exister le Romantismel’Impressionnisme ou le Cubisme, mais cette problématique de l’artiste comme d’un être de son époque reste valable. Ce qui ne veut pas dire qu’une œuvre d’art ne transcende pas les époques : les arts premiers mettent la lumière sur des créations anciennes d’autres civilisations (le Musée du Quai Branly, par exemple) que l’on "découvre" (littéralement "enlever une couverture"). 

    Il est affirmé au cours de cette séance que le bon artiste parvient à transcender sa position le citoyen tel qu’il est. Comme le cite une intervenante et artiste, "L’art est ce qui rend la vie plus intéressante que l’art" (Robert Filliou). Tel le Surhomme nietzschéen, l’artiste est au milieu de ses contemporains – qui peuvent être son public – mais en tant qu’être unique, souvent solitaire dans sa création, il trace une route unique, construit un univers autonome, à qui la société donne une certaine valeur – qu’elle soit marchande ou non. L’artiste voit différemment. Il transmet sa vision que le spectateur, le lecteur ou l’auditeur peut comprendre ou non. Pour Hegel, l’art est le dépassement de l’humanité, c’est la transcendance, c’est ce qui élève l’homme. L’art c’est partager quelque chose via la matière, la nature. Il y a quelque chose de l’ordre de l’idéal esthétique. C’est dans ce sens que l’artiste est un homme d’exception. Un participant réagit ainsi : ne peut-on pas d’abord parler "d’œuvre d’exception" plutôt que "d’artiste d’exception" ?

    img_9623.jpgComment voir cette œuvre d’expression ? Cette question fait débat. Il a été fait référence au langage inédit de tel ou tel artiste pour s’exprimer – comme la littérature passe par les mots. Or, pour comprendre le langage pictural ou musical, il est affirmé que la notion de pédagogie ou d’éducation doivent être mis en avant : "On apprend à lire ; on a jamais appris à lire une peinture !"  Encore faudrait-il savoir si l’artiste veut exprimer quelque chose ou s’il n’est pas dans une forme d’autotélisme, ce qui semble être particulièrement vrai dans l’art du XXe siècle. De quel message parlons-nous ? Ne serait-ce pas une forme de "soulagement" et l’expression de sentiments traduits sous le biais de la création. Une jeune participante cite l’œuvre de Ron Mueck "Mon Père", sculpture hyperréaliste et bouleversante évoquant le deuil du père du plasticien. Cette émotion intime devient universelle par la seule force du geste technique (technè) de l’artiste. Elle nous touche et nous fait rêver, avec ou sans éducation. Être touché émotionnellement participe à quelque chose de l’ordre de l’instinct. Jusqu’à faire de cette émotion une nourriture qui va construire l’observateur d’une œuvre d’art, l’auditeur d’un opéra ou le spectateur d’un long-métrage.  "L'artiste a le pouvoir de réveiller la force d'agir qui sommeille dans d'autres âmes", disait Nietzsche

    Le bon artiste "Surhomme", sans finalité, sans mission, est celui qui puise en lui ce qu’il a déjà mais différemment des autres pour proposer une "créationdécouverte", si l’on veut faire un néologisme. Il s’inscrit dans une rupture pour susciter un certain éveil en nous.  

    L’artiste, au contraire de l’artisan dont la vocation est la production et la reproduction, crée une œuvre unique. Il invente. Mais, pour être artiste, sans doute faut-il d’abord être artisan, comme le revendiquaient les artistes du Bauhaus, et ce afin de maîtriser la technè. Dans l’art contemporain, l’intérêt est que les artistes viennent d’univers différents et parviennent ainsi à créer en utilisant des paramètres différents, comme Calder ou Takis. Ils sortent d’un académisme et de critères de lecture figés. Cela a des conséquences sur l’auditeur, le lecteur ou le spectateur : tel(le) ou tel(le) va peut-être rester goguenard devant une œuvre accrochée aux cimaises d’un musée ; mais si cette œuvre est présentée dans un autre lieu, elle suscitera peut-être de l’émerveillement : "Qui saurait reconnaître un Van Gogh dans un poulailler ?" interroge une personne dans l’assistance. L’artiste, nous l’avons dit, doit créer quelque chose d’unique. Partant, il doit aboutir ailleurs, provoquant ainsi des ruptures – jusqu’à la provocation – comme l’art du XXe siècle nous a habitués avec les ruptures académiques et classiques. En cela, l’artiste peut être le Surhomme, cet être libéré des contraintes d’un dieu chimérique et omniscient ("Dieu est mort"). Il trace son chemin au milieu des hommes, ses semblables, tel le sage Zarathoustra en exil permanent.

    "Finalement, conclut un participant sous forme de boutade, l’artiste est un surhomme car les 60 premières années sont quand même difficiles !"

    dsc06904.jpg

    En fin de séance, trois sujets sont mis au vote pour le prochain débat : "L’histoire a-t-elle un sens ?", "La raison a-t-elle à s’occuper de l’irrationnel ?", "L’utopie est-elle dénuée de toute valeur ?"  C’est ce dernier sujet qui est choisi pour le débat du 10 janvier 2014, qui sera de retour à la Brasserie du centre commercial de la Chaussée. 

    Philo-galerie

    Les illustrations de ce compte-rendu sont tirées de l’exposition "Recouvrement", avec des œuvres de Marcel DupertuisClaudie Laks et Ernesto Riveiro.

    Retrouvez les photos de cette séance sur ce lien ainsi que sur notre dossier port-folio.

     

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  • "LES FILS DE L'HOMME"

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  • MARX ET ENGELS : L'INTERÊT INDIVIDUEL

    marx,engels"Précisément parce que les individus défendent uniquement leur intérêt particulier, qui, à leurs yeux, ne coïncide pas avec leur intérêt commun – ce dernier est présenté comme un intérêt "général", qui leur est "étranger", qui est "indépendant" d’eux, et qui est lui-même un intérêt "général", particulier et original ; ou bien ils doivent eux-mêmes évoluer dans cette dualité, comme c’est le cas dans la démocratie. D’un autre côté, la lutte pratique de ces intérêts particuliers en permanence opposés aux intérêts communs, réels ou illusoires, rend nécessaire intervention et refrènement pratique par l’intérêt "général" illusoire sous forme d’Etat. 

    Et enfin – la division du travail nous en offre tout de suite le premier exemple – l’action propre de l’homme devient pour l’homme une puissance étrangère, opposée, qui l’asservit, au lieu que ce soit lui qui la maîtrise, tant que les hommes se trouvent dans la société naturelle, donc tant que subsiste la scission entre intérêt particulier et intérêt commun, et que l’activité n’est pas divisée volontairement mais du fait de la nature. Dès l’instant où l’on commence à répartir le travail, chacun a une sphère d’activité déterminée et exclusive qu’on lui impose et dont il ne peut s’évader ; il est chasseur, pêcheur, berger ou "critique critique", et il doit le rester sous peine de perdre les moyens de subsistance – alors que dans la société communiste, où chacun, au lieu d’avoir une sphère d’activités exclusive, peut se former dans la branche qui lui plaît ; c’est la société qui dirige la production générale qui me permet ainsi de faire aujourd’hui ceci, demain cela, de chasser le matin, d’aller à la pêche l’après-midi, de faire l’élevage le soir et de critiquer après le repas, selon mon bon plaisir, sans jamais devenir chasseur, pêcheur ou critique. Cette fixation de l’activité sociale, cette consolidation de notre propre produit en une puissance matérielle qui nous domine, qui échappe à notre contrôle, qui contrarie nos espoirs et qui détruit nos calculs, est l’un des moments principaux du développement historique passé. 

    La puissance sociale, c’est-à-dire la force productive décuplée résultant de la coopération imposée aux divers individus – dont la coopération n’est pas volontaire mais naturelle – non pas comme leur propre puissance conjuguée, mais comme une puissance étrangère, située en dehors d’eux dont ils ne connaissent ni la provenance ni la destination, si bien qu’ils n’arrivent plus à la dominer. Au contraire, cette puissance traverse une série de phases et de stades particuliers, série indépendante de la volonté et de la marche des hommes au point qu’elle dirige cette volonté et cette marche. 

    Naturellement, cette aliénation, pour rester intelligible à nos philosophes, ne peut être surmontée qu’à double condition pratique. Pour qu’elle devienne une puissance "insupportable", c’est à dire une puissance contre laquelle on se révolte, il faut qu’elle ait engendré des masses d’hommes dénuées de tout. Il faut, en même temps, que cette humanité vive en conflit avec un monde existant de richesse et de culture, ce qui suppose un accroissement considérable de la force productive, un haut degré de son développement. D’un autre côté, ce développement des forces productives (qui implique que l’existence empirique se passe au niveau de l’histoire universelle au lieu de se passer au niveau de la vie sociale) est une condition pratique absolument nécessaire recommencerait et on retomberait fatalement dans la vieille pourriture. En effet, c’est grâce à ce seul développement universel des forces productives que peut s’établir un commerce universel entre les hommes engendrant ainsi le phénomène de la masse " sans propriété " simultanément chez tous les peuples (concurrence généralisée) et faisant dépendre chaque peuple des bouleversements qui se produisent chez les autres. Ce développement a remplacé les individus vivant au niveau local par des individus concrets, universels, vivant au niveau de l’histoire universelle. Sans cela 1° le communisme ne pourrait avoir qu’une existence locale ; 2° les puissances de l’échange n’auraient pu devenir des puissances universelles, donc insupportables, elles seraient restées les " circonstances " de la superstition locale, et 3° toute extension du commerce supprimerait le communisme local. Le communisme n’est concrètement possible que comme l’acte accompli " d’un seul coup " et simultanément par les peuples dominants, ce qui suppose le développement universel des forces productives et du commerce mondial qui se rattache au communisme. 

    Pour cela, le communisme n’est pas pour nous un état de choses à créer, ni un idéal auquel la réalité devra se conformer. Nous appelons communisme le mouvement réel qui dépasse l’état actuel des choses. Les conditions de ce mouvement doivent être appréciées en tenant compte de la réalité matérielle".

    Karl Marx et Friedrich Engels, L'Idéologie allemande (1845-1846)

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  • MARX ET ENGELS : L'INDIVIDU ET LE COMMUNISME

    Chine-affiche-propagande-Mao.jpg"Les individus sont toujours et en toutes circonstances "partis d’eux-mêmes", mais ils n’étaient pas uniques au sens qu’ils ne pouvaient se passer d’avoir des relations entre eux ; au contraire, leurs besoins, leur nature par conséquent, et la manière de les satisfaire les rendaient dépendants les uns des autres (rapport des sexes, échanges, division du travail) : aussi était-il inévitable que des rapports s’établissent entre eux. En outre, ils entraient en rapport, non comme de purs Moi, mais comme individus arrivés à un stade déterminé du développement de leurs forces productives et de leurs besoins, et ce commerce déterminait à son tour la production et les besoins ; aussi était-ce précisément le comportement personnel des individus, dans leur comportement réciproque en tant qu’individus, qui créa les rapports stables existants et continue tous les jours de les créer. Ils entraient en relation les uns avec les autres, étant ce qu’ils étaient, ils partaient "d’eux-mêmes", comme ils étaient, indépendamment de leur "conception de vie". Cette "conception de vie" et même la conception aberrante qui est celle des philosophes ne pouvaient évidemment être déterminées que par leur vie réelle, dans tous les cas. Il s’avère, il est vrai, que le développement d’un individu est conditionné par le développement de tous les autres, avec qui il se trouve en relation directe ou indirecte ; de même, les différentes générations d’individus, entre lesquelles des rapports se sont établis, ont ceci de commun que les générations postérieures sont conditionnées dans leur existence physique par celles qui les ont précédées, reçoivent d’elles les forces productives que celles-ci ont accumulées et leurs formes d’échanges, ce qui conditionne la structure des rapports qui s’établissent entre les génération actuelles. Bref, il apparaît que c’est une évolution qui a lieu ; l’histoire d’un individu pris à part ne peut en aucun cas être isolée de l’histoire des individus qui l’ont précédé ou sont ses contemporains : son histoire est au contraire déterminée par la leur.

    Ce renversement du comportement individuel en son contraire, un comportement purement objectif, la distinction que les individus font eux-mêmes entre individualité et contingence, tout ceci est, comme nous l’avons démontré, un processus historique qui prend des formes différentes aux différents stades de l’évolution, des formes toujours plus accusées et plus universelles. A l’époque actuelle, la domination des individus par les conditions objectives, l’écrasement de l’individualité par la contingence, ont pris des formes extrêmement accusées et tout à fait universelles, ce qui a placé les individus existants devant une tâche bien précise : remplacer la domination des conditions données et de la contingence sur les individus par la domination des individus sur la contingence et les conditions existantes. L’exigence de l’époque n’est pas, comme l’imagine Sancho, que "Je Me développe", chose que chaque individu a faite jusqu’à maintenant sans attendre le bon conseil de Sancho, mais notre époque nous impose de nous libérer d’un mode de développement bien précis. Cette tâche prescrite par la situation actuelle coïncide avec celle qui consiste à donner à la société une organisation communiste.

    Nous avons déjà montré plus haut qu’abolir le caractère autonome des conditions existantes par rapport aux individus, la soumission de l’individualité à la contingence, la subordination des rapports personnels de l’individu aux rapports de classes de caractère général, etc., est en dernière instance conditionné par la suppression de la division du travail. Nous avons montré également que l’abolition de la division du travail. Nous avons montré également que l’abolition de la division du travail est elle-même conditionnée par un développement des échanges et des forces productives qui doivent parvenir à une telle universalité que la propriété privée et la division du travail deviennent pour eux une entrave. Nous avons montré en outre que la propriété privée ne peut être abolie qu’à la condition que se soit réalisé un développement complet des individus ; ceux-ci se trouveront en effet en présence de forces productives et de formes d’échanges de caractère multiforme et seuls des individus dont le développement sera complet pourront se les assimiler, c’est-à-dire en faire l’activité libre de leur existence. Nous avons montré que les individus de l’époque actuelle sont contraints d’abolir la propriété privée parce que les formes productives et les formes d’échanges ont atteint un tel niveau de développement qu’elles sont devenues, sous le règne de la propriété privée, des forces destructrices et parce que les antagonismes de classes ont atteint leur limite extrême. Enfin, nous avons montré que l’abolition de la propriété privée et de la division du travail constitue en elle-même cette réunion des individus sur la base des forces productive actuelles et des échanges à l’échelle mondiale.

    Au sein de la société communiste, la seule où le développement original et libre des individus n’est pas une phrase creuse, ce développement est conditionné précisément par l’interdépendance des individus, interdépendance constituée pour une part par les prémisses économiques, pour une part par la solidarité indispensable du libre développement de tous, et enfin par la forme universelle de l’activité des individus sur la base des forces productives existantes. Il s’agit donc ici d’individus parvenus à un niveau déterminé de développement historique, et en aucun cas d’individus imaginés arbitrairement, pris au hasard en ayant fait aussi abstraction de l’indispensable révolution communiste qui est elle-même une condition commune de leur libre développement. La conscience que les individus auront de leurs relations réciproques aura, elle aussi, un caractère tout différent et donc sera aussi éloignée du " principe d’amour " que du dévoûment ou de l’égoïsme.

    Karl Marx et Friedrich Engels, L'Idéologie allemande (1845-1846)

     

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  • LES INCONNUS : "LES SECTES"

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  • CONDORCET : DES PROGRÈS FUTURS DE L'ESPRIT HUMAIN

    condorcet.jpg"Si l’homme peut prédire, avec une assurance presque entière, les phénomènes dont il connaît les lois ; si lors même qu’elles lui sont inconnues, il peut, d’après l’expérience du passé, prévoir avec une grande probabilité les événements de l’avenir ; pourquoi regarderait-on comme une entreprise chimérique, celle de tracer, avec quelque vraisemblance, le tableau des destinées futures de l’espèce humaine d’après les résultats de son histoire. Le seul fondement de croyance dans les sciences naturelles est cette idée que les lois générales, connues ou ignorées, qui règlent les phénomènes de l’Univers, sont nécessaires et constantes ; et par quelle raison ce principe serait-il moins vrai pour le développement des facultés intellectuelles et morales de l’homme que pour les autres opérations de la nature ? Enfin, puisque des opinions formées d’après l’expérience du passé, sur des objets du même ordre, sont la seule règle de la conduite des hommes les plus sages, pourquoi interdirait-on au philosophe d’appuyer ses conjectures sur cette même base, pourvu qu’il ne leur attribue pas une certitude supérieure à celle qui peut naître du nombre, de la constance, de l’exactitude des observations ?

    Nos espérances, sur l’état à venir de l’espèce humaine, peuvent se réduire à ces trois points importants : la destruction de l’inégalité entre les nations, les progrès de l’égalité dans un même peuple ; enfin, le perfectionnement réel de l’homme. Toutes les nations doivent-elles se rapprocher un jour de l’état de civilisation où sont parvenus les peuples les plus éclairés, les plus libres, les plus affranchis de préjugés, tels que les Français et les Anglo-Américains ? Cette distance immense qui sépare ces peuples de la servitude des nations soumises à des rois, de la barbarie des peuplades africaines, de l’ignorance des Sauvages, doit-elle peu-à-peu s’évanouir ?

    Y a-t-il, sur le globe, des contrées dont la nature ait condamné les habitants à ne jamais jouir de la liberté, à ne jamais exercer leur raison ?

    Cette différence de lumières, de moyens ou de richesses, observée jusqu’à présent chez tous les peuples civilisés, entre les différentes classes qui composent chacun d’eux ; cette inégalité, que les premiers progrès de la société ont augmentée et pour ainsi dire produite, tient-elle à la civilisation même, ou aux imperfections actuelles de l’art social ? Doit-elle continuellement s’affaiblir pour faire place à cette égalité de fait, dernier but de l’art social, qui, diminuant même les effets de la différence naturelle des facultés, ne laisse plus subsister qu’une inégalité utile à l’intérêt de tous, parce qu’elle favorisera les progrès de la civilisation, de l’instruction et de l’industrie, sans entraîner ni dépendance, ni humiliation, ni appauvrissement ? En un mot, les hommes approcheront-ils de cet état, où tous auront les lumières nécessaires pour se conduire d’après leur propre raison dans les affaires communes de la vie, et la maintenir exempte de préjugés ; pour bien connaître leurs droits et les exercer d’après leur opinion et leur conscience ; où tous pourront, par le développement de leurs facultés, obtenir des moyens sûrs de pourvoir à leurs besoins ; où enfin, la stupidité et la misère ne seront plus que des accidents, et non l’état habituel d’une portion de la société ?

    Enfin, l’espèce humaine doit-elle s’améliorer, soit par de nouvelles découvertes dans les sciences et dans les arts, et par une conséquence nécessaire, dans les moyens de bien-être particulier et de prospérité commune ; soit par des progrès dans les principes de conduite et dans la morale pratique ; soit enfin par le perfectionnement réel des facultés intellectuelles, morales et physiques, qui peut être également la suite, ou de celui des instruments qui augmentent l’intensité ou dirigent l’emploi de ces facultés, ou même de celui de l’organisation naturelle.

    En répondant à ces trois questions, nous trouverons, dans l’expérience du passé, dans l’observation des progrès que les sciences, que la civilisation ont faits jusqu’ici, dans l’analyse de la marche de l’esprit humain et du développement de ses facultés, les motifs les plus forts de croire que la nature n’a mis aucun terme à nos espérances."

    Condorcet, Esquisse d’un Tableau historique des Progrès de l’Esprit humain (1795)

     

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  • VOLTAIRE : DANS LE PAYS D'ELDORADO

    La conversation fut longue; elle roula sur la forme du gouvernement, sur les moeurs, sur les femmes, sur les spectacles publics, sur les arts. Enfin Candide, qui avait toujours du goût pour la métaphysique, fit demander par Cacambo si dans le pays il y avait une religion. 

    1311334-Voltaire_Candide.jpgLe vieillard rougit un peu. "Comment donc! dit-il; en pouvez-vous douter? Est-ce que vous nous prenez pour des ingrats?" Cacambo demanda humblement quelle était la religion d'Eldorado. Le vieillard rougit encore: "Est-ce qu'il peut y avoir deux religions? dit-il. Nous avons, je crois, la religion de tout le monde; nous adorons Dieu du soir jusqu'au matin. - N'adorez-vous qu'un seul Dieu? dit Cacambo, qui servait toujours d'interprète aux doutes de Candide. - Apparemment, dit le vieillard, qu'il n'y en a ni deux, ni trois, ni quatre. Je vous avoue que les gens de votre monde font des questions bien singulières." Candide ne se lassait pas de faire interroger ce bon vieillard; il voulut savoir comment on priait Dieu dans l'Eldorado. "Nous ne le prions point, dit le bon et respectable sage; nous n'avons rien à lui demander, il nous a donné tout ce qu'il nous faut; nous le remercions sans cesse." Candide eut la curiosité de voir des prêtres; il fit demander où ils étaient. Le bon vieillard sourit. "Mes amis, dit-il; nous sommes tous prêtres; le roi et tous les chefs de famille chantent des cantiques d'actions de grâces solennellement tous les matins, et cinq ou six mille musiciens les accompagnent. - Quoi! Vous n'avez point de moines qui enseignent, qui disputent, qui gouvernent, qui cabalent, et qui font brûler les gens qui ne sont pas de leur avis? - Il faudrait que nous fussions fous, dit le vieillard; nous sommes tous ici du même avis, et nous n'entendons pas ce que vous voulez dire avec vos moines." Candide à tous ces discours demeurait en extase, et disait en lui-même: "Ceci est bien différent de la Westphalie et du château de monsieur le baron: si notre ami Pangloss avait vu Eldorado, il n'aurait plus dit que le château de Thunder-ten-tronckh était ce qu'il y avait de mieux sur la terre; il est certain qu'il faut voyager."

    Voltaire, Candide (1759)

     

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  • MONTESQUIEU : LES TROGLODYTES

    "Usbek au même, à Ispahan

    Tu as vu, mon cher Mirza, comment les Troglodytes périrent par leur méchanceté même, et furent les victimes de leurs propres injustices. De tant de familles, il n’en resta que deux qui échappèrent aux malheurs de la Nation. Il y avait dans ce pays deux hommes bien singuliers : ils avaient de l’humanité ; ils connaissait la justice ; ils aimaient la vertu.

    montesquieu

    Autant liés par la droiture de leur cœur que par la corruption de celui des autres, ils voyaient la désolation générale, et ne la ressentaient que par la pitié : c’était le motif d’une union nouvelle. Ils travaillaient avec une sollicitude commune pour l’intérêt commun ; ils n’avaient de différends que ceux qu’une douce et tendre amitié faisait naître ; et, dans l’endroit du pays le plus écarté, séparés de leurs compatriotes indignes de leur présence, ils menaient une vie heureuse et tranquille. La terre semblait produire d’elle-même, cultivée par ces vertueuses mains.

    Ils aimaient leurs femmes, et ils en étaient tendrement chéris. Toute leur attention était d’élever leurs enfants à la vertu. Ils leur représentaient sans cesse les malheurs de leurs compatriotes et leur mettaient devant les yeux cet exemple si triste ; ils leur faisaient surtout sentir que l’intérêt des particuliers se trouve toujours dans l’intérêt commun ; que vouloir s’en séparer, c’est vouloir se perdre ; que la vertu n’est point une chose qui doive nous coûter ; qu’il ne faut point la regarder comme un exercice pénible ; et que la justice pour autrui est une charité pour nous.

    Ils eurent bientôt la consolation des pères vertueux, qui est d’avoir des enfants qui leur ressemblent. Le jeune peuple qui s’éleva sous leurs yeux s’accrut par d’heureux mariages : le nombre augmenta, l’union fut toujours la même ; et la vertu, bien loin de s’affaiblir dans la multitude, fut fortifiée, au contraire, par un plus grand nombre d’exemples.

    Qui pourrait représenter ici le bonheur de ces Troglodytes ? Un peuple si juste devait être chéri des dieux. Dès qu’il ouvrit les yeux pour les connaître, il apprit à les craindre, et la religion vint adoucir dans les mœurs ce que la nature y avait laissé de trop rude.

    Ils instituèrent des fêtes en l’honneur des dieux : les jeunes filles ornées de fleurs, et les jeunes garçons les célébraient par leurs danses et par les accords d’une musique champêtre. On faisait ensuite des festins où la joie ne régnait pas moins que la frugalité.

    C’était dans ces assemblées que parlait la nature naïve ; c’est là qu’on apprenait à donner le cœur et à le recevoir ; c’est là que la pudeur virginale faisait en rougissant un aveu surpris, mais bientôt confirmé par le consentement des pères ; et c’est là que les tendres mères se plaisaient à prévoir de loin une union douce et fidèle.

    On allait au temple pour demander les faveurs des dieux ; ce n’était pas les richesses et une onéreuse abondance : de pareils souhaits étaient indignes des heureux Troglodytes ; ils ne savaient les désirer que pour leurs compatriotes. Ils n’étaient au pied des autels que pour demander la santé de leurs pères, l’union de leurs frères, la tendresse de leurs femmes, l’amour et l’obéissance de leurs enfants. Les filles y venaient apporter le tendre sacrifice de leur cœur, et ne leur demandaient d’autre grâce que celle de pouvoir rendre un Troglodyte heureux.

    Le soir, lorsque les troupeaux quittaient les prairies, et que les bœufs fatigués avaient ramené la charrue, ils s’assemblaient, et, dans un repas frugal, ils chantaient les injustices des premiers Troglodytes et leurs malheurs, la vertu renaissante avec un nouveau peuple, et sa félicité. Ils célébraient les grandeurs des dieux, leurs faveurs toujours présentes aux hommes qui les implorent, et leur colère inévitable à ceux qui ne les craignent pas ; ils décrivaient ensuite les délices de la vie champêtre et le bonheur d’une condition toujours parée de l’innocence. Bientôt ils s’abandonnaient à un sommeil que les soins et les chagrins n’interrompaient jamais.

    La nature ne fournissait pas moins à leurs désirs qu’à leurs besoins. Dans ce pays heureux, la cupidité était étrangère : ils se faisaient des présents où celui qui donnait croyait toujours avoir l’avantage. Le peuple troglodyte se regardait comme une seule famille ; les troupeaux étaient presque toujours confondus ; la seule peine qu’on s’épargnait ordinairement, c’était de les partager.

    D’Erzeron, le 6 de la lune de Gemmadi 2 1711

    Montesquieu, Lettres persanes, XII (1721)

     

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  • RABELAIS : "FAIS CE QUE TU VOUDRAS"

    gargantua.jpg"Toute leur vie était régie non par des lois, des statuts ou des règles, mais selon leur volonté et leur libre arbitre. Ils sortaient du lit quand bon leur semblait, buvaient, mangeaient, travaillaient, dormaient quand le désir leur en venait. Nul ne les éveillait, nul ne les obligeait à boire ni à manger, ni à faire quoi que ce soit. Ainsi en avait décidé Gargantua. Et leur règlement se limitait à cette clause :

    FAIS CE QUE TU VOUDRAS

    Parce que les gens libres, bien nés, bien éduqués, conversant en bonne société, ont naturellement un instinct, un aiguillon qu'ils appellent honneur et qui les pousse toujours à agir vertueusement et les éloigne du vice. Quand ils sont affaiblis et asservis par une vile sujétion ou une contrainte, ils utilisent ce noble penchant, par lequel ils aspiraient librement à la vertu, pour se défaire du joug de la servitude et pour lui échapper, car nous entreprenons toujours ce qui est défendu et convoitons ce qu'on nous refuse.

    Grâce à cette liberté, ils rivalisèrent d'efforts pour faire tous ce qu'ils voyaient plaire à un seul. Si l'un ou l'une d'entre eux disait : "buvons", tous buvaient ; si on disait : "jouons", tous jouaient ; si on disait : "allons nous ébattre aux champs", tous y allaient. Si c'était pour chasser au vol ou à courre, les dames montées sur de belles haquenées, avec leur fier palefroi, portaient chacune sur leur poing joliment ganté un épervier, un lanier, un émerillon ; les hommes portaient les autres oiseaux.

    Ils étaient si bien éduqués qu'il n'y avait aucun ou aucune d'entre eux qui ne sût lire, écrire, chanter, jouer d'instruments de musique, parler cinq ou six langues et s'en servir pour composer en vers aussi bien qu'en prose. Jamais on ne vit des chevaliers si preux, si nobles, si habiles à pied comme a cheval, si vigoureux, si vifs et maniant si bien toutes les armes, que ceux qui se trouvaient là. Jamais on ne vit des dames si élégantes, si mignonnes, moins désagréables, plus habiles de leurs doigts à tirer l'aiguille et à s'adonner à toute activité convenant à une femme noble et libre, que celles qui étaient là.

    Pour ces raisons, quand le temps était venu pour un des membres de l'abbaye d'en sortir, soit à la demande de ses parents, soit pour d'autres motifs, il emmenait avec lui une les dames, celle qui l'avait choisi pour chevalier servant, et on les mariait ensemble. Et s'ils avaient bien vécu à Thélème dans le dévouement et l'amitié, ils cultivaient encore mieux ces vertus dans le mariage ; leur amour mutuel était aussi fort à la fin de leurs jours qu'aux premiers temps de leurs noces."

    François Rabelais, Gargantua (1532)


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  • JOYEUSES FÊTES DE LA PART DU CAFÉ PHILOSOPHIQUE DE MONTARGIS

    Claire et Bruno vous souhaitent
    de joyeuses fêtes de Noël !

    noel.PNG

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  • KARL MARX : L'UTOPIE COMMUNISTE

    urss_soviet_poster_03.jpg"Vous êtes saisis d’horreur parce que nous voulons abolir la propriété privée. Mais, dans votre société, la propriété privée est abolie pour les neuf dixièmes de ses membres. C’est précisément parce qu’elle n’existe pas pour ces neuf dixièmes qu’elle existe pour vous. Vous nous reprochez donc de vouloir abolir une forme de propriété qui ne peut se constituer qu'à la condition de priver l'immense majorité de la société de toute propriété.

    En un mot, vous nous accusez de vouloir abolir votre propriété à vous. En vérité, c’est bien là notre intention."

    Karl Marx et Friedrich Engels, Manifeste du Parti communiste (1848)


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