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  • ELSA & GLENN MEDEIROS : "UN ROMAN D'AMITIÉ"

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  • PLATON : "LYSIS"

    "- Réponds, Ménexène, à la question que je vais te poser. Il est un bien après lequel je soupire depuis mon enfance ; car l’un poursuit une chose, l’autre une autre ; tel voudrait avoir des chevaux, tel des chiens, celui-ci de l’or, celui-là des honneurs ; pour moi, tout cela ne trouble point ma quiétude ; mais avoir un ami, voilà ma passion, et j’aimerais mieux avoir un bon ami que la caille ou le coq, et même, par Zeus, que le cheval et le chien les plus beaux du monde. Je dirai même, par le chien, que j’aimerais beaucoup mieux avoir un ami que l’or de Darius et même que Darius en personne, tant je suis entêté d’amitié ! Ainsi en vous voyant, toi et Lysis, je suis étonné et je vous envie parce que, tout jeunes que vous êtes, vous pouvez jouir si tôt et si facilement de ce bonheur, et que toi, tu as gagné si vite et si complètement l’amitié de cet enfant, et lui, la tienne. Mais moi, je suis si loin d’un tel bonheur que je ne sais même pas comment un homme devient l’ami d’un autre, et c’est précisément sur ce point que je veux te questionner, puisque tu sais ce qui en est.

    platon_-_lysis.jpg- Dis-moi donc : quand un homme en aime un autre, lequel des deux devient l’ami de l’autre ? Celui qui aime le devient-il de celui qui est aimé, ou celui qui est aimé de celui qui aime ? ou n’y a-t-il aucune différence entre eux ?

    - Aucune, il me semble, répondit-il.

    - Que dis-tu ? repris-je ; tous deux deviennent amis l’un de l’autre, si l’un des deux seulement aime l’autre ?

    - Il me le semble, répondit-il.

    - Mais quoi ! n’arrive-t-il pas qu’un homme qui aime ne soit pas payé de retour par celui qu’il aime ?

    - Si.

    - N’arrive-t-il pas aussi qu’un homme qui aime soit haï ? C’est parfois le cas, ce semble, des amants à l’égard de leur bien-aimé ; ils aiment autant qu’on peut aimer, et ils se figurent qu’on ne les paye pas de retour ou même qu’on les hait. Cela ne te semble-t-il pas vrai ?

    - Tout à fait vrai, dit-il.

    - Donc, en pareil cas, repris-je, l’un aime et l’autre est aimé ?

    - Oui.

    - Alors lequel des deux amis est l’ami de l’autre ? est-ce l’amant qui l’est de l’aimé, même s’il n’est pas payé de retour et même s’il est haï, ou l’aimé qui l’est de l’amant ? ou aucun d’eux n’est-il en un tel cas l’ami de l’autre, si tous les deux ne s’aiment pas réciproquement ?

    - Ni l’un ni l’autre, semble-t-il."

    Platon, Lysis (IVe siècle av. JC)

    Texte intégral

     

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  • JOE COCKER : "WITH A LITTLE HELP FROM MY FRIENDS"

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  • MERLEAU-PONTY : ALTRUISME ET AMITIÉ

    merleau- Heidegger et Beaufret.jpg"Je perçois autrui comme comportement ; par exemple je perçois le deuil ou la colère d'autrui dans sa conduite, sur son visage et sur ses mains, sans aucun emprunt à une expérience " interne " de la souffrance ou de la colère et parce que deuil et colère sont des variations de l'être au monde, indivises entre le corps et la conscience, et qui se posent aussi bien sur la conduite d'autrui, visible dans son corps phénoménal, que sur ma propre conduite telle qu'elle s'offre à moi. Mais enfin le comportement d'autrui et même les paroles d'autrui ne sont pas autrui. Le deuil d'autrui et sa colère n'ont jamais exactement le même sens pour lui et pour moi. Pour lui, ce sont des situations vécues, pour moi ce sont des situations apprésentées. Ou si je peux, par un mouvement d'amitié, participer à ce deuil et à cette colère, ils restent le deuil et la colère de mon ami Paul : Paul souffre parce qu'il a perdu sa femme ou il est en colère parce qu'on lui a volé sa montre, je souffre parce que Paul a de la peine, je suis en colère parce qu'il est en colère, les situations ne sont pas superposables. Et si enfin nous faisons quelque projet en commun, ce projet commun n'est pas un seul projet, et il ne s'offre pas sous les mêmes aspects pour moi et pour Paul, nous n'y tenons pas autant l'un que l'autre, ni en tout cas de la même façon, du seul fait que Paul est Paul et que je suis moi. Nos consciences ont beau, à travers nos situations propres, construire une situation commune dans laquelle elles communiquent, c'est du fond de sa subjectivité que chacun projette ce monde "unique"...

    Autrui ou moi, il faut choisir, dit-on. Mais on choisit l'un contre l'autre, et ainsi on affirme le conflit. Autrui me transforme en objet et me nie, je transforme autrui en objet et le nie, dit-on. En réalité le regard d'autrui ne me transforme en objet, et mon regard ne le transforme en objet, que si l'un et l'autre nous nous retirons dans le fond de notre nature pensante, si nous nous faisons l'un et l'autre regard inhumain, si chacun sent ses actions, non pas reprises et comprises, mais observées comme celles d'un insecte. C'est par exemple ce qui arrive quand je subis le regard d'un inconnu. Mais, même alors, l'objectivation de chacun par le regard de l'autre n'est ressentie comme pénible que parce qu'elle prend la place d'une communication possible. Le regard d'un chien sur moi ne me gêne guère. Le refus de communiquer est encore un mode de communication. La liberté protéiforme, la nature pensante, le fond inaliénable, l'existence non qualifiée, qui en moi et en autrui marque les limites de toute sympathie, suspend bien la communication, mais ne l'anéantit pas. Si j'ai affaire à un inconnu qui n'a pas encore dit un seul mot, je peux croire qu'il vit dans un autre monde où mes actions et mes pensées ne sont pas dignes de figurer. Mais qu'il dise un mot, ou seulement qu'il ait un geste d'impatience, et déjà il cesse de me transcender : c'est donc là sa voix, ce sont là ses pensées, voilà donc le domaine que je croyais inaccessible. Chaque existence ne transcende définitivement les autres que quand elle reste oisive et assise sur sa différence naturelle. Même la méditation universelle qui retranche le philosophe de sa nation, de ses amitiés, de ses partis pris, de son être empirique, en un mot du monde, et qui semble le laisser absolument seul, est en réalité acte, parole, et par conséquent dialogue. Le solipsisme ne serait rigoureusement vrai que de quelqu'un qui réussirait à constater tacitement son existence sans être rien et sans rien faire, ce qui est bien impossible, puisque exister c'est être au monde. Dans sa retraite réflexive, le philosophe ne peut manquer d'entraîner les autres, parce que, dans l'obscurité du monde, il a appris pour toujours à les traiter comme consorts et que toute sa science est bâtie sur cette donnée de l'opinion. La subjectivité transcendantale est une subjectivité révélée, savoir à elle-même et à autrui, et à ce titre elle est une intersubjectivité."

    Maurice Merleau-Ponty, Phénoménologie de la Perception (1945)

     

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  • MAURIAC : LA JEUNESSE ET L'AMITIÉ

    "Dans le jeune homme, deux instincts se combattent comme chez les oiseaux : celui de vivre en bande et celui de s'isoler avec une oiselle, Mais le goût de la camaraderie est longtemps le plus fort. Si tout notre malheur vient, comme le veut Pascal, de ne pouvoir demeurer seul dans une chambre, il faut plaindre les jeunes gens : c'est justement la seule épreuve qui leur paraisse insupportable; ainsi les voyez-vous s'attendre, s'appeler, s'abattre sur les bancs du Luxembourg comme des pierrots, s'entasser dans les brasseries ou dans les bars. Ils n'ont pas encore de vie individuelle; ce sont eux qui ont dû inventer l'expression se sentir les coudes. La vie collective en eux circule par les coudes. Même pour préparer un concours, ils aiment être plusieurs; et si ce n'était que pour préparer un concours !

    amies.jpgLeur noctambulisme vient de cette répugnance à se retrouver seul entre quatre murs. Aussi s'accompagnent-ils indéfiniment les uns les autres, et reviennent-ils sur leurs pas jusqu'à ce que l'excès de fatigue les oblige à dormir enfin. Comme la vie des moineaux en pépiements, celle des jeunes hommes se passe en conversations.

    Les promiscuités de la caserne, c'est cela au fond qui la rend supportable à la jeunesse. La camaraderie mène à l'amitié : deux garçons découvrent entre eux une ressemblance : « Moi aussi... C'est comme moi... » tels sont les mots qui d'abord les lient. Le coup de foudre est de règle en amitié. Voilà leur semblable enfin, avec qui s'entendre à demi-mot. Sensibilités accordées ! Les mêmes choses les blessent et les mêmes les enchantent. Mais c'est aussi par leurs différences qu' ils s'accordent : chacun admire dans son ami la vertu dont il souffrait d'être privé.

    Peut-être ont-ils aimé déjà; mais que l'amitié les change de l'amour ! Peut-être l'amour n'a-t-il rien pu contre leur solitude. Une fois assouvie la faim qu'ils avaient eue d'un corps, ils étaient demeurés seuls en face d'un être mystérieux, indéchiffrable, d'un autre sexe - c'est-à-dire d'une autre planète. Aucun échange possible avec la femme, trop souvent, que le plai-sir; hors cet accord délicieux (et qu'il est vrai qu'à cet âge on renouvelle sans lassitude), l'amour leur avait peut-être été, sans qu'ils se le fussent avoué, un dépaysement. Car il arrive que la complice la plus chère ne parle pas notre langue et mette l'infini là où nous ne voyons que bagatelles. En revanche, rien de ce qui compte pour nous ne lui importe, et notre logique lui demeure incompréhensible. Une maîtresse est quelquefois un adversaire hors de notre portée, incontrôlable. C'est pourquoi amour se confond avec jalousie : qu'il est redoutable, l'être dont toutes les démarches nous surprennent et sont pour nous imprévisibles ! De cette angoisse, Proust a composé son oeuvre.

    Dans l'amitié véritable, tout est clair, tout est paisible; les paroles ont un même sens pour les deux amis.

    La chair et le sang ne font point ici leurs ravages. Chacun sait ce que signifie respect de la parole donnée, discrétion, honneur, pudeur. Le plus intelligent rend ses idées familières au plus sensible; et le plus sensible lui ouvre l'univers de ses songes. Le bilan d'une amitié, c'est presque toujours des livres que nous n'eussions pas été capables d'aimer seuls, une musique inconnue de nous, une philosophie. Chacun apporte à l'autre ses richesses. Faites cette expérience : évoquez les visages de votre jeunesse, interrogez chaque amitié : aucune qui ne représente une acquisition. Celui-là m'a prêté Les Frères Karamazoff, cet autre a déchiffré pour moi la Sonatine de Ravel; avec celui-ci, je fus à une exposition de Cézanne, et mes yeux s'ouvrirent comme ceux de l'aveugle-né.

    Mais les jeunes hommes sont redevables les uns aux autres d'acquisitions plus précieuses : le souci de servir une cause qui nous dépasse, que cela est particulier à la jeunesse dès qu'elle se groupe ! Tous les mouvements sociaux, politiques, religieux, ont marqué notre époque dans la mesure où ils ont été des amitiés. Dès qu'ils ne sont plus des amitiés, c'est le signe que la jeunesse s'en retire; alors ils deviennent des partis : une association d'intérêts; l'homme mûr y remplace le jeune homme.

    Nos jeunes amours ne nous ont-elles aussi enrichis et instruits ? Nos maîtresses ne furent-elles nos meilleurs maîtres ? Il est vrai. N'empêche que l'héritage de nos amours est plus trouble que celui de nos amitiés."

    François Mauriac, Le Jeune homme (1925)

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  • ALAIN : "IL Y A DE MERVEILLEUSES JOIES DANS L’AMITIÉ"

    "Il y a de merveilleuses joies dans l’amitié. On le comprend sans peine si l’on remarque que la joie est contagieuse. Il suffit que ma présence procure à mon ami un peu de vraie joie pour que le spectacle de cette joie me fasse éprouver à mon tour une joie ; ainsi la joie que chacun donne lui est rendue ; en même temps des trésors de joie sont mis en liberté, et tous deux se disent : « J’avais en moi du bonheur dont je ne faisais rien. »

    amis.jpgLa source de la joie est au-dedans, j’en conviens ; et rien n’est plus attristant que de voir des gens mécontents d’eux et de tout, qui se chatouillent les uns aux autres pour se faire rire. Mais il faut dire aussi que l’homme content, s’il est seul, oublie bientôt qu’il est content ; toute sa joie est bientôt endormie ; il en arrive à une espèce de stupidité et presque d’insensibilité. Le sentiment intérieur a besoin de mouvements extérieurs. Si quelque tyran m’emprisonnait pour m’apprendre à respecter les puissances, j’aurais comme règle de santé de rire tout seul tous les jours ; je donnerais de l’exercice à ma joie comme j’en donnerais à mes jambes.

    Voici un paquet de branches sèches. Elles sont inertes en apparence comme la terre ; si vous les laissez là, elles deviendront terre. Pourtant elles enferment une ardeur cachée qu’elles ont prise au soleil. Approchez d’elles la plus petite flamme, et bientôt vous aurez un brasier crépitant. Il fallait seulement secouer la porte et réveiller le prisonnier.

    C’est ainsi qu’il faut une espèce de mise en train pour éveiller la joie. Lorsque le petit enfant rit pour la première fois, son rire n’exprime rien du tout ; il ne rit pas parce qu’il est heureux ; je dirais plutôt qu’il est heureux parce qu’il rit ; il a du plaisir à rire, comme il en a à manger ; mais il faut d’abord qu’il mange. Cela n’est pas vrai seulement pour le rire ; on a besoin aussi de paroles pour savoir ce que l’on pense. Tant qu’on est seul on ne peut être soi. Les nigauds de moralistes disent qu’aimer c’est s’oublier ; vue trop simple ; plus on sort de soi-même et plus on est soi-même ; mieux aussi on se sent vivre. Ne laisse pas pourrir ton bois dans ta cave."

    Alain, Propos (1907)

     

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  • NIEZTSCHE : "ZARATHOUSTRA EST LÀ, L’AMI..."

    zara.jpg

    "Ô midi de la vie, ô l’heure solennelle,

    Jardin d’été !

    Bonheur impatient, aux aguets, dans l’attente !

    J’espère mes amis, nuit et jour, bras ouverts !

    Où vous attardez-vous ? Venez, il est grand temps !

    N’était-ce pas pour vous que le gris du glacier,

    Ce matin, s’est paré de rose ?

    C’est vous que le torrent cherche en sa course errante,

    Vents et nuées, là-haut, dans l’azur s’entrechoquent

    Et gagnent, pour vous mieux guetter,

    Leur aire la plus élevée.

    Ma table fut pour vous dressée sur les sommets.

    Qui donc vit plus près des étoiles

    Et tous près, cependant des tréfonds de l’abîme ?

    Quel royaume jamais eut pareille étendue ?

    Et mon miel, qui peut y goûter ?

    Vous voici, mes amis. Hélas ! ce n’est pas moi

    Que vous cherchez ? Vous hésitez surpris ?

    Insultez-moi, plutôt. Dites, n’est ce plus moi ?

    Ai-je changé de main, de pas et de visages ?

    Ce que j’étais, amis, ne le suis-je donc plus ?

    Je serais donc un autre ? A moi-même étranger,

    À moi-même échappé ?

    Lutteur qui trop souvent du se vaincre lui-même,

    Et trop souvent raidi contre sa propre force,

    Fut blessé, enchaîné par sa propre victoire ?

    Je cherchais où soufflaient les plus âpres vents,

    J’appris à vivre où nul ne gîte,

    Aux lieux déserts que hante l’ours du pôle ?

    J’oubliai l’homme et Dieu, blasphèmes et prières,

    Je devins un fantôme, habitant des glaciers ?

    O mes anciens amis, vous pâlissez soudain,

    Plein de tendresse et d’épouvante.

    Allez donc, sans rancune ! Hélas, vous ne sauriez

    Vivre au pays perdu des glaces et des roches.

    Ici l’on est chasseur et pareil au chamois.

    Je me suis fait chasseur cruel. Voyez cet arc,

    Voyez-en la corde tendue !

    Seul le plus fort pouvait lancer un trait pareil.

    Mais hélas ! cette flèche est mortelle entre toutes.

    Partez, éloignez-vous, si la vie vous est chère.

    Vous me fuyez ? Ô cœur, que n’as-tu supporté !

    Ferme est restée ton espérance.

    A de nouveaux amis ouvre grande tes portes,

    Renonce à tes amis d’antant, aux souvenirs !

    Tu fus jeune ? À présent tu sais mieux être jeune.

    Le lien qui nous liait d’une même espérance,

    Qui peut en déchiffrer les signes effacés ?

    Signes pâlis, jadis tracés par tendresse,

    Pareils aux parchemin consumé par le feu

    Que la main n’ose plus saisir, - noircis, brûlés !

    Plus d’ami ! Mais plutôt – ah comment les nommer ?

    Des fantômes d’amis ! Parfois encore la nuit,

    J’entends des doigts heurter à mon cœur, à ma vitre ;

    On me regarde et l’on me dit : « C’est nous pourtant ! »

    Mots fanés, mais où meurt comme un parfum de rose.

    Jeunes rêves, hélas ! Si plein d’illusion !

    Ceux vers qui j’ai crié dans l’élan de mon âme,

    Ce que j’ai cru pareils à moi régénérés,

    Un maléfice les retient : ils sont trop vieux !

    Ceux qui savent changer son,t seuls de mon lignage.

    O midi de ma vie, ô seconde jeunesse,

    Jardin d’été !

    Bonheur impatient, aux aguets, dans l’attente :

    J’espère mes amis, nuit en jours, bras ouverts !

    Ô mes nouveaux amis, accourez, il est temps !

    L’hymne ancien s’est tu. Le doux cri du désir

    Expira sur mes lèvres.

    Un enchanteur parut, à l’heure fatidique,

    L’ami du plein midi – non, ne demandez pas

    Quel il est : à midi l’un s’est scindé en deux.

    Célébrons, assurés d’une même victoire,

    La fête entre toutes les fêtes.

    Zarathoustra est là, l’ami, l’hôte des hôtes !

    Le monde rit, l’affreux rideau s’est déchiré,

    Voici que la Lumière a épousé la Nuit !"

     

    Friedrich Nietzsche, Par delà le Bien et le Mal (1886)

     

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  • COMPTE-RENDU DE LA SÉANCE "JUSTICE : SURVEILLER, PUNIR OU GUERIR ?"

    Thème du débat : "Justice : surveiller, punir ou guérir ?" 

    Date : 27 septembre 2013 à la Brasserie du Centre commercial de la Chaussée.

    foucault,hume,aristote,pascal,montesquieu,tocqueville,camus,hobbes,rousseauLe vendredi 27 septembre 2013, le café philosophique de Montargis inaugurait sa cinquième saison par un débat intitulé : "Justice : surveiller, punir ou guérir ?", un titre largement inspiré du célèbre essai de Michel Foucault Suveiller et Punir (1974).

    Après avoir rappelé le principe du café philo comme d’un lieu de débats ouverts sur la philosophie mais fermé au prosélytisme quel qu’il soit – à l’exception du prosélytisme pour la philosophie ! – Bruno annonce que le café philosophique de Montargis s’apprête à faire sa mue. Après un fonctionnement pendant quatre ans en binôme, Claire et Bruno s’apprête à créer autour d’eux une équipe de volontaires désireux de s’impliquer dans le fonctionnement, la préparation et l’animation des séances. Cette nouvelle structures permettrait au café philosophique de mieux répondre aux sollicitations qui se sont multipliées au cours de la saison 4 mais aussi d’anticiper l’éventuel désistement de tel(le) ou tel(le) organisateur(trice). Il apparaît en effet qu’étant donnée la structure actuelle du café philo, inchangée depuis sa création en 2009, le départ d’une seule personne signifierait presque à coup sûr la disparition de l’animation de la Chaussée.

    Le débat proprement dit sur la justice s’ouvre par la remarque d’une participante : il est vrai, dit-elle, que la justice a pour fonction essentielle de punir ; il paraît par contre dommageable que la guérison soit très souvent aux abonnés absents. Guérir n’est-ce pas accorder le bénéfice du dialogue et de la médiation lors de conflits ? La justice y gagnerait sans doute à préférer le dialogue à la sentence.

    foucault,hume,aristote,pascal,montesquieu,tocqueville,camus,hobbes,rousseauLe terme de "guérison" est-il justement approprié ? se demande une nouvelle intervenante. Utilisé ainsi, un tel mot signifierait la présence d’une maladie. Mais de quelle maladie parlons-nous ? D’une maladie de la société ? Ne serait-ce pas considérer certains citoyens comme des corps malades ? Ce serait donner à la justice un rôle "thérapeutique" qu’elle n’a indubitablement pas. Sauf à considérer la place – trop souvent discrète – des personnels psychiatriques oeuvrant entre les murs carcéraux.

    La question du rôle et des missions de la justice est au centre de l’actualité avec le projet de loi Taubira, sujet "clivant" et polémique (cf. cet article). Si l’on veut recentrer le débat et mettre de côté la justice correctionnelle et commerciale, certes importante, pour s’intéresser à la justice pénale, nul doute que la longue histoire judiciaire a subi des transformations certaines et des améliorations au cours des millénaires.

    Comme le rappellent plusieurs philosophes (Albert Camus, par exemple), l’institution judiciaire est d’abord née de la nécessité de trouver un terrain pacifique à des conflits pouvant se transformer en vengeance voire en vendetta. Là, sans doute est le noyau des institutions judiciaires. Jean-Jacques Rousseau considère que c’est à partir du moment où les hommes sont sortis de leur état naturel – où régnait une justice qu’il considère comme parfait ("le bon sauvage") – pour se rassembler en société, ils ont eu besoin d’établir une institution judiciaire qui puisse garantir un ordre social (cf. aussi ce texte). Une institution ou plutôt des institutions judiciaires aux réalités multiples et aux géométries variables car, comme le dit Blaise Pascal, "Plaisante justice qu' une rivière borne. Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au delà.

    foucault,hume,aristote,pascal,montesquieu,tocqueville,camus,hobbes,rousseauLa justice, nous l’avons dit, s’attache à régler un conflit, une "in-justice" : "Le juge s’efforce de rétablir la l’égalité" dit Aristote. Toute la question est de savoir si cette justice va être juste. Il apparaît en tout cas que la justice a subi des transformations successives au cours des siècles. L’évolution des moyens de cœrcition n’est pas la moindre des changements opérés. Au cours des siècles, les supplices et la peine de mort ont laissé place à des mesures considérées comme moins expéditives : l’enfermement, peine dure, offre du moins une possibilité de sortie sinon de rachat. 

    Pour autant, précise Bruno, la justice a toujours pour vocation d’être le bras armé de la société. Pour Michel Foucault  même si les peines de l’Ancien Régime (roues, gibets, bûchers, etc.) ont disparu et tendu à rendre la justice plus humaine, celle-ci reste une puissance publique ayant pour vocation de "punir", "dompter les corps" mais aussi d’intimider. En évoquant le supplice raffiné de Ravaillac (cf. cet article), l’assassin d’Henri IVMichel Foucault  se positionnant en "archéologue du savoir", y voit la marque d’une justice non pas désireuse de compenser une faute par une punition équilibrée mais par une intervention brutale propre à marquer les esprits et les consciences : "Le supplice judiciaire est à comprendre comme un rituel politique. Il fait partie, même sur un mode mineur, des cérémonies par lesquelles le pouvoir se manifeste."

    Cette intimidation, qui est aussi une surveillance de la société, fait de la justice un organe de pouvoir qui a la vocation d’être démonstratif. Claire rappelle qu’en France les exécutions ont été longtemps publiques jusque tard au cours du XXème siècle. Au XVIIIème siècle, un témoin rapporte qu’en Angleterre la pendaison de deux individus fut l’occasion d’une fête et d’une orgie épouvantable entraînant une centaine de morts ! En France, plus près de chez nous, les citoyens se délectaient tant de la guillotine que le pouvoir décida au milieu du XXème siècle de ne plus faire les exécutions que dans l’enceinte des prisons, au petit matin. Mais même avec ces précautions, des témoins se rassemblaient aux alentours pour se repaître du bruit de la lame de la guillotine ! 

    foucault,hume,aristote,pascal,montesquieu,tocqueville,camus,hobbes,rousseauFinalement, le choix de "rendre justice" dans une relative discrétion n’est pas dû à des motivation humanistes mais d’abord à des considérations d’ordre social : l’exécution publique doit être un moyen de sanctionner mais aussi d’intimider – dans la mesure où cela ne trouble pas l’ordre public. Cette intimidation, parfois spectaculaire (que l’on pense au long développement que fait Michel Foucault du supplice de Ravaillac), est aussi à voir comme une manière de prévenir et de surveiller. Ce qui explique que les tortures et exécutions publiques étaient censées être de véritables spectacles sensés marquer les esprits. La justice, dans ce cas, avait une autre motivation qu’infliger une peine méritée : elle entendait marquer sa présence et son pouvoir. 

    Comment punir "justement" ? Voilà une question posée et débattue au cours de cette séance. La justice, nous l’avons dit, entend apporter une réponse pacifique à un conflit qui pourrait présenter le risque de troubler l’ordre social (vengeances, vendettas, etc.). L’institution judiciaire se place d’emblée comme un pouvoir non seulement disciplinaire mais surtout idéal. Si "justice est faite", cela ne peut être que dans un consentement général obéissant strictement à des règles judiciaires gravées dans le marbre. Une justice parfaite serait donc incontestable. Tel n’est pas le cas. La justice applique le Droit mais ce Droit est complexe car subtil. Il peut être lu de différentes manières. Les avocats savent qu’en matière judiciaire, une décision est loin d’être l’affirmation d’une vérité d’airain mais plutôt l’interprétation de faits, de gestes et de mots grâce à l’habileté de professionnels, les avocats, passés maîtres dans l’art de traduire et d’interpréter les textes de loi.

    Une justice "juste" est-elle finalement possible ? Il semble que la frustration soit souvent au rendez-vous.

    Claire évoque Honk, le documentaire d’Arnaud Gaillard et Florent Vassault. Dans un pays comme les États-Unis, où la peine de mort est effective dans plusieurs États, il semble a priori que la parole des victimes meurtries par le décès d’un proche soit écoutée par la justice. La mise à mort du ou de la criminelle n’est-elle pas la démonstration que la "justice passe" avec efficacité et compréhension pour ceux qui ont fait les frais d’un crime ? Or, même si l’on omet de parler des motivations profondes de l’institution judiciaire – marquer les esprits, prévenir et intimider – il apparaît que l’élimination d’un individu dangereux pour la société est une voie sans issue. D’abord, les statistiques montrent que la peine capitale est loin d’être la panacée pour réduire la violence sociale ; elle est même contre-productive : les chiffres de la délinquance aux États-Unis le prouvent (cf. ce lien vers Amnesty International). Par ailleurs, le documentaire évoqué plus haut est remarquable en ce qu’il met en parallèle la famille de la victime et la famille du coupable qui sera exécuté. Dans une scène surréaliste – un échange de cigarettes – ces témoins de l’exécution du condamné se trouvent comme mis à égalité.

    foucault,hume,aristote,pascal,montesquieu,tocqueville,camus,hobbes,rousseauLorsque la justice entend régler pacifiquement un conflit, sa pondération peut apparaître au contraire pour la victime comme une clémence insupportable. Cette institution, par essence impartiale, perd dans ce cas son idéal de justice juste - du moins pour les victimes et/ou les familles de victimes. Mais il s’agit sans doute le prix à payer pour que la justice ne soit pas une machine inhumaine (cf. cet extrait de La Colonie pénitentiaire de Franz Kafka) mais une instance médiatrice et pacificatrice. Les faits divers, le cinéma ou la littérature sont riches de ces exemples de victimes se sentant frustrés et meurtris par ce qu’ils estiment le manque de zèle de l’institution judiciaire à "faire justice". Citons par exemple le film Les Sept Jours du Talion (cf. ce lien).

    La justice doit saisir l’ensemble des circonstances d’un fait, dit un participant. Comprendre tel ou tel événement c’est sans nul doute y apporter une compréhension subtile lorsqu’elle n’est pas dérangeante. Il peut paraître simple et efficace d’établir le jugement a priori d’un présumé coupable ; mais ce faisant c’est oublié les tenants et les aboutissants d’un délit. Expliquer et débattre des raisons d’un méfait c’est se placer en état de comprendre. Le tueur en série Guy George, auteur de crimes épouvantables, n’affirmait-il pas que la société était le premier responsable de ses méfaits ? Cela n’obère pas ses actes d’une très grande gravité mais cela permet de les placer dans un certain contexte.

    Se pose dès lors la question de la violence institutionnalisée. Il est rappelé que pendant des siècles que la justice – ou plutôt les justices, comme le rappelle Blaise Pascal – a été créée par la nécessité sociale de pacifier des conflits potentiellement violents.

    foucault,hume,aristote,pascal,montesquieu,tocqueville,camus,hobbes,rousseauOr, la justice, du moins dans notre pays, a très tôt été non pas le bras armé du pouvoir mais une instance indépendante, un pouvoir à part entière comme le rappelle Alexis de Tocqueville dans ce texte. Cette séparation des pouvoir, chère à Montesquieu (cf. lien vers texte), a été une réalité, y compris sous l’Ancien Régime. De là, loin d’être l’instrument aveugle du pouvoir régalien de punir, la justice a dans les gènes ce caractère de violence légale et institutionnalisée. Cette violence légale peut s’avérer tragique, à l’instar des supplices et exécutions publiques évoquées plus haut ; mais elle apparaît aussi nécessaire pour que "justice soit faite". Mais il s’agit dans ce cas d’une violence qui doit être mesurée et appliquée avec discernement. Comme le rappelle David Hume, "La justice sans la force est impuissante; la force sans la justice est tyrannique."

    La violence est-elle absente de la justice moderne ? Certes non car elle fait partie, nous l’avons dit, des attributs nécessaires à son application. Dans notre pays, la sanction la plus lourde pour punir les crimes les plus graves n’est plus le supplice ou la condamnation à mort mais l’enfermement.

    Le débat s’arrête longtemps sur le système carcéral, abondamment critiqué et… jugé par les participants. La prison apparaît nécessaire en ce qu’elle permet d’isoler un individu considéré comme dangereux pour la communauté et la société. Or, la prison est une "invention récente", rappelle Bruno (Michel Foucault). Certes, le système carcéral existait sous l’Ancien Régime, mais il a été systématisé par les institutions judiciaires à l’époque moderne, en remplacement des supplices et des exécutions publiques. Enfermer plutôt que faire souffrir et tuer est au centre de l’action punitive publique. Enfermer un individu n’est pourtant pas le "guérir", est-il dit en cours de séance. Si tant est que l’on parle de guérison, c’est la société prise dans son ensemble qui fait de l’isolement des individus malfaisants un acte thaumaturge. Un isolement vain, réagissent plusieurs participants, tant il est vrai que la prison apparaît indéniablement comme "une école du crime" : "Des jeunes y entrent des fauves en sortent" comme le rappelait Guy Gilbert dans son récit éponyme. La fabrication de la délinquance à l’intérieur du vase clos de la prison n’est-elle pas la preuve de son inefficacité ? Non, répond Michel Foucault dans Surveiller et Punir : en rendant possible le développement de la délinquance en vase clos, la prison permet le "maintien de la délinquance [entre ses murs],[l’] induction de la récidive, [la] transformation de l’infracteur d’occasion en délinquant d’habitude, [l’]organisation d’un milieu fermé de délinquance". En somme, la prison réussit là où elle semble avoir échoué !

    foucault,hume,aristote,pascal,montesquieu,tocqueville,camus,hobbes,rousseauVoilà tout le paradoxe de cette prison abhorrée et pourtant rendue indispensable par une institution judiciaire qui tient à garder intacte cette arme puissante ! Est-ce à dire que la prison est appelée à rester pérenne dans les siècles à venir ? Pourrait-il y avoir d’autres outils et des instruments dont la justice pourrait se servir dans le cadre de ses fonctions ? Il paraît utopique d’imaginer une institution judiciaire capable de surveiller et de punir avec efficacité et prescience, à l’image du film (et de la nouvelle de Philip K. Dick) Minority Report (cf. ce lien) : une justice non seulement capable de surveiller mais aussi de prévoir et d’empêcher un crime avant qu’il ait lieu paraît illusoire. Par contre, dit un participant du café philo, il n’est sans doute pas absurde de parier qu’un vaste arsenal cœrcitif puisse participer aux missions de la justice. Le monde a vu la lente disparition – certes pas intégralement et pas dans tous les pays – des peines infamantes et contraires aux droits de l’homme (supplices, tortures, peines de mort) ; pourquoi ne pas imaginer la fin plus ou moins lointaine de la prison ? Ne pourrait-on pas imaginer des substituts remplissant aussi bien les rôles de la justice : punir, surveiller et prévenir (ou guérir) ? Les bracelets électroniques et les résidences à domicile ne pourraient-elles pas être des solutions ? La prison pourrait co-exister comme outil d’isolement des individus les plus dangereux, à savoir ceux que l’on ne peut amender durablement mais elle ne serait qu’un ultime recours.

    Finalement, guérir n’est-ce pas cela : amender et réintégrer ? Donner une nouvelle chance après un acte délictueux que la justice aura analysé, compris puis puni ? La justice, indéniablement, doit proposer une porte de sortie et une issue à un individu qu’elle aura sanctionné, sans quoi elle se limite à ce rôle de puissance aveugle qui est souvent authentifiée avec celle des trois singes – le muet, l’aveugle et le sourd. Et avant de sévir impitoyablement, la justice ne doit-elle pas également user de son pouvoir de médiation, évoquée en tout début de débat.

    foucault,hume,aristote,pascal,montesquieu,tocqueville,camus,hobbes,rousseauEn conclusion de cette première séance de la saison, Bruno souhaite donner le mot de la fin à Foucault, largement cité en cours de soirée. Celui-ci a évoqué dans un texte rare (cf. lien) comment devait être appréhendée la justice. Alors que l’institution judiciaire a été considérée pendant des siècles comme un "Léviathan" (Hobbes) et une puissance aveugle, il appartient que le Droit devienne aujourd’hui la "chose des citoyens". Michel Foucault appelle chacun à se défendre, une expression qui peut prêter à confusion et que "l’archéologue du savoir" explique : "Se défendre ne veut pas dire s’auto défendre. "L’auto-défense, c’est vouloir se faire justice soi-même, c’est-à-dire s’identifier à une instance de pouvoir et prolonger de son propre chef leurs actions. Se défendre, au contraire, c’est refuser de jouer le jeu des instances de pouvoir et se servir du droit pour limiter leurs actions."   

    La séance se termine par le vote du sujet pour la séance du vendredi 8 novembre 2013, toujours à la Brasserie du centre commercial de la Chaussée. Trois sujets sont mis au vote : "Comment devient-on femme aujourd’hui ?", "L’histoire a-t-elle un sens ?" et "Qu'est-ce que l'amitié ?" C’est ce dernier sujet qui est élu. 

    Claire et Bruno annonce également le café philosophique qui suivra. Il aura lieu le vendredi 29 novembre 2013 à 19 heures. Ce sera pour la première fois un café philo décentralisé car il se déroulera à Amilly, dans la galerie d’art de l’Ag-Art. Le sujet de ce café philosophique aura pour titre : "Un bon artiste est-il le Surhomme ?"Plus d'informations sur ce lien.

    En attendant, rendez-vous est pris pour le 8 novembre 2013 pour une séance qui portera sur l’amitié : "Qu'est-ce que l'amitié ?"

    Philo-galerie

    Les illustrations de ce compte-rendu (hormis la peinture de Max Ernst, "La Vierge corrigeant l'Enfant Jésus devant trois témoins") viennent d'une série de dessins d'Honoré Daumier consacrés aux tribunaux. 


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  • JEAN DE LA FONTAINE : "LES DEUX AMIS"

    "Deux vrais amis vivaient au Monomotapa :

    L'un ne possédait rien qui n'appartînt à l'autre :

         Les amis de ce pays-là

         Valent bien dit-on ceux du nôtre.

    Une nuit que chacun s'occupait au sommeil,

    Et mettait à profit l'absence du Soleil,

    Un de nos deux Amis sort du lit en alarme :

    Il court chez son intime, éveille les valets :

    Morphée avait touché le seuil de ce palais.

    L'Ami couché s'étonne, il prend sa bourse, il s'arme; 

    Vient trouver l'autre, et dit : Il vous arrive peu

    De courir quand on dort ; vous me paraissiez homme

    A mieux user du temps destiné pour le somme : 

    N'auriez-vous point perdu tout votre argent au jeu ?

    En voici. S'il vous est venu quelque querelle,

    J'ai mon épée, allons. Vous ennuyez-vous point

    De coucher toujours seul ? Une esclave assez belle

    Était à mes côtés : voulez-vous qu'on l'appelle ?

    - Non, dit l'ami, ce n'est ni l'un ni l'autre point :

         Je vous rends grâce de ce zèle.

    Vous m'êtes en dormant un peu triste apparu ;

    J'ai craint qu'il ne fût vrai, je suis vite accouru.

         Ce maudit songe en est la cause.

    Qui d'eux aimait le mieux, que t'en semble, Lecteur ?

    Cette difficulté vaut bien qu'on la propose.

    Qu'un ami véritable est une douce chose.

    Il cherche vos besoins au fond de votre cœur;

         Il vous épargne la pudeur

         De les lui découvrir vous-même.

         Un songe, un rien, tout lui fait peur

         Quand il s'agit de ce qu'on aime.

     

    Jean de La Fontaine, Fables, VIII (1678)

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  • L'AMITIÉ POUR ALEXANDRE DUMAS

    "Certes, c’était quelque chose que de savoir La Mole vivant ; c’était beaucoup que d’être toujours le préféré de Madame de Nevers, la plus rieuse et la plus fantasque de toutes les femmes. Mais tout le bonheur de ce tête-à-tête que la belle duchesse lui accordait (…) ne valait point aux yeux du Piémontais une heure passée avec La Mole chez l’ami La Hurlière devant un pot de vin doux, ou bien une de ces courses dévergondées faites dans tous ces endroits de Paris où un honnête gentilhomme pouvait attraper des accrocs à sa peau, à sa bourse ou à son habit...

    margot.jpg"Ecoutez, chère amie, vous m’allez encore persécuter à l’endroit de ce pauvre La Mole ; eh bien, vous aurez tort : car enfin l’amitié, voyez-vous… Je voudrais avoir son esprit ou sa science, à ce pauvre ami ; je trouverais quelque comparaison qui vous ferait palper ma pensée… L’amitié, voyez-vous, c’est une étoile, tandis que l’amour… l’amour… eh bien je la tiens, la comparaison… l’amour n’est qu’une bougie. Vous me direz qu’il y en a de plusieurs espèces(…) la rose, par exemple… va pour la rose… c’est la meilleure ; mais toute rose qu’elle est, la bougie s’use, tandis que l’étoile brille toujours. A cela vous me répondrez que quand la bougie est usée on en met une autre dans le flambeau…

    - Vous me le préférez, c’est indigne, s’écrie-t-elle (…) Annibal, je vous préviens que si vous me préférez quelque chose au monde…

    - Henriette, la plus belle des duchesses ! Pour votre propre tranquillité, croyez-moi, ne me faites point de questions indiscrètes. Je vous aime plus que toutes les femmes, mais j’aime La Mole plus que tous les hommes."

    Alexandre Dumas, La Reine Margot (1845)

     

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  • L'AGART PRÉSENTE : LA SÉANCE DU CAFÉ PHILO DU 29 NOVEMBRE 2013

    La galerie d'art de l'AGART d'Amilly propose la séance du café philosophique de Montargis le 29 novembre 2013 dans ses locaux.

    Pour en savoir plus, cliquez sur l'image ci-dessous.

    ag art page du site.JPG

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  • LE CAFÉ PHILOSOPHIQUE DE MONTARGIS SE DÉPLACE A LA GALERIE D'ART DE L'AGART LE 29 NOVEMBRE 2013

    carton-recouvrement-2.jpgNotez-biens sur vos agendas que le vendredi 29 novembre 2013, le café philosophique de Montargis proposera une séance décentralisée à la galerie d'art de l'AGART à Amilly pour un débat qui sera intitulé : "Un bon artiste est-il le Surhomme ?"

    Plus d'infos sur ce lien

    Contacts de l'AGART

    35, rue Raymond Tellier, 45200, Amilly. Tél. : 07 81 27 36 26 ou 02 38 85 79 09
    Adresse mail :
    contact@galerieagart.com.
    Site Internet : 
    http://www.galerieagart.com.

      

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