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  • L'ILIADE : PATROCLE, L'AMI PARTI

    Achille-se-lamentant-sur-la-mort-de-Patrocle-Gavin-Hamilton-1760.jpg"- Pourquoi pleurer, ô mon fils ? quelle douleur s’est emparée de ton âme ? Parle, ne me cache rien ; tout pour toi fut accompli par Zeus, lorsque autrefois tu le supplias, les mains élevées, de repousser vers leurs navires les enfants des Grecs, privés de ton secours, et de les accabler de maux.

    - Ô ma mère ! lui répond Achille en soupirant, oui sans doute le roi de l’Olympe a tout accompli pour moi ; mais de quel prix cela m’est-il, puisque mon ami fidèle à péri, Patrocle, que j’honorais le plus de tous mes compagnons, et à l’égal de ma propre tête ! Je l’ai perdu ; Hector après l’avoir immolé, l’a dépouillé de ses armes terribles, prodigieuses, riche présent que les dieux firent à Pélée, au jour où ils placèrent dans votre lit un homme pour époux. Ah ! plût au ciel que vous eussiez habité toujours avec les divinités des mers, et que Pélée eût pris une épouse mortelle ! Car maintenant une douleur profonde va remplir votre âme, par la mort de votre fils, que vous ne recevrez point à son retour dans les demeures paternelles. Non : mon désir n’est plus de vivre, de rester parmi les hommes, à moins qu’Hector, le premier de tous, frappé par ma lance, ne perde le jour et n’expie la mort du fils de Ménétios."

    Homère, Iliade, XVIII

     

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  • SERGE LAMA : "MON AMI, MON MAÎTRE"

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  • MONTAIGNE : "PARCE QUE C’ÉTAIT LUI PARCE QUE C’ÉTAIT MOI"

    "Au demeurant, ce que nous appelons ordinairement amis et amitiés, ce ne sont qu'accointances et familiarités nouées par quelque occasion ou commodité, par le moyen de laquelle nos âmes s'entretiennent. En l'amitié de quoi je parle, elles se mêlent et confondent l'une en l'autre, d'un mélange si universel qu'elles effacent et ne retrouvent plus la couture qui les a jointes. Si on me presse de dire pourquoi je l'aimais, je sens que cela ne se peut exprimer, qu'en répondant : "Parce que c'était lui, parce que c'était moi."

    montaigne-boétie.jpgIl y a, au-delà de tout mon discours, et de ce que j'en puis dire particulièrement, ne sais quelle force inexplicable et fatale, médiatrice de cette union. Nous nous cherchions avant que de nous être vus, et par des rapports que nous oyions l'un de l'autre, qui faisaient en notre affection plus d'effort que ne porte la raison des rapports, je crois par quelque ordonnance du ciel ; nous nous embrassions par nos noms. Et à notre première rencontre, qui fut par hasard en une grande fête et compagnie de ville, nous nous trouvâmes si pris, si connus, si obligés entre nous, que rien dès lors ne nous fut si proche que l'un à l'autre. Il écrivit une satire latine excellente, qui est publiée, par laquelle il excuse et explique la précipitation de notre intelligence, si promptement parvenue à sa perfection. Ayant si peu à durer, et ayant si tard commencé, car nous étions tous deux hommes faits, et lui plus de quelques années, elle n'avait point à perdre de temps et à se régler au patron des amitiés molles et régulières, auxquelles il faut tant de précautions de longue et préalable conversation. Celle-ci n'a point d'autre idée que d'elle-même, et ne se peut rapporter qu'à soi. Ce n'est pas une spéciale considération, ni deux, ni trois, ni quatre, ni mille : c'est je ne sais quelle quintessence de tout ce mélange, qui ayant saisi toute ma volonté, l'amena se plonger et se perdre dans la sienne ; qui, ayant saisi toute sa volonté, l'amena se plonger et se perdre en la mienne, d'une faim, d'une concurrence pareille. Je dis perdre, à la vérité, ne nous réservant rien qui nous fût propre, ni qui fût ou sien, ou mien."

    Montaigne, Essais, I

     

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  • MERCI AUX PARTICIPANTS DE LA SÉANCE DU 27 SEPTEMBRE 2013

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    Le café philosophique de Montargis réunissait pour sa séance du 27 septembre environ 70 personnes. Le débat s'intitulait : "Justice : surveiller, punir ou guérir ?"

    Claire et Bruno tiennent à remercier les personnes présentes. Bientôt, sur ce site, vous retrouverez comme d'habitude le compte-rendu de cette séance.

    Il s'agissait de la première séance de cette saison 5. 

    La prochaine séance du café philosophique de Montargis aura lieu le vendredi 8 novembre 2013 à la Brasserie du Centre commercial de la Chaussée pour un débat intitulé : "Qu'est-ce que l'amitié ?"

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  • PREMIÈRE SÉANCE DE LA SAISON 5 : "JUSTICE : SURVEILLER, PUNIR OU GUÉRIR ?"

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    La prochaine séance du café philosophique de Montargis aura lieu le vendredi 27 septembre 2013 à 19H à la Brasserie du Centre commercial de la Chaussée. Il s'agira du premier débat de la saison 5 du Café philosophique de Montargis.

    Le débat sera intitulé : "Justice : surveiller, punir ou guérir ?"

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  • PROJET DE LOI TAUBIRA : DES POINTS QUI FONT POLÉMIQUE

    L'encre n'est pas encore sèche que déjà les critiques pleuvent sur le projet de réforme pénale qui sera bientôt examiné par le Parlement. Le Point.fr s'est procuré une copie du texte (à lire ici) et lève le voile sur ces dispositions qui risquent de faire controverse.

    L'article 12 est sans doute celui qui prête le plus à polémique. Si la loi est votée, les collectivités devront "garantir l'accès effectif des personnes condamnées aux droits sociaux". En clair, communes et départements auraient obligation d'octroyer aux délinquants passés par la case justice des aides sociales comme le RSA ainsi que des coups de pouce à l'emploi ou au logement...

    LA SUITE ICI...

     

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  • TOCQUEVILLE : "QUE LA JUSTICE ADMINISTRATIVE ET LA GARANTIE DES FONCTIONNAIRES SONT DES INSTITUTIONS DE L'ANCIEN RÉGIME"

    Tocqueville.jpg"Il n’y avait pas de pays en Europe où les tribunaux ordinaires dépendissent moins du gouvernement qu'en France; mais il n'y en avait guère non plus où les tribunaux exceptionnels fussent plus en usage. Ces deux choses se tenaient de plus près qu'on ne se l'imagine. Comme le roi n'y pouvait presque rien sur le sort des juges; qu'il ne pouvait ni les révoquer, ni les changer de lieu, ni même le plus souvent les élever en grade; qu'en un mot il ne les tenait ni par ambition ni par la peur, il s'était bientôt senti gêné par cette indépendance. Cela l'avait porté, plus que nulle part ailleurs, à leur soustraire la connaissance des affaires qui intéressaient directement son pouvoir, et à créer pour son usage particulier, à côté d’eux, une espèce de tribunal plus indépendant, qui présentât à ses sujets quelque apparence de la justice, sans lui en faire craindre la réalité.

    Dans les pays, comme certaines parties de l'Allemagne, où les tribunaux ordinaires n'avaient jamais été aussi indépendants du gouvernement que les tribunaux français d'alors, pareille précaution ne fut pas prise et la justice administrative n’exista jamais. Le prince s’y trouvait assez maître des juges pour n'avoir pas besoin de commissaires. Si l'on veut bien lire les édits et déclarations du roi publiés dans le dernier siècle de la monarchie, aussi bien que les arrêts du conseil rendus dans ce même temps, on en trouvera peu où le gouvernement, après avoir pris une mesure, ait omis de dire que les contestations auxquelles elle peut donner lieu, et les procès qui peuvent en naître, seront exclusivement portés devant les intendants et devant le conseil. " Ordonne en outre Sa Majesté que toutes les contestations qui pourront survenir sur l'exécution du présent arrêt, circonstances et dépendances, seront portées devant l'intendant, pour être jugées par lui, sauf appel au conseil. Défendons à nos cours et tribunaux d'en prendre connaissance. " C'est la formule ordinaire."

    Alexis de Tocqueville, L'Ancien Régime et la Révolution, II (1856)

     

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  • "LES SEPT JOURS DU TALION"

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  • NOTRE PROCHAIN DÉBAT : "JUSTICE : SURVEILLER, PUNIR OU GUÉRIR ?"

    Ernst La vierge corrigeant l'enfant Jésus devant trois témoins.jpgLe café philosophique de Montargis reprend le vendredi 27 septembre à 19 heures, toujours accueilli chaleureusement par la brasserie du Centre Commercial de La Chaussée.

    Il sera alors question de s'interroger sur un sujet qui fait l'actualité : "Justice : surveiller, punir ou guérir ?"

    A l'heure où la peine de probation de notre Garde des Sceaux fait débat, revenir sur les fondements et les finalités de la justice, en cette rentrée, semble intéressant. Que doit viser notre système judiciaire ? Peut-on et doit-on continuer de lui faire confiance ? Quel est son rôle ?

    Autant de questions, et bien d'autres, auxquelles les participants du café philo auront sans doute à se confronter, le vendredi 27 septembre 2013, à 19 h, à la brasserie du Centre Commercial de La Chaussée.

    Participation libre et gratuite.

     

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  • THOMAS HOBBES : LÉVIATHAN

    "On trouve dans la nature humaine trois causes principales de conflit : premièrement, la compétition ; deuxièmement, la défiance, troisièmement, la gloire...

    leviathan.jpgPar cela il est manifeste que pendant ce temps où les humains vivent sans qu’une puissance commune ne leur impose à tous un respect mêlé d’effroi, leur condition est ce qu’on appelle la guerre ; et celle-ci est telle qu’elle est une guerre de chacun contre chacun...

    Incidemment, on peut penser qu’il n’y eut jamais un temps comme celui-ci, non plus qu’un semblable état de guerre...

    Ceci aussi est une conséquence de cette guerre de chacun contre chacun : que rien ne peut être injuste. Les notions du bon et du mauvais, de juste et de l’injuste n’ont pas leur place ici. Là où n’existe aucune puissance commune, il n’y a pas de loi ; là où il n’y a pas de loi, rien n’est injuste. En temps de guerre, la force et la tromperie sont les vertus cardinales. Justice et injustice ne sont aucunement des facultés du corps ou de l’esprit. Si elles l’étaient, ce serait celles d’un humain seul au monde, comme le sont ses sensations et ses passions. Ce sont des qualités relatives à l’humain en société, non à l’humain solitaire. C’est aussi une conséquence de ce même état qu’il n’y a ni propriété, ni pouvoir, ni distinction du tien et du mien, et que ce qui peut appartenir à chacun, c’est ce qu’il peut obtenir et conserver aussi longtemps qu’il le pourra. Tel est donc le misérable état du genre humain dans lequel il se trouve par nature ; il lui est pourtant possible d’en sortir, pour une part par les passions et, pour une autre part, par sa raison.

    Les passions qui poussent les humains à la paix sont la peur de la mort, le désir des choses nécessaires à une existence confortable, et l’espoir de les obtenir par leur activité. La raison suggère les articles de paix adéquats, sur lesquels ils se mettent d’accord. Ces articles sont ceux qu’on appelle encore lois de nature."

    Thomas Hobbes, Léviathan, XIII (1668)

     

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  • PASCAL ET LA JUSTICE : "CETTE BELLE RAISON CORROMPUE A TOUT CORROMPU..."

    "Sur quoi la fonderait-il, l’économie du monde qu’il veut gouverner ? Serait-ce sur le caprice de chaque particulier ? quelle confusion ! Sera-ce sur la justice ? il l’ignore.

    pascalCertainement s’il la connaissait, il n’aurait pas établi cette maxime, la plus générale de toutes celles qui sont parmi les hommes, que chacun suive les mœurs de son pays ; l’éclat de la véritable équité aurait assujetti tous les peuples, et les législateurs n’auraient pas pris pour modèle , au lieu de cette justice constante , les fantaisies et les caprices des Perses et Allemands. On la verrait plantée par tous les Etats du monde et dans tous les temps, au lieu qu’on ne voit rien de juste ou d’injuste qui ne change de qualité en changeant de climat. Trois degrés d’élévation du pôle renversent toute la jurisprudence, un méridien décide de la vérité ; en peu d’années de possession, les lois fondamentales changent ; le droit a ses époques... Plaisante justice qu’une rivière borne ! Vérité au-deçà des Pyrénées, erreur au-delà.

    Ils confessent que la justice n’est pas dans ces coutumes, mais qu’elle réside dans les lois naturelles, connues en tout pays. Certainement ils le soutiendraient opiniâtrement, si la témérité du hasard qui a semé les lois humaines en avait rencontré au moins une qui fût universelle ; mais la plaisanterie est telle, que le caprice des hommes s’est si bien diversifié, qu’il n’y en a point.

    Le larcin, le meurtre des enfants et des pères, tout a eu sa place entre les actions vertueuses. Se peut-il rien de plus plaisant, qu’un homme ait droit de me tuer parce qu’il demeure au delà de l’eau, et que son prince a querelle contre le mien, quoique je n’en aie aucune avec lui ?

    Il y a sans doute des lois naturelles ; mais cette belle raison corrompue a tout corrompu...

    De cette confusion arrive que l’un dit que l’essence de la justice c’est l’autorité du législateur, l’autre la commodité du souverain, l’autre la coutume présente ; et c’est le plus sûr : rien, suivant la seule raison, n’est juste de soi ; tout branle avec le temps. La coutume fait l’équité, par cette seule raison qu’elle est reçue ; c’est le fondement mystique de son autorité. Qui la ramène à son principe, l’anéantit."

    Blaise PascalPensées, 294 (+1669)


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  • SPINOZA : DU DROIT NATUREL

    Spinoza.jpg"Par Droit et Institution de la Nature, je n’entends autre chose que les règles de la nature de chaque individu, règles suivant lesquelles nous concevons chaque être comme déterminé à exister et à se comporter d’une certaine manière. Par exemple, les poissons sont déterminés par la Nature à nager, les grands poissons à manger les petits ; par suite, les poissons jouissent de l’eau, et les grands mangent les petits en vertu d’un droit naturel souverain. Il est certain en effet que la Nature considérée absolument a un droit souverain sur tout ce qui est en son pouvoir, c’est-à-dire que le Droit de la Nature s’étend aussi loin que s’étend sa puissance ; car la puissance de la Nature est la puissance même de Dieu qui a sur toutes choses un droit souverain. Mais la puissance universelle de la Nature entière n’étant rien en dehors de la puissance de tous les individus pris ensemble, il suit de là que chaque individu a un droit souverain sur tout ce qui est en son pouvoir, autrement dit que le droit de chacun s’étend jusqu’où s’étend la puissance déterminée qui lui appartient. Et la loi suprême de la Nature étant que chaque chose s’efforce de persévérer dans son état, autant qu’il est en elle, et cela sans tenir aucun compte d’autre chose, mais seulement d’elle-même, il suit que chaque individu a un droit souverain de persévérer dans son état, c’est-à-dire d’exister et de se comporter comme il est naturellement déterminé à le faire."

    Baruch Spinoza, Traité théologico-politique (1670)

     
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  • ROUSSEAU : L'ORIGINE ET LES PROGRÈS DE L'INÉGALITÉ

    "Je conçois dans l’espèce humaine deux sortes d’inégalités ; l’une que j’appelle naturelle ou physique, parce qu’elle est établie par la nature, et qui consiste dans la différence des âges, de la santé, des forces du corps, et des qualités de l’esprit, ou de l’âme, l’autre qu’on peut appeler inégalité morale, ou politique, parce qu’elle dépend d’une sorte de convention, et qu’elle est établie, ou du moins autorisée par le consentement des hommes. Celle–ci consiste dans les différents privilèges, dont quelque-uns jouissent, au préjudice des autres, comme d’être plus riches, plus honorés, plus puissants qu’eux, ou même de s’en faire obéir.

    Jean-Jacques_Rousseau.jpgOn ne peut pas demander quelle est la source de l’inégalité naturelle, parce que la réponse se trouverait énoncée dans la simple définition du mot. On peut encore moins chercher s’il n’y aurait point quelque liaison essentielle entre les deux inégalités ; car ce serait demander, en d’autres termes, si ceux qui commandent valent nécessairement mieux que ceux qui obéissent, et si la force du corps ou de l’esprit, la sagesse ou la vertu, se trouvent toujours dans les mêmes individus, en proportion de la puissance, et de la richesse : question bonne peut-être à agiter entre les esclaves entendus de leurs maîtres, mais qui ne convient pas à des hommes raisonnables et libres, qui cherchent la vérité.

    De quoi s’agit-il précisément dans ce Discours ? De marquer dans le progrès des choses le moment où le droit succédant à la violence, la nature fut soumise à la loi ; d’expliquer par quel enchaînement de prodiges le fort put se résoudre à servir le faible, et le peuple à acheter un repos en idée, au prix d’une félicité réelle.

    C’est le seul esprit de la société et l’inégalité qu’elle engendre qui changent et altèrent ainsi toutes nos inclinations naturelles.

    J’ai tâché d’exposer l’origine et le progrès de l’inégalité, l’établissement et l’abus des sociétés politiques, autant que ces choses peuvent se déduire de la nature de l’homme par les seules lumières de la raison, et indépendamment des dogmes sacrés qui donnent à l’autorité souveraine la sanction du droit divin. Il suit de cet exposé que l’inégalité, étant presque nulle dans l’état de nature, tire sa force et son accroissement du développement de nos facultés et des progrès de l’esprit humain et devient enfin stable et légitime par l’établissement de la propriété et des lois. Il suit encore que l’inégalité morale, autorisée par le seul droit positif, est contraire au droit naturel, toutes les fois qu’elle ne concourt pas en même proportion avec l’inégalité physique ; distinctions qui déterminent suffisamment ce qu’on doit penser à cet égard de la sorte d’inégalité qui règne parmi tous les peuples policés ; puisqu’il est manifestement contre la loi de la nature, de quelque manière qu’on la définisse, qu’un enfant commande à un vieillard, qu’un imbécile conduise un homme sage et qu’une poignée de gens regorgent de superfluités, tandis que la multitude affamée du nécessaire."

    Jean-Jacques Rousseau, Discours sur l'Origine et les Fondements de l’Inégalité parmi les Hommes (1755)

     

     
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