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  • COUP DE PROJECTEUR SUR LE MARCHÉ DES ARTS ET DE LA CULTURE, LE 5 MAI 2013

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  • STENDHAL : "LE ROUGE ET LE NOIR"

    "A six heures, le marquis le fit demander, il regarda avec une peine évidente les bottes de Julien : J'ai un tort à me reprocher, je ne vous ai pas dit que tous les jours à cinq heures et demie, il faut vous habiller.

    le_rouge_et_le_noir_1954,0.jpgJulien le regardait sans comprendre.

    — Je veux dire mettre des bas. Arsène vous en fera souvenir ; aujourd'hui je ferai vos excuses.

    En achevant ces mots, M. de La Mole faisait passer Julien dans un salon resplendissant de dorures. Dans les occasions semblables, M. de Rênal ne manquait jamais de doubler le pas pour avoir l'avantage de passer le premier à la porte. La petite vanité de son ancien patron fit que Julien marcha sur les pieds du marquis, et lui fit beaucoup de mal à cause de sa goutte. Ah ! il est balourd par-dessus le marché, se dit celui-ci. Il le présenta à une femme de haute taille et d'un aspect imposant. C'était la marquise. Julien lui trouva l'air impertinent, un peu comme Mme de Maugiron, la sous-préfète de l'arrondissement de Verrières, quand elle assistait au dîner de la saint Charles. Un peu troublé de l'extrême magnificence du salon, Julien n'entendit pas ce que disait M. de la Mole. La marquise daigna à peine le regarder. Il y avait quelques hommes parmi lesquels Julien reconnut avec un plaisir indicible le jeune évêque d'Agde, qui avait daigné lui parler quelques mois auparavant à la cérémonie de Bray-le-Haut. Ce jeune prélat fut effrayé sans doute des yeux tendres que fixait sur lui la timidité de Julien, et ne se soucia point de reconnaître ce provincial… 

    Les hommes réunis dans ce salon semblèrent à Julien avoir quelque chose de triste et de contraint ; on parle bas à Paris, et l'on n'exagère pas les petites choses.

    Un joli jeune homme, avec des moustaches, très pâle et très élancé, entra vers les six heures et demie ; il avait une tête fort petite.

    — Vous vous ferez toujours attendre, dit la marquise, à laquelle il baisait la main.

    Julien comprit que c'était le comte de La Mole. Il le trouva charmant dès le premier abord.

    Est-il possible, se dit-il, que ce soit là l'homme dont les plaisanteries offensantes doivent me chasser de cette maison !

    A force d'examiner le comte Norbert, Julien remarqua qu'il était en bottes et en éperons ; et moi je dois être en souliers apparemment comme inférieur. On se mit à table. Julien entendit la marquise qui disait un mot sévère, en élevant un peu la voix. Presque en même temps il aperçut une jeune personne extrêmement blonde et fort bien faite, qui vint s'asseoir vis-à-vis de lui. Elle ne lui plut cependant point ; en la regardant attentivement, il pensa qu'il n'avait jamais vu des yeux aussi beaux ; mais ils annonçaient une grande froideur d'âme. Par la suite, Julien trouva qu'ils avaient l'expression de l'ennemi qui examine, mais qui se souvient de l'obligation d'être imposant. Mme de Rênal avait cependant de bien beaux yeux, se disait-il, le monde lui en faisait compliment ; mais ils n'avaient rien de commun avec ceux-ci. Julien n'avait pas assez d'usage pour distinguer que c'était du feu de la saillie que brillaient de temps en temps les yeux de Mlle Mathilde, c'est ainsi qu'il l'entendit nommer. Quand les yeux de Mme de Rênal s'animaient, c'était du feu des passions, ou par l'effet d'une indignation généreuse au récit de quelque action méchante. Vers la fin du repas, Julien trouva un mot pour exprimer le genre de beauté des yeux de Mlle de la Mole : Ils sont scintillants, se dit-il. Du reste, elle ressemblait cruellement à sa mère, qui lui déplaisait de plus en plus, et il cessa de la regarder. En revanche, le comte Norbert lui semblait admirable de tous points. Julien était tellement séduit, qu'il n'eut pas l'idée d'en être jaloux et de le haïr, parce qu'il était plus riche et plus noble que lui."

    Stendhal, Le Rouge et le Noir (1830)

     

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  • PROCHAIN CAFÉ PHILOSOPHIQUE VENDREDI PROCHAIN : "L'AMOUR PEUT-IL SE PASSER DE NORMES ?"

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    Après le corps, l'amour sera au centre des discussions du prochain café philosophique de Montargis, le 3 mai 2013, à 19 heures, à la brasserie du Centre Commercial de La Chaussée. Le débat sera intitulé : "L’amour peut-il se passer de normes ?"


    L'amour est un sentiment maintes fois décliné, aux significations différentes voire contradictoires. Possède-t-il alors des règles ? L'amour se résume-t-il à un tendre attachement ou bien se retrouve-t-il dans les actes ? Le véritable amour, quel est-il ? D'une mère pour son enfant, de bénévolence, de concupiscence ? Quel rôle y joue l'être aimé ? Le choisit-on ? Nous "tombe"-t-il dessus ? 

    Alors, l'amour peut-il se passer de normes ? Telle sera la question qui sera débattue par les participants du prochain café philo, le vendredi 3 mai 2013, à 19 heures, à la Brasserie du Centre commercial de la Chaussée.

    Participation libre et gratuite.

     
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  • SAINT AUGUSTIN : AIMER ET ÊTRE AIMÉ

    amour,saint augustin"Je vins à Carthage, où bientôt j’entendis bouillir autour de moi la chaudière des sales amours. Je n’aimais pas encore, et j’aimais à aimer; et par une indigence secrète, je m’en voulais de n’être pas encore assez indigent. Je cherchais un objet à mon amour, aimant à aimer; et je haïssais ma sécurité, ma voie exempte de piéges. Mon coeur défaillait, vide de la nourriture intérieure, de vous-même, mon Dieu; et ce n’était pas de cette faim-là que je me sentais affamé ; je n’avais pas l’appétit des aliments incorruptibles: non que j’en fusse rassasié; je n’étais dégoûté que par inanition. Et mon âme était mal portante et couverte de plaies, et se jetant misérablement hors d’elle-même, elle mendiait ces vifs attouchements qui devaient envenimer son ulcère. C’est la vie que l’on aime dans les créatures aimer, être aimé m’était encore plus doux, quand la personne aimante se donnait toute à moi.

    Je souillais donc la source de l’amitié des ordures de la concupiscence; je couvrais sa sérénité du nuage infernal de la débauche. Hideux et infâme, dans la plénitude de ma vanité, je prétendais encore à l’urbanité élégante. Et je tombai dans l’amour où je désirais être pris, O mon Dieu, ô ma miséricorde, de quelle amertume votre, bonté a assaisonné ce miel! Je fus aimé, j’en vins aux liens secrets de la jouissance, et, joyeux, je m’enlaçais dans un réseau d’angoisses, pour être bientôt livré aux verges de fer brûlantes de la jalousie, des soupçons, des craintes, des colères et des querelles."

    Saint Augustin, Confessions, I (397-398)

     

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  • OVIDE : NARCISSE OU L'AMOUR DE SA PROPRE IMAGE

    narcisse.jpg"Je suis séduit, je vois, mais ce que je vois et qui me séduit, je ne puis le saisir ; si grande est l’erreur qui m’abuse dans mon amour. Et, pour ajouter encore à ma douleur, ni l’immensité de la mer ne nous sépare, ni une longue route, ni des mon­tagnes, ni des murailles aux portes closes : une mince couche d’eau est tout ce qui empêche notre union. Il aspire lui-même à mon étreinte ; car, chaque fois que j’ai tendu les lèvres à ces ondes limpides, lui, chaque fois, de sa bouche renversée, il a cherché à atteindre la mienne. On croirait qu’on peut le toucher, bien faible est l’ob­stacle entre nos ardeurs. Qui que tu sois, sors, viens ! Pourquoi, enfant sans pareil, te joues-tu de moi ? Quand je te cherche, quelle est ta retraite ? Certes, je ne suis ni d’un air ni d’un âge à te faire fuir ! Des nymphes m’ont aimé, moi aussi. Sur ton visage chéri tu me laisses lire je ne sais quel espoir, et, quand je te tends les bras, tu me les tends de ton côté ; à mon sourire répond ton sourire, et souvent aussi j’ai vu couler tes larmes quand j’en versais ; d’un signe de tête tu réponds aussi à mes signes ; et, autant que je le devine au mouvement de ta bouche charmante, tu me renvoies des mots qui n’arrivent pas à mes oreilles ! — Tu n’es autre que moi-même, je l’ai compris ; je ne suis plus dupe de ma propre image. C’est pour moi que je brûle d’amour, et cette ardeur, je la provoque à la fois et la ressens. Que faire ? Être sollicité ou solliciteur ? Et que solliciter désormais ? Ce que je désire, je le porte en moi-même, mon dénûment est venu de ma richesse. Oh ! si je pouvais me dissocier de mon propre corps ! Souhait insolite chez un amant, ce que j’aime, ce que j’aime, je voudrais en être séparé. Et voici que la douleur m’enlève mes forces ; il ne me reste plus longtemps à vivre et je m’éteins à la fleur de mon âge. Mais mourir ne m’est pas à charge, puisqu’en mourant je déposerai le fardeau de ma douleur. Pour celui qui est l’objet de ma tendresse, j’aurais souhaité une plus longue vie. Maintenant, tous deux, unis de cœur, nous exhalerons ensemble notre dernier souffle.é

    Ovide, Les Métamorphoses, III (v. 1 ap. JC)

     

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  • PLATON : LA FINALITÉ DE L'AMOUR

    "Quand donc un homme, qu'il soit porté pour les garçons ou pour les femmes, rencontre celui-là même qui est sa moitié, c'est un prodige que les transports de tendresse, de confiance et d'amour dont ils sont saisis; ils ne voudraient plus se séparer, ne fût-ce qu'un instant.

    arton2048 (1).jpgEt voilà des gens qui passent toute leur vie ensemble, sans pouvoir dire d'ailleurs ce qu'ils attendent l'un de l'autre; car il ne semble pas que ce soit le plaisir des sens qui leur fasse trouver tant de charme dans la compagnie l'un de l'autre. Il est évident que leur âme à tous deux désire autre chose, qu'elle ne peut pas dire, mais qu'elle devine et laisse deviner. Si pendant qu'ils sont couchés ensemble, Héphaïstos leur apparaissait avec ses outils et leur disait: " Hommes, que désirez-vous l'un de l'autre? " et si, les voyant embarrassés, il continuait: "L'objet de vos voeux n'est-il pas de vous rapprocher autant que possible l'un de l'autre, au point de ne vous quitter ni le jour ni la nuit? Si c'est là ce que vous désirez, je vais vous fondre et vous souder ensemble, de sorte que de deux vous ne fassiez plus qu'un, que jusqu'à la fin de vos jours vous meniez une vie commune, comme si vous n'étiez qu'un, et qu'après votre mort, là-bas, chez Hadès, vous ne soyez pas deux, mais un seul, étant morts d'une commune mort. Voyez si c'est là ce que vous désirez, et si en l'obtenant vous serez satisfaits". A une telle demande nous savons bien qu'aucun d'eux ne dirait non et ne témoignerait qu'il veut autre chose; ils croirait tout bonnement qu'il vient d'entendre exprimer ce qu'il désirait depuis longtemps, c'est-à-dire de se réunir et de se fondre avec l'objet aimé et de ne plus faire qu'un au lieu de deux.

    Et la raison en est que notre ancienne nature était telle et que nous étions un tout complet: c'est le désir et la poursuite de ce tout ce qui s'appelle amour..."

    Platon, Le Banquet (v. 385 av. JC)


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  • ALAIN BASHUNG : "VERTIGE DE L'AMOUR"

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  • "SONGE D'UNE NUIT D’ÉTÉ" DE SHAKESPEARE : LORSQUE LA PUBLICITÉ PARLE D'AMOUR

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  • FERDINAND ALQUIÉ : AIMER UN AUTRE QUE NOUS-MÊME ?

    "Peut-on dire [...] que la passion nous permette d'aimer un autre être que nous ? Il n'en est rien et, en aimant le passé, nous n'aimons que notre propre passé, seul objet de nos souvenirs. On ne saurait aimer le passé d'autrui ; par contre, l'amour peut se porter vers son avenir, et il le doit car, aimer vraiment, c'est vouloir le bien de l'être qu'on aime et l'on nepeut vouloir ce bien que dans le futur.

    amourTout amour passion, tout amour du passé, est donc illusion d'amour et, en fait, amour de soi-même. Il est désir de se retrouver, et non de se perdre ; d'assimiler autrui, et non de se donner à lui ; il est infantile, possessif et cruel, analogue à l'amour éprouvé pour la nourriture que l'on dévore et que l'on détruit en l'incorporant à soi-même. L'amour action suppose au contraire l'oubli de soi, et de ce que l'on fut ; il implique l'effort pour améliorer l'avenir de celui que l'on aime. Et si souvent l'aveuglement, et l'on ne sait quelle complaisance pour nos caprices nous font désirer d'être passionnément aimés, il n'en reste pas moins que celui qui est aimé ainsi sait confusément qu'il n'est pas l'objet véritable de l'amour qu'on lui porte ; il devine qu'il n'est que l'occasion, pour celui qui l'aime, d'évoquer quelque souvenir, et donc de s'aimer lui-même. A cette tristesse chez l'aimé correspond chez l'aimant quelque désespoir, car le passionné sent bien que sa conscience ne peut parvenir à sortir de soi, à atteindre une extériorité, à s'attacher à une autre personne.

    Ainsi s'explique que l'inconstance des passions coïncide souvent avec leur violence. La violence de la passion vient de ce que sa source est l'égoïsme, sentiment d'une grande force, et souffrant mal les obstacles. L'inconstance de la passion vient de ce que l'objet vers lequel elle se porte n'est jamais que symbolique et accidentel : en son essence, l'amour passion est un amour abstrait. Tiré du passé de l'amant, il peut convenir à tout ce qui, dans le présent, évoque ce passé, apparaît comme son image. Aussi le passionné aime-t-il, non l'être réel et présent qu'il dit aimer, mais ce qu'il symbolise. Dans les cas de demi-lucidité, il aime cette recherche même du passé dans le présent : il aime alors l'amour, ce qui n'est pas aimer."

    Ferdinand Alquié, Le désir d'Éternité (1943)


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  • FERDINAND ALQUIÉ : LES LIENS ENTRE L'AMOUR ET LE PASSÉ

    "Nul texte ne met mieux en lumière les liens qui unissent l'amour au passé que Sylvie de Gérard de Nerval. Au début de ce récit, Nerval nous fait part de son amour pour une actrice, Aurélie. Sortant d'une représentation où il est allé pour la voir, il se rend dans un cercle et, feuilletant un journal, y trouve une rubrique: "Fête du bouquet provincial", qui éveille en lui le souvenir de sa province. Ce souvenir le hante toute la nuit. Il se voit à une fête de village avec son amie Sylvie. Mais ce jour-là vint Adrienne, la petite fille des châtelains. Comme l'actrice, elle chanta, et devant un public. Comme l'actrice, elle était lointaine, refusée, parée, illuminée par les rayons de la lune comme par lès feux de la rampe... Et ce souvenir suffit à éclairer l'amour pour la cantatrice: "Tout m'était expliqué par ce souvenir à demi rêvé. Cet amour vague et sans espoir, conçu pour une femme de théâtre, qui, tous les soirs, me prenait à l'heure du spectacle pour ne me quitter qu'à l'heure du sommeil, avait son germe dans le souvenir d'Adrienne, fleur de la nuit éclose à la pâle clarté de la lune, fantôme rose et blond glissant sur l'herbe verte à demi baignée de blanches vapeurs."

    eros_pysche_cover.jpgDès lors Gérard de Nerval ne sait plus s'il aime Adrienne ou Aurélie. Sa passion oscille entre elles. Et comme si l'amour pour l'actrice, se sentant menacé par le souvenir d'Adrienne qui, le ramenant à sa source, risque de le détruire et de le dissiper, tentait, pour se sauver, d'identifier les deux images, Nerval se demande si Aurélie ne serait pas Adrienne. La passion est refus du temps: elle semble pressentir ici que la connaissance du temps sera sa perte. Elle affirme donc que le passé est présent encore, que l'actrice est la châtelaine. Mais la passion ne saurait triompher de la vérité. Gérard de Nerval amène Aurélie devant le château d'Adrienne, nulle émotion ne paraît en elle. Alors il lui raconte tout, lui dit "la source de cet amour entrevu dans les nuits, rêvé plus tard, réalisé en elle". Et Aurélie comprend et fait comprendre à Gérard de Nerval qu'il n'aime en elle que son passé.

    Ainsi le rêve des passions est vaincu par la connaissance des vérités temporelles. On comprend par là ce que sont l'erreur et l'inconscience passionnelles : la passion méconnaît le temps comme tel. Par elle, nous refusons de prendre conscience de ce que sera le futur, des conséquences de nos actions, de la réaction de nos tendances dans l'avenir. La passion se distingue ainsi de la volonté. Le volontaire parvient à se penser avec vérité dans le futur, il connaît assez ses tendances, leur profondeur et leur durée, pour savoir ce qui, plus tard, lui donnera le bonheur. Mais le passionné échoue en ses prévisions, il s'abuse sur lui-même... Par la passion, nous refusons aussi de connaître ce qu'est le présent. Les objets que la vie nous offre ne sont pour nous que des occasions de nous souvenir, ils deviennent les symboles de notre passé. Par là, ils se parent d'un prestige qui n'est pas le leur; par contre, nous refusons de percevoir ce qu'ils sont en eux-mêmes, de saisir la réalité des êtres qui, véritablement, sont là. Par la passion enfin, nous refusons de penser le passé comme tel, c'est-à-dire comme ce qui n'est plus. Nous affirmons qu'il n'est pas mort, qu'il nous est possible de le retrouver, nous le croyons présent encore. Par là, la passion est folie. Et c'est bien à la folie en effet que sera conduit Gérard de Nerval lorsque, renonçant à la précision des souvenirs qui rendent au passé ce qui lui appartient, il verra en Aurélie non ce qu'elle est, mais tout ce que son enfance a rêvé...

    Ici l'amour refuse le temps, affirme que le passé n'est pas mort, que l'absent est présent; il se trompe d'objet, se montre incapable de saisir les êtres dans leur actuelle particularité, dans leur essence individuelle. Il se souvient en croyant percevoir, il confond, il se berce de rêve, il forge la chimère de l'éternité".

    Ferdinand Alquié, Le désir d'Éternité (1943)

     

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  • GERARD DE NERVAL : "SYLVIE"

    "Tout m'était expliqué par ce souvenir à demi rêvé. Cet amour vague et sans espoir, conçu pour une femme de théâtre, qui tous les soirs me prenait à l'heure du spectacle, pour ne me quitter qu'à l'heure du sommeil, avait son germe dans le souvenir d'Adrienne, fleur de la nuit éclose à la pâle clarté de la lune, fantôme rose et blond glissant sur l'herbe verte à demi baignée de blanches vapeurs. − La ressemblance d'une figure oubliée depuis des années se dessinait désormais avec une netteté singulière; c'était un crayon estompé par le temps qui se faisait peinture, comme ces vieux croquis de maîtres admirés dans un musée, dont on retrouve ailleurs l'original éblouissant.

    220px-Félix_Nadar_1820-1910_portraits_Gérard_de_Nerval.jpgAimer une religieuse sous la forme d'une actrice !... et si c'était la même ! − Il y a de quoi devenir fou ! c'est un entraînement fatal où l'inconnu vous attire comme le feu follet fuyant sur les joncs d'une eau morte... Reprenons pied sur le réel.

    Et Sylvie que j'aimais tant, pourquoi l'ai-je oubliée depuis trois ans ?... C'était une bien jolie fille, et la plus belle de Loisy !

    Elle existe, elle, bonne et pure de cœur sans doute. Je revois sa fenêtre où le pampre s'enlace au rosier, la cage de fauvettes suspendue à gauche; j'entends le bruit de ses fuseaux sonores et sa chanson favorite :

    La belle était assise 

    Près du ruisseau coulant...

    Elle m'attend encore... Qui l'aurait épousée ? elle est si pauvre !"

    Gérard de Nerval, Sylvie (1854)

    Texte intégral sur ce lien


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  • SANS COMMENTAIRE

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  • ALAIN : QU'EST-CE-QUE L'AMOUR ?

    Couple_Rodin.jpg"Tout amour est de quelque chose que l'on n'a pas en soi. Aimer, c'est trouver sa richesse hors de soi, je dis sa richesse intime, non sa parure ; et comme c'est de soi qu'on aime, ce n'est pas soi qu'on peut aimer. On aime l'image de soi que se font les autres, en ce sens que cette image, si elle est aimable, rend la société agréable et sûre. Mais cette image n'est point moi ; aucun objet, aucune chose n'est moi. [...] Là-dessus aucune parure ne tient. Ce que je fais, cela seul est de moi ; mais en moi il n'en reste rien ; compter sur l'habitude et sur le talent c'est compter sur les autres ; il ne reste en moi que le courage ; mais encore faut-il le faire et le porter ; dès qu’il est objet, dès qu'on voudrait l'aimer, il n'est plus. Si le souvenir console un peu, il est une charge aussi, s'il est beau. J’ai pensé souvent à ce musicien qui, après quelques oeuvres de grande beauté, ne trouva plus rien de bon ; sans doute mit-il tout son génie à se condamner ; il mourut fou. Peut-être est-il sage de prendre un peu de vanité, mais sans s'y donner, comme on prend le soleil à sa porte."

    Alain, Éléments de Philosophie (1916)

     

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  • "SEPT ANS DE RÉFLEXION"

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