Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

  • ILS ONT DIT, AU SUJET DE L'AMOUR...

    Ces_couples_qu_on_dit_mal_assortis.jpg

    "Toute passion et toute action s’accompagnent logiquement de plaisir ou de peine." [Aristote]

    "Comment souffrir que la passion soit mise au même rang que la raison ?" [Sénèque]

    "La majesté et l'amour n'habitent pas la même demeure." [Ovide]

    "Celui qui se perd dans sa passion perd moins que celui qui perd sa passion." [Saint Augustin]

    "Lorsque nous sommes portés à aimer quelqu'un, sans que nous en sachions la cause, nous pouvons croire que cela vient de ce qu'il y a quelque chose en lui de semblable à ce qui a été dans un autre objet que nous avons aimé auparavant." [René Descartes]

    "L’amour est un tyran qui n’épargne personne." [Pierre Corneille]

    "L’amour est une joie qu’accompagne l’idée d’une cause extérieure." [Baruch Spinoza]

    "La passion est une existence primitive ou, si vous le voulez, un mode primitif d’existence." [David Hume]

    "Ce qu'on nomme passion n'est autre chose qu'un désir irrité par la contradiction." [Beaumarchais]

    " L'amour. C'est l'étoffe de la nature que l'imagination a brodée." [Voltaire]

    "C’est l’amour de nous-mêmes qui assiste l’amour des autres ; c’est par nos besoins mutuels que nous sommes utiles au genre humain. " [Voltaire]

    "La passion amoureuse ou un haut degré d'ambition ont changé des gens raisonnables en fous qui déraisonnent." [Emmanuel Kant]

    "C’est une chose différente que d’aimer ou que de jouir; la preuve en est qu’on aime tous les jours sans jouir, et qu’on jouit encore plus souvent sans aimer." [Marquis de Sade]

    "Je tâchais de tirer au fond de moi-même des motifs pour étouffer dans mon âme cette malheureuse passion qui la dévorait…mais l’amour est-il un mal dont on puisse guérir ?" [Marquis de Sade]

    "Le perfide Bressac ne me paraissait jamais plus aimable que quand j’avais réuni devant moi tout ce qui devait m’engager à le haïr." [Marquis de Sade]

    "L'amour est la seule passion qui se paie d'une monnaie qu'elle se fabrique elle-même. " [Stendhal]

    "On a plus perdu quand on a perdu sa passion que quand on s'est perdu dans sa passion." [Søren Kierkegaard]

    "Il a fallu que l’intelligence de l’homme fût obscurcie par l’amour pour qu’il ait appelé beau ce sexe de petite taille, aux épaules étroites, aux larges hanches et aux jambes courtes." [Arthur Schopenhauer]

    "Ne pouvant pas supprimer l'amour, l'Église a voulu au moins le désinfecter, et elle a fait le mariage." [Charles Baudelaire]

    "Il est plus facile de renoncer à une passion que de la maîtriser." [Friedrich Nietzsche]

    "On supporte moins aisément la passion que la maladie. Il y a toujours du remords et de l'épouvante dans la passion. [Alain]

    "Il ne faut point s’étonner si une femme indigne est aimée jusqu’à la fureur ; ce n’est point l’exception, c’est la règle." [Alain]

    "L'amour est un signe de notre misère. Dieu ne peut aimer que soi. Nous ne pouvons aimer qu'autre chose." [Simone Weil]

    "Ah ! la grande amour, ça vient, on ne sait pas quand, on ne sait pas comment, et qui mieux est, on ne sait pas pour qui." [Raymond Queneau]

    "Ce que le public réclame, c'est l'image de la passion, non la passion elle-même." [Roland Barthes]

    "Je n'ai fait qu'obéir à la nature. Je suis le chien fidèle de la nature. Pourquoi alors ce sentiment d'horreur dont je ne puis me défaire ? Lui ai-je subtilisé sa fleur ? Sensibles dames du jury, je n'étais même pas son premier amant." [Vladimir Nabokov]

    "Aimer est dans son essence le projet de se faire aimer, où chacun attend de l’autre un amour qui ne se résume pas au projet d’être aimé." [Jean-Paul Sartre]

    "Ainsi l’amant ne désire-t-il pas posséder l’aimé comme on possède une chose. Il réclame un type spécial d’appropriation. Il veut posséder une liberté comme liberté." [Jean-Paul Sartre]

    "Je t’aime, mais, parce qu’inexplicablement j’aime en toi quelque chose plus que toi, l’objet petit a, je te mutile" [Jacques Lacan]

    "Et ce qu'il y a de très beau, c'est que les paroles d'amour sont suivies de silences d'amour." [Edgar Morin]

    " – La passion doit être punie. – Ah oui ? Quel est le con qui a dit ça ?" [Philippe Sollers]

     

     

    Lien permanent Catégories : "L'amour peut-il se passer de normes ?", =>Saison 4, Citations, Documents Imprimer
  • DESCARTES : "LORSQUE J'ÉTAIS ENFANT, J'AIMAIS UNE FILLE DE MON ÂGE, QUI ÉTAIT UN PEU LOUCHE..."

    fille-louche-descartes.jpg"Lorsque j'étais enfant, j'aimais une fille de mon âge, qui était un peu louche ; au moyen de quoi, l'impression qui se faisait par la vue en mon cerveau, quand je regardais ses yeux égarés, se joignait tellement à celle qui s'y faisait aussi pour émouvoir la passion de l'amour, que longtemps après, en voyant des personnes louches, je me sentais plus enclin à les aimer qu'à en aimer d'autres, pour cela seul qu'elles avaient ce défaut ; et je ne savais pas néanmoins que ce fût pour cela. Au contraire, depuis que j'y ai fait réflexion, et que j'ai reconnu que c'était un défaut, je n'en ai plus été ému. Ainsi, lorsque nous sommes portés à aimer quelqu'un, sans que nous en sachions la cause, nous pouvons croire que cela vient de ce qu'il y a quelque chose en lui de semblable à ce qui a été dans un autre objet que nous avons aimé auparavant, encore que nous ne sachions pas ce que c'est. Et bien que ce soit plus ordinairement une perfection qu'un défaut, qui nous attire ainsi à l'amour, toutefois, à cause que ce peut être quelquefois un défaut, comme en l'exemple que j'en ai apporté, un homme sage ne se doit pas laisser entièrement aller à cette passion, avant que d'avoir considéré le mérite, de la personne pour laquelle nous nous sentons émus."

    René Descartes, Lettre à Chanu (1647)

     

    Lien permanent Catégories : "L'amour peut-il se passer de normes ?", =>Saison 4, Compilation de textes, Documents, Livres Imprimer
  • LA VALISE PHILOSOPHIQUE DU MOIS : L'AMOUR

    3271480587.jpgLe prochain café philosophique de Montargis aura lieu le vendredi  3 mai 2013 à 19H à la Brasserie du cenre commercial de la Chaussée.

    Il aura pour sujet : "L'amour peut-il se passer de normes ?"

    La  Valise philosophique du mois (colonne de droite) présente des documents (textes, vidéos, musiques, etc.) portant sur ce prochain débat. 


    Lien permanent Catégories : "L'amour peut-il se passer de normes ?", =>Saison 4, Documents, La valise philosophique, Vie du site, vie du café philo Imprimer
  • SHAKESPEARE - ROMÉO ET JULIETTE

    romeo_et_juliette.jpg"Roméo - Il se rit des plaies, celui qui n'a jamais reçu de blessures ! (Juliette paraît à une fenêtre) Mais doucement ! Quelle lumière jaillit par cette fenêtre ? Voilà l'Orient, et Juliette est le soleil ! Lève-toi, belle aurore, et tue la lune jalouse, qui déjà languit et pâlit de douleur, parce que toi, sa prêtresse, tu es plus belle qu'elle-même ! Ne sois plus sa prêtresse, puisqu'elle est jalouse de toi; sa livrée de vestale est maladive et blême, et les folles seules la portent: rejette-la !... Voilà ma dame ! Oh, voilà mon amour ! Oh! si elle pouvait le savoir !... Que dit-elle ? Rien... Elle se tait... Mais non; son regard parle, et je veux lui répondre... Ce n'est pas à moi qu'elle s'adresse. Deux des plus belles étoiles, ayant affaire ailleurs, adjurent ses yeux de vouloir bien resplendir dans leur sphère jusqu'à ce qu'elles reviennent. Ah! si les étoiles se substituaient à ses yeux, en même temps que ses yeux aux étoiles, le seul éclat de ses joues ferait pâlir la clarté des astres, comme le grand jour, une lampe; et ses yeux, du haut du ciel, darderaient une telle lumière à travers les régions aériennes, que les oiseaux chanteraient, croyant que la nuit n'est plus. Voyez comme elle appuie sa joue sur sa main! Oh! que ne suis-je le gant de cette main! Je toucherais sa joue !

    Juliette - Hélas !

    Roméo - Elle parle ! Oh! parle encore, ange resplendissant! Car tu rayonnes dans cette nuit, au-dessus de ma tête, comme le messager ailé du ciel, quand, aux yeux bouleversés des mortels qui se rejettent en arrière pour le contempler, il devance les nuées paresseuses et vogue sur le sein des airs ! 

    Juliette - Ô Roméo ! Roméo ! pourquoi es-tu Roméo ? Renie ton père et abdique ton nom; ou, si tu ne le veux pas, jure de m'aimer, et je ne serai plus une Capulet. 

    Roméo, à part - Dois-je l'écouter encore ou lui répondre ? 

    Juliette - Ton nom est mon ennemi. Tu n'es pas un Montague, tu es toi-même. Qu'est-ce qu'un Montague ? Ce n'est ni une main, ni un pied, ni un bras, si un visage, ni rien qui fasse partie d'un homme... Oh, sois quelque autre nom ! Qu'y a-t-il dans un nom ? Ce que nous appelons une rose embaumerait autant sous un autre nom. Ainsi, quand Roméo ne s'appellerait plus Roméo, il conserverait encore les chères perfections qu'il possède... Roméo, renonce à ton nom; et, à la place de ce nom qui ne fait pas partie de toi, prends-moi tout entière. 

    Roméo - Je te prends au mot! Appelle-moi seulement ton amour, et je reçois un nouveau baptême: désormais je ne suis plus Roméo. 

    Juliette - Mais qui es-tu, toi qui, ainsi caché par la nuit, viens de te heurter à mon secret ?

    Roméo - Je ne sais par quel nom t'indiquer qui je suis. Mon nom, sainte chérie, m'est odieux à moi-même, parce qu'il est pour toi un ennemi: si je l'avais écrit là, j'en déchirerais les lettres. 

    Juliette - Mon oreille n'a pas encore aspiré cent paroles proférées par cette voix, et pourtant j,en reconnais le son. N'es-tu pas Roméo et un Montague? 

    Roméo - Ni l'un ni l'autre, belle vierge si tu détestes l'un et l'autre. 

    Juliette - Comment es-tu venu ici, dis-moi? et dans quel but? Les murs du jardin sont hauts et difficiles à gravir. Considère qui tu es: ce lieu est ta mort, si quelqu'un de mes parents te trouve ici. 

    Roméo - J'ai escaladé ces murs sur les ailes légères de l'amour: car les limites de pierre ne sauraient arrêter l'amour, et ce que l'amour peut faire, l'amour ose le tenter; voilà pourquoi tes parents ne sont pas un obstacle pour moi. 

    Juliette - S'ils te voient, ils te tueront. 

    Roméo - Hélas ! il y a plus de péril pour moi dans ton regard que dans vingt de leurs épées: que ton oeil me sois doux, et je suis à l'épreuve de leur inimitié. 

    Juliette - Je ne voudrais pas pour le monde entier qu'ils te vissent ici. 

    Roméo - J'ai le manteau de la nuit pour me soustraire à leur vue. D'ailleurs, si tu ne m'aimes pas, qu'ils me trouvent ici! j'aime ma vie finie par leur haine que ma mort différée sans ton amour. 

    Juliette - Quel guide as-tu donc eu pour arriver jusqu'ici? 

    Roméo - L'amour. qui le premier m'a suggéré d'y venir: il m'a prêté son esprit et je lui ai prêté mes yeux. Je ne suis pas un pilote; mais, quand tu serais aussi éloignée que la vaste côte de la mer la plus lointaine, je risquerais la traversée pour atteindre pareil trésor. 

    Juliette - Tu sais que le masque de la nuit est sur mon visage; sans cela, tu verrais une virginale couleur colorer ma joue, quand je songe aux paroles que tu m'as entendue dire cette nuit. Ah, je voudrais rester dans les bons usages; je voudrais, je voudrais nier ce que j'ai dit. Mais, adieu, les cérémonies ! M'aimes-tu ? Je suis que tu vas dire oui, et je te croirai sur parole. Ne le jure pas: tu pourrais trahir ton serment: les parjures des amoureux font, dit-on rire Jupiter... Oh! gentil Roméo, si tu m'aimes, proclame-le royalement: et si tu crois que je me laisse trop vite gagner, je froncerai le sourcil, et je serai cruelle, et je te dirai non, pour que tu me fasses la cour: autrement, rien au monde ne m'y déciderait... En vérité, beau Montague, je suis trop éprise, et tu pourrais croire ma conduite légère ; mais crois-moi, gentilhomme, je me montrerai plus fidèle que celles qui savent mieux affecter la réserve. J'aurais été plus réservée, il faut que je l'avoue, si tu n'avais pas surpris, à mon insu, l'aveu passionné de mon amour: pardonne-moi donc et n'impute pas à une légèreté d'amour cette faiblesse que la nuit noire t'a permis de découvrir. 

    Roméo - Madame, je le jure par cette lune sacrée qui argente toutes ces cimes chargées de fruits !... 

    Juliette - Oh, ne jure pas par la lune, l'inconstante lune dont le disque change chaque mois, de peur que ton amour ne devienne aussi varaible ! 

    Roméo - Par quoi dois-je jurer ? 

    Juliette - Ne jure pas du tout; ou, si tu le veux, jure par ton gracieux être, qui est le dieu de mon idolâtrie, et je te croirai. 

    Roméo - Si l'amour profond de mon coeur... 

    Juliette - Ah! ne jure pas! Quoique tu fasses ma joie, je ne puis goûter cette nuit toutes les joies de notre rapprochement ; il est trop brusque, trop imprévu, trop subit, trop semblable à l'éclair qui a cessé d'être avant qu'on ait pu dire: il brille !... Doux ami, bonne nuit! Ce bouton d'amour, mûri par l'haleine de l'été, pourra devenir une belle fleur, à notre prochaine entrevue... Bonne nuit, bonne nuit! Puisse le repos, puisse le calme délicieux qui est dans mon sein, arriver à ton coeur ! 

    Roméo - Oh, vas-tu donc me laisser si peu satisfait ? 

    Juliette - Quelle satisfaction peux-tu obtenir cette nuit ? 

    Roméo - Le solennel échange de ton amour contre le mien. 

    Juliette - Mon amour! je te l'ai donné avant que tu l'aies demandé. Et pourtant je voudrais qu'il fût encore à donner. 

    Roméo - Voudrais-tu me le retirer ? Et pour quelle raison, mon amour ? 

    Juliette - Rien que pour être généreuse et te le donner encore. Mais je désire un bonheur que j'ai déjà: ma libéralité est aussi illimitée que la mer, et mon amour aussi profond: plus je te donne, plus il me reste, car l'un et l'autre sont infinis. (On entend la voix de la nourrice.) J'entends du bruit dans la maison. Cher amour, adieu! J'y vais, bonne nourrice!... Doux Montague, sois fidèle. Attends un moment, je vais revenir. (Elle se retire de la fenêtre.) 

    Roméo - Ô céleste, céleste nuit ! J'ai peur, comme il fait nuit, que tout ceci ne sois qu'un rêve, trop délicieusement flatteur pour être réel." 

    William Shakespeare, Roméo et Juliette, acte II, scène 2

    Lien permanent Catégories : "L'amour peut-il se passer de normes ?", =>Saison 4, Compilation de textes, Documents, Livres Imprimer
  • ROMEO & JULIET

    Lien externe


    Lien permanent Catégories : "L'amour peut-il se passer de normes ?", =>Saison 4, Documents, Vidéos/cinéma/TV Imprimer
  • A PROPOS DE L'ILLUSTRATION DE NOTRE DERNIÈRE AFFICHE

    Valent1.jpgL'illustration de l'affiche du débat "L'amour peut-il se passer de normes ?" reprend un détail d'une peinture de Thomas Valentin intitulée : Couple d'amoureux, avec son aimable autorisation. 

    Retouvez d'autres oeuvres de cet artiste sur ce lien : http://thomas-valentin.blogspot.com.

    Merci à Thomas Valentin.

     

    Lien permanent Catégories : "L'amour peut-il se passer de normes ?", =>Saison 4, Documents, Peintures/Photos/BD, Philo-galerie, Vie du site, vie du café philo Imprimer
  • DUBY : LA COURTOISIE OU L'AMOUR BRIDÉ PAR L'ÉGLISE

    amour,courtoisie"Les efforts de l'Église pour dompter la courtoisie étaient par­venus au XIIIe siècle à susciter quelques poèmes qui déviaient la démarche amoureuse de son but charnel et qui la transféraient vers le mysticisme. Cette transmutation religieuse et abstraite culmina vers 1300 dans le dolce stil nuovo. Mais dans le commun des rites de cour, l'amour vit de l'espoir d'un triomphe final qui conduira la dame à se livrer tout entière, d'une victoire secrète et périlleuse sur l'interdit majeur et sur les châtiments promis aux étreintes adultères. Toutefois, tant que dure l'attente, et il convient qu'elle se prolonge très longtemps, le désir doit se satisfaire de peu. A l'amant qui veut conquérir l'élue, il importe de se maîtriser. De toutes les épreuves que l'amour lui impose, celle qui porte le symbole le plus clair des nécessités du délai consenti, est "l'essai" que célèbrent les chansons des troubadours : la dame commande au chevalier de se coucher auprès d'elle, dans leur commune nudité, et pourtant de dominer son désir. L'amour se renforce dans cette discipline, et dans les joies imparfaites des attouchements mesurés. Ses plaisirs deviennent alors de sentiment. L'étincelle amoureuse ne réunit pas des corps, mais des cœurs."
     
    Georges Duby, Le Temps des Cathédrales (1976)
     

    Lien permanent Catégories : "L'amour peut-il se passer de normes ?", =>Saison 4 Imprimer
  • SARTRE : L'AMOUR DÉMYTHIFIÉ

    "Ainsi l’amant ne désire-t-il pas posséder l’aimé comme on possède une chose. Il réclame un type spécial d’appropriation. Il veut posséder une liberté comme liberté.

    Beauvoir Sartre.jpgMais, d’autre part, il ne saurait se satisfaire de cette forme éminente de la liberté qu’est l’engagement libre et volontaire. Qui se contenterait d’un amour qui se donnerait comme pure fidélité à la foi jurée ? Qui donc accepterait de s’entendre dire : "Je vous aime parce que je me suis engagé à vous aimer et que je ne veux pas me dédire ; je vous aime par fidélité à moi-même" ? Ainsi l’amant demande le serment et s’irrite du serment. Il veut être aimé par une liberté et réclame que cette liberté comme liberté ne soit plus libre. Il veut à la fois que la liberté de l’autre se détermine elle-même à devenir amour – et cela non point seulement au commencement de l’aventure mais à chaque instant- et à la fois que cette liberté soit captivée par elle-même, qu’elle se retourne sur elle-même, comme dans la folie, comme dans le rêve, pour vouloir sa captivité. Et cette captivité doit être démission libre et enchaînée à la fois entre nos mains.

    Jean-Paul Sartre, L’Être et le Néant (1943)

    Lien permanent Catégories : "L'amour peut-il se passer de normes ?", =>Saison 4, Compilation de textes, Documents, Livres Imprimer
  • "JULES ET JIM" : LE LIVRE

    jules_et_jim1_img_1119.jpg

    " Vous avez aimé, Jim. Pour de bon, Jim. Cela se sent. Pourquoi ne l’avez-vous pas épousée? 

    - Cela n’est pas arrivé.

    - Où est-elle ?

    - En France.

    - Comment est-elle ?

    - Pure, elle aussi."

    Jim sentit une pression du bras de Lucie.

    "Vous l’aimez encore, et elle vous aime ?

    - Oui, mais nous nous voyons peu, bien que nous soyons libres.

    - Ne faites pas souffrir, Jim…

    - Et puis, il y a du nouveau.

    - Lequel ?

    - Je vous admire, Lucie. J’ai pris goût à vous voir. Je crains d’oublier Jules.

    - Il ne faut pas l’oublier, il faut le prévenir...

    L’été tourna vite. Jules fit sa demande à Lucie, ajoutant que, quelle que fût sa réponse, il resterait toujours à sa merci. Lucie lui dit qu’elle était touchée, qu’elle ne pourrait probablement jamais l’épouser, et qu’elle souhaitait que leur grande amitié n’en souffrît pas.

    Jules, qui s’y attendait pourtant, devint blanc, lui baisa les mains, et vint trouver Jim.

    - Jim, dit-il, Lucie ne veut pas de moi. J’ai la terreur de la perdre et qu’elle sorte tout à fait de ma vie. Jim, aimez-la, épousez-la, et laissez-moi la voir. Je veux dire : si vous l’aimez, cessez de penser que je suis un obstacle."

    Henri-Pierre Roché, Jules et Jim (1953)

     

    Lien permanent Catégories : "L'amour peut-il se passer de normes ?", =>Saison 4, Documents, Livres Imprimer
  • "JULES ET JIM" : LE FILM

     Lien externe

     

    Lien permanent Catégories : "L'amour peut-il se passer de normes ?", =>Saison 4, Documents, Musique, Vidéos/cinéma/TV Imprimer
  • FRANCIS CABREL : "L'ENCRE DE TES YEUX"

     Lien externe


    Lien permanent Catégories : "L'amour peut-il se passer de normes ?", =>Saison 4, Documents, Musique, Vidéos/cinéma/TV Imprimer
  • ALAIN : LA PASSION AMOUREUSE ET SON OBJET

    alain-1.jpg"Platon dit en se jouant qu'Amour est fils de Richesse et de Pauvreté, et dit une grande chose. Chacun voit des drames d'amour, et s'étonne que la plus médiocre Célimène puisse amener un noble homme à des actions de fou. Mais c'est Richesse qui fait le pire mal ; richesse, j'entends noblesse, puissance sur soi, haute idée du héros et de l'amour. Si l'homme ne souffrait que de pauvreté et besoin d'une Célimène, le mal serait bientôt guéri. Mais le besoin n'est pas l'amour ; et le désir non plus n'est pas l'amour. L'amour est une ambition qui méprise les petits moyens, et qui veut se faire reconnaître par une autre puissance. C'est pourquoi chacun veut que l'autre puissance soit hautaine et difficile, et toujours la grandit, et presque toujours l'estime trop, et souffre de la voir diminuée. Il y a ce genre de déception dans la jalousie. De là vient que l'on méprise toujours un peu en soi-même et que l'on hait dans le rival ces avantages extérieurs auxquels la puissance hautaine ne devrait pas seulement faire attention. Il n'y a rien de pis que si l'on découvre faiblesse, esclavage, dépendance, aveuglement, sottise, en celle que l'on voulait séduire. Car on la veut faible, mais pour soi seul, et librement faible. Tel est le jeu de l'amour entre le chevalier et sa dame ; tel il est entre la pastourelle et le toucheur de bœufs. Quelquefois l'Alceste aux rubans verts ou à la ceinture de flanelle méprise et s'en va. Plus souvent il veut se consoler par la facile conquête de ce qu'il voit tellement au-dessous de lui ; mais il se trompe encore là, tantôt méprisant trop, tantôt estimant trop, et toujours humilié. C'est alors qu'il se tourne et retourne la nuit comme un malade, mâchant et goûtant la servitude. Ainsi moins la femme vaut, et mieux le drame se noue. Je retrace la passion de l'homme ; celle de la femme s'explique vraisemblablement par les mêmes causes. C'est pourquoi il ne faut point s'étonner si une femme indigne est aimée jusqu'à la fureur ; ce n'est point l'exception, c'est la règle."

    Alain, Propos


    Lien permanent Catégories : "L'amour peut-il se passer de normes ?", =>Saison 4, Compilation de textes, Documents, Livres Imprimer
  • PLATON : LES PLAISIRS ET LES DÉSIRS ILLÉGITIMES

    "- Parmi les plaisirs et les désirs non nécessaires, certains me semblent illégitimes ; ils sont probablement innés en chacun de nous mais réprimés par les lois et les désirs meilleurs, avec l'aide de la raison, ils peuvent, chez quelques uns, être totalement extirpés ou ne rester qu'en petit nombre et affaiblis, tandis que chez les autres, ils subsistent plus forts et nombreux.

    scene-erotique-entre-un-jeune-homme-et-une-prostituee-grecque.jpg- Mais de quels désirs parles-tu ?

    - De ceux, répondis-je, qui s'éveillent pendant le sommeil, lorsque repose cette partie de l'âme qui est raisonnable, douce et faite pour commander à l'autre, et que la partie bestiale et sauvage, gorgée de nourriture et de vin, tressaille, et après avoir secoué le sommeil, part en quête de satisfactions à donner à ses appétits. Tu sais qu'en pareil cas elle ose tout, comme si elle était délivrée et affranchie de toute honte et de toute prudence. Elle ne craint point d'essayer, en imagination, de s'unir à sa mère, ou à qui que ce soit, homme, dieu ou bête, de se souiller de n'importe quel meurtre, et de ne s'abstenir d'aucune sorte de nourriture ; en un mot, il n'est point de folie, point d'imprudence dont elle ne soit capable."

    Platon, La République, IX, 571 b-d.

     

    Lien permanent Catégories : "L'amour peut-il se passer de normes ?", =>Saison 4 Imprimer
  • "FAIS-MOI MAL, JOHNNY"

    Lien externe


    Lien permanent Catégories : "L'amour peut-il se passer de normes ?", =>Saison 4, Documents, Musique, Vidéos/cinéma/TV Imprimer
  • LES MALHEURS D'ABÉLARD ET HÉLOÏSE : L'AMOUR VICTIME DES NORMES SOCIALES

    "Il y avait dans la ville même de Paris une jeune fille nommée Héloïse, nièce d'un chanoine appelé Fulbert, lequel, dans sa tendresse, n'avait rien négligé pour la pousser dans l'étude de toute science des lettres. Physiquement, elle n'était pas des plus mal ; par l'étendue du savoir, elle était des plus distinguées. Plus cet avantage de l'instruction est rare chez les femmes, plus il ajoutait d'attrait à cette jeune fille : aussi était elle déjà en grand renom dans tout le royaume. La voyant donc parée de tous les charmes qui attirent les amants, je pensai qu'il serait agréable de nouer avec elle une liaison amoureuse, et je crus que rien ne serait plus facile. J'avais une telle renommée, une telle grâce de jeunesse et de beauté, que je pensais n'avoir aucun refus à craindre, quelle que fût la femme que j'honorasse de mon amour. Je me persuadai d'ailleurs que la jeune fille répondrait à mes désirs d'autant plus volontiers, qu'elle était instruite et avait le goût de l'instruction ; même séparés, nous pourrions nous rendre présents l'un à l'autre par un échange de lettres et écrire des choses plus hardies que dans nos entretiens ; ainsi se perpétueraient des entretiens délicieux.

    abélard,héloïse,philosophie,amour,passionTout enflammé de passion pour cette jeune fille, je cherchai l'occasion de nouer des rapports intimes et journaliers qui la familiariseraient avec moi et l'amèneraient plus aisément à céder. Pour y arriver, j'entrai en relation avec son oncle par l'intermédiaire de quelques uns de ses amis ; ils l'engagèrent à me prendre dans sa maison, qui était très voisine de mon école, moyennant une pension dont il fixerait le prix. J'alléguai pour motif que les soins d'un ménage nuisaient à mes études et m'étaient trop onéreux. Fulbert aimait l'argent et il était très soucieux de faire toujours progresser sa nièce dans la connaissance des lettres. En flattant ces deux passions, j'obtins sans peine son consentement, et j'arrivai à ce que je souhaitais : il se jeta sur l'argent et crut que sa nièce profiterait de mon savoir. Répondant même à mes voeux sur ce point au delà de toute espérance, et servant lui même mon amour, il confia Héloïse à ma direction pleine et entière, m'invita à consacrer à son éducation tous les instants de loisir que me laisserait, l'école, la nuit comme le jour, et quand je la trouverais en faute, à ne pas craindre de la châtier. Sur ce point je fus absolument stupéfait de sa naïveté : confier ainsi une tendre brebis à un loup affamé ! Me la donner non seulement à instruire, mais à châtier sévèrement, était-ce autre chose que d'offrir toute licence à mes désirs et me fournir, fût ce contre mon gré, l'occasion de triompher par les menaces et par les coups, si les caresses étaient impuissantes ? Mais deux choses écartaient de l'esprit de Fulbert tout soupçon d'infamie : la tendresse filiale de sa nièce et ma réputation de continence.

    Que dire de plus ? Nous fûmes d'abord réunis par le même toit, puis par le coeur. Sous prétexte d'étudier, nous étions donc tout entiers à l'amour ; ces mystérieux entretiens, que l'amour appelait de ses voeux, les leçons nous en ménageaient l'occasion. Les livres étaient ouverts, mais il se mêlait plus de paroles d'amour que de philosophie, plus de baisers que d'explications ; mes mains revenaient plus souvent à ses seins qu'à nos livres ; nos yeux se cherchaient, réfléchissant l'amour, plus souvent qu'ils ne se portaient sur les textes. Pour mieux éloigner les soupçons, j'allais parfois jusqu'à la frapper, coups donnés par l'amour, non par l'exaspération, par la tendresse, non par la haine, et ces coups dépassaient en douceur tous les baumes. Que vous dirais je ? Dans notre ardeur, nous avons traversé toutes les phases de l'amour ; tout ce que la passion peut imaginer de raffinement insolite, nous l'avons ajouté. Plus ces joies étaient nouvelles pour nous, plus nous les prolongions avec ardeur : nous ne pouvions nous en lasser.

    Cependant, à mesure que la passion du plaisir m'envahissait, je pouvais de moins en moins vaquer à la philosophie et prendre soin de mon enseignement. C'était pour moi un violent ennui d'y aller ou d'y rester ; c'était aussi une fatigue, mes nuits étant données à l'amour, mes journées au travail. je ne faisais plus mes leçons qu'avec indifférence et tiédeur; je ne parlais plus d'inspiration, je produisais tout de mémoire : je ne faisais guère que répéter mes anciennes leçons, et si j'avais assez de liberté d'esprit pour composer quelques pièces de vers, c'était l'amour, non la philosophie qui me les dictait. De ces vers, vous le savez, la plupart, devenus populaires en maint pays, sont encore chantés fréquemment par ceux qui connaissent le bonheur d'une vie semblable.

    Quelles furent la tristesse, la douleur, les plaintes de mes élèves, quand ils s'aperçurent de la préoccupation, que dis je ? du trouble de mon esprit, on peut à peine s'en faire une idée…

    Une nuit, pendant l'absence de son oncle, je l'enlevai, ainsi que nous en étions convenus, et je la fis immédiatement passer en Bretagne, où elle resta chez ma soeur jusqu'au jour où elle donna naissance à un fils qu'elle nomma Astrolabe…

    Nous confions donc à ma soeur notre jeune enfant, et nous revenons secrètement à Paris, Quelques jours plus tard, après avoir passé une nuit à célébrer vigiles dans une église, à l'aube du matin, en présence de l'oncle d'Héloïse et de plusieurs de nos amis et des siens, nous fûmes unis par la bénédiction nuptiale. Puis nous nous retirâmes secrètement chacun de notre côté, et dès lors nous ne nous vîmes plus qu'à de rares intervalles et furtivement, afin de tenir le plus possible notre union cachée.

    Mais son oncle et sa famille, pour se venger de l'affront qu'ils avaient reçu, se mirent à divulguer le mariage et à violer envers moi la foi jurée, Héloïse protestait hautement du contraire, et jurait que rien n'était plus faux. Fulbert, exaspéré, l'accablait de mauvais traitements.

    Informé de cette situation, je l'envoyai à une abbaye de moniales voisine de Paris et appelée Argenteuil, où elle avait été élevée et instruite dans sa première jeunesse, et je lui fis faire et prendre, à l'exception du voile, les habits de religion en harmonie avec la vie monastique. À cette nouvelle, son oncle et ses parents ou alliés pensèrent que je m'étais joué d'eux et que j'avais mis Héloïse au couvent pour m'en débarrasser. Outrés d'indignation, ils s'entendirent, et une nuit, pendant que je reposais chez moi, dans une chambre retirée, un de mes serviteurs, corrompu par eux, les ayant introduits, ils me firent subir la plus barbare et la plus honteuse des vengeances, vengeance que le monde entier apprit avec stupéfaction : ils me tranchèrent les parties du corps avec lesquelles j'avais commis ce dont ils se plaignaient, puis ils prirent la fuite. Deux d'entre eux qu'on put arrêter furent énucléés et châtrés. L'un d'eux était le serviteur particulièrement attaché à ma personne, que la cupidité avait poussé à la trahison."

    Abélard, Histoire de mes Malheurs

    Texte intégral sur ce lien

     

    Lien permanent Catégories : "L'amour peut-il se passer de normes ?", =>Saison 4, Compilation de textes, Documents, Livres Imprimer