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  • ILS ONT DIT, AU SUJET DE LA SOLITUDE

     

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    "Même dans la solitude, ne dis ni ne fais rien de blâmable. Apprends à te respecter beaucoup plus devant ta propre conscience que devant autrui." [Démocrite]

    "Or, puisque nous entreprenons de vivre seuls et de nous passer de compagnie, faisons que notre contentement dépende de nous." [Michel de Montaigne]

    "De là vient que les hommes aiment tant le bruit et le remuement ; de là vient que la prison est un supplice si horrible ; de là vient que le plaisir de la solitude est une chose incompréhensible." [Blaise Pascal

    "La parfaite solitude est peut-être la plus grande punition que nous puissions souffrir." [David Hume]

    "En sortant d'une longue et douce rêverie, en me voyant entouré de verdure, de fleurs, d'oiseaux et laissant errer mes yeux au loin sur les romanesques rivages qui bordaient une vaste étendue d'eau claire et cristalline, j'assimilais à mes fictions tous ces aimables objets ; et me trouvant enfin ramené par degrés à moi-même et à ce qui m'entourait, je ne pouvais marquer le point de séparation des fictions aux réalités ; tant tout concourait également à me rendre chère la vie recueillie et solitaire que je menais dans ce beau séjour." [Jean-Jacques Rousseau

    "Qui vient ? qui m'appelle ? / - Personne. / Je suis seul ; c'est l'heure qui sonne ; / Ô solitude ! Ô pauvreté !" [Alfred de Musset]

    "On ne peut être vraiment soi qu'aussi longtemps qu'on est seul ; qui n'aime donc pas la solitude n'aime pas la liberté, car on n'est libre qu'étant seul." [Arthur Schopenhauer]

    "La solitude offre à l'homme intellectuellement haut placé un double avantage : le premier, d'être avec soi-même, et le second de n'être pas avec les autres." [Arthur Schopenhauer

    "La solitude est très belle... quand on a près de soi quelqu'un à qui le dire." [Gustavo Adolfo Bécquer

    "Plus j'aime l'humanité en général et moins j'aime les gens en particulier." [Fiodor Dostoïevski]

    "Lorsque Zarathoustra eut atteint sa trentième année, Il quitta sa patrie et le lac de sa patrie et s'en alla dans la montagne. Là il jouit de son esprit et de sa solitude et ne s'en lassa point durant dix années." [Friedrich Nietzsche]     

    "Le défaut le plus répandu de notre type de formation et d’éducation : personne n'apprend, personne n'aspire, personne n'enseigne... à supporter la solitude." [Friedrich Nietzsche

    "L'intellectualité supérieure et indépendante, la volonté de solitude, la grande raison apparaissent comme des dangers." [Friedrich Nietzsche

    "Une seule chose est nécessaire : la solitude. La grande solitude intérieure. Aller en soi-même et ne rencontrer pendant des heures personne, c'est à cela qu'il faut parvenir. Etre seul, comme l'enfant est seul." [Rainer Maria Rilke

    "Il est bon de redire que l'homme ne se forme jamais par l'expérience solitaire." [Alain

    "Ma parole est recoupée par celle d'autrui : je m'entends en autrui et il parle en moi." [Maurice Merleau-Ponty

    "La solitude rend sensible, non étranger à autrui." [Mika Waltari]

    "Dans l'amour, chaque conscience cherche à mettre son être-pour-autrui dans la liberté de l'autre." [Jean-Paul Sartre]  

    "La femme postmoderne, interrogée par des sondeurs, s’estime être seule car elle est souvent condamnée à un enfermement intérieur qui lui interdit la rencontre avec un homme." [Simone de Beauvoir]

    "Incapable de s'accomplir dans la solitude, l'homme dans ses rapports avec ses semblables est sans cesse en danger : sa vie est une entreprise difficile dont la réussite n'est jamais assurée." [Simone de Beauvoir]

    "Dans la proximité, l'absolument autre, l'Étranger que "je n'ai ni conçu ni enfanté" je l'ai déjà sur les bras, déjà je le porte... En être réduit à recourir à moi, c'est déjà l'apatridie ou l'étranger du prochain. Elle m'incombe." [Emmanuel Lévinas]   

    "Le tort des théories philosophiques c'est de [réduire autrui] tantôt à un objet particulier, tantôt à un autre sujet... Mais autrui n'est ni un objet dans le champ de ma perception, ni un sujet qui me perçoit : c'est d'abord une structure du champ perceptif, sans laquelle ce champ dans son ensemble ne fonctionnerait pas comme il le fait." [Gilles Deleuze

    "La solitude. Elle est mon moteur, mais aussi une malédiction. Je rencontre peu de gens. Je ne sors presque jamais. J’ai trop de soucis." [Yves Saint Laurent

    "Solitude : douce absence de regards." [Milan Kundera

    "Être seul, c'est être soi, rien d'autre. Comment serait-on autre chose ? Personne ne peut vivre à notre place ni mourir à notre place, ni souffrir à notre place, et c'est ce qu'on appelle la solitude : ce n'est qu'un autre nom pour l'effort d'exister." [André Comte-Sponville

    "Le langage, loin de combler l’abîme qui sépare les êtres, creuse la distance, il met en évidence la solitude et l’impossibilité de communiquer." [Michel Onfray

     

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  • KUNDERA : L'ART, L'ARTISTE ET LE JUGEMENT MORAL

    kundera.jpg"Suspendre le jugement moral ce n’est pas l’immoralité du roman, c’est sa morale. La morale qui s’oppose à l’indéracinable pratique humaine de juger tout de suite, sans cesse, et tout le monde, de juger avant et sans comprendre. Cette fervente disponibilité à juger est, du point de vue de la sagesse du roman, la plus détestable bêtise, le plus pernicieux mal. Non que le romancier conteste, dans l’absolu, la légitimité du jugement moral, mais il le renvoie au-delà du roman. Là, si cela vous chante, accusez Panurge pour sa lâcheté, accusez Emma Bovary, accusez Rastignac, c’est votre affaire ; le romancier n’y peut rien."

    Milan Kundera, Les Testaments trahis (1993)

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  • ILS ONT DIT, AU SUJET DU CORPS...

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    "L’homme doit harmoniser l’esprit et le corps." [Hippocrate]

    "Le corps est le tombeau de l'âme." [Platon]

    "L'esprit commande le corps et le corps obéit. L'esprit se commande à lui-même et trouve de la résistance." [Saint Augustin]

    "Le corps ne peut subsister sans l'esprit, mais l'esprit n'a nul besoin de corps." [Erasme]

    "La nature m’enseigne aussi par ces sentiments de douleur, de faim, de soif, etc. que je ne suis pas seulement logé dans mon corps ainsi qu’un pilote en son navire." [René Descartes]

    "Passion est passivité de l'âme et activité du corps." [René Descartes]

    "Mon corps est un jardin, ma volonté est son jardinier." [William Shakespeare]

    "Chaque corps organique d’un vivant est une espèce d’automate naturel." [GW Leibniz]

    "Plus le corps est faible, plus il commande ; plus il est fort, plus il obéit. " [Jean-Jacques Rousseau]

    "Plus nous réfléchirons et plus nous demeurerons convaincus que l'âme (...) n'est que ce corps lui-même." [Paul Henri d'Holbach]

    "Une lecture amusante est aussi utile à la santé que l’exercice du corps." [Emmanuel Kant]

    "C’est le corps qu’il faut d’abord convaincre." [Friedrich Nietzsche]

    "Je suis corps tout entier et rien d'autre ; l'âme n'est qu'un mot désignant une parcelle du corps." [Friedrich Nietzsche]

    "Je suis corps tout entier et rien d'autre ; l'âme n'est qu'un mot désignant une parcelle du corps." [Friedrich Nietzsche]

    "Les attitudes, gestes et mouvements du corps humain sont risibles dans l'exacte mesure où ce corps nous fait penser à une simple mécanique." [Henri Bergson]

    "Le nu est la sincérité du corps : une honnêteté que tout le monde ne peut avoir." [Jacinto Benavente]

    "Nous habitons notre corps bien avant de le penser." [Albert Camus]

    "Le corps propre est dans le monde comme le coeur dans l'organisme : il maintient continuellement en vie le spectacle visible, il l'anime et le nourrit intérieurement, il forme avec lui un système."  [Maurice Merleau-Ponty] 

    "Qu’il s’agisse de mon corps ou du corps d’autrui, je n’ai pas d’autre manière de connaître le corps humain qu’en le vivant, ce qui signifie assumer la responsabilité du drame qui coule à travers moi et se confondre avec lui. Je suis donc mon corps, au moins dans toute la mesure où j’ai un acquis et réciproquement mon corps est comme un sujet naturel, comme une esquisse provisoire de mon être total." [Maurice Merleau-Ponty]

    "Ce que cache mon langage, mon corps le dit. Mon corps est un enfant entêté, mon langage est un adulte très civilisé…" [Roland Barthes]

    "Mais est-ce qu’il ne se pourrait pas que le langage ait d’autres effets que de mener les gens par le bout du nez à se reproduire encore, en corps à corps et en corps incarné." [Jacques Lacan]

    "Lorsqu'une femme ne vit pas suffisamment avec son corps, le corps finit par lui apparaître comme un ennemi." [Milan Kundera]

    "On ne possède même pas son propre corps." [Amélie Nothomb]

     

     

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  • ILS ONT DIT, AU SUJET DE LA MÉMOIRE...

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    "Le souvenir des peines passées est agréable." [Euripide

    "Père des caractères de l'écriture, tu es en train, par complaisance, de leur attribuer un pouvoir contraire à celui qu'ils ont. Conduisant ceux qui les connaîtront à négliger d'exercer leur mémoire." [Platon]

    "Savoir, c'est se souvenir." [Aristote]

    "Voilà donc ce qu'est la mémoire et ce que c'est que se souvenir : c'est la présence dans l'esprit de l'image, comme copie de l'objet dont elle est l'image." [Aristote]

    "La mémoire diminue à moins qu'on ne l'exerce." [Cicéron]

    "Ce n’est pas tout à fait oublier une chose que de se souvenir de l’avoir oubliée." [Saint Augustin]

    "Aussi je te le demande, lecteur : ne te réjouis pas trop d’avoir beaucoup lu, mais plutôt d’avoir beaucoup compris et, plus encore, d’avoir pu retenir plutôt que d’avoir compris." [Hugues de Saint-Victor

    "La mémoire est la sentinelle de l'esprit." [William Shakespeare]

    La mémoire, ces "vestiges qui demeurent dans le cerveau, après que quelqu'image y a été imprimée." [René Descartes]

    "La mémoire est nécessaire pour toutes les opérations de la raison." [Blaise Pascal]

    "Et si on m'aime pour mon jugement, pour ma mémoire, m'aime-t-on ? moi ? Non, car je puis perdre ces qualités sans me perdre moi-même." [Blaise Pascal]

    "Les sens et la mémoire restent les seuls canaux par où la connaissance des réalités puisse entrer dans l'esprit." [David Hume]

    "Un âge très avancé, une maladie, une lésion du cerveau, la folie peuvent nous priver complètement de mémoire. Mais l'identité de la personne ne s'est pas perdue avec cet évanouissement progressif du  souvenir." [Arthur Shopenhauer]

    "Le futur appartient à celui qui a la plus longue mémoire." [Friedrich Nietzsche]

    "Il est impossible de vivre sans oublier." [Friedrich Nietzsche]

    "Certains ne parviennent pas à devenir des penseurs parce que leur mémoire est trop bonne." [Friedrich Nietzsche]

    "Le vieillissement est essentiellement une opération de mémoire. Or c'est la mémoire qui fait toute la profondeur de l'homme." [Charles Péguy]

    "Et tout d'un coup le souvenir m'est apparu. Ce goût c'était celui du petit morceau de madeleine." [Marcel Proust]

    "En tous cas, s'il y a des transitions entre l'oubli et le souvenir, alors ces transitions sont inconscientes."  [Marcel Proust]

    "La mémoire volontaire, qui est surtout une mémoire de l'intelligence et des yeux, ne nous donne du passé que des faces sans vérité; mais qu'une odeur, une saveur retrouvées dans des circonstances toutes différentes réveillent en nous, malgré nous, le passé, nous sentons combien ce passé était différent de ce que nous croyions nous rappeler et que notre mémoire volontaire peignait, comme les mauvais peintres, avec des couleurs sans vérité." [Marcel Proust]

    "La mémoire est à la base de la personnalité individuelle, comme la tradition est à la base de la personnalité collective." [Miguel de Unamuno]

    "Il est tellement facile d'écrire ses souvenirs quand on a une mauvaise mémoire." [Arthur Schnitzler]

    "Les hystériques souffrent de réminiscences." [Sigmund Freud]

    ""Conscience signifie d'abord mémoire." [Henri Bergson]

    "L'une [la mémoire-habitude], fixée dans l'organisme, n'est point autre chose que l'ensemble des mécanismes intelligemment montés qui assurent une réplique convenable aux diverses interpellations possibles... L'autre est la mémoire vraie. Coextensive à la conscience, elle retient et aligne à la suite les uns des autres tous les états au fur et à mesure qui se produisent, laissant chaque fait à sa place et par conséquent marquant sa date." [Henri Bergson]

    "La mémoire (...) n’est pas une faculté de classer des souvenirs dans un tiroir ou de les inscrire sur un registre... En réalité le passé se conserve de lui-même, automatiquement." [Henri Bergson]

    "Le souvenir commence avec la cicatrice." [Alain]

    "J'ai une mémoire excellente mais je ne me souviens pas des choses comme elles sont." [Paul Claudel]

    "Nous appréhendons une qualité sensible comme signe ; nous sentons un impératif qui nous force à en chercher le sens." [Gilles Deleuze]

    "La mémoire n'est qu'un nom pour désigner l'activité constituante de la conscience de soi, prolongée en connaissance et développée en représentation." [Georges Gusdorf]

    "La fonction de la mémoire est aussi importante que celle du calcul." [Jacques Le Goff]

    "La mémoire ne filme pas, la mémoire photographie."[Milan Kundera]

    "La vie est perdue contre la mort, mais la mémoire gagne dans son combat contre le néant." [Tzvetan Todorov]

    "La mémoire affective paraît, tantôt comme un réconfort, tantôt comme un moyen de retrouver un passé perdu, tantôt pour apporter une dimension esthétique." [Elizabeth R. Jackson]

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  • COMPTE-RENDU DE LA SÉANCE "PRENDRE SON TEMPS EST-CE LE PERDRE ?"

    Thème du débat : "Prendre son temps est-ce le perdre ?" 

    Date : 28 septembre 2012 à la Brasserie du centre commercial de la Chaussée.

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    Le vendredi 28 septembre 2012, le café philosophique de Montargis faisait sa rentrée avec un sujet choisi par les participants du précédent rendez-vous : "Prendre son temps est-ce le perdre?" Environ 60 personnes étaient présentes pour ce nouveau débat.

    En préambule de cette 25ème séance, Claire et Bruno présentent les grandes lignes de cette quatrième saison.

    Si l’objectif et le fonctionnement du café philo restent le même, dit Claire, quelques changements seront apportés cette année. Un changement dans l’horaire d’abord : les séances auront toujours lieu un vendredi par mois (le dernier si possible) mais elles commenceront à 19 heures au lieu de 18 heures 30 et ce, pour des raisons personnelles, "afin de ne pas arriver ventre à terre, pris que nous sommes par le temps !" Ensuite, l’ambition des séances à venir est d’apporter au sein des débats de la Chaussée encore plus de références et de sujets philosophiques – et ce, même s’il est vrai qu’un sujet comme le temps peut-être autant considéré comme un thème philosophique classique, digne d’une épreuve de baccalauréat, qu’une interrogation très concrète ancrée dans notre vie quotidienne. Enfin, une nouvelle rubrique est instaurée dès cette séance de septembre : "Le bouquin du Mois" (voir aussi ce lien et la rubrique à gauche). Chaque mois, et dans la mesure du possible, une œuvre philosophique importante sera présentés en fin de débat. Pour cette première séance, le choix a été porté sur L’Existentialisme est un Humanisme de Jean-Paul Sartre, essai commenté par Claire en fin de débat (cf. infra).

    Bruno présente les prochains rendez-vous du café philosophique de Montargis : le 19 octobre 2012 (et non plus le 26 octobre comme nous l’annoncions précédemment), le 30 novembre 2012, le 21 décembre 2012 (un café philo intitulé provisoirement : "Fin du monde ou la peur peut-elle être bonne conseillère ?"), le 25 janvier 2013, le 22 février 2013, le 29 mars 2013 (séance co-animée par des élèves de Terminale), le 26 avril 2013, le 31 mai 2013 (une séance spéciale "Le café philo passe le bac") et enfin le 28 juin 2013 (un café philo spécial consacré à la violence conjugale). Ce calendrier est susceptible d’être modifié. Voir aussi la rubrique "Calendrier des prochaines séances" à droite.

    temps_dali.jpgCette séance de rentrée, intitulée "Prendre son temps est-ce le perdre?", commence par une première intervention d’une participante qui entend répondre par l’affirmatif à ce qui est une préoccupation ressentie par nombre de personnes : nous pouvons nous sentir bousculés dans notre quotidien par des obligations sociales et professionnelles. Il est souvent difficile de s’arrêter, de se poser et de prendre le temps de souffler, un luxe que peuvent se permettre notamment les personnes retraitées, libérées presque totalement d’obligations d’emploi du temps. Ainsi, nous passons notre temps et notre vie dans des préoccupations vaines et matérielles qui nous éloignent de l’essence de notre existence : prendre le temps de savourer le présent, s’écouter soi-même, méditer, une oisiveté que Montaigne qualifie lui-même, comme le dit un participant, d’excellent moyen de vivre sa vie (Essais, cf. lien vers cette oeuvre). D’emblée la notion de divertissement pascalienne prend tout son sens : "La seule chose qui nous console de nos misères est le divertissement ; et cependant c’est la plus grande de nos misères" (Pensées, 171-414). Une contradiction est apportée à cette critique de ce mouvement qui peut nous être imposer : se hâter dans des tâches – ne pas prendre son temps – est une obligation dans notre vie en société. Mon travail – en entreprise, dans une administration, avec mes clients, à l’école, etc. – doit être fait dans un certain laps de temps, sauf à considérer qu’autrui, cet autrui qui dépend de mon travail, qui y participe même – un collègue, un professeur, un élève, un client, etc. – ne soit lésé, voire aliéné !

    Cela pourrait donc signifier, appuie un troisième participant, que cette vitesse dont nous faisons les frais, est, quelque part, non pas aliénante, mais source de liberté. "La vitesse est la forme d'extase dont la révolution technique a fait cadeau à l'homme" dit Milan Kundera (La Lenteur), auteur qu’une personne dans l’assistance cite avec justesse.

    Prendre son temps interroge notre rapport au travail, résume Bruno, mais aussi à l’économie. Comme le dit Guy Debord, "Le temps pseudo-cyclique est celui de la consommation de la survie économique moderne, la survie augmentée, où le vécu quotidien reste privé de décision et soumis… à la pseudo-nature développée dans le travail aliéné."

    Salvador-Dali-Tentation.jpgLes exemples sont nombreux de cette importance donnée à l’action immédiate. N’avons-nous pas, dit Claire, l’exemple de ces deux Présidents de la République : l’un, Nicolas Sarkozy ayant donné une place prépondérante à la réaction immédiate à tel ou tel événement d’actualité – et qui fut critiqué à de nombreuses reprises pour cela – et de l’autre son successeur à la tête de l’État, François Hollande, soucieux de réflexion et d’actions dans la durée, une position qui lui est tout autant critiquée ? Chacun voudrait des résultats là, tout de suite, chez l’un, lorsque chez l’autre on pouvait dénoncer la précipitation voire l’emportement dans ses décisions. 

    Cette dictature de l’immédiateté fait des victimes en nombre : abreuvés que nous sommes par les médias (encore pourrait-on les nommer "i-mmédias" !), nous avons le plus grand mal – et c’est encore plus vrai pour les jeunes générations – à prendre du recul sur l’actualité, à réfléchir en profondeur sur un sujet. Il apparaît que les jeunes générations sont particulièrement en première ligne de ce recul du sens critique. Le traitement de l’information, nous arrivant en flux ininterrompu, est réduit à sa portion congrue, alors même que les outils qui sont mises à notre disposition pourraient faire de nous des êtres extraordinairement bien in-formés

    Ces outils sont notre chance mais aussi, paradoxalement, une source d’aliénation. Bruno prend l’exemple des courriers électroniques qui ont grandement facilité notre vie quotidienne : combien de "temps perdu" avant l’apparition des e-mails et des SMS lorsque tel ou tel devait rédiger et envoyer une lettre ; aujourd’hui, au contraire, écrire se fait en quelques secondes, dans l’immédiateté. Ces technologiques relativement récentes nous ont, certes, permis de "libérer du temps". Cependant, tout se passe comme si ce temps libéré ne servait en propre qu’à nous assigner de nouvelles tâches. Ce n’est plus la liberté qui est érigée en maître mot de nos sociétés post-modernes mais l’efficacité et une gestion optimisée du temps et que nombre de cadres connaissent bien (ce sont les formations professionnelles ad hoc pour "optimiser le temps"). Un participant, singulièrement ancien chef d’entreprise, se fait critique sur cette priorité donnée, en milieu professionnelle, à l’accélération des tâches et à l’importance, vaine selon lui, du travail accompli dans la vitesse : "Travailler vite ne sert à rien : je le sais d’expérience… L’essentiel est que le travail soit fait et bien fait…

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    Il est patent de constater que la lenteur a été encouragée par nombre de philosophes et de penseurs, de Montaigne ("Je passe le temps, quand il est mauvais et incommode ; quand il est bon, je ne le veux pas passer, je le retâte, je m'y tiens. Il faut courir le mauvais et se rasseoir au bon.") à Simone de Beauvoir ("Ils se contentent de tuer le temps en attendant que le temps les tue") en passant par Schopenhauer ("Tout ce qui est exquis mûrit lentement."). Plus près de nous, Hartmut Rosa, de l'université Friedrich-Schiller d'Iéna, parle dans son essai Accélération de "critique sociale du temps" en tant que source d’aliénation dans nos sociétés post-modernes (cf. ce lien pour aller plus loin). Un participant cite également l’essai Éloge de la Lenteur de Carl Honoré. Pourtant, il existe singulièrement un philosophe – et pas des moindres – qui a encouragé de son côté l’occupation pleine et entière du temps. Platon – puisque c’est de lui dont il s’agit – affirme ainsi : "Il faut que l'emploi du temps de tous les hommes libres soit réglé dans la totalité de sa durée, à commencer presque depuis l'aube du jour sans la moindre interruption jusqu'à l'aube du jour suivant." Voilà un projet qui étonne les participants du café philo ! Encore faut-il préciser, dit Bruno, que ce projet – digne de 1984 – visait les hommes libres, déjà déchargés du travail dévolu aux esclaves, aux femmes et aux étrangers (les metoikos)...

    Que le temps – notre temps – soit "perdu" revient à nous interroger sur ce qu’est ce temps et en quoi il est nôtre. Cette étape dans notre débat est essentielle mais particulièrement ardue, dit Claire en citant saint Augustin : "Qu'est-ce donc que le temps ? Si personne ne me le demande, je le sais : mais que je veuille l'expliquer à la demande, je ne le sais pas !" Le temps a-t-il réellement été bien défini par les philosophes, interroge une participante ? Le connaît-on réellement? Ce temps de l’horloge – cette horloge qui guide nos journées pour le meilleur et pour le pire – n’est-il pas un instrument artificiel ? Répondre par l’affirmatif c’est nier ce temps biologique qui fait que le jeune enfant réclame nourriture et sommeil à des intervalles précises. Le temps a été un sujet débattu depuis des lustres par les philosophes. Claire évoque Emmanuel Kant (Critique de la Raison pure) qui a cristallisé une définition du temps : il considère le temps comme ayant la forme a priori de notre sensibilité. Il est transcendant à tout, c’est-à-dire que tous les phénomènes présupposent son existence. Sa représentation nous est malgré tout (et c’est paradoxal !) bien différente : ce temps, facteur d’ordre et horizon indépassable, nous apparaît bien réel (ainsi, nous n’éprouvons pas le temps de nos rêves, bien qu’ils soient composés d’événements se succédant). Comment aller plus loin dans cette explication du temps ? Au XXème siècle, Henri Bergson affirme que ce temps transcendant est aussi un temps vécu. Il suppose que chacun expérimente sa propre appréhension du temps. C’est le temps-durée qui rend un événement extrêmement long lorsqu’il est considéré comme peu agréable (un cours ennuyeux, par exemple) ou (trop) court lorsque cet événement m’apporte satisfaction (un rendez-vous amoureux, un film passionnant, etc.), ce que chacun de nous a expérimenté, dit une participante. Ce temps-durée, notre temps-durée, est aussi le temps du mouvement et du changement continuel, ce changement inexorable qui nous approche de notre mort.

    tempsC'est à l’aune de cette fin inéluctable que se mesure notre appréhension au temps et à la manière dont nous l’avons utilisé. N’est-ce pas la préoccupation de chacun d'entre nous ? L’utilisation de ce temps qui nous est imparti (un temps déifié, ajoute un participant pour qui Dieu est le Temps !) semble être la condition d’une vie bien remplie, ou, au contraire, d'une "vie bien ratée" – pour reprendre le titre d’un recueil de nouvelles de Pierre Autin Grenier (Toute une Vie bien ratée). Cette boutade ouvre en réalité la porte d’un formidable problème existentiel. Ce temps-durée s’écoulant sans cesse (cf. la célèbre citation d’Héraclite : "Tout s’écoule."), chaque seconde de notre existence est une seconde terminée, morte pour ainsi dire. En rejoignant le passé et ces autres souvenirs, il ne reste qu’une étroite fenêtre ouverte : celle du futur. Et quel futur ! Un futur angoissant au sens existentiel puisque chaque décision est le déchirement de devoir faire un choix inexorable et qui n’appellera aucun retour en arrière. Claire cite d'ailleurs une conversation récente avec un adolescent (et lycéen), angoissé littérallement par cette perspective. Prendre son temps est-ce le perdre ? A cette question, force est de constater que de toute manière "notre temps" est appelé à disparaître, à être perdu. Sauf, ajoute Claire, si l’on se prend à rêver de faire machine arrière et de revivre (voire de réparer) nos années passées, comme le montre si admirablement le film récent Camille redouble. Charmante et utopique solution ! 

    Finalement, notre seule arme véritable est dans l’action. L’existence précédant l’essence, comme le répétait Jean-Paul Sartre, il convient que nous nous construisions au milieu de nos semblables, grâce à ce temps qui nous est imparti. Notre temps, finalement, doit être celui de nos actions. Qu’on ne s’y trompe pas, précise Claire : la phrase sartrienne emblématique "L’enfer c’est les autres" n’est en rien un appel à la défiance envers mes contemporains : c’est la constatation que l’autre est celui ou celle par qui mon existence prend son sens. Je suis grâce à mes relations avec l’autre, cet autre qui me construit autant que je me construits. 

    Notre (premier) bouquin du mois

    sartre.jpgDans la continuité directe de ce débat, c’est une nouvelle fois Jean-Paul Sartre qui est évoqué, à travers une de ses œuvres les plus emblématiques : L’Existentialisme est un Humanisme (Pour aller plus loin, rendez-vous sur ce lien).

    Claire présente cet ouvrage éminemment important, publié après la sortie de l’œuvre majeure de Sartre L’Être et le Néant qui avait suscité incompréhension pour ne pas dire rejet. L’Existentialisme est un Humanisme, sorti en 1946, est la transcription d’une conférence donnée par Sartre en octobre 1945. Contre toute attente, cette conférence remporte un grand succès public. Quelques mois plus tard, parait le compte-rendu de cette conférence (intitulée : "L’existentialisme est un Humanisme").

    Ce livre constitue une présentation synthétique et claire de l’existentialisme, mal compris jusqu’alors. Sartre y développe sa conception de la liberté, intrinsèque à l’homme : "L’homme est condamné à être libre". Pour reprendre Dostoïevski, "si Dieu n’existe pas, tout est permis" car, en l’absence de tout projet divin il n’y a pas de nature humaine a priori qui déterminerait la condition de chaque homme. L’expérience religieuse, pour l’homme athée, n’est d’aucun secours : tout doit dépendre de la volonté et de l’action de chaque homme. Sartre résume cette position par cette phrase : "L’existence précède l’essence". L’existentialisme entend dévoiler en pleine lumière la liberté, dans toute sa puissance mais aussi toute sa crudité. Par là, puisque je suis libéré de toute intention transcendante, mes comportements me révèlent en tant qu’individu libre. Libre, souverain mais aussi solitaire dans cette attitude. Car cette liberté se construit également dans l’angoisse existentielle.

    Que l’existentialisme soit une philosophie de l’action individuelle (ce qui n’a pas été sans susciter des critiques de la part des théoriciens marxistes) n’en fait pas une théorie du repli sur soi. L’existentialisme est bien un humanisme, dit Sartre  dans le sens où chacun, en étant responsable de lui-même est aussi responsable de l’humanité toute entière : "Tout se passe comme si pour tout homme, toute l’humanité avait les yeux fixés sur ce qu'il fait". L’homme, à chaque instant, se projette en avant, dans ses projets. Il s’invente, sans la condition d’une force transcendantale qui le dépasserait. Nos actes prennent sens en tant qu’actes exemplaires qui ne nous engagent pas qu’individuellement : ils doivent être cohérents avec notre conception de l’humanité. Notre responsabilité l’engage. Finalement, la seule nature universelle de l’homme est celle d’être au monde, d’être au milieu des autres hommes et d’être mortel. 

    Ce premier café philosophique de la saison se termine par le choix du sujet de la séance du 19 octobre. Quatre sujets étaient proposés : "La vérité est-elle toujours bonne à dire ?", "Un bon citoyen peut-il être hors-la-loi ?", "Et si on parlait d’amour ?" et "La mort" (sujet proposé par une participante). Le sujet "La vérité est-elle toujours bonne à dire ?" est choisi à la majorité. Rendez-vous est pris pour ce débat le vendredi 19 octobre 2012 à 19H à la Brasserie du Centre commercial de la Chaussée.

    Philo-galerie

    Pour illustrer ce compte-rendu, nous avons choisi des œuvres du peintre espagnol Salvador Dalí.

     

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  • ILS ONT DIT, AU SUJET DU TEMPS...

    temps

    "Tout s’écoule." [Héraclite]

    "Le Temps… imite l'éternité et se déroule en cercle suivant le Nombre." [Platon]

    "Il faut que l'emploi du temps de tous les hommes libres soit réglé dans la totalité de sa durée, à commencer presque depuis l'aube du jour sans la moindre interruption jusqu'à l'aube du jour suivant." [Platon]

    "Le temps est en soi plutôt cause de destruction, puisqu’il est nombre du mouvement et que le mouvement défait ce qui est." [Aristote

    "La patience a beaucoup plus de pouvoir que la force. " [Plutarque]

    "C’est du seul présent, en effet, que l’on peut être privé, puisque c’est le seul présent qu’on a et qu’on ne peut perdre ce qu’on n’a point." [Marc-Aurèle]

    " "Qu'est-ce donc que le temps ? Si personne ne me le demande, je le sais : mais que je veuille l'expliquer à la demande, je ne le sais pas !" [s. Augustin]

    "Tes années ni ne vont ni ne viennent ; les nôtres vont et viennent." [s. Augustin]

    "Le temps mûrit toute choses ; par le temps toutes choses viennent en évidence ; le temps est père de la vérité." [François Rabelais]

    "Je passe le temps, quand il est mauvais et incommode ; quand il est bon, je ne le veux pas passer, je le retâte, je m'y tiens. Il faut courir le mauvais et se rasseoir au bon." [Montaigne

    "Que chacun examine ses pensées, il les trouvera toutes occupées au passé et à l’avenir. Nous ne pensons presque point au présent." [Blaise Pascal]

    "Le monde avec lenteur marche vers la sagesse." [Voltaire

    "Tout ce qui est exquis mûrit lentement." [Arthur Schopenhauer]

    "L'espace est la forme de ma puissance, le temps de mon impuissance." [Jules Lagneau]

    "Toute vérité est courbée. Le temps lui-même est un cercle." [Friedrich Nietzsche]

    "Fermer de temps en temps les portes de et les fenêtres de la conscience, demeurer insensible au bruit et à la lutte que le monde souterrain des organes à notre service livre pour s'entraider ou s'entre-détruire ; faire silence, un peu... Nulle jouissance de l'instant présent ne pourraient exister sans faculté d'oubli." [Friedrich Nietzsche]

    "Un temps qui ne serait pas une succession d'années, de mois, de semaines, de jours,  d'heures! Ce serait quelque chose d'à peu près impensable. Nous ne pouvons concevoir le temps qu'à condition d'y distinguer des moments différents." [Emile Durkheim]

    "Aussitôt que nous jugeons que quelque chose existe dans le temps, nous sommes dans l'erreur." [John Ellis McTaggart]

    "Le temps n'a qu'une réalité, celle de l'Instant." [Gaston Bachelard

    "Ils se contentent de tuer le temps en attendant que le temps les tue." [Simone de Beauvoir]

    "Qu'est-ce que l'instant présent ? C'est le moment qui comporte un peu de passé et un peu d'avenir. Le présent en soi est comme le point en géométrie. Le présent en soi n'existe pas. Ce n'est pas une donnée immédiate de notre conscience." [Jorge Luis Borges]

    "Le temps pseudo-cyclique est celui de la consommation de la survie économique moderne, la survie augmentée, où le vécu quotidien reste privé de décision et soumis… à la pseudo-nature développée dans le travail aliéné." [Guy Debord]

    "La vitesse est la forme d'extase dont la révolution technique a fait cadeau à l'homme. " [Milan Kundera]

    "La présence est une intensité." [Tristan Garcia]


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  • ILS ONT DIT, AU SUJET DU HASARD...

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    "Parmi les choses répandues au hasard, le plus beau : le cosmos. L'harmonie invisible plus belle que le visible. Nature aime se cacher." [Héraclite d'Ephèse]

    "La vie de l'homme dépend de sa volonté ; sans volonté, elle serait abandonnée au hasard." [Confucius]

    "Aucune chose ne devient sans cause, mais tout est l'objet d'une loi [raison] (λόγος), et sous la contrainte de la nécessité" [Leucippe]

    "Tout ce qui existe dans l'univers est le fruit du hasard et de la nécessité." [Démocrite]

    "Nécessairement, le hasard a beaucoup de pouvoir sur nous, puisque c'est par hasard que nous vivons." [Sénèque]

    "Si Dieu existe, tout est bien ; si les choses vont au hasard, ne te laisse pas aller, toi aussi, au hasard." [Marc-Aurèle]

    "Le hasard gouverne un peu plus de la moitié de nos actions, et nous dirigeons le reste." [Nicolas Machiavel]

    "Le hasard, donnée fictive qui de la même façon fait de la création de l'homme un événement tant inexplicable qu'incontrôlable, dissimulé sous le voile d'une cause extérieure inaccessible à l'entendement humain." (Descartes, Méditations métaphysiques)

    "Il n'y a point de hasard." [Voltaire, Zadig]

    "La Providence est le nom chrétien, le nom de baptême du hasard." [Alphonse Karr]

    "Le hasard ? Mais c'est Dieu qui garde l'anonymat." [Edouard Pailleron]

    "Partout où le hasard semble jouer à la surface, il est toujours sous l'empire de lois internes cachées, et il ne s'agit que de les découvrir." [Friedrich Engels]

    "Nul vainqueur ne croit au hasard." [Friedrich Nietzsche, Le Gai Savoir]

    "Il faut, dans la vie, faire la part du hasard. Le hasard, en définitive, c'est Dieu." [Anatole France]

    "La beauté, c'est l'harmonie du hasard et du bien." [Simone Weil]

    "Le hasard, c'est le purgatoire de la causalité." [Jean Baudrillard]

    "Laissons le choix au Hasard, cet homme de paille de Dieu." [Marguerite Yourcenar]

    "Ce que nous appelons le hasard n'est que notre incapacité à comprendre un degré d'ordre supérieur." [Jean Guitton]

    "L'homme sait enfin qu'il est seul dans l'immensité indifférente de l'univers d'où il a émergé par hasard. Non plus que son destin, son devoir n'est écrit nulle part. A lui de choisir entre le royaume et les ténèbres." [Jacques Monod, Le Hasard et la Nécessité]

    "Un événement n'est pas disqualifié par son caractère accidentel, au contraire c'est le hasard qui lui donne sa beauté, sa poésie." [Milan Kundera]

     

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  • ILS ONT DIT, AU SUJET DE L'ART...

    A l’origine de l’art poétique dans son ensemble, il semble bien y avoir deux causes, toutes deux naturelles. Imiter est en effet, dès leur enfance, une tendance naturelle aux hommes – et ils se différencient des autres animaux en ce qu’ils sont des êtres fort enclins à imiter et qu’ils commencent à apprendre à travers l’imitation –, comme la tendance commune à tous, de prendre plaisir aux représentations ; la preuve en est ce qui se passe dans les faits : nous prenons plaisir à contempler les images les plus exactes de choses dont la vue nous est pénible dans la réalité, comme les formes d’animaux les plus méprisés et des cadavres. Une autre raison est qu’apprendre est un grand plaisir non seulement pour les philosophes, mais pareillement aussi pour les autres hommes – quoique les points communs entre eux soient peu nombreux à ce sujet. On se plaît en effet à regarder les images car leur contemplation apporte un enseignement et permet de se rendre compte de ce qu’est chaque chose, par exemple que ce portrait-là, c’est un tel ; car si l’on se trouve ne pas l’avoir vu auparavant, ce n’est pas en tant que représentation que ce portrait procurera le plaisir, mais en raison du fini dans l’exécution, de la couleur ou d’une autre chose de ce genre.

    Aristote, Poétique, IV


    De ce qui a été dit résulte clairement que le rôle du poète est de dire non pas ce qui a réellement eu lieu mais ce à quoi on peut s’attendre, ce qui peut se produire conformément à la vraisemblance ou à la nécessité. En effet, la différence entre l’historien et le poète ne vient pas du fait que l’un s’exprime en vers ou l’autre en prose (on pourrait mettre l’œuvre d’Hérodote en vers, et elle n’en serait pas moins de l’histoire en vers qu’en prose) ; mais elle vient de ce que l’un dit ce qui a eu lieu, l’autre ce à quoi l’on peut s’attendre. Voilà pourquoi la poésie est une chose plus philosophique et plus noble que l’histoire : la poésie dit plutôt le général, l’histoire le particulier. Le général, c’est telle ou telle chose qu’il arrive à tel ou tel de dire ou de faire, conformément à la vraisemblance ou à la nécessité ; c’est le but visé par la poésie, même si par la suite elle attribue des noms aux personnages. Le particulier, c’est ce qu’a fait Alcibiade, ou ce qui lui est arrivé.

    Aristote, Poétique, IX


    D’une façon générale, il faut dire que l’art, quand il se borne à imiter, ne peut rivaliser avec la nature, et qu’il ressemble à un ver qui s’efforce en rampant d’imiter un éléphant. Dans ces reproductions toujours plus ou moins réussies, si on les compare aux modèles naturels, le seul but que puisse se proposer l’homme, c’est le plaisir de créer quelque chose qui ressemble à la nature. Et de fait, il peut se réjouir de produire lui aussi, grâce à son travail, son habileté, quelque chose qui existe déjà indépendamment de lui. Mais justement, plus la reproduction est semblable au modèle, plus sa joie et son admiration se refroidissent, si même elles ne tournent pas à l’ennui et au dégoût. Il y a des portraits dont on a dit spirituellement qu’ils sont ressemblants à vous donner la nausée. Kant donne un autre exemple de ce plaisir qu’on prend aux imitations : qu’un homme imite les trilles du rossignol à la perfection comme cela arrive parfois, et nous en avons vite assez ; dès que nous découvrons que l’homme en est l’auteur, le chant nous paraît fastidieux  ; à ce moment nous n’y voyons qu’un artifice, nous ne le tenons ni pour une œuvre d’art, ni pour une libre production de la nature.

    Friedrich Hegel, Introduction à l’esthétique

    L'art ne reproduit pas le visible, il rend visible.

    Paul Klee


    La peinture linéaire pure me rendait fou depuis longtemps lorsque j’ai rencontré Van Gogh qui peignait, non pas des lignes ou des formes, mais des choses de la nature inerte comme en pleines convulsions.
    Et inertes.
    Comme sous le terrible coup de boutoir de cette force d’inertie dont tout le monde parle à mots couverts, et qui n’est jamais devenue si obscure que depuis que toute la terre et la vie présente se sont mêlées de l’élucider.
    Or, c’est de son coup de massue, vraiment de son coup de massue que Van Gogh ne cesse de frapper toutes les formes de la nature et les objets.
    Cardés par le clou de Van Gogh,
    les paysages montrent leur chair hostile,
    la hargne de leurs replis éventrés,
    que l’on ne sait quelle force étrange est, d’autre part, en train de métamorphoser. (…)
    Je crois que Gauguin pensait que l’artiste doit rechercher le symbole, le mythe, agrandir les choses de la vie jusqu’au mythe,
    alors que Van Gogh pensait qu’il faut savoir déduire le mythe des choses les plus terre-à-terre de la vie.
    En quoi je pense, moi, qu’il avait foutrement raison.
    Car la réalité est terriblement supérieure à toute histoire, à toute fable, à toute divinité, à toute surréalité.

    Antonin Artaud, Van Gogh le Suicidé de la Société, 1947

    Diotime : Voilà donc quelle est la droite voie qu’il faut suivre dans le domaine des choses de l’amour ou sur laquelle il faut se laisser conduire par un autre : c’est, en prenant son point de départ dans les beautés d’ici-bas pour aller vers cette beauté-là, de s’élever toujours, comme au moyen d’échelons, en passant d’un seul beau corps à deux, de deux beaux corps à tous les beaux corps, et des beaux corps aux belles occupations, et des occupations vers les belles connaissances qui sont certaines, puis des belles connaissances qui sont certaines vers cette connaissance qui constitue le terme, celle qui n’est autre que la science du beau lui-même, dans le but de connaître finalement la beauté en soi.

    Platon, Le Banquet, 211b-211c


    Nous avons l’art afin de ne pas mourir de la vérité.

    Nietzsche, Werke, XVI, 248


    L’art favorise la vie en rendant l’horreur sublime et l’absurde comique.

    Nietzsche


    Ce qui donne au tragique, quelle qu’en soit la forme, son élan particulier vers le sublime, c’est la révélation de cette idée que le monde, la vie sont impuissants à nous procurer aucune satisfaction véritable et sont par suite indignes de notre attachement : telle est l’essence de l’esprit tragique ; il est donc le chemin de la résignation.

    Arthur Schopenhauer, Le Monde comme Volonté et Représentation, Supplément, chap. 37


    La beauté est une promesse du bonheur.

    Stendhal, De l’amour


    Attrait de l’imperfection. – Je vois ici un poète qui, comme tant d’hommes, exerce un plus grand attrait par ses imperfections que par ce qui sous sa main s’arrondit et prend une forme parfaite – c’est même sa suprême incapacité, bien plus que la richesse de sa force, qui lui confère son avantage et sa gloire. Son œuvre n’exprime jamais pleinement ce qu’il voudrait vraiment exprimer, ce qu’il voudrait avoir vu : il semble avoir eu l’avant-goût d’une vision, mais jamais cette vision elle-même : – mais son âme a conservé une formidable concupiscence pour cette vision, et c’est d’elle qu’il tire l’éloquence, tout aussi formidable, de son aspiration et de sa faim dévorante. Grâce à elle, il élève celui qui l’écoute au-dessus de son œuvre et de toutes les « œuvres » et lui donne des ailes pour atteindre les hauteurs où n’atteignent jamais sans cela les auditeurs : et ainsi, devenus eux-mêmes des poètes et des voyants, ils vouent à l’auteur de leur bonheur une admiration aussi grande que s’il les avait menés immédiatement à la contemplation de son objet le plus sain, de son objet suprême, que s’il avait atteint son but que s’il avait réellement vu et communiqué sa vision. Sa gloire tire profit de ce qu’il n’a pas réussi à atteindre son but.

    Nietzsche, Le Gai Savoir, § 79


    Suspendre le jugement moral ce n’est pas l’immoralité du roman, c’est sa morale. La morale qui s’oppose à l’indéracinable pratique humaine de juger tout de suite, sans cesse, et tout le monde, de juger avant et sans comprendre. Cette fervente disponibilité à juger est, du point de vue de la sagesse du roman, la plus détestable bêtise, le plus pernicieux mal. Non que le romancier conteste, dans l’absolu, la légitimité du jugement moral, mais il le renvoie au-delà du roman. Là, si cela vous chante, accusez Panurge pour sa lâcheté, accusez Emma Bovary, accusez Rastignac, c’est votre affaire ; le romancier n’y peut rien.

    Milan Kundera, Les Testaments trahis, I


    L’humour : l’éclair divin qui découvre le monde dans son ambiguïté morale et l’homme dans sa profonde incompétence à juger les autres ; l’humour : l’ivresse de la relativité des choses humaines ; le plaisir étrange issu de la certitude qu’il n’y a pas de certitude.

    Milan Kundera, Les Testaments trahis, 1993


    Ce n’est pas un art (…) qui se trouve en toi et te rend capable de bien parler d’Homère. Non, c’est une puissance divine qui te met en mouvement, comme cela se produit dans la pierre qu’Euripide a nommée Magnétis, et que la plupart des gens appellent Héraclée. [...] La Muse, à elle seule, transforme les hommes en inspirés du dieu. Et quand par l’intermédiaire de ces êtres inspirés, d’autres hommes reçoivent l’inspiration du dieu, eux aussi se mettent à la chaîne !

    Platon, Ion, 533d-e

    La joie féconde, la douleur enfante.

    William Blake


    Il faut avoir du chaos en soi pour enfanter une étoile dansante.

    Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra


    Les abrutis ne voient le beau que dans les belles choses.

    Arthur Cravan

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  • L'ART : UN SIMPLE DIVERTISSEMENT ?

    kundera.jpgOn a souvent l’impression que l’art influence la population. Il semblerait même que toute génération possède le sien - chaque décennie s’intéressant à un courant musical ou littéraire méprisé par les personnes plus ou moins âgées, du fait de leurs goûts taxés de mauvais, voire même de scandaleux. Dans cette mesure l’art apparaît comme le symbole d’une idéologie et même comme la représentation d’une « philosophie » de vie. Ainsi, un lecteur de Kundera est présupposé anxieux et pessimiste alors qu’un adepte de reggae adopte une certaine quiétude et s’apparente à un épicurien. L’art, qu’il soit populaire ou non, semble donc posséder un certain impact sur la société. Pourtant, son efficacité est moindre dans la mesure où il n’a jamais pu changer la course du monde. Comme George Steiner l’explique dans Le Château de Barbe Bleue l’art est inefficace dans sa volonté pratique. « Quel poème a jamais enrayé ou tempéré le règne de la terreur ? » demande-t-il ainsi ?

    Le propos tenu par Hegel sur la philosophie pourrait ainsi s’appliquer à l’art. Il « vient trop tard. Lorsque [l’art] peint du gris sur du gris, une forme de vie a vieilli et elle ne se laisse pas rajeunir avec du gris sur du gris ». L’art vient en effet trop tard pour changer le monde et peut seulement nous le re-présenter, en peignant « du gris sur du gris ». Se demander si l’art sert à quelque chose, c’est ainsi s’interroger sur l’existence d’une fonction, et plus particulièrement pratique, de l’ensemble des productions humaines visant un idéal esthétique. L’art est-il nécessairement fortuit, gratuit, et vain ou peut-il prétendre à un impact ? Finalement l’art a-t-il un pouvoir sur le monde, doit-il nous enseigner ce qu’il est, ou n’est-il qu’un passe-temps innocent et inoffensif ?

    hugo3.jpgA première vue l’art ne sert à rien, il est lui-même sa propre fin. Il s’inscrit dans la vacuité, la vanité et c’est cela que l’on aime chez lui…

    Pourtant, lorsqu’on s’intéresse à l’histoire des artistes, des exemples, comme l’autorité de Victor Hugo, peuvent frapper. On pourrait rétorquer que son influence résulte de son rôle politique effectif. Néanmoins, c’est le recueil Les Châtiments qui devient son arme la plus efficace contre Napoléon III. L’art a du reste été l’outil de propagande de plus d’un gouvernement, et l’objet de censures multiples. En tant que forme sociale, il semblerait donc que les œuvres d’art soit davantage qu’un divertissement : même fortuites elles apparaissent comme des messages spéciaux ! L’art, pour changer le monde arrive trop tard, mais ne peut-il pas au moins nous révéler une partie de ce qu’il est et que nous ne prenons pas le temps, ou que nous ne pouvons pas voir ?


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