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  • Damasio : Est-ce que le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas ?

    David Hume, qui a si bien traité du rôle et de la valeur de la sensibilité et des émotions, serait certainement d'accord avec mon point de vue ; Pascal, qui disait que « le cœur a ses raisons, que la raison ne connaît point », aurait sans doute trouvé plausibles les explications précédentes. J'aurais, pour ma part, envie de modifier sa formule de la façon suivante : l'organisme a certaines raisons, que la raison doit absolument prendre en compte. Mais il n'est certes pas douteux que les processus sous-tendant la faculté de raisonnement doivent se poursuivre bien au-delà des raisons du cœur. D'une part, en recourant aux instruments de la logique, nous vérifions l'adéquation des choix que nous avons été poussés à faire sous l'influence du système de recherche d'objectifs préférés. D'autre part, nous dépassons le stade des « raisons du cœur », en appliquant la stratégie des déductions et des inductions dans le cadre de propositions verbales explicites. (Après avoir achevé ce manuscrit, j'ai découvert que plusieurs auteurs avaient émis des idées compatibles avec les miennes. Ainsi, J. St. B. T. Evans a récemment proposé qu'il existerait deux variantes de la faculté de raisonnement, se rapportant pratiquement aux deux domaines que j'ai envisagés ici [d'une part, le domaine personnel/social ; et d'autre part, tout ce qui est en dehors de celui-ci] ; le philosophe Ronald De Sousa a soutenu que les émotions sont intrinsèquement rationnelles ; et P. N. Johnson-Laird et Keith Oatley ont suggéré que certaines émotions fondamentales nous aident à nous conduire de façon rationnelle.)

    Antonio R. Damasio, L'erreur de Descartes : La raison des émotions (2008)

    Photo : Pexels - Jo Kassis

     

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  • Damasio : "L'erreur de Descartes"

    La distinction entre maladies du “cerveau” et maladies “mentales”, entre problèmes “neurologiques” et “psychologique”, relève d’un héritage culturel malheureux qui imprègne toute la société, en général, et la médecine en particulier. Elle reflète une méconnaissance fondamentale des rapports entre le cerveau et l’esprit. Dans le cadre de cette tradition, on estime que les maladies du cerveau sont des affections dont on ne peut blâmer ceux qui en sont atteints, tandis que les maladies psychologiques, et surtout celles qui touchent à la façon de se conduire et aux réactions émotionnelles, sont des troubles de la relation interpersonnelle, dans lesquels les malades ont une grande part de responsabilité. Dans ce contexte, il est courant de reprocher aux individus leurs défauts de caractère, le déséquilibre de leurs réactions émotionnelles, et ainsi de suite; le manque de volonté est considéré comme la source primordiale de tous leurs problèmes.

    Antonio R. Damasio, L'erreur de Descartes : La raison des émotions (2008)

    Photo : Pexels -  Marcela Alessandra

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  • Damasio : L'autre moi-même

    81eSqUCjlJL.jpgIl n'est pas douteux que le cerveau enregistre les entités – ou plutôt à quoi une entité ressemble, quel bruit elle fait et comment elle agit – et les préserve pour s'en souvenir par la suite. C'est vrai également des événements. On en déduit en général que le cerveau est un instrument d'enregistrement passif, comme du celluloïd, sur lequel les caractéristiques d'un objet, une fois analysées par des détecteurs sensoriels, peuvent être fidèlement cartographiées. Si l'œil est la caméra passive et innocente, le cerveau est la pellicule passive et vierge. Or c'est là pure fiction.

    L'organisme (c'est-à-dire le corps et son cerveau) interagit avec les objets, et le cerveau réagit à cette interaction. Au lieu d'enregistrer la structure d'une entité, en réalité, le cerveau enregistre les conséquences multiples des interactions de l'organisme avec l'entité concernée. Ce que nous mémorisons de notre rencontre avec un objet donné, ce n'est pas seulement sa structure visuelle cartographiée dans les images optiques de la rétine. Il faut aussi : premièrement, les structures sensorimotrices associées à la vision de l'objet (comme les mouvements des yeux et du cou, ou ceux de tout le corps, s'il y a lieu) ; deuxièmement, la structure sensorimotrice associée au toucher et à la manipulation de l'objet (s'il y a lieu) ; troisièmement, la structure sensorimotrice résultant de l'évocation de souvenirs préalablement acquis et pertinents à l'égard de l'objet ; quatrièmement, les structures sensorimotrices liées au déclenchement des émotions et des sentiments relatifs à l'objet.

    Ce que nous appelons en temps normal le souvenir d'un objet, c'est le souvenir composite des activités sensorielles et motrices liées à l'interaction entre l'organisme et l'objet pendant un certain laps de temps. L'éventail des activités sensorimotrices varie selon la valeur de l'objet et des circonstances. Et son étendue fluctue aussi en fonction d'eux. Nos souvenirs de certains objets sont régis par notre connaissance passée d'objets comparables ou de situations similaires à celle que nous vivons. C'est pourquoi nos souvenirs sont sujets aux préjugés, au sens plein de ce terme, lesquels sont liés à notre histoire passée et à nos croyances. Une mémoire parfaitement fiable est un mythe qui ne vaut que pour des objets triviaux. L'idée selon laquelle le cerveau pourrait avoir un « souvenir de l'objet » isolé ne semble pas tenable. Il garde un souvenir de ce qui s'est passé pendant une interaction, et cette dernière comprend notre passé, ainsi que souvent celui de notre espèce biologique et de notre culture.

    Le fait que nous percevions par engagement et non par réceptivité passive est le secret qui explique l'« effet proustien » de la mémoire. C'est pourquoi nous nous souvenons souvent de contextes plutôt que de choses isolées."

    Antonio Damasio, L'Autre Moi-Même (2010)

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