Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

cuxier

  • Attigui & Cukier : Les paradoxes de l’empathie

    Le terme d’"empathie" est de facture relativement récente, tant en psychologie qu’en philosophie morale2. Mais il permet de donner une nouvelle lecture à une controverse sur la nature du jugement moral qui traverse l’histoire de la philosophie, sous des vocables différents. En première approche, on peut dire que, d’un côté, se trouvent des philosophies qui condamnent les différentes formes de sympathie, pitié, compassion, commisération, etc, comme autant de manifestations déplacées du sentiment et de la singularité en morale. Pour prendre un exemple parmi bien d’autres, on peut trouver dans l’Éthique de Spinoza une définition de la commisération qui en fait une modalité de notre moderne empathie lorsqu’il affirme : "La commisération est une tristesse qu’accompagne l’idée d’un mal arrivé à un autre que nous imaginons être semblable à nous." Mais Spinoza s’appuie précisément sur cette définition pour condamner des actions secourables motivées par le sentiment et non par la raison. D’un autre côté, de nombreux penseurs ont au contraire fait de la capacité à "se mettre à la place d’autrui" ou à imaginer avec vivacité le sort d’autrui un élément essentiel du jugement moral droit. Rousseau ou Smith, que j’évoquerai un peu plus loin, constituent deux exemples de cette tendance.

    C’est dire que le développement récent de la psychologie de l’empathie offre l’occasion d’aborder une question qui est tout sauf secondaire pour la philosophie morale, et qu’elle offre une reformulation d’une question qui la travaille depuis longtemps. Déterminer le rôle de l’empathie dans le jugement moral, c’est bien toucher le cœur de notre conception de la moralité et des facultés que celle-ci doit mettre en œuvre pour fonctionner de manière adéquate.

    Le concept d’empathie intéresse la philosophie morale au moins pour trois raisons.

    D’abord, parce que l’empathie est couramment présentée comme une vertu en soi. Faire preuve d’empathie est considéré comme une « bonne » chose.

    Sous la direction de Patricia Attigui et Alexis Cukier, Les paradoxes de l’empathie (2019)

    Lien permanent Catégories : =>Saison. 17, Documents, Textes et livres, [123] "L’ennemi a-t-il le droit à notre empathie?" Imprimer 0 commentaire Pin it!