Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

  • MERCI AUX PARTICIPANTS DE LA DERNIÈRE SEANCE

    applause.gifMerci aux participants de la 20ème séance du café philosophique qui avait lieu le vendredi 27 janvier. 

    Le débat avait pour titre : "Vivre seul(e) ou mal accompagné(e) ?" Les participants étaient invités à discuter de cette question : "La vie est-elle trop courte pour s'ennuyer avec quelqu'un qui n'en vaut pas la peine ?" 

    Cette soirée philosophique a pour le moins inspiré les participants qui étaient venus  en nombre - pas moins de 70 personnes !

    Merci à eux. 

    Bientôt, sur ce site, le compte-rendu de cette séance.

    Prochain débat le vendredi 24 février 2012 à 18H30 à la brasserie du centre commercial de la Chaussée. Le sujet choisi aura pour titre : "L'école sert-elle à enseigner ou à éduquer ?

    A bientôt !

    Affiche de la prochaine séance

    Flyer de la prochaine séance


    Lien permanent Catégories : "L'école sert-elle à enseigner ou à éduquer ?", "Vivre seul(e) ou mal accompagné(e) ?", =>Saison 3 Imprimer
  • L'ASSERVISSEMENT DANS L'AMOUR, SELON SARTRE

    "Il arrive qu'un asservissement total de l'être aimé tue l'amour de l'amant. Le but est dépassé : l'amant se retrouve seul si l'aimé s'est transformé en automate. Ainsi l'amant ne désire-t-il pas posséder l'aimé comme on possède une chose : il réclame un type spécial d'appropriation. Il veut posséder une liberté comme liberté.

    sdb.jpgMais, d'autre part, il ne saurait se satisfaire de cette forme éminente de la liberté qu'est l'engagement libre et volontaire. Qui se contenterait d'un amour qui se donnerait comme pure fidélité à la foi jurée ? Qui donc accepterait de s'entendre dire : "Je vous aime parce que je me suis librement engagé à vous aimer et que je ne veux pas me dédire ; je vous aime par fidélité à moi-même ?" Ainsi l'amant demande le serment et s'irrite du serment. Il veut être aimé par une liberté et réclame que cette liberté comme liberté ne soit plus libre. Il veut à la fois que la liberté de l'Autre se détermine elle-même à devenir amour - et cela, non point seulement au commencement de l'aventure mais à chaque instant - et, à la fois, que cette liberté soit captivée par elle-même, qu'elle se retourne sur elle-même, comme dans la folie, comme dans le rêve, pour vouloir sa captivité. Et cette captivité doit être démission libre et enchaînée à la fois entre nos mains. Ce n'est pas le déterminisme passionnel que nous désirons chez autrui, dans l'amour, ni une liberté hors d'atteinte : mais c'est une liberté qui joue le déterminisme passionnel et qui se prend à son jeu."

    Sartre, L'Être et le Néant

     

    Lien permanent Catégories : "Vivre seul(e) ou mal accompagné(e) ?", =>Saison 3, Compilation de textes, Documents, Livres Imprimer
  • PROCHAIN CAFÉ PHILOSOPHIQUE LE VENDREDI 27 JANVIER

    Nous vous donnons rendez-vous le vendredi 27 janvier, à 18H30 à la Brasserie du centre commercial de la Chaussée.

    Cette vingtième séance du café philosophique de Montargis est intitulée "Vivre seul(e) ou mal accompagné(e) ?" et proposera de discuter de cette question : "La vie est-elle trop courte pour s'ennuyer avec quelqu'un qui n'en vaut pas la peine ?"

    Participation libre et gratuite.


    Lien permanent Catégories : "Vivre seul(e) ou mal accompagné(e) ?", =>Saison 3 Imprimer
  • L'ENNUI, SELON ALAIN

    "Il est bon d’avoir un peu de mal à vivre et de ne pas suivre une route toute unie. Je plains les rois s’ils n’ont qu’à désirer ; et les dieux s’il y en a quelque part, doivent être un peu neurasthéniques. On dit que dans les temps passés ils prenaient forme de voyageurs et venaient frapper aux portes ; sans doutes ils trouvaient un peu de bonheur à éprouver la faim, la soif et les passions de l’amour. Seulement, dès qu’ils pensaient un peu à leur puissance, ils se disaient que tout cela n’était qu’un jeu, et qu’ils pouvaient tuer leurs désirs s’ils le voulaient, en supprimant le temps et la distance. Tout compte fait ils s’ennuyaient ; ils ont dû se pendre ou se noyer, depuis ce temps-là ; ou bien ils dorment comme la belle au bois dormait. Le bonheur suppose sans doute toujours quelque inquiétude, quelque passion, une pointe de douleur ennui-686488.jpgqui nous éveil à nous-même. Il est ordinaire que l’on ait plus de bonheur par l’imagination que par les biens réels. Cela vient de ce que, lorsqu l’on a les biens réels, on croit que tout est dit, et l’on s’assied au lieu de courir. Il y a deux richesses ; celle qui laisse assis ennuie ; celle qui plait est celle qui veut des projets encore et des travaux, comme est pour le paysan un champ qu’il convoitait, et dont il est enfin le maître, car c’est la puissance qui plait, non point au repos, mais la puissance en action. L’homme qui ne fait rien n’aime rien. Apportez-lui des bonheurs tout faits, il détourne la tête comme un malade. Au reste qui n’aime mieux faire la musique que l’entendre ? Le difficile est ce qui plait. Aussi toutes les fois qu’il y a quelque obstacle sur la route, cela fouette le sang et ravive le feu. Qui voudrait jouer aux cartes sans risquer de perdre ? Voici un vieux roi qui joue avec des courtisans ; quand il perd, il se met en colère, et les courtisans le savent bien ; depuis que les courtisans ont bien appris à jouer, le roi ne perd jamais. Aussi voyez comme il repousse les cartes. Il se lève, monte à cheval ; il part pour la chasse ; mais c’est une chasse de roi, le gibier lui vient dans les jambes, les chevreuils aussi sont courtisans. J’ai connu plus d’un roi. C’étaient de petits rois, d’un petit royaume ; Rois dans leur famille, trop aimés, trop flattés, trop choyés, trop bien servis. Ils n’avaient point le temps de désire. Des yeux attentifs lisaient dans leur pensée. Eh bien, ces petits jupiters voulaient malgré tout lancer la foudre ; Ils inventaient des obstacles ; ils se forgeaient des désirs capricieux, changeaient comme un soleil de janvier, voulaient à tout prix vouloir, et tombaient de l’ennui dans l’extravagance. Que les dieux, s’ils ne sont pas morts d’ennui ne vous donnent pas à gouverner ces plats royaumes ; qu’ils vous conduisent par des chemins de montagnes ; Qu’ils vous donnent pour compagne quelque bonne mule d’Andalousie, qui ait les yeux comme des puits, le front comme une enclume et qui s’arrête tout à coup parce qu’elle voit sur la route l’ombre de ses oreilles."

    Alain, Propos

    Source : http://www.webphilo.com/textes/voir.php?numero=453061522

    Lien permanent Catégories : "Vivre seul(e) ou mal accompagné(e) ?", =>Saison 3, Compilation de textes, Documents, Livres Imprimer
  • CE QUE MADELINE A FAIT EN 2011...

    Durant l'année 2011, une jeune Américaine, Madeline, a filmé pendant un an, quotidennement, à Los Angeles et ailleurs, quelques instants de sa vie. Elle en a tiré un montage de 365 courtes séquences d'une seconde. Le résultat est cette vidéo, This is what Madeline did in 2011 : de courts instants de bonheur, seule, avec sa famille ou ses amis. Voici ce qu'elle dit sur son travail : "J'espère que cette vidéo vous donnera envie de chérir chaque jour de votre vie et de trouver des beaux et des bons moments même dans les pires journées..."

    Egalement sur ce lien : http://vimeo.com/34874881

     

    Lien permanent Catégories : "Vivre seul(e) ou mal accompagné(e) ?", =>Saison 3, Philo-galerie, Vidéos/cinéma/TV Imprimer
  • UNIVERS SURRÉALISTES ET DÉLIRES PHILOSOPHIQUES

    castafiore7.jpg

    Du vert, beaucoup de vert, un immense plateau vert pomme sur lequel évoluent d’énigmatiques vibrions colorés eighties, de la perruque et de la fringue décalée, six danseurs loufoques réunis donc dans un Système Castafiore plus vivant que jamais, et totalement déjanté.

    Karl Biscuit et Marcia Barcellos signent là une pièce millimétrée, explosive mais parfaitement maîtrisée. Composée de quatre-vingt personnages interprétés simultanément ou successivement par les six danseurs-acteurs du Système, cette encyclopédie élégamment Tatiesque utile le matériau sonore pour incarner la multitude de ses personnages chorégraphiés : fragments d’interviews france-cul, boucles radios d’un autre monde, extraits de films ou de séries tv, ces sources sonores mimées par les acteurs sont drôles, décalées, impeccablement ludiques, le tout dans une succession étourdissante d’apparitions-disparitions où la virtuosité des danseurs est servie par l’imagination débridée de la mise en scène.

    Pas de temps mort donc pour ce ballet très Monsieur Hulot, ultraspeedé, composé d’une mulitude de plans et d’arrières plans où rien n’est immobile, où se passe toujours quelque chose, si possible de parfaitement incongru. Cette Encyclopédie bruitiste et glamour se construit de fulgurances visuelles et de télescopages de sens, elle étalonne et mixe, organisant son déroulement mécanique de ballet futuriste comme un gigantesque cut-up sans fin, un collage magistral.

    C’est un regard parfaitement cynique jeté sur notre monde contemporain que nous propose cette encyclopédie-là, un digest de l’inanité du speed de nos sociétés, toujours plus véloces, rapides, agitées pour toujours moins de matière et de sens. Le remarquable travail sonore servant à merveille l’extravagante chorégraphie et le jeu brillant de ce petit ballet tout fou.

    Un spectacle très visuel, à la limite de la performance et toujours éminemment plastique. Même si le décor, le cadre plutôt, est résolument ascétique, minimaliste, le foisonnement des costumes, perruques et accessoires très colorés années 80, quasi Deschiens par moments, s’accorde extraordinairement avec le chromatisme sonore des archives, voix éclatées, voix multiples et parfois d’outre-tombe, extraits de conférences ou de talk-shows pontifiants, onomatopées et verbiages, tout y est pour tisser un croisement monstrueux de signes et de sens qui forment patiemment cette toile envoutante, réglée pour un format idéal : 65 minutes de pur délice qui se termine, comme il se doit, par la voix tressautante du Momo pour en finir avec le jugement de Dieu. Belle conclusion et aimable clin-d’œil au plus vital de nos poètes.

    Installée dans l’arrière-pays niçois, la compagnie était l’invitée des Hivernales d’été du festival, dont elle illustrait les visuels. Une belle proposition qui nous amenait à penser la danse contemporaine comme autre chose qu’un laboratoire un peu glacé, mais plutôt comme une fête où humour et émotion servent superbement un programme chorégraphique exigeant et une expérimentation riche en potentiel poétique. Que la Castafiore continue donc longtemps de rire en son mirroir !

    Marc Roudier 2008 (Avignon Off)


    Lien permanent Catégories : Quelques news en philo mais pas que Imprimer
  • PROCHAIN CAFÉ PHILOSOPHIQUE LE 27 JANVIER 2012

    herazeus.jpgLe prochain débat du café philosophique de Montargis aura lieu cette semaine, le vendredi 27 janvier à 18H30 à la Brasserie du centre commercial de la Chaussée. Le thème de cette séance, qui aura pour titre "Vivre seul(e) ou mal accompagné(e) ?", proposera de répondre à cette question : "La vie est-elle trop courte pour s'ennuyer avec quelqu'un qui n'en vaut pas la peine ?"

    Après avoir cherché le sens de sa vie durant plusieurs années, s’être affranchi de la société de consommation américaine, avoir fait fi de toutes les convenances, abandonné son diplôme, sa famille ou sa fiancée, Chris McCandless, aventurier américain devenu célèbre grâce au film de Sean Penn Into the Wild, a écrit en guise d’épitaphe : "Le bonheur ne vaut que s’il est partagé".

    Les participants du prochain café philosophique de Montargis seront invités à répondre à cette question. S’arrêter sur l’adage populaire qui affirme – peut-être un peu vite ? – qu’il vaut mieux vivre seul que mal accompagné c’est aussi se poser d’autres interrogations : l’être humain peut-il se passer d’autrui ? Quel est le rôle de ce dernier pour moi ? Est-il le sens de ma vie ou me gêne-t-il, m’encombre-t-il ? Peut-on parler d’Amour vrai et véritable ? Comment aimer absolument et de façon désintéressée ?

    Claire et Bruno proposent à tous de venir débattre de ces questions le vendredi 27 janvier à 18 h 30 lors du prochain café philosophique de Montargis, à la Brasserie du centre commercial de la Chaussée. Participation libre et gratuite.

    Lien permanent Catégories : "Vivre seul(e) ou mal accompagné(e) ?", =>Saison 3 Imprimer
  • L'ORIGINE DE L'AMOUR SELON PLATON

    homme_femme 2.jpg"Jadis la nature humaine était bien différente de ce qu'elle est aujourd'hui. D'abord il y avait trois sortes d'hommes : les deux sexes qui subsistent encore, [189e] et un troisième composé de ces deux-là ; il a été détruit, la seule chose qui en reste c'est le nom. Cet animal formait une espèce particulière et s'appelait androgyne, parce qu'il réunissait le sexe masculin et le sexe féminin ; mais il n'existe plus, et son nom est en opprobre.

    En second lieu, tous les hommes présentaient la forme ronde ; ils avaient le dos et les côtes rangés en cercle, quatre bras, quatre jambes, deux visages attachés à un cou orbiculaire, et parfaitement semblables ; [190a] une seule tête qui réunissait ces deux visages opposés l'un à l'autre ; quatre oreilles, deux organes de la génération, et le reste dans la même proportion. Ils marchaient tout droit, comme nous, et sans avoir besoin de se tourner pour prendre tous les chemins qu'ils voulaient. Quand ils voulaient aller plus vite, ils s'appuyaient successivement sur leurs huit membres, et s'avançaient rapidement par un mouvement circulaire, comme ceux qui, les pieds en l'air, font la roue. La différence qui se trouve entre ces trois espèces d'hommes vient de la différence de leurs principes. [190b] Le sexe masculin est produit par le soleil, le féminin par la terre ; et celui qui est composé des deux autres par la lune, qui participe de la terre et du soleil. Ils tenaient de ces principes leur forme et leur manière de se mouvoir, qui est sphérique.

    Detail of The School of Plato by Jean Delville, 1898.jpgLeurs corps étaient robustes et vigoureux et leurs courages élevés ; ce qui leur inspira l'audace de [190c] monter jusqu'au ciel et de combattre contre les dieux, ainsi qu'Homère l'écrit d'Ephialtès et d'Otus, Zeus examina avec les dieux le parti qu'il fallait prendre. L'affaire n'était pas sans difficulté : les dieux ne voulaient pas anéantir les hommes, comme autrefois les géants, en les foudroyant, car alors le culte et les sacrifices que les hommes leur offraient auraient disparu ; mais, d'un autre côté, ils ne pouvaient souffrir une telle insolence.

    Enfin, après de longues réflexions, Zeus s'exprima en ces termes : "Je crois avoir trouvé, dit-il, un moyen de conserver les hommes et de les rendre plus retenus, c'est de diminuer leurs forces. Je les séparerai en deux par là, [190d] ils deviendront faibles ; et nous aurons encore un autre avantage, ce sera d'augmenter le nombre de ceux qui nous servent : ils marcheront droits, soutenus de deux jambes seulement ; et si, après cette punition, ils conservent leur audace impie et ne veulent pas rester en repos, je les séparerai de nouveau, et ils seront réduits à marcher sur un seul pied, comme ceux qui dansent sur des outres à la fête de Bacchus."

    Après cette déclaration, le dieu fit la séparation qu'il venait de résoudre ; [190e] et il la fit de la manière que l'on coupe les oeufs lorsqu'on veut les saler, ou qu'avec un cheveu on les divise en deux parties égales. Il commanda ensuite à Apollon de guérir les plaies, [191a] et de placer le visage et la moitié du cou du côté où la séparation avait été faite : afin que la vue de ce châtiment les rendît plus modestes. Apollon mit le visage du côté indiqué, et ramassant les peaux coupées sur ce qu'on appelle aujourd'hui le ventre, il les réunit à la manière d'une bourse que l'on ferme, n'y laissant au milieu qu'une ouverture qu'on appelle nombril. Quant aux autres plis, qui étaient en très-grand nombre, il les polit, et façonna la poitrine avec un instrument semblable à celui dont se servent les cordonniers pour polir le cuir des souliers sur la forme, et laissa seulement quelques plis sur le ventre et le nombril, comme des souvenirs de l'ancien châtiment. Cette division étant faite, chaque moitié cherchait à rencontrer celle dont elle avait été séparée ; et, lorsqu'elles se trouvaient toutes les deux, elles s'embrassaient et se joignaient avec une telle ardeur, dans le désir de rentrer dans leur ancienne unité, qu'elles périssaient dans cet embrassement de faim [191b] et d'inaction, ne voulant rien faire l'une sans l'autre. Quand l'une des deux moitiés périssait, celle qui subsistait en cherchait une autre, à laquelle elle s'unissait de nouveau, soit que ce fût la moitié d'une femme entière, ce que nous appelons maintenant une femme, soit que ce fût une moitié d'homme : et ainsi la race allait s'éteignant.

    Zeus, ému de pitié, imagine un autre expédient : il met par-devant les organes de la génération, car auparavant ils étaient par derrière : on concevait et l'on répandait la semence, non l'un dans l'autre, mais à terre, comme les cigales. [191c] Zeus mit donc les organes par-devant, et, de cette manière, la conception se fit par la conjonction du mâle et de la femelle. Alors si l'union se trouvait avoir lieu entre l'homme et la femme, des enfants en étaient le fruit, et, si le mâle venait à s'unir au mâle, la satiété les séparait bientôt, et les renvoyait à leurs travaux et aux autres soins de la vie.

    banquet_platon.jpgDe là vient l'amour que nous avons naturellement les uns pour les autres : [191d] il nous ramène à notre nature primitive, il fait tout pour réunir les deux moitiés et pour nous rétablir dans notre ancienne perfection. Chacun de nous n'est donc qu'une moitié d'homme qui a été séparée de son tout de la même manière qu'on coupe une sole en deux. Ces moitiés cherchent toujours leurs moitiés. Les hommes qui proviennent de la séparation de ces êtres composés qu'on appelait androgynes aiment les femmes ; et la plupart des adultères appartiennent à cette espèce, [191e] à laquelle appartiennent aussi les femmes qui aiment les hommes et violent les lois de l'hymen. Mais les femmes qui proviennent de la séparation des femmes primitives ne font pas grande attention aux hommes, et sont plus portées vers les femmes : à cette espèce appartiennent les tribades. De même, les hommes qui proviennent de la séparation des hommes primitifs recherchent le sexe masculin. Tant qu'ils sont jeunes, ils aiment les hommes : ils se plaisent à coucher avec eux et à être dans leurs bras : [192a] ils sont les premiers parmi les adolescents et les adultes, comme étant d'une nature beaucoup plus mâle. C'est bien à tort qu'on les accuse d'être sans pudeur, car ce n'est pas faute de pudeur qu'ils agissent ainsi ; c'est parce qu'ils ont une âme forte, un courage mâle et un caractère viril qu'ils recherchent leurs semblables : et ce qui le prouve, c'est qu'avec l'âge ils se montrent plus propres que les autres à servir l'Etat. [192b] Devenus hommes, à leur tour ils aiment les jeunes gens ; et s'ils se marient, s'ils ont des enfants, ce n'est pas que la nature les y porte, c'est que la loi les y contraint. Ce qu'ils aiment, c'est de passer leur vie les uns avec les autres dans le célibat. Que les hommes de ce caractère aiment ou soient aimés, leur unique but est de se réunir à qui leur ressemble. Lorsqu'il arrive à celui qui aime les jeunes gens ou à tout autre de rencontrer sa moitié, [192c] la sympathie, l'amitié, l'amour les saisit l'un et l'autre d'une manière si merveilleuse qu'ils ne veulent plus en quelque sorte se séparer, fût-ce pour un moment. Ces mêmes hommes, qui passent toute la vie ensemble, ils ne sauraient dire ce qu'ils veulent l'un de l'autre ; car, s'ils trouvent tant de douceur à vivre de la sorte, il ne paraît pas que les plaisirs des sens en soient la cause. [192d] Evidemment leur âme désire quelque autre chose qu'elle ne peut exprimer, mais qu'elle devine et qu'elle donne à entendre. Et quand ils sont couchés dans les bras l'un de l'autre, si Vulcain, leur apparaissant avec les instruments de son art, leur disait : "O hommes, qu'est-ce que vous demandez réciproquement ?" et que, les voyant hésiter, il continuât à les interroger ainsi : "Ce que vous voulez, n'est-ce pas d'être tellement unis ensemble que ni jour ni nuit vous ne soyez jamais l'un sans l'autre ? Si c'est là ce que vous désirez, [192e] je vais vous fondre et vous mêler de telle façon que vous ne serez plus deux personnes, mais une seule, et que, tant que vous vivrez, vous vivrez d'une vie commune, comme une seule personne, et que, quand vous serez morts, là aussi, dans la mort, vous serez réunis de manière à ne pas faire deux personnes, mais une seule. Voyez donc encore une fois si c'est là ce que vous désirez, et ce qui peut vous rendre parfaitement heureux ?" oui, si Vulcain leur tenait ce discours, il est certain qu'aucun d'eux ne refuserait ni ne répondrait qu'il désire autre chose, persuadé qu'il vient d'entendre exprimer ce qui de tout temps était au fond de son âme : le désir d'être uni et confondu avec l'objet aimé de manière à ne plus former qu'un seul être avec lui. La cause en est que notre nature primitive était une, et que nous étions un tout complet. On donne le nom d'amour au désir et à la poursuite de cet ancien état."

    Platon, Le Banquet

    http://philosophie.initiation.cours.over-blog.com/article-sur-l-origine-de-l-amour-selon-platon-48025000.html

    Lien permanent Catégories : "Vivre seul(e) ou mal accompagné(e) ?", =>Saison 3, Compilation de textes, Documents, Livres Imprimer
  • L'AMOUR DURE-T-IL VRAIMENT TROIS ANS ?

    Sortie ce mercredi de "L'amour dure trois ans", adaptation cinématographique du livre de Frédéric Beigbeder par lui-même. La passion amoureuse finit-elle inexorablement par s'émousser ? Voilà ce qu'en pense la science...


    Jean-Didier Vincent : "L’amour dure trois ans" ? Oh, vous savez, l’amour, je veux dire le lien, la fascination et le désir qu’on a pour quelqu’un, naît un jour puis disparaît. C’est dû à l’habitude. Ce qu’on appelle l’amour c’est le besoin de l’autre. C’est lié à l’ocytocine une hormone libérée au cours de l’orgasme et qui donne le plaisir dans le cerveau. C’est comme chez les animaux, chez les ouistitis, par exemple. Quand ils ont un lien avec une femelle particulière, ce lien est solidifié par la présence d’ocytocine qui entretient les circuits d’attachement avec un autre partenaire et crée un état de récompense : le cerveau est récompensé quand vous êtes avec l’autre. Ce système s’use, comme tout système. Même si vous aimez les frites, si vous en manger tous les jours, vous finirez par vous en détourner...

    LA SUITE ICI...

    Source : Atlantico

     

    Lien permanent Catégories : "Vivre seul(e) ou mal accompagné(e) ?", =>Saison 3, Documents, Vidéos/cinéma/TV Imprimer
  • ILS ONT DIT, AU SUJET DE LA VIE À DEUX...

    domicile-conjugal-1970-12-g.jpg

    "Former un couple c'est n'être qu'un ; mais lequel ?" [Proverbe anglais]

    "Ce qu’on n’a pas, ce qu’on n’est pas, ce dont on manque, voilà les objets du désir et de l’amour." [Platon]

    " Aimer  c’est se réjouir" [Aristote]

    "Celui qui connaît l'art de vivre avec soi-même ignore l'ennui." [Erasme]

    "Tant plus le chemin est long dans l’amour, tant plus un esprit délicat sent de plaisir." [Blaise Pascal]

    "Le mariage occasionne de multiples douleurs, mais le célibat n'offre aucun plaisir." [Samuel Johnson]

    "L’amour est une joie qu’accompagne l’idée d’une cause extérieure" [Spinoza]

    "C’est l’amour de nous-mêmes qui assiste l’amour des autres ; c’est par nos besoins mutuels que nous sommes utiles au genre humain. " [Voltaire]

    "Il a fallu que l’intelligence de l’homme fût obscurcie par l’amour pour qu’il ait appelé beau ce sexe de petite taille, aux épaules étroites, aux larges hanches et aux jambes courtes." [Arthur Schopenhauer]

    "L’ennui fait le fond de la vie, c’est l’ennui qui a inventé les jeux, les distractions, les romans et l’amour." [Miguel de Unamuno]

    "L'ennui est une sorte de jugement d'avance." [Alain]

    "Le couple heureux qui se reconnaît dans l’amour défie l’univers et le temps ; il se suffit, il réalise l’absolu." [Simone de Beauvoir]

    "Cette chose plus compliquée et plus confondante que l'harmonie des sphères : un couple." [Julien Gracq]

    "Le paradis terrestre, où tous les gens s'aimeraient, où ils seraient courtois et aimables, où tout serait beau et évoluerait harmonieusement à la satisfaction du Seigneur, n'existera jamais." [Vaclav Havel]

    "La vie de couple repose sur un leurre, une agression. Il s'agit pour chacun des deux comparses de prendre possession de l'autre, de relever un défi : “Comment le changer ? Comment le faire devenir moi ?”" [Tahar Ben Jelloun]

    "Pas de mari, pas de couple, pas de famille. Comment peut-on être deux, pourquoi n'est-on pas tous à chacun ?" [Pascale Roze]

     

    Lien permanent Catégories : "Vivre seul(e) ou mal accompagné(e) ?", =>Saison 3, Citations, Documents Imprimer
  • LES 300 ANS DE JEAN-JACQUES ROUSSEAU

    portrait_rousseau_lacretelle.jpgCela fait des mois que, de la télévision à l’université, de l’inititative privée au grand spectacle, du débat pointu à la conversation autour d’un buffet campagnard, de l’Ile Saint-Pierre à New York, la Suisse bruisse de Rousseau.

    Le tricentenaire Rousseau? On aimerait écrire Rousseau avec un x final, pour marquer le pluriel. Celui de la multitude des facettes du Jean-Jacques que la Suisse s’apprête à célébrer. La Confédération étant une mosaïque où une grande part de la culture se décide à l’échelle des villes et des cantons, pas de programmation centralisée. Pas de figure «officielle» du personnage célébré...

    LA SUITE ICI...

    Source : Le Temps

     

    Lien permanent Catégories : Quelques news en philo mais pas que Imprimer
  • LA FRANCE DE LA SOLITUDE: UNE PERSONNE SUR SEPT VIT SEULE

    crewdson.jpgVous êtes "résident seul" ? Pas très original: en France la proportion de vos semblables a doublé en un demi-siècle. Pourquoi ?

    Gilbert Léopold Silly est né le 24 octobre 1927 à Toulon. Il est mort 74 ans plus tard à Paris des suites d’un cancer du fumeur sous le nom de Gilbert Bécaud. Après la Seconde guerre mondiale, Gilbert a planétarisé quelques chansons françaises.

    En marge de son genre foldingue, ce survolté des Trente glorieuses a fréquemment laissé percer ses désespérances. Il y eut Et maintenant (1961 avec Pierre Delanoë). Et puis cette paradoxale conséquence de la séparation amoureuse clamant l’inexistence de la solitude (1970 avec - toujours - Pierre Delanoë).

    Quand Bécaud commence à émouvoir dans les chaumières avec «Et maintenant», les démographes recensent en France 6% de personnes résidant seules. Elles sont aujourd’hui plus du double. C’est l’un des enseignements de l’étude que vient de publier l’Institut national d’études démographiques (Ined)  sous la signature de Laurent Toulemon et Sophie Pennec, dans la dernière livraison de la revue Population & Sociétés. Les chiffres publiés sont issus des analyses du dernier recensement daté de 2007...

    LA SUITE ICI...

    Source : Slate.fr


    Lien permanent Catégories : "Vivre seul(e) ou mal accompagné(e) ?", =>Saison 3, Documents Imprimer
  • LA VALISE PHILOSOPHIQUE DU MOIS

    3271480587.jpgLa  Valise philosophique du mois (colonne de droite) présente des documents portant sur notre prochain débat, le premier de l'année : "Vivre seul(e) ou mal accompagné(e) ?" Nous tenterons de répondre à cette question : "La vie est-elle trop courte pour s'ennuyer avec quelqu'un qui n'en vaut pas la peine ?"

    Rendez-vous pour ce premier café philo de l'année le vendredi 27 janvier, 18H30, à la Brasserie du Centre commercial de la Chaussée.

     

    Lien permanent Catégories : "Vivre seul(e) ou mal accompagné(e) ?", =>Saison 3, La valise philosophique, Vie du site, vie du café philo Imprimer
  • COMPTE RENDU DE LA DERNIÈRE SÉANCE

    Thème du débat : "Les riches le méritent-ils ?"

    Date : 9 décembre 2011 à la Brasserie du centre commercial de la Chaussée.

    Environ 50 personnes étaient présentes pour cette nouvelle séance du café philosophique intitulée "Les riches le méritent-ils ?"

    Une fois n’est pas coutume, cette séance commence par un blind test consacré au sujet de cette soirée :

    9782021016215.jpg1.    Qui a dit : "Celui qui n’a pas une Rolex a cinquante ans a quand même raté sa vie !" ? Réponse : Jacques Séguéla

    2.    Qui a dit : "Avoir beaucoup vu et ne rien avoir, c’est avoir les yeux riches et les mains pauvres" ? Réponse : William Shakespeare

    3.    Qui est l’auteur des Recherches sur la nature et les causes de la Richesse des Nations… ? Réponse : Adam Smith (économiste écossais, 1723-1790)

    4.    Qui a dit : "Le premier qui, ayant enclos un terrain, s’avisa de dire : "ceci est à moi" et trouva assez de gens simples pour le croire fut le vrai fondateur de la société civile." ? Réponse : Jean-Jacques Rousseau

    5.    Quel cinéaste et intellectuel français est l’auteur de L’Argent ? Réponse : Robert Bresson

    6.    Qui a dit : "L'expérience prouve que jamais les peuples n'ont accru leur richesse et leur puissance sauf sous un gouvernement libre." Réponse : Nicolas Machiavel

    7.    Quel philosophe considère la richesse comme l’un des trois bienfaits de l’humanité (avec la santé et la beauté) ? Réponse : Platon

    8.    Qui a dit : "Les hommes sont mille fois plus acharnés à acquérir des richesses que la culture , bien qu’il soit parfaitement certain que le bonheur d’un individu dépend bien plus de ce qu’il est que de ce qu’il a" ? Réponse : Arthur Schopenhauer

    9.    Qui a dit : "La valeur diffère donc essentiellement de la richesse car elle ne dépend pas de l’abondance, mais de la difficulté ou de la facilité de production." Réponse : Karl Marx

    Le gagnant repart avec le nouvel ouvrage de Thomas Cathcart et Daniel Klein, Kant et son Kangourou franchissent les Portes du Paradis : Petite Philosophie de la Vie (et après) par les blagues. Félicitations à lui.

    la chapelle 1.jpgLe débat de ce soir commence par un tour de table sur le sujet de ce soir, un sujet qu’une participante trouve polémique et problématisant mal un débat sur la richesse. Bruno répond que l’objectif d’une telle question ("les riches le méritent-ils ?", et qui sous-entendrait que les pauvres le mériteraient également...) est bien entendu de jouer la provocation. Notre café philosophique a pour habitude de proposer des sujets volontairement malicieux et de faire de ses rendez-vous des lieux de débat et non des smples cours de philosophie. Claire ajoute que l’objectif n’est pas de jeter aux gémonies les riches – une situation que certains souhaiterait atteindre alors que ces mêmes personnes seraient les premières à  se féliciter de faire fortune – mais bien de s’interroger sur la place du mérite. Il y a matière à s’interroger sur cette équation qui conduirait une personne digne d’éloge, de considération et de valeur morale à accéder à une fortune matérielle. Cette équation est-elle encore recevable de nos jours?

    Claire ajoute que les riches peuvent se caractériser dans trois grands groupes distincts : les héritiers d’une part (ce sont les Bettencourt, les Lagardère ou les Rothschild), les entrepreneurs ou hauts salariés d’autre part (chefs d’entreprise, actionnaires, traders, hauts fonctionnaires et cadres supérieurs) et enfin les personnes dotées d’un talent hors du commun (ce sont les grands artistes mais aussi certains sportifs de haut niveau). Il se trouve que le poids de ces riches ou "super riches" prend une place de plus en plus considérable. Le classement Forbes 2011 est marqué par un double record : celui du nombre de milliardaires d’une part (1210) et celui des fortunes cumulées d’autre part (4500 milliards de dollars). (Plus d'infos ici)

    Alors, les riches peuvent-ils mériter ces fortunes ?

    prev_warhol2649.jpgEn réponse à cette question provocatrice, un débattant répond avec la même malice que les riches méritent certainement non seulement de l’être mais en plus de savoir conserver leur richesse intacte ! Ils mettent en tout cas beaucoup d’énergie et de talent à se soustraire à toute ponction financière (impôts, taxes ou autre). Il n’en reste pas moins vrai, ajoute-t-il, que l’acquisition de la richesse pose assurément question et débat, dans un monde où les inégalités ne cessent de croître. L’acquisition de la fortune obéit certes à des règles – une bonne scolarité, le travail, un environnement favorable – mais la part de l’opportunité, pour ne pas dire du hasard, jouent un rôle capital. C’est toute l’histoire des fortunes créées grâce aux nouvelles technologies (les Mark Zuckerberg et autres Steve Jobs).

    Parler du seul mérite dans la création de richesses, dit au autre participant, c’est oublier que dans un monde technologique les richesses sont aussi créées de manière ultra sophistiquée. C’est l’exemple de ces sociétés de bourse générant des actes d’achat et de vente à l’aide de logiciels performants où l’intervention de l’homme reste minime (système automatisé intégral).

    Bruno fait un aparté pour s’interroger sur le seuil à partir duquel on peut considérer tel ou tel comme riche. Il existe une définition statistique (en savoir plus ici). À l’instar du seuil de pauvreté qui correspond à 40 ou 60 % du revenu médian, le seuil de richesse correspond au double du revenu médian. En France, une personne seule gagnant au moins 3 000 euros (net) est donc considérée comme riche. Cette acception économique et statistique est considérée par les participants comme trop restrictive : la richesse n’est-elle pas très relative ? Pour preuve, alors qu’un participant considère la richesse comme cette possibilité de pouvoir s’octroyer le superflu, une autre répond qu’elle considère le superflu (un parfum onéreux, par exemple) comme un plus "indispensable" à l’existence humaine. Rien donc n’est simple lorsque l’on parle de richesse.

    74880_rose_mcgowan_david_la_chapelle_shoot_04_123_567lo.jpgLa richesse est-elle question de culture? Accordons-nous dans nos sociétés occidentales une importance considérable à la richesse, contrairement à d’autres pays ? Bruno doute sur ce point : la mondialisation donne à tout être humain une envie d’acquérir la fortune, sinon comment expliquer que le besoin d’accéder à la fortune se fasse déplacer des millions d’êtres humains, ce qui paraît le plus naturel du monde ! La richesse apparaît en tout cas comme très souvent limitée à un aspect trop prosaïque : le mérite d’un professeur, souligne avec justesse un participant, apporte une richesse considérable.

    En tout état de cause, qu’elle soit méritée ou pas (et surtout si elle n’est pas méritée!) la richesse non seulement n’est pas source de bonheur mais serait son pire ennemi. Un participant rappelle qu’une enquête sur le bonheur (Enquête "Happy Life Years" de Ruut Veenhoven, université de Rotterdam) a placé les personnes riches comme potentiellement les plus imperméables à cette notion, un peu comme si la peur de perdre ses biens anéantissait tout "bénéfice" à cette fortune si convoitée.

    Évoquer le mérite qu’a tel ou tel dans l’acquisition de la richesse signifie d’abord surtout acceptation ou non qu’autrui acquiert une fortune démesurée dans un monde de plus en plus inégalitaire. Là, sans doute, est le nœud du débat. Un intervenant souhaite souligner qu’un super riche pourra être considéré – justement – avec considération alors que sa fortune est immense - voire démesurée - et pourrait heurter le commun des mortels. Prenant l’exemple de Bill Gates, le même intervenant souligne que son prestige est dû aux œuvres caritatives et de philanthropies importantes qui ont le "mérite" d’humaniser sa richesse (site de la Fondation Bill & Melinda Gates sur ce lien). Soulignons que ce blanc-seing accordé au fondateur de Microsoft est caractéristique : un riche est jugé moins pour ses actions passées qui l’ont conduit à la fortune que pour l’utilisation de sa fortune.

    andy-warhol-mao-mao-ii-93.jpgCela fait dire à un jeune participant que philosopher sur la notion de mérite et de richesse c’est se confronter à un mur : c’est d’emblée réduire le riche à sa situation matérielle et à lui dénier le statut de personne humaine ! Un autre participant rebondit sur cette constatation, affirmant qu’une telle réduction a trouvé dans l’histoire des réalités monstrueuses : les dictatures communistes. Cette idéologie, héritée du philosophe Karl Marx, en proclamant le riche comme "ennemi de la société" (un ennemi qui, précisément, ne méritait pas sa fortune), a commis des crimes de masse, parmi les pires pratiqués dans l’Histoire (Goulag de l'ancienne URSS, Cambodge de Pol Pot, Chine de Mao, etc.). Dans ces pays communistes d’ailleurs, une classe de gens riches, pas plus méritoires d’ailleurs, remplaçait celle qui avait été exterminée !

    La fortune peut-elle être bénéfique et méritée ? La question, dit un autre participant, semble ne pas se poser en tout cas pas pour ces "super riches", formant une caste, une nomenklatura cooptée, fréquentant les mêmes écoles, les mêmes salons et se retrouvant dans les mêmes conseils d’administration. Quelle est la place du mérite pour ces "super riches" ? Nulle ou négligeable, ajoute-t-il. Voire, répond un autre intervenant : il y a d’abord ces responsabilités écrasantes que peu d’entre nous pourraient assurément assumer. Il ne faut pas nier non plus la valeur intrinsèque de tel ou tel individu explique pour une part ces fortunes (Michel Pébereau, ancien responsable de BNP Paribas, par exemple). D’ailleurs, plusieurs personnes conviennent que la prise d’importantes responsabilités peut être extrêmement lourde : "Qui serait prêt à sacrifier tout ou partie de sa vie personnelle ou familiale ?" résume Claire.

    la chapelle 3.jpgEn tout état de cause, les fortunes, méritées ou pas, doivent être mises au service de la communauté, avance un participant. Finalement, ce qui est passionnément débattu en fin de séance n’est pas tant la question du droit à être riche ou très riche (droit acquis grâce à son mérite, ses talents ou un art, quel qu’il soit, ou bien à cause de sa naissance...) que le devoir qu’entraîne cette richesse : participer à la vie de la Cité à hauteur de ses moyens, participation qui implique d’accepter de se voir grever une infime minorité de sa richesse. Il est, hélas, patent, affirment plusieurs participants, que la générosité est pour le moins un sentiment peu répandu au sommet de la pyramide économique et financière (cf. théorie du "trickle down"), comme si la cohésion des hommes de pouvoir ne pouvait admettre tout coup de canif à des richesses démesurées ! Un intervenant rappelle une citation du milliardaire Warren Buffet : "La lutte des classes existe et nous sommes en train de la gagner" (citation datée de 2008, précise Bruno).

    Détester la pauvreté plutôt que mépriser les riches !

    Bruno conclut ce débat. S’interroger sur la richesse, dit-il, et sur la valeur de la richesse, c’est ne pas en faire une simple question de comptabilité. Je peux vouer une admiration sans borne à Bill Gates dont la richesse me paraît méritée et moralement acceptable ; à l’inverse, combien sont plus aléatoires ces rémunérations de traders ! De même, un footballeur payé des millions d’euros mais à la carrière très courte et apportant prestige, notoriété et richesse à son club, aura-t-il une rémunération moralement moins acceptable qu’un chef d’entreprise à la tête d’une entreprise du CAC 40 où les responsabilités sont diluées ? On peut en douter ! La richesse doit donc résulter d’une rémunération juste au terme d’un contrat conclut entre deux parties. Dans l’idéal. Mais ce même mérite comme voie vers la richesse rencontre très souvent comme obstacle la modestie (c’est le philosophe David Hume qui le dit) et est détrôné tout autant par ces cancers de la société que sont le népotisme et tous ces systèmes de préférence en fonction de la naissance.

    la chapelle 2.jpgUn autre facteur, social et économique, doit être pris en compte : celui d’une aliénation via l’argent et de la non-distribution de la richesse en dépit du mérite de tel ou tel (Karl Marx). Cette non-distribution est expliquée par la dilution des responsabilités  et par le développement de l’automatisation de la création des richesses (exemple des systèmes informatiques boursiers).

    Le mot de la fin est pour Hume qui est parvenu à disséquer les heurs et les malheurs de la fortune : "les qualités bonnes ou mauvaises de l’homme sont les causes de sa bonne ou mauvaise fortune" (encore que ce terme de "fortune" désigne essentiellement la fortuna, autrement dit la providence). C’est finalement à chacun qu’il appartient de refuser de mépriser les riches mais préférer détester la pauvreté et de travailler à son propre mérite, avec courage et sans modestie ! Ayons enfin à l’esprit que le véritable mérite est, pour reprendre Hume, de procurer du bonheur à la société des hommes - plutôt que d'acquérir la richesse !

    Le café philo se conclut par le vote du sujet de la séance du 27 janvier 2012. Les participants élisent à une écrasante majorité le sujet : "La vie est-elle trop courte pour s'ennuyer avec quelqu'un qui n'en vaut pas la peine ?" Nous l'intitulerons ainsi : "Vivre seul(e) ou mal accompagné (e) ?"

    Philo-galerie

    portrait.jpgDes oeuvres de deux artistes illustrent ce compte-rendu sur la richesse : Andy Warhol (1928-1987) et David LaChapelle (né en 1963). Ces deux artistes américains aux multiples points communs (Warhol a offert à LaChapelle son premier contrat) ont tous deux travaillé sur nos sociétés de consommation et sur la place de l'argent.

     

    Lien permanent Catégories : "Les riches le méritent-ils ?", =>Saison 3, Comptes-rendus des débats, Tous les blind tests du café philo Imprimer