Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

jaspers

  • Jaspers : qu'appelons-nous l'histoire ?

    grand-conde-z.jpg"C’est seulement de tout près, quand on croit voir les choses dans leur réalité sensible et qu’on s’attache même aux détails, que l’histoire se met à nous intéresser vraiment. Lorsque nous philosophons, nous nous en tenons à quelques considérations générales qui restent forcément abstraites.

    L’histoire universelle peut apparaître comme un chaos d’événements fortuits. Dans l’ensemble, tout parait se mêler comme dans les tourbillons d’un torrent. Cela n’en finit pas d’aller de confusion en confusion et de malheur en malheur, avec de courtes éclaircies de bonheur, des îles que le courant épargne un moment avant de les inonder elles aussi. C’est, pour reprendre une image de Max Weber, une route que le diable pave de valeurs détruites.

    Certes, la connaissance découvre certains liens entre les événements, des rapports de causalité, par exemple les effets des inventions techniques sur les méthodes de travail, ceux des méthodes de travail sur la structure de la société, ceux des conquêtes sur les couches ethniques, ceux de la technique de la guerre sur les organisations militaires et ceux des organisations militaires sur la structure de l’État, et ainsi de suite à l’infini. Puis, au-delà des rapports de causalité, se manifestent certains aspects d’ensemble, par exemple dans la continuité d’un style spirituel à travers une série de générations : on voit les époques successives d’une civilisation découler l’une de l’autre, et se développer en de grands cycles culturels formant comme des organismes. Spengler et ses successeurs ont considéré que ces civilisations sont issues de la masse humaine qui se contente de vivre, comme des plantes naissent de l’humus, fleurissent et meurent. Leur nombre ne saurait être fixé — Spengler en avait compté huit jusqu’ici, Toynbee vingt et une — et elles n’ont entre elles que peu ou pas de rapports.

    Ainsi considérée, l’histoire n’a aucun sens, aucune unité, ni aucune structure. On n’y trouve que des relations causales, tellement nombreuses qu’elles restent inextricables pour l’esprit, ou des unités morphologiques telles qu’il s’en trouve aussi dans le déroulement des phénomènes de la nature. Encore ces dernières ne peuvent-elles, dans l’histoire, être établies qu’avec beaucoup moins d’exactitude.

    Mais la philosophie de l’histoire exige que l’on cherche le sens, l’unité, la structure de l’histoire uni­verselle. Celle-ci ne peut viser que l’humanité tout entière.

    Essayons de tracer un schéma de l’histoire univer­selle :

    Il y a des centaines de millénaires déjà, des hommes vivaient sur la terre. La preuve en est fournie par les ossements retrouvés dans des couches géologiques dont on peut dater la formation. Il y a des dizaines de millénaires que vivaient des hommes anatomiquement tout pareils à nous ; nous possédons des restes de leurs outils, et même de leurs peintures. C’est seulement depuis cinq ou six mille ans que nous avons une histoire suivie et fondée sur des documents.

    Cette histoire présente quatre phases profondément tranchées :

    1° Nous ne pouvons qu’inférer la première grande étape : naissance du langage, invention des outils, art d’allumer et d’utiliser le feu. C’est l’âge prométhéen, fondement de toute histoire, où l’homme devint enfin homme, par opposition à une condition humaine purement biologique que nous ne pouvons imaginer. Quand cela s’est-il passé ? Combien de temps a-t-il fallu pour franchir les étapes successives ? Nous n’en savons rien. Cette époque doit se situer très loin dans le passé et compter tant de fois la durée de l’ère histo­rique pourvue de documents, que celle-ci disparaît presque à côté de celle-là.

    2° Entre 5 000 et 3 000 avant Jésus-Christ se formèrent les hautes civilisations antiques de l’Égypte, de la Mésopotamie et de l’Inde, et un peu plus tard de la Chine, sur le Hoang-ho. Ce sont de petites îles de lumière dans la large masse de l’humanité qui peu­plait déjà toute la planète.

    3° Autour de 500 avant Jésus-Christ — dans la pé­riode qui s’étend de 800 à 200 — furent posés les fondements spirituels de l’humanité, ceux où elle puise encore aujourd’hui sa substance, et cela simul­tanément et de façon indépendante, en Chine, aux Indes, en Perse, en Palestine, en Grèce.

    4° Depuis lors il ne s’est produit qu’un seul événe­ment tout à fait nouveau, spirituellement et maté­riellement décisif, exerçant sur l’histoire universelle une influence de l’ordre des précédents : l’avènement de l’âge scientifico-technique. Il se préparait en Europe depuis la fin du Moyen Age ; il s’est constitué spirituellement au XVIIe siècle ; il s’est largement déployé depuis la fin du XVIIIe siècle, et son déve­loppement a pris une vitesse précipitée depuis quel­que dizaines d’années seulement.

    Jetons un regard sur la troisième phase, autour de 500 avant Jésus-Christ. Hegel disait : « Toute l’his­toire va vers le Christ et vient de lui. L’apparition du Fils de Dieu est l’axe de l’histoire universelle. » Notre façon de compter les années témoigne chaque jour de cette structure chrétienne donnée à l’histoire.

    Son défaut, c’est de n’être valable que pour le chré­tien. Or, même en Occident, les chrétiens n’ont pas lié leur conception empirique de l’histoire à cette foi. Ils séparent l’histoire sainte de l’histoire profane en attribuant à chacune un sens différent

    Un axe de l’histoire, à supposé qu’il existe, ne pourrait être trouvé que dans, l’histoire profane, et là empiriquement, en tant que fait valable comme tel pour tous les hommes, y compris les chrétiens. Il devrait s’imposer pour l’Occident et pour l’Asie, à tous les hommes, sans l’intervention d’une norme issue de tel ou tel credo particulier. On aurait ainsi trouvé pour tous les peuples un cadre commun per­mettant à chacun de mieux comprendre sa réalité his­torique. Or cet axe de l’histoire nous paraît se situer dans le développement spirituel qui a eu lieu entre 800 et 200 avant Jésus-Christ. C’est alors qu’a surgi l’homme avec lequel nous vivons encore aujourd’hui. Appelons brièvement cette époque « la période axiale ».

    Il s’y passe simultanément des choses extraordi­naires. En Chine vivent Confucius et Lao-tsé, on voit naître toutes es tendances de la philosophie chinoise ; c’est le temps où enseignent Mo-ti, Tchouang-tsé, Lié-tsi et d’autres, innombrables. Aux Indes, on compose les Upanishads ; c’est le temps de Bouddha ; toutes les possibilités philosophiques se déploient, jusqu’au scepticisme et au matérialisme, jusqu’à la sophistique et au nihilisme, comme c’est le cas en Chine. En Perse, Zarathoustra développe son âpre vision du monde où l’univers apparaît déchiré par le combat du bien et du mal ; en Palestine se dressent les prophètes, depuis Élie, Ésaïe, Jérémie, jusqu’au second Ésaïe. En Grèce, il y avait Homère, les philo­sophes, Parménide, Héraclite, Platon, les Tragiques, Thucydide et Archimède. Tout ce que de tels noms ne peuvent qu’évoquer a grandi au cours de ces quelques siècles, à peu près en même temps en Grèce, aux Indes et en Occident, sans que ces hommes aient rien su les uns des autres.

    La nouveauté de cette époque, c’est que partout l’homme prend conscience de l’être dans sa totalité, de lui-même et de ses limites. Il fait l’expérience du monde redoutable et de sa propre impuissance. Il pose des questions essentielles et décisives et, devant l’abîme ouvert, il aspire à sa libération et à son salut. Tout en prenant conscience de ses limites, il se pro­pose les buts les plus élevés. Il rencontre l’absolu dans la profondeur du sujet conscient et dans la clarté de la transcendance.

    On essaye alors des voies antinomiques. La dis­cussion, les partis, la dislocation de l’unité spirituelle (qui pourtant continuait à se manifester dans le rap­port réciproque des affirmations contradictoires), tout cela donna naissance à une inquiétude et une agitation qui allèrent jusqu’au bord du chaos spirituel.

    C’est en ce temps que furent élaborées les catégo­ries fondamentales selon lesquelles nous pensons encore aujourd’hui, ainsi que les grandes religions qui soutiennent notre vie.

    A la suite de cette évolution, les conceptions, les coutumes, les conditions sociales, jusqu’alors inconsciemment reconnues et incontestées, se trou­vèrent mises en question. Tout entra dans le tourbil­lon.

    L’âge mythique et ses rassurantes évidences avaient pris fin. Un combat commença, celui de la pensée rationnelle et de l’expérience positive contre le mythe, la lutte pour la transcendance du Dieu unique et, par indignation morale, contre les faux dieux. Les mythes se transformèrent, leur sens gagnait en profondeur au moment où le mythe dans sa totalité était détruit.

    L’homme n’est plus fermé sur lui-même. Incertain de soi, il s’ ouvre à des possibilités nouvelles et illimi­tées.

    Pour la première fois il y eut des philosophes. Des hommes osèrent, isolément, ne s’appuyer que sur eux-même. On peut ainsi rapprocher les ermites et les penseurs itinérants de la Chine, les ascètes de l’Inde, les philosophes grecs, les prophètes d’Israël, si différents qu’ils aient été les uns des autres dans leur foi, leur pensée et leur attitude intérieure. L’homme, était capable de s’arracher intérieurement au monde et de le mettre tout entier en face de lui. Il découvrait en lui-même la source originelle qui permet de s’élever au-dessus de soi et du monde.

    On prend en même temps conscience de l’histoire. Quelque chose d’extraordinaire commence, mais en même temps, on se sent, on se sait précédé d’un passé infini. Dès le début de son éveil à la conscience véri­table, l’esprit humain se trouve porté par le souvenir, il a la conscience qu’il est tard, et a même, parfois, un sentiment de décadence.

    On veut faire des plans pour diriger le cours des événements, on veut rétablir ou réaliser pour la première fois des conditions sociales qu’on estime bonnes. On imagine la meilleure manière d’organiser la vie commune des hommes, de l’administrer et de la gouverner. Des idées réformatrices commandent l’action.

    La situation sociale, elle aussi, présente dans les trois régions des analogies. La multiplicité des petits États et des cités, tous en lutte les uns contre les autres, permit cependant au début une étonnante pros­périté.

    Mais il ne faudrait pas croire que l’époque à travers laquelle se fit ce développement séculaire se présente simplement comme une évolution montante. Il y eut à la fois destruction et création, jamais achèvement. Les possibilités les plus hautes, réalisées chez des indivi­dus isolés, ne constituèrent jamais un bien commun. Ce qui avait été d’abord liberté de mouvement devint finalement anarchie. Lorsque l’époque perdit son élan créateur, on vit dans les trois grandes cultures les opi­nions se fixer dogmatiquement et on assista à un nivellement général. Quand le désordre devint exces­sif, on éprouva le besoin de se lier à nouveau en réta­blissant des conditions stables.

    La fin est d’abord politique. Presque en même temps, en Chine (Tsin-Chi-Houang-ti), aux Indes (dynastie des Mauryas) et en Occident (monarchies hellénistiques et Empire romain), surgissent des empires vastes et tout-puissants. Partout, dans l’effon­drement, on sut d’abord réaliser un ordre, une organi­sation technique conforme à un plan.

    Jusqu’à nos jours, la vie spirituelle de l’humanité reste liée à la période axiale. En Chine, aux Indes et en Occident, des retours en arrière ont eu lieu de pro­pos délibéré : les Renaissances. Certes, de grandes créations spirituelles n’ont pas cessé de se produire, mais elles ont été suscitées par la connaissance des valeurs acquises dans la période axiale.

    Ainsi la grande ligne de l’histoire va de la première étape où l’homme est devenu lui-même, à travers les civilisations de la haute antiquité, jusqu’à la période axiale, dont les suites sont restées fécondes presque jusqu’à nos jours.

    Depuis, semble-t-il, une nouvelle ligne a commencé. Notre âge scientifico-technique est comme un second commencement, comparable seule­ment à la première découverte des outils et du feu.

    Si nous osions avancer une supposition fondée sur une pure analogie, ce serait la suivante : nous passerons par des structures analogues aux organisations planifiées de la haute antiquité, telle cette Égypte d’où les anciens Juifs émigrèrent et qu’ils prirent en horreur comme une maison de correction dès qu’ils se furent installés ailleurs. Peut-être l’humanité, traver­sant ces organisations géantes, marche-t-elle vers une nouvelle période axiale, pour nous encore lointaine, invisible, inimaginable, qui verra l’avènement véri­table de l’homme.

    Pour le moment, nous vivons en un temps d’effroyables catastrophes. Il semble que tout ce qui est dépassé doive subir une refonte sans qu’on voie encore nettement les bases d’un édifice futur.

    La nouveauté, aujourd’hui, c’est que l’histoire, à notre époque, est devenue pour la première fois universelle. Comparée à l’unité actuelle du globe ter­restre telle que la font nos moyens de communication, l’histoire qui s’est déroulée jusqu’ici n’est plus qu’une collection de chroniques locales.

    Ce que nous appelons « histoire » a pris fin, au sens que nous donnions à ce mot. Il s’est passé un instant de cinq millénaires entre les centaines de mil­lénaires préhistoriques, au cours desquels l’homme s’est répandu sur la planète, et le début actuel de l’histoire vraiment mondiale. Ces millénaires, compa­rés à ce qui les a précédés et aux possibilités futures, ne sont qu’un minuscule laps de temps. Ce que nous appelons l’histoire prend une signification nouvelle : c’est l’effort des hommes pour se trouver, se réunir en vue de leur action dans l’histoire universelle, pour conquérir sur le plan spirituel et sur le plan technique l’équipement nécessaire au voyage. Nous ne faisons que commencer."

    Karl Jaspers, Introduction à la Philosophie, (1950)

     

    Lien permanent Catégories : =>Saison 7, Compilation de textes, Documents, Livres, [54] "L'Histoire se répète-t-elle?" Imprimer
  • SARTRE : L'EXISTENTIALISME ATHÉE

    jaspers,marcel,leibniz,descartes,heidegger,sartre,voltaire,diderot,kant"Qu'est-ce qu'on appelle existentialisme ? La plupart des gens qui utilisent ce mot seraient bien embarrassés pour le justifier, puisque aujourd'hui [1945], que c'est devenu une mode, on déclare volontiers qu'un musicien ou qu'un peintre est existentialiste. Un échotier de "Clartés"signe l'Existentialiste ; et au fond le mot a pris aujourd'hui une telle largeur et une telle extension qu'il ne signifie plus rien du tout. Il semble que, faute de doctrine d'avant-garde analogue au surréalisme, les gens avides de scandale et de mouvement s'adressent à cette philosophie, qui ne peut d'ailleurs rien leur apporter dans ce domaine ; en réalité c'est la doctrine la moins scandaleuse, la plus austère ; elle est strictement destinée aux techniciens et aux philosophes. Pourtant, elle peut se définir facilement. Ce qui rend les choses compliquées, c'est qu'il y a deux espèces d'existentialistes : les premiers, qui sont chrétiens, et parmi lesquels je rangerai Jaspers et Gabriel Marcel, de confession catholique ; et, d'autre part, les existentialistes athées parmi lesquels il faut ranger Heidegger, et aussi les existentialistes français et moi-même. Ce qu'ils ont en commun, c'est simplement le fait qu'ils estiment que l'existence précède l'essence, ou, si vous voulez, qu'il faut partir de la subjectivité. Que faut-il au juste entendre par là ? Lorsqu'on considère un objet fabriqué, comme par exemple un livre ou un coupe-papier, cet objet a été fabriqué par un artisan qui s'est inspiré d'un concept ; il s'est référé au concept de coupe-papier, et également à une technique de production préalable qui fait partie du concept, et qui est au fond une recette. Ainsi, le coupe-papier est à la fois un objet qui se produit d'une certaine manière et qui, d'autre part, a une utilité définie, et on ne peut pas supposer un homme qui produirait un coupe-papier sans savoir à quoi l'objet va servir. Nous dirons donc que, pour le coupe-papier, l'essence — c'est-à-dire l'ensemble des recettes et des qualités qui permettent de le produire et de le définir — précède l'existence ; et ainsi la présence, en face de moi, de tel coupe-papier ou de tel livre est déterminée. Nous avons donc là une vision technique du monde, dans laquelle on peut dire que la production précède l'existence.

    Lorsque nous concevons un Dieu créateur, ce Dieu est assimilé la plupart du temps à un artisan supérieur ; et quelle que soit la doctrine que nous considérions, qu'il s'agisse d'une doctrine comme celle de Descartes ou de la doctrine de Leibniz, nous admettons toujours que la volonté suit plus ou moins l'entendement, ou tout au moins l'accompagne, et que Dieu, lorsqu'il crée, sait précisément ce qu'il crée. Ainsi, le concept d'homme, dans l'esprit de Dieu, est assimilable au concept de coupe-papier dans l'esprit de l'industriel ; et Dieu produit l'homme suivant des techniques et une conception, exactement comme l'artisan fabrique un coupe-papier suivant une définition et une technique. Ainsi l'homme individuel réalise un certain concept qui est dans l'entendement divin. Au XVIIIe siècle, dans l'athéisme des philosophes, la notion de Dieu est supprimée, mais non pas pour autant l'idée que l'essence précède l'existence. Cette idée, nous la retrouvons un peu partout : nous la retrouvons chez Diderot, chez Voltaire, et même chez Kant. L'homme est possesseur d'une nature humaine ; cette nature humaine, qui est le concept humain, se retrouve chez tous les hommes, ce qui signifie que chaque homme est un exemple particulier d'un concept universel, l'homme ; chez Kant, il résulte de cette universalité que l'homme des bois, l'homme de la nature, comme le bourgeois sont astreints à la même définition et possèdent les mêmes qualités de base. Ainsi, là encore, l'essence d'homme précède cette existence historique que nous rencontrons dans la nature.

    L'existentialisme athée, que je représente, est plus cohérent. Il déclare que si Dieu n'existe pas, il y a au moins un être chez qui l'existence précède l'essence, un être qui existe avant de pouvoir être défini par aucun concept et que cet être c'est l'homme ou, comme dit Heidegger, la réalité humaine. Qu'est-ce que signifie ici que l'existence précède l'essence ? Cela signifie que l'homme existe d'abord, se rencontre, surgit dans le monde, et qu'il se définit après.

    L'homme, tel que le conçoit l'existentialiste, s'il n'est pas définissable, c'est qu'il n'est d'abord rien. Il ne sera qu'ensuite, et il sera tel qu'il se sera fait. Ainsi, il n'y a pas de nature humaine, puisqu'il n'y a pas de Dieu pour la concevoir. L'homme est seulement, non seulement tel qu'il se conçoit, mais tel qu'il se veut, et comme il se conçoit après l'existence, comme il se veut après cet élan vers l'existence ; l'homme n'est rien d'autre que ce qu'il se fait. Tel est le premier principe de l'existentialisme.

    C'est aussi ce qu'on appelle la subjectivité, et que l'on nous reproche sous ce nom même. Mais que voulons-nous dire par là, sinon que l'homme a une plus grande dignité que la pierre ou que la table ? Car nous voulons dire que l'homme existe d'abord, c'est-à-dire que l'homme est d'abord ce qui se jette vers un avenir, et ce qui est conscient de se projeter dans l'avenir. L'homme est d'abord un projet qui se vit subjectivement, au lieu d'être une mousse, une pourriture ou un chou-fleur ; rien n'existe préalablement à ce projet ; rien n'est au ciel intelligible, et l'homme sera d'abord ce qu'il aura projeté d'être. Non pas ce qu'il voudra être. Car ce que nous entendons ordinairement par vouloir, c'est une décision consciente, et qui est pour la plupart d'entre nous postérieure à ce qu'il s'est fait lui-même. Je peux vouloir adhérer à un parti, écrire un livre, me marier, tout cela n'est qu'une manifestation d'un choix plus originel, plus spontané que ce qu'on appelle volonté. Mais si vraiment l'existence précède l'essence, l'homme est responsable de ce qu'il est. Ainsi, la première démarche de l'existentialisme est de mettre tout homme en possession de ce qu'il est et de faire reposer sur lui la responsabilité totale de son existence."

    Jean-Paul Sartre, L'Existentialisme est un Humanisme (1946)

     

    Lien permanent Catégories : =>Saison 6, Compilation de textes, Documents, Livres, [49] "Est-il raisonnable de croire en Dieu?" Imprimer
  • ILS ONT DIT, AU SUJET DE LA RAISON ET DE L'IRRATIONNEL

    DelvauxSuexo.jpg_369272544.jpg

    "Or le principe qui pose de pareilles défenses ne vient-il pas, quand il existe, de la raison, tandis que les impulsions qui mènent l'âme et la tirent sont engendrées par des dispositions maladives ?" [Platon]

    "Il est encore une autre force de l'âme qui paraît démunie de raison, tout en y participant de quelque manière. Car chez l'homme tempérant et chez l'homme intempérant, nous faisons cas de la raison, c'est-à-dire de la partie de l'âme douée de raison. Véritablement c'est elle qui leur recommande justement la conduite la meilleure. Mais, de l'avis commun, on aperçoit aussi une sorte d'instinct qui répugne à la raison, la combat et lui tient tête." [Aristote]

    "Par méthode j'entends des règles certaines et faciles, grâce aux­quelles tous ceux qui les observent exactement ne supposeront jamais vrai ce qui est faux, et parviendront, sans se fatiguer en efforts inutiles mais en accroissant progressivement leur science, à la connaissance vraie de tout ce qu'ils peuvent atteindre." [René Descartes]

    "Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée." [René Descartes]

    "Les homme sont dans une impuissance naturelle et immuable de traiter quelque science que ce soit, dans un ordre absolument accompli. Mais il ne s'ensuit pas de là qu'on doive abandonner toute sorte d'ordre." [Blaise Pascal]

    "Tout notre raisonnement se réduit à céder au sentiment. Mais la fantaisie est semblable et contraire au sentiment ; de sorte qu'on ne peut distinguer entre ses contraires. L'un dit que mon sentiment est fantaisiste, l'autre que sa fantaisie est sentiment. Il faudrait avoir une règle. La raison s'offre mais elle est ployable à tous sens. Et ainsi il n'y en a point." [Blaise Pascal]

    "En regardant tout l'univers muet et l'homme sans lumière abandonné à lui-même, et comme égaré dans ce coin de l'univers sans savoir qui l'y a mis, ce qu'il y est venu faire, ce qu'il deviendra en mourant, incapable de toute connaissance, j'entre en effroi comme un homme qu'on aurait porté endormi dans une île déserte et effroyable et qui s'éveillerait sans connaître et sans moyen de sortir." [Blaise Pascal]

    "Tout ce qui est incompréhensible ne laisse pas d'être." [Blaise Pascal]

    "Deux excès : exclure la raison, n'admettre que la raison." [Blaise Pascal]

    "Les hommes sont si naturellement fous que ce serait être fou par un autre tour de folie de n'être pas fou." [Blaise Pascal]

    "Le cœur a ses raisons que la raison ignore." [Blaise Pascal]

    "C’est le cœur qui sent Dieu, et non la raison. Voilà ce que c’est que la foi, Dieu sensible au cœur, non à la raison." [Blaise Pascal]

    "Nous connaissons qu’il y a un infini, et ignorons sa nature comme nous savons qu’il est faux que les nombres soient finis. Donc il est vrai qu’il y a un infini en nombres, mais nous ne savons ce qu’il est. Il est faux qu’il soit pair, il est faux qu’il soit impair." [Blaise Pascal]

    "Si les hommes pouvaient régler toutes leurs affaires suivant un dessein arrêté ou encore si la fortune leur était toujours favorable, ils ne seraient jamais prisonniers de la superstition." [Baruch Spinoza]

    "C’est un composé de hauteur et de bassesse, de bon sens et de déraison. Il faut que les notions de l’honnête et du déshonnête soient bien étrangement brouillées dans sa tête ; car il montre ce que la nature lui a donné de bonnes qualités, sans ostentation, et ce qu’il en a reçu de mauvaises, sans pudeur." [Denis Diderot]

    "Tout intérêt de ma raison se ramène aux trois questions suivantes : 1° Que puis-je connaître ? 2° Que dois-je faire ? 3° Qu’ai-je à espérer." [Emmanuel Kant]

    "D'une manière absolue, aucune raison humaine (…) ne peut espérer comprendre à partir de simples causes mécaniques la production du moindre brin d'herbe." [Emmanuel Kant]

    "On croit ordinairement, il est vrai, que ce qu'il y a de plus haut, c'est l'ineffable. Mais c'est là une opinion superficielle et sans fondement ; car, en réalité, l'ineffable, c'est la pensée obscure, la pensée à l'état de fermentation, et qui ne devient claire que lorsqu'elle trouve le mot. Ainsi, le mot donne à la pensée son existence la plus haute et la plus vraie." [GWF Hegel]

    "Ce qui est réel est rationnel, et ce qui est rationnel est réel." [GWF Hegel]

    "Quand un fou paraît tout à fait raisonnable, il est grandement temps, croyez-moi, de lui mettre la camisole." [Edgar Allan Poe]

    "La raison même nous impose l'idée du hasard; et le tort imputable à notre ignorance consiste, non à nous forger cette idée, mais à la mal appliquer, ce dont il n'y a que trop d'exemples les même chez les lus habiles." [Antoine-Augustin Cournot]

    "Que le monde ne soit pas la quintessence d'une rationalité éternelle, on peut le démontrer définitivement par ceci que ce morceau de monde que nous connaissons - j'entends notre raison humaine - n'est pas trop raisonnable." [Friedrich Nietzsche

    "Ce qui est mystérieux ce n’est pas comment est le monde, mais le fait qu’il est." [Ludwig Wittgenstein]

    "Ce qu’il y a d’incompréhensible, c’est que le monde soit compréhensible." [Albert Einstein]

    "L'histoire des sciences est l'histoire des défaites de l'irrationalisme" [Gaston Bachelard]

    "L’amer regret de ma vie, passée à rechercher la vérité, c’est que sur des points décisifs, ma discussion avec les théologiens s’arrête : ils se taisent, ils énoncent quelque formule incompréhensible, ils parlent d’autre chose, ils avancent une assertion comme absolue, ils m’encouragent amicalement… En somme, ils ne s’intéressent pas vraiment au débat. Un véritable dialogue exige pourtant que tout article de foi puisse être examiné et contesté." [Karl Jaspers]

    "Je suis pris dans cette contradiction d'une part, je crois connaître l'autre mieux que quiconque et le lui affirme triomphalement ("Moi, je te connais. Il n'y a que moi qui te connaisse bien !") ; et, d'autre part, je suis souvent saisi de cette évidence : l'autre est impénétrable, intraitable ; je ne puis l'ouvrir, remonter à son origine, défaire l'énigme. D'où vient-il ? Qui est-il ? Je m'épuise et je ne saurai jamais." [Roland Barthes

    "J'ai vu les plus grands esprits de ma génération détruits par la folie." [Allen Ginsberg

     

    Lien permanent Catégories : =>Saison 5, Citations, Documents, [39] "La raison a-t-elle à s'occuper de l'irration Imprimer
  • ILS ONT DIT, AU SUJET DE LA CONNAISSANCE DE SOI...

    Narcisse.jpg

    "Connais-toi toi-même." [Platon, inscription sur le temple d'Apollon de Delples]

    "Je ne suis pas encore capable, comme le demande l'inscription de Delphes, de me connaître moi-même ; dès, je trouve qu'il serait ridicule de me lancer, moi, à qui fait encore défaut cette connaissance, dans l'examen de ce qui m'est étranger." (Socrate, dans Phèdre de Platon]

    "Prendre conscience, c'est transformer le voile qui recouvre la lumière en miroir." [Lao-Tseu]

    "Le véritable bien se trouve dans le repos de la conscience." [Sénèque]

    "Ne cesse de sculpter ta propre statue." [Plotin]

    "Pourquoi dès lors faire un devoir à l'âme de se connaître ? C'est, je crois, pour l'inviter à se penser elle-même, à vivre selon sa nature, c'est-à-dire pour lui donner le plaisir de s'ordonner selon sa nature : au-dessous de celui auquel elle doit se soumettre, au-dessus des êtres auxquels elle doit se préférer ; au-dessous de celui par lequel elle doit se laisser gouverner, au-dessus des choses qu'elle doit gouverner." [Saint Augustin

    "Je m'étudie plus qu'autre sujet. C'est ma métaphysique, c'est ma physique." [Montaigne]

    "La plus grande chose du monde, c'est de savoir être à soi." [Montaigne]

    "Je pense donc je suis." [René Descartes]

    "Considérant mon intérieur, je chercherai de me rendre peu à peu plus connu et plus familier à moi-même." [René Descartes]

    "Et si on m'aime pour mon jugement, pour ma mémoire, m'aime-t-on moi ? Non, car je puis perdre ces qualités sans me perdre moi-même. Où donc est ce moi, s'il n'est ni dans le corps ni dans l'âme ?" [Blaise Pascal]

    "Le corps, par les seules lois de sa nature, peut beaucoup de choses dont son esprit reste étonné." [Baruch Spinoza]

    "Nous n’avons pas conscience des lois qui nous déterminent à agir." [Baruch Spinoza]

    "Notre fait ne sont que pièces rapportées." [David Hume]

    "Le "je pense" doit pouvoir accompagner toutes mes représentations." [Emmanuel Kant]

    "Notre vrai moi n’est pas tout entier en nous." [Jean-Jacques Rousseau]

    "La plus utile et la moins avancée de toutes les connaissances humaines me paraît être celle de l'homme, et j'ose dire que la seule inscription du temple de Delphes contenait un précepte plus important et plus difficile que tous les gros livres des Moralistes." [Jean-Jacques Rousseau]

    "Nous n’avons conscience de nos pensées, nous n’avons de pensées déterminées et réelles que lorsque nous leur donnons la forme objective, que nous les différencions de notre intériorité." [GWF Hegel]

    "Chacun est enfermé dans sa conscience comme dans sa peau." [Arthur Schopenhauer]

    "On ne peut se mettre à la fenêtre pour se regarder passer dans la rue." [Auguste Comte]

    "Ce n’est pas la conscience des hommes qui détermine leur être ; c’est inversement leur être social qui détermine leur conscience." [Karl Marx]

    "Vivre, c'est avoir la conscience d'être." [Victor Hugo]

    "Ce n'est qu'au terme de la connaissance de toutes choses que l'homme se connaîtra. Car les choses ne sont que les frontières de l'homme." [Friedrich Nietzsche]

    "Que dit ta conscience ? Tu dois devenir l'homme que tu es." [Friedrich Nietzsche]

    "C’est une altération des faits de prétendre que le sujet moi est la condition de l’attribut "je pense". Quelque chose pense, mais croire que ce quelque chose est l’antique et fameux moi c’est une pure supposition." [Friedrich Nietzsche]

    "On a conscience avant, on prend conscience après." [Oscar Wilde]

    "Il faut qu'une ligne au moins soit braquée chaque jour comme on braque aujourd'hui un téléscope sur les comètes." [Franz Kafka]

    "La conscience est conscience de quelque chose" [Edmund Husserl]

    "Pour bien comprendre la vie psychique, il est indispensable de cesser de surestimer la conscience." [Sigmund Freud]

    "Le moi n’est pas maître dans sa propre maison." [Sigmund Freud]

    "Des philosophes, des écrivains (...) ont tenté de se conformer aux avis de l'oracle de Delphes, mais tous ont échoué. Une résistance intérieure avait empêché toute réussite." [Sigmund Freud]

    "La conscience est la conséquence du renoncement aux pulsions." [Sigmund Freud]

    "L’inconscient est une méprise sur le Moi." [Alain]

    "L'homme ne prend conscience de son être que dans les situations limites." [Karl Jaspers]

    "La question de l’être est aujourd’hui tombée dans l’oubli." [Martin Heidegger]

    "Etre une conscience c’est s’éclater vers le monde." [Jean-Paul Sartre]

    "Je voulais dessiner la conscience d'exister et l'écoulement du temps." [Henri Michaux]

    "On ne peut pas réaliser que les autres gens sont des consciences qui se sentent du dedans comme on se sent soi-même (…) Quand on entrevoit ça, c’est terrifiant : on a l’impression de ne plus être qu’une image dans la tête de quelqu’un d’autre." [Simone de Beauvoir]

    "Moi, Dalí, qui suis plongé dans une constante introspection et une analyse méticuleuse de mes moindres pensées, je viens de découvrir soudain que, sans m'en rendre compte, toute ma vie je n'ai peint que des cornes de rhinocéros." [Salvador Dalí]

    "La conscience n'est jamais assurée de surmonter l'ambiguïté et l'incertitude." [Edgar Morin]

    "Un "je" ne peut se prendre comme sujet d'étude, pas plus qu'une lunette d'approche ne peut se prendre elle-même comme objet d'observation." [Clément Rosset]

    ""Je" est une fiction." [Clément Rosset]

      

    Lien permanent Catégories : =>Saison 4, Citations, Documents, [30] "Puis-je savoir qui je suis?" Imprimer