Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Alquié : La reconnaissance du souvenir

Au retour du souvenir et à la tyrannie de l'habitude s'opposent la reconnaissance du souvenir comme tel, et la localisation qui prolonge et parfait cette reconnaissance. Ce n'est plus ici le passé qui s'impose au présent, c'est le présent qui rejette dans le passé une partie de lui-même. Par là, le souvenir se dépouille de l'apparence d'éternité qu'il semblait contenir, et je découvre que ce qui se donnait comme ma nature n'est en réalité que mon histoire. Le retour du souvenir était involontaire, la localisation est volontaire. Le souvenir surgissant pouvait être affectif, et nous avons vu Proust goûter ainsi la totalité de minutes anciennes. Au contraire, la localisation ne peut être qu'intellectuelle : elle est connaissance claire. Devant le retour du souvenir, j'étais passif, je constatais. La mémoire localisante est action : elle construit, elle interprète, elle affirme. Une telle mémoire est ennemie de l'éternité : sans doute ne peut-elle s'exercer qu'à partir d'une pure présence, mais elle interprète cette présence en en rejetant la source dans le passé, en posant la notion de temps, en reconstituant dans le temps pensé la suite des moments de notre vie. Grâce au temps, la conscience construit le souvenir, elle explique l'actuel par l'histoire : par là, elle sépare le présent du passé.

Ferdinand Alquié, Le Désir d'Eternité (1943)

Photo : Tobe Roberts - Pexels

Lien permanent Catégories : =>Saison. 13, Documents, Textes et livres, [92] "Peut-on se libérer de son passé ?" Imprimer 0 commentaire Pin it!

Écrire un commentaire

Optionnel

La distinction entre passé, présent et futur ne garde que la valeur d’une illusion, si tenace soit-elle." [Albert Einstein]