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  • TARDIEU : "UN MOT POUR UN AUTRE"

    tardieu.jpg"IRMA, entrant et apportant le courrier.

    Madame, la poterne vient d’élimer le fourrage…

    Elle tend le courrier à Madame, puis reste plantée devant elle, dans une attitude renfrognée et boudeuse.

    MADAME, prenant le courrier.

    C’est tronc !… Sourcil bien !… (Elle commence à examiner les lettres, puis, s’apercevant qu’Irma est toujours là :) Eh bien, ma quille ! Pourquoi serpez-vous là ? (Geste de congédiement.) Vous pouvez vidanger !

    IRMA

    C’est que, Madame, c’est que…

    MADAME

    C’est que, c’est que, c’est que quoi-quoi ?

    IRMA

    C’est que je n’ai plus de "Pull-over" pour la crécelle…

    MADAME, prend son grand sac posé à terre à côté d’elle et après une recherche qui paraît laborieuse, en tire une pièce de monnaie qu’elle tend à Irma.

    Gloussez ! Voici cinq gaulois ! Loupez chez le petit soutier d’en face : c’est le moins foreur du panier…

    IRMA, prenant la pièce comme à regret, la tourne et la retourne entre ses mains, puis.

    Madame, c’est pas trou : yaque, yaque…

    MADAME

    Quoi-quoi : yaque-yaque ?

    IRMA, prenant son élan.

    Y-a que, Madame, yaque j’ai pas de rgavats pour mes haridelles, plus de stuc pour le bafouillis de ce soir, plus d’entregent pour friser les mouches… plus rien dans le parloir, plus rien pour émonder, plus rien… plus rien… (Elle fond en larmes).

    MADAME, après avoir vainement exploré son sac de nouveau et l’avoir montré à Irma.

    Et moi non plus, Irma ! Ratissez : rien dans ma limande !

    IRMA, levant les bras au ciel.

    Alors ! Qu’allons-nous mariner, Mon Pieu ?

    MADAME, éclatant soudain de rire.

    Bonne quille, bon beurre ! Ne plumez pas ! J’arrime le Comte d’un croissant à l’autre. (Confidentielle) Il me doit plus de cinq cent crocus !"

    Jean Tardieu, Un Mot pour un Autre (1951)

     

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  • CAFÉ PHILOSOPHIQUE DE MONTARGIS : "LE LANGAGE TRAHIT-IL LA PENSÉE?"

    Affiche Le langage trahit-il la pensée.jpg

    La prochaine séance du café philosophique de Montargis aura lieu le vendredi 30 janvier 2015

    Le débat sera intitulé : "Le langage trahit-il la pensée ?"

     
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  • WITTGENSTEIN : "CE DONT ON NE PEUT PARLER, IL FAUT LE TAIRE"

    15109_ludwig_wittgenstein.jpg"L'homme possède la faculté de construire des langages, par lesquels chaque sens se peut s'exprimer, sans avoir nulle nulle notion ni de la manière dont chaque mot signifie, ni de ce qu'il signifie. - De même que l'on parle sans savoir comment sont émis les sons particuliers de la parole.

    Le langage quotidien est une partie de l'organisme humain, et pas moins considéré que ce dernier...

    Le langage travestit la pensée. Et notamment de telle sorte que d'après la forme extérieure du vêtement l'on ne peut conclure à la forme de la pensée travestie ; pour la raison que la forme extérieure du vêtement vise à tout autre chose qu'à permettre de reconnaître la forme du corps. 

    Les arrangements tacites pour la compréhension du langage quotidien sont d'une énorme complication... 

    Il y a assurément de l'inexprimable. Celui-ci se montre, il est l'élément mystique...

    Ce dont on ne peut parler, il faut le taire."

    Ludwig Wittgenstein, Tractatus logico-philosophicus (1921)

     

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  • CHOMSKY : LE LANGAGE CHEZ DESCARTES

    chomsky300.jpg"Descartes lui-même n'accorda que peu d'attention au problème du langage, et les quelques réflexions qu'il y consacra sont sujettes à diverses interprétations. Chacune de ses objections a un certain poids. Néanmoins, il me semble qu'il existait à l'époque dont je parle ici (les XVIIe et XVIIIe siècles), un développement cohérent et fructueux de tout un corps d'idées et de conclusions ayant trait à la nature du langage ; ce développement est associé à une certaine théorie de l'esprit, et peut être considéré comme un fruit de la révolution cartésienne."

    Noam Chomsky, La linguistique cartésienne (1966)

     

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  • HAL 9000 : "2001 L’ODYSSÉE DE L'ESPACE"

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  • ILS ONT DIT, AU SUJET DU LANGAGE

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    "Ne sachant pas écouter, ils ne savent pas non plus parler." [Héraclite]

    "Sans langage commun les affaires ne peuvent être conclues." [Confucius]

    "Je veux dire le pouvoir de persuader par ses discours les juges au tribunal, les sénateurs dans le Conseil, les citoyens dans l'assemblée du peuple et dans toute autre réunion qui soit une réunion de citoyens. Avec ce pouvoir, tu feras ton esclave du médecin, ton esclave du pédotribe et, quant au fameux financier, on reconnaîtra que ce n'est pas pour lui qu'il amasse de l'argent, mais pour autrui, pour toi qui sais parler et persuader les foules." [Platon]

    "Seul entre les animaux, l'homme à l'usage de la parole." [Aristote]

    "Le langage de la vérité est simple." [Sénèque]

    "L'Un est antérieur au quelque chose. C'est pourquoi, en vérité, il est ineffable." [Plotin

    "« Il n'est mouvement qui ne parle." [Montaigne]

    "Je fais dire aux autres ce que je ne puis si bien dire tantôt par faiblesse de mon langage, tantôt par faiblesse de mes sens. Je ne compte pas mes emprunts, je les pèse." [Montaigne]

    "Ce qui me semble un très fort argument pour prouver que ce qui fait que les bêtes ne parlent point comme nous, est qu'elles n'ont aucune pensée, et non point que les organes leur manquent." [René Descartes]

    "Exprimer pour le sujet parlant, c'est prendre conscience : il n'exprime pas seulement pour les autres, il exprime pour savoir lui-même ce qu'il vise." [René Descartes]

    "Tous les hommes les plus stupides et les plus insensés, ceux mêmes qui sont privés des organes de la langue et de la parole, se servent de signes, au lieu que les bêtes ne font rien de semblable, ce que l'on peut prendre pour la véritable différence entre l'homme et la bête." [René Descartes]

    "Les yeux sont les interprètes du coeur, mais il n'y a que celui qui y a intérêt qui entend leur langage." [Blaise Pascal]

    "Dieu, ayant fait l'homme pour être une créature sociable, lui a non seulement inspiré le désir et l'a mis dans la nécessité de vivre avec ceux de son espèce, mais lui a donné aussi la faculté de parler, qui devait être le grand instrument et le lien commun de cette société." [GW Leibniz]

    "La langue de convention n'appartient qu'à l'homme. Voilà pourquoi l'homme fait des progrès, soit en bien, soit en mal, et pourquoi les animaux n'en font point." [Jean-Jacques Rousseau

    "Le langage fabrique les gens bien plus que les gens ne fabriquent le langage." [Johann Wolfgang von Goethe]

    "C'est dans les mots que nous pensons" [GWF Hegel

    "Le langage est-il l'expression adéquate de toutes les réalités ?" [Friedrich Nietzsche]

    "Le signe linguistique est arbitraire." [Ferdinand de Saussure

    "Il est évident que, lorsque je commets un lapsus, celui-ci peut revêtir mille formes différentes ; je puis prononcer, à la place du mot juste, mille mots inappropriés, imprimer au mot juste mille déformations. Et lorsque, dans un cas particulier, je ne commets, de tous les lapsus possibles, que tel lapsus déterminé, y a-t-il à cela des raisons décisives, ou ne s’agit-il là que d’un fait accidentel, arbitraire, d’une question qui ne comporte aucune réponse rationnelle ?" [Sigmund Freud

    "Nous tendons instinctivement à solidifier nos impressions, pour les exprimer par le langage." [Henri Bergson]

    "Quelle est la fonction primitive du langage ? C'est d'établir une communication en vue d'une coopération." [Henri Bergson]

    "On peut, si on veut, ramener tout l'art de vivre à un bon usage du langage." [Simone Weil]

    "La langue est un instrument à penser." [Alain

    "Les limites de mon langage signifient les limites de mon propre monde." [Ludwig Wittgenstein]

    "C'est une erreur de penser que le philosophe se réfère à une langue idéale, différente de la langue commune. On pourrait croire ainsi que la langue ordinaire peut être améliorée. Mais la langue ordinaire est parfaite." [Ludwig Wittgenstein]

    "Le langage travestit la pensée. Et notamment de telle sorte que d’après la forme extérieure du vêtement l’on ne peut conclure à la forme de la pensée travestie; pour la raison que la forme extérieure du vêtement vise à tout autre chose qu’à permettre de reconnaître la forme du corps." [Ludwig Wittgenstein]

    "Ce dont on ne peut parler, il faut le taire." [Ludwig Wittgenstein]

    "Notre vue sur l'homme restera superficielle tant que nous ne remonterons pas à cette origine, tant que nous ne retrouverons pas, sous le bruit des paroles, le silence primordial, tant que nous ne décrirons pas le geste qui rompt ce silence. La parole est un geste et sa signification un monde." [Maurice Merleau-Ponty]

    "Il y a donc une opacité du langage : nulle part il ne cesse pour laisser place à du sens pur, il n'est jamais limité que par du langage encore et le sens ne paraît en lui que serti dans les mots." [Maurice Merleau-Ponty]

    "Le langage est aux postes de commande de l'imagination." [Gaston Bachelard

    "Je me reproche d'avoir dit trop de choses à dire et pas assez de choses à ne pas dire" [Jean Cocteau]

    "Le langage reproduit le monde, mais en le soumettant à son organisation propre." [Émile Benveniste]

    "Le langage est une peau : je frotte mon langage contre l’autre. " [Roland Barthes]

    "Ce que cache mon langage, mon corps le dit. Mon corps est un enfant entêté, mon langage est un adulte très civilisé… " [Roland Barthes]

    "Le désir s’exprime par la caresse comme la pensée par le langage." [Jean-Paul Sartre]

    "Les poètes sont des hommes qui refusent d'utiliser le langage... Le poète est hors du langage, il voit les mots à l'envers, comme s'il n'appartenait pas à la condition humaine et que, venant vers les hommes, il rencontrât d'abord la parole comme une barrière." [Jean-Paul Sartre]

    "La véritable création commence où finit le langage." [Arthur Koestler]

    "Le langage est un ensemble de citations." [Jorge Luis Borges]

    "Une monstrueuse aberration fait croire aux hommes que le langage est né pour faciliter leurs relations mutuelles." [Michel Leiris]

    "Une langue est un prisme à travers lequel ses usagers sont condamnés à voir le monde ; et (...) notre vision du monde est donc déterminée, prédéterminée même, par la langue que nous parlons." [Georges Mounin]  

    "On peut aussi traiter le langage comme condition de la culture, et à un double titre : diachronique, puisque c'est surtout au moyen du langage que l'individu acquiert la culture de son groupe ; on instruit, on éduque l'enfant par la parole ; on le gronde ; on le flatte avec des mots." [Claude Lévi-Strauss

    "Le langage, loin de combler l’abîme qui sépare les êtres, creuse la distance, il met en évidence la solitude et l’impossibilité de communiquer." [Michel Onfray]

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  • COMPTE-RENDU DE LA SÉANCE : "FAUT-IL TOUT FAIRE POUR ÊTRE HEUREUX ?"

    Thème du débat : "Faut-il tout faire pour être heureux ?" 

    Date : 12 décembre 2014 à la Brasserie du centre commercial de la Chaussée

    watzlawick,andré,épicure,spinoza,cyrulnik,eudémonistes,aristote,rousseau,bouddha,pascal,socrate,arendtLe café philosophique de Montargis se réunissait le 12 décembre 2014 pour un débat portant sur cette question : "Doit-on tout faire pour être heureux ?" Une centaine de personnes était présente pour cette 45e séance.

    Claire commence par préciser qu'il s'agissait d'un sujet proposé, en juin 2014, pour l'épreuve de philosophie du baccalauréat (section Littéraire).  

    Un premier participant problématise cette question : est-il question d'une obligation ? Qu'est-ce qu'être heureux (biens matériels, comportements, etc.) ? Quel est le rapport entre la notion de bonheur et celle de plaisir ("la récompense") ? Le "tout faire" pourrait impliquer que ce chemin vers le bonheur se ferait "au détriment des autres". La répartition des biens et des richesses en est une illustration, ajoute ce participant. La cupidité et la rapacité se font au détriment d'une immense majorité de personnes pauvres ou modestes (il est cité l'exemple des notaires – "pas forcément dans le besoin" – manifestant cette semaine pour conserver leur niveau de vie...). À l'inverse, certaines personnes altruistes sont heureuses lorsqu'elles apportent un peu de bien aux autres. Bruno rebondit en citant l'exemple de Fritz Zorn, Mars : le narrateur, issu d'un milieu bourgeois et aisé, trouve son salut – et une forme de bonheur – grâce à la maladie qui l'accable.


    watzlawick,andré,épicure,spinoza,cyrulnik,eudémonistes,aristote,rousseau,bouddha,pascal,socrate,arendtPour un autre intervenant : "Il faut tout faire pour être heureux, parce que la vie est courte (... ), mais dans la limite du raisonnable". La question soulevée par une participante est celle de quantifier le bonheur : quand est-on heureux ? La réponse peut être dans une forme de comparaison. Une intervenante se demande si le bonheur ne résiderait pas dans l'absence de malheur, une optique dans laquelle s'engouffre le domaine pharmaceutique et les mises à disposition de psychotropes. Lorsque tout va bien, dit Claire, nous pouvons être dans un état d'allégresse, de joie, de spontanéité qui n'est sans doute pas à proprement parlé du bonheur. Par contre, c'est sans doute dans le malheur et dans les témoignages d'amour et de soutien que l'on pourrait retrouver la trace de ce bonheur.  

    Pour une participante, le bonheur est une exigence autant qu'un état personnel, lié à l'éducation, avec certainement une part génétique voire neurologique. Aux notions de bien et de mal, peut s'ajouter les notions de "bien vivre" et de "mal vivre". Tout faire pour être heureux semblerait ne pas vraiment avoir de sens, dit encore cette participante, car le bonheur semblerait être un état naturel ("On ne peut pas se forcer à être heureux : on l'est ou on l'est pas"). Par contre, ajoute-t-elle, certaines personnes, peuvent rendre malheureux les autres. 

    Pour une autre intervenante, le bonheur est souvent associé à quelque chose d'extérieur à soi que que l'on posséderait : la santé, l'amour, une famille, les biens matériels, etc. "Une récompense", est-il encore dit au cours de la soirée. L'autre remarque de cette intervenante réside autour de cette question : "Est-ce qu'il est obligatoire de faire quelque chose pour être heureux ?" Ne pourrait-on pas être heureux dans la quiétude épicurienne évoquée par Claire : accepter et ne rien faire. En un mot : le lâcher prise ?

    Tout faire pour être heureux pose la question de l'âge : la jeunesse, remarque une personne de l'assistance, recherche le bonheur dans l'action, alors qu'avec l'âge cet état résiderait plutôt dans l'évitement de la douleur : l'ataraxie.  

    watzlawick,andré,épicure,spinoza,cyrulnik,eudémonistes,aristote,rousseau,bouddha,pascal,socrate,arendtClaire revient sur cette notion de bonheur et d'obligation, évoquées plus haut : "Il y a la notion d'obligation mais aussi la notion de devoir". Le "tout faire" et le "doit-on" peuvent se regrouper autour de la notion de devoir. Autrement dit, je pourrais pratiquer un hédonisme tel que, par définition, je me devrais, pour être un homme, d'être heureux envers et contre tous. Du coup, peut-on et comment arriver à l'état de plénitude – qui est l'état du bonheur  ? Car il s'agit bien de cela, ajoute Claire : le bonheur est cet état de plénitude, sans manque ni désir. On est heureux lorsque l'on satisfait ses désirs. Le bonheur résiderait dans l'avoir et la possession, l'assouvissement de ses désirs et donc, quelque part, dans l'accomplissement de soi. 

    La notion de devoir est importante, ajoute Claire, dans le sens où cela sous-entend une une forme d'exigence. Car, a contrario, si la finalité de la vie humaine n'est pas le bonheur, quelle est-elle ? La vérité ? La santé ? Autre chose ? Si l'on abandonne l'exigence du bonheur, peut-on mener une existence pertinente ? Pour une participante, la réponse est positive : on peut se contenter d'un "semi-bonheur" car, suite à ce semi-bonheur, "le reste arrivera" sans doute...

    Est-ce que le bonheur ne résiderait pas plutôt dans l'ataraxie, l'absence de troubles de l'âme ? À ce sujet, Épicure dit que le plaisir est le commencement et la fin de toute vie heureuse. Mais dans sa Lettre à Ménécée, il précise que tous les plaisirs ne sont pas à rechercher ni toutes les douleurs à éviter. Par là, l'épicurisme n'est pas cette doctrine philosophique souvent caricaturée d'une invitation à "brûler la vie par les deux bouts" : Épicure recherche plutôt l'ataraxie, la quiétude, la sérénité. On peut penser qu'un bonheur ne peut s'atteindre si l'on est en conflit avec autrui. Mais donc ce cas, peut-on être heureux tout seul ? Et peut-on être heureux si l'on est malgré tout dans "l'attentat" envers son proche et son prochain ?  

    Claire réagit en précisant qu'étymologiquement, le "bon heur" est la "chance". Par exemple, les eudémonistes, qui sont ces philosophes qui cherchent à comprendre le bonheur et les moyens d'y accéder, ne parlent pas de "bon heur", tant cette notion de chance et de fortune (fortuna) nous échappe. Mais par contre, ils parlent du Souverain Bien (Aristote ou Épicure). Nous ne sommes plus alors dans l'action mais plutôt dans le délaissement. On va à l'essentiel et à ce qui nous caractérise singulièrement, ce qui fait que nous sommes nous-même et pas un autre, y compris dans le corps politique (polis). Le bonheur se situe dans le respect de soi-même et de l'autre. Nous sommes alors dans la dimension éthique du Souverain Bien.  

    watzlawick,andré,épicure,spinoza,cyrulnik,eudémonistes,aristote,rousseau,bouddha,pascal,socrate,arendtUne participante remarque que ce débat sur le bonheur semble être très occidental, même si cette notion reste universelle. La France, pays développé et riche, fait partie de ces contrées dont les habitants sont les plus insatisfaits et les plus "malheureux" au monde. C'est aussi là, précise un autre intervenant, que se consomme le plus de psychotropes (du "bonheur de substitution"). Cette notion de bonheur est très relative et peut être mise en relief avec d'autres cultures, par exemple le Bouthan qui a remplacé le PNB (Produit National Brut) par le BNB (Bonheur National Brut). Un intervenant relativise cette posture : le BNB interdisait l'alcool, interdiction qui, par la suite a été levée, ce qui amis un sérieux coup de canif dans l'idéal de ce BNB !

    Un autre intervenant parle de techniques modernes pour accéder au bonheur (la méditation de pleine conscience de Christophe André), de notions psychologiques ou psychiatriques (la résilience de Boris Cyrulnik) qui tendent à nous emmener vers une forme de bonheur immatériel : être en paix avec soi-même. Paul Watzlawick, de l'école de Palo Alto, dans l'ouvrage Faites-vous même votre Malheur, démontre comment certaines personnes s'enfoncent dans leur malheur, le ruminent et n'ont simplement jamais conscience de se sentir bien. 

    Un nouveau participant reprend la question d'origine : "Doit-on tout faire pour être heureux ?" Si l'on répond par la négative, on se place d'emblée dans le camp de ceux pour qui bonheur ou malheur laisse indifférent. Je me place en position de désintérêt par rapport à la vie et à ma propre existence, - voire, ajoute-t-il, dans un "état suicidaire". La recherche du bonheur (même s'il s'agit, comme dit plus haut d'un "demi bonheur"), est, selon lui, une nécessité absolue, tout en sachant qu'il sera difficilement accessible, notamment pour les personnes vivant dans le dénuement et le désœuvrement le plus total. Pour une autre personne du public, le bonheur peut s'organiser (il cite l'importance des vacances ou de sorties en groupes) : "Il faut se battre pour être heureux !" autant que donner. Mais tout en gardant en tête, ajoute une intervenante, l'impératif de la morale : "Pas de bonheur sans morale !"  Et pas de bonheur sans autrui, est-il également dit au cours de ce débat.

    watzlawick,andré,épicure,spinoza,cyrulnik,eudémonistes,aristote,rousseau,bouddha,pascal,socrate,arendtPour un autre intervenant, la condition fondamentale du bonheur est celle de la liberté. L'accès au bonheur semblerait bien être l'objectif que tout un chacun souhaite atteindre. Seulement, présenté par les eudémonistes comme le Souverain Bien, il s'agit d'un idéal et en tant qu'idéal il est inatteignable : "Le concept du bonheur est un concept si indéterminé, que, malgré le désir qu’a tout homme d’arriver à être heureux, personne ne peut jamais dire en termes précis et cohérents ce que véritablement il désire et il veut", écrivait Emmanuel Kant. Jean Anouilh disait, de son côté : "Il ne faut pas croire exagérément au bonheur."

    Pour Claire, il y a une nette distinction entre l'injonction "Je dois tout faire pour être heureux" par l'action d'une part et le travail sur soi afin d'acquérir une forme de sérénité d'autre part. Il est sans doute important de faire en sorte de donner un sens à sa vie (Sartre) ; a contrario, pour beaucoup de philosophes, si le bonheur se situe dans un état de projection, on perd tout car, par définition, s'évertuer à dire que l'on est heureux c'est oublier qu'on l'est déjà ! La philosophie stoïcienne dit par exemple qu'il y a ce qui dépend de moi et ce qui n'en dépend pas ; tout ce qui ne dépend pas de moi, je dois m'en détacher et tout ce qui dépend de moi, je dois l'apprécier. Pour Blaise Pascal, l'homme sera d'autant plus heureux lorsqu'il arrêtera de chercher à se divertir, le divertissement n'étant rien d'autre que la projection vers un bonheur illusoire, au risque d'oublier l'instant présent : la méditation et la contemplation, là, maintenant, serait préférable à la nostalgie comme à une recherche vaine vers un bonheur futur et hypothétique. Un participant cite à ce sujet Bouddha : "La joie se cueille, le plaisir se ramasse et le bonheur se cultive." Ce sont les petits bonheurs et les petits malheurs qui permettent d'accueillir la vie : "Goûtez tous les plaisirs et souffrez tous les maux / Et dites : c'est beaucoup et c'est l'ombre d'un rêve" (Jean Moréas), cite un participant.

    Pour aller plus loin, la morale devrait-elle toujours prévaloir dans cette "construction du bonheur". Pascal dit : "Tous les hommes recherchent d’être heureux. Cela est sans exception, quelques différents moyens qu’ils y emploient. Ils tendent tous à ce but" (Pensée 138). Mais à le rechercher sans relâche, on oublie de vivre de manière pertinente, on s'oublie soi-même, si bien que "le présent ne nous satisfaisant jamais, l’espérance nous séduit, et, de malheur en malheur, nous mène jusqu’à la mort, qui en est le comble éternel". Une telle posture pose une question morale : s'accomplir soi-même vient en contradiction avec nos impératifs sociaux. Nous ne sommes sans doute jamais à notre place dans notre vie, la recherche du bonheur venant se heurter à une vie qui nous oblige. Le "connais-toi toi-même" socratique nous interpelle : est-ce que je suis à ma place ? Tout cela est une histoire d'appropriation.

    watzlawick,andré,épicure,spinoza,cyrulnik,eudémonistes,aristote,rousseau,bouddha,pascal,socrate,arendtLe bonheur, dit une autre intervenante, pourrait n'être qu'un fantasme. Un fantasme que de grandes  idéologies du XXe siècle ont utilisé à des fins politiques, à décréter. Le bonheur ne serait pas à prendre d'un bloc mais comme une accumulation de petits événements ou de micro comportements à goûter ("Le bonheur est dans le pré ; cours-y vite cours-y vite ; le bonheur est dans le pré ; Cours y vite il va filer" dit une comptine célèbre). Bruno rebondit sur cette question de "bonheur collectif". Un bonheur collectif qui, depuis la fin du XXe siècle, n'existe plus et a été remplacé par le concept de bonheur individuel (thérapies de groupe, cours de sophrologie, etc.).

    Parler du bonheur implique la nécessité et la capacité à le reconnaître lorsqu'il se présente à nous, réagit une nouvelle participante. Or, parfois, cette capacité nous ne l'avons pas. Le bonheur est aussi le fait d'appréhender le monde d'une certaine façon afin de "le rendre heureux". Lors d'une introspection, lors de mauvaises expériences, nous pouvons en tirer des conclusions et des leçons bénéfiques ("positiver les choses"). 

    Ce qui est également en jeu à travers la question du bonheur est celle de la mort et de notre rapport à elle. Une intervenante cite l'Inde. Dans ce pays, la mort n'est pas taboue. Elle est présente de manière moins tragique que dans nos sociétés occidentales. Claire met en avant notre rapport moderne à la mort. Aucune mort n'est naturelle et tout décès est hasardeux, "alors que, dit Claire, la mort n'est pas un hasard ; c'est la vie qui en est un". Dans nos sociétés modernes, la mort, la vieillesse et le passé sont mises de côté. Seuls comptent le présent et le futur. On est dans la création. Le bonheur semblerait avoir un lien avec l'idée de sens : quelle orientation dois-je choisir de donner à ma vie.? Or, n'est-il par perdu d'avance de chercher à se construire dans un avenir hypothétique ? "L'homme avide est borné" disait Jean-Jacques Rousseau.

    Dans le doit-on tout faire pour être heureux, peut-on choisir son malheur, quitte à faire souffrir aujourd'hui ? Ou bien mon bonheur ne devra-t-il passer que par l'acceptation d'autrui ? Ce qui se pose ici est celle d'une morale qui viendrait borner notre recherche du bonheur.  

    watzlawick,andré,épicure,spinoza,cyrulnik,eudémonistes,aristote,rousseau,bouddha,pascal,socrate,arendt"Il y a une intelligence du bonheur", juge également un membre du public : certaines personnes ont plus d'aptitudes au bonheur que d'autres. Partant de cela, réagit un autre participant, "ceux qui n'en ont pas doivent aller chercher des astuces" pour être meilleur et heureux. Mais une telle considération sur "l'intelligence du bonheur" n'est-elle pas contredite par l'expression populaire "Espèce d'imbécile heureux !" ? Être trop intelligent ne serait-ce pas un frein à ce bonheur tant désiré. Ne faut-il pas revendiquer une certaine bêtise, à la manière de Candide ou l'Optimiste (Voltaire) ? Or, si l'on parle d'intelligence dans le bonheur, il ne s'agit pas d'une intelligence scientifique ou intellectuelle. Des peuplades reculées, dénuées de tout confort matériel, vivant parfois dans l'intelligence, peuvent être dans une parfaite harmonie et avec un détachement heureux. "Une puissance de vie", précise une participante.

    Cela voudrait-il dire que le progrès et l'intelligence seraient un frein au bonheur ? Quelqu'un dans l'assistance répond par la négative : croire que la pauvreté permettraient de se raccrocher à l'essentiel est profondément illusoire. La construction d'une route, l'installation de l'électricité ou la mise en place d'écoles pour tous dans des régions reculées du monde peuvent participer d'un mouvement altruiste. La science, l'imagerie médicale, l'atterrissage d'un satellite artificiel sur une lointaine comète peuvent susciter une forme de bonheur, qui serait un bonheur collectif, une fierté pour le genre humain et le progrès qui a un certain sens.  

    Aujourd'hui, il y a bien une injonction à être heureux. Le "mal heureux" n'est pas bien considéré dans nos sociétés. Il gêne. Doit-on absolument être heureux ? Cette question, réagit un intervenant, peut ne pas se poser. Hannah Arendt, dans la Crise de la Culture (1961), revient sur la période de la résistance au cours de laquelle la question du bonheur individuel ne se posait pas, au contraire du bonheur collectif et de la recherche de la liberté. Spinoza parlait de la question du travail comme souffrance, mais ce travail, s'il est sublimé, peut devenir un plaisir. Or, le bonheur est cet effort (conatus) pour entrer dans cette obligation de vivre et de persévérer dans l'être ce qui nous procure la joie.

    watzlawick,andré,épicure,spinoza,cyrulnik,eudémonistes,aristote,rousseau,bouddha,pascal,socrate,arendtMais  comment construire un monde pour le bonheur des autres et de nos descendants ? La vitesse des sociétés occidentales peut nous mener vers une voie où le bonheur paraît factice dans une société compartimentée et modelée par la consommation. Un intervenant considère que le bonheur est une idée neuve... depuis 200 ans et se félicite qu'aujourd'hui chacun puisse prétendre au bonheur.

    Bruno conclut ce débat par les paroles d'une chanson de Berry : "Le trésor n'est pas caché / Il est juste là / À nos pieds dévoilés / Il nous ferait presque tomber" (Le Bonheur). "Peut-être, ajoute-t-il, que le bonheur est là et peut-être ne le savons-nous pas". Alain disait également : "Le bonheur est une récompense qui vient à ceux qui ne l'ont pas cherché."

    Trois sujets sont mis au vote pour la séance du 30 janvier 2015 : "L'enfer est-il pavé de bonnes intentions ?", "Autrui, antidote à la solitude ?" et "Le langage trahit-il la pensée ?" C'est ce dernier sujet qui est élu par la majorité des participants. Rendez-vous est pris à la Brasserie du centre commercial de la Chaussée pour le vendredi 30 janvier.

    Philo-galerie

    Illustrations de ce compte-rendu : Jean-Honoré Fragonard, Roy Liechtenstein, John Russel, Léon-François Commerre, William Bouguereau et Enrique Simonet et Germaine Pichot.

     

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  • "LE LANGAGE TRAHIT-IL LA PENSÉE ?"

    Visuel_café_philo_montargis_langage.jpgLe café philosophique de Montargis proposera sa prochaine séance le vendredi 30 janvier 2015, à partir de 19 heures, à la Brasserie du centre commercial de la Chaussée, à Montargis. Le débat proposé portera sur cette question : "Le langage trahit-il la pensée ?"

    Il sera d'abord question au cours de cette séance d'une définition du langage et de son rôle. Le langage n'est-il qu'un simple véhicule de la pensée ? Peut-on dans ce cas là parler de "trahison" ou, au contraire, de "traduction" de la pensée ? Doit-il être vu uniquement dans une acception sociale, comme moyen de communication avec autrui ? Le langage peut-il avoir sa propre "vie", sa propre logique ? 

    Ce sont autant de questions qui pourront être débattues avec les participants du café philo, le vendredi 30 janvier, à 19 heures, à la Brasserie du Centre commercial de la chaussée à Montargis. La participation sera libre et gratuite.

     

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  • MERLEAU-PONTY : "LA PAROLE EST UN GESTE ET SA SIGNIFICATION D'UN MONDE"

    300x200-ct.jpg"Nous vivons dans un monde où la parole est instituée. Pour toutes ces paroles banales, nous possédons en nous-mêmes des significations déjà formées. Elles ne suscitent en nous que des pensées secondes; celles-ci à leur tour se traduisent en d'autres paroles qui n'exigent de nous aucun véritable effort d'expression et ne demanderont à nos auditeurs aucun effort de compréhension. Ainsi le langage et la compréhension du langage paraissent aller de soi. Le monde linguistique et intersubjectif ne nous étonne plus, nous ne le distinguons plus du monde même, et c'est à l'intérieur d'un monde déjà parlé et parlant que nous réfléchissons. Nous perdons conscience de ce qu'il y a de contingent dans l'expression et dans la communication, soit chez l'enfant qui apprend à parler, soit chez l'écrivain qui dit et pense pour la première fois quelque chose, enfin chez tous ceux qui transforment en parole un certain silence. Il est pourtant bien clair que la parole constituée, telle qu'elle joue dans la vie quotidienne, suppose accompli le pas décisif de l'expression. Notre vue sur l'homme restera superficielle tant que nous ne remonterons pas à cette origine, tant que nous ne retrouverons pas, sous le bruit des paroles, le silence primordial, tant que nous ne décrirons pas le geste qui rompt ce silence. La parole est un geste et sa signification un monde."

    Maurice Merleau-PontyPhénoménologie de la Perception (1944) 

     

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  • MERLEAU-PONTY : L'OPACITE DU LANGAGE

    langage.JPG"En ce qui concerne le langage, si c'est le rapport latéral du signe au signe qui rend chacun d'eux signifiant, le sens n'apparaît donc qu'à l'intersection et comme dans l'intervalle des mots. Ceci nous interdit de concevoir, comme on le fait d'habitude, la distinction et l'union du langage et de son sens. On croit le sens transcendant par principe aux signes comme la pensée le serait à des indices sonores ou visuels, - et on le croit immanent aux signes en ceci que, chacun d'eux, ayant une fois pour toutes son sens, ne saurait entre lui et nous glisser aucune opacité, ni même nous donner à penser : les signes n'auraient qu'un rôle de monition, ils avertiraient l'auditeur d'avoir à considérer telle de ses pensées. À la vérité, ce n'est pas ainsi que le sens habite la chaîne verbale et pas ainsi qu'il s'en distingue. Si le signe ne veut dire quelque chose qu'en tant qu'il se profile sur les autres signes, son sens est tout engagé dans le langage, la parole joue toujours sur fond de parole, elle n'est jamais qu'un pli dans l'immense tissu du parler. Nous n'avons pas, pour la comprendre, à consulter quelque lexique intérieur qui nous donnât, en regard des mots ou des formes, de pures pensées qu'ils recouvriraient : il suffit que nous nous prêtions à sa vie, à son mouvement de différenciation et d'articulation, à sa gesticulation éloquente. Il y a donc une opacité du langage : nulle part il ne cesse pour laisser place à du sens pur, il n'est jamais limité que par du langage encore et le sens ne paraît en lui que serti dans les mots. Comme la charade, il ne se comprend que par l'interaction des signes, dont chacun pris à part est équivoque ou banal, et dont la réunion seule fait sens. En celui qui parle non moins qu'en celui qui écoute, il est bien autre chose qu'une technique de chiffrement ou de déchiffrement pour des significations toutes faites : il faut d'abord qu'il les fasse exister à titre d'entités repérables en les installant à l'entrecroisement des gestes linguistiques comme ce qu'ils montrent d'un commun accord."

    Maurice Merleau-Ponty, Signes (1960) 

     

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  • FREUD : LES LAPSUS

    205.jpg"Considérons, parmi les actes manqués, ceux qui se prêtent le mieux à nos intentions : les erreurs de langage (lapsus). Nous pourrions d’ailleurs tout aussi bien choisir les erreurs d’écriture ou de lecture. À ce propos, nous devons tenir compte du fait que la seule question que nous nous soyons posée jusqu’à présent était de savoir quand et dans quelles conditions on commet des lapsus, et que nous n’avons obtenu de réponse qu’à cette seule question. Mais on peut aussi considérer la forme que prend le lapsus, l’effet qui en résulte. Vous devinez déjà que tant qu’on n’a pas élucidé cette dernière question, tant qu’on n’a pas expliqué l’effet produit par le lapsus, le phénomène reste, au point de vue psychologique, un accident, alors même qu’on a trouvé son explication physiologique. Il est évident que, lorsque je commets un lapsus, celui-ci peut revêtir mille formes différentes ; je puis prononcer, à la place du mot juste, mille mots inappropriés, imprimer au mot juste mille déformations. Et lorsque, dans un cas particulier, je ne commets, de tous les lapsus possibles, que tel lapsus déterminé, y a-t-il à cela des raisons décisives, ou ne s’agit-il là que d’un fait accidentel, arbitraire, d’une question qui ne comporte aucune réponse rationnelle ? (...)

    Je ne crois cependant pas me tromper en disant que les exemples de lapsus cités au cours de la recherche qui précède laissent une impression nouvelle qui vaut la peine qu’on s’y arrête. Nous avons examiné d’abord les conditions dans lesquelles un lapsus se produit d’une façon générale, ensuite les influences qui déterminent telle ou telle déformation du mot ; mais nous n’avons pas encore envisagé l’effet du lapsus en lui-même, indépendamment de son mode de production. Si nous nous décidons à le faire, nous devons enfin avoir le courage de dire : dans quelques-uns des exemples cités, la déformation qui constitue un lapsus a un sens. Qu’entendons-nous par ces mots : a un sens ? Que l’effet du lapsus a peut-être le droit d’être considéré comme un acte psychique complet, ayant son but propre, comme une manifestation ayant son contenu et sa signification propres. Nous n’avons parlé jusqu’à présent que d’actes manqués, mais il semble maintenant que l’acte manqué puisse être parfois une action tout à fait correcte, qui ne fait que se substituer à l’action attendue ou voulue."

    Sigmund Freud, Introduction à la Psychanalyse (1916)

     

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  • BIENTÔT LE COMPTE-RENDU DE LA SÉANCE "DOIT-ON TOUT FAIRE POUR ÊTRE HEUREUX ?"

    Bientôt, vous pourrez trouver sur notre site le compte-rendu de notre dernière séance "Doit-on tout faire pour être heureux ?", qui avait lieu le 12 décembre 2014.

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