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  • LA VALISE PHILOSOPHIQUE DU MOIS : "LE LANGAGE TRAHIT-IL LA PENSÉE ?"

    3271480587.jpgLe prochain café philosophique de Montargis aura lieu le vendredi 30 janvier 2015 à 19 heures à la Brasserie du Centre commercial de la Chaussée. 

    Il aura pour sujet : "Le langage trahit-il la pensée ?"

    La  Valise philosophique du mois (colonne de droite) présente des documents (textes, vidéos, musiques, etc.) portant sur ce prochain débat. 

     

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  • CONDILLAC : LE LANGAGE CHEZ LES ANIMAUX ET CHEZ LES HOMMES

    condillac

    "C’est donc une suite de l’organisation que les animaux ne soient pas sujets aux mêmes besoins, qu’ils ne se trouvent pas dans les mêmes circonstances, lors même qu’ils sont dans les mêmes lieux, qu’ils n’acquièrent pas les mêmes idées, qu’ils n’aient pas le même langage d’action, et qu’ils se communiquent plus ou moins leurs sentiments, à proportion qu’ils diffèrent plus ou moins à tous ces égards. Il n’est pas étonnant que l’homme, qui est aussi supérieur par l’organisation que par la nature de l’esprit qui l’anime, ait seul le don de la parole ; mais, parce que les bêtes n’ont pas cet avantage, faut-il croire que ce sont des automates, ou des êtres sensibles, privés de toute espèce d’intelligence ? Non sans doute. Nous devons seulement conclure que, puisqu’elles n’ont qu’un langage fort imparfait, elles sont à-peu-près bornées aux connaissances que chaque individu peut acquérir par lui-même. Elles vivent ensemble, mais elles pensent presque toujours à part. Comme elles ne peuvent se communiquer qu’un très petit nombre d’idées, elles se copient peu ; se copiant peu, elles contribuent faiblement à leur perfection réciproque ; et par conséquent, si elles font toujours les mêmes choses et de la même manière, c’est, comme je l’ai fait voir, parce qu’elles obéissent chacune aux mêmes besoins.

    Mais si les bêtes pensent, si elles se font connaître quelques-uns de leurs sentiments ; enfin, s’il y en a qui entendent quelque peu notre langage, en quoi donc diffèrent-elles de l’homme ? N’est-ce que du plus au moins ?"

    Étienne Bonnot de Condillac, Traité des Animaux (1755)

     

     

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  • BERGSON : LA FONCTION PRIMITIVE DU LANGAGE

    8postures.jpg"Quelle est la fonction primitive du langage ? C'est d'établir une communication en vue d'une coopération. Le langage transmet des ordres ou des avertissements. Il prescrit ou il décrit. Dans le premier cas, c'est l'appel à l'action immédiate, dans le second, c'est le signalement de la chose ou de quelqu’une de ses propriétés, en vue de l’action future. Mais, dans un cas comme dans l'autre, la fonction est industrielle, commerciale, militaire, toujours sociale. Les choses que le langage décrit ont été découpées dans le réel par la perception humaine en vue du travail humain. Les propriétés qu'il signale sont les appels de la chose à une activité humaine. Le mot sera donc le même, comme nous le disions, quand la démarche suggérée sera la même, et notre esprit attribuera à des choses diverses la même propriété, se les représentera de la même manière, les groupera enfin sous la même idée, partout où la suggestion du même parti à tirer, de la même action à faire, suscitera le même mot."

    Henri Bergson, La pensée et le Mouvant (1903-1923)

     

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  • "PHOTOGRAPHIE DE LA PAROLE" : DÉCOMPOSITION DE LA PHRASE "JE VOUS AIME"

    demeny2.jpg

    Gravues d'après une chronophotographie d'Etienne-Jules Marey (1830-1904)

     

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  • PLATON : LA RHÉTORIQUE COMME ARME POLITIQUE

    gorgias-socrates.jpg"SOCRATE - Eh bien, maintenant, Gorgias, à ton tour. La rhétorique est justement un des arts qui accomplissent et achèvent leur tâche uniquement au moyen de discours, n'est-il pas vrai ?

    GORGIAS - C'est vrai.

    SOCRATE - Dis-moi donc à présent sur quoi portent ces discours. Quelle est, entre toutes les choses de ce monde, celle dont traitent ces discours propres à la rhétorique ?

    GORGIAS - Ce sont les plus grandes de toutes les affaires humaines, Socrate, et les meilleures.

    SOCRATE - Mais, Gorgias, ce que tu dis là est sujet à discussion et n'offre encore aucune précision. Tu as sans doute entendu chanter dans les banquets cette chanson qui, dans l'énumération des biens, dit que le meilleur est la santé, que le second est la beauté et que le troisième est, selon l'expression de l'auteur de la chanson, la richesse acquise sans fraude.

    GORGIAS - Je l'ai entendue en effet, mais où veux-tu en venir ?

    SOCRATE - C'est que tu pourrais bien être assailli tout de suite par les artisans de ces biens vantés par l'auteur de la chanson, le médecin, le pédotribe et le financier, et que le médecin le premier pourrait me dire: "Socrate, Gorgias te trompe. Ce n'est pas son art qui a pour objet le plus grand bien de l'humanité, c'est le mien." Et si je lui demandais : "Qui es-tu, toi, pour parler de la sorte ?", il me répondrait sans doute qu'il est médecin. - "Que prétends-tu donc? Que le produit de ton art est le plus grand des biens ?". Il me répondrait sans doute : "Comment le contester, Socrate, puisque c'est la santé ? Y a-t-il pour les hommes un bien plus grand que la santé ?" Et si, après le médecin, le pédotribe à son tour me disait : "Je serais, ma foi, bien surpris, moi aussi, Socrate, que Gorgias pût te montrer de son art un bien plus grand que moi du mien", je lui répondrais à lui aussi : "Qui es-tu aussi, l'ami, et quel est ton ouvrage ? - Je suis pédotribe, dirait-il, et mon ouvrage, c'est de rendre les hommes beaux et robustes de corps". Après le pédotribe, ce serait, je pense, le financier qui me dirait, avec un souverain mépris pour tous les autres : "Vois donc, Socrate, si tu peux découvrir un bien plus grand que la richesse, soit chez Gorgias, soit chez tout autre. - Quoi donc ! lui dirions-nous. Es-tu, toi, fabricant de richesse ? - Oui. - En quelle qualité ? - En qualité de financier. - Et alors, dirions-nous, tu juges, toi, que la richesse est pour les hommes le plus grand des biens ? - Sans contredit, dirait-il. - Voici pourtant Gorgias, répondrions-nous, qui proteste que son art produit un plus grand bien que le tien". Il est clair qu'après cela il demanderait : "Et quel est ce bien ? Que Gorgias s'explique". Allons, Gorgias, figure-toi qu'eux et moi, nous te posons cette question. Dis-nous quelle est cette chose que tu prétends être pour les hommes le plus grand des biens et que tu te vantes de produire.

    GORGIAS - C'est celle qui est réellement le bien suprême, Socrate, qui fait que les hommes sont libres eux-mêmes et en même temps qu'ils commandent aux autres dans leurs cités respectives.

    SOCRATE - Que veux-tu donc dire par là ?

    GORGIAS - Je veux dire le pouvoir de persuader par ses discours les juges au tribunal, les sénateurs dans le Conseil, les citoyens dans l'assemblée du peuple et dans toute autre réunion qui soit une réunion de citoyens. Avec ce pouvoir, tu feras ton esclave du médecin, ton esclave du pédotribe et, quant au fameux financier, on reconnaîtra que ce n'est pas pour lui qu'il amasse de l'argent, mais pour autrui, pour toi qui sais parler et persuader les foules."

    Platon, Gorgias (Ve siècle av JC)

     

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  • ROUGIER : LE LANGAGE EST ILLUSOIRE

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    "[L'article défini] remplit [dans la langue grecque] de multiples fonctions, dont nous ne retiendrons, pour notre propos, que le pouvoir de substantiver des adjectifs, des participes, des infinitifs en les précédant, ce qui donne aux écrivains grecs le moyen de faire entrer dans leurs phrases tous les verbes avec leurs compléments, et, parfois, des phrases entières infinitives ou participiales. C'est là un moyen commode pour l'exposé des idées, dont la souplesse et la variété n'ont d'égales dans aucune des autres langues indo-européennes...

    Voilà les avantages; voici, maintenant, les inconvénients. 

    L'article défini, en permettant de substantiver des termes désignant des qualifications ou des comportements, est la source d'innombrables ambiguïtés. Il est employé indifféremment pour désigner une classe d'objets, un objet quelconque appartenant à cette classe, un objet déterminé de la même classe, comme on le voit dans les phrases suivantes : "l'arbre (= la classe de tous les arbres) est le titre de son traité"; "Peu importe l'arbre que vous plantiez, il vous donnera toujours de l'ombrage (= un arbre singulier quelconque)"; "Allez planter l'arbre au fond de l'allée (= un arbre bien déterminé)". Pour éviter les multiples amphibologies nées de cette confusion, la logique symbolique a dû recourir à trois quantificateurs : (x) = un certain x tel que...; (E x) = il existe au moins un x tel que; (x) = tous les x tels que... Ces quantificateurs, pris isolément, hors de tout contexte, n'ont aucun sens. 

    La facilité de substantiver les adjectifs et les verbes fait courir le risque d'hypostasier des abstractions, c'est-à-dire de traiter : des notions de classes comme si elles existaient en soi en dehors des individus dont elles expriment la collectivité; des notions de qualité comme si elles existaient en soi en dehors des individus pris comme sujets auxquels elles s'attribuent; des notions de relations  comme si elles subsistaient en dehors des termes qu'elles mettent en rapport. Par exemple, les adjectifs beau, bon peuvent qualifier des individus, des œuvres d'art, des pensées, des sentiments, des actions, des institutions. Mais, si l'on transforme ces adjectifs en substantifs, comme le permet la langue grecque en les faisant précéder de l'article défini, (to kalon), (to agathon), (to dikaion), (to isos), on est incité à parler du Beau, du Bien, du Juste, de l'Egalité en soi, comme s'il s'agissait de réalités distinctes des choses belles, bonnes, justes, égales entre elles, et susceptibles de figurer comme sujets dans les formes propositionnelles de ce genre : "Le Beau et le Bien existent en soi; le Bien et le Beau sont convertibles". C'est l'illusion ontologique en laquelle la langue grecque a induit Platon avec sa théorie des Idées. Il est évidemment absurde de parler de "l'égalité en soi" comme il le fait dans le Phédon, car l'égalité est une relation qui ne peut exister en dehors des termes qu'elle met en rapport."

    Louis Rougier, La Métaphysique et le Langage (1960) 

     

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  • "ADIEU AU LANGAGE"

     Lien externe

     Ce post est le 1500e du site du café philosophique de Montargis

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  • LEIBNIZ : LE LANGAGE, MOYEN DE LA PENSÉE

    leibniz"PHILALETHE. Dieu, ayant fait l'homme pour être une créature sociable, lui a non seulement inspiré le désir et l'a mis dans la nécessité de vivre avec ceux de son espèce, mais lui a donné aussi la faculté de parler, qui devait être le grand instrument et le lien commun de cette société. C'est de cela que viennent les mots, qui servent à représenter ; et même à expliquer les idées.

    THÉOPHILE. Je suis réjoui de vous voir éloigné du sentiment de M. Hobbes, qui n'accordait pas que l'homme était fait pour la société, concevant qu'on y a été seulement forcé par la nécessité et par la méchanceté de ceux de son espèce. Mais il ne considérait point que les meilleurs hommes, exempts de toute méchanceté, s'uniraient pour mieux obtenir leur but, comme les oiseaux s'attroupent pour mieux voyager en compagnie, et comme les castors se joignent par centaines pour faire des grandes digues, où un petit nombre de ces animaux ne pourrait réussir ; et ces digues leur sont nécessaires, pour faire par ce moyen des réservoirs d'eau ou de petits lacs, dans lesquels ils bâtissent leurs cabanes et pêchent des poissons, dont ils se nourrissent. C'est là le fondement de la société des animaux qui y sont propres, et nullement la crainte de leurs semblables, qui ne se trouve guère chez les bêtes.

    PHILALETHE. Fort bien, et c'est pour mieux cultiver cette société que l'homme a naturellement ses organes façonnés en sorte qu'ils sont propres à former des sons articulés, que nous appelons des mots."

    GW Leibniz, Nouveaux Essais sur l'Entendement humain (1703)

     

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  • JOYEUX NOËL !

    pere-noel-santa-claus.jpgL'équipe du café philosophique de Montargis vous souhaite une joyeuse fête de Noël !

    Que signifie Noël et d'où vient réellement le Père Noël ? Pour avoir quelques éléments de réponses, vous pouvez-vous reporter sur un débat que nous avions organisé au cours de notre deuxième saison : "Le Père Noël est-il un imposteur ?"

    A bientôt !

     

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  • J'AI TESTÉE POUR VOUS : LE CAFÉ PHILO

    Logo La Vraie vie c'est aujourd'hui.JPGLe café philosophique de Montargis fait l'objet d'un article sur le blog La Vraie Vie c'est Aujourd'hui.

    La bloggeuse et journaliste Anaïs Rambaud  "a testé le café philo" et nous parle de son expérience.

    Pour lire cet article, rendez-vous sur son site : [J’ai testé pour vous] : Le café-philo.

    Un grand merci pour ce coup de projecteur !

     

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  • DESCARTES : NOTRE CORPS N'EST PAS SEULEMENT UNE MACHINE

    tumblr_lulkn4vYNp1r3zm1eo7_500.jpg"Enfin, il n'y a aucune de nos actions extérieures, qui puisse assurer ceux qui les examinent, que notre corps n'est pas seulement une machine qui se remue de soi-même, mais qu'il y a aussi en lui une âme qui a des pensées, excepté les paroles, ou autres signes faits à propos des sujets qui se présentent, sans se rapporter à aucune passion.

      Je dis les paroles ou autres signes, parce que les muets se servent de signes en même façon que nous de la voix; et que ces signes soient à propos, pour exclure le parler des perroquets, sans exclure celui des fous, qui ne laisse pas d'être à propos des sujets qui se présentent, bien qu'il ne suive pas la raison; et j'ajoute que ces paroles ou signes ne se doivent rapporter à aucune passion, pour exclure non seulement les cris de joie ou de tristesse, et semblables, mais aussi tout ce qui peut être enseigné par artifice aux animaux; car si on apprend à une pie à dire bonjour à sa maîtresse, lorsqu'elle la voit arriver, ce ne peut être qu'en faisant que la prolation de cette parole devienne le mouvement de quelqu'une de ses passions; à savoir, ce sera un mouvement de l'espérance qu'elle a de manger, si l'on a toujours accoutumé de lui donner quelque friandise, lorsqu'elle l'a dit; et ainsi toutes les choses qu'on fait faire aux chiens, aux chevaux et aux singes, ne sont que des mouvements de leur crainte, de leur espérance, ou de leur joie, en sorte qu'ils les peuvent faire sans aucune pensée.

    Or il est, ce me semble, fort remarquable que la parole, étant ainsi définie ne convient qu'à l'homme seul. Car, bien que Montaigne et Charron aient dit qu'il y a plus de différences d'homme à homme, que d'homme à bête, il ne s'est toutefois trouvé aucune bête si parfaite, qu'elle ait usé de quelque signe, pour faire entendre à d'autres animaux quelque chose qui n'eût point de rapport à ses passions; et il n'y a point d'homme si imparfait, qu'il n'en use; en sorte que ceux qui sont sourds et muets inventent des signes particuliers, par lesquels ils expriment leurs pensées. Ce qui me semble un très fort argument pour prouver que ce qui fait que les bêtes ne parlent point comme nous, est qu'elles n'ont aucune pensée, et non point que les organes leur manquent. Et on ne peut dire qu'elles parlent entre elles, mais que nous ne les entendons pas; car, comme les chiens et quelques autres animaux nous expriment leurs passions, ils nous exprimeraient aussi bien leurs pensées, s'ils en avaient."

    René DescartesLettre au Marquis de Newcastle (1646)

     

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  • DESCARTES : JE PARLE DONC JE SUIS...

    16-mentor-peinture-femme-oiseau.jpg"Mais la principale raison, selon moi, qui peut nous persuader que les bêtes sont privées de raison, est que, bien que parmi celles d'une même espèce les unes soient plus parfaites que les autres, comme dans les hommes, ce qui se remarque particulièrement dans les chevaux et dans les chiens, dont les uns ont plus de dispositions que les autres à retenir ce qu'on leur apprend, et bien qu'elles nous fassent toutes connaître clairement leurs mouvements naturels de colère, de crainte, de faim, et d'autres semblables, ou par la voix, ou par d'autres mouvements du corps, on n'a point cependant encore observé qu'aucun animal fût parvenu à ce degré de perfection d'user d'un véritable langage, c'est-à-dire qui nous marquât par la voix, ou par d'autres signes, quelque chose qui pût se rapporter plutôt à la seule pensée qu'à un mouvement naturel. Car la parole est l'unique signe et la seule marque assurée de la pensée cachée et renfermée dans les corps ; or tous les hommes les plus stupides et les plus insensés, ceux mêmes qui sont privés des organes de la langue et de la parole, se servent de signes, au lieu que les bêtes ne font rien de semblable, ce que l'on peut prendre pour la véritable différence entre l'homme et la bête.

    Je passe, pour abréger, les autres raisons qui ôtent la pensée aux bêtes. Il faut pourtant remarquer que je parle de la pensée, non de la vie, ou du sentiment ; car je n'ôte la vie à aucun animal, ne la faisant consister que dans la seule chaleur de cœur. Je ne leur refuse pas même le sentiment autant qu'il dépend des organes du corps. Ainsi, mon opinion n'est pas si cruelle aux animaux qu'elle est favorable aux hommes, je dis à ceux qui ne sont point attachés aux rêveries de Pythagore, puisqu'elle les garantit du soupçon même de crime quand ils mangent ou tuent des animaux."

    René Descartes, Lettre à Morus (1649)

     

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  • FRISCH : L’ACTIVITÉ BIEN RÉGLÉE DE LA RUCHE GRÂCE AU LANGAGE

    abeilles-dans-ruche.jpg"Tout ami attentif des abeilles s'apercevra vite qu'elles doivent avoir un moyen de communiquer entre elles. Il remarquera, par exemple, qu'un pot de miel peut rester en plein air des jours entiers sans attirer leur attention. Mais si une seule d'entre elles le découvre au bout de très peu de temps, des douzaines puis des centaines de ses compagnes de ruche arrivent sur place pour participer au butin. Il faut donc qu'elle en ait parlé à la maison ! Comment ? Impossible de s'en rendre compte dans une ruche ordinaire. Mais on construit des ruches d'observation dans lesquelles il est aisé de suivre, à travers une fenêtre vitrée, les allées et venues des abeilles...

    Plaçons au voisinage d'une de ces ruches d'observation une petite coupe de verre pleine de miel et attendons qu'une des abeilles la trouve. Marquons alors celle qui a fait la découverte d'une petite tache de couleur et observons-la après son retour à la ruche. Elle remonte les rayons, puis s'immobilise un instant, livre son butin sucré à ses congénères et (...) se livre à une véritable ronde, décrivant à petits pas rapides des cercles vers la droite, puis vers la gauche, alternativement. Elle répète sa danse à différents endroits des rayons puis se précipite sur le trou de vol pour retourner vers le butin. Ce manège a mis les abeilles voisines dans un état de grande excitation.

    Elles emboîtent le pas à la danseuse, maintenant leurs antennes en contact avec son abdomen; puis elles se dirigent vers le trou de vol et abandonnent la ruche. Peu après les premières d'entre elles apparaissent près de la coupe de miel...

    Il ressort de cette expérience que les danseuses de la ruche annoncent non seulement la présence du butin, mais également l'espèce de fleurs dans laquelle il faut le chercher. Elles n'ont pas, pour cela, à prononcer le moindre mot. Lorsqu'elles recueillent l'eau sucrée des fleurs, le parfum de celles-ci reste imprégné à leurs poils et les compagnes de ruche qui, sur les rayons, les escortent dans leur danse, maintenant leurs antennes au contact de leur abdomen, remarquent ce parfum et savent quelles fleurs elles doivent chercher pour parvenir à la même source... Mais [la danseuse] leur fournit également d'autres informations (...) grâce à sa manière de danser... Si le butin se trouve dans le voisinage immédiat de la ruche, on observe la ronde décrite précédemment... Si le butin est à 100 ou plus de 100 mètres de la ruche, la ronde fait place à une danse frétillante. L'abeille décrit un demi-cercle puis revient en ligne droite, repart en demi-cercle du côté opposé pour revenir de nouveau en ligne droite à son point de départ et ainsi de suite. Pendant son trajet rectiligne, elle frétille rapidement de la pointe de l'abdomen. Cette danse a un rythme particulier qui varie suivant la distance à laquelle se trouve le butin. Plus le chemin à parcourir est long, moins elle comporte de tours en une minute conformément à une règle si bien établie que, montre en main, on peut dire exactement de quelle distance la pourvoyeuse rapporte son butin. Les compagnes de ruche comprennent le message, car elles s'en vont faire leurs recherches à la distance indiquée...

    Ainsi, l'activité de la ruche se trouve réglée, pour le plus grand bien de la colonie, grâce à un langage par signes qui ne saurait être ni plus clair ni plus efficace."

    Karl Von Frisch, L'Homme et le Monde vivant (1974)

     

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