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  • "LE BOURGEOIS GENTILHOMME" DE MOLIÈRE

    gentil,gentilhomme,molière

    Monsieur Jourdain

    Au reste, il faut que je vous fasse une confidence. Je suis amoureux d’une personne de grande qualité, et je souhaiterais que vous m’aidassiez à lui écrire quelque chose dans un petit billet que je veux laisser tomber à ses pieds.

    Maître de philosophie

    Fort bien.

    Monsieur Jourdain

    Cela sera galant, oui.

    Maître de philosophie

    Sans doute. Sont-ce des vers que vous lui voulez écrire ?

    Monsieur Jourdain

    Non, non, point de vers.

    Maître de philosophie

    Vous ne voulez que de la prose ?

    Monsieur Jourdain

    Non, je ne veux ni prose ni vers.

    Maître de philosophie

    Il faut bien que ce soit l’un, ou l’autre.

    Monsieur Jourdain

    Pourquoi ?

    Maître de philosophie

    Par la raison, Monsieur, qu’il n’y a pour s’exprimer que la prose, ou les vers.

    Monsieur Jourdain

    Il n’y a que la prose ou les vers ?

    Maître de philosophie

    Non, Monsieur : tout ce qui n’est point prose est vers ; et tout ce qui n’est point vers est prose.

    Monsieur Jourdain

    Et comme l’on parle qu’est-ce que c’est donc que cela ?

    Maître de philosophie

    De la prose.

    Monsieur Jourdain

    Quoi ? quand je dis : "Nicole, apportez-moi mes pantoufles, et me donnez mon bonnet de nuit", c’est de la prose ?

    Maître de philosophie

    Oui, Monsieur.

    Monsieur Jourdain

    Par ma foi ! il y a plus de quarante ans que je dis de la prose sans que j’en susse rien, et je vous suis le plus obligé du monde de m’avoir appris cela. Je voudrais donc lui mettre dans un billet : Belle Marquise, vos beaux yeux me font mourir d’amour  ; mais je voudrais que cela fût mis d’une manière galante, que cela fût tourné gentiment.

    Maître de philosophie

    Mettre que les feux de ses yeux réduisent votre cœur en cendres ; que vous souffrez nuit et jour pour elle les violences d’un…

    Monsieur Jourdain

    Non, non, non, je ne veux point tout cela ; je ne veux que ce que je vous ai dit : Belle Marquise, vos beaux yeux me font mourir d’amour.

    Maître de philosophie

    Il faut bien étendre un peu la chose.

    Monsieur Jourdain

    Non, vous dis-je, je ne veux que ces seules paroles-là dans le billet ; mais tournées à la mode ; bien arrangées comme il faut. Je vous prie de me dire un peu, pour voir, les diverses manières dont on les peut mettre.

    Maître de philosophie

    On les peut mettre premièrement comme vous avez dit.
    Belle Marquise, vos beaux yeux me font mourir d’amour. Ou bien : D’amour mourir me font, belle Marquise, vos beaux yeux. Ou bien : Vos yeux beaux d’amour me font, belle Marquise, mourir. Ou bien : Mourir vos beaux yeux, belle Marquise, d’amour me font. Ou bien : Me font vos yeux beaux mourir, belle Marquise, d’amour.

    Monsieur Jourdain

    Mais de toutes ces façons-là, laquelle est la meilleure ?

    Maître de philosophie

    Celle que vous avez dite : Belle Marquise, vos beaux yeux me font mourir d’amour.

    Monsieur Jourdain

    Cependant je n’ai point étudié, et j’ai fait cela tout du premier coup. Je vous remercie de tout mon cœur, et vous prie de venir demain de bonne heure.

    Maître de philosophie

    Je n’y manquerai pas.

    Monsieur Jourdain

    Comment ? mon habit n’est point encore arrivé ?

    Second laquais

    Non, Monsieur.

    Monsieur Jourdain

    Ce maudit tailleur me fait bien attendre pour un jour où j’ai tant d’affaires. J’enrage. Que la fièvre quartaine puisse serrer bien fort le bourreau de tailleur ! Au diable le tailleur ! La peste étouffe le tailleur ! Si je le tenais maintenant, ce tailleur détestable, ce chien de tailleur-là, ce traître de tailleur, je…

    Molière, Le Bourgeois Gentilhomme, Acte I, scène IV

     

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  • ON PARLE DU CAFÉ PHILO ICI

    gentillesseLa République du Centre parle de nortre prochaine séance sur son site Internet.

    Rendez-vous sur ce lien ici.

    L'excellent site Gatinais-info nous fait également (comme à son habitude !) l'honneur d'un coup de projecteur sur son site. Merci également à eux.


     

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  • PROCHAIN DÉBAT DU CAFÉ PHILOSOPHIQUE SUR LA GENTILLESSE, VENDREDI 1ER FÉVRIER

    Le café philosophique de Montargis propose le 1er février 2013 à 19 heures à la Brasserie du Centre commercial de la Chaussée son prochain débat. Il aura pour titre: "Oser la gentillesse : est-ce encore possible ?"

    VAN-GOGH-le-bon-samaritain.jpgEntre Noël et la Saint-Valentin, c’est à cette qualité qu’est la gentillesse que les participants du café philo sont décidés à s’attaquer. Toujours attendu et souvent oublié, le gentil est aujourd’hui moqué, tant cette qualité semble superflue autant qu’inutile dans un monde où seule l’efficacité du gain importe. La bonté apparaît souvent frustrée et frustrante étant donnée la dévalorisation qu’elle subit. Pourtant, pendant que le gentil se trouve « bien brave » de faire ce que l’on refuse, le gentleman, lui, impose sa classe et suppose admiration. Il est le vertueux auquel on ne peut rien refuser. Alors, oser la gentillesse aujourd’hui est-ce possible ? Est-ce un devoir d’être gentil ou bien ne se doit-on de l’être qu’avec ceux qui l’ont été avec nous ? Finalement, l’acte moral est-il désintéressé ?

    Ce sont quelques-unes des questions au sujet desquelles les participants du café philosophique de Montargis seront invités à débattre.

    Rendez-vous pour cette séance le vendredi 1er février 2013 à 19 heures à la Brasserie du centre commercial de la Chaussée de Montargis.

     

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  • LA BONTÉ ET LA GENEROSITÉ

    La bonté et la générosité.jpg   
    "La bonté et la Générosité" (1765) de Louis-Jean-François Lagrenée dit l’aîné (1725-1805)

     

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  • "LA NAUSÉE" DE SARTRE, RESUMÉE DANS LE LANGAGE "KAÏRA"

    "la nausée j’te l’balance direct skeudi si tu crois que c’est le gros dégueuli quand t’as tapé ton ptit jet 27 avec les tontons tu te mets le oide dans l’urêtre jusqu’au cou c’est plutôt l’expression fanatique du gros seum face à la life gros c’est le keum héros toinou roquentin qui vit dans un vieux bledax tout paumé plorec sur arguenon vraiment gros bad y a des putain de tapisseries avec des motifs floraux de tata et des vaches à lait façon l’amour est dans le pré il en peut plus de tout ce mauvais goût il tape son vieux seum il décide de taffer comme un porc sur la vie du marquis shagass de rollebon pour oublier toute cette misère.

    banlieue.jpgil a mis son ptit son de justin timberlake cry me a river il commence à gratter sur son journal intime telle la pucelle qui découvre le first love entre les bras d’un appareil dentaire et en fait il se retrouve plus le keum tout a changé dans sa life c’est la 4eme dimension y a des zouz de poufsouffle de harry potter elles sont vla cheum avec des barbes des oilpes sous les bras et tout vraiment gros bad narvalo il a l’impression d’être un vieux croutax il se déteste il se met des grosses calottes des bifles et tout l’tintouin.

    dans un club de strip y a un keum c’est le timbaland de la glande française c’est l’autodidacte ils ont un gros fight existentiel avec toinou mais ça change qued’ roquentin il en peut plus de ce monde de détritus et de ce chaos il plaque tout en deux deux son hummer ses zouz de luxe sa lampe kalachnikov en or il se taille en islande prendre des bains d’algues dans les geyser massif aux aurores boréales et du coup il se retrouve complètement c’est la pure sérénité bouddhique il est aux côtés du matmatah gandhi c’est énorme pure jouissance christique y a tous les gros tontons de la papauté mondiale qui posent leur fat ass sur des trônes de vierges bien galbées bon ptit kiff mon frère.

    comme il est à donf en confiance il va retrouver son ex zouz annie qui kiff les sucettes pour lui mettre un bail mais là elle lui balance “non jte kiff plus toinou c’est over nous deux” gros malaise lol toinou il se retrouve comme un guedin il a plus rien il a plus que son imagination tel john lennon pour le sauver de sa propre zermi c’est la déchéance intérieure et alentour c’est l’existentialisme c’est la nausée."

    Ce texte et bien d'autres (réinterprétations dans ce style d'A la Recherche du Temps perdu, Ulysse, L'Eneide, Lolita, notamment) sont sur l'excellent site Les Boloss des Belles Lettres.

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  • CAROL GILLIAN ET LA PHILOSOPHIE DU CARE (INTERVIEW)

    Nous traduisons ici de larges extraits de l'interview de la philosophe américaine Carol Gillian réalisée pour le site Internet Ethics Of Care (trad. café philosophique de Montargis).

    Ethic of Care : Où travaillez-vous en ce moment ? 

    Carol Gilian : Je suis professeur d'université à l’université de New York, enseignante à l'École de Droit de la Steinhardt School of Culture, Education and Human Development et à la Graduate School of Arts and Sciences.

    Pouvez-vous nous parler de votre recherche et de sa relation avec l’éthique du care ?

    Mes recherches sur l'identité et sur le développement moral m'a conduit à identifier l'éthique du care  comme "voix différente", une voix qui allie le moi avec autrui et la raison avec l'émotion. En transcendant ces binômes on est passé au paradigme de la théorie psychologique et moral. L'éthique du care part du principe que nous, êtres humains, nous sommes fondamentalement des êtres relationnels, des êtres sensibles, et que la condition humaine implique l’interconnexion et l'interdépendance.

    cg.jpgComment avez-vous été impliqué dans l'éthique du care ?

    Je suis venu à écrire sur une éthique du care après avoir écouté la façon dont les gens parlent de leurs expériences de conflit moral et des choix auxquels ils sont confrontés. Ma recherche a porté sur des situations réelles, plutôt qu’hypothétiques, de conflits moraux et de choix... J'ai été poussé à écrire sur une éthique du care suite aux contradictions que j'ai remarquées lorsque s’exprimaient les théoriciens de la morale et les gens de la rue.

    Comment définiriez-vous l'éthique du care

    Comme une éthique fondée sur la parole et sur les relations humaines, comme sur l'importance de chacun d'avoir une voix, d'être écouté attentivement (en leur nom propre et sans dénaturer leurs propos) et d’être entendu avec respect. Une éthique du care oriente notre attention vers la nécessité de réactivité les relations humaines (attention, écoute, réponse) et vers le coût du manque de communication avec nous-même ou avec autrui. La logique du care est inductive, contextuelle, psychologique, plutôt que déductive ou mathématique.

    Quelle est la chose la plus importante que vous avez appris de l'éthique du care

    Que la morale est fondée sur une logique psychologique. Elle reflète la façon dont nous nous connaissons nous-même grâce à nos relations avec autrui. Elle nous parle aussi des origines du mensonge moral dans les relations humaines car elles donnent lieu à des préoccupations au sujet de l'injustice et de l'insouciance. En étudiant son développement, j'ai réalisé que les préoccupations concernant l'oppression et celles au sujet de l'abandon sont intégrées dans le cycle de la vie humaine, que le pouvoir agit différemment avec les enfants et avec les adultes et enfin que les soins sont essentiels pour la survie humaine. L’éthique du care parle de ces préoccupations.

    Qui considérez-vous comme spécialistes le(s) plus important(s) dans ce domaine? 

    Les personnes qui ont participé à ma recherche sont de grands artistes : auteurs dramatiques, romanciers et poètes. Ils ont amélioré notre compréhension de la condition humaine à travers le temps et les cultures. Dans l'élaboration de ma réflexion sur l'éthique du care, j'ai aussi beaucoup appris des écrits de philosophes moraux tels que Hannah Arendt, Simone Weil, Iris Murdoch, Suzanne Langer, Martha Nussbaum, Stanley Cavell et David Hume.

    Quel travail sur l'éthique du care vous semble le plus important? 

    À l'heure actuelle, les écrits de Michael Slote, ainsi que le travail fait à Paris par la philosophe morale Sandra Laugier et la sociologue Patricia Paperman.

    Parmi vos livres ou articles, lesquels nous conseillez-vous ? 

    Joining the Resistance (2011, non traduit en français), en particulier le premier et le dernier chapitre, mais également Une Voix différente (1982, éd. Champs Flammarion, 2008) et The Birth of Pleasure (2002, non traduit en français). Pour l'éthique du care appliqué à la démocratie et à la résistance au patriarcat, je voudrais également recommander le livre que j’ai publié en 2009 avec David A.J. Richards (un collègue de l’Université de New-York, expert en droit constitutionnel et philosophe de la morale) : The Deepening Darkness: Patriarchy, Resistance, and Democracy’s Future (Cambridge University Press). [Les Temps obscurs : Le Patriarcat, la Résistance, et le Futur de la Démocratie, non traduit en français].

    Quelles sont les questions importantes à soulever pour l’avenir de l'éthique du care

    D’abord, répondre à la question de savoir pourquoi l'éthique du care est encore attaquée (en particulier aux États-Unis mais aussi maintenant en Europe). Ensuite, examiner l'éthique du care à la lumière des nouveaux éléments de preuve dans les sciences humaines, à savoir que nous, humains, nous sommes par nature empathiques ainsi que des êtres sensibles et programmés pour la coopération. Plutôt que de demander comment nous pouvons être capables de prendre soin d’autrui, les grandes questions sont plutôt : comment ne parvenons-nous pas à prendre soin d’autrui et comment pouvons-nous perdre la capacité d'empathie et de compréhension mutuelle ? Il est également essentiel de préciser que dans un cadre patriarcal, l'éthique du care est une éthique "féminine", alors que dans le cadre démocratique il y a une éthique humaine fondée sur les valeurs démocratiques fondamentales: l'importance de chacun d'avoir une voix et d'être écouté avec soin et avec respect. De là, ce principe d'égalité permettant de traiter les conflits dans les relations humaines. La multitude de voix devient alors partie intégrante de la vitalité d'une société démocratique.

    L’éthique féministe du care est une éthique de la résistance aux injustices inhérentes au patriarcat (associer soins et compassion avec les femmes plutôt que qu’avec l’ensemble des hommes, la féminisation du travail de soins, la prestation de soins en tant que simple élément de la justice - en faire une simple question d'obligations spéciales ou de relations interpersonnelles). Une éthique féministe du care oriente la lutte historique pour la démocratie sans le patriarcat : c'est l'éthique d'une société démocratique. Il transcende les particularités entre les sexes et les hiérarchies qui structurent les institutions patriarcales et les cultures. Une éthique du care est essentielle à la survie humaine et aussi à la réalisation d'une société mondiale...

     

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  • COMPTE-RENDU DE LA SÉANCE "CATASTROPHE ! LA FIN DU MONDE ? LA PEUR PEUT-ELLE ÊTRE BONNE CONSEILLÈRE ?"

    Thème du débat : "Catastrophe ! La fin du monde ? La peur peut-elle être bonne conseillère ?" 

    Date : 21 décembre 2012 à la Brasserie du Centre commercial de la Chaussée.

    Pour cette dernière séance de l’année 2012, veille de départ en vacances, environ 50 personnes étaient présentes pour un débat intitulé : "Catastrophe ! La fin du monde ? La peur peut-elle être bonne conseillère ?"

    peur-fin-du-monde.jpgBruno explique qu’en préparant les séances de cette saison, Claire et lui-même se sont rendus compte que ce rendez-vous de décembre tombait précisément le jour au cours duquel une fin du monde, prévue par les Mayas (pour en savoir plus sur cette prédiction, rendez-vous sur ce lien), devait advenir – du moins, à en croire plusieurs mouvements apocalyptiques ! L’occasion était trop belle : organiser un débat philosophique, non pas tant sur la fin du monde que sur la peur, avait tout son sens. Comme souvent, c’est à partir d’une expression populaire ("La peur est mauvaise conseillère") que le débat philosophique s’oriente.

    Un premier participant réagit à cette expression par deux types de réactions que l’on peut avoir face à la peur. Le marin ne part-il pas en haute mer avec une dose de peur certaine ? Cette peur peut être certes tétanisante lorsqu’un coup dur survient ; mais que cette peur disparaisse et le marin, par manque de vigilance, sera surpris par un événement dont il n’aura su ou pu se méfier. Sur ce simple exemple est concentré toute l’ambivalence de la peur, bonne ou mauvaise conseillère selon les cas de figure.

    Un deuxième participant souhaite réhabiliter la peur qui a bien mauvaise presse. Oui, la peur fait intrinsèquement partie de l’homme ! Elle nous suit et peut nous aider à faire les bons choix. "Seuls les fous n’ont pas peur !" ajoute-t-il. Rebondissant sur cette remarque, quelqu’un émet la remarque que la folie est un terme psychiatrique difficile à manier. Il affirme par ailleurs que la peur, plutôt que d’être simplement prise comme une fatalité, doit être au contraire domptée et vaincue. Cette domestication de ce réflexe primaire n’a rien d’irréaliste. Il existe même des procédés thérapeutiques et comportementaux ad hoc. Est-ce encore possible ? Car, après tout, dit Bruno, on a d’abord peur de ce que l’on ne connaît pas : qu’est-ce qui nous effraie dans la mort sinon la peur de l’inconnue après elle ?  

    behind-the-flying-saucers-movie-poster-9999-1020429231.jpgUn nouvel intervenant, Jean-Dominique Paoli, co-animateur de la séance précédente sur la mémoire, souhaite faire un éclaircissement sur la manière dont le cerveau réagit dans une situation de peur. Que se passe-t-il face à un événement anxiogène ? Le cerveau a deux attitudes. Dans un premier temps, il a un réflexe de défense. Le corps se tétanise un court laps de temps afin de mieux se protéger par la suite. Dans un second temps, une autre partie du cerveau s’active afin d’analyser la situation et interpréter cet éventuel danger et comment y échapper. C’est dans ce deuxième temps simplement que la peur se manifeste.

    Considéré de cette manière, la peur apparaît comme un mécanisme primaire de défense, qui ne distinguerait pas l’homme de l’animal. La peur, en tant que phénomène de défense, tétanise, on l’a dit. Des régimes totalitaires l’ont bien compris qui l’utilisent à seule fin d’annihiler la résistance des populations. Il y aurait a priori, dit Claire, une sorte d’universalité dans ce sentiment commun à tous. Chacun peut même lister ces peurs communes capables de nous tétaniser et nous hérisser les poils : peur des araignées, des souris, des serpents, du vide, etc. La peur est-elle donc si universelle que cela ?

    Non, répond un nouvel intervenant, pour qui la peur, loin d'être commune à tous, est avant tout un phénomène culturel. Ces exemples considérés comme universels (reptiles, rats, serpents, etc.) ne sont que des phobies très occidentales. Il ajoute que dans le pays d’où il est originaire – la Centrafrique – ces facteurs de peurs n’existent pas. Craindre une souris a, dans son pays d'origine, moins de sens que sursauter au son d’une cuillère tombée sur le sol. Par contre, il est extrêmement fréquent qu’un bruit soudain, une sirène, une voiture assourdissante ou même un uniforme de policier apeurent un habitant de ce pays, que ce soit là-bas ou ici.

    nostradamus_fin_du_monde.jpgCette fameuse fin du monde rabattue ad nauseam dans les médias ne participe-t-elle pas d’un semblable mouvement culturel ? Pourquoi y croire et pourquoi ne pas y croire ? La fin de notre monde (et non pas la fin du monde) surviendra, assurément, dans un laps de temps plus ou moins (très) long, poursuit ce participant. Il y a eu des fins de mondes par le passé – entendons des grandes extinctions massives, comme celles des dinosaures (cf. ce lien). Celle de notre monde humain n’y échappera sans doute pas, même si ce terme se calcule en milliers voire millions d’années.  Il y a même fort à parier que nous n’en serons pas les témoins. Cette prévision apocalyptique n’est pas la première : elle a été précédée de quelque 180 annonces similaires depuis l’époque romaine ! Elle s’inscrit dans une sorte de culture eschatologique que ne partagent pas la totalité de la population mondiale. Ce qui n’empêche pas, affirme Claire, que l’annonce d’une apocalypse le 21 décembre 2012 suscite un engouement extraordinaire pour un petit village de l’Aude, Bugarach, considéré par certains comme une base extra-terrestre.

    "Comment vaincre notre peur ?" demande une dame, qui ne cache pas s’être fait violence en affrontant sa propre peur de réagir en public. Finalement, au cœur de cette question se trouve notre capacité en tant qu’homme à reconnaître ce sentiment et à le comprendre pour mieux l’affronter et le dépasser.

    Là, sans doute, se trouve la clé d’une peur bénéfique. Claire ne cache pas avoir été surprise, en préparant cette séance, de voir tout le bienfait accordé par les pédopsychiatres à ces contes terrifiants pour enfants (plus d'informations sur cet article). La peur est utilisée à des fins pédagogiques pour les plus petits. Les héros de notre enfance affrontent, pour notre plus grand bienfait, des situations épouvantables, voire sanglantes. Le jeune lecteur vit et accompagne cette situation par procuration jusqu’à la clôture de l’histoire : la peur était bien là mais elle a été dépassée. Tout cela n’était qu’imagination, sans risque malgré l’histoire apeurante ! Ce sentiment est sans doute similaire au ressenti des adolescents – et aussi des moins jeunes ! – à la vision d’un film d’horreur…

    Invasion-of-the-Body-Snatchers (1).jpgAffronter sa peur c’est sans doute en comprendre les ressorts. S’éduquer grâce à la peur, on le voit avec les exemples précédents, c’est affronter ses propres démons, se dépasser, grandir, s’endurcir et entrer dans  le monde des adultes. Les terreurs nocturnes ne sont-elles pas avant tout l’apanage de l’enfant ou de l’adolescent, se demande Claire ? Ces peurs irrationnelles doivent être dépassées pour permettre sa construction personnelle.

    Un participant évoque un autre aspect bénéfique de cette peur : celle des adeptes de sports extrêmes (pour aller plus loin, rendez-vous sur cette page) capables et surtout friands de dépasser leur peur pour réaliser des exploits hors norme. Récemment, le milieu sportif a été endeuillé par la mort de Patrick Edlinger. Cet alpiniste de l’extrême spécialiste de l’escalade à mains nus, avait fait du risque et de la peur son quotidien. Depuis plusieurs années cependant, ce sportif célèbre ne pratiquait quasiment plus suite à un accident qui avait failli lui coûter la vie. N’est-il pas poignant de constater qu’après avoir risqué la mort, Patrick Edlinger s’était contraint à abandonner peu à peu sa passion. En abandonnant sa passion, en choisissant de ne plus risquer sa vie et de ne plus affronter sa peur, n’est-il pas mort une première fois ?  

    Au terme de ce café philosophique, il a été dessiné un panorama de la peur, sentiment complexe à géométrie variable, largement évoquée et utilisée dans le cadre de cette fin du monde annoncée - et qui, finalement, n’a pas eu lieu ! 

    Blind-test

    La séance se termine par un blind-test – le premier de cette saison – consacré à la peur:

    - Combien d’inscriptions mayas ont prédit la fin du monde ? Réponse: 0

    - Qui a dit : "N’ayez pas peur ! De quoi faut-il ne pas avoir peur ? Avant tout de faire la vérité sur nous-mêmes." Réponse: Jean-Paul II

    melancholia2.jpg- Lars Von Trier est l’auteur d’un film récent et remarqué sur la fin du monde. Quel est ce film? Réponse : Melancholia

    - Quel romancier français a dit : "La vraie peur, c’est quelque chose comme une réminiscence des terreurs fantastiques d’autrefois"? Réponse : Maupassant

    - Quel homme d’État et médecin français est l’auteur des Prophéties ? Réponse : Nostradamus

    - Sous quel nom français est connu le film d’épouvante JawsRéponse : Les Dents de la Mer

    - Qui a dit : « "Que de fois nous mourons de notre peur de mourir." Réponse : Sénèque

    - Baudelaire a traduit en français les nouvelles de cet écrivain américain spécialiste de l’épouvante. Qui est-il ? Réponse : Edgar Allan Poe

    - En 1938, ce réalisateur américain a créé une panique monstrueuse aux USA en adaptant pour la radio La Guerre des Mondes. Qui est-il? Réponse : Orson Welles

    - Qui a dit : "La fin du monde n'est pas encore pour demain." Réponse : Tite-Live

    La gagnante repart avec le dernier livre de Michel Onfray, Rendre la Raison populaire. Félicitations à elle.

    La prochaine séance du café philosophique aura lieu le 1er février 2013 (même lieu, même heure) au lieu du 25 janvier comme prévu initialement (ce changement de date ayant été décidé afin de ne pas léser l’association des Cramés de la Bobine qui tient son assemblée générale le dernier vendredi de janvier). Le sujet de la séance du 1er février sera consacré à la gentillesse : "Oser la gentillesse : est-ce encore possible ?"

    Philo galerie

    Pour illustrer ce compte-rendu, nous avons choisi des reproductions d'affiches de films ou de livres consacrés à la fin du monde.

     
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  • L'ETHIQUE DU "CARE" : COMMENT RÉPARER LE MONDE

    L'éthique du Care, popularisé notamment par la philosophe américaine Carol Gillian en 1982 (Une Voix différente), est issu du mot anglais "care" qui signifie "s'occuper de", "prendre soin". Le substantif pourrait se traduire par "soin" ou "attention". En France, l'éthique du Care, empreint de féminisme, est réellement connu du grand public depuis quelques années. Voici quelques citations pour éclairer cette éthique, dont la gentillesse est une des caractéristiques :

    michel ange.jpg"La définition du Care avec laquelle je travaille est : une combinaison de sentiments d'affection et de responsabilité, accompagnés d'actions qui subviennent aux besoins ou au bien-être d'un individu dans une interaction en face-à-face." (Fransesca Cancian)

    "[Les femmes] sont beaucoup plus investies dans les relations de soin qui les attachent à autrui, alors que les hommes portent plus d'intérêt à la construction individuelle et font davantage place à la compétition. Ils accordent ainsi de l'importance aux règles qui permettent une distance affective avec les autres. Ces caractéristiques produisent des résolutions différentes des problèmes moraux . Les Hommes déploient des solutions plus neutres, fondées sur des règles de justice. Les femmes font l'expérience des conflits de responsabilité, qu'elles cherchent à résoudre de manière plus relationnelle." (Carol Gillian)

    "[Le Care définit] Une activité caractéristique de l'espèce humaine qui inclut tout ce que nous faisons en vue de maintenir, de continuer ou de réparer notre "monde" de telle sorte que nous puissions y vivre aussi bien que possible. Ce monde inclut nos corps, nos individualités, (selves) et notre environnement, que nous cherchons à tisser ensemble dans un maillage complexe qui soutient la vie." (Joan Tronto)

    "Dans nos sociétés où la crédibilité de l'action politique est remise en cause, l'éthique du care, de la sollicitude débordant de la sphère privée du soin, peut-elle être un nouveau moteur pour un projet politique, pour un projet de société ?" (Paulette Guinchard)

    Ces citations sont issues de la page Wikipedia consacrée au Care. Rendez-vous sur ce ce lien pour en savoir plus. 

     

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  • "L'HOMME EST UN LOUP POUR L'HOMME"

    HOBBES.jpg"Il ne fait aucun doute que les deux formules sont vraies : l’homme est un dieu pour l’homme, et l’homme est un loup pour l’homme. La première, si nous comparons les citoyens entre eux, la seconde, si nous comparons les États entre eux. Là, l’homme parvient, par la justice et la charité, qui sont des vertus de paix, à ressembler à Dieu ; ici, même les hommes de bien doivent, à cause de la dépravation des méchants et s’ils veulent se protéger, recourir aux vertus guerrières – la force et la ruse – c’est-à-dire à la rapacité des bêtes. Or même si les hommes, par un penchant inné, s’imputent mutuellement cette rapacité dont ils font grief, en jugeant leurs propres actes dans la personne des autres comme on juge devant un miroir la gauche être la droite et la droite être la gauche, le droit naturel ne permet toutefois pas que ce qui provient de la nécessité de sa propre préservation soit un vice."

    Thomas Hobbes, Du Citoyen (1649), éd. GF

     

     

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  • ILS ONT DIT, AU SUJET DE LA GENTILLESSE...

    gentillesse

    "Je traite avec bonté ceux qui ont la bonté ; je traite avec bonté ceux qui sont sans bonté. Et ainsi gagne la bonté." [Lao-Tseu]

    "La bonté en parole amène la confiance. La bonté en pensée amène la profondeur. La bonté en donnant amène l’amour." [Lao-Tseu]

    "Personne n’est injuste volontairement." [Platon]

    "La simplicité véritable allie la bonté à la beauté." [Platon]

    "Beaucoup de biens ne se produiraient pas s'il n'y avait pas de mal dans les êtres." [Saint Thomas d’Aquin]

    "Le temps n'attend pas, la bonté est impuissante, la fortune inconstante et la méchanceté insatiable." [Nicolas Machiavel]

    "Au lit, la bonté prime la beauté." [Montaigne]

    "Nul ne mérite d'être loué de bonté s'il n'a pas la force d'être méchant." [François de La Rochefoucauld]

    "L'homme est un loup pour l'homme." [Thomas Hobbes]

    "L'homme est un être naturellement bon." [Jean-Jacques Rousseau]

    "Nous comptons tellement sur nos bienfaits, qu’il est rare que nous cachions notre secret à celui que nous avons comblé de nos bontés." [Denis Diderot]

    "Il n’y a sous le ciel qu’une chose devant laquelle on doive s’incliner : le génie, et qu’une chose devant laquelle on doive s’agenouiller : la bonté." [Victor Hugo]

    "Traiter tous les hommes avec la même bienveillance et prodiguer indistinctement sa bonté peut tout aussi bien témoigner d'un profond mépris des hommes que d'un amour sincère à leur égard." [Friedrich Nietzsche]

    "Ce ne sont pas du tout les méchants qui font le plus de mal en ce monde. Ce sont les maladroits, les négligents, les crédules. Les méchants seraient impuissants sans une quantité de bons." [Paul Valéry]

    "Une certaine qualité de gentillesse est toujours signe de trahison." [François Mauriac]

    "Saint Martin a donné la moitié de son manteau à un pauvre : comme ça, ils ont eu froid tous les deux." [Jacques Prévert]

    "Notre prochain, c'est tous ceux qui, à l'occasion du destin, se sont trouvés là quand nous avions besoin d'aide, et nous l'ont donnée, sans que nous l'ayons demandée." [Françoise Dolto]

    "Le mal survient sans se faire annoncer, puis disparaît sans laisser de traces." [Vladimir Jankélévitch]

    "Dans votre ascension professionnelle, soyez toujours très gentil pour ceux que vous dépassez en montant. Vous les retrouverez au même endroit en redescendant." [Woody Allen]

    "Il semble que le monde est divisé vraiment entre bons et méchants : les bons et les méchants. Les bons dorment mieux... mais les méchants profitent beaucoup plus de leurs heures de veille." [Woody Allen]

    "Tout le monde mérite qu'on soit gentil : n'importe qui, quel qu'il soit." [Paul Auster]

    "Alors que l'éthique de justice est fondée sur le principe de l'égalité - chacun doit être traité de la même manière -, l'éthique du care repose sur le principe de la non-violence - il ne doit être fait de tort à personne." [Carol Gilligan]


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  • DÉFINITION DU MOT "GENTIL" À L'ÉPOQUE ROMAINE

    "Fleury remarque que les Juifs comprenaient généralement tous les étrangers sous le nom de goïm nations ou gentils comme les Romains les désignaient par le nom de barbares et ensuite par celui de gentils ou gentes.

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    Par le même nom de gentils les Juifs désignaient spécialement ceux qui n'étaient pas de leur religion. Leurs auteurs appelèrent ainsi dans la suite les chrétiens. Or, parmi ces gentils incirconcis, il y en avait ainsi que Fleury le remarque, qui adoraient le vrai Dieu, et à qui l'on accordait la permission d'habiter la Terre Sainte pourvu qu ils observassent la loi de nature et l'abstinence du sang. Quelques savants prétendent que les gentils furent appelés de ce nom à cause qu ils n'ont que la loi naturelle et celles qu'ils s'imposent à eux mêmes par opposition aux Juifs et aux chrétiens qui ont une loi positive et une religion révélée qu'ils sont obligés de suivre l'Eglise naissante ne parlait que de gentils...

    Le mot de gentils ne désigne donc que des gens qui ne croient pas la religion révélée et celui de païens distingue ceux qui sont attachés à une religion mythologique ou au culte des faux dieux. Les païens sont gentils mais les gentils ne sont pas tous païens. Confucius et Socrate qui rejetaient la pluralité des dieux étaient gentils et n'étaient point païens. Les adorateurs de Jupiter de Fô de Brahma de Xaca de La et autres dieux sont païens... 

    Dans l'usage commun de ces mots le nom de gentils ne s'applique guère aux nations anciennes considérées dans leur opposition avec le judaïsme le christianisme naissant La qualification de païens nous la répandons sur tous les peuples qui dans tous les temps ont adoré de divinités.

    L'usage attache encore au mot païen une idée de mauvaises mœurs de grossières déréglées brutales impies abominables : cette tache n'est également imprimée au mot gentil."

    Dictionnaire universel des Synonymes de la Langue française (1864)

    cf. ce lien pour aller vers le texte intégral


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  • LE GENTILHOMME : UN EXEMPLE DANS "LA PRINCESSE DE CLÈVES"

    "Le prince de Clèves n'avait pas donné des marques moins publiques de sa passion, qu'avait fait le chevalier de Guise. Le duc de Nevers apprit cet attachement avec chagrin. Il crut néanmoins qu'il n'avait qu'à parler à son fils, pour le faire changer de conduite ; mais il fut bien surpris de trouver en lui le dessein formé d'épouser mademoiselle de Chartres. Il blâma ce dessein ; il s'emporta et cacha si peu son emportement, que le sujet s'en répandit bientôt à la cour, et alla jusqu'à madame de Chartres. Elle n'avait pas mis en doute que monsieur de Nevers ne regardât le mariage de sa fille comme un avantage pour son fils ; elle fut bien étonnée que la maison de Clèves et celle de Guise craignissent son alliance, au lieu de la souhaiter. Le dépit qu'elle eut lui fit penser à trouver un parti pour sa fille, qui la mît au-dessus de ceux qui se croyaient au-dessus d'elle. Après avoir tout examiné, elle s'arrêta au prince dauphin, fils du duc de Montpensier. Il était lors à marier, et c'était ce qu'il y avait de plus grand à la cour. Comme madame de Chartres avait beaucoup d'esprit, qu'elle était aidée du vidame qui était dans une grande considération, et qu'en effet sa fille était un parti considérable, elle agit avec tant d'adresse et tant de succès, que monsieur de Montpensier parut souhaiter ce mariage, et il semblait qu'il ne s'y pouvait trouver de difficultés.

    gentillesse,gentilhomme,clèves,la fayetteLe vidame, qui savait l'attachement de monsieur d'Anville pour la reine dauphine, crut néanmoins qu'il fallait employer le pouvoir que cette princesse avait sur lui, pour l'engager à servir mademoiselle de Chartres auprès du roi et auprès du prince de Montpensier, dont il était ami intime. Il en parla à cette reine, et elle entra avec joie dans une affaire où il s'agissait de l'élévation d'une personne qu'elle aimait beaucoup ; elle le témoigna au vidame, et l'assura que, quoiqu'elle sût bien qu'elle ferait une chose désagréable au cardinal de Lorraine, son oncle, elle passerait avec joie par-dessus cette considération, parce qu'elle avait sujet de se plaindre de lui, et qu'il prenait tous les jours les intérêts de la reine contre les siens propres.

    Les personnes galantes sont toujours bien aises qu'un prétexte leur donne lieu de parler à ceux qui les aiment. Sitôt que le vidame eut quitté madame la dauphine, elle ordonna à Châtelart, qui était favori de monsieur d'Anville, et qui savait la passion qu'il avait pour elle, de lui aller dire, de sa part, de se trouver le soir chez la reine. Châtelart reçut cette commission avec beaucoup de joie et de respect. Ce gentilhomme était d'une bonne maison de Dauphiné ; mais son mérite et son esprit le mettaient au-dessus de sa naissance. Il était reçu et bien traité de tout ce qu'il y avait de grands seigneurs à la cour, et la faveur de la maison de Montmorency l'avait particulièrement attaché à monsieur d'Anville. Il était bien fait de sa personne, adroit à toutes sortes d'exercices ; il chantait agréablement, il faisait des vers, et avait un esprit galant et passionné qui plut si fort à monsieur d'Anville, qu'il le fit confident de l'amour qu'il avait pour la reine dauphine. Cette confidence l'approchait de cette princesse, et ce fut en la voyant souvent qu'il prit le commencement de cette malheureuse passion qui lui ôta la raison, et qui lui coûta enfin la vie."

    Madame de La Fayette, La Princesse de Clèves (1678)


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  • ÉLOGE DE LA GENTILLESSE

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    En attendant notre prochaine séance du 1er février 2013 consacrée à la gentillesse, vous pouvez découvrir le site Internet du philosophe Emmanuel Jaffelin, auteur de plusieurs ouvrages sur ce sujet (Eloge de la Gentillesse, Petite Eloge de la Gentillesse, aux éditions François Bourin).

    Adresse de son blog ici : http://gentillesse.blogspot.fr.

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  • ATTENTION, RETENEZ BIEN NOTRE PROCHAINE DATE !

    La prochaine séance du café philosophique de Montargis aura lieu le vendredi 1er février 2013 à 19H à la Brasserie du Centre commercial de la Chaussée.

    Habituellement, nos rendez-vous se déroulent le dernier vendredi de chaque mois. Exceptionnellement, nous avons choisi de décaler d'une semaine le débat qui devait se dérouler initialement le 25 janvier afin de ne pas concurrencer l'assemblée générale de nos amis des Cramés de la Bobine.

    Notre séance du 1er février aura pour titre : "Oser la gentillesse !"

     

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