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  • LE TEMPS, SELON BACHELARD [2]

    bachelard.jpg"J'ai souvent fait cette petite expérience dans mes cours à Dijon, le temps vide, uniforme inactif -- s'il existe — n'a plus qu'une qualité: sa durée : essayons donc de mesurer cette durée, de nombrer cette uniformité. Et je proposais à mes bleues d'apprécier en secondes un laps de temps déter­miné. Je commençais en leur rappelant la solide objectivité de l'année, du jour de l'heure de la minute, de la seconde. Je leur rappelais aussi avec quelle sécurité ils se servaient, dans la vie commune de ces notions. Je leur demandais alors de compter le nombre de secondes d'un silence général que j'appréciais moi-même en suivant l'expérience sur mon chronomètre.

    Je fus très frappé des résultats de cette enquête. Dans une classe de qua­rante élèves, les appréciations varièrent du simple au quintuple; il y eut des étudiants qui trouvèrent 30 secondes dans une minute, tandis que d'autres en trouvèrent 150. Je recommençai cette expérience plusieurs lois, avec des étudiants différents et toujours d'une manière impromptue. Les résultats furent toujours aussi divergents. On peut immédiatement en conclure que le temps pur est bien mal connu ; il est, je crois, d'autant plus mal connu qu'il est plus vidé, moins actif, privé des relations qui permettent de le mesurer. Dès qu'on est débarrasse des repères objectifs, on mesure le temps à la besogne que l'on tait plutôt que de mesurer la besogne au temps qu'elle réclame."

    Gaston Bachelard, La Continuité et la  Multiplicité temporelles

    Source : Philonet


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  • LE TEMPS, SELON BACHELARD [1]

    "Le temps n'a qu'une réalité, celle de l'Instant. Autrement dit, le temps est une réalité resserrée sur l'instant et suspendue entre deux néants. Le temps pourra sans doute renaître, mais il lui faudra d'abord mourir. Il ne pourra pas transporter son être d'un instant sur un autre pour en faire une durée. L'instant c'est déjà la solitude... C'est la solitude dans sa valeur métaphysique la plus dépouillée. Mais une solitude d'un ordre plus sentimental confirme le tragique isolement de l'instant: par une sorte de violence créatrice, le temps limité à l'instant nous isole non seulement des autres mais de nous‑mêmes, puisqu'il rompt avec notre passé le plus cher.

    Ce caractère dramatique de l'instant est peut‑être susceptible d'en faire pressentir la réalité. Ce que nous voudrions souligner c'est que dans une telle rupture de l'être, I'idée du discontinu s'impose sans conteste. On objectera peut‑être que ces instants dramatiques séparent deux durées plus monotones. Mais nous appelons monotone et régulière toute évolution que nous n'examinons pas avec une attention passionnée. Si notre cœur était assez large pour aimer la vie dans son détail, nous verrions que tous les instants sont à la fois des donateurs et des spoliateurs et qu'une nouveauté jeune ou tragique, toujours soudaine, ne cesse d'illustrer la discontinuité essentielle du Temps...

    temps,bachelardNous verrons (...) que la vie ne peut être comprise dans une contem­plation passive; la comprendre, c'est plus que la vivre, c'est vraiment la propulser. Elle ne coule pas le long d'une pente, dans l'axe d'un temps objectif qui la recevrait comme un canal. Elle est une forme imposée à la file des instants du temps, mais c'est toujours dans un instant qu'elle trouve sa réalité première (...). Il n'y a que la paresse qui soit durable, l'acte est instantané. Comment ne pas dire alors que réciproquement l'instantané est acte?

    Qu'on se rende donc compte que l'expérience immédiate du temps, ce n'est pas l'expérience si fugace, si difficile, si savante, de la durée, mais bien l'expérience nonchalante de l'instant, saisi toujours comme immobile. Tout ce qui est simple, tout ce qui est fort en nous, tout ce qui est durable même, est le don d'un instant.

    On se souvient d'avoir été, on ne se souvient pas d'avoir duré (...). La mémoire, gardienne du temps, ne garde que l'instant; elle ne conserve rien, absolument rien, de notre sensation compliquée et factice qu'est

    La psychologie de la volonté et de l'attention — cette volonté de l'intelligence—nous prépare également à admettre comme hypothèse de travail la conception (...) de l'instant sans durée. Dans cette psy­chologie, il est bien sûr déjà que la durée ne saurait intervenir qu indirectement; on voit assez facilement qu'elle n'est pas une condi­tion primordiale: avec la durée on peut peut‑être mesurer l'attente, non pas l'attention elle‑même qui reçoit toute sa valeur d'intensité dans un seul instant...

    D'ailleurs puisque l'attention a le besoin et le pouvoir de se reprendre, elle est par essence tout entière dans ses reprises. L'atten­tion aussi est une série de commencements, elle est faite des renais­sances de l'esprit qui revient à la conscience quand le temps marque des instants. En outre, si nous portions notre examen dans cet étroit domaine où l'attention devient décision, nous verrions ce qu'il y a de fulgurant dans une volonté où viennent converger l'évidence des motifs et la joie de l'acte.

    Entre M. Bergson et nous‑même, c'est donc toujours la même diffé­rence de méthode; il prend le temps plein d'événements au niveau même de la conscience des événements, puis il efface peu à peu les événements, ou la conscience des événements; il atteindrait alors, croit‑il, le temps sans événements, ou la conscience de la durée pure. Au contraire, nous ne savons sentir le temps qu'en multipliant les instants conscients (...). La conscience du temps est toujours pour nous une conscience de l'utilisation des instants, elle est toujours active, jamais passive, bref la conscience de notre durée est la conscience d'un progrès de notre être intime, que ce progrès soit d'ailleurs effectif ou mimé ou encore simplement rêvé."

    Gaston Bachelard, L'Intuition de l'Instant

    Source : Philonet

     

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  • LE TEMPS, SELON BERGSON

    1019689_nobel-literature-bergson.jpg"De ces deux mémoires, dont l'une imagine et dont l'autre répète, la seconde peut suppléer la première et souvent même en donner l'illusion. Quand le chien accueille son maître par des aboiements joyeux et des caresses, il le reconnaît, sans aucun doute; mais cette reconnaissance implique‑t‑elle l'évocation d'une image passée et le rapprochement de cette image avec la perception présente ? Ne consiste‑t‑elle pas plutôt dans la conscience que prend l'animal d'une certaine attitude spéciale adoptée par son corps, attitude que ses rapports familiers avec son maître lui ont composée peu à peu, et que la seule perception du maî tre provoque maintenant chez lui mécaniquement ? N'allons pas trop loin ! chez l'animal lui‑même, de vagues images du passé débordent peut‑être la perception présente; on concevrait même que son passé tout entier fût virtuellement dessiné dans sa conscience; mais ce passé ne l'intéresse pas assez pour le détacher du présent qui le fascine, et sa reconnaissance doit être plutôt vécue que pensée. Pour évoquer le passé sous forme d'image, il faut pouvoir s'abstraire de l'action présente, il faut savoir attacher du prix à l'inutile, il faut vouloir rêver. L'homme seul est peut‑être capable d'un effort de ce genre. Encore le passé où nous remontons ainsi est‑il glissant, toujours sur le point de nous échapper, comme si cette mémoire régressive était contrariée par l'autre mémoire, plus naturelle, dont le mouvement en avant nous porte à agir et à vivre."

    Henri Bergson, Matière et Mémoire

     Source : Philonet


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  • LE TEMPS, SELON ALAIN

    alain.jpg"Le temps (...) n'est nullement une dimension ; il ne suppose point un rapport de lieu ni un changement de lieu, ni une distance. Une chose, sans changer de lieu, passe nécessairement à l'instant sui­vant et encore au suivant, du même pas que toutes les autres cho­ses ; et ces pas dans le temps ne sont que des métaphores; le temps n'est ni loin ni près; le temps de la nébuleuse d'Orion est ce même temps où nous voyageons nous‑mêmes sans changer de place. Dire qu'un temps est éloigné, c'est une trompeuse métaphore; car c'est le lieu qui est éloigné; mais le temps où nous atteindrons ce lieu viendra que nous le voulions ou non, que nous allions ou non à ce lieu; on ne peut le hâter, ni le retarder, ni par conséquent le parcourir."

    Alain, Propos

    Source : Philonet


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  • "PHILOSOPHIE" : LE TEMPS (3/3)

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  • "PHILOSOPHIE" : LE TEMPS (2/3)

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  • "PHILOSOPHIE" : LE TEMPS (1/3)

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  • LE TEMPS VU PAR LA SCIENCE

    Notre prochain café philosophique aura lieu en septembre prochain. Il portera sur le temps, un sujet particulièrement ardu et complexe.  

    Serres Le temps est justement le sujet d'un dossier consacré dans le Sciences et Avenir de ce mois d'août. Ce numéro s'attache à décrypter et s'intéresser à ce temps qui nous environne toujours et partout, mais qui nous échappe - dans tous les sens du terme ! Ainsi, le philosophe Michel Serres s'interroge sur la définition du temps - ou plutôt "les" définitions du temps. De multiples autres questions sont posées dans ce dossier : le temps peut-il s'arrêter ? Peut-on retourner vers le futur ? Peut-on se passer du temps ? Le passé est-il bien derrière nous ? Peut-on rajeunir ?

    Sur ces questions insolites - et, pour certaines, dignes de la science-fiction - la science apporte des éclairages souvent surprenants. 

    Un numéro à ne pas manquer.

     

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  • "JE POURRAIS ÊTRE VOTRE GRAND-MÈRE"

     L'altruisme, aujourd'hui...

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  • COMMENT GAGNER UNE ÉLECTION

    hwo_to_win_an_election_0.pngChronique du livre How to Win an Election. An Ancient Guide for Modern Politicans, de Quintus Tullius Cicero, traduction et introduction : Philip Freeman, (Princeton University Press, 2012)

    Orateur éloquent et philosophe politique, Cicéron est élu, un demi-siècle avant Jésus Christ, consul, à Rome, contre le démagogue Catilina, grâce aux conseils de son frère Quintus Tullius Cicero. Celui-ci, pour préparer sa campagne, a rédigé à son intention une lettre en 58 courts chapitres, contenant une série de propositions que l'on peut dire résolument modernes...

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  • COURS DE PHILOSOPHIE ET DE ROCK DURANT LES FRANCOFOLIES

    Les Francofolies de La Rochelle s'ouvrent à la littérature. Cette année pour la deuxième fois la programmation comportait en sus des concerts et animations variées, une série de rencontres littéraires. Hier nous vous présentions Bernadette Bourvon, l'organisatrice, et la conférence du samedi sur le thème "Un air à la mode" ; aujourd'hui la rencontre aborde des réflexions plus métaphysiques, mais finalement assez proches.

    images.jpgSi les intervenants du samedi matin s'accordaient sur les origines symboliques des codes vestimentaires des rockeurs (beaucoup viendraient des prisons américaines, comme les pantalons portés bas faute de ceintures, ou les jambes relevées sur les chevilles à l'emplacement des chaînes, ou encore le bandana dans la poche arrière qui pouvait indiquer une homosexualité active ou passive selon le choix de la poche droite ou gauche…), les invités de ce dimanche, dernier jour du festival, se sont penchés plus en détail sur les conséquences de ces codes vestimentaires ou comportementaux.

    Encore une fois, la parole était aux critiques musicaux : Denis Roulleau ancien journaliste qui a signé plusieurs ouvrages sur la culture rock et Michel Embareck, riche d'une longue carrière chez Best et romancier. Le troisième invité, Francis Métivier, est quant à lui professeur de philosophie et auteur de Rock'n philo...

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  • UN DRAMATIQUE FAIT DIVERS AU QUARTIER DE LA CHAUSSÉE...

    Nous apprenons un triste fait divers au centre commercial de la Chaussée, à quelques mètres seulement de la brasserie où se déroulent nos séances : "Un jeune homme tué à l'arme blanche à Montargis".

    Cet événement dramatique ne mérite comme autre commentaire que notre consternation et nos sincères condoléances pour la famille et les proches de la victime.

     

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  • LES XXVII RENCONTRES DE PÉTRARQUE DU 16 AU 20 JUILLET

    France Culture et Le Journal Le Monde avec le Festival de Radio France et Montpellier Languedoc-Roussillon présentent Les XXVIIèmes Rencontres de Pétrarque du 16 au 20 juillet 2012.

    149-petrarque2012-v3-BAT-HD1.jpgNotre avenir est-il démocratique ?

    5 jours de débats animés par Emmanuel Laurentin et Jean Birnbaum du Journal Le Monde. Assistez également à de nombreuses émissions, France Culture en public au Rectorat, rue de l’Université à Montpellier, entrée libre dans la limite des places disponibles.

    XXVIIes Rencontres de Pétrarque du 16 au 20 juillet 2012

    17h30 - 19h30

    En collaboration avec Le Monde

    "Notre avenir est-il démocratique ?"

    Rencontres animées par Emmanuel Laurentin (France Culture) et Jean Birnbaum (Le Monde)

    Réalisées par Nathalie Salles

    Diffusion sur France Culture chaque samedi du 28 juillet au 25 août de 19h00 à 20h30

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  • ÉLOGE DU THÉÂTRE, LIEU MÉTAPHYSIQUE (PAR ALAIN BADIOU)

    "Le philosophe que je suis remarque, après beaucoup d'autres, que théâtre et philosophie, depuis leur naissance conjointe en Grèce, ont traversé, comme un vieux couple dont amour et querelles animent encore la vie, deux mille cinq cents ans d'histoire. On trouve aujourd'hui des traductions et des éditions récentes de Platon ou d'Aristote dans tous les pays du monde, et on y joue Sophocle ou Aristophane sans discontinuer. Il n'y a guère que les mathématiques qui puissent rivaliser avec une pareille arche temporelle : on enseigne aux enfants les rudiments de la géométrie euclidienne ou de l'arithmétique pythagoricienne comme si leur antique évidence était inaccessible à l'usure.

    BadiouPeut-être alors la philosophie a-t-elle pour éternelle mission de réconcilier, dans des conditions sans cesse changeantes, ce que nous dit l'aimable et sensuel théâtre et ce que nous enseignent, pour reprendre l'expression de Lautréamont, les "mathématiques sévères" ?

    Il est bien vrai, en tout cas, que de même les tragédies grecques n'ont pas pris une ride, comme on le voit quand de puissantes et neuves mises en scène les ressuscitent pour le public contemporain ; de même que la démonstration grecque, si surprenante, si foudroyante dans sa simplicité, qui établit qu'il y a une infinité de nombres premiers, est répétée telle quelle partout où on initie quelqu'un à l'arithmétique démonstrative ; de même le philosophe et mathématicien Alfred North Whitehead (1861-1947) n'avait pas tort de dire que toute l'histoire de la philosophie se ramène à des notes en bas de page des dialogues de Platon..."

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