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Café philosophique de Montargis - Page 22

  • Lovrecraft : Les Contrées du rêve

    lovecraftcontreesdureve.jpgPeu de gens savent quelles merveilles les attendent dans les histoires et les visions de leur jeunesse. Car enfants, lorsque nous écoutons et rêvons, nos pensées ne sont qu’à moitié formées. Alors qu’une fois devenus adultes, quand nous essayons de nous les rappeler, le poison de la vie nous a rendus pragmatiques et étroits d’esprit. Pourtant, certains d’entre nous se réveillent la nuit avec d’étranges fantasmes de collines et de jardins enchantés, de fontaines chantant au soleil, de falaises dorées surplombant le murmure des vagues, de plaines descendant vers de somnolentes cités de bronze et de pierre, de mystérieux groupes de héros galopant sur de blancs destriers caparaçonnés à l’orée de forêts touffues. Nous savons alors que nous avons regardé de l’autre côté de ces portes d’ivoire donnant sur ce monde de merveilles qui était nôtre avant que nous ne devenions sages et malheureux.

    HP Lovrecraft , Les Contrées du rêve (v. 1930)

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  • D' Hervey de Saint-Denys : Les rêves et les moyens de les diriger

    A défaut de meilleure méthode, celle que j’adopterai sera donc celle-ci:

    Rappelant d’abord quelques points capitaux sur lesquels nous venons de voir que la controverse s’était surtout exercée, je commencerai par grouper ensemble des observations tendant principalement à démontrer:
    1° Qu’il n’est point de sommeil sans rêve;
    2° Que ni l’attention, ni la volonté ne demeurent nécessairement suspendues pendant le sommeil.
    Et, ces premières divisions faites, je chercherai ce que l’expérience peut nous enseigner sur la marche et le tissu des rêves, comme sur les moyens de les évoquer ou de les conduire; sans attacher d’ailleurs à la classification de ces notes plus d’importance qu’il ne convient dans un livre où l’auteur a moins en vue d’ériger un système, que de réunir des documents précis pour une science à venir.

    Léon d' Hervey de Saint-Denys, Les rêves et les moyens de les diriger (1867)

    Photo : Pexels - Engin Akyurt

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  • Artémidore de Daldis : Songes et rêves

    Eh bien donc, touchant la différence mutuelle entre rêve (enupnion) et vision de songe (oneiros), la distinction n’est pas médiocre et j’en ai traité ailleurs. Néanmoins, comme l’ouvrage te pourrait paraître inordonné et dépourvu de son commencement propre, maintenant encore il me paraît bon de commencer par cela même.

    La vision de songe diffère du rêve par ceci, qu’il arrive à l’une de signifier l’avenir, à l’autre la réalité présente. Tu vas le comprendre plus clairement ainsi. Certains de nos affects sont disposés par nature à accompagner l’âme en sa course, à se ranger auprès d’elle et à susciter ainsi des rêves. Par exemple l’amoureux rêve nécessairement qu’il est avec l’objet aimé, le craintif voit nécessairement ce qu’il craint, et encore l’affamé rêve qu’il mange, l’assoiffé qu’il boit, en outre aussi celui qui est trop plein de mangeaiile rêve qu’il vomit ou qu’il étouffe. Il est donc possible d’avoir ces rêves parce que les affects en sont déjà la base, ces rêves euxmêmes ne comportant pas une annonce de l’avenir mais un souvenir des réalités présentes. Les choses étant telles, tu peux avoir des rêves qui concernent le corps seul, ou des rêves qui concernent l’âme seule, ou des rêves concernant en commun le corps et l’âme, par exemple, si tu aimes, rêver que tu es avec l’objet aimé, si tu es malade, que tu es traité et en rapport avec des médecins : car ce sont là choses communes au corps et à l’âme.

    Vomir en revanche et dormir, et encore boire et manger, il faut le tenir comme propre au corps, comme il est propre à l’âme d’avoir plaisir et chagrin. On voit clairement d’après cela que, parmi les rêves somatiques, les uns sont dus au manque, les autres à l’excès, et que parmi les rêves psychiques, les uns sont dus à la crainte, les autres à l’espoir.

    Artémidore de Daldis, La Clé des Songes (IIe s. ap. JC)

    Photo : Pexels - Engin Akyurt

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  • Jung : D'où viennent les rêves

    Je ne me prévaux d’aucune théorie des rêves ; j’ignore leur provenance. Je ne suis pas le moins du monde assuré que ma façon de traiter les rêves mérite le nom de méthode. Je partage tous les préjugés contre leur interprétation, mélange d’incertitude et d’arbitraire.

    Mais d’un autre côté, je sais que lorsqu’on médite un rêve assez longtemps, en allant au fond, lorsqu’on le conserve par devers soi, l’examinant de temps en temps sous ses différents aspects, il s’en dégage en général, toujours, un intérêt certain. Ce que nous en recueillons n’est naturellement pas un résultat scientifique duquel on pourrait retirer quelque gloriole ou que l’on pourrait rationaliser, mais c’est un avertissement d’importance pratique qui indique au patient l’orientation de son cheminement inconscient.

    Que m’importe que le résultat de la méditation d’un rêve soit soutenable scientifiquement et logiquement inattaquable ! Rechercher cet achèvement logique, ne serait-ce pas poursuivre un but secondaire auto-érotique ? Je dois être pleinement satisfait que cela parle à la personne et donne de la pente au courant de la vie. Le seul critère que je doive reconnaître réside dans l’efficacité ou l’inefficacité de mes efforts. Mon violon d’Ingres scientifique, ce désir de toujours prétendre savoir pourquoi et comment quelque chose agit, doit être réservé aux heures de loisir.

    Carl Gustav Jung, The Aims of Psychotherapy (1931)

    Photo : Pexels - Pixabay

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  • Freud : Leçons sur la psychanalyse

    D’abord, tous les rêves ne sont pas étrangers au rêveur, incompréhensibles et confus pour lui. Si vous vous donnez la peine d’examiner ceux des petits enfants, à partir d’un an et demi, vous les trouvez très simples et facilement explicables. Le petit enfant rêve toujours de la réalisation de désirs que le jour précédent a fait naître en lui, sans les satisfaire. Aucun art divinatoire n’est nécessaire pour trouver cette simple solution ; il suffit seulement de savoir ce que l’enfant a vécu le jour précédent. Nous aurions une solution satisfaisante de l’énigme si l’on démontrait que les rêves des adultes ne sont, comme ceux des enfants, que l’accomplissement de désirs de la veille. Or c’est bien là ce qui se passe. Les objections que soulève cette manière de voir disparaissent devant une analyse plus approfondie.

    Voici la première de ces objections : les rêves des adultes sont le plus souvent incompréhensibles et ne ressemblent guère à la réalisation d’un désir. - Mais, répondons-nous, c’est qu’ils ont subi une défiguration, un déguisement. Leur origine psychique est très différente de leur expression dernière. Il nous faut donc distinguer deux choses : d’une part, le rêve tel qu’il nous apparaît, tel que nous l’évoquons le matin, vague au point que nous avons souvent de la peine à le raconter, à le traduire en mots ; c’est ce que nous appellerons le contenu manifeste du rêve. D’autre part, nous avons l’ensemble des idées oniriques latentes, que nous supposons présider au rêve du fond même de l’inconscient. Ce processus de défiguration est le même que celui qui préside à la naissance des symptômes hystériques. La formation des rêves résulte donc du même contraste des forces psychiques que dans la formation des symptômes. Le « contenu manifeste » du rêve est le substitut altéré des « idées oniriques latentes » et cette altération est l’œuvre d’un « moi » qui se défend ; elle naît de résistances qui interdisent absolument aux désirs inconscients d’entrer dans la conscience à l’état de veille ; mais, dans l’affaiblissement du sommeil, ces forces ont encore assez de puissance pour imposer du moins aux désirs un masque qui les cache. Le rêveur ne déchiffre pas plus le sens de ses rêves que l’hystérique ne pénètre la signification de ses symptômes.

    Pour se persuader de l’existence des « idées latentes » du rêve et de la réalité de leur rapport avec le « contenu manifeste », il faut pratiquer l’analyse des rêves, dont la technique est la même que la technique psychanalytique dont il a été déjà question. Elle consiste tout d’abord à faire complètement abstraction des enchaînements d’idées que semble offrir le « contenu manifeste » du rêve, et à s’appliquer à découvrir les « idées latentes », en recherchant quelles associations déclenche chacun de ses éléments. Ces associations provoquées conduiront à la découverte des idées latentes du rêveur, de même que, tout à l’heure, nous voyions les associations déclenchées par les divers symptômes nous conduire aux souvenirs oubliés et aux complexes du malade. Ces « idées oniriques latentes », qui constituent le sens profond et réel du rêve, une fois mises en évidence, montrent combien il est légitime de ramener les rêves d’adultes au type des rêves d’enfants. Il suffit en effet de substituer au « contenu manifeste », si abracadabrant, le sens profond, pour que tout s’éclaire : on voit que les divers détails du rêve se rattachent à des impressions du jour précédent et l’ensemble apparaît comme la réalisation d’un désir non satisfait. Le « contenu manifeste » du rêve peut donc être considéré comme la réalisation déguisée de désirs refoulés.

    Jetons maintenant « un coup d’œil sur la façon dont les idées inconscientes du rêve se transforment en « contenu manifeste ». J’appellerai « travail onirique » l’ensemble de cette opération. Elle mérite de retenir tout notre intérêt théorique, car nous pourrons y étudier, comme nulle part ailleurs, quels processus Psychiques insoupçonnés peuvent se dérouler dans l’inconscient ou, plus exactement, entre deux systèmes psychiques distincts comme le conscient et l’inconscient. Parmi ces processus, il convient d’en noter deux : la condensation et le déplacement. Le travail onirique est un cas particulier de l’action réciproque des diverses constellations mentales, c’est-à-dire qu’il naît d’une association mentale. Dans ses phases essentielles, ce travail est identique au travail d’altération qui transforme les complexes refoulés en symptômes, lorsque le refoulement a échoué.

    Vous serez en outre étonnés de découvrir dans l’analyse des rêves, et spécialement dans celle des vôtres, l’importance inattendue que prennent les impressions des premières années de l’enfance. Par le rêve, c’est l’enfant qui continue à vivre dans l’homme, avec ses particularités et ses désirs, même ceux qui sont devenus inutiles. C’est d’un enfant, dont les facultés étaient bien différentes des aptitudes propres à l’homme normal, que celui-ci est sorti. Mais au prix de quelles évolutions, de quels refoulements, de quelles sublimations, de quelles réactions psychiques, cet homme normal s’est-il peu à peu constitué, lui qui est le bénéficiaire - et aussi, en partie, la victime - d’une éducation et d’une culture si péniblement acquises !

    J’ai encore constaté, dans l’analyse des rêves (et je tiens à attirer votre attention là-dessus), que l’inconscient se sert, surtout pour représenter les complexes sexuels, d’un certain symbolisme qui, parfois, varie d’une personne à l’autre, mais qui a aussi des traits généraux et se ramène à certains types de symboles, tels que nous les retrouvons dans les mythes et dans les légendes. Il n’est pas impossible que l’étude du rêve nous permette de comprendre à leur tour ces créations de l’imagination populaire.

    On a opposé, à notre théorie que le rêve serait la réalisation d’un désir, les rêves d’angoisse. Je vous prie instamment de ne pas vous laisser arrêter par cette objection. Outre que ces rêves d’angoisse ont besoin d’être interprétés avant qu’on puisse les juger, il faut dire que l’angoisse en général ne tient pas seulement au contenu du rêve, ainsi qu’on se l’imagine quand on ignore ce qu’est l’angoisse des névrosés. L’angoisse est un refus que le « moi » oppose aux désirs refoulés devenus puissants ; c’est pourquoi sa présence dans le rêve est très explicable si le rêve exprime trop complètement ces désirs refoulés.

    Sigmund Freud, Cinq Leçons sur la Psychanalyse (1910)

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  • Giordano Bruno : "Je déploie mes ailes"

    Désormais, je déploie mes ailes confiantes à l’air et ne craignant nul obstacle, ni de cristal, ni de verre, je fends les cieux et m’élève à l’infini. Et tandis que de mon globe, je jaillis vers d’autres mondes et que je pénètre toujours plus à travers les champs éthérés, j’abandonne derrière moi ce que les hommes voient de loin).

    Giordano Bruno, L’Infini, l’Univers et les Mondes, épître liminaire (1584)

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  • Bachelard : Grottes et Rêves

    Les liturgies cachées, les cultes secrets, les pratiques initiatiques trouvent dans la grotte une sorte de temple naturel. Les cavernes de Déméter, de Dionysos, de Mithra, de Cybèle et d’Attis donnent à tous les cultes une sorte d’unité de lieu.

    En effet, la grotte est un refuge dont on rêve sans fin. Elle donne un sens immédiat au rêve d’un repos protégé, d’un repos tranquille. Passé un certain seuil de mystère et d’effroi, le rêveur entré dans la caverne sent qu’il pourrait vivre là. Qu’on y séjourne quelques minutes et déjà l’imagination emménage. Elle voit la place du foyer entre deux gros rochers, le recoin pour le lit de fougères, la guirlande des lianes et des fleurs qui décore et qui cache la fenêtre vers le ciel bleu. Cette fonction de rideau naturel apparaît avec régularité.

    La grotte est la demeure sans porte. N’imaginons pas trop vite qu’on ferme la grotte le soir avec une pierre roulée pour y dormir en paix. La dialectique du refuge et de l’effroi a besoin de l’ouverture.

    On veut être protégé, mais on ne veut pas être enfermé. L’être humain sait à la fois les valeurs du dehors et du dedans. La porte est à la fois un archétype et un concept : elle totalise des sécurités inconscientes et des sécurités conscientes. Elle matérialise le gardien du seuil, mais tous ces profonds symboles sont actuellement ensevelis dans un inconscient que n’atteignent pas les rêves des écrivains. Les valeurs claires du refuge sont trop vives pour qu’on découvre les valeurs obscures. En fait, l’acte d’habiter se développe presque infailliblement aussi lot qu’on a l’impression d’être abrité.

    Là où nous allons nous abriter en rêve nous trouvons une demeure qui reçoit tous les symboles du repos. Si nous voulons garder nos puissances oniriques, il faut que nos rêves soient fidèles à nos images premières.

    À l’entrée de la grotte travaille l’imagination des voix profondes, l’imagination des voix souterraines. Toutes les grottes parlent.

    Pour un rêveur des voix souterraines, des voix étouffées et lointaines, l’oreille révèle des transcendances, tout un au-delà de ce qu’on peut toucher et voir.

    The ears can hear deeper than eyes can see.

    L’oreille est alors le sens de la nuit, et surtout le sens de la plus sensible des nuits : la nuit souterraine, nuit enclose, nuit de la profondeur.

    La moindre caverne nous offre toutes les rêveries de la résonance. En ces rêveries, on peut dire que l’oracle est un phénomène naturel. C’est un phénomène de l’imagination des grottes.

    Les voix de la terre sont des consonnes. Aux autres éléments les voyelles, à l’air surtout le souffle d’une bouche heureuse, doucement entr’ouverte. La parole d’énergie et de colère a besoin du tremblement du sol, de l’écho du rocher, des roulements caverneux.

    Gaston Bachelard, La Terre et les rêveries du repos (1948)

    Photo : Pexels - M Venter

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  • Meris Angioletti : Sur l’Onirocritique

    Au début du IIIème siècle le philosophe Artémidore de Daldis entame l’écriture de son œuvre principale l’Onirocritique (« De l’interprétation des rêves »), une vaste compilation de narrations oniriques, classées avec soin, des Grecs et des Romains de l’époque. Du fumie à la flatterie, d’Apollon aux échelles, on y retrouve des images récurrentes, qui semblent traverser les esprits rêveurs, passer d’une expérience onirique à l’autre, selon un principe de vases communicants, où une communauté socialement définie et consciente cède la place à une communauté indisciplinée, aléatoire et nocturne.

    En 1867, Léon d’Hervey de Saint-Denys décrivait dans son œuvre Les rêves et les moyens de les diriger, une méthode à la fois intuitive et expérimentale pour diriger les rêves, qui s’appuie sur l’imagination active pour intervenir directement sur la création du récit du rêve (rêve lucide). 

    Meris Angioletti (2020)

    Photo : Pexels - Marek Piwnicki

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  • Meris Angioletti : au sujet de son exposition aux Tanneries

    J’ai imaginé la nuit comme un espace d’anomalie et d’hybridation, où les barrières entre les êtres, humains et extra-humains, vivants et morts, et les pensées, conscientes et inconscientes, sont plus perméables.

    Le point de départ pour la construction de l’exposition est le projet Onirocritique, un laboratoire en devenir pour le développement de rêves lucides collectifs. L’ensemble des voix qui partagent leurs expériences oniriques génère un lieu d’écoute, mais aussi de sommeil, de lecture, de repos, qui prend la forme d’un tapis, tissé par superposition de strates géologiques, d’où il est possible de faire l’expérience de l’exposition à l’horizontal. D’autres paroles viennent se mélanger, portées par des os, fabriqués en résine et coquillages, comme si les tréfonds de la mer avaient leur propre langue, audible par le touché des os du corps humain (mâchoire, vertèbres, côtes flottantes etc.) qui, à travers leurs vibrations, comme une caisse de résonance, participent à l’articulation et à l’émission vocale.

    La nuit devient ainsi un lieu privilégié de communication, qui s’ouvre au renversement des locuteurs. C’est le cas des êtres qui animent la chasse nocturne de Hellequin, ancêtre du carnaval, et qui, entre vacarme de cornes, rafales de vent et cris d’oiseaux nocturnes (voir aussi la vidéo Interno Notte), viennent porter un message de fertilité du sol et de la végétation. Les feuilles éparpillées ainsi que les fresques à la craie, matière qui rappelle l’art populaire des madonnari italiens et leurs « apparitions » des saint·e·s et madonnes dans les rues, réactivent les traces de cet Arlequin sauvage, qui mène le renversement jusqu’à la figure d’un arbre dont les branches poussent vers le bas, énigme du Pendu, l’arcane 12 du Tarots de Marseille.

    Au fil des métamorphoses, une nuit de pleine lune réveille le monde de l’au-delà et une urne funéraire, fabriquée en cendres, décrit au sol un cercle d’argile blanche qui porte en lui la mémoire et réactive une autre rencontre nocturne, une nuit de lecture qui a eu lieu sur cette même argile (Onirocritica#4, Coimbra, 2022).

    Apparitions dans l’obscurité, les œuvres deviennent des expériences, des exercices pour apprendre à voir dans le noir.

    Meris Angioletti (2023)

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  • Ovide : Les Métamorphoses

    9782210758841-475x500-1.jpgIl existe près du pays des Cimmériens une grotte profonde et retirée, au creux d’une montagne, la demeure secrète de l’indolent Sommeil. Qu’il se lève, soit au milieu de sa course ou se couche, Phébus jamais n’y peut introduire ses rayons. Du sol montent des vapeurs mêlées à l’obscurité, créant une douteuse lueur crépusculaire.

    Les chants de l’oiseau veilleur à la tête ornée d’une crête n’y appellent pas l’Aurore et aucune voix n’y rompt le silence, ni celle des chiens vigilants, ni celle de l’oie, plus subtile que les chiens. Ni bêtes sauvages, ni troupeaux, ni branches agitées par le vent, ni éclats de voix humaine ne produisent le moindre bruit. C’est le règne du repos muet. Cependant, de la base du rocher sourd le ruisseau du Léthé ; résonnant sur des cailloux, son onde glisse dans un murmure et invite au sommeil.

    Devant l’entrée de la grotte fleurissent de féconds pavots et des plantes sans nombre : la Nuit recueille la vertu soporifique de leur suc, qu’elle répand avec sa rosée sur les terres sombres. Point de porte risquant de grincer en tournant sur ses gonds : aucune porte dans toute la demeure, aucun gardien sur le seuil. Mais au milieu de l’antre se dresse un lit d’ébène, orné de duvets assortis à la couleur du bois et recouvert d’un voile sombre, où est étendu le dieu en personne avec ses membres alanguis. Autour de lui gisent de tous côtés, prenant des formes variées, les Songes inconsistants, nombreux comme les épis d’une moisson les feuilles d’une forêt, ou les grains de sable rejetés sur le rivage.

    Alors de la foule de ses mille rejetons, le père va réveiller celui qui est un maître dans l’art d’imiter la figure humaine, Morphée ; nul autre ne reproduit plus habilement que lui une démarche, un visage et le timbre d’une voix et, par surcroît, les tenues et les propos les plus caractéristiques de chacun. Mais il n’imite que les êtres humains, tandis qu’un autre se change en bête sauvage, en oiseau, en serpent longiligne. Les dieux le nomment Icélos, et le peuple des mortels Phobétor. Il en existe aussi un troisième, doté d’un talent diffèrent : Phantasos. Celui-ci emprunte fallacieusement toutes les formes des corps inanimés : terre, pierre, eau, tronc d’arbre.

    Ces songes se montrent d’habitude, la nuit, aux rois et aux généraux ; d’autres visitent les peuples et les gens du commun. Le Sommeil, leur aîné, passe devant eux et, parmi tous les frères, il choisit le seul Morphée, pour obéir à la fille de Traumas. Puis, à nouveau en proie à une molle langueur, il laisse retomber sa tête et l’enfouit sous une épaisse couverture. 

    Ovide, Les Métamorphoses (Ier s. ap. JC)

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  • Emily Dickinson : "Porter notre part de la nuit"

    Our share of night to bear,
    Our share of morning,
    Our blank in bliss to fill,
    Our blank in scorning.
    Here a star, and there a star
    Some lose their way.
    Here a mist, and there a mist,
    Afterwards—day!

    Porter notre part de la nuit,
    Notre part du matin,
    Emplir notre blanc de bonheur,
    Notre blanc de dédain.
    Étoile par-ci, étoile par-là,
    Certains s’égarent.
    Brume par-ci, brume par-là,
    Après – le Jour!

    Emily Dickinson, Poèmes, F 116 (1859)
    Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Claire Malroux

    Photo : Pexels - Rakicevic Nenad

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  • Prochain café philo aux Tanneries, le 24 mars à 18H30

    Vendredi 24 mars : Café Philo aux Tanneries, à partir de 18h30, proposé par le Café Philosophique de Montargis et en présence de Meris Angioletti.

    L’artiste reviendra sur ses expériences de rêves collectifs et partagés et introduira ainsi la thématique de cette soirée-débat : "Qu’est-ce que nos rêves nous révèlent de nous-mêmes ?"

    https://www.lestanneries.fr/exposition/quart-de-nuit

    Affiche Café Philo aux Tanneries

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  • Heidegger : "Qu'est-ce que la technique moderne?"

    Qu'est-ce que la technique moderne? Elle aussi est un dévoilement. C'est seulement lorsque nous arrêtons notre regard sur ce trait fondamental que ce qu'il y a de nouveau dans la technique moderne se montre à nous...

    La centrale électrique est mise en place dans le Rhin. Elle le somme de livrer sa pression hydraulique, qui somme à son tour les turbines de tourner. Ce mouvement fait tourner la machine dont le mécanisme produit le courant électrique, pour lequel la centrale régionale et son réseau sont commis aux fins de transmission. Dans le domaine de ces conséquences s'enchaînant l'une l'autre à partir de la mise en place de l'énergie électrique, le fleuve du Rhin apparaît, lui aussi, comme quelque chose de commis. La centrale n'est pas construite dans le courant du Rhin comme le vieux pont de bois qui depuis des siècles unit une rive à l'autre. C'est bien plutôt le fleuve qui est muré dans la centrale. Ce qu'il est aujourd'hui comme fleuve, à savoir fournisseur de pression hydraulique, il l'est par l'essence de la centrale. Afin de voir et de mesurer, ne fût-ce que de loin, l'élément monstrueux qui domine ici, arrêtons-nous un instant sur l'opposition qui apparaît entre les deux intitulés: «Le Rhin», muré dans l'usine d'énergie, et «Le Rhin», titre de cette oeuvre d'art qu'est un hymne de Hôlderlin. Mais le Rhin, répondra-t-on, demeure de toute façon le fleuve du paysage. Soit, mais comment le demeure-t-il? Pas autrement que comme un objet pour lequel on passe une commande, l'objet d'une visite organisée par une agence de voyages, laquelle a constitué là-bas une industrie des vacances(...). Avant tout [il faut apercevoir] ce qui dans la technique est essentiel, au lieu de nous laisser fasciner par les choses techniques. Aussi longtemps que nous nous représentons la technique comme un instrument, nous restons pris dans la volonté de la maîtriser. Nous passons à côté de l'essence de la technique...

    L'être de la technique menace le dévoilement, il menace de la possibilité que tout dévoilement se limite au commettre... Les réalisations humaines ne peuvent jamais, à elles seules, écarter le danger...

    L'essence de la technique n'est rien de technique: c'est pourquoi la réflexion essentielle sur la technique et l'explication décisive avec elle doivent avoir lieu dans un domaine qui, d'une part, soit apparenté à l'essence de la technique et qui, d'autre part, n'en soit pas moins foncièrement différent d'elle.

    L'art est un tel domaine.

    Martin Heidegger, La question de la technique in Essais et Conférences (1954)

    Photo : Pexels - Elijah O'Donnell

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  • Marx : Société, politique et art grec

    L'art grec suppose la mythologie grecque, c'est-à-dire la nature et les formes sociales, déjà élaborées au travers de l'imagination populaire d'une manière inconsciemment artistique. Ce sont là ses matériaux. Non pas une mythologie quelconque, c'est-à-dire une façon quelconque de transformer inconsciemment la nature en art (ici le mot nature désigne tout ce qui est objectif, y compris la société). La mythologie égyptienne n'eût jamais pu être le sol, le sein maternel qui eût produit l'art grec...

    Mais la difficulté n'est pas de comprendre que l'art grec et l'épopée sont liés à certaines formes du développement social. La difficulté, la voici : ils nous procurent encore une jouissance artistique, et à certains égards ils servent de norme, ils nous sont un modèle inaccessible. Un homme ne peut redevenir enfant, sans être puéril. Mais ne se réjouit-il pas de la naïveté de l'enfant, et ne doit-il pas lui-même s'efforcer, à un niveau plus élevé, de reproduire sa vérité ? Est-ce que, dans la nature enfantine, ne revit pas le caractère de chaque époque, dans sa vérité naturelle ? Pourquoi l'enfance historique de l'humanité, au plus beau de son épanouissement, n'exercerait-elle pas l'attrait éternel du moment qui ne reviendra plus ? Il est des enfants mal élevés, et des enfants grandis trop vite. Beaucoup de peuples de l'Antiquité appartiennent à ces catégories. Des enfants normaux, voilà ce que furent les Grecs. Le charme que nous trouvons à leurs couvres d'art n'est pas contrarié par le peu d'avancement de la société où elles ont fleuri. Il en est plutôt le résultat; il est inséparable de la pensée que l'état d'immaturité sociale où cet art est né, où seul il pouvait naître, ne reviendra jamais.

    Karl Marx, Introduction générale à la Critique de l'Economie politique (1857)

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  • Hegel : "Si l'artiste pense à la manière du philosophe, il produit alors une oeuvre précisément opposée à celle de l'art"

    Si l'artiste pense à la manière du philosophe, il produit alors une oeuvre précisément opposée à celle de l'art, quant à la forme sous laquelle l'idée nous apparaît; car le rôle de l'imagination se borne à révéler à notre esprit la raison et l'essence des choses, non dans un principe ou une conception générale, mais dans une forme concrète et dans une réalité individuelle. Par conséquent tout ce qui vit et fermente dans son âme, l'artiste ne peut se le représenter qu'à travers les images et les apparences sensibles qu'il a recueillies, tandis qu'en même temps il sait maîtriser celles-ci pour les approprier à son but et leur faire recevoir et exprimer le vrai en soi d'une manière parfaite. Dans ce travail intellectuel qui consiste à façonner et à fondre ensemble l'élément rationnel et la forme sensible, l'artiste doit appeler à son aide à la fois une raison active et fortement éveillée et une sensibilité vive et profonde. C'est donc une erreur grossière de croire que des poèmes comme ceux d'Homère se sont formés comme un rêve pendant le sommeil du poète. Sans la réflexion qui sait distinguer, séparer, faire un choix, l'artiste est incapable de maîtriser le sujet qu'il veut mettre en oeuvre, et il est ridicule de s'imaginer que le véritable artiste ne sait pas ce qu'il fait. 

    Hegel, Introduction à l'Esthétique (1829)

    Photo : Pexels - Isabella Mariana

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  • Hegel : "L'art, quand il se borne à imiter, ne peut rivaliser avec la nature"

    D'une façon générale, il faut dire que l'art, quand il se borne à imiter, ne peut rivaliser avec la nature, et qu'il ressemble à un ver qui s'efforce en rampant d'imiter un éléphant. Dans ces reproductions toujours plus ou moins réussies, si on les compare aux modèles naturels, le seul but que puisse se proposer l'homme, c'est le plaisir de créer quelque chose qui ressemble à la nature. Et de fait, il peut se réjouir de produire lui aussi, grâce à son travail, son habileté, quelque chose qui existe déjà indépendamment de lui. Mais justement, plus la reproduction est semblable au modèle, plus sa joie et son admiration se refroidissent, si même elles ne tournent pas à l'ennui et au dégoût. Il y a des portraits dont on a dit spirituellement qu'ils sont ressemblant à vous donner la nausée. Kant donne un autre exemple de ce plaisir qu'on prend aux imitations : qu'un homme imite les trilles du rossignol à la perfection comme cela arrive parfois, et nous en avons vite assez; dès que nous découvrons que l'homme en est l'auteur, le chant nous paraît fastidieux; à ce moment nous n'y voyons qu'un artifice, nous ne le tenons ni pour une oeuvre d'art, ni pour une libre production de la nature.

    Hegel, Introduction à l'Esthétique (1829)

    Photo : Pexels - Brett Sayles

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  • Nietzsche : "La conscience n'est qu'un réseau de communications entre hommes"

    nietzschelegaisavoir.jpgLa conscience n'est qu'un réseau de communications entre hommes ; c'est en cette seule qualité qu'elle a été forcée de se développer : l'homme qui vivait solitaire, en bête de proie, aurait pu s'en passer. Si nos actions, pensées, sentiments et mouvements parviennent - du moins en partie - à la surface de notre conscience, c'est le résultat d'une terrible nécessité qui a longtemps dominé l'homme, le plus menacé des animaux : il avait besoin de secours et de protection, il avait besoin de son semblable, il était obligé de savoir dire ce besoin, de savoir se rendre intelligible ; et pour tout cela, en premier lieu, il fallait qu'il eût une « conscience », qu'il « sût » lui-même ce qui lui manquait, qu'il « sût » ce qu'il sentait, qu'il « sût » ce qu'il pensait. Car comme toute créature vivante, l'homme pense constamment, mais il l'ignore. La pensée qui devient consciente ne représente que la partie la plus infime, disons la plus superficielle, la plus mauvaise, de tout ce qu'il pense : car il n'y a que cette pensée qui s'exprime en paroles, c'est-à-dire en signes d'échanges , ce qui révèle l'origine même de la conscience.

    Friedrich Nietzsche, Le gai Savoir (1882)

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  • Enregistrement du café philo du 20 janvier 2023

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  • "Quart de nuit"

    Le prochain débat du café philo de Montargis entrera dans le cadre de l'exposition "Quart de nuit" de Méris Angioletti, aux Tanneries d'Amilly à partir du 4 février 2023, 

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  • Merci aux participants de la séance du 20 janvier

    Environ 30 personnes étaient présentes lors de la séance au Belman, le vendredi 30 janvier 2023. Le sujet portait sur cette question : "La peut est-elle mauvaise conseillère ?" Merci à tous les participants au Belman. 

    L'équipe du café philo fixe d'ores et déjà son prochain rendez-vous le vendredi 24 mars 2023 aux Tanneries d'Amilly. ATTENTION ! Le débat commencera exceptionnellement à 18H30.

    Ce débat entrera dans le cadre d l'exposition "Quart de nuit" de Méris Angioletti.

    Le sujet sera bientôt défini. 

    A bientôt.

    Photo : Pexels - Cottonbro Studio

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  • Les Inconnus : "Les dents de la mouche"

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  • Ils ont dit, au sujet de la peur

    "Le sage, au contraire, ne fait pas fi de la vie et il n'a pas peur non plus de ne plus vivre." [Epicure]

    "Le courage est le juste milieu entre la peur et l’audace." [Aristote]

    "Le raisonnement vaut aussi pour le courage ; en nous accoutumant à mépriser la peur et en supportant les dangers, nous devenons courageux." [Aristote]

    "Cependant ils se gardent bien d'ajouter : « Mais le regret de tous ces biens ne te suit pas, et ne pèse plus sur toi dans la mort". Si l'on avait pleine conscience de cette vérité, si l'on y conformait ses paroles, on libèrerait son esprit d'une angoisse et d'une crainte bien grandes »." [Marc-Aurèle]

    " c'est plutôt la vaine crainte des dieux qui tourmente la vie des mortels, et la peur des coups dont le destin menace chacun de nous." [Lucrèce]

    "Il ne faut cependant pas qu'un prince ait peur de son ombre, et écoute trop facilement les rapports effrayants qu'on lui fait." [Machiavel]

    " Tantôt la peur nous donne des ailes aux pieds, comme pour les deux premiers ; tantôt elle nous cloue sur place." [Montaigne]

    "La mort est moins à craindre que rien, s'il y avait quelque chose de moins... Elle ne vous concerne ni mort, ni vif ; vif parce que vous êtes ; mort parce que vous n'êtes plus. Nul ne meurt avant son heure." [Montaigne]

    "Pour ce qui est de la peur ou de l’épouvante, je ne vois point qu’elle puisse jamais être louable ni utile." [René Descartes]

    " Et parce que la principale cause de la peur est la surprise, il n’y a rien de meilleur pour s’en exempter que d’user de préméditation et de se préparer à tous les événements, la crainte desquels la peut causer." [René Descartes]

    " Les hommes ont mépris pour la religion. Ils en ont haine et peur qu’elle soit vraie. Pour guérir cela il faut commencer par montrer que la religion n’est point contraire à la raison." [Blaise Pascal]

    "La peur est le Désir d'éviter par un moindre mal un mal plus grand, que nous craignons." [Baruch Spinoza]

    "La peur de la mort est naturelle à tous les hommes, et fût-ce au plus sage, n'est pas un frémissement d'horreur devant le fait de périr, mais comme le dit justement Montaigne, devant la pensée d'avoir péri." [Emmanuel Kant]

    " Il ne faut pas avoir peur de la vérité parce qu'elle seule est belle." [Henri Poincaré]

    " L’étude des rêves, des fantasmes et des mythes nous a encore appris que la crainte pour les yeux, la peur de devenir aveugle, est un substitut fréquent de la peur de la castration." [Sigmund Freud]

    " Imagine-toi deux nuits et un jour à vivre dans l’angoisse ! Nous ne pensions à rien, restions assis là dans l’obscurité totale car Madame, de peur, avait complètement dévissé l’ampoule, les voix chuchotaient, à chaque craquement on entendait des « chut, chut »." [Anne Franck]

    "L'Homme, dit-on, a un sentiment religieux inné : mais on peut interpréter celui-ci comme étant originellement de la peur, ou la recherche obscure d'une causalité théologique." [Lucien Cuénot]

    "L'existentialiste déclare volontiers que l'homme est angoisse." [Jean-Paul Sartre]

    "Cédant de nouveau à la peur, le christianisme rétablit l'autre monde, ses espoirs, ses menaces et son dernier jugement. Il ne reste plus à l'Islam qu'à lui enchaîner celui-ci." [Claude Lévi-Strauss]

    "Le dernier dieu disparaîtra avec le dernier des hommes. Et avec lui la crainte, la peur, l'angoisse, ces machines à créer des divinités." [Michel Onfray]

    "Vivre en permanence dans la peur peut avoir de graves conséquences." [Tinneke Beeckman]

    Photo : Pexeks - David Fagundes

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  • Epicure : Naie pas peur de la mort

    Prends l'habitude de penser que la mort n'est rien pour nous. Car tout bien et tout mal résident dans la sensation : or la mort est privation de toute sensibilité. Par conséquent, la connaissance de cette vérité que la mort n'est rien pour nous, nous rend capables de jouir de cette vie mortelle, non pas en y ajoutant la perspective d'une durée infinie, mais en nous enlevant le désir de l'immortalité. Car il ne reste plus rien à redouter dans la vie, pour qui a vraiment compris que hors de la vie il n'y a rien de redoutable. On prononce donc de vaines paroles quand on soutient que la mort est à craindre non pas parce qu'elle sera douloureuse étant réalisée, mais parce qu'à est douloureux de l'attendre. Ce serait en effet une crainte vaine et sans objet que celle qui serait produite par l'attente d'une chose qui ne cause aucun trouble par sa présence.

    Ainsi celui de tous les maux qui nous donne le plus d'horreur, la mort, n'est rien pour nous, puisque, tant que nous existons nous-mêmes, la mort n'est pas, et que, quand la mort existe, nous ne sommes plus. Donc la mort n'existe ni pour les vivants ni pour les morts, puisqu'elle n'a rien à faire avec les premiers, et que les seconds ne sont plus.

    Mais la multitude tantôt fuit la mort comme le pire des maux, tantôt l'appelle comme le terme des maux de la vie. Le sage, au contraire, ne fait pas fi de la vie et il n'a pas peur non plus de ne plus vivre : car la vie ne lui est pas à charge, et il n'estime pas non plus qu'il y ait le moindre mal à ne plus vivre.

    Épicure, Lettre à Ménécée (IV s. av J.V.)

    Photo : Pexels - Korhan Erdol

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