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  • Foucault : Les anormaux 2

    "La psychiatrie va pouvoir symptomatologiser, faire valoir comme symptôme de maladie, tout un ensemble de phénomènes qui n’avaient pas jusqu’alors de statut dans l’ordre de la maladie mentale […] Désormais, le fonctionnement symptomatologique d’une conduite […] va être d’une part l’écart que cette conduite représente par rapport à des règles d’ordre, de conformité, définies soit sur un fond de régularité administrative, soit sur un fond d’obligations familiales, soit sur un fond de normativité politique et sociale. […] Toute conduite doit pouvoir être située également par rapport à, et en fonction d’une norme qui est, elle aussi, contrôlée, ou du moins perçue comme telle, par la psychiatrie. La psychiatrie n’a plus besoin de la folie, elle n’a plus besoin de la démence, elle n’a plus besoin de l’aliénation pour fonctionner. La psychiatrie peut psychiatriser toute conduite sans se référer à l’aliénation. […] du moment où il n’y a plus cette référence au rapport à la vérité, finalement la psychiatrie voit s’ouvrir devant elle, comme domaine de son ingérence possible, comme domaine de ses valorisations symptomatologiques, le domaine tout entier de toutes les conduites possible." 

    Michel FoucaultLes Anormaux (1974-1975)

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  • Foucault : Les anormaux 1

    "La norme se définit non pas du tout comme une idée naturelle, mais par le rôle d’exigence et de coercition qu’elle est capable d’exercer par rapport aux domaines auxquels elle s’applique. La norme est porteuse, par conséquent, d’une prétention de pouvoir. La norme ce n’est pas simplement, ce n’est même pas un principe d’intelligibilité ; c’est un élément à partir duquel un certain exercice du pouvoir se trouve fondé et légitimé. Concept polémique – dit M. Canguilhem. Peut-être pourrait-on dire politique. En tout cas la norme porte avec soi à la fois un principe de qualification et un principe de correction. La norme n’a pas pour fonction d’exclure, de rejeter. Elle est au contraire toujours liée à une technique positive d’intervention et de transformation, à une sorte de projet normatif." 

    Michel Foucault, Les Anormaux (1974-1975)

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  • La valise philosophique du mois : "Qu'est-ce qu'être normal?"

    La classique "Valise philosophique" du café philo est toujours disponible et vous accompagne pour illustrer nos débats.

    Comme pour chaque séance, nous vous avons préparé des documents, textes, extraits de films ou de musiques servant à illustrer et enrichir les débats mensuels.

    Sur la colonne de droite, vous pouvez retrouver les documents autour de la séance du vendredi 18 mai 2018 qui aura pour thème : "Qu'est-ce qu'être normal ?""

    Restez attentifs : régulièrement de nouveaux documents viendront alimenter cette rubrique d'ici la séance.

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  • Lippmann : Le public fantôme

    Walter_Lippmann_1914.jpg"Aux yeux du public […] toute règle est bonne dès lors qu’elle convient à toutes les parties concernées […]. L’intérêt du public ne réside pas dans la substance des règles, des contrats et des coutumes, mais dans le maintien d’un régime de règles, de contrats et de coutumes. Ce qui lui importe est la loi – non les lois ; la méthode de la loi – non son contenu ; l’inviolabilité du contrat – non sa spécificité ; la bonne intelligence permise par l’habitude – non la teneur desdites habitudes. L’intérêt du public dans ces affaires ne recherche rien d’autre sinon l’assurance que les hommes dans la pratique de leurs affaires rechercheront un modus vivendi. Tout ce qui l’intéresse est en effet qu’il existe une règle efficace capable de définir la conduite des gens, de la rendre prévisible, de telle sorte qu’ils puissent s’ajuster entre eux ."

    Walter Lippmann, Le public fantôme (1925)

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  • Canguilhem : "Le normal n’est pas un concept statique"

    GeorgesCanguilhem6.jpg"Le normal n’est pas un concept statique ou pacifique, mais un concept dynamique et polémique... La forme et les fonctions du corps humain ne sont pas seulement l’expression des conditions faites à la vie par le milieu, mais l’expression des modes de vivre dans le milieu socialement adoptés."

    Georges Canguilhem, Le normal et le pathologique (1979)

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  • Marcherey : Norme et raison 2

    "Il est donc légitime de se demander, outre ce que la raison fait avec les normes ou quelle raison ont les normes, ce que les normes font à la raison, quel genre de raison font les normes, du moment où elles se présentent comme les formes tendancielles de sa réalisation. Les notions de norme et de raison sont appariées, disions-nous pour commencer : mais cet appariement ou appareillage, si tendus qu’en soient les enchaînements, laisse place à une distance, ou à une possibilité de jeu qui, tout en maintenant entre elles un lien, les décale l’une par rapport à l’autre, du moins pour une part. Les normes font appel à la raison comme à un fondement, qui garantit la légitimité de leur intervention. Mais n’y a-t-il de raison que pour des normes ou par des normes ? Ne peut-on penser la raison sans les normes, que ce soit une raison d’avant les normes ou une raison d’après les normes ? Cette interrogation se trouve d’emblée justifiée sur le plan de la terminologie : l’Antiquité latine disposait du mot norma, dont elle faisait un usage tout à fait restreint, en vue de nommer cet instrument concret qu’est l’équerre, mais elle n’en étendait pas métaphoriquement la portée à la représentation générale d’une mise en ordre rationnelle de la réalité, et en particulier de la réalité sociale ; cette extension ne s’est faite que beaucoup plus tard, vers le milieu du XVIIIe siècle, au moment où, avec le développement de l’industrialisme et des nouveaux types de rapports techniques et sociaux nécessités par celui-ci, a commencé à s’installer ce que Foucault a proposé d’appeler une « société de la norme »2 ou « société de normalisation »3, c’est-à-dire ce type très particulier de société qui fait dépendre son organisation, qu’elle présente comme rationnelle, de l’intervention de normes, dont, dans un but d’efficacité, elle substitue l’action à celle, réputée formelle, des institutions étatiques légales, ce qui transforme de fond en comble la structure des pouvoirs à l’oeuvre dans cette société. Ceci fait apparaître entre la raison et les normes, non certes une incompatibilité, mais un jeu, une possibilité d’écart, qui fait obstacle à la tentation de les assimiler directement : si les normes ont concrètement le pouvoir de représenter la raison, c’est sous un certain biais, donc en lui imposant une torsion qui, sans à proprement parler la dénaturer, infléchit sa constitution dans un certain sens. Lorsque la raison choisit ou est mise en situation de s’engager sur la voie des normes en vue de matérialiser son ordre, elle s’expose à être, en retour, reprofilée, réajustée à leur allure, ce qui revient à sacrifier au moins pour une part l’idéal d’universalité dont elle se réclame. On est ainsi conduit à se demander quelle sorte de raison configurent les normes, qui, à travers le mouvement même par lequel elles sont censées l’appliquer en respect des principes qu’elle édicte souverainement, portent sur elle un éclairage singulier qui la fait apparaître sous un nouveau visage, transformée ou peut-être même déformée. Pour le dire autrement, il se pourrait que le rapport de la raison aux normes se prête à être interprété comme la relation du maître au serviteur telle que la présente la dialectique hégélienne de la conscience : si, au départ, c’est la raison qui commande aux normes auxquelles elle prescrit le programme de rectitude qui la définit en propre, à l’arrivée, ou du moins lorsque ce programme se trouve en cours d’application, suivant la dynamique qui effectue l’insertion historique de la raison dans le réel, ce sont les normes qui interpellent la raison, en la sommant de revoir sur de nouvelles bases ses orientations. On est ainsi conduit à avancer que l’action des normes a sa logique propre, qui surdétermine celle de la raison, alors même qu’elle paraît se situer dans son prolongement : quelle est cette logique ? Qu’ajoute-t-elle ou que retranche-t-elle à celle de la raison ratiocinante ?

    La toute première réponse qu’on peut apporter à cette interrogation est que la logique immanente à l’intervention des normes est une logique pratique, c’est-à-dire une logique dont les formes de régularité apparaissent à même le processus qui engendre concrètement ces formes tout en les dotant de la capacité de se faire respecter, en étant, comme le dit le langage ordinaire, « suivies » : les figures rationnelles auxquelles elle se réfère, et la nécessité d’être observées dans les faits qui leur est attachée, ne préexistent pas à leur présentation ou présentification réelle mais lui sont rigoureusement concomitantes. A ce point de vue, la raison dont les normes tirent leur légitimité n’est pas une raison pure, comme telle désengagée de tout rapport avec l’expérience, mais une raison affectée par les conditions de l’expérience dont elle ne prend en charge le déroulement qu’en étant elle-même prise en charge par la dynamique de ce déroulement d’où elle tire sa puissance effective : ce n’est pas une raison qui tombe d’en haut mais une raison qui vient d’en bas, dans la mesure où elle paraît sourdre du cours des choses avec lequel elle tend à se confondre. C’est pourquoi le type d’obligation que requièrent les normes est complètement différent de celui appelé par des lois, ce qui modifie de fond en comble le régime de rationalité dont relèvent les unes et les autres."

    Pierre MachereyDe Canguilhem à Foucault : la force des normes (2009)

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  • Marcherey : Norme et raison 1

    "A première vue, les notions de raison et de norme sont appariées, voire même indissociables. Normer ou normaliser, c’est assurer, dans un domaine donné, la mise en conformité de ses éléments à une règle commune, donc unifier un divers conformément à l’idéal de rectitude qui inspire en principe et dirige en fait toute opération menée sous la conduite de la raison. Se référer à une norme ou mettre en oeuvre une norme, c’est réunir les conditions nécessaires à l’instauration d’un état normal, au sens premier de ce terme qui exprime la situation de ce qui, littéralement, « tombe tout droit », comme la perpendiculaire abaissée du sommet d’un triangle sur le côté opposé : par rapport à cette ligne tracée à l’équerre, toutes les autres pouvant être menées vers la droite ou vers la gauche à partir du même sommet en direction du côté opposé seront identifiées comme déviantes, sans que cela implique qu’elles soient brisées ou courbes, car ce sont aussi des lignes droites ; or il y a de multiples façons de dévier par rapport à une norme de référence, qui, réciproquement, se définit et s’affirme par rapport à elles comme unique. Ramener un divers à l’unité, c’est l’exigence de base, une exigence qu’on peut dire économique, à laquelle répond en principe toute intervention de la raison dans le monde, pour autant qu’elle tend vers l’installation d’un ordre, c’est-à-dire d’une organisation dont la permanence soit garantie contre tout risque de perturbation : on ne voit pas comment une norme pourrait, en ce sens, être un facteur de désordre, c’est-à-dire d’écart par rapport à une règle prescrite au nom de la raison, une règle qu’au contraire elle incite à respecter. A ce point de vue, la norme est au service de la raison : elle est l’instrument, l’outil qui permet à la raison d’inscrire sa trace dans le réel, par le moyen de lignes bien nettes et bien droites qui permettent de s’y diriger, de s’y orienter, et, au moindre frais, d’en effectuer une prise en charge équilibrée, stabilisée, dont les effets se prêtent à être rentabilisés au maximum de ce que la mise en ordre ainsi effectuée peut rendre en termes de profit."

    Pierre Macherey, De Canguilhem à Foucault : la force des normes (2009)

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  • Compte-rendu du débat: "Faut-il vivre comme si nous ne devions jamais mourir?"

    Le vendredi 13 avril, le café philosophique de Montargis se délocalisait exceptionnellement à la Médiathèque de Montargis pour un nouveau débat qui avait pour thème : "Faut-il vivre comme si nous ne devions jamais mourir ?" L’équipe de la médiathèque avait mis les petits plats dans les grands pour accueillir un public d’une soixantaine de personnes venus débattre.

    Ce sujet est capital en philosophie, comme le disait en substance Albert Camus. Pour un premier participant, la question du débat semblerait poser problème dans sa formulation. Deux autres intervenants abordent le sujet de ce soir comme un appel à avoir en finalité notre mort future, sans perdre de vue pour autant cette vie qui nous est donnée et dont nous devons tirer profit. Si "philosopher c’est apprendre à mourir" comme le disait Montaigne, cela ne doit pas être une obsession ni nous empêcher d’agir – dans la mesure de nos moyens – choisir nos actions à entreprendre, avec le minimum d’impacts sur notre planète.

    La question du débat de ce soir interpelle une autre personne du public. "Faut-il vivre comme si nous ne devions jamais mourir ?" : le "comme si" interpelle. C’est un "comme si" qui implique une forme de mensonge ou d’illusion puisque de toute manière nous mourrons tous un jour.

    Par ailleurs, pour une autre personne du public, la question ne se pose pas au conditionnel : quand on naît, on vit et il y a par la suite un instinct de vie qui nous fait avancer lorsque nous sommes enfants. La pensée de la mort viendrait après – et en tout cas pas.

    Finalement, est-il encore dit, dans la question de ce soir, "Faut-il vivre comme si nous ne devions jamais mourir ?", chacun de ces termes pose problème, et, mis bout à bout, nous serions hors-sujet. La proposition de ce soir, intervient un animateur du café philo, est aussi celle que nous propose la société de consommation dans laquelle nous sommes. Dans des temps plus anciens, la mort était par contre plus présente qu’aujourd’hui, ne serait-ce que parce que les guerres étaient plus présentes.

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    Lien permanent Catégories : =>Saison 9, Comptes-rendus des débats, [71] Café philo à la médiathèque : Penser la mort Imprimer 0 commentaire Pin it!