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UNE HISTOIRE DU 25 DÉCEMBRE : L'INVENTION DE NOËL

Le café philosophique souhaite faire une petite histoire du 25 décembre, célébrée par les chrétiens comme celle de la naissance de Jésus. Noël a en effet une histoire complexe.

Jésus n’est pas né en décembre…

naissance-jesus-christ-280x211.jpgRappelons tout d’abord que les historiens sont incapables de définir la date de la naissance de Jésus. Il paraît cependant très probable qu’elle n’ait même pas eu lieu… en hiver. En effet, en naissant dans une étable vide d’animaux (la présence d’un âne et d’un bœuf est une invention folklorique du Moyen-Âge…), nous pouvons supposer que le bétail devait paître dehors, ce qui n’est possible que durant la période du printemps et de l’été. Jésus n’aurait donc pu naître que de mars à fin octobre. CQFD. D’ailleurs, au IIIe siècle, l’historien Hippolyte de Rome fixe la date de naissance de Jésus au 25… mars (Traditions apostoliques).

L’heure de naissance du Christ (minuit) est elle aussi sujette à précautions puisqu’on l’établit à partir de textes bibliques (« Un silence paisible enveloppait tous les êtres et la nuit était au milieu de la Course » dit le livre de la Sagesse (18, 13-16).

Pour être juste, il faut ajouter que connaître la date de naissance de Jésus n’a eu pendant les trois premiers siècles que peu d’importance théologique pour les chrétiens qui voyaient dans la période de Pâques (la mort et la résurrection de Jésus) la seule période digne de célébration.

Noël : une date politique pour un syncrétisme religieux

constantin.jpgLa fixation de Noël comme date religieuse est en réalité politique. On doit cette décision à l’empereur Constantin (272-337). Il faut préciser que ce dernier n’a jamais été chrétien pendant son magistère puisqu’il ne s’est fait baptiser que sur son lit de mort. Par contre, son souci était de réconcilier païens et chrétiens (et par là mettre fin aux persécutions des adeptes de Jésus).

On croit un peu trop vite que la date du 25 décembre a été choisie pour remplacer une fête païenne par une fête religieuse. Ce n'est pas si simple.

Le 25 décembre correspond à une commémoration très ancienne, celle du Sol Invictus (Soleil Invaincu), qui a été adoptée avec succès par les Romains depuis plusieurs siècles. En réalité, lorsqu’en 326 Constantin décide de fixer Noël le 25 décembre, il cherche moins à remplacer cette fête du Soleil par la commémoration de la naissance de Jésus qu’à faire coïncider, dans un esprit de syncrétisme voire de réconciliation, ces deux cérémonies. Le résultat sera le même puisque Noël (déformation de natalis ou de dies natalis) supplantera le Sol Invictus.

En 354, le calendrier liturgique de Dionysius Philocalus est la première mention de ce changement dans le calendrier. Pour preuve de la cohabitation de ces deux dates Noël/Sol Invictus, en date du 25 décembre, il est fait mention en parallèle de ces deux expressions : natalis solis invicti (anniversaire de Sol Invictus) et natus Christus in Bethleem (Christ né à Bethléem). Preuve supplémentaire de la conjonction de ces deux fêtes, il existe de nombreuses représentations du Christ incarné en Soleil monté sur un char.

D’où vient le Sol Invictus ?

Mithra.jpgAu Ier siècle, le dieu iranien Mithra a été ramené de Perse par les soldats romains à partir du moment où les troupes de Pompée font campagne en Orient (67 av. JC).

Mithra, un dieu qui est à l’origine l’incarnation de la lumière du soleil, est connu et célébré dans le bassin méditerranéen. Rome, qui n’hésite pas à adopter des religions qui ne lui font pas ombrage, adopte avec enthousiasme le mithriacisme. Cette religion populaire dans l’Empire, qui prône le courage, la force et la loyauté, promet le salut pour ses initiés (à l’exception notoire des femmes, toutefois). Le mithriacisme est particulièrement fêté le 25 décembre.

Pourquoi cette date ? Parce qu’elle a lieu après le solstice d’hiver. Mithra, d’après la légende, naît à cette date au moment où les jours s’allongent. Des cérémonies ont lieu pour aider le soleil à reprendre de la vigueur : on éclaire la nuit, on allume de grands feux. Le 25 décembre est associé pour les Romains à la fête de la lumière. Ce n’est donc pas un hasard si cette date a aussi été adoptée par les chrétiens pour célébrer Jésus, celui qui, d'après les croyants chrétiens, doit mener le monde des ténèbres à la lumière…

Mithras-solinvictus.jpgOr, il existe à l'époque en Syrie un dieu similaire nommé Sol Invictus et dont l’empereur Héliogabale (203-222) a été le grand prêtre. Il l’introduit à Rome, construit un temple, délaisse les divinités latines anciennes et offre un sacrifice chaque jour à ce dieu solaire. Au IIIe siècle, le syncrétisme faisant, les Romains identifient totalement Mithra à ce Sol Invictus.

L’empereur Aurélien (207-275) va plus loin. Il veut unifier l’empire. Pour y parvenir, il choisit notamment de faire du Sol Invictus un dieu universel et du culte solaire une tradition rassembleuse. Des prêtres assurent son culte et est temple est dédié au Sol Invictus sur le Quirinal, temple dédié le 24 décembre 274. Le 25 décembre devient donc pour les Romains le dies natalis Solis invicti

L’adoption  de cette date du 25 décembre n’a finalement pas été de soi. La célébration de la naissance de Jésus a été pendant des siècles, bien après la mort de Constantin, célébrée le jour de l’Épiphanie (6 janvier), un jour qui reste encore aujourd’hui une date importante pour nombre de personnes. La raison pour laquelle la Papauté a imposé, non sans difficulté, Noël comme une date de commémoration tient au fait que le 6 janvier est également marquée par deux fêtes… païennes (Dyonisos et Osiris) ! Encore une histoire de paganisme, en somme.

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