Bergson : Le sentiment du beau (01/03/2026)

Le peine qu’on éprouve à définir le sentiment du beau tient surtout à ce que l’on considère les beautés de la nature comme antérieures à celle de l’art : les procédés de l’art ne sont plus alors que des moyens par lesquels l’artiste exprime le beau et l’essence du beau demeure mystérieuse. Mais on pourrait se demander si la nature est belle autrement que par la rencontre heureuse de certains procédés de notre art, et si, en un certain sens, l’art ne précède pas la nature. Sans même aller aussi loin, il semble plus conforme aux règles d’une saine méthode d’étudier d’abord le beau dans les œuvres où il a été produit par un effort conscient ; et de descendre par transitions insensibles de l’art à la nature, qui est artiste à sa manière (…). Si les sons musicaux agissent plus puissamment sur nous que ceux de la nature, c’est que la nature se borne à exprimer des sentiments, au lieu que la musique nous les suggèrent… Ainsi  l’art vise à imprimer en nous des sentiments plutôt qu’à les exprimer ; il nous les suggère, et se passe volontiers de l’imitation de la nature quand il trouve des moyens plus efficaces.

Henri Bergson, Essai sur les données immédiates de la conscience (1889)

Photo : Pexels - Cottonbro

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