Beckett : "En attendant Godot" (16/09/2026)

Sur une route de campagne, deux vagabonds attendent un certain Godot, qui n'arrive pas.

ESTRAGON1. – Qu'est‑ce que tu as ?

VLADIMIR. – Je n'ai rien.

ESTRAGON. – Moi je m'en vais.

VLADIMIR. – Moi aussi.
Silence.

ESTRAGON. – Il y avait longtemps que je dormais ?

VLADIMIR. – Je ne sais pas.
Silence.

ESTRAGON. – Où irons‑nous ?

VLADIMIR. – Pas loin.

ESTRAGON. – Si si, allons‑nous‑en loin d'ici !

VLADIMIR. – On ne peut pas.

ESTRAGON. – Pourquoi ?

VLADIMIR. – Il faut revenir demain.

ESTRAGON. – Pour quoi faire ?

VLADIMIR. – Attendre Godot.

ESTRAGON. – C'est vrai. (Un temps.) Il n'est pas venu ?

VLADIMIR. – Non.

ESTRAGON. – Et maintenant il est trop tard.

VLADIMIR. – Oui, c'est la nuit.

ESTRAGON. – Et si on le laissait tomber ? (Un temps.) Si on le laissait tomber ?

VLADIMIR. – Il nous punirait. (Silence. Il regarde l'arbre.) Seul l'arbre vit.

ESTRAGON (regardant l'arbre). – Qu'est‑ce que c'est ?

VLADIMIR. – C'est l'arbre.

ESTRAGON. – Non, mais quel genre ?

VLADIMIR. – Je ne sais pas. Un saule.

ESTRAGON. – Viens voir. (Il entraîne Vladimir vers l'arbre. Ils s'immobilisent devant. Silence.) Et si on se pendait ?

VLADIMIR. – Avec quoi ?

ESTRAGON. – Tu n'as pas un bout de corde ?

VLADIMIR. – Non.

ESTRAGON. – Alors on ne peut pas.

VLADIMIR. – Allons‑nous‑en.

ESTRAGON. – Attends, il y a ma ceinture.

VLADIMIR. – C'est trop court.

ESTRAGON. – Tu tireras sur mes jambes.

VLADIMIR. – Et qui tirera sur les miennes ?

ESTRAGON. – C'est vrai.

Samuel Beckett, En attendant Godot (1952)

Photo : Pexels - Mario Spencer

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