Primo Levi : Expliquer l'injustifiable (16/07/2026)
Cependant, je dois admettre que ces explications, qui sont celles communément admises, ne me satisfont pas : elles sont restrictives, sans mesure, sans proportion avec les événements qu’elles sont censées éclairer. A relire les historiques du nazisme, depuis les troubles des débuts jusqu’aux convulsions finales, je n’arrive pas à me défaire de l’impression d’une atmosphère générale de folie incontrôlée qui me paraît unique dans l’histoire. Pour expliquer cette folie, cette espèce d’embardée collective, on postule habituellement la combinaison de plusieurs facteurs différents, qui se révèlent insuffisants dès qu’on les considère séparément, et dont le principal serait la personnalité même de Hitler, et les profonds rapports d’interaction qui le liaient au peuple allemand. Et il est certain que ses obsessions personnelles, sa capacité de haine, ses appels à la violence trouvaient une résonance prodigieuse dans la frustration du peuple allemand, qui les lui renvoyait multipliés, le confirmant dans la conviction délirante que c’était lui le Héros annoncé par Nietzsche, le Surhomme rédempteur de l’Allemagne.
Primo Levi, Si c'est un homme (1947)
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