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  • Ils ont dit, au sujet de l'Etat

    "C’est pourquoi il est évident que l’homme est un animal politique plus que n’importe quelle abeille et que n’importe quel animal grégaire." [Aristote]

    "Il faut nécessairement, en effet : ou bien que tous les citoyens possèdent tous les biens en commun ; ou bien qu’ils n’aient rien en commun, ou enfin qu’ils aient en commun certains biens à l’exclusion de certains autres." [Aristote]

    "Celui qui ne peut pas vivre en société, ou qui n’a besoin de rien parce qu’il se suffit à lui-même, ne fait point partie de l’État ; c’est une brute ou un dieu." [Aristote]

    "Il ressort manifestement que la cité n’est pas naturellement une au sens où certains le prétendent, et que ce qu’on a prétendu être le bien suprême dans les cités mène les cités à leur perte." [Aristote]

    "L’homme veut la concorde ; mais la nature sait mieux ce qui est bon pour son espèce : elle veut la discorde." [Emmanuel Kant]

    "S’il est vrai qu’en entrant en société, les hommes abandonnent l’égalité, la liberté et le pouvoir exécutif privé qu’ils possédaient dans l’état de nature, et qu’ils le remettent entre les mains de la société pour que législatif en dispose selon que le bien de cette même société l’exigera, il reste cependant que chacun ne le fait que dans l’intention de préserver d’autant mieux sa personne, sa liberté et sa propriété." [John Locke]

    "Ainsi, qui que ce soit qui a le pouvoir législatif ou souverain d’une communauté, est obligé de gouverner suivant les lois établies et connues du peuple, non par des décrets arbitraires et formés sur-le-champ ; d’établir des Juges désintéressés et équitables qui décident les différends par ces lois ; d’employer les forces de la communauté au-dedans, seulement pour faire exécuter ces lois, ou au dehors pour prévenir ou réprimer les injures étrangères, mettre la communauté à couvert des courses et des invasions, et en tout cela de ne se proposer d’autre fin que la tranquillité, la sûreté, le bien du peuple." [John Locke]

    "La seule façon d’ériger un tel pouvoir commun, apte à défendre les gens de l’attaque des étrangers, et des torts qu’ils pourraient se faire les uns aux autres, et ainsi de les protéger de telle sorte que par leur industrie et par les productions de la terre, ils puissent se nourrir et vivre satisfaits, c’est de confier tout leur pouvoir et toute leur force à un seul homme, ou à une seule assemblée, qui puisse réduire toutes leurs volontés, par la règle de la majorité, en une seule volonté. Cela revient à dire : désigner un homme, ou une assemblée, pour assumer leur personnalité." [Thomas Hobbes]

    "Il apparaît clairement par là qu’aussi longtemps que les hommes vivent sans un pouvoir commun qui les tienne tous en respect, ils sont en guerre de chacun contre chacun." [Thomas Hobbes]

    "Dès qu’on s’aperçut qu’il était utile à un seul d’avoir des provisions pour deux, l’égalité disparut, la propriété s’introduisit, le travail devint nécessaire et les vastes forêts se changèrent en des campagnes riantes qu’il fallut arroser de la sueur des hommes, et dans lesquelles on vit bientôt l’esclavage et la misère germer et croître avec les moissons." [Jean-Jacques Rousseau]

    "Un État qui n’a pas les moyens d’effectuer des changements n’a pas les moyens de se maintenir." [Edmund Burke]

    "J’ai toujours cru que cette sorte de servitude, réglée, douce et paisible, dont je viens de faire le tableau, pourrait se combiner mieux qu’on ne l’imagine avec quelques-unes des formes extérieures de la liberté, et qu’il ne lui serait pas impossible de s’établir à l’ombre même de la souveraineté du peuple." [Alexis de Tocqueville]

    "C’est seulement dans l’État que l’individu a une existence conforme à la Raison. Le but de toute éducation est que l’individu cesse d’être quelque chose de purement subjectif et qu’il s’objective dans l’État. L’individu peut certes utiliser l’État comme un moyen pour parvenir à ceci ou cela." [Hegel]

    "Si on confond l’État avec la société civile et si on le destine à la sécurité et à la protection de la propriété et de la liberté personnelles, l’intérêt des individus en tant que tels est le but suprême en vue duquel ils sont rassemblés et il en résulte qu’il est facultatif d’être membre de l’État. Mais sa relation à l’individu est tout autre." [Hegel]

    "L'État n'est que la muselière dont le but est de rendre inoffensive la bête carnassière, l'homme, et de faire en sorte qu'il ait l'aspect d'un herbivore." [Arthur Schopenhauer]

    "Tout État est despotique, que le despote soit un, qu’il soit plusieurs" [Max Striner]

    "L'État ne poursuit jamais qu'un but : limiter, enchaîner, assujettir l'individu, le subordonner à une généralité quelconque." [Max Striner]

    "Partout où il y a encore du peuple, il ne comprend pas l'État et il le déteste comme le mauvais œil et une dérogation aux coutumes et aux lois." [Friedrich Nietzsche]

    "L’État est le plus froid des monstres froids. Il ment froidement ; et voici le mensonge qui s’échappe de sa bouche : “Moi l’État, je suis le peuple.”" [Friedrich Nietzsche]

    "On considère l’État comme l’antagoniste de l’individu et il semble que le premier ne puisse se développer qu’au détriment du second. La vérité, c’est que l’État a été bien plutôt le libérateur de l’individu." [Émile Durkheim]

    "Ne fais jamais rien contre ta conscience, même si l'État te le demande." [Albert Einstein]

    "L'État est notre serviteur et nous n'avons pas à en être les esclaves. " [Albert Einstein]

    "Toutes les révolutions modernes ont abouti à un renforcement de l’État." [Albert Camus]

    "Le régime totalitaire est "sans lois" en ce qu’il se joue de toutes les lois positives, mais il n’es pas arbitraire car il obéit, selon une logique rigoureuse, à ces lois de l’Histoire ou de la Nature dont toutes les lois positives sont supposées provenir, et il les met à exécution dans un esprit d’obligation scrupuleux." [Hannah Arendt]

    "L'État fondé sur le principe civique, respectant l'homme et son monde naturel dans toutes ses dimensions ou composantes est un État pacifique et humain." [Vaclav Havel]

    "L'État totalitaire ce n'est pas la force déchaînée, c'est la vérité enchaînée." [Bernard-Henri Lévy]

    "Le totalitarisme suppose la conception d’une société qui se suffit à elle-même et, puisque la société se signifie dans le pouvoir, celle d’un pouvoir qui se suffit à lui-même." [Claude Lefort]

    "L'État se nomme toujours patrie, quand il prépare un assassinat." [Friedrich Dürrenmatt]

    "Il aura fallu un sacré nombre de chefs d’état pour mettre le monde dans cet état." [Jacques Sternberg]

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  • Lefort : les deux moments de l’entreprise totalitaire

    Pourquoi sommes-nous alors fondés à parler de totalitarisme ? Non parce que la dictature atteint à sa plus grande force, parce qu’elle est en mesure d’exercer sa contrainte sur toutes les catégories de la population et d’édicter des consignes qui valent comme normes dans tous les domaines de la vie sociale. Certes, il en va bien ainsi. Mais s’arrêter aux traits de la dictature, c’est rester au ras de la description empirique. Le modèle s’impose d’une société qui s’instituerait sans divisions, disposerait de la maîtrise de son organisation, se rapporterait à elle-même dans toutes ses parties, serait habitée par le même projet d’édification du socialisme.

    A peine est-il possible de distinguer la cause de l’effet dans l’enchaînement des rapports qui tendent à effacer les traces de la division sociale. En premier lieu, le pouvoir s’affirme comme le pouvoir social, il figure en quelque sorte la Société elle-même en tant que puissance consciente et agissante : entre l’Etat et la société civile la ligne de clivage se fait invisible...

    En second lieu, se trouve dénié le principe d’une division interne à la société... C’est la notion même d’une hétérogénéité sociale qui est récusée, la notion d’une variété de modes de vie, de comportement, de croyance, d’opinion, dans la mesure où elle contredit radicalement l’image d’une société accordée à elle-même. Et là où se signale l’élément le plus secret, le plus spontané, le plus insaisissable de la vie sociale, dans les mœurs, dans les goûts, dans les idées, le projet de maîtrise, de normalisation, d’uniformisation va au plus loin.

    Or, qu’on considère ces deux moments de l’entreprise totalitaire, en fait, indissociables : l’annulation des signes de la division de l’Etat et de la société et celle de la division sociale interne. Ils impliquent une dédifférenciation des instances qui régissent la constitution d’une société politique. Il n’y a plus de critères derniers de la loi, ni de critères derniers de la connaissance qui soient soustraits au pouvoir. Cette observation permet au mieux de repérer la singularité du totalitarisme. Car, sans même parler de la monarchie absolutiste européenne, dont il es manifeste qu’elle a toujours comporté une limitation du pouvoir du prince – limitation liée à la reconnaissance des droits acquis par la noblesse ou par les cités, mais plus fondamentalement commandée par l’image d’une Justice d’origine divine -, jamais le despotisme... n’est apparu comme un pouvoir qui tirerait de lui-même le principe de la loi et le principe de la connaissance. Pour qu’un tel événement se produise, il faut que soit abolie toute référence à des puissances surnaturelles ou à un ordre du monde et que le pouvoir en soit venu à se travestir en pouvoir purement social.

    Le totalitarisme suppose la conception d’une société qui se suffit à elle-même et, puisque la société se signifie dans le pouvoir, celle d’un pouvoir qui se suffit à lui-même. Bref, c’est lorsque l’action et la science du dirigeant ne se mesurent qu’au critère de l’organisation, lorsque la cohésion ou l’intégrité du corps social s’avère dépendre exclusivement de l’action et de la science du dirigeant, que nous sortons des cadres traditionnels de l’absolutisme, du despotisme ou de la tyrannie. Le processus d’identification entre le pouvoir et la société, le processus d’homogénéisation de l’espace social, le processus de clôture et de la société et du pouvoir s’enchaînent pour constituer le système totalitaire."

    Claude Lefort, L’Invention démocratique, Les Limites de la Domination totalitaire (1980)

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  • Ils ont dit, au sujet de l'identité française

    "Toute la Gaule est divisée en trois parties, dont l'une est habitée par les Belges, l'autre par les Aquitains, la troisième par ceux qui, dans leur langue, se nomment Celtes, et dans la nôtre, Gaulois. Ces nations diffèrent entre elles par le langage, les institutions et les lois." [César]

    "Le 15 février, Louis et Charles se réunirent dans la ville autrefois appelée Argentaria, et maintenant Strasbourg, et là ils se prêtèrent réciproquement les serments que nous allons rapporter, Louis en langue romane, et Charles en langue tudesque." [Nithard]

    "On dit que l’homme est un animal sociable. Sur ce pied-là, il me paraît qu’un Français est plus homme qu’un autre : c’est l’homme par excellence, car il semble être fait uniquement pour la société. " [Montesquieu]

    "Je te parlais l’autre jour de l’inconstance prodigieuse des Français sur leurs modes. Cependant il est inconcevable à quel point ils en sont entêtés : ils y rappellent tout ; c’est la règle avec laquelle ils jugent de tout ce qui se fait chez les autres nations : ce qui est étranger leur paraît toujours ridicule. Je t’avoue que je ne saurais guère ajuster cette fureur pour leurs coutumes avec l’inconstance avec laquelle ils en changeant tous les jours." [Montesquieu]

    "Mais au moins on peut uniformer le langage d'une grande Nation de manière que tous les citoyens qui la composent puissent sans obstacle se communiquer leurs pensées." [Abbé Grégoire]

    "À la fin du dix-huitième siècle, la France était encore divisée en trente-deux provinces. Treize parlements y interprétaient les lois d’une manière différente et souveraine. La constitution politique de ces provinces variait considérablement. Les unes avaient conservé une sorte de représentation nationale, les autres en avaient toujours été privées. Dans celles-ci on suivait le droit féodal ; dans celle-là on obéissait à la législation romaine. Toutes ces différences étaient superficielles et pour ainsi dire extérieures." [Alexis de Tocqueville]

     

    "Une nation est une âme, un principe spirituel. Deux choses qui, à vrai dire, n'en font qu'une, constituent cette âme, ce principe spirituel. L'une est dans le passé, l'autre dans le présent. L'une est la possession en commun d'un riche legs de souvenirs ; l'autre est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l'héritage qu'on a reçu indivis." [Ernest Renan]

    "L'Europe a un lieu de naissance. Je ne songe pas, en termes de géographie, à un territoire, quoi qu’elle en possède un, mais à un lieu spirituel de naissance, dans une nation ou dans le coeur de quelques hommes isolés et de groupes d'hommes appartenant à cette nation." [Edmund Husserl]

    "Il n’y a pas d'orgueil à être français. Nous aimons trop La gloire." [Georges Bernanos]

    "Il n'existe pas de race française. La France est une nation, c'est-à-dire une œuvre humaine, une création de l'homme; notre peuple [...] est composé d'autant d'éléments divers qu'un poème ou une symphonie." [Georges Bernanos]

    "Nous ne ferons rien en effet pour l'amitié française, si nous ne nous délivrons pas du mensonge et de la haine. Dans un certain sens, il est bien vrai que nous n'en sommes pas délivrés. Nous sommes à leur école depuis trop longtemps." [Albert Camus]

    "Toute ma vie, je me suis fait une certaine idée de la France." [Charles de Gaulle]

    "Ce ne sont pas seulement les Juifs, c'est la France aussi qui est atteinte et frappée par ces résultats abjects de la politique de collaboration. Trahir ses lois traditionnelles d'hospitalité politique, accepter pour elle-même et pour ses propres lois l'ignominie bestiale du racisme nazi, livrer les Juifs étrangers accueillis chez elle depuis 1935 comme dans une terre humaine et fidèle, livrer même ceux-là qui ont combattu pour elle et dans son armée au cours de la présente guerre, jamais dans l'histoire infamie pareille n'a été imposée à la France." [Jacques Maritain]

    "Il y a une identité de la France à rechercher, avec les erreurs et les succès possibles, mais en dehors de toute position politique partisane. Je ne veux pas qu’on s’amuse avec l’identité." [Fernand Braudel]

    "Je crois que le thème de l'identité française s'impose à tout le monde, qu'on soit de gauche, de droite ou du centre, de l'extrême gauche ou de l'extrême droite. C'est un problème qui se pose à tous les Français." [Fernand Braudel]

    "Il y a une identité de la France à rechercher, avec les erreurs et les succès possibles, mais en dehors de toute position politique partisane. Je ne veux pas qu’on s’amuse avec l’identité... L’identité de la France est incompréhensible si on ne la replace pas dans la suite des événements de son passé, car le passé intervient dans le présent…" [Fernand Braudel]

    "Pour le pire ou pour le meilleur, nous avons épousé notre siècle : les industries, les villes tentaculaires, la fin des paysans, l'informatique." [Raymond Aron]

    "Un Français ? un homme qui s'interroge sur l'Homme, en français." [Albert Jacquard]

    "Que je le veuille ou non, j’ai des identités multiples. Je suis homme et pas femme (…) Je suis vieux (…) Je suis professeur (…) Je suis aussi français." [Alfred Grosser]

    "On peut admettre que la République, qui est une idée, soit une et indivisible. Mais si la France, qui est un bouquet multicolore, devait l'être à son tour, on s'embêterait à mourir. On doit la démultiplier, la déplier pour lui rendre tonus et couleurs. La France, je ne puis l'envisager que sur le modèle de ces disques optiques, le rotorelief à la Duchamp." [Régis Debray]

    "La Marseillaise dans son intégrité est donc un grand hymne où sont associées Nation, République, universalisme, liberté, dans une intensité frémissante qui est justement celle de l'an I, de Valmy, du moment fondateur de la France républicaine et du moment paroxystique de la défense de la liberté nationale. Le premier couplet porte cette marque. Il est remémorateur, commémorateur, régénérateur." [Edgar Morin]

    "Je pense que la France est le seul pays où l’on respecte encore l’esprit, et qui soit accoutumé aux opinions contradictoires." [Adam Gopnik]

    "A quels critères un peuple se reconnaît-il ? On en discute. Mais on ne doute pas de l'existence de la nation: en l'occurrence, c'est la France." [Claude Lefort]

    "Si la diversité, en effet, est la valeur suprême, il faut que l'école permette, au plus tôt, à chacun d'être reconnu, de décliner son identité, d'afficher et d'épanouir sa différence." [Alain Finkielkraut]

    "On s'intégrait autrefois à un projet et à une culture. La France de Montaigne, de Diderot, de Condorcet, de Chateaubriand, et du colonel Picquart était une nation à laquelle on pouvait "s'attacher par l'esprit et le cœur aussi fortement que par des racines", selon la belle expression d'Emmanuel Levinas… le message, désormais, c'est le métissage. En guise de projet, la France n'a rien d'autre à offrir que le spectacle de sa composition : la formule "black-blanc-beur" remplace l'ancien modèle d'intégration, la diversité tient lieu de culture." [Alain Finkielkraut]

    "l'histoire de l'État républicain en France, avec ses épisodes de lâcheté et d'héroïsme, de l'affaire Dreyfus à la Résistance, et du Manifeste des 121 au procès de Bobigny, ne manque pas d'illustrations du processus par lequel les conditions substantielles de l'obéissance à la loi se trouvent refondées à travers le refus d'accepter les décisions iniques de l'autorité politique ou judiciaire." [Etienne Balibar]

    "Derrière le mythe d’une République unique et singulière, identique par-delà ses métamorphoses, drapée dans son immaculée dignité, il y eut des Républiques différentes, voire contraires." [Daniel Bensaïd]

    "[Le multiculturalisme] est la seule bonne réponse. [...] Le métissage est la vérité de ce qui fait l'identité nationale française." [Michel Onfray]

    "Les Français sont toutefois plus attachés à leur culture que racistes à proprement parler." [Samuel Huntington]

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  • Lefort : à quels critères un peuple se reconnaît-il ?

    "C'est la distinction que l'on voit percer entre souveraineté de la nation et souveraineté du peuple qui retient mon attention. Vous avez, d'ailleurs, pu remarquer que je viens de substituer le concept de peuple à celui de nation. La distinction ne fait pas l'objet d'une réflexion explicite; peuple et nation semblent même se confondre. Toutefois le concept de peuple, comme celui de volonté générale, prête au doute et à la dispute. Et ce n'est pas la théorie rousseauiste du contrat social qui permet de résoudre le problème du gouvernement du peuple et d'abord de rendre sensible la délimitation d'une population susceptible de devenir un peuple. Par contraste, la nation se donne comme évidente. A quels critères un peuple se reconnaît-il ? On en discute. Mais on ne doute pas de l'existence de la nation: en l'occurrence, c'est la France.

    Je me risquerai donc à dire que « peuple » -j'entends : à partir de la Révolution - est un concept politique, tandis que nation est un concept prépolitique ou méta-politique. Prépolitique, en ce sens que la définition du peuple suppose le fait de la nation. Métapolitique, en ce sens que la communauté politique (l'ensemble des hommes adultes en âge de voter, les dénommés citoyens) s'ins¬titue sous un nom propre qui confère identité commune à des individus, indépendamment de leur sexe, de leur âge ou de leur statut.

    Si l'on se réfère à la Déclaration, on observe que l'article 3 stipule que le principe de la souveraineté réside essentiellement dans la nation, mais qu'il est précédé d'un article qui fixe « le but de toute association politique », à savoir la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l'homme. Nation et association politique ne se recouvrent pas. Cette distinction est si peu formelle qu'elle s'avérera décisive dans les trois quarts de siècle qui suivront la Révolution. C'est, en effet, pendant une brève période, que le principe de souveraineté nationale et celui de la démocratie semblent coïncider. Comme je l'ai mentionné, l'exercice des droits politiques à l'échelle delà nation (n'oublions pas qu'il exclut toujours le vote des femmes) ne devient consubstantiel au régime républicain qu'en 1875. Auparavant, la souveraineté nationale se voit à deux reprises, confisquée (la première fois, par Napoléon, la seconde par Louis Napoléon Bonaparte) et le système politique s'agence, entre ces deux aventures, de manière à séparer le petit nombre des détenteurs des droits politiques de la masse des autres. J'ajoute qu'une fois la République établie, une droite nationaliste subsistera, qui fera peser de graves menaces sur les institutions républicaines et qui, parla voix de Maurras, en appellera, un moment, au pays réel contre la République. C'est de cette droite que sera issu le régime de Pétain à la faveur de la défaite de la France et de son occupation par des troupes allemandes à partir de 1940.

    En outre, on croirait à tort qu'il ne reste rien en France de la représentation de la nation comme personne mystique. Ainsi, de Gaulle et de nombreux dirigeants politiques se sont obstinés à dénier toute responsabilité de la France et de l'État français dans les crimes commis sous le régime de Vichy, en particulier, la livraison des juifs aux autorités allemandes. Ce n'est que récemment que le président de la République a pu déclarer que la France demandait à la communauté juive son pardon : une initiative qui a, d'ailleurs, heurté la sensibilité d'une partie de l'opinion."

    Claude Lefort, Le Temps présent, écrits (1945-2005)

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"Il faut se méfier des ingénieurs, ça commence par la machine à coudre, ça finit par la bombe atomique." [Marcel Pagnol]