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  • Ils ont dit, au sujet de l'identité française

    "Toute la Gaule est divisée en trois parties, dont l'une est habitée par les Belges, l'autre par les Aquitains, la troisième par ceux qui, dans leur langue, se nomment Celtes, et dans la nôtre, Gaulois. Ces nations diffèrent entre elles par le langage, les institutions et les lois." [César]

    "Le 15 février, Louis et Charles se réunirent dans la ville autrefois appelée Argentaria, et maintenant Strasbourg, et là ils se prêtèrent réciproquement les serments que nous allons rapporter, Louis en langue romane, et Charles en langue tudesque." [Nithard]

    "On dit que l’homme est un animal sociable. Sur ce pied-là, il me paraît qu’un Français est plus homme qu’un autre : c’est l’homme par excellence, car il semble être fait uniquement pour la société. " [Montesquieu]

    "Je te parlais l’autre jour de l’inconstance prodigieuse des Français sur leurs modes. Cependant il est inconcevable à quel point ils en sont entêtés : ils y rappellent tout ; c’est la règle avec laquelle ils jugent de tout ce qui se fait chez les autres nations : ce qui est étranger leur paraît toujours ridicule. Je t’avoue que je ne saurais guère ajuster cette fureur pour leurs coutumes avec l’inconstance avec laquelle ils en changeant tous les jours." [Montesquieu]

    "Mais au moins on peut uniformer le langage d'une grande Nation de manière que tous les citoyens qui la composent puissent sans obstacle se communiquer leurs pensées." [Abbé Grégoire]

    "À la fin du dix-huitième siècle, la France était encore divisée en trente-deux provinces. Treize parlements y interprétaient les lois d’une manière différente et souveraine. La constitution politique de ces provinces variait considérablement. Les unes avaient conservé une sorte de représentation nationale, les autres en avaient toujours été privées. Dans celles-ci on suivait le droit féodal ; dans celle-là on obéissait à la législation romaine. Toutes ces différences étaient superficielles et pour ainsi dire extérieures." [Alexis de Tocqueville]

     

    "Une nation est une âme, un principe spirituel. Deux choses qui, à vrai dire, n'en font qu'une, constituent cette âme, ce principe spirituel. L'une est dans le passé, l'autre dans le présent. L'une est la possession en commun d'un riche legs de souvenirs ; l'autre est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l'héritage qu'on a reçu indivis." [Ernest Renan]

    "L'Europe a un lieu de naissance. Je ne songe pas, en termes de géographie, à un territoire, quoi qu’elle en possède un, mais à un lieu spirituel de naissance, dans une nation ou dans le coeur de quelques hommes isolés et de groupes d'hommes appartenant à cette nation." [Edmund Husserl]

    "Il n’y a pas d'orgueil à être français. Nous aimons trop La gloire." [Georges Bernanos]

    "Il n'existe pas de race française. La France est une nation, c'est-à-dire une œuvre humaine, une création de l'homme; notre peuple [...] est composé d'autant d'éléments divers qu'un poème ou une symphonie." [Georges Bernanos]

    "Nous ne ferons rien en effet pour l'amitié française, si nous ne nous délivrons pas du mensonge et de la haine. Dans un certain sens, il est bien vrai que nous n'en sommes pas délivrés. Nous sommes à leur école depuis trop longtemps." [Albert Camus]

    "Toute ma vie, je me suis fait une certaine idée de la France." [Charles de Gaulle]

    "Ce ne sont pas seulement les Juifs, c'est la France aussi qui est atteinte et frappée par ces résultats abjects de la politique de collaboration. Trahir ses lois traditionnelles d'hospitalité politique, accepter pour elle-même et pour ses propres lois l'ignominie bestiale du racisme nazi, livrer les Juifs étrangers accueillis chez elle depuis 1935 comme dans une terre humaine et fidèle, livrer même ceux-là qui ont combattu pour elle et dans son armée au cours de la présente guerre, jamais dans l'histoire infamie pareille n'a été imposée à la France." [Jacques Maritain]

    "Il y a une identité de la France à rechercher, avec les erreurs et les succès possibles, mais en dehors de toute position politique partisane. Je ne veux pas qu’on s’amuse avec l’identité." [Fernand Braudel]

    "Je crois que le thème de l'identité française s'impose à tout le monde, qu'on soit de gauche, de droite ou du centre, de l'extrême gauche ou de l'extrême droite. C'est un problème qui se pose à tous les Français." [Fernand Braudel]

    "Il y a une identité de la France à rechercher, avec les erreurs et les succès possibles, mais en dehors de toute position politique partisane. Je ne veux pas qu’on s’amuse avec l’identité... L’identité de la France est incompréhensible si on ne la replace pas dans la suite des événements de son passé, car le passé intervient dans le présent…" [Fernand Braudel]

    "Pour le pire ou pour le meilleur, nous avons épousé notre siècle : les industries, les villes tentaculaires, la fin des paysans, l'informatique." [Raymond Aron]

    "Un Français ? un homme qui s'interroge sur l'Homme, en français." [Albert Jacquard]

    "Que je le veuille ou non, j’ai des identités multiples. Je suis homme et pas femme (…) Je suis vieux (…) Je suis professeur (…) Je suis aussi français." [Alfred Grosser]

    "On peut admettre que la République, qui est une idée, soit une et indivisible. Mais si la France, qui est un bouquet multicolore, devait l'être à son tour, on s'embêterait à mourir. On doit la démultiplier, la déplier pour lui rendre tonus et couleurs. La France, je ne puis l'envisager que sur le modèle de ces disques optiques, le rotorelief à la Duchamp." [Régis Debray]

    "La Marseillaise dans son intégrité est donc un grand hymne où sont associées Nation, République, universalisme, liberté, dans une intensité frémissante qui est justement celle de l'an I, de Valmy, du moment fondateur de la France républicaine et du moment paroxystique de la défense de la liberté nationale. Le premier couplet porte cette marque. Il est remémorateur, commémorateur, régénérateur." [Edgar Morin]

    "Je pense que la France est le seul pays où l’on respecte encore l’esprit, et qui soit accoutumé aux opinions contradictoires." [Adam Gopnik]

    "A quels critères un peuple se reconnaît-il ? On en discute. Mais on ne doute pas de l'existence de la nation: en l'occurrence, c'est la France." [Claude Lefort]

    "Si la diversité, en effet, est la valeur suprême, il faut que l'école permette, au plus tôt, à chacun d'être reconnu, de décliner son identité, d'afficher et d'épanouir sa différence." [Alain Finkielkraut]

    "On s'intégrait autrefois à un projet et à une culture. La France de Montaigne, de Diderot, de Condorcet, de Chateaubriand, et du colonel Picquart était une nation à laquelle on pouvait "s'attacher par l'esprit et le cœur aussi fortement que par des racines", selon la belle expression d'Emmanuel Levinas… le message, désormais, c'est le métissage. En guise de projet, la France n'a rien d'autre à offrir que le spectacle de sa composition : la formule "black-blanc-beur" remplace l'ancien modèle d'intégration, la diversité tient lieu de culture." [Alain Finkielkraut]

    "l'histoire de l'État républicain en France, avec ses épisodes de lâcheté et d'héroïsme, de l'affaire Dreyfus à la Résistance, et du Manifeste des 121 au procès de Bobigny, ne manque pas d'illustrations du processus par lequel les conditions substantielles de l'obéissance à la loi se trouvent refondées à travers le refus d'accepter les décisions iniques de l'autorité politique ou judiciaire." [Etienne Balibar]

    "Derrière le mythe d’une République unique et singulière, identique par-delà ses métamorphoses, drapée dans son immaculée dignité, il y eut des Républiques différentes, voire contraires." [Daniel Bensaïd]

    "[Le multiculturalisme] est la seule bonne réponse. [...] Le métissage est la vérité de ce qui fait l'identité nationale française." [Michel Onfray]

    "Les Français sont toutefois plus attachés à leur culture que racistes à proprement parler." [Samuel Huntington]

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  • Finkielkraut : vanité française

    "A la différence des grands clubs de championnat, les équipes nationales de football doivent puiser dans leur propre fonds. Aussi prospères et attractives soient-elles, les frontières limitent leurs ambitions. Elles ne peuvent recruter de joueurs à l'étranger. Elles n'ont pas le droit d'engager des mercenaires.

    Il est, cependant, des nations qui se sont naguère lancées à la conquête du monde. Parce qu'à 1’instar de l'Angleterre ou des Pays-Bas la France est une ancienne puissance coloniale, son réservoir est plus vaste que celui du Cameroun, cet ex-morceau de l'Empire, ou du Danemark, une nation européenne qui n'a jamais songé à prendre en charge le fardeau de l'homme blanc. Est-ce le fait de notre humanisme ou la conséquence de notre impérialisme si Marcel Desailly et Lilian Thuram jouent sous le maillot tricolore aux côtés de Stephane Guivarc'h et de Didier Deschamps ?

    Ce n'est pas, il est vrai, le Danemark des frères Laudrup qui sert aujourd'hui de repoussoir à La à française, c'est l'Allemagne de la pureté ethniques droit du sang. Les Klinsmann, les Bierhoff, les Müller et les Matthäus aux 120 sélections ont voulu rester entre eux: mal leur en a pris, disent les commentateurs. La glorieuse Mannschaft a été punie par une cuisante défaite de sa phobie de l'Autre. Avant d'être footballistique, notre victoire est celle du droit du sol, de l'hospitalité et de l'exogamie, Le physique n'est pas tout : la France a gagné parce qu'elle était moralement supérieure...

    Ainsi au lieu d'assumer sa partialité, le chauvinisme français se donne-t-il encore une fois la justification de l'universalisme. Mais cette justification n'est pas valable. En Bosnie, c'est-à-dire quelque part en Europe, l'obsession de la pureté ethnique a fait, il y a bien peu de temps, des centaines de milliers de réfugiés. Tandis que l'Allemagne en accueillait la plus grande partie, la patrie des droits de l'homme leur fermait la porte au nez sans aucune mauvaise conscience.

    Zidane, le Beur; Vieira, l'Africain; Karembeu, le Kanak ; Lizarazu, le Basque ; Boghossian, l'Arménien ; Djorkaeff, le Kalmouk; Blanc, le Cévenol; Barthez, l'Ariégeois : cette insistance sur l'origine, ce fouinage identitaire, cette hantise de l'ethnicité nous éloignent, qui plus est, de l'idéal républicain dont pourtant ils se réclament et nous rapprochent un peu plus de l'Amérique multiculturelle où le délabrement des ghettos noirs coexiste avec la fortune immense et la fabuleuse notoriété de Cari Lewis ou de Michael Jordan.

    On s'intégrait autrefois à un projet et à une culture. La France de Montaigne, de Diderot, de Condorcet, de Chateaubriand, et du colonel Picquart était une nation à laquelle on pouvait "s'attacher par l'esprit et le cœur aussi fortement que par des racines", selon la belle expression d'Emmanuel Levinas, cet immigré que nos généalogistes attentifs et méticuleux définiront bientôt, n'en doutons pas, comme un Lituanien ayant évolué dans l'équipe nationale de philosophie. Car le message, désormais, c'est le métissage. En guise de projet, la France n'a rien d'autre à offrir que le spectacle de sa composition : la formule "black-blanc-beur" remplace l'ancien modèle d'intégration, la diversité tient lieu de culture. Ce qui fait dire à Claude Allègre, notre bouillonnant ministre de l'éducation : « Parler est la chose la plus importante! A l'école, on dit souvent: "Silence !" je souhaite que cela cesse! Développer sa personnalité, son originalité et s'exprimer est essentiel."

    Si la diversité, en effet, est la valeur suprême, il faut que l'école permette, au plus tôt, à chacun d'être reconnu, de décliner son identité, d'afficher et d'épanouir sa différence. Il reste, bien sûr, des classes où les professeurs peuvent encore imposer silence pour transmettre un héritage et où les élèves écoutent et prennent des notes sans se sentir, du même coup, brimés, humiliés ou méprisés. Mais ces classes épargnées par la démagogie ministérielle, on les trouve de moins en moins dans les banlieues. L'école traditionnelle tend à devenir un espace réservé aux privilégiés de la naissance. Bref, la mobilité sociale se ralentit et l'intégration connaît une crise d'autant plus inquiétante qu'elle est encore amplifiée par les réformes qui sont censées la combattre.

    En pontifiant sur nos vertus à l'occasion de ce qui aurait dû rester une grande fête sportive, nous n'avons pas désigné au monde la marche à suivre pour être à la fois plus humain et plus performant, nous avons aggravé notre propre état de confusion."

    Alain Finkielkraut (1998)

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