Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

caroll

  • "DE L’AUTRE CÔTÉ DU MIROIR" : BONNET BLANC ET BLANC BONNET

    — Il est en train de rêver, déclara Blanc Bonnet ; et de quoi crois-tu qu’il rêve ?

    — Personne ne peut deviner cela, répondit Alice.

    — Mais, voyons, il rêve de toi ! s’exclama Blanc Bonnet, en battant des mains d’un air de triomphe. Et s’il cessait de rêver de toi, où crois-tu que tu serais?

    alice.jpeg— Où je suis à présent, bien sûr, dit Alice.

    — Pas du tout ! répliqua Blanc Bonnet d’un ton méprisant. Tu n’es qu’un des éléments de son rêve !

    — Si ce Roi qu’est là venait à se réveiller, ajouta Bonnet Blanc, tu disparaîtrais — pfutt! – comme une bougie qui s’éteint !

    — C’est faux ! protesta Alice d’un ton indigné. D’ailleurs, si, moi, je suis un des éléments de son rêve, je voudrais bien savoir ce que vous êtes, vous ?

    — Idem, répondit Bonnet Blanc.

    — Idem, idem! cria Blanc Bonnet.

    Il cria si fort qu’Alice ne put s’empêcher de dire :

    — Chut ! Vous allez le réveiller si vous faites tant de bruit.

    — Voyons, pourquoi parles-tu de le réveiller, demanda Blanc Bonnet, puisque tu n’es qu’un des éléments de son rêve ? Tu sais très bien que tu n’es pas réelle.

    — Mais si, je suis réelle ! affirma Alice, en se mettant à pleurer.

    — Tu ne te rendras pas plus réelle en pleurant, fit observer Blanc Bonnet. D’ailleurs, il n’y a pas de quoi parler.

    — Si je n’étais pas réelle, dit Alice (en riant à travers ses larmes, tellement tout cela lui semblait ridicule), je serais incapable de pleurer.

    — J’espère que tu ne crois pas que ce sont de vraies larmes ? demanda Bonnet Blanc avec le plus grand mépris."

    Lewis Caroll, De l'autre Côté du Miroir (1872)

     

    Lien permanent Catégories : =>Saison 4, Compilation de textes, Documents, Livres, [30] "Puis-je savoir qui je suis?" Imprimer