Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Livres

  • Gide : La vérité pour les initiés?

    f1468bb61977439a21cdb8f1b2f1de6d--the-wisdom-writers.jpg"Nathanaël, à présent, jette mon livre. Émancipe-t’en. Quitte-moi ; maintenant tu m’importunes ; tu me retiens ; l’amour que je me suis surfait pour toi m’occupe trop.

    Je suis las de feindre d’éduquer quelqu’un. Quand ai-je dit que je te voulais pareil à moi ? C’est parce que tu diffères de moi que je t’aime ; je n’aime en toi que ce qui diffère de moi. Éduquer ! Qui donc éduquerais-je, que moi-même ? Nathanaël, te le dirai-je ? Je me suis interminablement éduqué. Je continue. Je ne m’estime jamais que dans ce que je pourrais faire.

    Nathanaël, jette mon livre ; ne t’y satisfais point. Ne crois pas que ta vérité puisse être trouvée par quelque autre ; plus que de tout, aie honte de cela. Si je cherchais tes aliments, tu n’aurais pas de faim pour les manger ; si je te préparais ton lit, tu n’aurais pas sommeil pour y dormir.

    Jette mon livre ; dis-toi bien que ce n’est là qu’une des mille postures possible en face de la vie. Cherche la tienne. Ce qu’un autre aurait aussi bien fait que toi, ne le fais pas. Ce qu’un autre aurait aussi bien dit que toi, ne le dis pas, aussi bien écrit que toi, ne l’écris pas. Ne t’attache en toi qu’à ce que tu sens qui n’est nulle part ailleurs qu’en toi-même, et crée de toi, impatiemment ou patiemment, ah ! le plus irremplaçable des êtres."

    André Gide, Les Nourritures terrestres (1897)

    Lien permanent Catégories : =>Saison 9, Compilation de textes, Documents, Livres, [69] "La vérité finit-elle toujours par triompher? Imprimer 0 commentaire Pin it!
  • Gustave Thibon : Poésie et Vérité

    "L’empire des philosophes sur la pensée est absolu. Leur méthode, la dialectique, règne sans partage, depuis que l’« hégélerie », comme l’appelait Schopenhauer, l’a élevée au rang de parole essentielle. Il n’y aurait rien au-dessus de ces trois mouvements, thèse, antithèse, synthèse. Et au terme de ce ballet, assurent les experts, la vérité surgirait, infailliblement; il suffirait de la fixer sur une pancarte ou de la dérouler dans un almanach. L’histoire de la pensée abonde en vérités de cette sorte. Mais l’âme n’y reconnaît pas les hymnes de sa patrie, de sa demeure. La philosophie, en bannissant l’allégorie, la métaphore et le symbole de ses terres, en interdisant le chant et la poésie, n’engendre que des vérités muettes. Les raisonneurs de profession sont même persuadés qu’une pensée dense s’exprime nécessairement dans un style pesant. L’opacité de la langue attesterait la profondeur des vues, la sécheresse de la démonstration garantirait le sérieux du propos. J’ouvre un livre de philosophie au hasard : « Ce qui transforme, par la naissance, l’organisme en une personne au plein sens du terme, c’est l’acte socialement individuant à travers lequel la personne est admise dans le contexte public d’interaction d’un monde vécu intersubjectivement partagé. » La phrase est de Jürgen Habermas. Elle pourrait être de n’importe qui. Elle n’a pas de visage, de souffle, d’altitude, d’éclat. Rien qu’un air sévère… greffé sur le vide."

    Gustave Thibon

     

    Lien permanent Catégories : =>Saison 9, Compilation de textes, Documents, Livres, [69] "La vérité finit-elle toujours par triompher? Imprimer 0 commentaire Pin it!
  • Ricoeur : Vérité et histoire

    "Nous attendons de l'histoire une certaine objectivité, l'objectivité qui lui convient : c'est de là que nous devons partir et non de l'autre terme. Or qu'attendons-nous sous ce titre ? L'objectivité ici doit être prise en son sens épistémologique strict : est objectif ce que la pensée méthodique a élaboré, mis en ordre, compris et ce qu'elle peut ainsi faire comprendre. Cela est vrai des sciences physiques, des sciences biologiques ; cela est vrai aussi de l'histoire. Nous attendons par conséquent de l'histoire qu'elle fasse accéder le passé des sociétés humaines à cette dignité de l'objectivité. Cela ne veut pas dire que cette objectivité soit celle de la physique ou de la biologie : il y a autant de niveaux d'objectivité qu'il y a de comportements méthodiques. Nous attendons donc que l'histoire ajoute une nouvelle province à l'empire varié de l'objectivité.

    Cette attente en implique une autre : nous attendons de l'historien une certaine qualité de subjectivité, non pas une subjectivité quelconque, mais une subjectivité qui soit précisément appropriée à l'objectivité qui convient à l'histoire. Il s'agit donc d'une subjectivité impliquée, impliquée par l'objectivité attendue. Nous pressentons par conséquent qu'il y a une bonne et une mauvaise subjectivité, et nous attendons un départage de la bonne et de la mauvaise subjectivité, par l'exercice même du métier d'historien.

    Ce n'est pas tout : sous le titre de subjectivité nous attendons quelque chose de plus grave que la bonne subjectivité de l'historien ; nous attendons que l'histoire soit une histoire des hommes et que cette histoire des hommes aide le lecteur, instruit par l'histoire des historiens, à édifier une subjectivité de haut rang, la subjectivité non seulement de moi-même, mais de l'homme.

    Mais cet intérêt, cette attente d'un passage - par l'histoire - de moi à l'homme, n'est plus exactement épistémologique, mais proprement philosophique : car c'est bien une subjectivité de réflexion que nous attendons de la lecture et de la méditation des oeuvres d'historien ; cet intérêt ne concerne déjà plus l'historien qui écrit l'histoire, mais le lecteur - singulièrement le lecteur philosophique -, le lecteur en qui s'achève tout livre, toute oeuvre, à ses risques et périls. Tel sera notre parcours : de l'objectivité de l'histoire à la subjectivité de l'historien ; de l'une et de l'autre à la subjectivité philosophique (pour employer un terme neutre qui ne préjuge pas de l'analyse ultérieure).

    Paul Ricoeur, Histoire et Vérité (1964)

    Lien permanent Catégories : =>Saison 9, Compilation de textes, Documents, Livres, [69] "La vérité finit-elle toujours par triompher? Imprimer 0 commentaire Pin it!
  • Popper : La science et ses conjectures

    La connaissance, et la connaissance scientifique tout particulièrement, progresse grâce à des anticipations non justifiées (et impossibles à justifier), elle devine, elle essaie des solutions, elle forme des conjectures. Celles-ci sont soumises au contrôle de la critique, c'est-à-dire des tentatives de réfutation qui comportent des tests d’une capacité critique élevée. Elles peuvent survivre à ces tests mais ne sauraient être justifiées de manière positive : il n’est pas possible d’établir avec certitude qu’elles sont vraies, ni même qu’elles sont "probables" (au sens que confère à ce terme le calcul des probabilités). La critique de nos conjectures est déterminante : en faisant apparaître nos erreurs, elle nous fait comprendre les difficultés inhérentes au problème que nous tentons de résoudre. C’est ainsi que nous acquérons une meilleure connaissance de ce problème et qu’il nous devient possible de proposer des solutions plus concertées : la réfutation d’une théorie — c’est-à-dire de toute tentative sérieuse afin de résoudre le problème posé — constitue toujours à elle seule un progrès qui nous fait approcher de la vérité. Et c’est en ce sens que nos erreurs peuvent être instructives.

    A mesure que nous tirons des enseignements de nos erreurs, notre connaissance se développe, même s’il peut se faire que jamais nous ne connaissions, c’est-à-dire n’ayons de connaissance certaine. Puisque notre connaissance est susceptible de s’accroître, il n’y a là aucune raison de désespérer de la raison. Et puisque nous ne saurions jamais avoir de certitude, rien n’autorise à se prévaloir en ces matières d’une quelconque autorité, à tirer vanité de ce savoir ni à faire preuve, à son propos, de présomption.

    Celles de nos théories qui se révèlent opposer une résistance élevée à la critique et qui paraissent, à un moment donné, offrir de meilleures approximations de la vérité que les autres théories dont nous disposons, peuvent, assorties des protocoles de leurs tests, être définies comme "la science" de l’époque considérée. Comme aucune d’entre elles ne saurait recevoir de justification positive, c’est essentiellement leur caractère critique et le progrès qu’elles permettent — le fait que nous pouvons discuter leur prétention à mieux résoudre les problèmes que ne le font les théories concurrentes — qui constituent la rationalité de la science.

    Karl Popper, Conjectures et réfutations : la croissance du savoir scientifique (1963)

    Lien permanent Catégories : =>Saison 9, Compilation de textes, Documents, Livres, [69] "La vérité finit-elle toujours par triompher? Imprimer 0 commentaire Pin it!
  • Bernard : La vérité dans les sciences

    "Dans les sciences expérimentales les grands hommes ne sont jamais les promoteurs de vérités absolues et immuables. Chaque grand homme tient à son temps et ne peut venir qu'à son moment, en ce sens qu'il y a une succession nécessaire et subordonnée dans l'apparition des découvertes scientifiques. Les grands hommes peuvent être comparés à des flambeaux qui brillent de loin en loin pour guider la marche de la science. Ils éclairent leur temps, soit en découvrant des phénomènes imprévus et féconds qui ouvrent des voies nouvelles et montrent des horizons inconnus, soit en généralisant les faits scientifiques acquis et en en faisant sortir des vérités que leurs devanciers n'avaient point aperçues. Si chaque grand homme fait accomplir un grand pas à la science qu'il féconde, il n'a jamais eu la prétention d'en poser les dernières limites, et il est nécessairement destiné à être dépassé et laissé en arrière par les progrès des générations qui suivront. Les grands hommes ont été comparés à des géants sur les épaules desquels sont montés des pygmées, qui cependant voient plus loin qu'eux. Ceci veut dire simplement que les sciences font des progrès après ces grands hommes et précisément à cause de leur influence. D'où il résulte que leurs successeurs auront des connaissances scientifiques acquises plus nombreuses que celles que ces grands hommes possédaient de leur temps. Mais le grand homme n'en reste pas moins le grand homme, c'est-à-dire le géant.

    Il y a, en effet, deux parties dans les sciences en évolution; il y a d'une part ce qui est acquis et d'autre part ce qui reste à acquérir. Dans ce qui est acquis, tous les hommes se valent à peu près, et les grands ne sauraient se distinguer des autres. Souvent même les hommes médiocres sont ceux qui possèdent le plus de connaissances acquises. C'est dans les parties obscures de la science que le grand homme se reconnaît; il se caractérise par des idées de génie qui illuminent des phénomènes restés obscurs et portent la science en avant.

    En résumé, la méthode expérimentale puise en elle-même une autorité impersonnelle qui domine la science. Elle l'impose même aux grands hommes au lieu de chercher comme les scolastiques à prouver par les textes qu'ils sont infaillibles et qu'ils ont vu, dit ou pensé tout ce qu'on a découvert après eux. Chaque temps a sa somme d'erreurs et de vérités. Il y a des erreurs qui sont en quelque sorte inhérentes à leur temps, et que les progrès ultérieurs de la science peuvent seuls faire reconnaître. Les progrès de la méthode expérimentale consistent en ce que la somme des vérités augmente à mesure que la somme des erreurs diminue. Mais chacune de ces vérités particulières s'ajoute aux autres pour constituer des vérités plus générales. Les noms des promoteurs de la science disparaissent peu à peu dans cette fusion, et plus la science avance, plus elle prend la forme impersonnelle et se détache du passé. Je me hâte d'ajouter, pour éviter une confusion qui a parfois été commise, que je n'entends parler ici que de l'évolution de la science. Pour les arts et les lettres, la personnalité domine tout. Il s'agit là d'une création spontanée de l'esprit, et cela n'a plus rien de commun avec la constatation des phénomènes naturels, dans lesquels notre esprit ne doit rien créer."

    Claude Bernard, Introduction à l'étude de la médecine expérimentale (1865)

    Lien permanent Catégories : =>Saison 9, Compilation de textes, Documents, Livres, [69] "La vérité finit-elle toujours par triompher? Imprimer 0 commentaire Pin it!
  • Schützenberger : Aïe, mes aïeux ou les secrets de famille dévoilés

    "Notre vie à chacun est un roman. Vous, moi, nous vivons prisonniers d'une invisible toile d'araignée dont nous sommes aussi l'un des maîtres d'oeuvre. Si nous apprenions à notre troisième oreille, à notre troisième œil, à saisir, à mieux comprendre, à entendre, à voir ces répétitions et ces coïncidences, l'existence de chacun deviendrait plus clair, plus sensible à ce que nous sommes, à ce que nous devrions être. Ne pouvons-nous pas échapper à ces fils invisibles, à ces " triangulations ", à ces répétitions ?

    Nous sommes finalement, d'une certaine façon, moins libres que nous le croyons. Pourtant, nous pouvons reconquérir notre liberté et sortir de la répétition, en comprenant ce qui se passe, en saisissant ces fils dans leur contexte et dans leur complexité. Nous pouvons enfin vivre ainsi " notre " vie, et non celle de nos parents ou grands-parents, ou d'un frère décédé, par exemple, et que nous " remplaçons ", à notre su ou insu...

    Ces liens complexes peuvent être vus, sentis ou pressentis, du moins partiellement, mais généralement on n'en parle pas : ils sont vécus dans l'indicible, l'impensé, le non-dit ou le secret."

    Anne Ancelin Schützenberger, Aïe, mes aïeux ! (1998)

    Lien permanent Catégories : =>Saison 9, Compilation de textes, Documents, Livres, [69] "La vérité finit-elle toujours par triompher? Imprimer 0 commentaire Pin it!
  • Diogène Laërce : Les sceptiques

    diogene.jpg"Pyrrhon eut encore pour disciples Hécatée d’Abdère, Timon de Phlionte, auteur des Silles, dont je parlerai, et Nausiphane de Téos, dont une autre tradition fait le disciple d’Épicure. Tous ces philosophes furent appelés Pyrrhoniens du nom de leur maître, et aussi les ignorants, les Sceptiques, les douteurs, les chercheurs, d’après leurs idées philosophiques : chercheurs, parce qu’ils cherchaient partout la vérité ; Sceptiques, parce qu’ils observaient tout, sans jamais rien trouver de sûr ; douteurs, parce que le résultat de leurs recherches était le doute ; ignorants, parce que selon eux, les dogmatiques eux-mêmes sont ignorants (et pyrrhoniens du nom de Pyrrhon).

    Théodose (Sceptique) refuse à l’école sceptique le nom de pyrrhonienne, en disant que si le mouvement de la pensée d’autrui nous est insaisissable, nous ne pourrons pas connaître quelle était la pensée de Pyrrhon. Par conséquent, nous ne pouvons pas nous appeler Pyrrhoniens. Par surcroît, ce n’est pas Pyrrhon qui a trouvé l’attitude sceptique, et il n’a donné aucun dogme. On pourrait appeler aussi bien Pyrrhonien tout homme qui a vécu comme Pyrrhon[5].

    Une tradition fait d’Homère le fondateur de cette secte, parce que des mêmes choses il a parlé diversement et parce qu’il ne porte sur rien un jugement catégorique. On dit encore que les sept sages étaient des Sceptiques, parce qu’ils ont dit par exemple : « Rien de trop » ou « Qui se porte garant se prépare du malheur », ce qui prouve que celui qui témoigne fermement et en connaissance de cause pour quelqu’un, y trouve toujours un dommage[6].

    Archiloque et Euripide ont été par certains côtés des Sceptiques. Ainsi Archiloque écrit :

    Le coeur des hommes, ô Glaucos, fils de Leptinès,
    Est tel que Zeus, chaque jour, l’envoie aux mortels.

    Et Euripide dit :

    O Zeus, comment les malheureux mortels peuvent-ils
    Se dire sages, puisque nous suivons tes indications
    Et ne faisons que ce qui te plaît.

    De la même façon, on peut joindre aux Sceptiques Xénophane, Zénon d’Élée et Démocrite. Xénophane ne dit-il pas :

    La vérité, aucun homme ne la connaît, et aucun
    Ne la connaîtra.

    Et Zénon nie le mouvement en disant : « Ce qui se meut ne se meut ni dans le lieu où il est, ni dans le lieu où il n’est point. » Et Démocrite est sceptique aussi quand il rejette les qualités et dit : "C’est l’usage qui fait dire d’une chose qu’elle est froide ou qu’elle est chaude ; en réalité, il n’y a que l’atome et le vide", et encore : "En réalité, nous ne savons rien, car la vérité est dans un puits." Platon dit comme eux, qui accorde la vérité aux dieux et à leurs enfants, mais qui ne recherche pour lui que l’explication vraisemblable."

    Diogène Laërce, Vies, Doctrines et Sentences des Philosophes illustres (IVe s av. JC) 

    Lien permanent Catégories : =>Saison 9, =>Saison 9, Compilation de textes, Compilation de textes, Documents, Documents, Livres, Livres, [69] "La vérité finit-elle toujours par triompher?, [69] "La vérité finit-elle toujours par triompher? Imprimer 0 commentaire Pin it!
  • Diogène Laërce : Les sceptiques

    diogene.jpg"Pyrrhon eut encore pour disciples Hécatée d’Abdère, Timon de Phlionte, auteur des Silles, dont je parlerai, et Nausiphane de Téos, dont une autre tradition fait le disciple d’Épicure. Tous ces philosophes furent appelés Pyrrhoniens du nom de leur maître, et aussi les ignorants, les Sceptiques, les douteurs, les chercheurs, d’après leurs idées philosophiques : chercheurs, parce qu’ils cherchaient partout la vérité ; Sceptiques, parce qu’ils observaient tout, sans jamais rien trouver de sûr ; douteurs, parce que le résultat de leurs recherches était le doute ; ignorants, parce que selon eux, les dogmatiques eux-mêmes sont ignorants (et pyrrhoniens du nom de Pyrrhon).

    Théodose (Sceptique) refuse à l’école sceptique le nom de pyrrhonienne, en disant que si le mouvement de la pensée d’autrui nous est insaisissable, nous ne pourrons pas connaître quelle était la pensée de Pyrrhon. Par conséquent, nous ne pouvons pas nous appeler Pyrrhoniens. Par surcroît, ce n’est pas Pyrrhon qui a trouvé l’attitude sceptique, et il n’a donné aucun dogme. On pourrait appeler aussi bien Pyrrhonien tout homme qui a vécu comme Pyrrhon[5].

    Une tradition fait d’Homère le fondateur de cette secte, parce que des mêmes choses il a parlé diversement et parce qu’il ne porte sur rien un jugement catégorique. On dit encore que les sept sages étaient des Sceptiques, parce qu’ils ont dit par exemple : « Rien de trop » ou « Qui se porte garant se prépare du malheur », ce qui prouve que celui qui témoigne fermement et en connaissance de cause pour quelqu’un, y trouve toujours un dommage[6].

    Archiloque et Euripide ont été par certains côtés des Sceptiques. Ainsi Archiloque écrit :

    Le coeur des hommes, ô Glaucos, fils de Leptinès,
    Est tel que Zeus, chaque jour, l’envoie aux mortels.

    Et Euripide dit :

    O Zeus, comment les malheureux mortels peuvent-ils
    Se dire sages, puisque nous suivons tes indications
    Et ne faisons que ce qui te plaît.

    De la même façon, on peut joindre aux Sceptiques Xénophane, Zénon d’Élée et Démocrite. Xénophane ne dit-il pas :

    La vérité, aucun homme ne la connaît, et aucun
    Ne la connaîtra.

    Et Zénon nie le mouvement en disant : « Ce qui se meut ne se meut ni dans le lieu où il est, ni dans le lieu où il n’est point. » Et Démocrite est sceptique aussi quand il rejette les qualités et dit : "C’est l’usage qui fait dire d’une chose qu’elle est froide ou qu’elle est chaude ; en réalité, il n’y a que l’atome et le vide", et encore : "En réalité, nous ne savons rien, car la vérité est dans un puits." Platon dit comme eux, qui accorde la vérité aux dieux et à leurs enfants, mais qui ne recherche pour lui que l’explication vraisemblable."

    Diogène Laërce, Vies, Doctrines et Sentences des Philosophes illustres (IVe s av. JC) 

    Lien permanent Catégories : =>Saison 9, =>Saison 9, Compilation de textes, Compilation de textes, Documents, Documents, Livres, Livres, [69] "La vérité finit-elle toujours par triompher?, [69] "La vérité finit-elle toujours par triompher? Imprimer 0 commentaire Pin it!
  • Kant : Foi, opinion savoir

    "Tenir quelque chose pour vrai [la croyance] est un fait de notre entendement qui peut reposer sur des principes objectifs, mais qui suppose aussi des causes subjectives dans l’esprit de celui qui juge. Quand cet acte est valable pour chacun, pour quiconque du moins a de la raison, le principe en est objectivement suffisant, et c’est alors la conviction. Quand il a uniquement son principe dans la nature particulière du sujet, on le nomme persuasion.

    La persuasion est une simple apparence, parce que le principe du jugement, qui réside simplement dans le sujet, est tenu pour objectif. Aussi un jugement de ce genre n’a-t-il qu’une valeur individuelle, et la croyance ne s’en communique-t-elle pas. Mais la vérité repose sur l’accord avec l’objet, et par conséquent, par rapport à cet objet, les jugements de tous les entendements doivent être d’accord. La pierre de touche servant à reconnaître si la croyance est une conviction ou une simple persuasion est donc extérieure : elle consiste dans la possibilité de la communiquer et de la trouver valable pour la raison de chaque homme ; car alors, il est au moins présumable que la cause qui produit l’accord de tous les jugements, malgré la diversité des sujets entre eux, reposera sur un principe commun, je veux dire sur l’objet, et que, tous s’accordant ainsi avec l’objet, la vérité sera prouvée par là même.

    La persuasion ne peut donc pas se distinguer subjectivement de la conviction, si le sujet ne se représente la croyance que comme un phénomène de son propre esprit ; l’épreuve que l’on fait sur l’entendement d’autrui des principes qui sont valables pour nous, afin de voir s’ils produisent sur une raison étrangère le même effet que sur la nôtre, est un moyen qui, bien que purement subjectif, sert, non pas sans doute à produire la conviction, mais à découvrir la valeur toute personnelle du jugement, c'est-à-dire à découvrir en lui ce qui n’est que simple persuasion.

    Si nous pouvons en outre expliquer les causes subjectives du jugement, que nous prenons pour des raisons objectives, et par conséquent expliquer notre fausse croyance comme un phénomène de notre esprit, sans avoir besoin pour cela de la nature de l’objet, nous découvrons alors l’apparence, et nous ne serons plus trompés par elle, bien qu’elle puisse toujours nous tenter jusqu’à un certain point, si la cause subjective de cette apparence tient à notre nature.

    Je ne saurais affirmer, c'est-à-dire exprimer comme un jugement nécessairement valable pour chacun, que ce qui produit la conviction. Je puis garder pour moi ma persuasion, quand je m’en trouve bien, mais je ne puis ni ne dois vouloir la faire valoir hors de moi.

    La croyance, ou la valeur subjective du jugement par rapport à la conviction (qui a en même temps une valeur objective) présente les trois degrés suivants : l’opinion, la foi et le savoir. L’opinion est une croyance qui a conscience d’être insuffisante subjectivement aussi bien qu’objectivement . Quand la croyance n’est suffisante que subjectivement, et qu’en même temps elle est tenue pour objectivement insuffisante, elle s’appelle foi. Enfin celle qui est suffisante subjectivement aussi qu’objectivement s’appelle savoir. La suffisance subjective s’appelle conviction (pour moi-même), la suffisance objective, certitude (pour chacun)."

    Emmanuel Kant, Critique de la Raison Pure (1787)

    Lien permanent Catégories : =>Saison 9, Compilation de textes, Documents, Livres, [69] "La vérité finit-elle toujours par triompher? Imprimer 0 commentaire Pin it!
  • Kant : Vérité et préjugés

    "Lorsque, dans les matières qui se fondent sur l’expérience et le témoignage, nous bâtissons notre connaissance sur l’autorité d’autrui, nous ne nous rendons ainsi coupables d’aucun préjugé ; car, dans ce genre de choses, puisque nous ne pouvons faire nous-mêmes l’expérience de tout ni le comprendre par notre propre intelligence, il faut bien que l’autorité de la personne soit le fondement de nos jugements. — Mais lorsque nous faisons de l’autorité d’autrui le fondement de notre assentiment à l’égard de connaissances rationnelles, alors nous admettons ces connaissances comme simple préjugé. Car c’est de façon anonyme que valent les vérités rationnelles ; il ne s’agit pas alors de demander : qui a dit cela ? mais bien qu’a-t-il dit ? Peu importe si une connaissance a une noble origine ; le penchant à suivre l’autorité des grands hommes n’en est pas moins très répandu tant à cause de la faiblesse des lumières personnelles que par désir d’imiter ce qui nous est présenté comme grand."

    Emmanuel Kant, Logique (1800)

    Lien permanent Catégories : =>Saison 9, Compilation de textes, Documents, Livres, [69] "La vérité finit-elle toujours par triompher? Imprimer 0 commentaire Pin it!
  • Kant : La vérité, une perfection

    "Une perfection majeure de la connaissance et même la condition essentielle et inséparable de toute sa perfection, c’est la vérité. La vérité, dit-on, consiste dans l’accord de la connaissance avec l’objet. Selon cette simple définition de mot, ma connaissance doit donc s’accorder avec l’objet pour avoir valeur de vérité. Or le seul moyen que j’ai de comparer l’objet avec ma connaissance, c’est que je le connaisse[1]. Ainsi ma connaissance doit se confirmer elle-même ; mais c’est bien loin de suffire à la vérité. Car puisque l’objet est hors de moi et que la connaissance est en moi, tout ce que je puis apprécier c’est si ma connaissance de l’objet s’accorde avec ma connaissance de l’objet. Les anciens appelaient diallèle un tel cercle dans la définition. Et effectivement c’est cette faute que les sceptiques n’ont cessé de reprocher aux logiciens ; ils remarquaient qu’il en est effet de cette définition de la vérité comme d’un homme qui ferait une déposition au tribunal et invoquerait comme témoin quelqu’un que personne ne connaît, mais qui voudrait être cru en affirmant que celui qui l’invoque comme témoin est un honnête homme. Reproche absolument fondé, mais la solution du problème en question est totalement impossible pour tout le monde."

    Emmanuel Kant, Logique (1800)

    Lien permanent Catégories : =>Saison 9, Compilation de textes, Documents, Livres, [69] "La vérité finit-elle toujours par triompher? Imprimer 0 commentaire Pin it!
  • "L'Adversaire"

    Lien permanent Catégories : =>Saison 9, Compilation de textes, Documents, Livres, [69] "La vérité finit-elle toujours par triompher? Imprimer 0 commentaire Pin it!
  • Carrère : L'affaire Jean-Claude Romand

    "Chaque fois qu’il croisait quelqu’un, qu’on lui adressait la parole ou que le téléphone sonnait à la maison, l’appréhension lui nouait le ventre : l’heure était arrivée, son imposture allait être percée à jour. Le danger pouvait venir de partout, le plus infime événement de la vie quotidienne mettre en marche le scénario-catastrophe que rien n’arrêterait."

    Emmanuel Carrère, L'Adversaire (2000)

    Lien permanent Catégories : =>Saison 9, Compilation de textes, Documents, Livres, [69] "La vérité finit-elle toujours par triompher? Imprimer 0 commentaire Pin it!
  • Platon : L'allégorie de la caverne, ou la difficile ascension vers la vérité

    "Socrate — [514] Représente-toi de la façon que voici l'état de notre nature relativement à l'instruction et à l'ignorance. Figure-toi des hommes dans une demeure souterraine, en forme de caverne, ayant sur toute sa largeur une entrée ouverte à la lumière. Ces hommes sont là depuis leur enfance, les jambes et le cou enchaînés, de sorte qu'ils ne peuvent bouger ni voir ailleurs que devant eux, la chaîne les empêchant de tourner la tête. La lumière leur vient d'un feu allumé sur une hauteur, au loin derrière eux. Entre le feu et les prisonniers passe une route élevée. Imagine que le long de cette route est construit un petit mur, pareil aux cloisons que les montreurs de marionnettes dressent devant eux, et au-dessus desquelles ils font voir leurs merveilles.

    Glaucon — Je vois cela.

    Socrate — Figure-toi maintenant le long de ce petit mur des hommes portant des objets de toute sorte, qui dépassent le mur, et des statuettes d'hommes et d'animaux, en pierre, en bois et en toute espèce de matière. Naturellement, parmi ces porteurs, les uns parlent et les autres se taisent.

    Glaucon — Voilà, un étrange tableau et d'étranges prisonniers.

    Socrate — Ils nous ressemblent, répondis-je. Penses-tu que dans une telle situation ils n'aient jamais vu autre chose d'eux mêmes et de leurs voisins que les ombres projetées par le feu sur la paroi de la caverne qui leur fait face ?

    Glaucon — Comment cela se pourrait-il s'ils sont forcés de rester la tête immobile durant toute leur vie ?

    Socrate — Et pour les objets qui défilent n'en est-il pas de même ?

    Glaucon — Sans contredit.

    Socrate — Mais, dans ces conditions, s'ils pouvaient se parler les uns aux autres, ne penses-tu pas qu'ils croiraient nommer les objets réels eux-mêmes en nommant ce qu'ils voient ?

    Glaucon — Nécessairement.

    Socrate — Et s'il y avait aussi dans la prison un écho que leur renverrait la paroi qui leur fait face, chaque fois que l'un de ceux qui se trouvent derrière le mur parlerait, croiraient-ils entendre une autre voix, à ton avis, que celle de l'ombre qui passe devant eux ?

    Glaucon — Non par Zeus.

    Socrate — Assurément, de tels hommes n'attribueront de réalité qu'aux ombres des objets fabriqués.

    Glaucon — De toute nécessité.

    Socrate — Considère maintenant ce qui leur arrivera naturellement si on les délivre de leurs chaînes et qu'on les guérisse de leur ignorance. Qu'on détache l'un de ces prisonniers, qu'on le force à se dresser immédiatement, à tourner le cou, à marcher, à lever les yeux vers la lumière. En faisant tous ces mouvements il souffrira, et l'éblouissement l'empêchera de distinguer ces objets dont tout à l'heure il voyait les ombres. Que crois-tu donc qu'il répondra si quelqu'un vient lui dire qu'il n'a vu jusqu'alors que de vains fantômes, mais qu'à présent, plus près de la réalité et tourné vers des objets plus réels, il voit plus juste ? Si, enfin, en lui montrant chacune des choses qui passent, on l'oblige, à force de questions, à dire ce que c'est, ne penses-tu pas qu'il sera embarrassé, et que les ombres qu'il voyait tout à l'heure lui paraîtront plus vraies que les objets qu'on lui montre maintenant ?

    Glaucon — Beaucoup plus vraies.

    Socrate — Et si on le force à regarder la lumière elle-même, ses yeux n'en seront-ils pas blessés ? N'en fuira-t-il pas la vue pour retourner aux choses qu'il peut regarder, et ne croira-t-il pas que ces dernières sont réellement plus distinctes que celles qu'un lui montre ?

    Glaucon — Assurément.

    Socrate — Et si, reprise-je, on l'arrache de sa caverne, par force, qu'on lui fasse gravir la montée rude et escarpée, et qu'on ne le lâche pas avant de l'avoir traîné jusqu'à la lumière du soleil, ne souffrira-t-il pas vivement et ne se plaindra-t-il pas de ces violences ? Et lorsqu'il sera parvenu à la lumière, pourra-t-il, les yeux tout éblouis par son éclat, distinguer une seule des choses que maintenant nous appelons vraies ?

    Glaucon — Il ne le pourra pas, du moins au début.

    Socrate — Il aura, je pense, besoin d'habitude pour voir les objets de la région supérieure. D'abord ce seront les ombres qu'il distinguera le plus facilement, puis les images des hommes et des autres objets qui se reflètent dans les eaux, ensuite les objets eux-mêmes. Après cela, il pourra, affrontant la clarté des astres et de la lune, contempler plus facilement pendant la nuit les corps célestes et le ciel lui-même, que pendant le jour le soleil et sa lumière.

    Glaucon — Sans doute.

    Socrate — À la fin, j'imagine, ce sera le soleil, non ses vaines images réfléchies dans les eaux ou en quelque autre endroit, mais le soleil lui-même à sa vraie place, qu'il pourra voir et contempler tel qu'il est.

    Glaucon — Nécessairement.

    Socrate — Après cela il en viendra à conclure au sujet du soleil, que c'est lui qui fait les saisons et les années, qui gouverne tout dans le monde visible, et qui, d'une certaine manière, est la cause de tout ce qu'il voyait avec ses compagnons dans la caverne.

    Glaucon — Évidemment, c'est à cette conclusion qu'il arrivera.

    Socrate — Or donc, se souvenant de sa première demeure, de la sagesse que l'on y professe, et de ceux qui y furent ses compagnons de captivité, ne crois-tu pas qu'il se réjouira du changement et plaindra ces derniers ?

    Glaucon — Si, certes.

    Socrate — Et s'ils se décernaient alors entre eux honneurs et louanges, s'ils avaient des récompenses pour celui qui saisissait de l'oeil le plus vif le passage des ombres, qui se rappelait le mieux celles qui avaient coutume de venir les premières ou les dernières, ou de marcher ensemble, et qui par là était le plus habile à deviner leur apparition, penses-tu que notre homme fût jaloux de ces distinctions, et qu'il portât envie à ceux qui, parmi les prisonniers, sont honorés et puissants ? Ou bien, comme le héros d'Homère, ne préférera-t-il pas mille fois n'être qu'un valet de charrue, au service d'un pauvre laboureur, et de souffrir tout au monde plutôt que de revenir à ses anciennes illusions et vivre comme il vivait ?

    Glaucon — Je suis de ton avis, il préférera tout souffrir plutôt que de vivre de cette façon là.

    Socrate — Imagine encore que cet homme redescende dans la caverne et aille s'asseoir à son ancienne place. N'aura-t-il pas les yeux aveuglés par les ténèbres en venant brusquement du plein soleil ?

    Glaucon — Assurément si.

    Socrate — Et s'il lui faut entrer de nouveau en compétition, pour juger ces ombres, avec les prisonniers qui n'ont point quitté leurs chaînes, dans le moment où sa vue est encore confuse et avant que [517a] ses yeux se soient remis (puisque l'accoutumance à l'obscurité demandera un certain temps), ne va-t-on pas rire à ses dépens, et ne diront-ils pas qu'étant allé là-haut il en est revenu avec la vue ruinée, de sorte que ce n'est même pas la peine d'essayer d'y monter ? Et si quelqu'un tente de les délier et de les conduire en haut, et qu'ils puissent le tenir en leurs mains et tuer, ne le tueront-ils pas ?

    Glaucon — Sans aucun doute.

    Socrate — Maintenant, mon cher Glaucon, il faut [517b] appliquer point par point cette image à ce que nous avons dit plus haut, comparer le monde visible au séjour de la prison, et la lumière du feu qui l'éclaire à la puissance du soleil. Quant à la montée dans la région supérieure et à la contemplation de ses objets, si tu la considères comme l'ascension de l'âme vers le lieu intelligible, tu ne te tromperas pas sur ma pensée, puisque aussi bien tu désires la connaître. Dieu sait si elle est vraie. Pour moi, telle est mon opinion : dans le monde intelligible l'Idée du Bien est perçue la dernière et avec peine, mais on ne la peut percevoir sans conclure qu'elle est la cause de tout ce qu'il y a de droit et de beau en toutes choses ; qu'elle a, dans le monde visible, engendré la lumière et le souverain de la lumière ; que, dans le monde intelligible, c'est elle-même qui est souveraine et dispense la vérité et l'intelligence ; et qu'il faut la voir pour se conduire avec sagesse dans la vie privée et dans la vie publique.

    Glaucon — Je partage ton opinion autant que je puis te suivre.

    Socrate — Eh bien ! partage là encore sur ce point, et ne t'étonne pas que ceux qui se sont élevés à ces hauteurs ne veuillent plus s'occuper des affaires humaines, et que leurs âmes aspirent sans cesse à demeurer là-haut.

    Glaucon — Oui, c'est naturel.

    Socrate — Mais quoi, penses-tu qu'il soit étonnant qu'un homme qui passe des contemplations divines aux misérables choses humaines ait mauvaise grâce et paraisse tout à fait ridicule, lorsque, ayant encore la vue troublée et n'étant pas suffisamment accoutumé aux ténèbres environnantes, il est obligé d'entrer en dispute, devant les tribunaux ou ailleurs, sur des ombres de justice ou sur les images qui projettent ces ombres, et de combattre les interprétations qu'en donnent ceux qui n'ont jamais vu la justice elle-même ?

    Glaucon — Ce n'est pas du tout étonnant.

    Socrate — Un homme sensé se rappellera qu'il y a deux sortes de troubles de la vue, dus à deux causes différentes : le passage de la lumière à l'obscurité et le passage de l'obscurité à la lumière. Songeant que ceci vaut également pour l'âme, quand on verra une âme troublée et incapable de discerner quelque chose, on se demandera si venant d'une existence plus lumineuse, elle est aveuglée faute d'habitude, ou si, passant d'une plus grande ignorance à une existence plus lumineuse, elle est éblouie par son trop [518b] vif éclat. Dans le premier cas, alors, on se réjouirait de son état et de l'existence qu'elle mène ; dans le second cas on la plaindrait, et si l'on voulait en rire, la raillerie serait moins ridicule que si elle s'adressait à l'âme qui redescend de la lumière.

    Glaucon — C'est parler avec beaucoup de justesse.

    Socrate — La méthode dialectique est donc la seule qui, rejetant les hypothèses, s'élève jusqu'au principe même pour établir solidement ses conclusions, [533d] et qui, vraiment, tire peu à peu l'oeil de l'âme de la fange grossière où il est plongé et l'élève vers la région supérieure... Il suffira donc d'appeler science la première division de la connaissance, pensée discursive la seconde [534a], foi la troisième, et imagination la quatrième ; de comprendre ces deux dernières sous le nom d'opinion, et les deux premières sous celui d'intelligence, l'opinion ayant pour objet la génération, et l'intelligence l'essence ; et d'ajouter que ce qu'est l'essence par rapport à la génération, l'intelligence l'est par rapport à l'opinion, la science par rapport à la foi, et la connaissance discursive par rapport à l'imagination."

    Platon, La République (Ve s. av. JC)

    Lien permanent Catégories : =>Saison 9, Compilation de textes, Documents, Livres, [69] "La vérité finit-elle toujours par triompher? Imprimer 0 commentaire Pin it!
  • Christie : Hercule Poirot parviendra-t-il à résoudre la mystérieuse affaire de Styles?

    "Poirot était un petit homme d'allure extraordinaire. Bien que de petite taille, il avait un port très digne. Sa tête avait exactement la forme d'un oeuf, et il la tenait toujours un peu penchée de côté. Sa moustache cirée était très raide et d'allure militaire. Il était toujours tiré à quatre épingles et je crois qu'un grain de poussière lui eût causé plus de douleur que la blessure d'une balle. Pourtant, ce petite homme bizarre, aux allures de dandy, qui, je le constatais avec regret, boitait péniblement, avait jadis été un des membres les plus célèbres de la police belge. Comme détective, son talent était surprenant, et il avait accompli de véritables tours de force en débrouillant certaines des affaires les plus complexes de l'époque."

    Agatha Christie, La mystérieuse Affaire de Styles (1920)

    Lien permanent Catégories : =>Saison 9, Compilation de textes, Documents, Livres, [69] "La vérité finit-elle toujours par triompher? Imprimer 0 commentaire Pin it!