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rousseau - Page 5

  • COMPTE-RENDU DE LA SÉANCE "OSER LA GENTILLESSE"

    Thème du débat : "Oser la gentillesse : est-ce encore possible ?" 

    Date : 1er février 2013 à la Brasserie du Centre commercial de la Chaussée.

    VAN-GOGH-le-bon-samaritain.jpgLe 1er février 2013, de 75 à 80 personnes étaient invitées à débattre, au cours de cette 29ème séance du café philosophique de Montargis, d’un sujet relativement peu étudié en philosophie : la gentillesse. Ce thème avait été proposé en novembre 2012 par une participante. Pour expliquer cette suggestion, elle estime que la gentillesse, comportement rare et positif, a tendance à se raréfier de nos jours. Il s’agit même, d’après elle, d’une qualité peu mise en valeur voire moquée. Claire interroge l’assistance au sujet de cette attitude à l’altruisme peu en vogue, semble-t-il, de nos jours. "Oser la gentillesse : est-ce encore possible ?" Dit autrement, le gentil est-il ringard?

    Un intervenant réagit en s’interrogeant d’emblée sur le qualificatif de "positif" s’agissant de la gentillesse. En est-on si sûrs ? Qu’une telle attitude – être gentil – soit parée de certaines qualités, personne ne le niera ; il n’en reste pas moins que dans la vie sociétale, être gentil n’est pas le nec plus ultra. Dans la vie en entreprise – pour ne prendre que cet exemple – la gentillesse a difficilement sa place. La gentillesse est dans ce milieu une aberration pour ne pas dire une tare. "Être trop gentil" c’est se mettre en état d’infériorité. La vie économique ne fait pas cas des sentiments ni de la morale. Un autre intervenant va dans ce sens : être gentil est une qualité indéniable ; cependant, être gentil partout, tout le temps, n’est pas souhaitable sauf à vouloir être une "victime" perpétuelle. Ce même intervenant considère d’ailleurs que le gentil porte de lourdes responsabilités dans les périodes difficiles de notre Histoire. Les grandes dictatures, dit-il, s’appuient le plus souvent sur l’indolence des gentils pour asseoir leur pouvoir. Le café philosophique avait débattu précédemment sur la question "La vérité est-elle toujours bonne à dire ?" A cette occasion, le débat avait porté sur le "mensonge par humanité" théorisé par Emmanuel Kant. On peut poser une question similaire au sujet de la gentillesse : "La gentillesse est-elle toujours bonne à montrer ?" La réponse semble être a priori : non.

    Avant d’aller plus loin, Claire et Bruno proposent de s’intéresser à cette définition de la gentillesse. Comment la définir ? Bonté ? Bienveillance ? Claire reprend une définition du Larousse : "Gentil, ille (adjectif) : Qui manifeste de la bienveillance ; aimable, complaisant". Dans notre imaginaire, le gentil est cet être incongru, brave mais sans intelligence dont on se moque aisément. Il y a par exemple ce terme péjoratif de "gentillet", facilement usité. Paradoxalement, le gentleman, son pendant anglais, serait paré de toutes les qualités : humain, élégant, vertueux, "classieux". Force est de constater, dit encore Claire, que la gentillesse est considérée avec dédain par les philosophes en général. Ce n’est ni une vertu (ou, au mieux, ajoute Bruno, "une petite vertu"), ni une sagesse ni un concept intéressant a priori: le mot "gentillesse" n’apparaît même pas dans le célèbre Dictionnaire vocabulaire technique et philosophique d'André Lalande. En France, un philosophe, Emmanuel Jaffelin, a cependant consacré plusieurs essais sur cette "petite vertu" souvent considérée avec mépris (Éloge de la Gentillesse et Petit Éloge de la Gentillesse, cf. son site Internet : http://gentillesse.blogspot.fr). Pour tout dire, il est difficile de définir exactement la gentillesse, tant le terme nous échappe : bonté ? Bienveillance ? Générosité ? Altruisme ?

    villeret.jpgBien que nous ne soyons pas dans un "café historique" mais dans un café philosophique, Bruno souhaite s’arrêter rapidement sur cette histoire du gentil à travers les âges ainsi que sur son étymologie. Le gentil vient à l’origine du mot latin gens qui désignait ces lignées familiales nobles qui possédaient un ancêtre commun. Par la suite, les juifs ont employé le terme de "gentil" ceux qui ne croyaient pas en Yahvé – à ne pas confondre avec les "païens" qui étaient ceux qui croyaient en des dieux qualifiés d’impies. On passe les siècles. Au XVIème siècle, le philosophe humaniste Guillaume Budé invente le terme de "gentilhomme". Il créé ainsi le modèle de l’homme idéal qui est remarquable par ses attitudes et son style de vie. Ce gentilhomme est sensé être le pendant du noble. Ce terme va faire florès. On le retrouve traduit en anglais sous l’appellation de "gentleman". Or, alors que le gentleman continuera longtemps d’être utilisé, notamment dans les pays anglo-saxons, le "gentilhomme" disparaît à partir de la Révolution française de notre société et de notre vocabulaire. Le mot est même dénaturé sous le terme de "gentil". Or, qu’est devenu aujourd’hui ce gentil – ex "gentilhomme" – sinon le gentillet ? Au contraire du gentleman considéré comme respectable et exemplaire, le gentil est "ce (ou cette) brave qui ne peut rien refuser et qui passe tout", au risque de devenir victime de quolibets ou, pire, d’abus : "trop bon, trop con" dit l’expression populaire ! L’un des personnages les plus emblématiques du gentil semble être celui de François Pinon, anti-héros involontaire du Dîner de Cons, interprété magistralement par Jacques Villeret (cf. c lien). On le voit, le terme de "gentil" a subi toutes les avanies au point d’avoir été dévalorisé. 

    Dévalorisé mais pas rejeté cependant. En effet, depuis 2009, la France adopte la journée de la gentillesse, fixée chaque 13 novembre (http://journee-de-la-gentillesse.psychologies.com). Cette journée est née au Japon sous le terme de "Small Kindness Movement", officialisée en 1998 : voilà donc venue l’heure de la revanche du gentil ! Cette journée s’est symptomatiquement développée en France en 2007, au début du quinquennat d’un Président de la République réputé pour son sens de la pugnacité et de l’égotisme – Nicolas Sarkozy. Il est cocasse d’apprendre, dit Claire, que, comme chaque année, le prix remis au Gentil de l’Année a été décerné en 2012 à… un autre Président de la République : François Hollande. Mais, ça, dit Bruno sous forme de boutade, c’était avant l’intervention militaire de la France au Mali!

    Le gentil serait donc, en dépit des qualités qu’on veut bien lui attribuer, cet être en décalage avec notre société obnubilée par la réussite, l’argent et la compétition sous toutes ses formes. Un être considéré, du moins dans notre pays, comme sous-évalué. 

    Les-lumieres-de-la-ville.jpgEn est-on certain ? demande un participant. Des expériences scientifiques menées sur des animaux tendent à prouver que plus la cohésion d’un groupe ethnologique ou éthologique est forte, plus la solidarité y est importante et plus ce groupe voit ses chances de survie s’accroître. L’idée selon laquelle la gentillesse serait un frein à la réussite d’une société ou d’une entreprise économique paraît largement infondée. Une étude, rappelle un nouveau participant, affirme que "Les sociétés qui comptent le plus fort pourcentage de salariés engagés ont collectivement accru leur bénéfice d'exploitation de 19 % et leur bénéfice par action de 28 % d'un exercice à l'autre" (étude du Cabinet Towers Perrin, citation d’Emmanuel Jaffelin, cf. cet article). Être gentil semblerait donc n’être pas une incongruité dans la jungle du monde économique. Tout le monde aurait même à y gagner : dirigeants, actionnaires, salariés, familles de salariés et toute la société ! Bruno cite Woody Allen à ce sujet : "Dans votre ascension professionnelle, soyez toujours très gentil pour ceux que vous dépassez en montant. Vous les retrouverez au même endroit en redescendant."

    Un participant intervient pour témoigner sur la difficulté des gentils à assumer parfois leurs comportements : on agit avec altruisme dans telle ou telle situation, sans état d’âme ; savoir qu’on a été ensuite floué, pour ne pas dire trahi, devient douloureux. Dans ce cas, être qualifié de "gentil" prend une notion aussi péjorative que si la personne en face nous avait traité avec condescendance de "gentillet" !

    Un intervenant appuie sur la nécessité de faire de la gentillesse une qualité à user avec précaution. L’expérience de Milgram dans les années 60 (une expérience de conditionnement de citoyens ordinaires à infliger de pseudos tortures à l’électricité à des cobayes inconnus) prouve s’il en était que faire de la docilité un style de vie peut être dangereux. De même, la vie en entreprise prouve que savoir dire non est une absolue nécessité pour ne pas devenir victime. 

    Si l’on parle d’ambition et de compétition – dans le milieu sportif, à l’école, lors de concours, etc. – la gentillesse n’est pas le comportement adéquat non plus. Pour tout dire, non seulement elle n’est pas la bienvenue mais elle est en plus en terre inconnue. Si je participe à une course importante, je n’ai pas à considérer mon adversaire autrement que comme un adversaire à battre. La gentillesse n’a pas son mot à dire. Pour autant, comme le constate un nouveau participant, la compétition sportive n’exclut pas le respect de l’autre et c’est sans doute par le fair-play que la gentillesse se manifeste. Pour aller dans ce sens, Bruno fait référence au Tournoi des VI Nations et à cette fameuse définition du rugby : "Un sport de voyous joué par des gentlemen" !   

    james stewart.jpgClaire oriente le débat sur l’intitulé de cette séance : "Oser la gentillesse". "Oser" : ce verbe entendrait montrer qu’être gentil ne va pas de soi, que cela nécessite une forme d’effort. La question est de savoir si cette qualité est naturelle ou bien culturelle. Dit autrement, "l’homme est-il naturellement bon ?" comme l’affirmait Jean-Jacques Rousseau ou bien "l’homme est-il un loup pour l’homme ?" comme l’écrivait au contraire Thomas Hobbes. Il semblerait au vu du débat qui a cours autour de cette question que la culture a un rôle déterminant dans le développement de la gentillesse. 

    L’un des plus beaux terrains d’observation de cette gentillesse en construction se trouve sur les cours de récréation, durant les premiers âges de la vie. Claire évoque à ce sujet une anecdote : une enfant de deux ans bousculée par un petit camarade de jeux et au sujet duquel la maman se félicitait de ses capacités à se battre. La jeune victime, en revanche, avait le tort de ne pas être suffisamment pugnace ou, dit autrement, d’être "trop gentille". Nous avons tous été témoins de ces scènes familières autour de bacs à sable, de toboggans et autres balançoires : les tout petits auraient très vite des comportements sociaux qui les distinguent les uns des autres. Ces comportements, plusieurs participants – enseignants dans le cycle élémentaire – sont d’accord pour dire qu’ils sont façonnés par le culturel. L’enfant est amoral dès son jeune âge. C’est par l’expérience et en côtoyant ses semblables qu’il se construit. En somme, pour reprendre une célèbre expression de Simone de Beauvoir, on ne naît pas gentil : on le devient ! Encore que beaucoup d’entre nous ont constaté que deux éducations identiques – le mot "identique" est cependant fortement à nuancer – voient plusieurs frères et sœurs adopter des comportements différents : l’un(e) pourra être gentil(le), l’autre pas. Nature et culture restent, encore une fois, des sujets de débat, voire de controverse.         

    La gentillesse semblerait s’acquérir par l’expérience. L’un des aspects de ce comportement se manifeste par la non-violence, cette faculté à réagir à une agression par le pacifisme. Bruno rappelle qu’il y a un moins de trois ans, le café philosophique de Montargis traitait de cette non-violence. À l’époque, l’intervenant, Vincent Roussel, de la Coordination française pour la Décennie, avait insisté sur l’éducation des enfants à la non-violence afin de dégoupiller les conflits en classe et sur les cours de récréation. Cette recommandation n’est, hélas, toujours qu’un vœu pieu !

    L’assistance du café philosophique poursuit sa discussion sur la place du culturel dans notre appréhension de la gentillesse. Une participante, de nationalité anglaise, porte un éclairage intéressant sur le gentil tel qu’il est vu en France. Nous avons dit que le "gentilhomme" avait disparu de notre paysage sociétal et que le gentil, son lointain avatar français, avait mauvaise presse. Cette participante confirme qu’elle a constaté chez beaucoup de nos concitoyens cette propension à déconsidérer la gentillesse. La mauvaise humeur et l’esprit râleur sont des caractéristiques françaises que nombre d’étrangers stigmatisent chez nous. Au contraire, en Grande-Bretagne, être gentil n’est pas une tare, loin de là. Être "kind" (de "kindness" : gentillesse) est une qualité appréciée, sans être dévalorisée. Ce n’est pas un hasard si le mot "gentleman" soit encore utilisé là-bas, alors que le "gentilhomme" est mort depuis longtemps en France. Bruno avance une explication à cette désaffection : après la Révolution française, en même temps que la société d’Ancien Régime disparaît (dont le gentilhomme), le besoin légitime d’égalité dans la société devient soif d’égalitarisme et méfiance vis-à-vis de notre voisin. Suis-je vraiment à égalité avec lui ? Si je montre altruiste, n’y a-t-il pas le risque que je sois "volé" par celui que je viendrais aider ? Emmanuel Jaffelin affirme ceci : "En France c'est plus difficile qu'ailleurs, la faute à la Révolution française qui a inscrit dans notre ADN un égalitarisme forcené, on pense qu'on s'abaisse en donnant, alors qu'en donnant, on se grandit" (cf. cet article). Loin d’être portée au pinacle, la gentillesse peut facilement être considérée avec méfiance ("Une certaine qualité de gentillesse est toujours signe de trahison" disait François Mauriac). 

    et.jpgIl appartient sans doute à chacun de nous, dit un nouvel intervenant, de travailler à cette gentillesse. Comme il le rappelle à travers une fable indienne : deux loups luttent en nous, un bon et un mauvais ; le gagnant sera celui que nous nourriront. 

    Résultat d’un apprentissage, la gentillesse ou son absence peuvent également être dans certains cas le fruit d’un caractère inné, comme le rappelle une participante. C’est l’exemple – certes, extrême – des psychopathes, des cas pathologiques incapables de ressentir autre chose que l’envie, la colère, la haine mais jamais des sentiments empathiques, sauf à vouloir dissimuler ou mentir. 

    Un participant apporte un nouvel éclairage sur la gentillesse, un éclairage religieux et culturel ! Évoquer le pacifisme du gentil vient en résonance de l’invite de Jésus dans les Évangiles à "tendre la joue droite lorsque quelqu’un frappe la joue gauche" ("Vous avez appris qu'il a été dit: Œil pour œil et dent pour dent. Et moi, je vous dis de ne pas tenir tête au méchant; mais si quelqu'un te frappe sur la joue droite, tends-lui encore l'autre. Et à celui qui veut t'appeler en justice pour avoir ta tunique, abandonne encore ton manteau…" Évangile de Mathieu, V, 38-40). À l’instar de Gandhi, en se faisant l’apôtre (sic) de la non-violence, Jésus encourage chaque homme à accepter docilement une situation de conflit. N’est-ce pas aussi la caractéristique chez le gentil ? Un autre passage biblique évoque la figure légendaire d’un homme désintéressé se sacrifiant pour aider autrui (ou son prochain) : le "bon Samaritain". Cette fable nous conte l’histoire d’un homme blessé par des brigands qu’un étranger passant par là vient secourir sans état d’âme : le texte de cette fable ce trouve sur ce lien.

    Cette parabole a été commentée par Françoise Dolto. La célèbre psychanalyste, prouve, s’il en est, que la gentillesse n’a pas été totalement oubliée du milieu philosophique. Dans son ouvrage L’Évangile au risque de la Psychanalyse, elle dit ceci au sujet de ce Bon Samaritain : "Notre prochain, c'est tous ceux qui, à l'occasion du destin, se sont trouvés là quand nous avions besoin d'aide, et nous l'ont donnée, sans que nous l'ayons demandée, et qui nous ont secourus sans même en garder le souvenir. Ils nous ont donné de leur plus-value de vitalité. Ils nous ont pris en charge un temps,' en un lieu où leur destin croisait notre chemin." Ce Bon Samaritain a eu un comportement exemplaire et édifiant. Est-ce pour autant jouable dans la vie de tous les jours ? Jacques Prévert ne disait-il pas, non sans cynisme, en parlant du geste de charité de l’évêque saint Martin de Tours partageant son manteau avec un pauvre frigorifié que "saint Martin a donné la moitié de son manteau à un pauvre : comme ça, ils ont eu froid tous les deux" ? 

    michel-Bouquet-concentré.jpgMais c’est surtout de l’autre côté de l’Atlantique que nous vient l’apport le plus décisif au sujet de la gentillesse. Des philosophes contemporains ont étudié ce thème via l’éthique du Care (du verbe "to care" qui signifie : "soigner", "s’occuper de"). Ce mouvement philosophique née aux États-Unis (avec des spécialistes des sciences humaines telles Carol Gillian, Francesca Cancian ou Joan Tronto) durant les années 80 s’est développé en Europe ces dernières années, et plus particulièrement en France depuis une dizaine d’années (Paulette Guinchard, Sandra Laugier ou Patricia Paperman). L’éthique du Care a pour ambition de s’intéresser à l’altruisme et d’allier la raison à l’émotion. Les spécialistes du Care expliquent que nous sommes fondamentalement des êtres relationnels en perpétuelle interdépendance. En fin de compte, résume Bruno, l’ambition de l’éthique du Care est, dans une société contemporaine moulée dans l’individualisme, de "réparer le monde". Cf. interview de Carol Gillian sur notre site et cet article d’éclairage sur l’Éthique du Care

    Ce mouvement philosophique, qui n’en est qu’à ses débuts – et qui reste malgré tout encore très critiqué – place la gentillesse non plus comme un mouvement sentimental désuet propre à rire, ni comme une faiblesse dont il faudrait se méfier, mais comme une authentique vertu : une "petite vertu" comme le dit une certaine littérature un peu maladroitement, tant cette expression a une autre connotation… Bref, la gentillesse appartient à ces actes moraux désintéressés dont beaucoup peuvent regretter le délitement mais qui ne demande qu’à se développer.      

    Cette séance du café philosophique se termine par la mise au vote de trois propositions de sujets pour le prochain débat : "Justice : surveiller, punir ou guérir ?", "Et si on parlait d’amour ?" et "Puis-je savoir qui je suis ?" C’est ce dernier sujet qui est choisi. Rendez-vous le vendredi 1er mars 2013 pour une nouvelle séance du café philo, même lieu, même heure. Claire rappelle enfin que la séance qui suivra (programmée le 29 mars 2013, à confirmer) sera, comme en 2012 à la même époque, co-animée par des élèves de Terminale littéraire du Lycée Saint François de Sales de Gien

    Philo-galerie

    Photos de personnages de cinéma, emblématiques du personnage du gentil: Jacques Villeret dans Le Dîner de ConsCharlie Chaplin dans Les Lumières de la Ville, James Stewart dans La Vie est Belle  de Franck Capra, le personnage d’Eliot dans ET l’Extraterrestre de Steven Spielberg et Michel Bouquet dans Le Curé de Tours, une adaptation du roman de Balzac.   

     
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  • ILS ONT DIT, AU SUJET DE LA CONNAISSANCE DE SOI...

    Narcisse.jpg

    "Connais-toi toi-même." [Platon, inscription sur le temple d'Apollon de Delples]

    "Je ne suis pas encore capable, comme le demande l'inscription de Delphes, de me connaître moi-même ; dès, je trouve qu'il serait ridicule de me lancer, moi, à qui fait encore défaut cette connaissance, dans l'examen de ce qui m'est étranger." (Socrate, dans Phèdre de Platon]

    "Prendre conscience, c'est transformer le voile qui recouvre la lumière en miroir." [Lao-Tseu]

    "Le véritable bien se trouve dans le repos de la conscience." [Sénèque]

    "Ne cesse de sculpter ta propre statue." [Plotin]

    "Pourquoi dès lors faire un devoir à l'âme de se connaître ? C'est, je crois, pour l'inviter à se penser elle-même, à vivre selon sa nature, c'est-à-dire pour lui donner le plaisir de s'ordonner selon sa nature : au-dessous de celui auquel elle doit se soumettre, au-dessus des êtres auxquels elle doit se préférer ; au-dessous de celui par lequel elle doit se laisser gouverner, au-dessus des choses qu'elle doit gouverner." [Saint Augustin

    "Je m'étudie plus qu'autre sujet. C'est ma métaphysique, c'est ma physique." [Montaigne]

    "La plus grande chose du monde, c'est de savoir être à soi." [Montaigne]

    "Je pense donc je suis." [René Descartes]

    "Considérant mon intérieur, je chercherai de me rendre peu à peu plus connu et plus familier à moi-même." [René Descartes]

    "Et si on m'aime pour mon jugement, pour ma mémoire, m'aime-t-on moi ? Non, car je puis perdre ces qualités sans me perdre moi-même. Où donc est ce moi, s'il n'est ni dans le corps ni dans l'âme ?" [Blaise Pascal]

    "Le corps, par les seules lois de sa nature, peut beaucoup de choses dont son esprit reste étonné." [Baruch Spinoza]

    "Nous n’avons pas conscience des lois qui nous déterminent à agir." [Baruch Spinoza]

    "Notre fait ne sont que pièces rapportées." [David Hume]

    "Le "je pense" doit pouvoir accompagner toutes mes représentations." [Emmanuel Kant]

    "Notre vrai moi n’est pas tout entier en nous." [Jean-Jacques Rousseau]

    "La plus utile et la moins avancée de toutes les connaissances humaines me paraît être celle de l'homme, et j'ose dire que la seule inscription du temple de Delphes contenait un précepte plus important et plus difficile que tous les gros livres des Moralistes." [Jean-Jacques Rousseau]

    "Nous n’avons conscience de nos pensées, nous n’avons de pensées déterminées et réelles que lorsque nous leur donnons la forme objective, que nous les différencions de notre intériorité." [GWF Hegel]

    "Chacun est enfermé dans sa conscience comme dans sa peau." [Arthur Schopenhauer]

    "On ne peut se mettre à la fenêtre pour se regarder passer dans la rue." [Auguste Comte]

    "Ce n’est pas la conscience des hommes qui détermine leur être ; c’est inversement leur être social qui détermine leur conscience." [Karl Marx]

    "Vivre, c'est avoir la conscience d'être." [Victor Hugo]

    "Ce n'est qu'au terme de la connaissance de toutes choses que l'homme se connaîtra. Car les choses ne sont que les frontières de l'homme." [Friedrich Nietzsche]

    "Que dit ta conscience ? Tu dois devenir l'homme que tu es." [Friedrich Nietzsche]

    "C’est une altération des faits de prétendre que le sujet moi est la condition de l’attribut "je pense". Quelque chose pense, mais croire que ce quelque chose est l’antique et fameux moi c’est une pure supposition." [Friedrich Nietzsche]

    "On a conscience avant, on prend conscience après." [Oscar Wilde]

    "Il faut qu'une ligne au moins soit braquée chaque jour comme on braque aujourd'hui un téléscope sur les comètes." [Franz Kafka]

    "La conscience est conscience de quelque chose" [Edmund Husserl]

    "Pour bien comprendre la vie psychique, il est indispensable de cesser de surestimer la conscience." [Sigmund Freud]

    "Le moi n’est pas maître dans sa propre maison." [Sigmund Freud]

    "Des philosophes, des écrivains (...) ont tenté de se conformer aux avis de l'oracle de Delphes, mais tous ont échoué. Une résistance intérieure avait empêché toute réussite." [Sigmund Freud]

    "La conscience est la conséquence du renoncement aux pulsions." [Sigmund Freud]

    "L’inconscient est une méprise sur le Moi." [Alain]

    "L'homme ne prend conscience de son être que dans les situations limites." [Karl Jaspers]

    "La question de l’être est aujourd’hui tombée dans l’oubli." [Martin Heidegger]

    "Etre une conscience c’est s’éclater vers le monde." [Jean-Paul Sartre]

    "Je voulais dessiner la conscience d'exister et l'écoulement du temps." [Henri Michaux]

    "On ne peut pas réaliser que les autres gens sont des consciences qui se sentent du dedans comme on se sent soi-même (…) Quand on entrevoit ça, c’est terrifiant : on a l’impression de ne plus être qu’une image dans la tête de quelqu’un d’autre." [Simone de Beauvoir]

    "Moi, Dalí, qui suis plongé dans une constante introspection et une analyse méticuleuse de mes moindres pensées, je viens de découvrir soudain que, sans m'en rendre compte, toute ma vie je n'ai peint que des cornes de rhinocéros." [Salvador Dalí]

    "La conscience n'est jamais assurée de surmonter l'ambiguïté et l'incertitude." [Edgar Morin]

    "Un "je" ne peut se prendre comme sujet d'étude, pas plus qu'une lunette d'approche ne peut se prendre elle-même comme objet d'observation." [Clément Rosset]

    ""Je" est une fiction." [Clément Rosset]

      

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  • LES RÊVERIES DU PROMENEUR SOLITAIRE

    "Tout est dans un flux continuel sur la terre : rien n'y garde une forme constante et arrêtée, et nos affections qui s'attachent aux choses extérieures passent et changent nécessairement comme elles. Toujours en avant ou en arrière de nous, elles rappellent le passé qui n'est plus ou préviennent l'avenir qui souvent ne doit point être : il n'y a rien là de solide à quoi le coeur se puisse attacher. Aussi n'a-t-on guère ici-bas que du plaisir qui passe ; pour le bonheur qui dure je doute qu'il y soit connu. A peine est-il dans nos plus vives jouissances un instant où le coeur puisse véritablement nous dire : Je voudrais que cet instant durât toujours ; et comment peut-on appeler bonheur un état fugitif qui nous laisse encore le coeur inquiet et vide, qui nous fait regretter quelque chose avant, ou désirer encore quelque chose après ?

    monetprophil.jpgMais s'il est un état où l'âme trouve une assiette assez solide pour s'y reposer tout entière et rassembler là tout son être, sans avoir besoin de rappeler le passé ni d'enjamber sur l'avenir ; où le temps ne soit rien pour elle, où le présent dure toujours sans néanmoins marquer sa durée et sans aucune trace de succession, sans aucun autre sentiment de privation ni de jouissance, de plaisir ni de peine, de désir ni de crainte que celui seul de notre existence, et que ce sentiment seul puisse la remplir tout entière ; tant que cet état dure celui qui s'y trouve peut s'appeler heureux, non d'un bonheur imparfait, pauvre et relatif tel que celui qu'on trouve dans les plaisirs de la vie, mais d'un bonheur suffisant, parfait et plein, qui ne laisse dans l'âme aucun vide qu'elle sente le besoin de remplir. Tel est l'état où je me suis trouvé souvent à l'île de Saint-Pierre dans mes rêveries solitaires, soit couché dans mon bateau que je laissais dériver au gré de l'eau, soit assis sur les rives du lac agité, soit ailleurs au bord d'une belle rivière ou d'un ruisseau murmurant sur le gravier.

    De quoi jouit-on dans une pareille situation ? De rien d'extérieur à soi, de rien sinon de soi-même et de sa propre existence, tant que cet état dure on se suffit à soi-même comme Dieu. Le sentiment de l'existence dépouillé de toute autre affection est par lui-même un sentiment précieux de contentement et de paix, qui suffirait seul pour rendre cette existence chère et douce à qui saurait écarter de soi toutes les impressions sensuelles et terrestres qui viennent sans cesse nous en distraire et en troubler ici-bas la douceur. Mais la plupart des hommes, agités de passions continuelles, connaissent peu cet état, et ne l'ayant goûté qu'imparfaitement durant peu d'instants n'en conservent qu'une idée obscure et confuse qui ne leur en fait pas sentir le charme. Il ne serait pas même bon, dans la présente constitution des choses, qu'avides de ces douces extases ils s'y dégoûtassent de la vie active dont leurs besoins toujours renaissants leur prescrivent le devoir. Mais un infortuné qu'on a retranché de la société humaine et qui ne peut plus rien faire ici-bas d'utile et de bon pour autrui ni pour soi, peut trouver dans cet état à toutes les félicités humaines des dédommagements que la fortune et les hommes ne lui sauraient ôter."

    Jean-Jacques Rousseau, Les Rêveries du Promeneur solitairepromenade 5 (1778, posthume)

     
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  • ILS ONT DIT, AU SUJET DE LA GENTILLESSE...

    gentillesse

    "Je traite avec bonté ceux qui ont la bonté ; je traite avec bonté ceux qui sont sans bonté. Et ainsi gagne la bonté." [Lao-Tseu]

    "La bonté en parole amène la confiance. La bonté en pensée amène la profondeur. La bonté en donnant amène l’amour." [Lao-Tseu]

    "Personne n’est injuste volontairement." [Platon]

    "La simplicité véritable allie la bonté à la beauté." [Platon]

    "Beaucoup de biens ne se produiraient pas s'il n'y avait pas de mal dans les êtres." [Saint Thomas d’Aquin]

    "Le temps n'attend pas, la bonté est impuissante, la fortune inconstante et la méchanceté insatiable." [Nicolas Machiavel]

    "Au lit, la bonté prime la beauté." [Montaigne]

    "Nul ne mérite d'être loué de bonté s'il n'a pas la force d'être méchant." [François de La Rochefoucauld]

    "L'homme est un loup pour l'homme." [Thomas Hobbes]

    "L'homme est un être naturellement bon." [Jean-Jacques Rousseau]

    "Nous comptons tellement sur nos bienfaits, qu’il est rare que nous cachions notre secret à celui que nous avons comblé de nos bontés." [Denis Diderot]

    "Il n’y a sous le ciel qu’une chose devant laquelle on doive s’incliner : le génie, et qu’une chose devant laquelle on doive s’agenouiller : la bonté." [Victor Hugo]

    "Traiter tous les hommes avec la même bienveillance et prodiguer indistinctement sa bonté peut tout aussi bien témoigner d'un profond mépris des hommes que d'un amour sincère à leur égard." [Friedrich Nietzsche]

    "Ce ne sont pas du tout les méchants qui font le plus de mal en ce monde. Ce sont les maladroits, les négligents, les crédules. Les méchants seraient impuissants sans une quantité de bons." [Paul Valéry]

    "Une certaine qualité de gentillesse est toujours signe de trahison." [François Mauriac]

    "Saint Martin a donné la moitié de son manteau à un pauvre : comme ça, ils ont eu froid tous les deux." [Jacques Prévert]

    "Notre prochain, c'est tous ceux qui, à l'occasion du destin, se sont trouvés là quand nous avions besoin d'aide, et nous l'ont donnée, sans que nous l'ayons demandée." [Françoise Dolto]

    "Le mal survient sans se faire annoncer, puis disparaît sans laisser de traces." [Vladimir Jankélévitch]

    "Dans votre ascension professionnelle, soyez toujours très gentil pour ceux que vous dépassez en montant. Vous les retrouverez au même endroit en redescendant." [Woody Allen]

    "Il semble que le monde est divisé vraiment entre bons et méchants : les bons et les méchants. Les bons dorment mieux... mais les méchants profitent beaucoup plus de leurs heures de veille." [Woody Allen]

    "Tout le monde mérite qu'on soit gentil : n'importe qui, quel qu'il soit." [Paul Auster]

    "Alors que l'éthique de justice est fondée sur le principe de l'égalité - chacun doit être traité de la même manière -, l'éthique du care repose sur le principe de la non-violence - il ne doit être fait de tort à personne." [Carol Gilligan]


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  • "L'HOMME EST UN ÊTRE NATURELLEMENT BON"

    "Le principe fondamental de toute morale, sur lequel j'ai raisonné dans tous mes écrits et que j'ai développé dans ce dernier avec toute la clarté dont j'étais capable, est que l'homme est un être naturellement bon, aimant la justice et l'ordre ; qu'il n'y a point de perversité originelle dans le cœur humain, et que les premiers mouvements de la nature sont toujours droits. J'ai fait voir que l'unique passion qui naisse avec l'homme, savoir l'amour de soi, est une passion indifférente en elle-même au bien et au mal ; qu'elle ne devient bonne ou mauvaise que par accident, et selon les circonstances dans lesquelles elle se développe. J'ai montré que tous les vices qu'on impute au cœur humain ne lui sont point naturels : j'ai dit la manière dont ils naissent ; j'en ai pour ainsi dire suivi la généalogie ; et j'ai fait voir comment, par l'altération successive de leur bonté originelle, les hommes deviennent enfin ce qu'ils sont.

    Rousseau.jpgJ'ai encore expliqué ce que j'entendais par cette bonté originelle, qui ne semble pas se déduire de l'indifférence au bien et au mal, naturelle à l'amour de soi. L'homme n'est pas un être simple ; il est composé de deux substances. Si tout le monde ne convient pas de cela, nous en convenons vous et moi, et j'ai tâché de le prouver aux autres. Cela prouvé, l'amour de soi n'est plus une passion simple mais elle a deux principes, savoir, l'être intelligent et l'être sensitif dont le bien-être n'est pas le même. L'appétit des sens tend à celui du corps, et l'amour de l'ordre à celui de l'âme. Ce dernier amour, développé et rendu actif, porte le nom de conscience ; mais la conscience ne se développe et n'agit qu'avec les lumières de l'homme. Ce n'est que par ces lumières qu'il parvient à connaître l'ordre, et ce n'est que quand il le connaît que sa conscience le porte à l'aimer. La conscience est donc nulle dans l'homme qui n'a rien comparé et qui n'a point vu ses rapports. Dans cet état, l'homme ne connaît que lui ; il ne voit son bien-être opposé ni conforme à celui de personne ; il ne hait ni n'aime rien ; borné au seul instinct physique, il est nul, il est bête : c'est ce que j'ai fait voir dans mon Discours sur l'inégalité.

    Quand, par un développement dont j'ai montré le progrès, les hommes commencent à jeter les yeux sur leurs semblables, ils commencent aussi à voir leurs rapports et les rapports des choses, à prendre des idées de convenance, de justice et d'ordre ; le beau moral commence à leur devenir sensible, et la conscience agit : alors ils ont des vertus ; et s'ils ont aussi des vices, c'est parce que leurs intérêts se croisent, et que leur ambition s'éveille à mesure que leurs lumières s'étendent. Mais tant qu'il y a moins d'opposition d'intérêts que de concours de lumières, les hommes sont essentiellement bons. Voilà le second état.

    Quand enfin tous les intérêts particuliers agités s'entre-choquent, quand l'amour de soi mis en fermentation devient amour-propre, que l'opinion, rendant l'univers entier nécessaire à chaque homme, les rend tous ennemis nés les uns des autres, et fait que nul ne trouve son bien que dans le mal d'autrui, alors la conscience, plus faible que les passions exaltées, est étouffée par elles, et ne reste plus dans la bouche des hommes qu'un mot fait pour se tromper mutuellement. Chacun feint alors de vouloir sacrifier ses intérêts à ceux du public, et tous mentent. Nul ne veut le bien public que quand il s'accorde avec le sien : aussi cet accord est-il l'objet du vrai politique qui cherche à rendre les peuples heureux et bons. Mais c'est ici que je commence à parler une langue étrangère, aussi peu connue des lecteurs que de vous.

    Voilà, monseigneur, le troisième et dernier terme au delà duquel rien ne reste à faire ; et voilà comment, l'homme étant bon, les hommes deviennent méchants. C'est à chercher comment il faudrait s'y prendre pour les empêcher de devenir tels, que j'ai consacré mon livre. Je n'ai pas affirmé que dans l'ordre actuel la chose fût absolument possible ; mais j'ai bien affirmé et j'affirme encore qu'il n'y a, pour en venir à bout, d'autres moyens que ceux que j'ai proposés.

    Jean-Jacques Rousseau, Lettre à Christophe de Beaumont (1762) pour la défense de l'Emile

     

     

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  • LA SCIENCE CONFIRME QUE L'HOMME NAÎT BON... MAIS QU'ENSUITE ÇA SE GÂTE !

    Pour beaucoup de nos contemporains, le nom de Jean-Jacques Rousseau est associé à l'idée du bon sauvage ; ce qui constitue un total contresens. Cette idée se retrouve plutôt chez Montaigne. Pour Rousseau, le sauvage originel n'était ni bon ni méchant ; il ne pouvait pas l'être d'ailleurs, tout simplement parce qu'il vivait isolé. Même la famille n'était pas naturelle, à plus forte raison donc la tribu. Solitaire, cet "animal stupide et borné" avait pour principale préoccupation de satisfaire ses besoins naturels les plus élémentaires.

    rousseauDe plus, dès qu'un être humain se trouve au contact de ses semblables, il se révèle plus égoïste que coopératif, selon Rousseau. Cela est explicite lorsque ce philosophe nous décrit la chasse collective, telle qu'il l'imagine. Des chasseurs "primitifs" se mettent d'accord pour chasser un cerf. Chacun se place donc à un endroit stratégique. Mais l'un d'eux voit soudain passer un lièvre. Il délaisse alors immédiatement son poste pour courir après ce nouveau gibier qui le rassasiera lui seul, au risque de permettre au cerf de s'échapper. L'intérêt individuel immédiat prime sur l'intérêt collectif.

    Sur ce point, Rousseau s'est fondamentalement mépris. La vie collective des chasseurs-cueilleurs est surtout fondée sur une norme de partage. La rareté des ressources, à laquelle beaucoup de sociétés simples sont confrontées, n'entraîne pas de la violence ou de la compétition, mais au contraire la coopération. Le partage a également lieu en période d'abondance. D'ailleurs, ces groupes sont généralement reliés à d'autres groupes par des liens de parentalité et d'amitié. Des mariages intergroupes, des associations rituelles et l'échange de dons et de faveurs créent des liens de relations entre les groupes...

    LA SUITE ICI...

    Source : Lemonde.fr

     
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  • BAC DE PHILO : LES SUJETS !

    120618100853598_99_000_apx_470_.jpgLes élèves de Terminale planchaient ce matin sur les épreuves du baccalauréat. Voici les sujets proposés cette année en philosophie.

    Série L

    - Que gagne-t-on en travaillant ?

    - Toute croyance est-elle contraire à la raison ?

    - Explication d'un texte de Spinoza : Traité théologico-politique :

    "La fin de l’État n’est pas de faire passer les hommes de la condition d’êtres raisonnables à celle de bêtes brutes ou d’automates, mais au contraire il est institué pour que leur âme et leur corps s’acquittent en sûreté de toutes leurs fonctions, pour qu’eux-mêmes usent d’une raison libre, pour qu’ils ne luttent point de haine, de colère ou de ruse, pour qu’ils se supportent sans malveillance les uns les autres. La fin de l’Etat est donc en réalité la liberté. [Et], pour former l’État, une seule chose est nécessaire : que tout le pouvoir de décréter appartienne soit à tous collectivement, soit à quelques-uns, soit à un seul. Puisque, en effet, le libre jugement des hommes est extrêmement divers, que chacun pense être seul à tout savoir et qu’il est impossible que tous opinent pareillement et parlent d’une seule bouche, ils ne pourraient vivre en paix si l’individu n’avait renoncé à son droit d’agir suivant le seul décret de sa pensée. C’est donc seulement au droit d’agir par son propre décret qu’il a renoncé, non au droit de raisonner et de juger ; par suite nul à la vérité ne peut, sans danger pour le droit du souverain, agir contre son décret, mais il peut avec une entière liberté opiner et juger et en conséquence aussi parler, pourvu qu’il n’aille pas au-delà de la simple parole ou de l’enseignement, et qu’il défende son opinion par la raison seule, non par la ruse, la colère ou la haine."

    Spinoza, Traité théologico-politique

    Série S

    - Serions-nous plus libres sans l'État ?

    - Avons-nous le devoir de chercher la vérité ?

    - Explication d'un texte de Rousseau, Émile :

    "On façonne les plantes par la culture, et les hommes par l’éducation. Si l’homme naissait grand et fort, sa taille et sa force lui seraient inutiles jusqu’à ce qu’il eût appris à s’en servir ; elles lui seraient préjudiciables, en empêchant les autres de songer à l’assister ; et, abandonné à lui-même, il mourrait de misère avant d’avoir connu ses besoins. On se plaint de l’état de l’enfance ; on ne voit pas que la race humaine eût péri, si l’homme n’eût commencé par être enfant.
    Nous naissons faibles, nous    avons besoin de force ; nous naissons dépourvus de tout, nous avons besoin d’assistance ; nous naissons stupides, nous avons besoin de jugement. Tout ce que nous n’avons pas à notre naissance, et dont nous avons besoin étant grands, nous est donné par l’éducation.
    Cette éducation nous vient de la nature, ou des hommes, ou des choses. Le développement interne de nos facultés et de nos organes est l’éducation de la nature ; l’usage qu’on nous apprend à faire de ce développement est l’éducation des hommes ; et l’acquis de notre propre expérience sur les objets qui nous affectent est l’éducation des choses.
    Chacun de nous est donc formé par trois sortes de maîtres. Le disciple dans lequel leurs diverses leçons se contrarient est mal élevé, et ne sera jamais d’accord avec lui-même ; celui dans lequel elles tombent toutes sur les mêmes fins*, va seul à son but et vit conséquemment. Celui-là seul est bien élevé."

    Rousseau, Émile ou l’Éducation

    Série ES

    - Peut-il exister des désirs naturels ?

    - Travailler, est-ce seulement être utile ?

    - Explication d'un texte de Berkeley :

    "En morale, les règles éternelles d’action ont la même vérité immuable et universelle que les propositions en géométrie. Ni les unes ni les autres ne dépendent des circonstances, ni des accidents, car elles sont vraies en tout temps et en tout lieu, sans limitation ni exception. « Tu ne dois pas résister au pouvoir civil suprême » est une règle qui n’est pas moins constante ni invariable pour tracer la conduite d’un sujet à l’égard du gouvernement, que « multiplie la hauteur par la moitié de la base » pour mesurer la surface d’un triangle. Et de même qu’on ne jugerait pas que cette règle mathématique perd de son universalité, parce qu’elle ne permet pas la mesure exacte d’un champ qui n’est pas exactement un triangle, de même on ne doit pas juger comme un argument contraire à l’universalité de la règle qui prescrit l’obéissance passive, le fait qu’elle ne touche pas la conduite d’un homme toutes les fois qu’un gouvernement est renversé ou que le pouvoir suprême est disputé. Il doit y avoir un triangle et vous devez vous servir de vos sens pour le connaître, avant qu’il y ait lieu d’appliquer votre règle mathématique. Et il doit y avoir un gouvernement  civil, et vous devez savoir entre quelles mains il se trouve, avant qu’intervienne le précepte moral. Mais, quand nous savons où est certainement le pouvoir suprême, nous ne devons pas plus douter que nous devons nous y soumettre, que nous ne douterions du procédé pour mesurer une figure que nous savons être un triangle."

    George Berkeley, De l’obéissance passive

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  • ROUSSEAU, "DU CONTRAT SOCIAL"

    Or le souverain n'étant formé que des particuliers qui le composent n'a ni ne peut avoir d'intérêt contraire au leur ; par conséquent la puissance souveraine n'a nul besoin de garant envers les sujets, parce qu'il est impossible que le corps veuille nuire à tous ses membres, et nous verrons ci-après qu'il ne peut nuire à aucun en particulier. Le souverain, par cela seul qu'il est, est toujours tout ce qu'il doit être.

    Mais il n'en est pas ainsi des sujets envers le souverain, auquel, malgré l'intérêt commun, rien ne répondrait de leurs engagements s'il ne trouvait des moyens de s'assurer de leur fidélité.

    image067-300x267.jpgEn effet chaque individu peut comme homme avoir une volonté particulière contraire ou dissemblable à la volonté générale qu'il a comme citoyen. Son intérêt particulier peut lui parler tout autrement que l'intérêt commun ; son existence absolue et naturellement indépendante peut lui faire envisager ce qu'il doit à la cause commune comme une contribution gratuite, dont la perte sera moins nuisible aux autres que le paiement n'en est onéreux pour lui, et regardant la personne morale qui constitue l'État comme un être de raison parce que ce n'est pas un homme, il jouirait des droits du citoyen sans vouloir remplir les devoirs du sujet ; injustice dont le progrès causerait la ruine du corps politique.

    Afin donc que le pacte social ne soit pas un vain formulaire, il renferme tacitement cet engagement qui seul peut donner de la force aux autres, que quiconque refusera d'obéir à la volonté générale y sera contraint par tout le corps : ce qui ne signifie autre chose sinon qu'on le forcera d'être libre ; car telle est la condition qui, donnant chaque citoyen à la patrie le garantit de toute dépendance personnelle ; condition qui fait l'artifice et le jeu de la machine politique, et qui seule rend légitimes les engagements civils, lesquels sans cela seraient absurdes, tyranniques, et sujets aux plus énormes abus.

    Jean-Jacques Rousseau, Du Contrat social, chapitre VII

    http://www.ac-grenoble.fr/PhiloSophie/logphil/oeuvres/rousseau/contrat/contrat7.htm

     

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  • DE LA DISCIPLINE

    Jean_Jacques_Rousseau_832.jpg"Jeune instituteur, je vous prêche un art difficile, c’est de gouverner sans préceptes, et de tout faire en ne faisant rien. Cet art, j’en conviens, n’est pas de votre âge ; il n’est pas propre à faire briller d’abord vos talents, ni à vous faire valoir auprès des pères ; mais c’est le seul propre à réussir. Vous ne parviendrez jamais à faire des sages, si vous ne faites d’abord des polissons…"

    Jean-Jacques Rousseau, Émile, livre II, t. III

     
    "La discipline transforme l’animalité en humanité. Par son instinct, un animal est déjà tout ce qu’il peut être ; une raison étrangère a pris soin de tout pour lui. Mais l’homme doit user de sa propre raison. Il n’a point d’instinct et doit se fixer lui-même le plan de sa conduite. Or puisqu’il n’est pas immédiatement capable de le faire, mais au contraire vient au monde à l’état brut, il faut que d’autres le fassent pour lui.
    L’espèce humaine doit, peu à peu, par son propre effort, tirer d’elle-même toutes les qualités naturelles de l’humanité. Une génération éduque l’autre."

    Kant, Réflexions sur l’Éducation, trad. A. Philonenko, Vrin, pp. 94-95

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  • LES 300 ANS DE JEAN-JACQUES ROUSSEAU

    portrait_rousseau_lacretelle.jpgCela fait des mois que, de la télévision à l’université, de l’inititative privée au grand spectacle, du débat pointu à la conversation autour d’un buffet campagnard, de l’Ile Saint-Pierre à New York, la Suisse bruisse de Rousseau.

    Le tricentenaire Rousseau? On aimerait écrire Rousseau avec un x final, pour marquer le pluriel. Celui de la multitude des facettes du Jean-Jacques que la Suisse s’apprête à célébrer. La Confédération étant une mosaïque où une grande part de la culture se décide à l’échelle des villes et des cantons, pas de programmation centralisée. Pas de figure «officielle» du personnage célébré...

    LA SUITE ICI...

    Source : Le Temps

     

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  • COMPTE RENDU DE LA DERNIÈRE SÉANCE

    Thème du débat : "Les riches le méritent-ils ?"

    Date : 9 décembre 2011 à la Brasserie du centre commercial de la Chaussée.

    Environ 50 personnes étaient présentes pour cette nouvelle séance du café philosophique intitulée "Les riches le méritent-ils ?"

    Une fois n’est pas coutume, cette séance commence par un blind test consacré au sujet de cette soirée :

    9782021016215.jpg1.    Qui a dit : "Celui qui n’a pas une Rolex a cinquante ans a quand même raté sa vie !" ? Réponse : Jacques Séguéla

    2.    Qui a dit : "Avoir beaucoup vu et ne rien avoir, c’est avoir les yeux riches et les mains pauvres" ? Réponse : William Shakespeare

    3.    Qui est l’auteur des Recherches sur la nature et les causes de la Richesse des Nations… ? Réponse : Adam Smith (économiste écossais, 1723-1790)

    4.    Qui a dit : "Le premier qui, ayant enclos un terrain, s’avisa de dire : "ceci est à moi" et trouva assez de gens simples pour le croire fut le vrai fondateur de la société civile." ? Réponse : Jean-Jacques Rousseau

    5.    Quel cinéaste et intellectuel français est l’auteur de L’Argent ? Réponse : Robert Bresson

    6.    Qui a dit : "L'expérience prouve que jamais les peuples n'ont accru leur richesse et leur puissance sauf sous un gouvernement libre." Réponse : Nicolas Machiavel

    7.    Quel philosophe considère la richesse comme l’un des trois bienfaits de l’humanité (avec la santé et la beauté) ? Réponse : Platon

    8.    Qui a dit : "Les hommes sont mille fois plus acharnés à acquérir des richesses que la culture , bien qu’il soit parfaitement certain que le bonheur d’un individu dépend bien plus de ce qu’il est que de ce qu’il a" ? Réponse : Arthur Schopenhauer

    9.    Qui a dit : "La valeur diffère donc essentiellement de la richesse car elle ne dépend pas de l’abondance, mais de la difficulté ou de la facilité de production." Réponse : Karl Marx

    Le gagnant repart avec le nouvel ouvrage de Thomas Cathcart et Daniel Klein, Kant et son Kangourou franchissent les Portes du Paradis : Petite Philosophie de la Vie (et après) par les blagues. Félicitations à lui.

    la chapelle 1.jpgLe débat de ce soir commence par un tour de table sur le sujet de ce soir, un sujet qu’une participante trouve polémique et problématisant mal un débat sur la richesse. Bruno répond que l’objectif d’une telle question ("les riches le méritent-ils ?", et qui sous-entendrait que les pauvres le mériteraient également...) est bien entendu de jouer la provocation. Notre café philosophique a pour habitude de proposer des sujets volontairement malicieux et de faire de ses rendez-vous des lieux de débat et non des smples cours de philosophie. Claire ajoute que l’objectif n’est pas de jeter aux gémonies les riches – une situation que certains souhaiterait atteindre alors que ces mêmes personnes seraient les premières à  se féliciter de faire fortune – mais bien de s’interroger sur la place du mérite. Il y a matière à s’interroger sur cette équation qui conduirait une personne digne d’éloge, de considération et de valeur morale à accéder à une fortune matérielle. Cette équation est-elle encore recevable de nos jours?

    Claire ajoute que les riches peuvent se caractériser dans trois grands groupes distincts : les héritiers d’une part (ce sont les Bettencourt, les Lagardère ou les Rothschild), les entrepreneurs ou hauts salariés d’autre part (chefs d’entreprise, actionnaires, traders, hauts fonctionnaires et cadres supérieurs) et enfin les personnes dotées d’un talent hors du commun (ce sont les grands artistes mais aussi certains sportifs de haut niveau). Il se trouve que le poids de ces riches ou "super riches" prend une place de plus en plus considérable. Le classement Forbes 2011 est marqué par un double record : celui du nombre de milliardaires d’une part (1210) et celui des fortunes cumulées d’autre part (4500 milliards de dollars). (Plus d'infos ici)

    Alors, les riches peuvent-ils mériter ces fortunes ?

    prev_warhol2649.jpgEn réponse à cette question provocatrice, un débattant répond avec la même malice que les riches méritent certainement non seulement de l’être mais en plus de savoir conserver leur richesse intacte ! Ils mettent en tout cas beaucoup d’énergie et de talent à se soustraire à toute ponction financière (impôts, taxes ou autre). Il n’en reste pas moins vrai, ajoute-t-il, que l’acquisition de la richesse pose assurément question et débat, dans un monde où les inégalités ne cessent de croître. L’acquisition de la fortune obéit certes à des règles – une bonne scolarité, le travail, un environnement favorable – mais la part de l’opportunité, pour ne pas dire du hasard, jouent un rôle capital. C’est toute l’histoire des fortunes créées grâce aux nouvelles technologies (les Mark Zuckerberg et autres Steve Jobs).

    Parler du seul mérite dans la création de richesses, dit au autre participant, c’est oublier que dans un monde technologique les richesses sont aussi créées de manière ultra sophistiquée. C’est l’exemple de ces sociétés de bourse générant des actes d’achat et de vente à l’aide de logiciels performants où l’intervention de l’homme reste minime (système automatisé intégral).

    Bruno fait un aparté pour s’interroger sur le seuil à partir duquel on peut considérer tel ou tel comme riche. Il existe une définition statistique (en savoir plus ici). À l’instar du seuil de pauvreté qui correspond à 40 ou 60 % du revenu médian, le seuil de richesse correspond au double du revenu médian. En France, une personne seule gagnant au moins 3 000 euros (net) est donc considérée comme riche. Cette acception économique et statistique est considérée par les participants comme trop restrictive : la richesse n’est-elle pas très relative ? Pour preuve, alors qu’un participant considère la richesse comme cette possibilité de pouvoir s’octroyer le superflu, une autre répond qu’elle considère le superflu (un parfum onéreux, par exemple) comme un plus "indispensable" à l’existence humaine. Rien donc n’est simple lorsque l’on parle de richesse.

    74880_rose_mcgowan_david_la_chapelle_shoot_04_123_567lo.jpgLa richesse est-elle question de culture? Accordons-nous dans nos sociétés occidentales une importance considérable à la richesse, contrairement à d’autres pays ? Bruno doute sur ce point : la mondialisation donne à tout être humain une envie d’acquérir la fortune, sinon comment expliquer que le besoin d’accéder à la fortune se fasse déplacer des millions d’êtres humains, ce qui paraît le plus naturel du monde ! La richesse apparaît en tout cas comme très souvent limitée à un aspect trop prosaïque : le mérite d’un professeur, souligne avec justesse un participant, apporte une richesse considérable.

    En tout état de cause, qu’elle soit méritée ou pas (et surtout si elle n’est pas méritée!) la richesse non seulement n’est pas source de bonheur mais serait son pire ennemi. Un participant rappelle qu’une enquête sur le bonheur (Enquête "Happy Life Years" de Ruut Veenhoven, université de Rotterdam) a placé les personnes riches comme potentiellement les plus imperméables à cette notion, un peu comme si la peur de perdre ses biens anéantissait tout "bénéfice" à cette fortune si convoitée.

    Évoquer le mérite qu’a tel ou tel dans l’acquisition de la richesse signifie d’abord surtout acceptation ou non qu’autrui acquiert une fortune démesurée dans un monde de plus en plus inégalitaire. Là, sans doute, est le nœud du débat. Un intervenant souhaite souligner qu’un super riche pourra être considéré – justement – avec considération alors que sa fortune est immense - voire démesurée - et pourrait heurter le commun des mortels. Prenant l’exemple de Bill Gates, le même intervenant souligne que son prestige est dû aux œuvres caritatives et de philanthropies importantes qui ont le "mérite" d’humaniser sa richesse (site de la Fondation Bill & Melinda Gates sur ce lien). Soulignons que ce blanc-seing accordé au fondateur de Microsoft est caractéristique : un riche est jugé moins pour ses actions passées qui l’ont conduit à la fortune que pour l’utilisation de sa fortune.

    andy-warhol-mao-mao-ii-93.jpgCela fait dire à un jeune participant que philosopher sur la notion de mérite et de richesse c’est se confronter à un mur : c’est d’emblée réduire le riche à sa situation matérielle et à lui dénier le statut de personne humaine ! Un autre participant rebondit sur cette constatation, affirmant qu’une telle réduction a trouvé dans l’histoire des réalités monstrueuses : les dictatures communistes. Cette idéologie, héritée du philosophe Karl Marx, en proclamant le riche comme "ennemi de la société" (un ennemi qui, précisément, ne méritait pas sa fortune), a commis des crimes de masse, parmi les pires pratiqués dans l’Histoire (Goulag de l'ancienne URSS, Cambodge de Pol Pot, Chine de Mao, etc.). Dans ces pays communistes d’ailleurs, une classe de gens riches, pas plus méritoires d’ailleurs, remplaçait celle qui avait été exterminée !

    La fortune peut-elle être bénéfique et méritée ? La question, dit un autre participant, semble ne pas se poser en tout cas pas pour ces "super riches", formant une caste, une nomenklatura cooptée, fréquentant les mêmes écoles, les mêmes salons et se retrouvant dans les mêmes conseils d’administration. Quelle est la place du mérite pour ces "super riches" ? Nulle ou négligeable, ajoute-t-il. Voire, répond un autre intervenant : il y a d’abord ces responsabilités écrasantes que peu d’entre nous pourraient assurément assumer. Il ne faut pas nier non plus la valeur intrinsèque de tel ou tel individu explique pour une part ces fortunes (Michel Pébereau, ancien responsable de BNP Paribas, par exemple). D’ailleurs, plusieurs personnes conviennent que la prise d’importantes responsabilités peut être extrêmement lourde : "Qui serait prêt à sacrifier tout ou partie de sa vie personnelle ou familiale ?" résume Claire.

    la chapelle 3.jpgEn tout état de cause, les fortunes, méritées ou pas, doivent être mises au service de la communauté, avance un participant. Finalement, ce qui est passionnément débattu en fin de séance n’est pas tant la question du droit à être riche ou très riche (droit acquis grâce à son mérite, ses talents ou un art, quel qu’il soit, ou bien à cause de sa naissance...) que le devoir qu’entraîne cette richesse : participer à la vie de la Cité à hauteur de ses moyens, participation qui implique d’accepter de se voir grever une infime minorité de sa richesse. Il est, hélas, patent, affirment plusieurs participants, que la générosité est pour le moins un sentiment peu répandu au sommet de la pyramide économique et financière (cf. théorie du "trickle down"), comme si la cohésion des hommes de pouvoir ne pouvait admettre tout coup de canif à des richesses démesurées ! Un intervenant rappelle une citation du milliardaire Warren Buffet : "La lutte des classes existe et nous sommes en train de la gagner" (citation datée de 2008, précise Bruno).

    Détester la pauvreté plutôt que mépriser les riches !

    Bruno conclut ce débat. S’interroger sur la richesse, dit-il, et sur la valeur de la richesse, c’est ne pas en faire une simple question de comptabilité. Je peux vouer une admiration sans borne à Bill Gates dont la richesse me paraît méritée et moralement acceptable ; à l’inverse, combien sont plus aléatoires ces rémunérations de traders ! De même, un footballeur payé des millions d’euros mais à la carrière très courte et apportant prestige, notoriété et richesse à son club, aura-t-il une rémunération moralement moins acceptable qu’un chef d’entreprise à la tête d’une entreprise du CAC 40 où les responsabilités sont diluées ? On peut en douter ! La richesse doit donc résulter d’une rémunération juste au terme d’un contrat conclut entre deux parties. Dans l’idéal. Mais ce même mérite comme voie vers la richesse rencontre très souvent comme obstacle la modestie (c’est le philosophe David Hume qui le dit) et est détrôné tout autant par ces cancers de la société que sont le népotisme et tous ces systèmes de préférence en fonction de la naissance.

    la chapelle 2.jpgUn autre facteur, social et économique, doit être pris en compte : celui d’une aliénation via l’argent et de la non-distribution de la richesse en dépit du mérite de tel ou tel (Karl Marx). Cette non-distribution est expliquée par la dilution des responsabilités  et par le développement de l’automatisation de la création des richesses (exemple des systèmes informatiques boursiers).

    Le mot de la fin est pour Hume qui est parvenu à disséquer les heurs et les malheurs de la fortune : "les qualités bonnes ou mauvaises de l’homme sont les causes de sa bonne ou mauvaise fortune" (encore que ce terme de "fortune" désigne essentiellement la fortuna, autrement dit la providence). C’est finalement à chacun qu’il appartient de refuser de mépriser les riches mais préférer détester la pauvreté et de travailler à son propre mérite, avec courage et sans modestie ! Ayons enfin à l’esprit que le véritable mérite est, pour reprendre Hume, de procurer du bonheur à la société des hommes - plutôt que d'acquérir la richesse !

    Le café philo se conclut par le vote du sujet de la séance du 27 janvier 2012. Les participants élisent à une écrasante majorité le sujet : "La vie est-elle trop courte pour s'ennuyer avec quelqu'un qui n'en vaut pas la peine ?" Nous l'intitulerons ainsi : "Vivre seul(e) ou mal accompagné (e) ?"

    Philo-galerie

    portrait.jpgDes oeuvres de deux artistes illustrent ce compte-rendu sur la richesse : Andy Warhol (1928-1987) et David LaChapelle (né en 1963). Ces deux artistes américains aux multiples points communs (Warhol a offert à LaChapelle son premier contrat) ont tous deux travaillé sur nos sociétés de consommation et sur la place de l'argent.

     

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  • LES RICHES LE MÉRITENT-ILS ? LES PAUVRES LE MÉRITENT-ILS ?

    Au sujet du prochain débat "Les riches le méritent-ils ?"

    La pauvreté est la condition au monde la mieux ou la plus partagée, même si la moitié des pauvres habitent dans des pays riches. La richesse ne se partage pas, elle ne fait que l’objet d’échanges.

    40633625.jpgComment aborder ce sujet sans être taxé de vouloir attiser, et les envies, et la jalousie, et la haine. Il nous paraît tout à fait normal que le fruit d’un travail, de l’intelligence ou de l’habileté soit rémunéré, et que le gain puisse être conservé ce qui constitue la richesse élémentaire. Mais au-delà se développe le principe de propriété : "Le premier qui, ayant enclos un terrain, s’avisa de dire : ceci est à moi, et  trouva assez de gens simples pour le croire fut le vrai fondateur de la société civile. Que de crimes, de guerres, de meurtres, que de misère et d’horreurs n’eût point épargné au genre humain celui qui, arrachant les pieux et comblant le fossé, eût crié à ses semblables : gardez-vous d’écouter cet imposteur ; vous êtes perdus si vous oubliez que les fruits sont à vous, que la terre n’est à personne" (Jean-Jacques Rousseau, Discours sur l’Origine et les Fondements de l’Inégalité parmi les Hommes).

    De la richesse à l’opulence jusqu’à la magnificence, nous avons avec cette notion de propriété privée perverti tout notre système de relations économiques et sociales. Nous voilà revenu à l’adoration du "veau d’or." "Parce que vous le méritez bien" dit la pub dans le droit fil de l’individualisme comme seul projet politique. Je m’insurge contre cette notion de mérite, je la refuse, même pour moi. Que de gens qui méritent par leur courage, leur volonté et qui ne connaîtrons que la misère :

    "Dans l’ensemble, il paraît donc indéniable que rien ne peut conférer plus de mérite à une créature humaine que le sentiment de bienveillance [...] et qu’une partie de son mérite au  moins vient au moins de ce qu’elle tend à promouvoir les intérêts de notre espèce, et de procurer du bonheur à la société des hommes" (David Hume, Enquête sur les Principes de la Morale, section I, 2ème partie).

    Nul ne mérite d’être riche. Nul ne mérite d’être pauvre.

    Guy-Louis Pannetier


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  • LA RICHESSE SELON ROUSSEAU

    rousseau1.jpg"C'est une des singularités du cœur humain que malgré le penchant qu'ont tous les hommes à juger favorablement d'eux-mêmes, il y a des points sur lesquels ils s'estiment encore plus méprisables qu'ils ne le sont en effet. Tel est l'intérêt qu'ils regardent comme leur passion dominante, quoiqu'ils en aient une autre plus forte, plus générale, et plus facile à rectifier, qui ne se sert de l'intérêt que comme d'un moyen pour se satisfaire; c'est l'amour des distinctions. On fait tout pour s'enrichir, mais c'est pour être considéré qu'on veut être riche. Cela se prouve en ce qu'au lieu de se borner à cette médiocrité qui constitue le bien-être chacun veut parvenir à ce degré de richesse qui fixe tous les yeux, mais qui augmente les soins et les peines et devient presque aussi à charge que la pauvreté même. Cela se prouve encore par l'usage ridicule que les riches font de leurs biens. Ce ne sont point eux qui jouissent de leurs profusions et elles ne sont faites que pour attirer les regards et l'admiration des autres. Il est assez évident que le désir de se distinguer est la seule source du luxe de magnificence, car quant à celui de mollesse il n'y a qu'un bien petit nombre de voluptueux qui sachent le goûter et lui laisser la douceur et toute la simplicité dont il est susceptible. C'est donc ainsi qu'on voit par le même principe toutes les familles travailler sans cesse à s'enrichir et à se ruiner alternativement. C'est Sisyphe qui sue sang et eau pour porter au sommet d'une montagne le rocher qu'il en va faire rouler le moment d'après."

    Jean-Jacques Rousseau, Fragments Politiques

     

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  • LES PHILOSOPHES ET LA PASSION

    Les philosophes grecs ont traité la passion, avec les passions, les englobant dans les émotions. Platon met en garde contre la passion et particulièrement contre la passion envers la Femme. C’est lui qui préconise "une Femme pour l’esthétique, un melon pour le délice, un jeune garçon pour le plaisir", Platon nous laissera "l’amour platonique" ! Épicure lui, recommande les passions non destructrices, surtout celle envers la Femme qu’il appelle "le plaisir d’Aphrodite".

    café philosophique de montargis, philo, philosophie, montargisPrécurseurs en matière de développement personnel les Stoïciens nous disent: "C’est parce vous ne maîtrisez ni vos émotions, ni vos passions, que vous ne pouvez dominer votre vie". Le sage, dit le stoïcien Diogène Laërce, "est sans passion, il ne se laisse pas entraîner…, tous les sages sont sévères" ; pour lui la passion est, "maladie de l’âme".

    Néanmoins nous voyons la passion dans la mythologie, de la passion dans les tragédies d’Euripide, de la passion dans la poésie épique d’Homère avec l’Iliade et l’Odyssée. Puis au moyen âge la philosophie scholastique des Pères de l’Eglise maintient les passions dans le domaine des maladies de l’âme.

    Le bouleversement culturel de la Renaissance, l’influence des philosophes Libertins, vont commencer à faire évoluer le concept. Les dernières grandes critiques de la passion, et des passions, viendront de Kant, pour qui : "les passions sont les gangrènes de la raison pure", que : "L’homme qui cède à la passion est un prisonnier qui soupire sous ses chaînes", pour lui, une fois que le plaisir a été satisfait par la possession, la jouissance, la passion pour la personne désirée cesse… La passion ne dure que tant qu’il y a résistance. Pour Pascal la passion est "dépossession de soi". Descartes sera moins catégorique, et nous dit "que des passions dépend tout le mal, et d’elles dépend tout le bien".

    Avec la Révolution, c’est un toute autre approche qui se dessine ; Pour Voltaire, "La passion est le moteur principal de la marche du progrès", c’est ce qui produit le social, c’est le passionnel de l’altruisme. Pour Rousseau, "La passion est la condition du devenir de l’homme, la condition pour naître à son humanité", et enfin Diderot nous dira : "On déclame sans cesse contre les passions, on leur impute toutes les peines de l’homme, et l’on oublie qu’elles sont aussi la source de tous les plaisirs. Il n’y a que les passions, les grandes passions qui puissent élever aux grandes choses, sans elles plus de sublime, soit dans les mœurs, soit dans les ouvrages" ; "les passions sobres" dira t-il, "font les hommes communs".

    Aujourd’hui l’approche que nous avons de la passion est grandement due à l’héritage du Romantisme, omniprésent dans notre culture. La conception que nous avons de la passion est peut être essentiellement liée à notre tempérament latin...

    Guy-Louis Pannetier

     

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  • COMPTE RENDU DE LA DERNIÈRE SÉANCE

    Thème du débat : "Qui dit "jeune" dit-il forcément "con" ?"

    Date : 22 juillet 2011 à la Brasserie du centre commercial de la Chaussée.

    Photo titre 1.JPGUne quarantaine de personnes s’étaient réunies à la Brasserie du centre commercial de la Chaussée pour la dernière séance de la deuxième saison du café philosophique de Montargis. Ce débat avait pour thème "Qui dit "jeune" dit-il forcément "con" ?" Les organisateurs, Claire et Bruno, ont tenu en début de séance à remercier les personnes qui ont aidé à la réussite de cette saison, en particulier le responsable de la brasserie de la Chaussée. Un petit mot a également été dit pour le soutien des Bons Plans de Montargis. Claire a souligné les moments forts de cette saison : le débat sur l’art, celui sur le livre Indignez-vous ! et le remarquable débat avec Catherine Armessen sur la manipulation sectaire en juin dernier.

    Les organisateurs mais aussi les participants du café philosophique ont, en préambule de ce débat, déploré que quelques jours avant le débat les affiches annonçant le rendez-vous de vendredi dernier ont été consciencieusement arrachées. Peut-être s’agissait d’une illustration du débat de ce jour ?

    café philosophique de montargis,philo,philosophieLe débat du 22 juillet entendait s’intéresser à un poncif stigmatisant la jeunesse comme l’âge par définition stupide. Bruno a placé cette croyance dans son contexte sociologique, qui permet de définir ce qu’est un adulte. "Pendant des siècles, dans nos sociétés, l’existence humaine se partageait en deux périodes : l’enfance et l’âge adulte. Le seul objectif d’un être humain était d’arriver à l’âge adulte par l’éducation et l’apprentissage. L’enfance et l’adolescence étaient finalement considérées comme des âges sans grand intérêt." L’enfant, ajoute Bruno, est étymologiquement l’infans c’est-à-dire "l’être dénué de paroles". L’adulte a pour mission de le sortir de sa "stupidité naturelle" ("sa connerie") pour lui faire acquérir autonomie et sagesse, ce que tout adulte est censé posséder ! Ce n’est qu’à partir du XVIIIème siècle avec Jean-Jacques Rousseau puis la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen que l’enfance est sortie de cette antichambre. Le terme d'adolescent apparaît quelques décennies plus tard. Au XXème siècle, Françoise Dolto est l’une des premières à considérer l’enfant comme un être doué de raison.

    dijkstra2.jpgLes participants du café philosophique ont longuement discuté sur ce que représentent aujourd’hui les adultes et les jeunes. "Qu’est-ce qu’être adulte ?" s’interroge Bruno. "Est-ce avoir un travail, une famille, des enfants ?" Un débattant considère qu’être adulte c’est avoir le sens de sa propre destinée et avoir les moyens d’atteindre ses objectifs. Cette notion d’adulte a aujourd’hui des contours plus flous : on est adulte plus tard ("adulescence"), au terme d’une longue période scolaire et on se trouve éjecté du monde du travail très tôt. Force est de constater que le jeune d’aujourd’hui n’est pas celui de 1968, qui n’était pas celui de 1940 pas plus que celui de 1914. Quant à parler de "stupidité" de la jeunesse, un participant ajoute justement que "statistiquement" il est impossible d’avoir 100% d’une tranche d’âge décérébrée…

    2535.jpgCe qui est vrai, par contre, ajoute une autre personne, c’est que le jeune d’aujourd’hui n’est pas aimé : il est méprisé, caricaturé et considéré comme un vulgaire consommateur. Cette participante considère en outre que l'âge de la maturité civique arrive bien trop tôt : scientifiquement et physiologiquement, 21 ans devrait être choisi, ce qui, certes, va à l'encontre du discours officiel.

    En réponse à ceux qui voudraient voir la jeunesse comme une génération sans but (au contraire de ce qui s’est passé dans les pays arabes), nombre de voix soulignent que les jeunes sont parfaitement lucides sur notre société mais en revanche très critiques sur la classe d’âge de leurs aînés qui les gouvernent, déconsidérés pour la plupart. Finalement, voir le jeune comme un être incapable de penser n’arrange-t-il pas les puissants (les "gérontocrates") ?

    La notion d’apprentissage a été longuement discutée au cours de cette soirée. On devient adulte au terme d’une période d’instruction, d’éducation et d’initiation. Claire ajoute que les rites d’initiation ont pratiquement disparu de nos sociétés occidentales, le baccalauréat pouvant être considéré comme un de nos derniers rites d’initiation. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si la philosophie est enseignée uniquement durant cette année de Terminale : l’Éducation Nationale, via ses bulletins officiels, considère que le jeune n’est pas apte à être pleinement autonome par la pensée avant cette dernière année de lycée.

    vondelpark_rineke dijkstra.jpgLes participants du café philosophique en viennent à s’interroger sur cette période d’instruction strictement définie dans le temps : la société considère que l’on ne peut apprendre qu’à un certain âge, ni avant, ni après : l’enfant en école maternelle ou primaire ne pourrait pas utiliser pleinement son entendement (ce contre quoi se battent les organismes Philosophy for Children ou le GREPH) et l’adulte, comme le disait Platon dans Gorgias, se rendrait ridicule s’il continue à philosopher.

    Deux poètes et chanteurs viennent illustrer la fin du débat de ce soir. Léo Ferré d'abord :

    Pour tout bagage on a vingt ans
    On a des réserv's de printemps
    Qu'on jett'rait comm' des miett's de pain
    A des oiseaux sur le chemin
    Quand on aim' c'est jusqu'à la mort
    On meurt souvent et puis l'on sort
    On va griller un' cigarette
    L'amour ça s'prend et puis ça s'jette.

    Georges Brassens ensuite :

    Quand ils sont tout neufs
    Qu'ils sortent de l'œuf
    Du cocon
    Tous les jeunes blancs-becs
    Prennent les vieux mecs
    Pour des cons
    Quand ils sont d'venus
    Des têtes chenues
    Des grisons
    Tous les vieux fourneaux
    Prennent les jeunots
    Pour des cons...
    Moi, qui balance entre deux âges
    J'leur adresse à tous un message

    Le temps ne fait rien à l'affaire
    Quand on est con, on est con
    Qu'on ait vingt ans, qu'on soit grand-père
    Quand on est con, on est con
    Entre vous, plus de controverses
    Cons caducs ou cons débutants
    Petits cons d'la dernière averse
    Vieux cons des neiges d'antan.

    Claire conclut ce débat par une invite à ce que les adultes continuent à garder leur âme d’enfant et que les jeunes les aident à ne pas devenir de "vieux cons" !   

    La séance se poursuit par un blind test :

    book_cover_le_dico_de_la_philo_33621_250_400.jpg- Qui a écrit : "L'adolescent est l'être qui blâme, qui s'indigne, qui méprise." Réponse : Alain

    - Quel écrivain et philosophe français fait débuter son roman Justine à Montargis ? Réponse : le Marquis de Sade

    - Quel philosophe français auteur de l’Anti-Oedipe,  a enseigné au lycée Pothier d'Orléans ? Réponse : Gilles Deleuze

    - Qui a dit : "La psychanalyse est un remède contre l'ignorance. Elle est sans effet sur la connerie." Réponse : Jacques Lacan

    - Qui a dit : "Quand j'étais jeune, on me disait : Vous verrez quand vous aurez cinquante ans. J'ai cinquante ans, et je n'ai rien vu." Réponse : Erik Satie

    - Qui a publié "Le chemin de l’espérance, aux actes citoyens !" ? Réponse : Morin-Hessel

    - Qui a dit : "La première maxime [penser par soi-même] est la maxime de la pensée sans préjugés (...) celle d'une raison qui n'est jamais passive" ? Réponse : Kant

    - Pour qui ne pas philosopher "c’est avoir les yeux fermés sans jamais chercher à les ouvrir" ? Réponse : Descartes

    - Qui a chanté "Jeune et con" Réponse : Damien Saez

    - Qui a été à l’honneur au café philo de décembre dernier. Réponse : Le Père Noël

    - Question supplémentaire : combien y a-t-il eu de cafés philosophiques depuis le début ? Réponse : 16

    La gagnante repart avec le Dico de la Philo de Christophe Verselle. Félicitations à Isabelle.

    Un vote a enfin lieu pour définir le thème du prochain débat le vendredi 30 septembre à 18H30. Le choix se porte sur ce sujet : "La vie n’est-elle qu’une suite de hasards ?".

    Claire et Bruno concluent cette soirée riche et animée par leurs chaleureux remerciements.

    Philo-galerie

    café philosophique de montargis,philo,philosophieLes photographies sont de Rineke Dijkstra,  photographe néerlandaise née en 1959. Cette artiste contemporaine travaille par séries et s'est rendue célèbre pour des portraits d'adolescents et d'adolescentes photographiés sur les plages de son pays, en Europe orientale (Pologne ou Ukraine), aux Etats-Unis ou bien en Afrique.

    "Je travaille mes portraits comme des moments documentaires, et dans chacun de ces moments, je m'intéresse à l'authenticité et à la singularité du sujet que je photographie, comment tel individu se différencie de tel autre. Ce sont toujours les petits détails, un regard, un geste, qui font la différence et nourrissent ma recherche de vérité." (extrait d'un entretien de l'artiste avec Jean-Pierre Krief). Pour en savoir plus, rendez-vous sur ce site : http://www.creativtv.net/artistes/rineke.html.


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